grandair

Evasion (53)

Quand Michel Sarr prenait les rênes de Pointe Sarène, Ponto selon le nom sérère, en 1984, le village ne comptait que 800 âmes. Plus de trente ans après, ce chiffre est passé à 10.000 âmes. Ce boom démographique est notamment lié aux potentialités halieutiques, agricoles et touristiques de cette localité où vivent en parfaite harmonie, Sérères, Peuls, Mandingues et Wolofs. Ici, les habitants attendent, avec espoir, la construction annoncée de stations balnéaires par la Société d’aménagement de le Petite Côte (Sapco).

Pointe Sarène, à 20 mn de véhicule de Mbour. En ce début de la journée, le village semble encore plongé dans la torpeur matinale. On dirait que les habitants se réveillent à peine. C’est un calme plat qui contraste avec le tohubohu ambiant à Mbour dès les premières lueurs de l’aube. De loin, on entend les vagues paisibles de la mer ; tandis que la brise marine enveloppe le corps. Quelques gazouillements d’oiseaux impertinents viennent perturber, de manière sporadique, le silence qui prévaut à la vaste place du village. Pourtant, les activités vont bon train. C’est qu’ici, l’essentiel du travail est exécuté à l’extérieur et les habitants se lèvent de très bonne heure pour se rendre sur le terrain. Si certains sont partis en mer en quête de poissons, d’autres sont dans les bassins de rétention d’eau, trois au total, qui ont été aménagés pour les besoins de l’agriculture et du maraîchage. A Pointe Sarène, l’agriculture et la pêche sont les principales activités des populations.

Le chef du village, Michel Sarr, indique la voie à suivre ; lui qui se lève chaque jour à 5 h du matin pour aller s’occuper de ses barrages agricoles. C’est un homme qui croit aux vertus de l’agriculture. Il est encore bien sur ses jambes, malgré la soixantaine. Il a une mine de quadragénaire et un physique toujours athlétique. C’est en 1984, à 28 ans seulement, que le fils de Ngor Sarr a pris les rênes de la localité en tant que chef du village. Au vu de sa jeunesse et de son inexpérience d’alors, Michel Sarr a logiquement hésité avant de se résoudre à occuper le poste aux termes de conciliabules avec ses proches. Et puis, il s’est dit qu’avec la formation en pêche qu’il venait d’acquérir, il pouvait mettre ses connaissances au profit des habitants. Et quoi de plus noble que de se mettre au service de ses proches !

Boom démographique
Michel Sarr chef village Pointe SarèneDepuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. A commencer par la taille démographique du village passée de 800 habitants en 1984 à 10.000 âmes actuellement. Pointe Sarène a grandi très vite. Ses nombreuses potentialités agricoles et halieutiques semblent expliquer ce boom démographique qui fait qu’aujourd’hui le village a la taille d’une commune. Aussi incongru que cela puisse paraître, Pointe Sarène, située derrière Mbour, Warang et Nianing fait partie de la commune de Malicounda. Pour l’heure, la communalisation de Pointe n’est pas une préoccupation majeure des habitants. Michel Sarr reste toutefois convaincu que l’érection de ce gros village en mairie est irréversible.

Parallèlement au boom démographique, la qualité de vie des populations s’est beaucoup améliorée. Grâce à l’entregent du chef du village, Pointe Sarène dispose, d’une école, d’un poste de santé et d’une maternité. Michel Sarr se veut un visionnaire, qui anticipe et prend les devants. « J’ai été le premier à aménager, grâce à des partenaires, un barrage pour investir dans l’agriculture et le maraîchage. Aujourd’hui, nous en avons trois et tout le village y travaille actuellement », dit-il avec fierté. Il pense que l’agriculture, vu les nombreux emplois qu’elle peut générer, est fondamentale dans la prise en charge correcte des besoins alimentaires des populations et le développement de la localité de manière générale.

Surenchère dans l’acquisition du foncier
S’agissant des perspectives, il scrute, avec beaucoup d’espoir, l’avenir de Pointe Sarène. En attendant la mise en œuvre, dans le village, des projets de la Société d’aménagement de la Petite Côte (Sapco) relatifs aux stations balnéaires, Michel Sarr dit avoir déjà anticipé en se lançant dans des projets touristiques. Avec ses belles plages, son sable fin et mouvant et ses eaux poissonneuses, Pointe Sarène regorge incontestablement de nombreuses potentialités touristiques. D’après lui, les populations attendent avec impatience et espoir la construction annoncée des sites balnéaires par la Sapco.

Sous un autre rapport, l’annonce de la promotion de stations balnéaires dans la localité a créé une surenchère dans l’acquisition des titres fonciers. « Ici, les terrains coûtent de plus en plus cher. Certains achètent des terrains non pas pour habiter mais juste pour les revendre à des prix record », nous dit le fils du chef du village. Et cette tendance à la hausse devrait aller crescendo !
Comme toutes les localités côtières, Pointe Sarène n’est pas épargnée par le phénomène de l’érosion. Ici aussi, la montée du niveau de la mer est une réalité. Autre inquiétude qui gagne les habitants, les poissons se raréfient. « Vers les années 80, il y avait toutes les espèces de poissons dans nos eaux. Il suffisait d’attendre que la mer se retire de son lit pour ramasser les poissons. Avec peu d’efforts, on pouvait avoir une marmite de poissons », se rappelle, un brin nostalgique, le chef du village. Il ajoute qu’après la décrue, les langoustes étaient un peu partout sur la plage. Aujourd’hui, cela n’est plus qu’un vieux souvenir. A Pointe Sarène, à l’origine un village de pêcheurs, les ressources halieutiques deviennent de plus en plus rares et les pêcheurs sont obligés de parcourir plusieurs kilomètres en haute mer pour réaliser des prises. « A notre époque, la pêche était saisonnière, il y avait beaucoup de poissons. Pendant l’hivernage, personne n’allait en mer pour pêcher. Toute cette période était consacrée à l’agriculture seulement », se souvient le vieux Raymond Dione.

Pointe Sarène SénégalMichel Sarr estime que le déficit de poissons ainsi que la disparition de certaines espèces sont liés, en grande partie, à la pêche illicite et à la surpêche. Il plaide pour l’effectivité des mesures relatives au repos biologique. Cela devrait, à son avis, permettre aux espèces de se reposer, se démultiplier et à terme de développer, à nouveau, la pêche. Entre autres préoccupations des habitants, le bitumage de la route latéritique jusqu’au goudron qui mène vers Nianing et Mbour.

Fondé par Mbode Sarr, l’ancêtre de l’actuel chef de village, Pointe Sarène ou Ponto, selon le nom sérère, accueille actuellement plusieurs ethnies. Outre les Sérères, le peuple autochtone, des Mandingues, des Peuls et des Wolofs y vivent dans une belle harmonie. Selon Michel Sarr, le nom du village serait lié à une déformation en forme de pointe causée par l’avancée de la mer. La défiguration est visible depuis sa vaste villa en bordure de mer. Village traditionnel à l’origine, Pointe Sarène a vu, aujourd’hui, ses us et coutumes profondément remises en cause par la modernisation, l’urbanisation mais aussi la religion musulmane qui y est pratiquée par 95% des habitants. Le vieux Raymond Dione se rappelle avoir passé un mois dans la case des hommes pour les besoins de son éducation de base, son apprentissage de la vie, à travers devinettes et autres supplices corporels. De même, il souligne que jadis, des cérémonies de divination étaient organisées régulièrement dans le village. « Aujourd’hui, tout cela a disparu », constate-t-il. Avec Somone, Mbour, Saly, Nianing etc ; Ponto fait partie des localités où le mariage mixte est devenu un véritable phénomène social.

A l’image de beaucoup de villages sérères, Pointe Sarène est une localité de lutteurs. L’un des plus célèbres parmi la jeune génération reste Moussa Ponto qui fut un grand ambassadeur de cette bourgade.

Par Babacar DIONE et Djegane SARR (textes) et Abib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 07 juillet 2017 16:23

Venant des quatre coins du Sénégal, des milliers de nos compatriotes se retrouvent à la fin du mois de ramadan à Nimzatt pour y accomplir un pèlerinage, en hommage à Cheikhna Cheikh Saadbouh. Emouvante vision que celle de cette marée humaine déferlant autour de Nimzatt, un sanctuaire de l’Islam, pour y glorifier Dieu. La foi en bandoulière, ils tendent leurs bras au ciel en quête de grâces. Rassemblant des milliers de croyants unis dans la glorification de Dieu, le pèlerinage de Nimzatt reflète, à tout point de vue, l’image d’une communauté active dans la sublimation de l’amour porté au Seigneur. Quelle belle image de les voir, tous ensemble, s’abandonner à Dieu, dans un même élan impulsé par une foi commune.

Leurs déclamations des panégyriques de Cheikhna Cheikh Saadbouh et leurs « zikrs », entre autres dévotions, traduisent leur éloignement de toute occupation terrestre qui ne soit pas adoration de Dieu. Voilà tout le sens du pèlerinage de Nimzatt institué en 1949 par Cheikh Talibouya, fils et troisième khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh. Son appel fit écho auprès des fidèles qui le rejoignirent pour observer, en sa compagnie, les derniers jours du ramadan et célébrer, à ses côtés, la fête de la Korité (fin du jeûne). Pour les 20 000 Sénégalais présents cette année à Nimzatt, c’est, sans conteste, la volonté de son ascendant, le vénéré Cheikhna Cheikh Saadbouh disparu au 22ème jour du mois béni du ramadan de l’an 1917 après 69 années consacrées à l’œuvre de revivification de la religion musulmane, qui s’accomplit. En effet, il avait, avant son rappel à Dieu, prié le Seigneur pour que son tombeau soit, à l’image de la Kaaba à La Mecque, un lieu de rémission des péchés et d’exaucement des vœux.

Son mausolée, bien en vue dans le caveau des saints du cimetière de Salihina, est, à chaque pèlerinage, un univers religieux pris d’assaut par les disciples khadres du Sénégal qui espèrent y trouver remèdes à leurs maux, y dissiper leurs craintes et y entretenir leurs espoirs. C’est pourquoi, les pèlerins, après la prière de la Korité (voir article dans Le Soleil du 27 juin), se dirigent vers le mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh à Salihina, le « cimetière où l’on enterre ses angoisses ». On les voit monter et descendre les dunes pour aller se prosterner au pied du saint homme, lui confier les personnes, les causes graves et implorer des grâces particulières. Connaissant des difficultés et des détresses, les pèlerins de Nimzatt se tournent vers Cheikhna Cheikh Saadbouh dont la puissance s'étend à toutes les nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles. Dans l'embarras et la peine qui les pressent, ils recourent à l’homme de Dieu avec confiance, s’attendant à ce qu’il prenne sous sa charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de leur inquiétude.

C’est le moment des invocations par excellence et celui de la quête du pardon absolu. Les Chérifs, ces descendants de Cheikhna Cheikh Saadbouh, dirigent les offices. En compagnie des pèlerins, ils formulent de ferventes prières pour mettre nos territoires à l’abri des calamités naturelles et les éloigner des zones de turbulences. Dans l’espoir que le Seigneur se manifeste dans les esprits en ces moments d’exaltation, ils se prosternent devant Dieu pour qu’Il accorde sa paix et sa miséricorde là où l'affliction et le doute existent. Dans et autour du mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ils se remettent à Dieu pour qu’Il libère une confiance renouvelée à travers sa grâce et qu’Il satisfasse leurs besoins, les bénisse et bénisse leurs proches. Ici, ils se recueillent avec la ferme confiance que le saint homme de Nimzatt ne négligera rien en faveur des affligés qui l'implorent pour son intercession auprès de Dieu.

De nos envoyés spéciaux Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Sarakh Diop (photos)

Rosso-Sénégal, vendredi 23 juin 2017. Sur les coups de 12 heures, le thermomètre affiche 35°C. Cette localité frontalière, séparée de Rosso-Mauritanie par un bras du fleuve large de 400 mètres, est comme une fourmilière éclatée. Le déferlement des fidèles de la confrérie khadriya y est impressionnant. De partout, ils sont venus répondre à l’appel lancé en 1949 par le vénéré Cheikh Talibouya pour que, par l’intercession de son auguste ascendant Cheikhna Cheikh Saadbouh (1848-1917), leurs péchés soient absous. La destination finale de ces milliers de pèlerins sénégalais est donc Nimzatt, dans les dunes de la région du Trarza en République islamique de Mauritanie. Ici, ils vont se prosterner au pied de Cheikhna Cheikh Saadbouh pour sublimer l’amour qu’ils lui portent.

Rosso-Sénégal, vendredi 23 juin 2017. Sur les coups de 12 heures, le thermomètre affiche 35°C. Cette localité frontalière, séparée de Rosso-Mauritanie par un bras du fleuve large de 400 mètres, est comme une fourmilière éclatée. Le déferlement des fidèles de la confrérie khadriya y est impressionnant. De partout, ils sont venus répondre à l’appel lancé en 1949 par le vénéré Cheikh Talibouya pour que, par l’intercession de son auguste ascendant Cheikhna Cheikh Saadbouh (1848-1917), leurs péchés soient absous. La destination finale de ces milliers de pèlerins sénégalais est donc Nimzatt, dans les dunes de la région du Trarza en République islamique de Mauritanie. Ici, ils vont se prosterner au pied de Cheikhna Cheikh Saadbouh pour sublimer l’amour qu’ils lui portent.

