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Evasion (11)

L’héroïne Aline Sitoé Diatta est une figure très connue. Son royaume, Cabrousse, lui doit sa célébrité. Mais la Cité des vieilles veuves de Cabrousse est méconnue de beaucoup de Sénégalais y compris ceux de la région de Ziguinchor. Au centre de Kabrousse, un bloc de maisons se détache de la succession de concessions : c’est la Cité des vieilles veuves. C’est une tradition typique du Kabrousse. Ici, on se garde d’appeler hospice pour ne pas entretenir la confusion. Ce ne sont pas des maisons de retraite. Au royaume d’Aline Sitoé Diatta, les hommes n’osent pas reléguer ces vieilles mères à l’arrière-plan. La Cité des vieilles veuves a ses fonctions sociales qui ne sont pas toujours très connues.

La découverte de l’espace physique est plus envoûtante que la belle rumeur. Lorsqu’on vous parle de la Cité des vieilles mères de Cabrousse, vous pensez tout naturellement à une sorte d’hospice. C’est une méprise. Comment peut-on oser mettre en quarantaine des vieilles femmes au royaume de la reine Aline Sitoé Diatta ? Ici, l’héroïne a combattu l’oppression et la domination de l’homme blanc et aujourd’hui, les femmes ne sont pas soumises à une domination sociale.

La Cité proprement dite est logée au cœur de Cabrousse. Ce sont des maisons soit couvertes en zinc soit en paille. Elles ont, toutes, une cour-arrière et une véranda. Elles sont clôturées avec piquets ou des feuilles de palmier. Les filets usés ceinturent toutes les palissades. La Cité est calme. Près de la route, à l’entrée d’une cour d’une maison, une femme tresse sa fillette.

Les demoiselles tiennent compagnie à la vieille dame. En face, une vieille courbée balaie devant sa cour. Elle a le poids de l’âge sur les épaules. A l’intérieur, de la cour de logis d’en face, une autre, mince, les pompettes creuses, a le regard perdu. Ces dernières n’ont pas le droit de rendre visite à leur fils dans leur foyer. C’est un précepte dans la tradition à Kabrousse.

« Ces vieilles n’ont pas le droit de rendre visite à leur fils qui ont une ou des époux. Par contre, leurs fils et petits-fils peuvent venir dans cette maison. Dans la société à Kabrousse, nous évitons que la mère de l’époux n’interfère dans la vie de couple de son fils », explique Assoule Diatta, un jeune passionné et spécialiste de l’histoire de Kabrousse. C’est un mécanisme de prévention des heurts au sein des unions. Cette culture prend racine à la source de la sacralisation des mariages dans les sociétés traditionnelles africaines. En suivant les explications de l’historien, ma mémoire remonte à l’idée avancée par la sociologue Fatou Bintou Dial, dans sa thèse : « Mariage et divorce à Dakar, itinéraires féminins ». Elle avait soutenu que les belles-familles avaient une grande part de responsabilité dans l’augmentation des divorces au Sénégal.

Une tradition typique du Kabrousse
Depuis l’aube des temps, la tradition se perpétue, loin des yeux indiscrets. Cette facette de la culture est méconnue de beaucoup de Sénégalais. C’est une tradition typique de Cabrousse.

« Dans cette zone, c’est seulement à Cabrousse où l’on voit une cité pareille destinée exclusivement aux vieilles mères. Ce n’est pas une tradition diola. Ce n’est pas pour mettre à l’écart ces vieilles mamans », assure le jeune garçon.

Ses explications nous figent dans cette ruelle sinueuse serpentant entre des maisons. Nous observons avec force admiration la Cité sans entrevoir un voile sur les autres fonctions sociales. Les allées et les cours sont débarrassées de tout détritus. Ces vieilles passent le plus clair de leur temps à balayer leur cour. Leur environnement respire la pureté. « Je suis fière d’être dans cette maison. Je suis entretenue par mon fils qui est en Europe », confesse Marie Diatta, une résidente de cette Cité.

A Cabrousse, on se garde de parler hospice pour ne pas entretenir la confusion. C’est certainement pour cela qu’on n’en parle pas beaucoup. Ces femmes ne sont pas en retrait de la société. Un étranger ne peut pas remarquer les délimitations physiques de la cité par rapport aux autres quartiers.

Les maisons des morts abandonnées
L’architecture des maisons ne contraste pas fondamentalement avec les anciennes et nouvelles constructions. La Cité est à quelques mètres du site rituel de la reine Aline Sitoé Diatta. Ce n’est pas fortuit. Elles sont dépositaires de sagesse.

Les femmes plus jeunes ont besoin de ces sages lors des cérémonies traditionnelles. Cette cité ne dévoile pas les rapports que les habitants de Cabrousse entretiennent avec l’habitat. Les relations transcendent l’entendement. A Cabrousse, çà et là, on peut voir des maisons en ruines. Leurs propriétaires ne sont plus de ce monde.

