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Amy Sarr Fall : Une estampille sénégalaise

05 Fév 2018
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Au fil des années, Amy Sarr Fall s’est faite un nom dans le paysage médiatique sénégalais. Découverte du parcours d’une jeune femme atypique qui ne cesse d’agrandir son cercle de sympathisants.

Il y a deux catégories de personnes, les causantes, jamais à court d’idées et d’emportements. Et puis, il y a les pudiques : moins elles en livrent, mieux elles se portent. Amy Sarr Fall, fondatrice de l’agence de communication « Mondialcom », appartient à la seconde catégorie. Elle est comme on l’imaginait : accueillante, communicative, démonstrative, sans façon, mais réservée par moment. Aucune surprise, ce qui ne veut pas dire que c’est une déception. Amy Sarr Fall est discrète quand il s’agit de parler de sa vie « personnelle », disponible pour parler de « comment améliorer la vie des couches vulnérables ». Dans l’exercice, elle se distingue par sa retenue. Pas de coups de gueule intempestifs, pas de lamentations, pas de joies déplacées. Des mots sensés, un sujet maîtrisé, une voix suave et posée. Au premier abord, un discret mécanisme semble se déclencher chez elle. Son regard timide se fige. Elle semble effrayée par l’ombre d’une impalpable menace que personne ne peut identifier. Cela ne dure que le temps d’un battement de cils, et c’est comme si cette « militante des œuvres sociales », comme elle aime à se nommer est habituée à affronter les projecteurs. Elle ne s’inquiète point de se retrouver livrée à la curiosité tranquille d’un voisinage qui lui était il y a quelques minutes encore méconnu. Amy Fall donne le sentiment qu’elle se réfugie dans un monde où « les coups bas sont exclus » ou « on pense exclusivement de bien d’autrui, jusqu’à preuve du contraire ». Le bail des paniques résilié, tout va pour le mieux. Les réponses sont ouvragées, sérieuses, précises. Des évitements ou plutôt de « la prudence », il y en a aussi. Au détour des échanges, le rire sonne parfois haut et clair. Amy Fall qui refuse de dévoiler son âge « au risque que cela constitue de frein » dans la perception qu’on a d’elle, dit qu’elle est l’aînée d’une fratrie composée de trois enfants : elle, un petit frère et une petite sœur. La famille « nucléaire », dirait-on.

Militante du monde
Amy se voit plutôt comme l’archétype d’une jeune animée par l’unique fibre militante qui défend la cause de la classe des plus démunis. Elle est devenue un exemple de cette génération où la gloire se conquiert à travers rencontres, œuvres sociales, mais également sur Internet. Et oui, elle capitalise sur son compte Facebook plus d’un million de « Likes ». Des personnes qui la suivent quotidiennement. « C’est réconfortant sentimentalement, je me suis rendu compte que je faisais partie de la vie des gens, au bout de ces ans passés à me préoccuper de leur sort », se réjouit-elle, avant d’ajouter « le meilleur reste à venir ».

Des pays, des civilisations et des perceptions différentes du monde, Amy en aura connu beaucoup. Après avoir bouclé son cursus scolaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat au Sénégal au Lycée international Bilingue Ouest African College, elle se rend en France pour continuer ses études supérieures. Elle étudie à l’Université américaine de Paris située dans le septième arrondissement de la capitale française qui regroupe plus de 100 nationalités et à peu prés 1000 étudiants où elle obtient sa double licence et une maîtrise en communication globale en administration des Affaires Internationales.

L’environnement était assez particulier car là bas se retrouvent essentiellement des fils de… Pourtant, la dame dit se sentir très respectée malgré qu’il y avait encore cette curiosité autour de l’Afrique. « L’image qu’ils ont de l’Afrique est celui d’un continent très démuni », note t-elle. De fait, quand ils vous abordent, c’est comme s’ils partaient vers l’inconnu, poursuit-elle. Cette stigmatisation qui était partie pour être un inconvénient sera vite transformée en avantage par la jeune étudiante. « Je dégageais l’image bâtie sur un socle sûr de valeurs sénégalaises. Je persistais au fil des années dans la sincérité de ce que je suis », note-t-elle. Je m’étais de fait étiquetée « Amy from Sénégal », se souvient t-elle. Quand elle faisait campagne pour le bureau des étudiants on l’appelait « Amy from Sénégal ». C’était devenu une sorte d’identité. Le nom est resté ancré. Cette approche était une manière pour elle d’affirmer certes sa différence, mais également de réclamer sa fierté, à travers ses origines.