DANS L’ANTRE SACRE D’UNE TERRE DE FOI : SALIHINA, LE MOUROIR DES ANGOISSES EXISTENTIELLES
Venant des quatre coins du Sénégal, des milliers de nos compatriotes se retrouvent à la fin du mois de ramadan à Nimzatt pour y accomplir un pèlerinage, en hommage à Cheikhna Cheikh Saadbouh. Emouvante vision que celle de cette marée humaine déferlant autour de Nimzatt, un sanctuaire de l’Islam, pour y glorifier Dieu. La foi en bandoulière, ils tendent leurs bras au ciel en quête de grâces. Rassemblant des milliers de croyants unis dans la glorification de Dieu, le pèlerinage de Nimzatt reflète, à tout point de vue, l’image d’une communauté active dans la sublimation de l’amour porté au Seigneur. Quelle belle image de les voir, tous ensemble, s’abandonner à Dieu, dans un même élan impulsé par une foi commune.

Leurs déclamations des panégyriques de Cheikhna Cheikh Saadbouh et leurs « zikrs », entre autres dévotions, traduisent leur éloignement de toute occupation terrestre qui ne soit pas adoration de Dieu. Voilà tout le sens du pèlerinage de Nimzatt institué en 1949 par Cheikh Talibouya, fils et troisième khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh. Son appel fit écho auprès des fidèles qui le rejoignirent pour observer, en sa compagnie, les derniers jours du ramadan et célébrer, à ses côtés, la fête de la Korité (fin du jeûne). Pour les 20 000 Sénégalais présents cette année à Nimzatt, c’est, sans conteste, la volonté de son ascendant, le vénéré Cheikhna Cheikh Saadbouh disparu au 22ème jour du mois béni du ramadan de l’an 1917 après 69 années consacrées à l’œuvre de revivification de la religion musulmane, qui s’accomplit. En effet, il avait, avant son rappel à Dieu, prié le Seigneur pour que son tombeau soit, à l’image de la Kaaba à La Mecque, un lieu de rémission des péchés et d’exaucement des vœux.

Son mausolée, bien en vue dans le caveau des saints du cimetière de Salihina, est, à chaque pèlerinage, un univers religieux pris d’assaut par les disciples khadres du Sénégal qui espèrent y trouver remèdes à leurs maux, y dissiper leurs craintes et y entretenir leurs espoirs. C’est pourquoi, les pèlerins, après la prière de la Korité (voir article dans Le Soleil du 27 juin), se dirigent vers le mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh à Salihina, le « cimetière où l’on enterre ses angoisses ». On les voit monter et descendre les dunes pour aller se prosterner au pied du saint homme, lui confier les personnes, les causes graves et implorer des grâces particulières. Connaissant des difficultés et des détresses, les pèlerins de Nimzatt se tournent vers Cheikhna Cheikh Saadbouh dont la puissance s'étend à toutes les nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles. Dans l'embarras et la peine qui les pressent, ils recourent à l’homme de Dieu avec confiance, s’attendant à ce qu’il prenne sous sa charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de leur inquiétude.

C’est le moment des invocations par excellence et celui de la quête du pardon absolu. Les Chérifs, ces descendants de Cheikhna Cheikh Saadbouh, dirigent les offices. En compagnie des pèlerins, ils formulent de ferventes prières pour mettre nos territoires à l’abri des calamités naturelles et les éloigner des zones de turbulences. Dans l’espoir que le Seigneur se manifeste dans les esprits en ces moments d’exaltation, ils se prosternent devant Dieu pour qu’Il accorde sa paix et sa miséricorde là où l'affliction et le doute existent. Dans et autour du mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ils se remettent à Dieu pour qu’Il libère une confiance renouvelée à travers sa grâce et qu’Il satisfasse leurs besoins, les bénisse et bénisse leurs proches.

Ici, ils se recueillent avec la ferme confiance que le saint homme de Nimzatt ne négligera rien en faveur des affligés qui l'implorent pour son intercession auprès de Dieu.

De nos envoyés spéciaux Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Sarakh Diop (photos)

Dans les localités situées sur la Petite Côte sénégalaise, les retraités européens entament une seconde jeunesse. Des personnes d’un âge très avancé épousent de jeunes de notre pays et mettent à leur disposition toutes les commodités. Mais cet eldorado se transforme souvent en cauchemar pour ces jeunes. Souvent trahis, ils trouvent refuge dans l’alcool, la violence, la prostitution...

La trentaine sonnée, Fa attend un taxi sur le bord de la route longeant la mairie de Saly Portudal. La mine renfrognée, elle regarde d’un œil méprisant les passants. Derrière ce mépris, se cache une amertume. «  Il fut un temps, elle roulait sur des millions. Elle avait un mari européen qui l’a finalement lâchée pour une autre fille », explique un jeune vendeur. Cheikh Fall, gérant d’un bureau de change, fait partie des personnes qui en savent sur Fa, une personne bien connue à Saly. Il corrobore les propos du jeune marchand. « Fa avait une voiture et était tous les jours dans les boites de nuit avec son copain. Maintenant, elle est désœuvrée », raconte-t-il.

« Elle avait épousé un vieil homme blanc. Celui-ci avait déménagé au Sénégal, mais a finalement choisi de rentrer dans son pays. En partant, il a refusé d’embarquer sa jeune épouse sénégalaise », ajoute notre interlocuteur. Des jeunes ayant subi le même sort que Fa, Saly Portugal en compte beaucoup. «  Beaucoup de filles contractent des mariages mixtes, mais le plus souvent la relation aboutit au divorce », fait remarquer Cheikh Fall. « Ces ruptures plongent les jeunes dans la précarité, parce qu’ils sont habitués à la belle vie. Une retraitée européenne de 75 ans peut épouser un jeune de 25 ans et l’abandonner après quelques années, parce que le cadet n’est plus performant. Quand il n’en peut plus, elle n’hésite pas à l’abandonner », dit Mame Thierno Sarr, marchand ambulant.

Les exemples ne manquent pas pour étayer les propos. « Un jeune natif de Gandiaye, dans le département de Kaolack, a vécu le même sort. Il avait épousé une vieille Européenne de 60 ans. La femme avait acheté une villa à Saly. Elle avait aussi mis à sa disposition un véhicule. Le jeune faisait du sport tous les jours pour être en forme.

La vieille ne voulait que sa force physique. Au bout de deux ans, le jeune a craqué. Il fuyait. Pour le pousser à la porte, la femme l’a accusé de vol », explique-t-il. « Finalement, ce jeune s’est retrouvé dans des difficultés. Sans argent, il passait presque tous les jours dans les boites de nuit. Il avait réussi à trouver une autre épouse européenne. Mais cette fois-ci, il a négocié pour partir avec elle en Europe. Depuis qu’il est parti, je n’ai plus de ses nouvelles », ajoute Mame Thierno.

Des unions basées sur l’argent
Mariage mixte SénégalSaly Portudal, Somone, Nianing, Pointe Sarrène, Mbodienne, Mbour et les autres localités situées sur la Petite Côte sont touchées par le phénomène. Les jeunes victimes sont nombreuses. « Il suffit juste de visiter les boîtes de nuit avec une personne qui connaît bien la zone. Tu ne verras que des personnes trahies qui se retrouvent dans la précarité. Si elles ne sont pas alcooliques, elles plongent dans la violence ou la prostitution », fait remarquer Aïcha, une vendeuse. « Les personnes très âgées qui se marient avec des jeunes au Sénégal savent qu’elles ne peuvent pas avoir cela eu Europe. C’est pourquoi, je ne les considère pas comme des touristes, mais des « Sénégaulois », se désole la jeune Sénégalaise qui décrie le comportement de ses compatriotes.

« Les Blancs sont partis. Il ne reste que des toubabs sénégalais. Tu les vois à Ngaparou, Toubab Dialao, Somone. Tu verras souvent dans ces localités des Blancs qui se marient à des filles sénégalaises. Ces unions sont basées sur l’argent. Les Blancs donnent des voitures et des maisons », déplore de son côté Sitapha, un jeune chauffeur de taxi. « Je ne pense pas trouver une vieille toubab. Il y a des jeunes qui sont souvent hébergés par des Européennes. Ils oublient souvent leurs parents. Ils passent tout leur temps avec l’Européenne », poursuit notre interlocuteur.

Khadim Sarr, boutiquier à Saly, estime qu’aucun jeune ne doit accepter de sacrifier son avenir pour de l’argent. « Un mariage entre une jeune et un vieux n’est pas une bonne chose. Avoir 19 ans et se marier avec un homme de 70 ans ressemble à un suicide. Une fille qui le fait se retrouvera, un jour, dans la souffrance. Nous avons vu des filles qui géraient des millions et qui se sont retrouvées dans la dèche. Elles n’ont plus rien », alerte-t-il. M. Sarr réfute les propos de ceux qui soulignent qu’il y a des cas de réussite. « Il y a quelques réussites, mais les échecs sont plus nombreux.  Tu peux avoir une belle maison, mais tu auras une fin triste », prédit Khadim Sarr.

SALY PORTUDAL : Incursion dans un paradis terrestre
Saly Portudal est un centre commercial à ciel ouvert, un site touristique prisé mais aussi un paradis terrestre où des vieux de 70 ans marient des jeunes d’à peine 20 ans. La nuit, les donjuans de tout poil vont à la quête des rôdeuses nocturnes friandes de billets de banque.

En franchissant le panneau d’affichage souhaitant aux voyageurs, en gros caractères, la bienvenue à Saly Portudal, le visiteur pourrait vite se croire en territoire européen. Une sorte de « Little France ». Ils n’avaient pas tort, ces migrants d’un pays voisin qui, en partance pour l’Espagne à bord d’une embarcation de fortune, avaient commencé à jubiler en apercevant la station balnéaire qui, en pleine nuit, leur semblait être la porte de l’Espagne. En effet, après une longue période de traversée de l’étendue bleue, ces voyageurs clandestins, voyant Saly briller de mille feux, croyaient qu’ils étaient arrivés à destination.

Ces charmants coins
vue aérienne SalyLes malheureux migrants étaient seulement charmés par la beauté des installations hôtelières de Saly. Dans cette localité située à droite de l’entrée de Mbour en provenance de Dakar, le décor, au fur et à mesure que l’on pénètre à l’intérieur de la ville, indique que l’on est bien dans une zone touristique. Ici, les supermarchés, les restaurants chics, les bars, les dancings et les grands hôtels côtoient les banques, les assurances et les bureaux de change. Malgré le Ramadan, ces lieux ne désemplissent pas. Les vendeurs de tableaux d’art et d’objets exotiques et autres sculpteurs complètent ce décor où des touristes enthousiastes sont heureux de faire leurs courses. Tant mieux pour l’économie locale.

Il faut dire que dans ce site touristique très réputé, l’activité économique est toujours intense. Toute la journée, des transactions sont effectuées. En réalité, Saly n’est qu’un centre commercial à ciel ouvert ! Autre indication que l’on se trouve en zone touristique, la présence de nombreux étrangers avec leurs incessants va-et-vient tout au long de la journée. Ils sont, en majorité, des Français. Mais on y rencontre aussi des Italiens, des Anglais et des Maghrébins. Tout porte à croire qu’ils sont bien intégrés, vu l’épanouissement dont ils font montre. « Ici, on peut trouver tout ce que l’on veut à des prix convenables », se réjouit Fabrice, un retraité français qui a manifestement pris goût à son séjour sénégalais. Après une première visite fructueuse en février dernier -il y a trouvé femme, une jolie liane- le septuagénaire espère revenir, sous peu, s’installer définitivement au pays de la « Téranga ». Il n’est pas le seul. Ils sont, en effet, nombreux, les retraités occidentaux qui, après une carrière professionnelle bien remplie chez eux, décident de finir leurs jours sur la Petite Côte, dans ces charmants coins comme Saly Portudal. Avec l’argent épargné pendant leur carrière professionnelle, ils sont assurés de pouvoir se la couler douce à Saly où le coût de la vie est relativement peu chère. Cerise sur le gâteau, certain(e)s se paient le luxe de se taper une jeune Sénégalaise ou un jeune Sénégalais. 

Peu leur importe l’écart d’âge souvent très grand ! « Le cœur a ses raisons que la raison, elle-même, ignore », dixit le chanteur ! « Ils (les retraités européens) ont chez nous ce qu’ils ne peuvent pas avoir chez eux. Imagine un Sénégalais de 60 ans se marier avec une jeune Sénégalaise de 18 ans ou une vieille Sénégalaise de 75 ans se marier avec un jeune de 20 ans. Cela est presque impossible chez nous », fait remarquer Babacar Guèye, le 3ème adjoint au maire de Mbour.