Dans cette commune, depuis très longtemps, la restauration des maisons fondées par des personnes décédées ne fait pas partie des us et coutumes. « A Cabrousse, lorsque vous perdez votre papa, vous ne pouvez pas restaurer sa maison. C’est pour cela, après sa mort, ses fils sont obligés d’aller construire une nouvelle maison. La tradition veut que l’on laisse la maison s’écrouler complètement et ensuite envisager sa reconstruction », dévoile ce jeune attaché à sa tradition et ouvert aux flux de la modernité que l’on peut lire à travers son port vestimentaire.

Par nos envoyés spéciaux Maguette NDONG et Idrissa SANE (texte)
et Assane SOW (photos)

Les îles du Saloum regorgent d’attraits exceptionnels et de sites merveilleux. Mar Lodj (région de Fatick) fait partie de cette remarquable mosaïque qui ne laissera pas indifférent le visiteur. Enveloppé de mystère, ce village typique de Sérères tournés vers la pêche et l’agriculture liées avec l’élevage offre une splendide et fascinante retraite où l’on peut savourer les charmes d’une vie très simple. Dans ce havre de paix, musulmans et chrétiens vivent en parfaite harmonie et restent plus que jamais attachées à leurs traditions.

Lendemain d’Achoura. Mar Lodj s’est réveillé très tôt après une nuit arrosée par un copieux et délicieux couscous. La communauté musulmane, en habits de fête, s’est rassemblée pour sacrifier à la traditionnelle prière annuelle organisée, depuis quelques années maintenant, sur l’île. En l’espace d’une journée, la place publique du village devient le lieu de convergence des centaine de fidèles venus en quête de bénédiction, s’adonner aux prières et faire des vœux pour la prospérité et la paix. Au-delà de son aspect religieux, Achoura est une occasion privilégiée, pour des retrouvailles familiales, et aussi un moment festif propice au resserrement des liens et à un regain de solidarité. Et chaque année à Mar Lodj, cette fête constitue une occasion pour les musulmans de communier.

Selon l’imam Babacar Diène, cette séance de prières est une tradition qui est perpétuée sur l’île depuis une décennie maintenant. « Chaque lendemain d’Achoura, toute la communauté musulmane de l’île se rencontre sur la place publique pour prier, rendre grâce à Dieu. On organise une conférence pour rappeler les fidèles à Dieu et à raffermir leur foi », précise l’imam.

Ces séances de prière se déroulent sous l’œil avisé des chrétiens dont les maisons sont contiguës à la mosquée. Mar Lodj n’est pas seulement musulman. L’île est aussi chrétienne et les deux communautés vivent côte à côte et l’on ne sent pas trop la différence. Le dialogue islamo chrétien y est une réalité depuis fort longtemps. Et même les enfants, dans les rues, vous diront, sans difficultés, que chrétiens et musulmans sont unis par le lien du sang. De l’avis des anciens du village, cette coexistence pacifique a toujours existé. « Depuis toujours, les deux communautés vivent en paix, dans la fraternité, la coopération et le respect mutuel », indique l’imam.

Plus d’un siècle de cohabitation a soudé les relations entre les deux communautés. « Un étranger qui vient à Mar Lodj aura du mal à savoir qui est musulman ou chrétien grâce au climat exceptionnel de convivialité qui caractérise les relations. On ne considère pas qu’il y ait des chrétiens ou des musulmans. Car au sein d’une même famille, on peut retrouver aussi bien des chrétiens que des musulmans. », fait savoir le vieux Sékou Kane. Pour Georges Faye, chrétiens et musulmans continuent toujours de marcher ensemble pour avancer dans la même direction tracée par leurs ancêtres. « Ici, chrétiens et musulmans ont toujours vécu côte à côte et partagent tout. Les couples islamo-chrétiens se multiplient. Les chrétiens assistent aux cérémonies de mariage de leurs frères musulmans et vice-versa », explique-t-il. Le puzzle que constitue la cohabitation des deux communautés s’illustre pendant les fêtes religieuses qui sont célébrées collectivement dans le respect absolu et la communion. Bien que chaque fête religieuse soit célébrée par chaque communauté, précisent les notables, il y a une vraie participation de tous les insulaires lors de ces manifestations. Les populations s’unissent aussi dans les travaux ; que ce soit pour la construction de mosquées ou d’églises.

Une île accueillante
Quai Mar LodjSituée dans la commune de Fimela et à 150 km au Sud de Dakar, l’île de Mar Lodj qui regroupe plus de 5000 habitants est accessible par pirogue depuis le charmant village de Ndangane Sambou. Avec son embarcadère et ses piroguiers très dynamiques, ce village de pêcheurs constitue aussi le point de départ pour des excursions et balades, notamment sur les bolongs et vers les différentes îles. Les populations de Mar Lodj ne sont pas fermées aux autres. Toujours disponibles, ces insulaires accueillent volontiers l’étranger et partagent volontiers leur culture, leur savoir-faire, leurs traditions, mais aussi leur temps. Un tour sur l’île permet de s’en rendre compte et d’apprécier la générosité de la nature et de découvrir l’entrelacement de trois arbres, un fromager, un rônier et un caïlcédrat, symbolisant l’harmonie entre musulmans, chrétiens et animistes.