Dans cette prestigieuse école essentiellement fréquentée par des fils de richards qui se garaient en « porches » ou « Lamborghini », elle prenait son bus ou son métro. « Je ne pouvais pas me permettre de lorgner ce luxe quand je sais d’où je viens. Un pays sous développé où les gens ont du mal à joindre les deux bouts, où des personnes décèdent à défaut de pouvoir s’offrir une ordonnance salvatrice qui ne coûte pas grand chose ». Elle se dit alors qu’il fallait étudier et redoubler d’efforts. « Le but n’était pas de perdre ma revanche sur la vie en m’offrant le même luxe, mais plutôt de retourner au pays pour servir », précise-t-elle.

Au détour de la discussion évoquant sa grand-mère paternelle et non moins homonyme, elle a tenu à rendre un hommage à une « femme d’ombre et d’abnégation ». « Je suis la petite fille d’une femme rurale qui a perdu la vie en voulant donner la vie. Elle vivait dans un village où chaque matin, elle s’adonnait aux travaux champêtres. Quand on me raconte des anecdotes, car je ne l’ai pas connue, je me rends compte que c’est une personne très généreuse. J’essaye de marcher sur ses pas sans la connaitre », souligne-t-elle.

Musulmane, elle s’intéresse à la spiritualité mais croit beaucoup en l’homme, « qui constitue le remède de son prochain ». « J’ai cessé de croire à l’attentisme en me disant que l’Etat va tout faire à notre place, surtout que nous trainons beaucoup de retards par rapport à l’Occident », souligne-t-elle. Un exemple, lorsqu’il s’est agi de délocaliser Mariama Bâ, cette « école d’excellence », elle se souvient s’être personnellement impliquée avec d’autres amis afin cette « école historique » reste à Gorée. L’homme est le remède de l’homme, uni nous parvenons toujours à nos fins, répète-t-elle.

Début d’une carrière
Après ses études, Amy se retrouve aux Etats-Unis. Elle est admise dans une entreprise d’IT comme chargée de communication et d’expansion des activités du groupe dans le tri-state-Erea. Elle se destine alors à une belle carrière dans la communication travaille avec de « prestigieuses boites américaines » ce qui lui « permet de découvrir l’Amérique dans sa profondeur en faisant le tour des 52 Etats », informe-t-elle. Contre toute attente, quelques années plus tard, elle fait le voyage inverse et retourne au Sénégal, pour tenter sa chance dans la communication. Elle crée sa propre structure de communication « Mondialcom » et lance son magazine « Intelligence », puis « Ambitions ». Son ascension bâtie « sur du vide » est en train de se cimenter. Elle ne semble plus craindre l’adversité, ni se laisser déstabiliser par les revers. Se prononçant sur les motivations qui l’ont poussé à s’invertir dans la communication, Amy note aimer le contact avec des gens.

« Je pouvais, à mon retour, travailler dans de grandes structures, les propositions ne manquaient pas et les salaires étaient plutôt bons. Mais, je voulais également m’adonner à des actions sociales, voilà pourquoi j’ai choisi de travailler pour mon propre compte ». Et la politique ? « La politique c’est bien, mais la presse devrait plus s’intéresser aux questions sociales ou à défaut que le traitement de l’actualité politique soit le lieu pour permettre aux uns et aux autres d’instaurer des échanges constructifs », affirme-t-elle. Selon Amy Sarr Fall, le sensationnel est très présent dans le traitement médiatique de notre pays. Celle qui mène souvent des interviews avec les plus puissants de ce monde tient à masquer ses préférences. On ne saura rien non plus pour son vote en 2012. « Je pense que je n’ai pas besoin de m’engager politiquement pour servir mon pays. Je suis déjà en train de le faire. Quand on aime son pays, on ne se préoccupe pas du futur, on agit juste sur le présent, à partir des moyens dont nous disposons ». Que nous réserve son discours à l’avenir ? Wait and see !

Oumar BA

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