Saly by night
Saly PortudalUn tour à Saly permet de se convaincre de la forte présence des couples mixtes dans cette station balnéaire où ils se baladent en plein jour, bras dessus, dessous. Et si l’on en croit un autre Babacar Guèye, premier adjoint au maire de Saly, la tendance des couples mixtes est à la hausse ces dernières années. Autant dire que le phénomène a encore de beaux jours devant lui, en dépit des désillusions dont ont été victimes plusieurs jeunes gens. Abandonnées comme des malpropres, certaines filles se sont réfugiées dans l’alcool et la prostitution. « D’autres croupissent en prison », révèle encore Babacar Guèye qui ne voit « aucun avantage dans les mariages mixtes ».

La nuit, Saly Portudal vit au rythme des bals et autres soirées torrides où la luxure le dispute à l’alcool. C’est un autre monde ! En quête de belles rôdeuses, les viveurs nocturnes et les donjuans de tout poil prennent d’assaut les cafés, cabarets et auberges pour passer du bon temps. Pendant ce temps, les patrouilles de la gendarmerie sont permanentes pour éviter tout débordement. Dans les rondpoints, des travailleuses de sexe, ayant loué des taxi-clandos pour toute la nuit, attendent avec impatience l’arrivée des clients. Parmi elles, des Sénégalaises, mais aussi des Africaines de la Sous-région notamment des Nigérianes et des Ghanéennes.

Un homme, la trentaine, s’avance sans hésiter au milieu de la foule. Il doit être un client régulier des lieux vu l’assurance avec laquelle il s’y prend. Une fille, en robe hyper courte, vient à son encontre. Ils sympathisent et après quelques minutes de discussion, le marché est conclu. Le jeune homme et sa partenaire s’engouffrent aussitôt dans un taxi-clando, direction la sortie de Saly, vers Mbour. Bientôt, on ne pourra plus compter les couples qui répéteront le même scénario. A la grande satisfaction des chauffeurs de taxi-clandos qui doivent se frotter les mains.

A l’origine un village de pêcheurs, Saly a radicalement changé de visage grâce à une urbanisation rapide, au tourisme et aux infrastructures connexes. L’impact socio-économique du tourisme dans la vie des habitants est réel. Mais si l’on en croit un journaliste, sous couvert de l’anonymat, qui connaît bien la zone, beaucoup de personnes croulent encore sous le poids de la pauvreté. « Il y a un grand paradoxe puisque malgré ce développement lié au tourisme, nombreux sont ceux qui peinent à joindre les deux bouts,», explique-t-il. Selon lui, une bonne partie des habitants pauvres est concentrée au village traditionnel de Saly Niakh Niakhal. Là-bas, pour échapper à la pauvreté et la dureté de la vie, beaucoup de jeunes filles se sont jetées dans les bras des touristes européens. « Certaines belles maisons y ont été construites par des filles mariées à des Européens », renseigne-t-il.

Par Babacar DIONE et Diégane SARR

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 15:56

Bakou, la capitale azerbaïdjanaise a été le point de ralliement du monde musulman du 12 au 22 mai dernier. C’était lors des 4èmes Jeux de la solidarité islamique. Les participants ont saisi l’occasion pour mieux connaître ce pays de l’Asie centrale, ancienne République soviétique dont la principale ville affiche plusieurs atouts alliant enracinement et ouverture. Etape importante de l’ancienne Route de la Soie, Bakou est la vitrine d’un pays qui, après son indépendance, poursuit son expansion.

Bakou offre au visiteur qui y met les pieds pour la première fois l’image d’une ville très propre avec de larges avenues, beaucoup d’espaces verts qui bordent les routes et des places publiques. De l’aéroport international Heydar Aliyev, distant de 16km du centre-ville, aux principaux quartiers de la ville, les arbres défilent, alternant avec les grandes constructions. S’offrent au regard du visiteur qui débarque, de longs murs bordant les avenues et des espaces verts bien entretenus par une armée de travailleurs qui se relaient sur les différents sites à longueur de journée. Et le fruit du travail est très édifiant : pas une feuille qui virevolte encore moins du gravat qui déborde des chantiers sur les trottoirs. Dans cette ville en constante progression, les immeubles poussent comme des champignons ; un progrès encouragé et entretenu par l’exploitation du pétrole dont le pays exporte environ un million de barils par jour. Et Bakou, la principale métropole, s’affiche un peu plus comme la destination privilégiée des couches aisées du pays mais également des Etats voisins. Du coup, les grandes surfaces foisonnent de partout. Des boutiques de grand luxe qui s’alignent tout au long des grandes avenues proposent aux passants des produits de marque (cosmétiques, vêtements comme automobiles). Pas étonnant dans un pays qui aspire à faire de sa capitale, un hub touristique et commercial dans la région à l’image de Dubaï au Moyen-Orient.

En ville, plusieurs attractions égaient journellement le séjour des visiteurs et le quotidien des habitants. Bakou compte des espaces verts à foison aussi bien sur sa façade maritime qu’au bord de ses larges avenues. Si ce ne sont pas des parcs, il s’agit d’espaces aménagés pour recevoir, à longueur de journées, les visiteurs. Le Parc zoologique, situé au cœur de la ville, est un lieu privilégié vers lequel convergent des centaines de curieux qui peuvent contempler des tigres, des lions, des oiseaux, des singes, ou encore, des animaux exotiques.

En tout, quelques 1193 animaux de 168 espèces auxquels s’habituent jeunes écoliers et touristes s’y côtoient sur une superficie de 4,25 hectares. Le Parc occupe une bonne place dans les habitudes des citadins et se positionne comme un endroit qu’il faut visiter à tout prix. Toujours sur le front de mer, de larges esplanades bordent la Mer caspienne et constituent des lieux de villégiature pour les visiteurs qui peuvent admirer, à longueur de journée, la beauté du milieu.

Un musée riche de 10.000 objets
Musée du tapis de BakouSinon, des vitrines et autres espaces de détente s’offrent également à la curiosité des visiteurs avec parfois, une architecture futuriste. Deux bâtiments originaux attirent l’attention des passants : d’une part, le Centre culturel Heydar Aliyev et d’autre part, le Musée du Tapis de Bakou. Le premier est un complexe ultra moderne d’environ 100.000 mètres carrés, édifié sur l’Avenue Heydar Aliyev et comprenant un centre de congrès, un musée, une bibliothèque et un parc d’une superficie de 9 hectares. Il a été construit entre 2007 et 2012 sur le sommet d’une colline urbaine dans le quartier le plus récent de la ville et pour relater la vie du père du président de la République dont il porte le nom.

Le musée du Tapis et des arts appliqués inauguré en 2013 est construit en forme de tapis enroulé et se trouve sur le boulevard en bordure de la Mer caspienne. D’une grande originalité par son architecture, le bâtiment a pris le relais d’une ancienne mosquée de la vieille ville qui faisait office de musée. A l’intérieur, on retrouve exposées, les créations des 19ème et 20ème siècles d’un art azerbaïdjanais classé aujourd’hui au Patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Et l’inventaire officiel répertorie « plus de 10 000 objets historiques et des œuvres d’arts qui sont conservés à l’intérieur ». Il expose également de très nombreux tapis, dont les caractéristiques techniques sont détaillées par de petits écriteaux en anglais. On peut admirer le tapis le plus ancien qui date du XVIIe siècle, mais la plupart des pièces exposées a été tissée au début du XXe siècle.

Old City contre ville nouvelle
La ville de Bakou a la particularité d’être divisée en deux blocs distincts. Si certaines métropoles se subdivisent en endroits chics d’une part et en bidonvilles de l’autre part, la capitale azerbaïdjanaise offre une autre image. Avec d’un côté, l’ancienne ville communément appelée Old City avec ses bâtisses et places historiques et de l’autre, la nouvelle ville où les nouvelles constructions rivalisent d’originalité et de beauté. Dans l’ancien-Bakou, les anciennes constructions se côtoient avec des balcons en bois donnant sur des chemins étroits. Ici, les vestiges de la civilisation azérie sont visibles à travers l’architecture. La vieille ville de Bakou est présentée comme le quartier historique résidentiel et une réserve historico-architecturale au centre de la métropole.

Avec plus de 1.300 familles qui habitent sur une superficie de 221.000 m2, occupée par la réserve. Ici, les métiers artisanaux ainsi que le commerce sont assez développés et le visiteur se voit proposé plusieurs articles par les antiquaires qui pullulent le long des rues. Cette partie de la ville regorge de curiosités. Au rang des monuments historiques, la Tour de Vierge (Qiz Qalasi en Azéri et Maiden Tower en anglais). Avec le Palais des Chirvanchahs, cet édifice d’une hauteur de 30m est l’une des attractions de la Vieille ville. Avec un ticket vendu à 1,6 manat aux locaux et 8 manats (environ 2500 francs) aux étrangers, le visiteur peut escalader ce monument à travers un escalier minuscule qui ne permet pas un passage simultané de deux personnes. Du coup, la horde de visiteurs est obligée d’attendre pour monter ou descendre à tour de rôle. Heureusement que ces escaliers ne donnent pas sur de hauts niveaux puisque le toit est à peine haut de 2 mètres. Il est donc facile de se retrouver au toit de la Tour après sept niveaux où l’on découvre sur des écrans ou par des images 3D, quelques récits et légendes de la ville ou qui racontent des histoires de la Tour dont la date de construction n’est pas connue, selon la version officielle. Il n’en demeure pas moins que l’édifice qui a servi de phare aux 18ème et 19ème siècles, est entré en décembre 2000 dans la liste des monuments du Patrimoine culturel mondial de l’Unesco en même temps que le Palais des Chirvanchahs. Ce dernier est un édifice médiéval dont la construction entamée au XIIe siècle a été achevée définitivement au XVe siècle.

Nouveaux et anciens quartiers sont séparés par une muraille fortifiée grâce à laquelle les habitants se protégeaient des offensives ennemies, en particulier des invasions russes, selon les récits. La nouvelle ville concentre l’essentiel des constructions futuristes qui font la fierté des autorités. De toutes les nouvelles constructions qui ornent le décor et s’offrent à la vue des habitants et visiteurs, les Flame Towers ont l’une des formes les plus originales. Construites sur l’une des principales collines de Bakou entre octobre 2007 et avril 2012, les trois tours qui se font face, font office de bureaux pour l’une, d’appartements pour l’autre et enfin d’hôtels et restaurants pour la dernière. La nuit, c’est un spectacle saisissant qui se dégage des lieux grâce à plus de 10 mille lampes LED disposées sur leurs façades ; ce qui en fait des torches illuminant la colline et les habitations environnantes.

Non loin de là, sur les rives de la Mer Caspienne, la fierté nationale est mise en exergue de fort belle manière, avec un édifice imposant dénommée la Place du drapeau national. Une construction qui ne passe pas inaperçue depuis son inauguration le 1er septembre 2010. Avec des mensurations démesurées (70m de longueur et 35m de hauteur), le drapeau azerbaïdjanais est installé sur un mât de 162m. Ce monument a détenu, pendant un peu plus d’un an, le record du drapeau le plus haut perché du monde avant que le pays voisin, le Tadjikistan ne le supplante avec un flambeau hissé à 165m sur la baie de Douchanbé, la capitale, à l’occasion du 20ème anniversaire de l’indépendance de cette ancienne République soviétique d’Asie centrale. D’autres constructions aussi impressionnantes les unes que les autres sont entreprises pour donner à la ville, un rayonnement de plus en plus prononcé en adéquation avec les pouvoirs publics et les investisseurs.

Bakou, une ville sportive
Grand prix AzebaïdjanL’édition 2017 des Jeux de la Solidarité islamique a été un rendez-vous de plus pour la capitale azerbaïdjanaise dans sa panoplie d’événements sportifs qu’elle a organisés ou s’apprête à abriter.

Bakou s’affiche, en effet, de plus en plus comme une destination privilégiée pour abriter des compétitions internationales. Pas étonnant si l’on sait que le président de la République, Ilham Aliyev est le président du Comité national olympique local depuis 1997. Aussi, la première dame, par ailleurs première vice-présidente du pays, est également la présidente de la Fédération azerbaïdjanaise de gymnastique. Un ancrage dans le mouvement sportif du couple présidentiel qui se matérialise donc par un investissement accru dans le sport. Au-delà des infrastructures qui accueillent les joutes, les transports, l’hébergement ou encore la restauration ont été de grande qualité durant les Jeux de la Solidarité islamique (du 12 au 22 mai dernier) où 16 sites avaient accueilli les athlètes de 20 disciplines.

Cet énorme investissement, par delà les événements sportifs, vise également à assurer le rayonnement de la ville. Et le summum dans l’organisation de manifestations sportives se trouve être l’accueil des Jeux olympiques, le plus grand événement sportif du monde. Et même si Bakou n’a pas encore eu ce privilège, ce n’est pas faute d’avoir essayé : elle a, en effet, été candidate à l’organisation des JO d’été de 2016. Une candidature, toutefois, rejetée durant la phase préliminaire de sélection. On sait que, finalement, c’est Rio de Janeiro qui avait été retenue. Bakou a retenté sa chance pour les Jeux olympiques d’été de 2020, sans plus de succès puisque c’est la métropole japonaise, Tokyo qui a été choisie. Néanmoins, la presqu’ile azerbaidjanaise peut s’enorgueillir d’avoir accueilli des événements d’envergure mondiale. Dès 2004 et sous la houlette de la présidente de sa fédération de gymnastique qui n’est autre que sa Première dame, la ville s’est vu confier l’organisation des Championnats du monde de gymnastique rythmique de 2005 avec la participation d’athlètes venus de 48 nations.