A Mar Lodj, le dynamisme des femmes a été fortement magnifié. Pour obtenir leur indépendance économique et améliorer leur niveau de vie, elles mènent une lutte quotidienne, développent des activités génératrices de revenus. Elles sont présentes partout. Elles s’activent dans la transformation des produits halieutiques, l’apiculture, l’aviculture, le maraîchage, l’artisanat, le commerce. L’exercice de ces activités, indispensables à l’autonomie économique et l’épanouissement personnel, leur permet de s’élever socialement et économiquement.

Cependant, note Anna Sonko, leurs capacités et moyens de production restent trop limités pour leur permettre de vivre décemment de leur activité. La cause, elles ne bénéficient ni de soutiens ni de financements. « Les femmes de Mar Lodj sont très engagées et ont besoin d’appuis pour améliorer la qualité de leurs produits pour satisfaire les exigences du marché. Elles ont aussi besoin de valoriser leur savoir-faire et leurs produits et de renforcer leurs capacités à travers l’alphabétisation et avec des cours de formation spécifique », plaide Anna Sonko.

Des traditions jalousement conservées
Au cœur de l’île, vit une population qui a su conserver quelques traditions fortement identitaires et une vie sociale solidaire. Le cycle des fêtes célébrées tout au long de l’année à Mar Lodj témoigne de l’attachement à leur culture. « Face à l’influence de la culture du monde entier, l’île est restée fidèle à ses traditions. Plusieurs rites traditionnels sont encore célébrés. Et le « ndut » est l’un des temps forts de la vie des Sérères », explique Georges Faye, président de l’association des parents d’élèves de l’île. Ce rite initiatique marque le passage de l’enfance à l’âge adulte. « Avant, le « ndut » était organisé chaque année. Les jeunes partaient pour plusieurs mois en brousse et durant cette retraite, on leur apprenait à devenir des hommes.

Maintenant, ce n’est plus possible. Pratiquement, tous les enfants vont à l’école, donc, ils n’ont que les vacances scolaires. C’est pourquoi on l’organise périodiquement maintenant, tous les trois ou cinq ans », indique-t-il.

Cette nouvelle donne, note-t-il, a donné plus d’envergure et une portée à cet évènement. « Tous les jeunes en âge d’être initiés sont recensés et leurs parents sont avertis. Ensuite, c’est le grand rassemblement à la grande place du village. Les candidats sont amenés en brousse pour une retraite d’une semaine pour subir un certain nombre d’épreuves. « On leur apprend certaines valeurs comme l’endurance, la rigueur, le courage, l’honneur, la dignité, la bravoure, mais aussi certaines valeurs mystiques », indique-t-il.

Quand ils reviennent, ils deviennent des adultes et peuvent prendre part aux décisions, auront le devoir de veiller à leur tour à la formation des jeunes générations. Chez les Sérères, explique M. Faye, le « ndut » est indispensable. Quiconque n’a pas subi le rite d’initiation n’est pas considéré comme un vrai homme. C’est pour cette raison que les femmes sérères ont aussi leur initiation. Ce rite placé sous le signe de la transmission mère-fille, constitue un passage obligé pour leur permettre d’être considérées comme des femmes matures et accomplies.

La lutte traditionnelle est une discipline très pratiquée sur l’île. Elle a pu conserver son origine très ancienne et chaque fête constitue une occasion pour organiser des séances de lutte et perpétuer cette tradition. Le Nguel aussi occupe une place importante dans l’agenda culturel de l’île.

Les mystérieux canons de Cap Margnane
Situé à quelques kilomètres au nord de Mar Lodj, Cap Margnane est un coin paradisiaque qui invite à la découverte. La présence de deux imposants canons, dont l’un est tourné vers la mer, constitue la principale attraction. De l’existence de ces canons, les villageois n’en connaissent pas grand-chose. C’est à peine même s’ils viennent dans cette partie inhabitée de l’île.

Tout ce qu’ils savent, c’est que Cap Margnane abrite un grand campement dans lequel travaillent des enfants de Mar Lodj. Rien de plus. Mais vu l’état de ces canons complètement rongés par la rouille, on serait tenté de dire qu’ils ont été installés à l’époque coloniale pour protéger l’île. Mais contre qui, contre quoi ? Mystère. Aujourd’hui, ces vestiges historiques qui mériteraient d’être valorisés, sont colonisés par le campement touristique qui les a intégrés dans son domaine de sorte que le visiteur ne pourra que les contempler de loin.

