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Abdou Khafor Touré : Politique sans frontière

12 Fév 2018
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Abdou Khafor Touré dit refuser les compromis. Il ne veut non plus pas jouer la victime. L’homme dit défendre une posture ouverte et transfrontalière et cela même en politique.

Notre première rencontre avec Abdou Khafor Touré a lieu dans l’enceinte de la Chambre de commerce de Dakar, à l’occasion de la cérémonie de lancement d’un logiciel des Petites et moyennes entreprises (Pme). L’ancien libéral, ex porte-parole de la fédération des cadres libéraux est depuis quelques temps nommé Directeur technique des opérations au Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip). M. Touré remplace à ce poste Idrissa Diabira actuel Directeur général de l’Agence de développement et d’encadrement des Pme (Adepme), société qui a organisé la rencontre. Sa présence se justifie donc doublement. D’une part, il est le remplaçant de l’initiateur de la cérémonie, d’autre part, ils sont désormais frères de Parti. Abdou Khafor Touré, sans nous connaître, nous reçoit le visage empreint d’un sourire. Il nous serre chaleureusement la main, sans même pour autant déceler nos véritables intentions. En politique aguerri donc, il ne se focalise pas sur les préjugés. Il sait pertinemment devoir compter sur le soutien de tout le monde, pour pouvoir se mettre au devant de la scène. Sur ce plan, la leçon est bien sue. Il a le visage carré, le teint d’ébène, un sourire naturel qui laisse entrevoir des dents toutes blanches. Sa taille est imposante, sa corpulence développée. Il affiche on pourrait le dire, la bonne mine.

Abdou en est convaincu. Il fait partie de cette génération qui, sous peu, portera le legs de la politique sénégalaise. Son âge relativement jeune lui permet de sereinement et valablement se lancer dans cette perspective. Son parcours politique aussi. Pourtant, Abdou Khafor Toure n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche. Il a vu le jour dans la banlieue dakaroise où il passe le plus clair de son enfance. Il est ce qu’on pourrait appeler un « boy Guédiawaye». Nous sommes en 1974 lorsqu’il vient au monde. Il se définit comme «un fils du Sénégal ». Normal, serait-on tenté de croire, vu qu’il est sénégalais. Non, à travers cette précision Abdou Khafor Touré attire l’attention sur le fait qu’il a vécu « dans plusieurs localités du Sénégal ». Né  à Dakar, il a passé une partie de son enfance à Ziguinchor. Il a également vécu à Joal, Mbacke entre autres. «C’est parce que mon père était fonctionnaire de l’Etat. Au gré de ses affectations, il se déplaçait souvent avec sa famille. Cette situation m’a permis de vivre dans plusieurs localités», se réjouit t-il.

Très jeune déjà Abdou Khafor Touré était actif dans les mouvements estudiantins. Il est délégué de l’Amicale des étudiants à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. C’est dans cette prestigieuse Université qu’il obtient d’ailleurs sa licence en Histoire. Une fois la licence en poche, il se rend en France. Là, il intègre sur concours l’Institut d’Administration des Entreprises de Tours (Iae). Il en ressort avec le Master en gestion des entreprises. Il a également passé un diplôme à Science Po de Paris. C’est au sein de l’Ucad de Dakar qu’il côtoie des personnes comme Aliou Sow, ancien ministre sous Wade, Yankhouba Diattara, leader au Parti Rewmi, Mamadou Lamine Keita, ancien ministre sous Wade.

« Nous avions cette fibre commune de nous lever devant ce que nous jugions arbitraire. Ensemble, nous avons mené plusieurs combats de principes au sein de l’Ucad en tant que étudiants », relève t-il. Les compères vont d’ailleurs se retrouver au sein du Parti démocratique Sénégalais (Pds). Ensemble, ils cheminent d’abord, pour la conquête du pouvoir. Ensemble, ils ont également occupé des postes stratégiques, dans le gouvernement libéral.

Orateur né
Le Sénégal de la politique a découvert cet homme sous les couleurs du Pds. Son Parti était alors au pouvoir. Cette posture ne l’empêchait guère d’aller là ou on a besoin de lui, pour «débattre de la marche du pays ». Il est propulsé à la tête de l’Agence Nationale pour l’Emploi des Jeunes (Anej) et connaît sa première fulgurance gouvernementale. Il fera indubitablement partie des jeunes cadres du Pds qui auront le plus marqué à travers leur présence médiatique. En débatteur prévenu, il a cette approche de toujours asseoir son argumentaire sur des chiffres, résultats et prévisions, au cours des discussions. Il n’a pas la trempe de ces politiques qui mobilisent à chaque meeting. Sa force se trouve sur son argumentaire. Il l’a d’ailleurs très tôt compris. Cette donne l’amenait à ne point hésiter dés lors qu’il s’agit d’aller débattre. Il le faisait bien déjà alors qu’il était au pouvoir. Il l’a mieux fait une fois qu’il s’est retrouvé dans l’opposition. Khafor a donc su exister à travers le petit écran. Mais, d’où lui vient cette capacité à souvent être à l’aise sur un plateau ? Lui informe avoir par le passé milité dans les organisations de société civile. Il se rappelle avoir par exemple été dans l’organisation Forum Civil alors dirigé par Mouhamadou Mbodj.

Abdou Khafor Touré après avoir claqué la porte du Parti Démocratique Sénégalais (Pds) confiait dans les colonnes de l’Observateur du 03 mai 2016 les raisons de sa démission. «Après quatre ans, nous nous sommes rendu compte, la mort dans l’âme, qu’il y a de l’immobilisme dans le parti (Pds). Il y a un refus du changement et aujourd’hui, le Pds qui devait être la locomotive de l’opposition en est le wagon », soulignait-il. Balayant «les ambitions carriéristes» qu’on lui prête, il assure de la sincérité de sa démarche. «Je sers à la marche de mon pays quelque soit l’endroit et la station occupée », souligne t-il. Sur la table du bureau d’un de ses anciens camarades du Pds trône une photo personnalisée où les deux anciens compagnons de Parti se laissent immortaliser un moment de pur partage. Petite trace d’un long compagnonnage, dit-il, préférant garder l’anonymat. «On ne s’est pas parlé depuis qu’il a quitté notre navire», jure t-il.

Pourraient-ils retravailler ensemble un jour? «Je ne pense pas, ça serait difficile. Je ne me vois pas de nouveau travailler avec ceux qui m’ont abandonnés.» Puis, il regarde au mur l’image, et lance, sans amertume: «elle était belle cette photo, quand même !» Fin de partie ?

Oumar BA

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