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Gaoussou Guèye, mareyeur : Un ardent défenseur de la pêche artisanale

19 Jui 2017
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Inconnu au bataillon il y a quelques années, Gaoussou Guèye est devenu un fervent défenseur de la pêche artisanale, qu’il considère comme un parent pauvre du secteur. Acteur très engagé et soucieux du devenir des communautés côtières, son combat pour le compte de la transparence dans le secteur l’a propulsé aux devants de la scène. Parti de rien, Gaoussou Guèye qui a mis en place l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche maritime (Aprapam) a été porté à la tête de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa). Son plus grand défi : rendre plus visible le secteur de la pêche artisanale et gagner le combat de la transparence et de la bonne gouvernance.

Quand il débarquait à Mbour vers la fin des années 80, il n’avait jamais réalisé qu’il deviendrait un acteur incontournable de la pêche artisanale. Mais l’étoile de Gaoussou Guèye a brillé d’un gros éclat. En feuilletant le livre de son passé, l’on se rend compte qu’il avait flirté avec la pêche, mais cette idylle n’avait pas trop duré.

Gaoussou Guèye a démarré sa carrière par la navigation. « J’ai roulé ma bosse un peu partout. J’ai participé à la mise en forme de plateformes en Angola, à Port-Gentil, à Pointe Noire. J’ai ensuite un peu touché à la pêche. J’ai fait des pays comme la Guinée, la Sierra Leone, la Guinée Bissau et autres », renseigne-t-il. C’est par la suite qu’il a atterri à Mbour, mais ce n’était point pour travailler dans la pêche. Il y était pour ses activités professionnelles. Gaoussou Guèye gérait une station d’essence, mais les choses n’ayant pas marché comme il le souhaitait, il s’est tourné vers le mareyage. Ainsi s’ouvre un nouveau chapitre de sa vie. « Les débuts n’ont pas été faciles. Fort heureusement, des commandants de bateau que je connaissais et qui habitaient Mbour m’avaient mis en relation avec leurs familles, leurs amis », rappelle-t-il.

Chemin faisant, Gaoussou Guèye s’est intégré dans ce monde complexe. Constatant que les acteurs du secteur n’étaient pas organisés, il s’est engagé à changer la donne et les organiser de sorte qu’ils aient une structure qui défendrait leurs intérêts. « C’est ainsi que j’ai créé un Gie après mon adhésion à la fédération communale des mareyeurs, filiale de la fédération nationale des mareyeurs. De fil en aiguille, on a continué et j’ai trouvé qu’au niveau des organisations professionnelles ce n’était pas trop organisé. Il y avait trop de problèmes crypto personnels, on défendait plutôt des intérêts individuels que l’intérêt général », explique-t-il. Conscient que les organisations professionnelles avaient failli à leur mission, qu’elles ne jouaient pas le véritable rôle qui était le leur, Gaoussou Guèye a entrepris avec des amis qui n’étaient pas du monde de la pêche de créer une association de la société pour aider les communautés côtières.

Nouveau président de la Caopa
« Je me suis rendu compte que quand on discutait sur les accords de pêche, les acteurs n’étaient pas souvent d’accord. Ils n’assistaient pas aux tables de négociation, ne connaissaient rien des accords. Il fallait donc que les choses changent », indique-t-il.

L’année 2010 marque donc la création de l’Aprapam qui regroupe des scientifiques, des économistes, des professionnels de la pêche et de la communication qui partagent les objectifs d’aider les communautés côtières à améliorer leurs conditions de vie, mais aussi à mieux apprécier les ressources et d’en faire un usage qui garantit la durabilité, à s’impliquer dans la mise en œuvre des politiques de pêche et d’en tirer des retombées bénéfiques entre autres.

Parent pauvre de la pêche, le secteur artisanal a trouvé en la personne de Gaoussou Guèye un fervent défenseur. « La pêche, c’est dans mon sang. Toutes mes discussions tournent autour au tour de la pêche. Je ne parle que de pêche. Je ne peux pas faire autre chose que défendre le secteur de la pêche. Je suis tout le temps braqué sur la pêche surtout artisanale qui joue un rôle extrêmement important dans notre pays. Non seulement c’est un facteur de stabilité sociale, ça créé des emplois et contribue beaucoup à la sécurité alimentaire », confie-t-il. Et la préservation des ressources demeure l’un de ses plus grands combats. « Il doit y avoir de la transparence dans la pêche et il faut un cadre exclusivement réservé à ce secteur », note-t-il.