Mar Soulou, la partie la plus musulmane de l’île
Imam Mar LodjContrairement à Mar Lodj, Mar Soulou est uniquement peuplé de musulmans. Ici, la population est tournée, à la fois, vers la mer avec une activité de pêche importante et vers l’agriculture qui a toujours rythmé leur quotidien. Mamadou Thior, imam de la localité, est formel. Mar Soulou, assure-t-il, est le premier village de l’île. Même si, reconnait-il, beaucoup de gens ont quitté Mar Soulou pour fonder d’autres villages. L’agriculture, selon l’imam, a toujours constitué l’activité principale des populations. A l’époque, indique-t-il, l’autosuffisance était une réalité dans le village. Les paysans produisaient en abondance, consommaient et vendaient le surplus. « On cultivait ce qu’on mangeait et les paysans vivaient bien de leur activité. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’agriculture s’est modernisée et si l’on n’a pas les moyens, il est difficile de s’en sortir », indique-t-il. Selon lui, l’avenir de l’agriculture ne s’annonce guère meilleur.

Celui de la pêche non plus. Ces activités, note-t-il, sont de plus en plus délaissée par la jeunesse. « Les jeunes sont devenus paresseux. Ils veulent s’enrichir sans peiner. Rares sont ceux qui pratiquent l’agriculture et beaucoup ne veulent plus pêcher. Chacun rêve d’émigration. C’est un problème complexe », indique le vieux Thior. Mais, avoue-t-il, les populations ont réussi à sauvegarder bon nombre de traditions qui existent depuis la nuit des temps. « Malgré la modernité et l’islam, Mar Soulou continue de vivre au rythme de rites ancestraux », fait-il savoir.

Comme partout ailleurs, la naissance est un moment qui revêt une importance particulière dans la vie sociale et familiale et à Mar Soulou, un enfant qui vient au monde est soumis à un rite ancestral auquel il ne faut pas déroger. « La naissance annonce le commencement d’un nouveau cycle et il est bon de protéger le nouveau-né contre tout ce qui pourrait le nuire. C’est pourquoi, à chaque naissance, on procède à un rituel avant même que l’enfant ne soit allaité. Il est lavé et porté sur le dos. On prie pour le protéger, mais aussi conjurer le mauvais sort, entre autres. Cette tradition est scrupuleusement respectée. Tous ceux qui ne le font pas, seront exposés aux conséquences. L’enfant risque d’attraper des maladies qui forceront ses parents à l’amener ici », indique-t-il.

Le rituel est célébré sous un arbre sacré qui, selon l’imam, se trouve quelque part dans le village. Ce rite a tout son sens, assure la dame Astou Diouf. « Tous ceux qui l’ont fait ne l’ont pas regretté. Ce n’est pas pour rien que nos ancêtres nous l’ont légué et que nos parents l’ont perpétué », fait-elle savoir. Un autre rite est consacré aux personnes en proie aux difficultés, selon l’imam Thior.

A Mar Soulou, la communauté célèbre aussi la fête de la récolte de mil qui est tout aussi importante, à en croire l’imam. « Cette fête est un moment de grand regroupement. Toute la population se retrouve au tour du baobab pour sacrifier à un rituel. Chacun amène deux kilogrammes de mil. On profite de l’occasion pour demander des récoltes abondantes au Bon Dieu », indique-t-il.

Mar Fafacou et Wandié sont les autres villages de l’île qui regorge de potentialités touristiques, mais qui sont malheureusement sous exploitées. « Il y a beaucoup de campements sur l’île, mais cela ne suffit pas pour booster le tourisme. Il faut un accompagnement de l’Etat pour exploiter ce riche potentiel qu’offre l’île et permettre à la localité et à ses populations de vivre des retombées du tourisme », plaide George Faye.

Par Samba Oumar FALL (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

UNE ÎLE QUI A SOIF DE DÉVELOPPEMENT
Place Pub Mar LodjMalgré ses nombreux atouts, Mar Lodj vit avec ses contraintes. L’île qui dispose de deux postes de santé, de deux maternités, de quatre écoles dont trois publiques, de deux maternelles et d’un Collège d’enseignement moyen, fait face à de nombreux défis. Une bonne partie de ses terres restent gagnées par la salinisation. « Nous n’avons que l’agriculture comme activité et depuis quelques années, on note la remontée de la langue salée qui détériore nos terres de façon irrémédiable. Notre activité est menacée et nous avons besoin d’aide », indique l’imam, Babacar Diène. Si rien n’est fait, soutient-il, c’est l’avenir de toute l’île qui pourrait être compromise. « Nous voulons que l’État nous aide à mettre au point des stratégies appropriées pour lutter contre ce fléau », note-t-il. Le vieux Sékou Kane est du même avis. « Si rien n’est fait, le sel continuera d’endommager nos terres ; ce qui, à terme, risque de mettre en péril la sécurité alimentaire à Mar Lodj », relève-t-il. Mar Lodj n’est pas épargnée par l’érosion qui gagne du terrain sur l’île. Ce phénomène naturel empêche les populations de dormir. Les notables ne cachent pas leur inquiétude pour l’avenir de leur île. À leur avis, le risque est réel et une solution pérenne devrait être trouvée très rapidement. Ils ont invité l’État à lancer des opérations à grande échelle pour enrayer le phénomène.