En 2012, l’assemblée générale des Comités olympiques européens a retenu Bakou pour abriter les 1ers Jeux européens en 2015. Ce qui est, jusqu’à présent, le plus grand événement multi-sport organisé dans l’histoire de l’Azerbaïdjan. Une manifestation à laquelle 50 pays européens avaient envoyé des athlètes. Elle précède les Jeux islamiques dont le format est quasiment le même et elle a mobilisé la presque-totalité des ressources humaines comme infrastructurelles.

Tout comme l’Olympiade d’échecs, le championnat d’Europe de football des moins de 17 ans que la ville a déjà accueilli. S’y ajoute une nouvelle manifestation d’envergure internationale. En effet, pour marquer les 60 ans de sa première édition, le Championnat d’Europe de Football se disputera, en 2020, dans 13 villes du Continent. Et le stade olympique de la capitale azerbaïdjanaise d’une capacité de 68.700 places a été retenu pour abriter trois matchs de poules et un quart de finale de ce tournoi. Prochainement, la ville va également accueillir le Championnat d’Europe de volley-ball féminin.

Dans le cercle fermé de la Formule 1
Flame Towers BakouEn 2016, cette ville située au bord de la Mer caspienne a franchi un nouveau cap, avec l’inscription de son circuit automobile dans le calendrier de la Formule 1. Et parallèlement aux Jeux de la Solidarité islamique, Bakou était en plein dans la préparation de cet événement qui mettra le pays sous le feu des projecteurs. Ce qui est d’ailleurs l’un des objectifs visés par le pouvoir qui veut « positionner l’Azerbaïdjan en Europe et démontrer leur volonté d’ouverture aux visiteurs étrangers ». Et après le succès de la première édition, les organisateurs ont décidé de le renommer Grand Prix d’Azerbaïdjan, et non plus Grand Prix d’Europe, son appellation antérieure.

La course qui sera le 8ème des 20 rendez-vous que compte, cette année, le calendrier de la saison de Formule 1, aura lieu le 25 juin courant sur le circuit urbain de Bakou. Ce circuit automobile temporaire est situé près du parc maritime de Bakou, où les tentes et autres tribunes provisoires commencent à s’élever pour accueillir les spectateurs. Il a accueilli, pour la première fois, le Grand Prix d’Europe de Formule 1, le 19 juin 2016. Cette année encore, les concurrents arpenteront 52 fois le circuit fermé de 5,872km soit une distance totale de 305,344 km. L’histoire retiendra que c’est le champion du monde allemand, Nico Rosberg sur Mercedes qui s’était imposé lors de la première édition.

Dakar Square, en souvenir d’un jumelage scellé en 1967
A cinq stations de métro de la gare de Koroglu, en allant vers l’est, se trouve celle de Neftchilar. Un endroit dont le tunnel débouche sur un rond-point où la circulation est dense en ce début d’après-midi et où le passage est réglementé par un agent de police malgré la présence de feux de signalisation. Pour accéder à la place où se dressent trois colonnes verticales, il faut l’intervention du policier en poste pour intercéder auprès des automobilistes nombreux à cette heure de pointe. Ici, se trouve la Place Dakar ou Dakar Square ou encore Dakar Circle ; un endroit pour matérialiser le jumelage entre la métropole azerbaïdjanaise et la capitale du Sénégal. L’endroit est situé à l’intersection de la rue Rustam Rustamov et de l’avenue Kara Karayev, près de la station de métro « Neftchilar ».

A l’entrée de la station, une plaque multicolore s’offre aux passants avec les inscriptions « Cités Unies » pour faire un clin d’œil à l’union que la métropole a scellée avec Dakar au même titre qu’avec huit autres villes du monde. Plusieurs habitants (dont notre guide) et passants ignorent tout de la ville dont le nom est inscrit sur le mur. Pire, beaucoup de passants ignorent jusqu’à l’histoire de cette place et l’existence de la ville jumelle. Et selon la présentation officielle, « la place a été nommée à l’honneur de la ville de Dakar, capitale du Sénégal et de la ville jumelle de Bakou. Ces deux villes ont été jumelées en 1967 ». C’était sous le magistère du Docteur Samba Guèye. Et vingt ans plus tard, en septembre 1987, à l’occasion du centenaire de la fondation de la ville de Dakar, une délégation de la municipalité de Dakar s’était d’ailleurs déplacée à Bakou et avait visité la place dédiée à la capitale sénégalaise. Au centre de cette place, trône un monument de sépulcre orné de mosaïques, d’images de colombe et de salutations, ainsi d’un panneau incrusté représentant les armoiries de deux villes et avec les mots « Cités Unies », du côté est.

La culture pour plus d’ouverture
Centre culturel Heydar HaliyevSi le visiteur n’est pas emballé par la verdure, les attractions ne manquent pas pour satisfaire sa curiosité.
Des édifices récents comme anciens sont conseillés aux voyageurs et sont pris d’assaut toute la journée pour des moments de détente. Dans leur quête de grandeur, les autorités de ce pays affranchi de l’Union soviétique en 1991 au même titre que 13 autres nations voisines, ont entrepris des chantiers de prestige. Un besoin de s’affirmer qui a un coût et la famille présidentielle n’a pas lésiné sur les moyens tirés principalement de l’exploitation du pétrole dont des puits artisanaux sont encore visibles à quelques endroits de la ville.

Et du côté du sport, rien de telle que la culture pour assurer au pays, un rayonnement international. C’est dans cette optique que l’Azerbaïdjan a accueilli, en mai 2012, la finale du concours de l’Eurovision : un concours international de chant auquel avaient pris part de jeunes prodiges de la chanson européenne issus de 42 pays du Vieux Continent. Pour cela, il avait fallu construire un Palais de la Chanson, le Crystall Hall qui a, depuis lors, accueilli des manifestations sportives dont les épreuves de karaté, d’escrime, de taekwondo, de volleyball, de boxe et de zurkhaneh aux Jeux européens et de la Solidarité islamique.

Avec cette organisation, il s’agissait, pour les autorités azéries, de s’assurer une publicité internationale puisque des centaines de millions de téléspectateurs suivent, chaque année cet événement. « L’organisation de l'Eurovision doit apporter la démonstration de notre culture, de nos traditions, de nos tolérances et de notre modernité », disait alors un des principaux conseillers du président Ilham Aliyev. Le but poursuivi était, en effet, de vendre, grâce à la vitrine Bakou, l’image de l’Azerbaïdjan à l’Occident.

De notre envoyé spécial à Bakou (Azerbaïdjan), Ousseynou POUYE

 

Située dans la contrée du Loog, qui appartenait autrefois au Diognick, une province située au nord-ouest du royaume du Saloum, la commune de Mbam joue un rôle central. Riche de ses potentialités naturelles, ses plans d’eau et de ses villages au passé glorieux à l’image de Mbam, Mbassis, Ndorong, Thiaré, cette contrée ne veut pas abdiquer face à la pauvreté chronique qui l’a privée jusqu’à la plus petite des infrastructures de base. Malgré cela, la localité veut grandir en exploitant ses nombreux atouts et combler ses nombreux déficits.

Il est des contrées très difficiles à placer sur la carte du Sénégal. Mbam fait partie de celles-là. Située à quelques encablures de la commune de Foundiougne, sur la route de Passy, cette commune d’environ 10.000 habitants aux allures de gros village endormi regorge de potentialités. On ne peut pas passer par Mbam sans évoquer Laga Ndong, le Taaboor, roi des Esprits, génie protecteur de la contrée qui appartient au village de Ndorong. Ni occulter ses villages chargés d’histoires comme Mbam, Thiaré et Mbassis qui, depuis la nuit des temps, vibre au rythme du « ndut », rite initiatique chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté.

Mbam est une commune pleine d’histoire et de sociabilité si l’on en croit son maire Simon Diouf. « Notre contrée occupe une centralité forte et regorge d’histoire. À l’époque, le diaraf résidait toujours à Mbam. Il y a Mbassis qui a aussi une très forte histoire, tout comme Ndorong et Thiaré », renseigne le maire. Comme beaucoup de localités en pays sérère, Mbam est une zone culturelle par excellence comme en attestent les nombreux évènements qui rythment la vie de communauté. « Quand on aura tout perdu, il ne nous restera que la culture qui n’est pas un élément négligeable dans la zone », indique Simon Diouf. L’évènement phare à Mbam, c’est le « ndut » qui a lieu périodiquement à Mbassis. Ce rite initiatique, selon le maire, constitue un des points cardinaux des valeurs de la localité.

Un marketing territorial pour valoriser le tourisme
« C’est à cette occasion seulement qu’un transfert des valeurs et de nouvelles acquisitions confortent les jeunes dans ce qu’ils sont et les aident à grandir et à devenir homme. C’est une forme d’adhésion à ce qu’on est, une responsabilité d’appartenir aux siens », explique le maire. Jadis, relève Simon Diouf, la séance du « ndut » était tournante entre Mbassis, Mbam, Thiaré et Ndorong. Ce rite, dit-il, était célébré au gré de la réussite de l’hivernage. Le système tournant était valable aussi pour les activités sportives et culturelles, et même pour les séances de lutte. « Mbam est une commune naturelle. Géographiquement, les contours le montrent. Culturellement et sociologiquement, les familles que vous trouvez à Mbam sont les mêmes que vous rencontrez à Mbassis, Ndorong », précise Simon Diouf.

Cernée de part et d’autre par les bolongs, la commune de Mbam recèle aussi des potentialités touristiques. En plus du cordon littoral sableux de plus d’une cinquantaine de kilomètres, des plans d’eau et de l’une des plus belles baies au monde qui se trouve dans le département avec réserve biosphère du delta du Saloum, Mbam a de quoi faire rêver. Avec tous ces atouts, le maire estime que « (sa) ville peut aller vers un écotourisme et un tourisme spécifique, d’excursion ». Mais ce qu’il faut, soutient Simon Diouf, c’est un véritable marketing territorial. « Il faut considérer l’offre, la positionner au niveau international et travailler à la communiquer et à avoir une image de marque forte », indique-t-il. « On est trop étriqué dans nos réflexions et la politique prend trop le dessus sur le développement », déplore-t-il. Selon lui, il urge de donner une identité forte au département de Foundiougne, le positionner parmi les zones d’attraction les meilleures. Aujourd’hui la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. Le maire de Mbam est d’avis que si le site était bien exploité avec des installations patentes, ça aurait permis à Mbam de devenir une vitrine et d’attirer chaque année beaucoup de touristes. Dans plusieurs contrées du pays, le foncier constitue un casse-tête. Mais à Mbam où il constitue une énorme richesse, la communauté tient beaucoup à sa préservation. Depuis trois ans, explique le maire, toute forme d’attribution a été suspendue par souci de préservation du foncier.

« Nous voulons nous inscrire dans une dynamique légale, mais aussi dans une approche participative », explique le maire. C’est pourquoi, note-t-il, la commission d’attribution n’est pas gérée par des conseillers.

Le foncier, une précieuse richesse
« Dans chaque village, il existe une commission locale présidée par le chef de village et composée de la présidente des femmes, du responsable des jeunes, de l’imam, de la catéchèse, d’un sage et d’un ancien conseiller », indique-t-il. « On a par la suite demandé à chaque chef de village de nous faire une proposition de critères d’attribution. À la suite d’une plénière, six critères ont été arrêtés parmi lesquels chaque propriétaire a au minimum une parcelle ou deux tout au plus. On fait une solidarité agissante, mais futuriste ». En matière de foncier, le maire et son équipe veulent jouer la carte de la prudence. « Depuis que nous sommes arrivés, nous n’avons pas fait plus de 20 délibérations parce que nous pensons que notre seule richesse reste le foncier que nous n’osons pas brader », soutient Simon Diouf.

Aujourd’hui, renseigne le maire, la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. À en croire Simon Diouf, des promoteurs veulent le site, mais les offres ne sont pas conséquentes ni suffisamment bancables pour que des terres leur soient données. La situation est telle que la municipalité ne peut même pas étendre la zone agraire parce que, dit le maire, la seule forêt qui reste à la commune a été mise en défens.

« Nous avons la préoccupation de sauvegarder cette relique qui nous reste pour assurer la zone pastorale, mais aussi les activités des tradipraticiens parce que nous sommes dans une collectivité suffisamment rurale où les gens se soignent souvent par des plantes. C’est des préoccupations que nous avons prises en compte », note-t-il en précisant que Foundiougne ne dispose plus de foncier. Selon Simon Diouf, l’extension naturelle de Foundiougne c’est la commune de Mbam. « Nous sommes sûrs qu’un développement optimal de Foundiougne ne saurait se réaliser que par une intercommunalité entre les deux collectivités ». Aujourd’hui, indique M. Diouf, on raisonne en termes de pôle. Mais, selon lui, avant d’arriver à pôle Sine Saloum, certaines localités devraient travailler à s’interconnecter pour avoir des projets d’envergure communs.

