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Pape Sylla, disciple de Serigne Massamba Fall : Ame insoumise

05 Fév 2018
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Ni dreadlocks sur la tête. Ni gourdin. Encore moins de Patchwork. Pape Sylla est un Baye Fall qui passe presque inaperçu. Mais, il suffit qu’il parle pour que transparaisse, dans ses propos, une certaine mysticité enveloppée dans une connaissance approfondie de la philosophie Baye Fall. Il a adopté celle-ci depuis sa jeunesse au détour d’une longue quête qui a fait de lui, pendant longtemps, une âme rebelle.

Pape Sylla est de ces individus dont la trajectoire est à la fois poignante et plaisante. Il aborde son récit de vie avec une légèreté fascinante sans s’abstenir de clamer ses convictions profondes de Baye Fall et d’Africain. Il est de ces hommes qui sont dans une perpétuelle quête de ce qui fait sens à leurs yeux. Il a fini par trouver son allée de sérénité intérieure et de béatitude dans la voie Baye Fall en se libérant d’un carcan académique qui lui promettait, selon le conformisme social,un avenir confortable. Le bonhomme, d’un abord facile et d’une densité saillante, est un disciple de Serigne Massamba Fall depuis 1987. « La rencontre mystique », pour reprendre son jargon ésotérique, s’est faite après une longue « divagation » intérieure.

Pape Sylla, né 1957, à Louga, a grandi à Rufisque où son père, enseignant de formation au moment des indépendances et plus tard directeur de la Formation des cadres et du Centre national de formation et d’actions, était en service. Il y a vécu l’essentiel de son enfance. Après avoir réussi son entrée en sixième à Rufisque, il est sélectionné pour aller poursuivre ses études à l’Ecole normale supérieure, à l’époque, un lycée d’application. Ici, le jeune garçon commet son « premier délit d’insoumission » à certaines règles tacites qu’il jugeait anormales dans cet établissement d’excellence. « Après la classe de 5ème, j’ai voulu quitter. C’est moi-même qui ai créé les conditions de ma sortie parce que j’ai pris conscience de certaines réalités qui rendaient difficile mon épanouissement. Je faisais Lettres classiques dans ce lycée français. Il y avait un distinguo entre ceux qui faisaient Lettres modernes et Lettres classiques. Dans cette dernière classe, il n’y avait pratiquement que des Français contre un seul en moderne. Les conditions d’enseignement n’étaient pas les mêmes ». Première rébellion.

Rien à apprendre en France !
Pape Sylla décide alors de poursuivre ses études au Lycée Blaise Diagne. Il y reste jusqu’en classe de Première, année où les vieux démons le rattrapent. Il se sent à l’étroit. Le système éducatif ne l’enchante point. « C’était un jeu ! On nous racontait des histoires ! Et j’ai décidé d’arrêter tout ça, d’aller voir ailleurs ». Deuxième révolte.

Le père, surpris par cette décision, se donne la peine de connaître les ambitions que nourrit le rejeton. Celui-ci veut aller en France pour découvrir un autre univers d’apprentissage.Tenace, il arrive à poursuivre ses études à l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, en 1981. En deuxième année, il claque la porte. Tout simplement. « Je me suis dit que je n’ai rien à apprendre ici ».
En France, cet esprit rebelle découvre les poèmes de Serigne Moussa Kâ et s’abreuve aux théories de Cheikh Anta Diop. Paf ! Le retour au pays est inéluctable ! « J’ai ressenti la nécessité de retourner au Sénégal pour retrouver ce que je jugeais avoir perdu. C’est ce que j’ai fait, en 1983. Mon père pensait que j’étais venu passer mes vacances au Sénégal. Pour lancer une boutade aux gens, je leur disais que je suis revenu faire mon second cycle ». Le cycle spirituel sans doute ! énième désertion de ce rebelle indomptable.

Dès son retour, il se rend à Diourbel pour faire vœu d’allégeance au petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Au décès de celui-ci, en 1984, il renouvelle cet acte à son fils aîné, Serigne Moustapha Fall, qui quitte également ce monde un an plus tard. Il s’ensuit deux ans de méditations jusqu’à cette nuit qui fonde le compagnonnage avec son guide, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il en dit ceci : « Serigne Massamba m’a été montré la nuit vers cinq heures du matin dans quelque chose que je ne peux pas appeler un rêve. Quand je l’ai vu, j’ai couru et lui ai donné ma main qu’il a soulevée. Il a posé ses mains sur mes épaules en marchant, avec moi, gaiement. Nous sommes arrivés à un lieu où il y avait un cercle dans lequel étaient assis mon père et mon grand-père. Au réveil, j’étais convaincu que c’est l’allée que je devais emprunter ».

La rencontre se fait, en 1987, à Rufisque, où le marabout avait beaucoup de disciples. Et depuis, le guide et le talibé suivent le même cheminement mystique.« Avec les responsabilités familiales et professionnelles, je me suis assagi », confie-t-il, heureux de voir son fils aîné, faire allégeance, à son insu, à Serigne Massamba Fall, son homonyme. Le rebelle assagi, amoureux de la nature, partage aujourd’hui son temps entre l’agriculture, le commerce, l’élevage…et Ngathie Fall même s’il vit à Dakar.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

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