Ces notables souhaitent également le désenclavement de leur localité avec la construction d’un pont qui va relier l’île à la rive de Ndangane. Pour l’imam et les vieux du village, il s’agit là de la meilleure option à long terme pour répondre aux besoins des populations. « La construction de pont contribuera à briser l’enclavement de l’île et facilitera la circulation des biens et des personnes ». « L’île est une terre d’agriculture. Les populations sont, pour la majorité, des paysans, des cultivateurs. Ce pont va donc faciliter l’écoulement des productions agricoles. Il en est de même pour la pêche », indique Sékou Kane.

Pour les notables de Mar Lodj, ce pont sera un indicateur de développement et va permettre aux paysans, pêcheurs, femmes transformatrices et autres commerçants de mener, avec plus de facilité, leurs activités. Toutefois, même si ce pont contribuera à la valorisation des atouts touristique de l’île et générera un gain substantiel de temps et d’argent, sa construction laisse perplexes certains jeunes. La crainte de Mamou Sarr, c’est l’envahissement de leur havre de paix, mais aussi la mort de plusieurs métiers. « Un pont risque de porter un sacré coup au caractère original de l’île. Les piroguiers risquent de se retrouver au chômage, de même que les charretiers. Avec le tourisme qui va se développer, l’agriculture et la pêche seront délaissées au profit de nouveaux métiers », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il.

Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.

Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges.

L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune.

C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

IL ÉTAIT UNE FOIS OUMAR GUÈYE DIT « NDAMAL GOSSAS »…
Plus connu sous le nom de « Ndamal Gossas », Oumar Guèye a fortement marqué Gossas, ville où il a passé une plus grande partie de son existence. Philosophe et penseur, doublé d’un griot, il a été adopté par les populations de cette localité qui le portaient dans leur cœur. Aujourd’hui, une école primaire porte son nom à Gossas.

« Il était court de taille, comme un pygmée, et habitait Gossas. Le nom de « Ndamal Gossas » est venu comme ça. Mais son vrai nom, c’est Oumar Guèye », explique d’emblée le vieux Amadoune Ndiaye. Selon lui, Oumar Guèye a beaucoup marqué Gossas et a été adopté par les populations de la localité qui le chérissaient.

Originaire du Cayor, « Ndamal Gossas » s’est établi dans cette ville au 19e siècle pour des raisons qu’ignore le vieux Amadoune Ndiaye. Mais, assure-t-il, il ne l’a connu ailleurs qu’à Gossas. « Il n’était pas de Gossas, mais il y a vécu pendant de très longues années. Ceux qui ne le connaissent pas bien croyaient qu’il était de Gossas, mais ce n’était pas le cas », clarifie-t-il.

« Ndamal Gossas », selon M. Ndiaye, était un philosophe, un penseur très inspiré et à l’imagination très fertile, doublé d’un griot, d’un troubadour qui passait tout son temps à danser. D’humeur joviale, il ne passait jamais inaperçu, parce que bénéficiant d’une grande renommée auprès des populations. « Avec sa petite taille, il avait toujours son chapeau de paille bien vissé sur la tête et un gros gri-gri au tour du cou. Il retenait toujours l’attention parce qu’il avait un grand sens de l’humour. Il charmait son auditoire par ses anecdotes alléchantes, ses petites histoires qu’il racontait et il n’hésitait pas à esquisser des pas de danse », raconte l’octogénaire.

« Ndamal Gossas » a beau avoir l’imagination très fertile, il n’égalait pas Kocc Barma Fall qui fut le plus grand penseur et philosophe que le Sénégal ait connu, soutient le vieux Amadoune Ndiaye qui reconnait cependant tout son mérite.

« Il était très aimé des gens. Il les faisait rire, aimait perdre son temps avec eux. C’est pour cette raison qu’il n’avait pas d’ennemis », indique-t-il. « « Ndamal Gossas » était comme un père pour moi. Je lui amenais tous les jours ses repas à midi et là nuit au quartier Dango où il habitait. Quand j’accusais du retard, il me donnait des paires de baffes », se remémore le vieux avec un brin de nostalgie.

Chaque fois que « Ndamal Gossas » voyait une meute de chiens, raconte le vieux Amadoune Ndiaye, il les chassait à coups de pierres en leur disant : « Allez chez Samba Yombe Guilé Mbodj » qui était le chef de canton à l’époque.

Selon M. Ndiaye, Samba Yombe Guilé Mbodj était plus qu’un chef de canton. « Samba Yombe était un prince royal qui venait du Walo. Il descendait des Bracks par sa mère et son père. Il avait fait l’école des fils de chef et en était sorti major. Il avait aussi fait l’école d’Alger. C’était un élève très brillant qui a choisi la fonction d’interprète. Il a fait le canton de Foundiougne et de Gossas où il est resté jusqu’en 1942, avant de faire valoir ses droits à la retraite », rapporte-t-il.