Malgré les potentialités dont regorge Mbam, l’accessibilité de cette localité demeure problématique. Pour le maire Simon Diouf, la reprise des travaux de la boucle du Loog qui relie les plus gros villages de cette zone est devenue une urgence.

Le défi de l’accessibilité
« Ça a été un plaidoyer, ça le reste et ça le restera », soutient le maire qui insiste sur la pertinence de relier Foundiougne, Soum et Mbam, trois communes qui partagent les mêmes espaces socio-culturels et les mêmes aspirations. Selon lui, Mbassis est mal à l’aise quand arrive l’hivernage. Il est difficile d’évacuer les malades. L’aspiration, c’est de voir la boucle avec un chemin caillouteux et, à terme, son bitumage pour aider à valoriser le potentiel de la zone.

« Le problème a été posé avec le Pudc. On nous a donné un gage que le travail va reprendre. Nous sommes une presqu’ile comme le Cap-Vert. De part et d’autre il faut traverser un pont ou un bac. La réalisation de cette route va donc changer beaucoup de choses et ouvrira beaucoup d’opportunités et nous aiderait à valoriser notre potentiel touristique », assure-t-il. Par ailleurs, fait savoir M. Diouf, le grand projet du pont de Foundiougne ouvrira d’autres opportunités. « Cette infrastructure va décloisonner totalement la zone et nous rapprocher de la Gambie. Avec les autres ponts, ça va créer une synergie et d’ici 20 ans, le département de Foundiougne connaitra une expansion extraordinaire », fait savoir Simon Diouf.

Avec ses 124 km2 de superficie, Mbam, composé de six gros villages (Mbam, Mbassis, Thiaré, Ndorong, Gagué Mody et Gagué Bocar) et de quatre hameaux (Bambouki, Ndolette, Peulga et Keur Samba Wané), est une commune qui n’a aucune infrastructure de base. Pas de stade municipal, ni marché, ni hôtel de ville. Un vrai marasme infrastructurel. 

Une commune qui rêve de grandir
Populations MbamLe défi majeur s’articule, selon le maire, autour de l’éducation, de l’environnement, de l’eau et de l’électricité. « L’avènement d’un pays ou d’une commune c’est l’éducation qui pourrait aider les jeunes à prendre la montée et à asseoir le développement », soutient Simon Diouf. L’eau, indique-t-il, est à la base de tout développement.

Mbam, qui se trouve dans une zone quasi insulaire, est confronté à un problème lié à la salinité rendant complexe l’accès à l’eau potable. « Au début des années 80, la Caritas nous avait aidés à implanter un peu partout des forages qui ne sont plus fonctionnels depuis bientôt dix ans. Aujourd’hui, le Pudc est intervenu à Mbam, mais l’eau était saumâtre. Les tentatives d’amener une machine de désalinisation n’a pas prospéré », renseigne-t-il. Aujourd’hui, note le maire, il existe, selon le Pudc, une possibilité de transfèrement d’eau à partir de Diossong. « Nous avons un forage qui pourrait nous alimenter avec un transfèrement d’eau à Passy Mbiteyenne. Ce serait une bonne chose parce que ce village est resté dix ans sans eau », souligne-t-il. Les populations s’alimentent à partir de puits ; ce qui, de l’avis du maire de Mbam, constitue un problème de santé publique, car, soutient-il, l’hygiène et la qualité ne sont pas de mise. Il y a aussi l’électricité qui, selon le maire, constitue un élément structurel. Avec elle, indique Simon Diouf, il y a possibilités d’élargir le développement. « De la ruralité, on peut développer la localité grâce à l’électricité qui est un aspect important pour nous ». Pour le maire, Mbam a la chance que beaucoup des villages le composant soient électrifiés. « Si cette électrification pouvait être étendue, ce serait une très bonne chose. Le Pudc avait dans sa seconde phase ciblé les villages de Mbam et Mbassis. Ce serait une aubaine pour nous que systématiquement l’électrification soit étendue à ces deux grands villages de la commune ». Selon le maire, des efforts ont été faits notamment avec le Pndl grâce à un appui de 13 millions de FCfa. « Nous avons fait une extension au niveau de Mbam qui est la capitale de la commune et Thiaré. Nous sommes en train de réaliser l’extension des villages de Ndorong, de Gagué Cherif et Gagué Mody et du hameau de Ndolette », indique le maire.

Avec un budget assez maigre pour faire face aux investissements et fonctionnement, le développement n’est pas facile. « Nous avons 9 compétences transférées qui ne sont pas faciles à réaliser surtout que 40 % des fonds de dotations sont injectés dans l’éducation », indique le maire. Pour Simon Diouf, le devenir de Mbam en tant que commune purement rurale qui dépend foncièrement de l’agriculture sera très complexe. La solution, relève-t-il, passe par une grande solidarité entre les grandes communes qui ont assez de moyens et celles plus petites et disposant de peu de ressources.  

Exploitation des ressources halieutiques
La zone de Mbam constitue un espace riche en ressources halieutiques. Un transfert de technologie dans le secteur des pêcheries plus précisément de la crevette est à l’étude, selon Jean Fall, enseignant chercheur à l’Institut de pêche et d’aquaculture, natif de Mbassis dans la commune de Mbam.

Les opportunités ne manquent pas dans la zone selon le chef de village de Mbassis, Joseph Caty Diome. Mais, précise-t-il, aucun projet encore moins l’accès au financement ne profite aux populations des différents villages. M. Diome fait noter l’existence de nombreuses potentialités dans le secteur de la pêche. Ici, indique-t-il, « la crevette est très prisée notamment dans les villages de Mbam, Gagué Mody, Gagué Cherif et Gagué Bocar, zone réputée site sacré du Ngouta (baobab qui servait de lieu de cachette) situé au milieu des palétuviers le long du bras de mer. Aussi, il y a la zone des tanns (sol salé) de Loog où on peut trouver des mulets, des tilapias et d’autres espèces comme les huitres, mais dont l’abondance de la capture dans les temps anciens n’est plus de mise du fait de la disparition progressive des palétuviers ». Pour l’Enseignant chercheur, Jean Fall de l’Institut de pêche et d’aquaculture, il convient de mettre à profit tout ce potentiel pour lutter contre l’exode rural à travers un transfert de technologie en matière de pêche pour lequel un projet pilote a été ficelé dans le cadre de l’organisation de la filière aquacole. Selon M. Fall, des femmes et des jeunes ont été formés en ostréiculture, en élevage d’huitres et à la maitrise du dispositif de captage d’essaim de mollusques (guirlande où l’on attache des coquillages). De même, précise-t-il, une formation à la technique de culture de tilapia a été organisée notamment pour l’aménagement d’étangs avec bâche à mettre dans l’eau pour l’empoissonnement et le nourrissage. « Il est aussi envisagé une unité de fabrique d’aliments pour poisson en utilisant les sous-produits agricoles disponibles dans la zone comme le mil et le maïs », indique-t-il. Aujourd’hui, l’ambition d’une intégration agriculture-pisciculture reste le principal souci des populations de Mbam et de Mbassis à travers l’utilisation à grande échelle des affluents et cours d’eau pour promouvoir le développement local et la sauvegarde de l’environnement. Mais l’urgence, selon le chef de village, Joseph Caty Diome, se trouve dans la réhabilitation et lé régénération de la zone des mangroves avec l’appui des partenaires. « Même si, les jeunes de Mbassis sont pressés d’accueillir le projet en gestation qui devrait leur ouvrir de nouveaux challenges et une main d’œuvre considérable pour non seulement faire émerger le terroir à vocation agricole, de pêche et d’élevage, mais également satisfaire leurs besoins familiaux », note-t-il.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

L’envie de connaître une situation sociale bien meilleure a poussé de nombreux jeunes Sénégalais dans les bras de vieux retraités européens venus passer du bon temps à la Petite Côte, pour le restant de leur vie. Mais si certains ont pu construire de belles villas et investir dans des créneaux porteurs, grâce au mariage mixte, d’autres, trahis et abandonnés à leur triste sort, ont vu leurs rêves s’effondrer comme un château de cartes.

Il est venu une première fois au mois de février, il est revenu au mois de mai et il compte s’installer définitivement dès novembre prochain. Lui, c’est Fabrice, un sexagénaire français, en vacances à Saly Portudal, depuis un mois. C’est un amoureux du Sénégal et particulièrement de cette station balnéaire où, selon lui, on trouve toutes les commodités pour mener une vie agréable. Cet après-midi du mois béni de Ramadan, il fait partie de la cohorte de retraités européens, en belle compagnie, venus faire leurs achats dans un supermarché niché en plein cœur de Saly Portudal. A la devanture de cette grande enseigne, les belles bagnoles se succèdent les unes les autres, dans un vrombissement continu des moteurs. Le lieu dégage un luxe insolent. Tout autour, des vendeurs d’œuvre d’art guettent le moindre touriste, dans l’espoir de réaliser de bonnes affaires. Les vendeurs de cartes de crédit, le long des trottoirs, ont aussi senti le bon coup n’hésitant pas à interpeller les passants. Enfin, les bureaux de change installés un peu partout complètent le décor. 

Dans ce milieu qui grouille de touristes, pour la plupart des Européens, l’activité commerciale est intense, le marchandage constant. Il est 17h. Dans deux heures et demie, les musulmans procéderont à la rupture du jeûne. Le supermarché reçoit de plus en plus de monde. Un ballet incessant de couples mixtes se mêle parmi cette foule hétérogène qui grossit au fil des heures.

De vieux occidentaux sont accompagnés de belles nymphes africaines, des sénégalaises pour l’essentiel. Un homme s’empresse de récupérer un panier et ouvre aussitôt la porte à sa jeune partenaire noire. Ah, ils sont toujours galants ces Blancs ! Un autre, sans doute, un septuagénaire, traine sa lourde silhouette, derrière une fille d’à peine 20 ans, qui se trouve être sa conjointe. Vu l’écart d’âge qui les sépare, la jeune dame pourrait être sa petite fille voire son arrière-petite-fille. Mais l’amour connaît-il l’âge ? Evidemment non.
D’autres acheteurs prennent d’assaut les échoppes de fortune qui font face au supermarché. Parmi eux, Fabrice et sa femme, une Sénégalaise de 21 ans, les lunettes noires bien vissées, certainement pour éviter les regards de certains curieux et jaloux. Entre ces deux-là, le courant est vite passé. Le couple s’est rencontré en février dernier à l’occasion de la première visite au Sénégal du sexagénaire français. Très vite, le coup de foudre a lieu entre les deux tourtereaux. Finalement, Fabrice et sa compagne ont fini par sceller leur alliance, devant Dieu et les hommes.

« Ici, c’est sympathique »
Couple mixtePour l’heure, c’est le prolongement de leur lune de miel. Les deux conjoints surfent toujours dans un bonheur intense, la belle vie qu’ils entendent croquer à belles dents. La ville est belle ! D’ailleurs, Fabrice compte, à partir du mois de novembre prochain, revenir s’installer définitivement au Sénégal et à Saly auprès de sa femme afin de vivre pleinement son idylle. C’est fou l’amour ! « Je suis là depuis un mois et il ne me reste que trois semaines de vacances. Je suis venu une première fois au mois de février et je suis revenu. C’est un endroit qui me plait énormément. Personnellement, ce n’est pas le premier pays africain que j’ai fait. J’ai toujours aimé l’Afrique mais ici c’est sympathique », affirme-t-il, en homme amoureux.

Pour lui, Saly Portudal, en termes de confort, de commodités etc. ; n’a pas beaucoup à envier aux villes françaises « Le coût de la vie n’est pas cher et l’on peut trouver tout ce que l’on veut ; sans oublier les hôtels, les belles plages, le soleil, le beau temps toute l’année, la proximité géographique etc. », ajoute-t-il, manifestement sous le charme de cette station balnéaire.

Jean, un vieux promoteur touristique a, lui aussi, cédé aux assauts charmants d’une belle demoiselle à la fleur de l’âge. C’est à la suite du décès brusque de sa femme, alors qu’ils étaient tous deux en voyage au Sénégal, en compagnie de leur jeune fils, que le Français a rencontré la Sénégalaise. Comme Fabrice et sa femme, les deux amants n’ont pas mis du temps pour officialiser leur relation. Eux aussi ont l’air de bien s’entendre, malgré le gap générationnel consistant. Ils ont fait de l’amour un pont pour traverser les âges, se retrouver et sceller leur union sacrée pour le meilleur et le pire. Toutefois, le couple n’entend pas se fixer définitivement au pays comme l’ont fait beaucoup de retraités européens. « Ma femme et moi, nous nous entendons à merveille ; mais nous ne comptons pas nous installer à Saly. Nous aller retourner en France. J’étais venu pour me lancer dans le tourisme mais le secteur n’est pas bien soutenu », se convainc Jean. Entre autres raisons, à l’origine de ce choix, « la jalousie et la haine » qu’attire son idylle avec sa fringante dame, sans oublier « les difficultés du tourisme, les billets d’avion chers ».

