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Famara Ndour, skipper : Marin au gré des vents

02 Jui 2017
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Famara Ndour, après 25 ans, à braver la mer- ou à la dompter- avec ses bateaux, parle toujours de la voile avec une touchante passion. La navigation à la voile, plus qu’un banal parcours le long des étendues d’eau, c’est sa vie, sa préoccupation quotidienne qui l’arrime à Foundiougne depuis toujours. Il en est, ici, à la fois le précurseur et le promoteur. Il se donne comme exaltante mission d’y développer ce sport nautique pour donner à ses concitoyens la chance de vivre ses joies infinies et ses aventures fabuleuses.

C’est comme si Famara Ndour était condamné à braver la mer ; lui, le « petit » Sèrère qui s’ennuyait à Foundiougne à assister un oncle dans un petit commerce pour ne pas tomber dans le désœuvrement après l’arrêt de ses études et les tentatives pour être enrôlé dans l’armée. Ses infortunes agissaient sur son fabuleux destin. Un matin, en effet, au hasard des rencontres, un homme blanc, français de nationalité, interrompt la routine dans laquelle il croupissait. Fabrice, alors jeune navigateur français, veut acheter une cassette audio « originale » de Youssou Ndour après qu’il l’a cherchée vainement à Dakar. Dame fortune le mène chez Famara où il en reste une seule. Les deux bonhommes ont un bon feeling. On s’invite à manger. « Il venait d’arriver à Foundiougne avec son bateau. Il se plaisait à venir papoter à la boutique de mon oncle que je tenais pour juste m’occuper. Un jour, il me confie son voilier parce que devant se rendre en France pour deux mois et me propose un salaire de 30.000 FCfa par mois. Ce qui était une aubaine pour moi qui n’avais pas de revenus », se souvient-il, heureux d’avoir eu du pot. On est alors en 1989. Pour la première fois, le natif de Foundiougne met les pieds dans un voilier. « C’était un challenger », se rappelle-t-il. C’est le début de « l’odyssée » marine. La passion devient, de jour en jour, plus ardente. Après la première remontée sur Dakar avec Fabrice de retour au Sénégal, elle devient brûlante. Il passe un mois au Cercle de Voile de Dakar et perce davantage cet univers. De temps en temps, lui et son nouvel ami s’offrent quelques sorties pour parcourir les bolongs du Saloum, de la Casamance et quelques traversées vers les îles du Cap vert… ; ce qui l’accoutume à la pratique si bien que le tandem ne se quitte plus.

Après un énième voyage en France, Fabrice, accompagné de sa copine, sa future épouse, l’invite à faire une sortie en mer pour se rendre en Casamance. « Cela a été une expérience à la fois difficile et enrichissante pour mon apprentissage de la voile », confie Famara. Ce jour-là, la mer est agitée, le vent de face complice de leur infortune. Le moteur et les voiles les enlisent dans la misère. Néanmoins, Famara ne faiblit pas devant l’adversité. Un bateau contacté grâce à la bande des très hautes fréquences (Vhf) les sort de la galère temporairement en les remorquant pendant trois tours d’horloge pour les larguer à Djifer. Béa, la dame de cette périlleuse aventure tombe malade. Comble d’infortune, Famara doit ramener le voilier seul à Foundiougne pour permettre au couple de ne pas rater son vol. L’expérience est concluante. Un mental se forge.

La mer, espace de rencontres
Par la suite, Fabrice cédant devant l’insistance de sa femme, reste deux ans en France pour se construire un plus gros bateau. Il fait cadeau au jeune féru de la navigation de plaisance du petit bateau. C’est son premier voilier. Le « toubab » l’incite alors d’en user dès qu’il y a du vent et d’en faire jouir des touristes pour en tirer gain. « Et c’est grâce à cela que je me suis marié, j’ai construit ma maison, fait de belles rencontres, voyagé pour découvrir plusieurs endroits », jubile-t-il fier d’avoir joint l’utile à l’agréable. 17 ans après, il s’achète un petit bateau de course en remplacement du premier. Il s’offre ensuite un Sangria, choisi à Dakar parmi les nombreux bateaux délaissés par leurs propriétaires, acheté à un bon prix et conduit à la voile de Dakar au Saloum par un Famara téméraire qui entreprenait sa première navigation hauturière en solo.

La mer est le point de convergence des amoureux de la voile. On y noue des relations viscérales. La « flamme » des eaux assiègent leurs esprits et nourrissent leurs âmes. Un matin, Famara y croise, en train de naviguer, une petite française d’une grande famille de plaisanciers à qui a appartenu son nouveau joyau, le Sangria. Cette dernière en a été bouleversée. Ses propos, ses effusions devrait-on dire, sont un éloge à l’audace de l’enfant de Foundiougne : « Regardez bien ce petit voilier qui navigue à quelques encablures de Skol. Il a trois propriétaires remarquables, ce joli petit bateau : premièrement, c’est un Sangria, un bateau de grande série qui a le même architecte que notre Jurançon, un cousin donc, une silhouette que nous connaissons bien. Secondairement, il est manœuvré par deux Noirs et zéro Blanc, ce que nous n’avions jamais vu jusqu’à ce jour. Troisièmement, il marche au près, c’est-à-dire de manière pointue contre le vent et nous avons le plaisir d’observer plusieurs virements de bord qui marquent une véritable maîtrise de la voile occidentale et une longue pratique. Un petit mystère pour nous ». Le marin de Foundiougne se meut allègrement donc dans un univers préconçu pour des êtres d’ailleurs !

Le précurseur
Marquée et rassurée par la personnalité de Famara et sa passion pour la voile, et devant se rendre en France, comme Fabrice, il y a quelques années, elle lui confie son bateau et lui fait cadeau d’un « bijou » de famille à son retour : un instrument de navigation provenant du bateau fétiche de sa maman. « Ce personnage étonnant aura été l’un des rares hommes dans ce pays qui nous aura rendu service sans rien attendre de nous, sans chercher à en tirer un avantage, une bonne affaire, sur le champ ou plus tard », témoigne-t-elle, heureuse d’échanger sur sa passion à des milliers de kilomètres de chez elle, dans une petite commune perdue dans le Sine-Saloum.

Les sports nautiques sont considérés, au Sénégal, comme la marotte de la sphère des gens opulents eu égard à la cherté de la logistique. Toutefois, Famara Ndour essaie, depuis quelques années, à les promouvoir dans son patelin, avec les moyens du bord et au détriment parfois de ses économies. « Il est nécessaire de partager mon savoir et le bonheur que procure cette pratique ». Il s’échine à donner corps à cette ambition. Aujourd’hui, il dispose de quelques bateaux (dont un qui s’appelle Youssou Ndour pour faire un clin d’œil à l’histoire) qui lui permettent d’initier des personnes à la voile afin de trouver des relais au sein de la population.

En collaboration avec un Italien qui a un club de voile à Ndangane, il compte s’investir davantage dans la formation des jeunes. Grâce aussi à des amis, il attend 17 bateaux pour donner plus de marge à cette pratique dont il est le précurseur à Foundiougne. « La priorité, c’est la formation des formateurs, des futurs moniteurs. Car, c’est un vaste chantier que je ne saurais entreprendre seul. Nous devons profiter de ce plan d’eau pour former les champions de demain », souligne-t-il tout en espérant que les pouvoirs publics y participeront. L’attribution d’un espace, par simple indication de leur probable champ d’intervention, leur serait utile ; celui occupé actuellement est un domaine privé. En attendant, Famara entretient sa passion et ses bateaux même s’il faut se priver de quelques plaisirs.

Par Alassane Aliou MBAYE

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