« Quand ses agents de renseignements lui rapportèrent les propos de « Ndamal Gossas », Samba Yombe fit appeler ce dernier et lui demanda pourquoi il demandait toujours aux chiens d’aller chez lui. « Ndamal Gossas » lui répondit que seuls les chefs avaient la possibilité de manger de la viande, c’est pour cette seule raison qu’il leur demandait d’aller chez le chef de canton où ils étaient sûrs de trouver de la viande », raconte M. Ndiaye.

« Le chef a alors souri et l’a laissé partir. Il était malin, sinon il allait passer un sale quart d’heure », indique-t-il.

« Ndamal Gossas » a beaucoup marqué la ville de Gossas. Selon M. Ndiaye, le philosophe est mort vers les années 1952 et enterré à Keur Gou Mak, à Diourbel. Une école primaire porte son nom à Gossas.

Lompoul sur mer est un charmant village de pêcheurs. Mais, sa position stratégique, (le village est distant de 6km du désert) attire le plus les touristes. Une merveille de la nature dotée d’une belle plage qui a fini d’offrir à ce village un attrait touristique important. Découverte.

Dans la contrée, les populations vaquent à leurs occupations quotidiennes. Elles sont partagées entre les activités de pêche, de maraîchage, le petit commerce et la transformation des produits halieutiques. Le village est actuellement rattaché au département de Kébémer (Louga).

Le plus grand désert du Sénégal
Alors qu’anciennement, il était situé dans la communauté rurale de Mboro (actuelle commune) dans le département de Tivaouane (Thiès). Mais, c’est le décret 2002-170 du 21 février 2002 signé par le président de la République d’alors, en son article 1e, qui l’a rattaché administrativement à la communauté rurale de Kab Gaye (arrondissement de Ndande).

« C’est à juste titre eu égard à la distance qui séparait notre village à la commune de Mboro au moment où l’Etat s’est assigné un objectif constant de rapprocher davantage son administration de ses administrés », nous lance Malick Bâ, président de l’union des groupements paysans de Lompoul. En fait, ces populations étaient même, parfois, obligées d’adresser leurs demandes aux services administratifs du département de Kébémer qui n’est distant que de trente (30) kilomètres. « Ce qui constituait un dysfonctionnement a donc été corrigé avec l’intégration du village de Lompoul sur Mer dans l’actuelle commune rurale de Kab Gaye (Arrondissement de Ndande) avec toutes les incidences positives considérables. Notamment sur les plans : administratif, économique ce qui a permis une ouverture sur la grande côte pour la localité de Kab Gaye et sur le plan sociologique qui intègre Lompoul dans son milieu naturel », souligne M. Ba. De son nom : Lompoul-sur-Mer (ou Lompoul), la localité est située à l'ouest du Sénégal, sur la Grande-Côte plus précisément entre la ville de Mboro et la zone du Gandiolais.

Sa date de création remonterait vers l’an 1800, selon Malick Ba, le président de l’union des groupements paysans. Les premiers habitants étaient des Peuls et le village qui s’appelait à l’époque : « Thiacougne-Peul », était également une des zones de repli pour Lat-Dior, un des « Damels » du Cayor et ses troupes à l’époque coloniale. Aujourd’hui, le village est décrit par son désert qui constitue, pourrait-on dire, le plus grand du Sénégal avec ses dunes de sable pouvant atteindre les 50 mètres de haut. Une zone très vaste, située dans le nord-ouest entre Dakar et Saint Louis, dans la région de Louga avec une superficie de 18 km2.

La bande de filaos a favorisé le maraîchage
L’exercice auquel notre équipe de reporters s’est soumis pour rallier le village débuta à Kelle via Kébémer. En cette période hivernale qui se caractérise par la beauté de l’environnement naturel, le paysage qui s’offre à nous, le long du chemin, montre un tapis herbacé très fourni, des champs de cultures d’arachide et de mil, de haricot, de pastèque en nette évolution sur la route nationale 2. Mais aussi sur tout le long de l’axe Kébémer-Lompoul bitumé et est bordé par des espèces comme le prosopis et l’eucalyptus.

Jusqu’à l’entrée du village de Lompoul sur mer, c’est un décor exceptionnel auquel est venu s’ajouter la bande de nombreux filaos qui peuvent mesurer une quinzaine de mètres de hauteur. « C’est une autre image fantastique de la végétation des Niayes, les filaos, un écosystème unique qui a le plus favorisé les activités de maraîchage à partir de l’année 1974 avec la fixation de dunes pour permettre la réalisation de cuvettes dans la zone », nous raconte Malick Ba. Il souligne, cependant, que dans cette aire géographique, il reste 17ha de dunes qui symbolisent, aujourd’hui, cette image ancienne qu’offrait la zone dans les années 1970-1974 et même 1975 et qui avait alors motivé ce projet de fixation des dunes à travers cette bande de filaos.