Comme Fabrice et Jean, ils sont nombreux ces vieux retraités européens qui ont décidé de se la couler douce à la Petite Côte. Le cadre de vie, les belles plages, le soleil tropical, la chaleur africaine et le coût de la vie peu cher etc. ; font partie des raisons qui attirent ces derniers. Sans compter la possibilité de trouver de jolies belles nymphes « qu’ils ne peuvent espérer rencontrer chez eux, tant l’écart d’âge est important », martèle le premier adjoint au maire de Saly, Babacar Guèye.

Résultat, à Saly, Mbour, Pointe Sarène, Nianing, Somone etc. ; le mariage mixte est devenu un phénomène social. L’élu de Saly ajoute qu’il est en hausse.
Dans ces localités, beaucoup de jeunes se sont mariés à des Blancs et Blanches qui viennent essentiellement de la France ; et dans une moindre mesure de l’Italie. A Saly, constate l’adjoint au maire, « sur 100 mariages, les 35 sont des mariages mixtes ».

Troisième adjoint au maire de Mbour, chargé de l’intercommunalité, Babacar Guèye a, en sa qualité d’officier d’état civil, eu à sceller des mariages mixtes. Il pense que la raison fondamentale qui pousse les jeunes dans les bras des Occidentaux est d’ordre économique.

Quand la pauvreté pousseles jeunes dans les bras des retraités européens
« Nous sommes dans un pays sous-développé et beaucoup de jeunes, en s’engageant dans ces mariages, espèrent trouver une situation socioéconomique bien meilleure. Ces mariages mixtes ne sont pas en général fondés sur l’amour », fait-il remarquer.

Par ailleurs, il ajoute que certains garçons et filles ont pu rallier l’Occident grâce à leur alliance avec des Européens. Un constat que conforte l’autre Babacar Guèye, 1er adjoint au maire de Saly. «  Le rêve, pour beaucoup de jeunes, est de se rendre en Europe. Du coup, le phénomène du mariage mixte constitue, à leurs yeux, une formidable opportunité de réaliser ce rêve », souligne-t-il. A l’en croire, certains ont effectivement atteint leurs objectifs en arrivant dans « l’Eldorado » européen. Le troisième adjoint au maire de Mbour soutient que d’autres jeunes ont pu également, grâce à leur mariage avec des Blancs, investir dans des créneaux porteurs, l’immobilier etc. « Certaines filles ont réussi à investir dans des projets, à construire de grandes maisons qu’elles louent. Actuellement, elles vivent dans un milieu social respectable. J’en connais trois cas », fait constater M. Guèye. Pour autant, les deux élus conviennent que le mariage mixte comporte plus d’inconvénients que d’avantages. Le phénomène, expliquent-ils, peut se révéler un dangereux miroir aux alouettes.

Ils racontent que des jeunes filles et garçons, contrairement à ce qu’ils espéraient, ont fini dans des culs-de-sac, trahis puis abandonnés à leur malheureux sort. « On a appris que certaines filles qui avaient pu gagner l’Europe à la faveur du mariage mixte ont été entrainés dans des réseaux de prostitution », souligne, avec regrets, le troisième adjoint à la mairie de Mbour.

Des sergents recruteurs à la solde de réseaux de prostitution
Babacar Guèye adjoint maire MbourEn fait, les vieux retraités qui jettent leur dévolu sur la Petite Côte n’ont pas toujours les mêmes motivations. Si certains ont de bonnes intentions, cherchent l’âme sœur, veulent passer du bon temps sous le soleil tropical, d’autres ne sont en réalité que des sergents recruteurs encagoulés à la solde de dangereux réseaux de prostitution. « La prostitution est l’autre danger qui guette les jeunes qui s’engagent dans les mariages mixtes », prévient encore Babacar Guèye. Il fait savoir que certains (filles et garçons) ont également été contaminés par le VIH Sida et abandonnés. C’est pourquoi, il appelle les jeunes à apprendre à mieux connaître d’abord leurs partenaires avant de s’engager dans une relation durable. « Le problème, c’est que les jeunes comme leurs familles ne font les investigations nécessaires avant de s’engager parce que pour la plupart, c’est une opportunité de réussite à saisir. Ils ne prennent pas les précautions nécessaires pour s’entourer de garanties en vue d’éviter des surprises désagréables », déplore encore, l’adjoint à la mairie de Mbour. L’autre inconvénient relevé par ce dernier est que « certains jeunes, une fois en Europe, sont coupés de leurs attaches au Sénégal ». Les deux hommes pensent que le risque de perdre son identité culturelle, ses valeurs est donc réel dans ce genre de relation.

« Beaucoup restent 3 à 4 ans sans venir en vacances au pays ; tandis que d’autres n’envoient même pas de l’argent à leurs familles à la fin du mois », renchérit l’adjoint à la mairie de Saly. Il explique que ce ne sont pas seulement les filles qui sont les malheureuses victimes du mariage mixte. Les garçons ne sont pas en reste ; surtout ceux qui vivent en concubinage avec leurs partenaires. « Généralement, certaines femmes, au bout d’un certain temps, quittent leurs jeunes conjoints pour d’autres plus aptes physiquement. Abandonnés, ces derniers se retrouvent sur les carreaux, épuisés, sans ressources », constate-t-il. Pour lui, le concubinage est encore plus dangereux ; puisqu’aucun papier juridique ne légalise ni ne garantit cette relation.

Manque de sensibilisation
« Ceux ou celles qui s’engagent dans le concubinage sont plus faciles à virer. Il n’y a rien qui garantit les liens. Si c’est un mariage avec des papiers, on réfléchit deux fois avant de se séparer de son conjoint ou de sa conjointe. Les vieilles personnes qui cherchent à se marier avec des jeunes, c’est uniquement pour le plaisir et quand le conjoint n’est plus en mesure de satisfaire aux désirs, il est viré », note l’élu de Mbour. Il faut dire que le prétexte ne manque pas pour se débarrasser de son partenaire ou sa partenaire ; même si c’est parfois fallacieux. Qui veut tuer son chien l’accuse de rage, selon un vieil adage. En effet, révèle-t-il, les jeunes vivant en concubinage avec des Européens ou Européennes font généralement l’objet d’accusations de vols mais ce n’est qu’un prétexte pour se séparer d’eux au profit d’autres plus aptes sur le plan physique.

Face aux dangers du phénomène, il insiste encore sur l’importance de la sensibilisation à l’endroit des jeunes et des parents dont la responsabilité est, d’après lui, engagée. Il constate que l’Etat, en dépit de l’ampleur de la situation, ne développe pas des initiatives dans ce sens. Le hic, c’est que chacun est libre de contracter un mariage avec le partenaire de son choix à la seule condition que tous deux s’aiment. « L’Etat, ni les communes ne peuvent s’opposer à un mariage, dès lors que les concernés ont convenu de vivre pour le meilleur et le pire. Tout ce qu’on peut faire, c’est de venir constater le mariage », indique, Babacar Guèye, 1er adjoint à la mairie de Saly Portudal. Les deux élus soutiennent que c’est seulement à travers des causeries ponctuelles qu’ils arrivent à sensibiliser, par affinité, des jeunes qui constituent une cible potentielle du phénomène du mariage mixte.

Le Tourisme sexuel, un terreau fertile au mariage mixte
Selon Babacar Guèye, adjoint à la mairie de Mbour, des Européens ont pu trouver des partenaires par le biais du tourisme sexuel. Il explique qu’au départ, certains vieux retraités viennent, en vacances, pour « déguster de la bonne chair » et repartir chez eux. Certains ont, cependant, pris goût à la belle vie de Saly, y ont pris femmes et ont fini par s’y installer ; tandis que d’autres retournent en Europe avec leurs jeunes conquêtes. « A l’origine, ces gens ne viennent pas pour le mariage, ils viennent en vacances et entrent en contact avec des relais dans l’espoir de passer du bon temps avec des filles, le temps de leur bref séjour en terre sénégalaise. Ainsi, ces personnes trouvent des clientes qui évoluent dans la prostitution et occasionnellement des femmes qui cherchent des partenaires », relève-t-il.

Il révèle que la mairie de Mbour a organisé un programme de formation de guides touristiques en vue d’encadrer l’arrivée des touristes à la Petite Côte. A son avis, beaucoup de gens qui accompagnent ces derniers dans leurs sorties, une fois à Saly, ne sont pas de vrais guides touristiques et peuvent souvent abuser de la confiance de leurs hôtes en les conduisant dans des réseaux de prostitution. « Avec les guides que nous avons formés, nous voulons dorénavant que les touristes passent désormais par ces gens-là afin d’éviter d’être emmerdés ou même entrainés, sans leur aval, vers des réseaux de prostitution », soutient l’élu de la mairie de Mbour.

Par Diégane Sarr et Babacar Dione (textes), Abib DIOUM (photo)

Considéré comme l’une des plus anciennes localités du Sine Saloum, Djilor Djognick a fortement marqué l’histoire du Sénégal. L’existence de cette contrée qui a été tour à tour occupée par les Lamanes, les Nianthios et les Thiédos dépasse largement les 900 ans. Mais son passé reste méconnu de la plupart des Sénégalais et, pourtant, elle a une histoire riche en évènements. Plus de dix siècles n’ont pas suffi à sortir Djilor Djognick de son inquiétant anonymat inquiétant et à connaître un essor digne de ce nom.

À première vue, Djilor donne l’impression d’être un coin perdu sur terre. Situé entre Foundiougne et Passy, cet ancien royaume somnole et baigne dans une quiétude exceptionnelle. Malgré son « louma » (marché hebdomadaire) et les quelques activités quotidiennes, la vie y semble ensevelie dans une léthargie sans nom. Avec le rôle qu’il a joué dans l’histoire du Saloum, Djilor Djognick, qui n’a rien à voir avec Djilor Djidiack situé dans l’arrondissement de Fimela, dans le département de Fatick, n’est pourtant pas de ces villes à taille humaine où l’on trouve facilement des vestiges préhistoriques ou historiques. Mais ce gros village qui affiche une mine de papier mâché est riche de son passé et regorge de secrets cupidement conservés par les gardiens de la tradition. Difficile d’en trouver un pour nous entretenir sur cette glorieuse époque. Mais à force de chercher sans pour autant fouiner, on en trouve. Abdou Soulèye Ndiaye, qui paraît mieux connaître l’histoire de cette contrée, accepte volontiers de nous aider à dépoussiérer cette page de l’histoire du Sine Saloum et du Sénégal.

Ce septuagénaire qui s’est fait mémoire vivante à force de recherches est une source passionnée et passionnante. Cet ancien chef du Centre d’expension rurale (Cer) est convaincu que Djilor Djognick est l’une des plus anciennes localités du Sine Saloum. Pour nous plonger dans le passé de cette contrée, il s’est armé de ses notes et de sa riche documentation. Sa soif de savoir et de connaissances l’a poussé à tout consigner les moindres détails dans des cahiers. Jadis, nous dit-il, Djilor Djognick était un repère pour les lions et les éléphants. C’était vers le XIe siècle. Le domaine était tellement riche et il y avait beaucoup de lions, de panthères et d’éléphants. Selon lui, la fondation de Djilor daterait de 1080. Une fondation qui, précise-t-il, fait l’objet de deux versions. La première l’attribuant à Samba Sarr et la seconde à Diégane O Math. « Chaque famille a sa version. Chez les Pouma, qui sont une lignée matrilinéaire, ils vous diront que Djilor a été créée par Diégane. La famille Sarr vous dira que Djilor a été créé par Samba Sarr ». Toutefois, assure-t-il, Djilor a un cycle évolutif très clair. « Cette contrée a été fondée, dévastée totalement par des guérillas puis refondée », indique-t-il. Au cours de son évolution, dit M. Ndiaye, Djilor Djognick a connu plusieurs dénominations : Djilor Sandakewé, Djilor Diogoy Fou gnithie, Djilor Saré Mbégane dandé maayo, Djilor Abdou Soulé, Djilor Saloum…

Pour le vieil Abdou Ndiaye, les lamanes sont les premiers à venir à Djilor. « Ils ont mis le feu, ontcoupé les arbres pour habiter ici », précise-t-il. Approximativement, note-t-il, leur pouvoir va de 1080 à 1248. Évoluant, Djilor a reçu des conquérants venus du Gabou, en Guinée-Bissau. Il s’agit des « Nianthios » (Guélewar en wolof). « Ils sont venus dominer et conquérir Djilor. Ils ont duré ici et sont les premiers créateurs du royaume du Djognick », souligne M. Ndiaye.