En 2011, la Caopa a organisé au Sénégal un séminaire ouest-africain sur le thème de la transparence dans les pêches maritimes en Afrique afin d’examiner les problèmes causés par le manque de transparence dans le secteur et d’élaborer des stratégies pour améliorer l’accès du public à l’information. Les recommandations de cette rencontre ont été améliorées et c’est sur cette base que la Fiti (Initiative pour la Transparence des Pêches) a été créée, indique M. Guèye. Récemment à Bali, en Malaisie, la Fiti s’est structurée et Gaoussou Guèye fait partie des 15 membres du Conseil d’administration.

Son engagement et sa détermination lui ont valu son élection en novembre dernier à Lomé, au Togo, à la tête de la Caopa pour un mandat de trois ans renouvelable une seule fois. Il a été choisi à l’unanimité par les membres des 24 pays. Il remplace à ce poste le Mauritanien, Sid’ Ahmed Ibn Abeid qui a épuisé ses deux mandats. « C’est un honneur et une satisfaction que 24 pays, à l’unanimité, disent que c’est un Sénégalais qui va être leur président. C’est un grand challenge et je ne peux pas le réussir seul. Je sollicite le soutien de tous pour réussir cette mission, car il reste beaucoup de travail à faire », indique Gaoussou Guèye qui occupait le poste de secrétaire général de cette organisation interprofessionnelle. L’un des challenges du nouveau président, c’est d’organiser une année africaine de la pêche artisanale pour rendre beaucoup plus visible ce secteur qui, au-delà de ses aspects socio-économiques, est extrêmement important, mais aussi de relever les grands défis du secteur, notamment les enjeux de sécurité alimentaire, de la création d’emplois et de la gestion de la ressource halieutique pour une meilleure durabilité.

La pêche, un métier noble
Aujourd’hui, soutient M. Guèye, la pêche artisanale est invisible parce que les gens croient qu’il n’y a que la pêche industrielle qui débarque dans nos pays. Les débarquements de la pêche industrielle ne font que 20 %. La pêche artisanale est un secteur qui gagnerait, selon Gaoussou Guèye, qui gagnerait à être davantage organisé. Et à l’en croire, l’Aprapam et de la Caopa y travaillent. « Au lieu d’avoir des pléthores d’organisations professionnelles, qui ont une mission commune, à savoir la préservation de la ressource, il faut une mobilisation des forces, avoir des organisations professionnelles fortes, structurées qui soient autonomes pour régler leur quotidien sans tendre la main », relève Gaoussou Guèye qui est convaincu que la transparence est un élément essentiel pour gérer la pêche. Selon lui, il faut promouvoir la cogestion, la surveillance participative pour améliorer le système de gestion des pêcheries dans nos pays. « Nous devons vers une bonne pratique de pêche et chacun doit engager sa responsabilité pour la préservation de cette ressource, mais aussi la protection des océans », relève-t-il en plaidant pour un changement de comportement notoire au niveau des pêcheurs, décideurs politiques et entreprises qui jonchent le littoral.

Que du chemin parcouru depuis ! Mais Gaoussou ne regrette pas le chemin choisi. « Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde. Je vais continuer à défendre les communautés côtières, la pêche artisanale et le secteur de la pêche dans son ensemble », assure-t-il.

Pour le président de l’Aprapam et de la Caopa, il n’y a pas de métier plus noble que la pêche. « Quand le pêcheur quitte son domicile pour aller en mer, il reste des heures sans voir personne, mais il garde toujours espoir de pouvoir capturer du poisson. Il est enthousiaste quand il réussit et ramène ses prises pour pouvoir le mettre à la disposition de ses concitoyens. Dès qu’il vient quand quelqu’un qu’il connait, il lui donne du poisson. Cette générosité, on ne le trouve ailleurs que dans la pêche », relève-t-il. De l’avis de Gaoussou Guèye, les pêcheurs méritent toute la considération du monde. « Ils ne comprennent pas et ne savent peut-être pas lire le français, mais ils ont des connaissances extraordinaires », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL

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