Un boom maraîcher à partir des années 80
A Lompoul sur mer on note une diversité de l’activité économique exercée à travers le maraîchage, la pêche, l’élevage, le petit commerce et le tourisme, entre autres. « A l’époque, les premiers habitants Peuls s’adonnaient à l’élevage. C’est après l’indépendance que le maraîchage a fait son apparition et a même fini de s’imposer aujourd’hui avec plus 80% de la population active dans ce secteur. Ce, malgré l’installation, vers les années 1966-1967, des premiers pécheurs saisonniers venus de Guet Ndar et Kayar mais aussi l’intégration des Peuls dans le système à partir de l’année 1980 après que l’Etat a mis en place des projets ruraux de développement de l’horticulture », soutient notre interlocuteur.

Pour autant, cette longue tradition de village de pêche de Lompoul sur mer reste toujours ancrée. De nombreuses pirogues sont alignées le long de la plage. Des embarcations aux couleurs vives d’identification du propriétaire ou groupes de pêcheurs organisés au sein du comité de gestion du centre de pêche où plusieurs femmes s’activent dans la transformation des produits halieutiques. C’est à l’intérieur du centre que le marché est presque implanté le long du quai favorisant les échanges à longueur de journée. « Le poisson frais, séché ou fumé, les légumes constituent les principaux produits vendus ici », nous lance une vendeuse de pastèques. Les activités de pêche des autochtones sont toujours de mise. Plus d’une centaine d’embarcations peuvent être, aujourd’hui, énumérées dans le village là où, entre 1985 et 86, une seule pirogue était recensée. Lompoul sur mer dispose d’un grand centre de pêche dont le port est très animé de jour comme de nuit avec les départs et arrivées des pirogues de pêcheurs. « Mais, il faut dire que 90% de ces pirogues appartiennent aux Peuls dont il faut reconnaître que la situation inédite favorisée par la rentabilité de la filière horticole les a un peu transformés et ils allient à la fois ces deux activités (maraîchage et pêche). Ce qui a beaucoup contribué à la lutte contre la pauvreté et l’exode rural », indique le président de l’Union des groupements de producteurs (Ugp) de Lompoul sur mer, Malick Ba. D’ailleurs, nous révèle-t-il, « vous pourrez remarquer qu’à Lompoul, il n’y a pas de chômeur, tout le monde s’active au moins dans un secteur ce qui fait que vous ne verrez pas de mendiants ici. Et mieux, seuls quatre (4) jeunes du terroir ont été identifiés jusqu’à présent comme étant des émigrés en Espagne et en Italie. C’est pour vous dire que l’exode comme l’émigration ne sont pas courantes à Lompoul sur mer ».

Le tourisme se positionne
Par ailleurs, Lompoul est devenu une destination de plus en plus prisée pour la beauté des paysages et le développement de nombreux sites d’hébergement. « Ce qui fait que le tourisme aussi joue un rôle de premier plan avec la particularité de la position stratégique du village qui est distant de 6km du désert qui attire le plus les touristes », nous indique Malick Ba. Et pour lui, c’est une merveille de la nature qui est dotée d’une belle plage et où seuls les bons nageurs peuvent s’aventurer car les vagues et le courant sont assez forts. Ainsi, les quelques habitants que nous avons interrogés estiment que, « des initiatives sont prises par des nationaux pour promouvoir le secteur à travers la construction de gites d’hébergement tout en proposant aux visiteurs (touristes) d’autres activités plus exotiques en circuit ». C’est dans ce sens qu’est organisé, depuis 2009, au mois de novembre, un festival dénommé : « Festival du Sahel », qui accueille le plus souvent de grands artistes et propose également des ateliers de danses et des spectacles traditionnels.

Lompoul sur mer, village tranquille et accueillant sur la côte atlantique, est à un peu plus de 183 km au nord-est de Dakar et à environ 80 km au sud de Saint-Louis avec sa forêt de résineux, à quelques centaines de mètres de la plage de sable blanc, dans un cadre magnifique et très calme. L’édification d’un poste de santé est devenu une exigence pour soulager les souffrances des patients souvent obligés de se rendre à Diokoul (30km) ou Kébémer (35km) pour se faire consulter.


LA ROUTE DE LA GRANDE CÔTE VA RELANCER L’ÉCONOMIE À THIEPPE
Dans le sillage de Lompoul, la commune de Thieppe (département de Kebemer) attend avec impatience la fin des travaux de construction de la route de la grande côte reliant Dakar et Saint-Louis. Avec un potentiel économique énorme et s’étendant sur une superficie globale de 523 km2. Thieppe, pourtant très enclavée, est l’une des premières zones de culture de l’oignon au Sénégal.