Abdou Soulèye NdiayeAvant que leur pouvoir ne disparaisse, les «Nanthios» ont élu huit rois, partant de Sira Badiar Mané, qui réussit à devenir la première reine de Djilor, à Birane Djické Mané. Jamais à court d’anecdotes, ce vieil homme transmet son récit avec passion. « Nianthio signifie "nous sommes les plus grands guerriers, c’est nous qui avons créé la dynastie donc, nous sommes les rois" ». Le peuple avait accepté cette suprématie en les suivant. Les «Nianthios» se sont battus pour s’imposer et tout le monde avait accepté leur bravoure et leur noblesse », relève-t-il.
À en croire l’ancien chef de CER, « le Nianthio est une lignée matrilinéaire ». « On ne se levait pas du jour au lendemain et dire qu’on était Nianthio. Il se transmet de mère à fils. Votre mère est nianthio, vous êtes nianthio, votre père est nanthio, vous n’êtes pas nianthio. C’était leur organisation et les wolofs ont pris le mot à la volée et ont dit Guélewar », raconte-t-il. Mais, le règne sans partage des Guélewars prend fin avec la victoire de Latmingué Diélègne Ndiaye sur Birane Djické Mané. Et pourtant, indique M. Ndiaye, le guerrier « nanthio » a résisté pendant sept ans, avant de tomber dans le piège tendu par Latmingué. « Il est tombé dans un trou creusé à son insu et a été enseveli vivant. Cette victoire a marqué l’arrivée des «Thiédos» », explique-t-il. C’est à partir de cet instant, en 1517, que Djilor est devenu une province vassale. Selon M. Ndiaye, le règne des Thiédos a démarré avec Mbagnick Diop cette même année jusqu’à Diène Coumba Ndiaye qui fut le 30e roi. « Ils ont tous été nommés à partir de Kahone. Aucun ne l’a été à partir de Djilor. À l’époque, le roi de Kahone, après son intronisation, appelle son cousin, son grand frère ou son oncle et lui dit, je te lègue Djilor », renseigne-t-il.

C’est donc la colonisation qui a marqué la fin du pouvoir des «Thiédos», marquant ainsi l’arrivée des chefs de canton dont le premier à Djilor fut Fara Guédél Mbodji en 1931. Il y eut ensuite Momar Betty Bâ, Baba Ly, Abdou Soulèye Bâ, selon Abdou Soulèye Ndiaye. Avec l’accession à l’indépendance, il y a eu des les chefs d’arrondissement. Djilor en a connu six, de Sambou Touré à Alpha Touré, selon M. Ndiaye. À leur suite, il y a eu dix sous-préfets, d’Amadou Sy à Sidy Mokhtar Fall. Au total, précise Abdou Soulèye Ndiaye, Djilor a vu passer 61 hommes de commandement. « Aucun d’entre eux n’est né à Djilor », regrette-t-il.

«Thouroum Pèthie», une fête païenne qui résiste encore
À Djilor, les Guélewars ont légué à la postérité une fête qui subsiste encore et qui est célébrée chaque année en leur honneur. Il s’agit du «Touroum Pèthie» ou «Thiouram Pèthie». Cette tradition fait partie de leur patrimoine culturel. Chaque année, la famille qui doit faire le « tour » vient faire son sacrifice, sucre et lait versé sur le tombeau des Guélewars. Ce rite est perpétué régulièrement et depuis des siècles, selon le vieil Abdou Soulèye Ndiaye. Cette cérémonie a toujours lieu un vendredi et draine les populations de la contrée, hommes, femmes, jeunes filles et garçons, enfants, tous âges confondus. « C’est un grand moment de fête, de retrouvailles et de communion qui se prépare toute l’année. Il y a du rythme et on danse toute la nuit jusqu’à l’aube à la place du village. Le lendemain, la fête continue. De 8 à 12 heures, un concours était organisé pour élire l’homme le plus généreux. C’était une occasion d’étaler toute sa générosité. On procédait également à l’élection de la plus belle fille et aussi de la meilleure danseuse », explique-t-il. La participation de la communauté à cette commémoration était donc essentielle et tout le monde s’impliquait.

«Thiouram Pèthie», explique M. Ndiaye, est une commémoration en l’honneur des «Nianthios». « Quand ils ont quitté le Gabou et ont fondé leur royaume à Djilor, on avait envoyé à la reine Sira Badiar Mané une monture de cheval pour la féliciter de cette grande réussite. La selle était merveilleusement confectionnée, mais elle renfermait un sort. Quand le cadeau est venu, la reine se trouvait en tournée à Lérane, à 15 km au sud de Djilor. Elle a alors demandé à un enfant du nom de Diégane Coumba de la mettre sur son cheval et de lui garder la scelle dans sa chambre », indique-t-il. « Entre Lerane et Yerwago, il y a une petite rivière. Arrivée à cette hauteur, l’enfant a eu des maux de ventre. Il s’est tordu de douleur et a vomi de petites pierres. Il ne survivra pas à ses douleurs et est mort sur le cheval qui l’a amené jusqu’au village. Un autre enfant subira le même sort. Ayant finalement compris que la selle était atteinte mystiquement, elle a été jetée dans un bolong et le problème était résolu », fait savoir Abdou Soulèye Ndiaye. Ces deux enfants, nous dit-il, sont enterrés à Lélwane dans une position debout comme tous les «Nianthios» d’ailleurs. Et leurs tombes, informe-t-il, sont toujours présentes dans cette localité. Aujourd’hui encore, la tradition est bien conservée à Djilor. Cette grande fête païenne y est célébrée chaque année avant l’hivernage.

Aux origines de la lutte traditionnelle
Djilor SénégalTout comme les «Nianthios», les «Thiédos» ont également laissé une fête. Il s’agit de la lutte traditionnelle dont la première organisation remonte à 1781, selon M. Ndiaye. Une guerre de succession qui a mal tourné a été à l’origine. En effet, raconte le vieil Abdou Ndiaye, Djilor, à une certaine époque, était resté sans roi. « C’est alors que Biram Ndiémé Niakhana Ndiaye appelle son neveu Biram Codou Niakhana pour lui offrir le trône. Ce dernier quitta Kahone pour venir à Djilor. Mais quand son cousin Diène Sanou Faye a entendu la nouvelle, il a interpelé son oncle. Mais ce dernier lui fit la confirmation », explique-t-il. « Je n’ai pas commis d’erreur. Biram Mbodji Codou est né au Saloum alors que toi ton père est né au Sine. Si tu veux un royaume, va le chercher au Sine et laisse Biram Mbodji Codou tranquille », avait alors lancé le roi à son neveu. Non content de cette décision, Diène Sanou Faye défia alors son oncle. Décidé à prendre le pouvoir, il se résolut alors à combattre son cousin Biram Mbodji Codou. Leurs mères étaient de même père et même mère, précise le septuagénaire. « Quand Diène Sanou Faye enfourcha son cheval, sa tante, qui se trouve être la mère de Biram Mbodji Codou, l’appela et lui remit deux pagnes. Elle lui dit : « le premier appartient à ta mère et le second est le mien. Comme on t’a interdit et que tu as refusé, amène ces deux pagnes avec toi. Quand vous aurez combattu, si tu le tues, couvre-le avec le pagne de ta mère. Si c’est lui qui te tue, qu’on te couvre avec mon pagne ».

« Lamb buur »
Suite à ces recommandations, Diène Sanou Faye s’en alla. Malgré les négociations, les deux protagonistes n’avaient pu trouver un terrain d’entente. Pour se départager, les deux prétendants au trône engagèrent une rude bataille au cours de laquelle Diène Sanou fut touché par balle. Il succomba par la suite à ses blessures et moins d’une semaine plus tard, Biram Mbodji Codou fut intronisé. Une intronisation qui divisa totalement le royaume. L’ambiance était devenue invivable, pourrie. Il n’y avait plus de solidarité ni cette fraternité et toutes ces valeurs qui faisaient la force de Djilor. « C’est par la suite qu’un sage homme est venu vers le roi pour lui demander d’organiser une séance de lutte pour retrouver cette cohésion », fait savoir Abdou Soulèye Ndiaye. C’est ainsi, dit-il, que le «Lamb buur» a été initié. « C’était un grand moment de fête et de réjouissances. Les préparatifs duraient jusqu’à un mois. Il y avait du couscous et de la viande à profusion. Les combats avaient lieu de vendredi à vendredi et démarraient à midi pour ne prendre fin qu’au coucher du soleil. Les villages périphériques lutaient le lundi jusqu’à jeudi puis entraient en lice des Niominka du vendredi au dimanche ». Selon M. Ndiaye, un seul trophée était mis en jeu. C’était une tunique appelée « thialite » en sérère. « À chaque édition, de grands lutteurs, des champions aguerris, venaient de partout et s’affrontaient. La première finale a opposé Leyti Loum à Khomba Diouma Sène de Lérane. Ce dernier fut d’ailleurs le premier vainqueur de l’épreuve et jusqu’à aujourd’hui, les hymnes et autres glorifications entonnés en leur honneur résonnent encore », rappelle-t-il. « C’est cette pratique qui a aujourd’hui évolué vers une activité culturelle et sportive, mais la lutte traditionnelle a été organisée pour la première fois à Djilor. C’était en 1781 », précise-t-il. Malheureusement, déplore le vieil homme, cet évènement qui a beaucoup contribué à ramener et à renforcer la cohésion sociale a perdu de son ampleur. « Ce passé prestigieux n’intéresse pas les populations de Djilor. Tous les petits-fils sont partis et ont laissé le village à lui-même ».

Pour cette incursion, Djilor l’anonyme n’a pas livré tous ses secrets. Et pour éviter que son riche passé ne se perde à jamais, le vieil Abdou Soulèye Ndiaye qui a développé un esprit chercheur à Bambey où il effectuait son service vétérinaire avant d’être transformé en chef de Cer pendant dix ans, se bat pour écrire un livre et permettre à la postérité de se réapproprier l’histoire et la culture de Djilor Saloum. Et c’est à partir du procès-verbal du séminaire de Pencuum buur tenu le 9 avril 1992 qu’il a glané toutes les informations qu’il a à sa disposition. « Ce que je raconte là n’est ne vient pas de moi. Ce sont des informations que j’ai glanées auprès de dignitaires et historiens du Djiognick », avoue-t-il modestement. « J’ai senti que ce séminaire était une nécessité. Je suis alors allé à Kaolack, j’ai formulé une demande et j’ai été financé à hauteur de 120.000 FCfa par Conrad Adenauer. C’est avec ce financement que j’ai organisé cette rencontre pour connaître l’histoire du Diognick », note-t-il.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 12 juin 2017 15:19

Le voyageur qui emprunte l’axe Fatick-Foundiougne sera surpris de découvrir deux canons longeant la route, à quelques encablures de l’embarcadère du petit village de pêcheurs de Ndakhonga. Ces deux canons qui, dit-on, ont été érigés par le maréchal Pétain pour contenir les troupes du général de Gaulle, n’ont jamais servi.

Difficile de venir à Ndakhonga en provenance de Fatick sans être attiré par les deux canons installés de part et d’autre de la route goudronnée. Selon Lamine Sarr, leur installation sur ces lieux s’inscrit dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. En effet, soutient M. Sarr, le régime du maréchal Pétain pour empêcher toute tentative de la France libre, donc du général de Gaulle et de ses partisans, de s’approcher de Foundiougne et encore moins de Kaolack, avait installé ces canons. Il s’agissait donc de boucliers protecteurs qui n’ont jamais servi. Et bien avant même leur installation, estime M. Sarr, le colonisateur avait fini de faire de Foundiougne un hub commercial incontournable pour la traite de l’arachide.

« C’est pourquoi il y a implanté un port commercial à partir de 1888, lequel contribuait significativement à l’essor des échanges commerciaux entre la capitale de l’Aof et la métropole française. Une illustration parfaite, ajoute-t-il, « de l’importance que le colon accordait à la cité de Laga Ndong (roi des Pangols) et son arrière-pays, aussi bien sur le plan économique que géostratégique. Par sa situation, il occupe une position géostratégique unique, à cheval entre la terre et la mer, ouvre le Sénégal aux pays voisins, à l’Europe et à l’Amérique par le biais de l’océan Atlantique », note-t-il. Pourtant, renseigne l’historien Wack Bâ, « ces canons n’ont jamais tonné depuis leur installation, en 1940, contrairement à ceux de l’île de Gorée qui l’ont fait en septembre de la même année ».

Depuis lors, indique-t-il, ils croupissent sous le poids de l’âge et subissent les intempéries de la chaleur et de l’humidité. Pour M. Bâ, « ces monuments historiques constituent des symboles de la Seconde Guerre mondiale et, ne serait-ce que par devoir de mémoire, il convient, pour notre pays, de veiller à leur préservation et à leur sauvegarde ». L’État semble l’avoir compris en procédant, depuis 2016, à la restauration de ces monuments historiques via le ministère de la Culture. Un effort que les populations de Foundiougne magnifient tout en exprimant leur gratitude. Pour Wack Bâ qui détient une pile d’informations sur les canons de feu Doudou Maty Sène, chef de quartier qui avait combattu aux côtés des Français pendant la Seconde Guerre mondiale, le site pourrait être intégré dans les circuits touristiques et même devenir un lieu de pèlerinage.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Sur la rive gauche du fleuve Saloum, entre la brèche de Sangomar et le port de Kaolack, Foundiougne, distante de 22 kilomètres de Fatick, sa capitale régionale, se laisse découvrir. Partir à la découverte de cette ville, jadis prospère, « relève d’une véritable attraction », selon l’historien Wack Bâ. Foundiougne, qui a joué un rôle important dans l’administration coloniale française et a connu une époque florissante grâce à son port, lequel a marqué son histoire, peine à se relever. Aujourd’hui, l’ancien chef-lieu du cercle du Sine-Saloum se débat toujours pour retrouver son glorieux passé.

Il n’est pas nécessaire de remonter loin dans l’histoire de Foundiougne pour comprendre ce que cette ville est aujourd’hui. Bordée au sud par la commune de Soum, au nord par la commune de Fatick, à l’est par la commune de Passy et à l’ouest par l’océan atlantique, Foundiougne possède encore de belles traces de son passé. Les marques de l’histoire sont encore présentes avec les bâtiments de style colonial construits en briques rouges, caractérisés par leurs toitures pentues en tuiles mécaniques et résistant tant bien que mal à l’usure du temps. Notre séjour nous a permis de découvrir la belle richesse de ce terroir que son maire, Babacar Diamé, qualifie de « vieille ville qui date de l’époque coloniale ». À l’origine, soutient l’historien Wack Bâ, Foundiougne était un petit village de pêcheurs appelé Kaad et situé au bord du fleuve. « C’est précisément à cet endroit qu’un berger taillait son « soundiougne », un petit manège artisanal qui interdisait aux vaux de téter et donnera plus tard le nom de Foundiougne, une petite escale de pécheurs où s’était installé un véritable marché de produits halieutiques. Un endroit qui deviendra, par la suite, un village réputé que se disputaient les guerriers pour le compte du Buur Saloum afin de l’élire aux prestiges de résidence royale », explique-t-il.

Dans le riche passé de la ville de Foundiougne, l’histoire et la mémoire locale révèlent que cette contrée a joué un rôle important dans l’administration coloniale française. Chef-lieu du cercle de Foundiougne en 1888, puis du Sine en 1897, Foundiougne a été érigée en commune mixte en 1917, avant de devenir commune de moyen exercice en 1957. Ce n’est qu’en 1960 que Foundiougne obtient le statut de commune de plein exercice.

Selon le conseiller régional Lamine Sarr, « le colonisateur avait déjà fait de Foundiougne un hub commercial incontournable pour la traite de l’arachide avec son port de transit qui a fait la gloire de la vieille cité d’un riche héritage historique à l’origine même de sa diversité culturelle ». Toutefois, souligne M. Sarr, « la présence de la mer a été déterminante dans le peuplement de la contrée, comme en atteste d’ailleurs la présence des nombreux amas coquillers, témoin d’une civilisation ancestrale basée, entre autres, sur l’exploitation des produits de la mer ». Foundiougne fut alors une terre de transit, mais également un centre d’accueil de populations venant de divers horizons et qui choisissent de s’y implanter définitivement compte tenu du cadre hospitalier et des opportunités de la contrée.

Une période coloniale glorieuse
« Ce qui a justifié, en plus des mouvements de populations liés aux crises alimentaires survenues dans l’histoire (famine) et de l’expansion des religions musulmane et chrétienne, la diversité de son peuplement et la richesse de sa culture », fait remarquer Lamine Sarr. Il ne manque pas de vanter la position géographique de Foundiougne qui, selon lui, « est unique. Ce qui, du reste, semble avoir justifié le choix porté sur cette contrée par le colonisateur qui en avait fait un point stratégique dans sa politique de mise en valeur de la colonie du Sénégal. En atteste les canons qui trônent majestueusement à Ndakhonga, orientés vers l’Atlantique, la Gambie et l’hinterland sénégalais, comme pour veiller sur la ville à la crevette rose ».

Pendant la période coloniale, Foundiougne connut une époque très glorieuse grâce à l’édification d’un port commercial de premier plan qui fut à l’origine de son essor sur le plan des échanges commerciaux entre la capitale de l’Aof et la métropole française. Il fut le 4e de l’Afrique de l’Ouest et le 3e du Sénégal, faisant de Foundiougne un port arachidier attractif du fait de sa localisation au cœur de l’ancien bassin arachidier et de son ouverture sur l’0céan Atlantique par la Pointe de Sangomar.

Grâce à son port et aux échanges commerciaux, Foundiougne a connu une époque florissante et fut économiquement riche grâce à l’implantation, le long du fleuve, de maisons de commerce comme la Compagnie française de l’Afrique occidentale (Cfao), Maurel et Prom, Vézia & Cie., Chavanel, entre autres, qui avaient chacune son wharf.

Avec tout un réseau de marigots et de rivières, cet écosystème permettait de drainer la production arachidière du Niombato, du Loog, du Djognick, du Sine et du Saloum Ouest vers le port arachidier de Foundiougne. À cette époque, les transports terrestres n’étaient pas développés. « Plus de 200 bateaux long courrier fréquentaient annuellement le port », indique Maurice Ndéné Warore, ancien inspecteur d’académie à la retraite, qui a écrit un mémoire sur le passé de Foundiougne.

De l’avis de Pape Momar Diagne, ancien maire de la ville, toutes les possibilités d’emplois qu’offrait le port avaient favorisé l’installation des comptoirs français à cette période. « Les activités ont influé sur l’arachide, faisant de Foundiougne un véritable point de rencontre et d’échanges entre pêcheurs et agriculteurs qui acheminaient leurs produits (halieutiques, cultures vivrières et de rente, lait) vers des destinations comme Kaolack et Fatick », indique M. Diagne. Selon lui, « c’est un véritable marché de troc qui s’était développé à l’époque ».

Il s’y ajoute, selon l’historien Wack Bâ, « le grand marché de fruits de mer qui attirait, à l’époque, une mosaïque d’ethnies (Wolofs, Sérères, Pulaars, Diolas) ayant découvert l’agglomération de Foundiougne que l’homme blanc, venu de Dakar, avait transformé en port commercial sur la route maritime de l’Europe ». Les statistiques nous révèlent que la population, qui était de 2695 en 1920, dépassait les 15.000 en 1927 avec pas moins d’une vingtaine d’ethnies, en dehors des Français et des Libano-Syriens. Foundiougne était alors une terre de rencontre des peuples de l’Aof. Un riche passé d’une ville que Maurice Ndéné Warore analyse à travers le système économique que le colon avait mis en place à partir de 1875 jusqu’à 1939, avec son port arachidier ayant favorisé le caractère d’une ville d’immigration, mais aussi du fait que Foundiougne ait été le chef-lieu du cercle du Sine-Saloum de 1888 à 1897, ayant sous son autorité Kaolack, Fatick et Joal. « Le contexte d’insécurité qui régnait, à l’époque, autour de Kaolack, avec, d’une part, les guerres entre le Sine et le Saloum, et, d’autre part, le Rip, avait prévalu à ce choix de Foundiougne », note-t-il.

Une navigation fluviale éclipsée par le tracé des axes routiers
C’est par la suite, précise Maurice Ndéné Warore, « que la politique a pris le dessus et avec le retour de la paix au Saloum et au Sine permettant ainsi à Kaolack de retrouver sa situation stratégique de centre d’une région à fortes potentialités agricoles ». À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la France devait reprendre en main ses colonies et exploiter au maximum leurs potentialités. Cela devait passer par le tracé de nouveaux axes routiers et lignes de chemin de fer. Foundiougne a ainsi commencé à perdre son passé glorieux. « La naissance d’un réseau de routes allait éclipser la navigation fluviale. Désormais, Kaolack était devenu le cœur du bassin arachidier avec la marche de l’arachide vers de nouvelles zones pionnières (nord Kaffrine aux environs de Boulel) », relève Lamine Sarr.

Mieux, ajoute M. Sarr, sur le chemin de Kaolack, convergèrent de nouvelles routes et la voie ferrée entre cette ville et Guinguinéo. Cette nouvelle donne a ainsi entrainé le retrait des maisons commerciales bordelaises, notamment Vézia, Maurel et Prom, Cfao, etc., qui s’étaient implantées à Foundiougne. « Aujourd’hui encore, les vieilles bâtisses desdites maisons, les canons protecteurs de la ville implantés par le colonisateur lors de la guerre, témoins d’un riche patrimoine historique colonial, résistent tant bien que mal à l’usure du temps », se désole Lamine Sarr. Autre témoin de cette histoire féconde, ajoute-t-il, les reliques des différents wharfs construits à l’aide des troncs de rônier et appartenant aux maisons de commerce et à l’administration coloniale. Il en est de même avec les familles d’origine libano-syrienne implantées dans le département durant la belle époque de l’arachide. Aujourd’hui, nous dit-il, la famille Zerdan est encore présente à Passy où elle constitue un modèle d’intégration.

Le port ayant perdu son attraction et ses activités qui se sont amenuisées à vue d’œil, la ville commence alors à perdre sa popularité et sa population. Il en sera ainsi jusqu’à l’accession à l’indépendance, en 1960. « Quand nous arrivions à Foundiougne, en octobre 1968, il ne restait de cette période faste que des wharfs squelettiques qui défiaient encore les flots et de vieux magasins devenus le fief d’une multitude de chauves-souris », informe Maurice Ndéné Warore qui soutient avoir vu les derniers bateaux embarquer des arachides au port de Foundiougne en 1969. Des bateaux gros porteurs, souligne-t-il, qui chargeaient l’arachide et y déchargeaient des produits occidentaux. « On les voyait alignés au large du fleuve au niveau des wharfs des différentes maisons de commerce de la ville. Ce port fut à l’origine de l’essor de la ville sur le plan des échanges commerciaux entre le Sénégal et la métropole française », renseigne-t-il.

Abdou Diouf fait renaitre l’espoir
Aux lendemains de l’indépendance du Sénégal, note l’ancien maire Pape Momar Diagne, les rivalités politiques entre le président Léopold Sédar Senghor du Bds et Lamine Guèye de la Sfio ont beaucoup influé sur le déclin de Foundiougne. Selon M. Diagne, le président Senghor avait juré de tourner le dos à Foundiougne après sa défaite aux élections législatives de 1951 face à Lamine Guèye. « C’est une date repère à laquelle il s’est employé à accorder un mépris total vis-à-vis de la ville de Foundiougne durant tout son règne », rappelle-t-il. « Ce n’est qu’avec l’avènement du président Abdou Diouf, à partir de 1981, que la ville commence à retrouver l’espoir d’émerger », fait savoir Pape Momar Diagne.

« À l’époque, j’étais adjoint au maire de Malick Ndiogou, chargé de prononcer le discours de bienvenue au président Diouf. Ce dernier a retenu une seule doléance que j’avais évoquée à trois reprises : la route, pour enclencher le désenclavement de Foundiougne et profiter de ses énormes potentialités halieutiques, touristiques et agricoles ». Un potentiel qui reste toujours intact en dépit des difficultés de son exploitation grandeur nature et qui pourrait permettre à la ville d’atteindre l’émergence. Retraçant les atouts géographiques qui avaient fait de Foundiougne un chef-lieu administratif, un port et un centre commercial, Maurice Ndéné Warore estime que ces atouts pourraient être mis à profit dans le contexte politico-socio-économique actuel.

Il s’y ajoute la proximité du chenal qui se situe sur la rive gauche du fleuve Saloum et dont la partie la plus profonde passe non loin de cette rive gauche. C’est pourquoi, dit-il, les wharfs qui partaient de la rive avaient une dizaine de mètres de longueur et leur bout atteignait facilement un tirant d’eau entre 3,5 m et 4 m. Ce qui, selon lui, permettait aux bateaux d’accoster et de charger les arachides. « C’est pour cette raison que le bateau Diambogne ne peut toujours pas accoster au port construit à Ndakhonga, sur la rive droite, car il faut encore draguer du chenal jusqu’à cet aménagement », indique M. Warore.

Une relance de Foundiougne espérée avec le Pse
Il convient, selon Maurice Ndéné Warore, de rendre navigable le chenal à partir de l’embouchure jusqu’à Foundiougne, sur une distance de  65 kilomètres. Et d’y effectuer des balisages et de prendre en charge l’exploitation de la végétation du département de Foundiougne qui est le poumon vert du Saloum, notamment dans le Niombato et les îles Betenty qui sont encore couverts de forêts. Il y a aussi le parc du delta du Saloum et les îles du Gandoul qui sont couvertes de forêts de mangrove. « C’est dire que toutes ces données géographiques et naturelles devraient permettre de relancer Foundiougne et le hisser au rang de centre économique. Elles permettent des initiatives dans différents domaines comme la navigation maritime et continentale, la renaissance du port, le développement du tourisme, l’agriculture, la pêche, la pisciculture et l’ostréiculture, de même que l’apiculture », indique Maurice Warore.

Il suffit, à son avis, de prendre en compte le développement de Foundiougne à partir d’un réseau routier qui entrerait dans le désenclavement de la Casamance et de l’intégration sénégambienne. « Nous sommes à l’heure du Plan Sénégal émergent (Pse), il s’agit de développer tout le Sénégal de manière équilibrée. Le développement d’un quelconque coin du pays qui entrainerait le recul d’un autre ne serait point pertinent et ne serait pas non plus une action de développement, mais une croissance isolée. Le Pse ne devra pas être une addition de croissances, mais une multiplication d’actions de développement durable », fait-il savoir.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 09 juin 2017 15:18


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.