A la sortie de Kebemer sur la route de Saint-Louis, il faut emprunter une piste latéritique de 22 km pour enfin arriver à la commune de Thieppe. La route est actuellement en très mauvais état. Elle est en train de recevoir un coup de neuf. Sur le chemin, juste à l’entrée de Thieppe, on remarque la présence de pelleteuses, de bulldozers et autres engins de chantier. Mais point d’ouvriers. Renseignements pris auprès d’un habitant de la contrée, les travaux de réfection de la route sont à l’arrêt. L’entreprise en charge des travaux serait confrontée à des difficultés financières. Le maire de Thieppe, Mohamed Dia nous rassure et soutient qu’il a entrepris des démarches auprès des autorités compétentes pour une reprise imminente des travaux. Avec l’appui de la coopération canadienne, la commune espère que la livraison de l’infrastructure se fera en décembre prochain. Cette situation rajoute à l’enclavement de la contrée car à partir de Thieppe, on accède difficilement aux autres localités de cette zone des Niayes. Les habitants se plaignent du fait que le programme d’urgence pour le développement communautaire (Pudc) n’a pas encore investi le département de Kebemer, pourtant très peu pourvue en infrastructures routières de qualité. Faute de pistes praticables, toute la production maraîchère est écoulée sur les sites voisins de Lompoul et de Potou, selon le producteur Ibrahima Diouck. Ici, les terres sont réputées très fertiles. Selon l’édile de la commune, lui-même grand producteur maraîcher devant l’Eternel, en tant que président de l’association des unions maraîchères des Niayes (Aumn), des centaines d’hectares de terres arables sont encore en friche.

C’est que Thieppe est une localité qui se caractérise par une très faible densité due en partie à la transhumance des Peuls qui représentent une partie considérable de la population. De même, Thieppe s’étend sur une large superficie de 523 km2, à savoir l’équivalent de tout l’espace qu’occupe la région de Dakar. Les avantages comparatifs de la localité sont nombreux avec notamment un climat assez frais et la possibilité pour les habitants de s’adonner au maraîchage en toute saison. En sus d’une nappe phréatique qui affleure et qui assure une disponibilité régulière du liquide précieux. Thieppe regorge de ressources naturelles. Ici, le potentiel est énorme. On comprend alors la propension des habitants à privilégier les cultures maraîchères. Le site fait partie des premières zones de cultures de l’oignon au Sénégal avec une production record de 31 000 tonnes en 2015 sur une production nationale de 367 000 tonnes. Le producteur Moustapha Kébé révèle, pour sa part, qu’il a réussi lors de la dernière campagne écoulée à cultiver de la pomme de terre sur une superficie de 5 hectares. Même s’il n’a pas manqué de déplorer l’impraticabilité des pistes. Une situation qui ne favorise guère un écoulement régulier des produits. L’Etat est venu à la rescousse des producteurs en mettant à leur disposition une dizaine de forages pour favoriser cette activité. Des perspectives heureuses se profilent à l’horizon avec la réalisation, en cours, de la route Kébemer-Thieppe-Saré-Ndao qui va permettre une ouverture sur l’océan Atlantique.

Mamadou Lamine Diatta et
Mouhamadou Sagne (textes)
Pape Samba Seydi (photos)

Last modified on mardi, 15 novembre 2016 00:16

Héritier d’un passé de près de sept siècles, Kahone constitue, à elle seule, les pages d’un livre d’histoire à ciel ouvert. Hier, ancienne capitale du royaume du Saloum, cette ville carrefour située dans le bassin arachidier refuse de lire son avenir au passé. Elle a retrouvé l’espoir et affiche un autre visage. Aujourd’hui, Kahone est promise à un bel avenir où la culture pourra jouer un rôle de premier plan dans son développement durable.

Celui qui ne maîtrise pas très bien l’histoire de Kahone ne peut pas imaginer que cette ville, plongée dans l’anonymat, a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire du Saloum. Mais au contact des mémoires vivantes de cette localité, on se rend bien vite compte que son passé historique est très riche. De l’intronisation du premier Buur Saloum, Mbégane Ndour, en 1493, à aujourd’hui, Kahone a connu une expansion fulgurante, sa population a augmenté et de nouvelles implantations ont vu le jour.

Une ville, près de sept siècles d’histoire !
Située à quelques jets de pierres de Kaolack, la commune de Kahone, ancienne capitale du Saloum, reste une ville très ancienne avec près de 700 ans d’histoire. Kahone qui a connu les aléas de l’histoire riche et mouvementée du royaume du Saloum, concentre le plus grand nombre de monuments historiques, témoins d’un riche passé. Une flânerie dans le cœur historique de la ville se transforme en un voyage dans le temps. De sa création à 1969, quarante-neuf Buur Saloum se sont succédé au trône. Mais avec l’avènement de l’indépendance, Kahone est presque tombée dans l’oubli, vivant pendant plusieurs décennies, dans l’ombre de sa grande voisine : Kaolack.

Traversée par la route nationale n° 1, cette ville qui couvre une superficie de 25 km2 avec une population de plus de 15.000 habitants, jouit d’une position privilégiée. Une fois les pieds à terre, le visiteur découvre une ville paisible, mais en pleine renaissance. Premiers symboles de la modernisation de Kahone érigée en commune en 1996 : les équipements ont sonné le glas à cette allure villageoise restée longtemps collée à la peau de cette ville. Selon le maire, Ousseynou Senghor, en place depuis 2009, son équipe œuvre, sans relâche, pour la prospérité de la ville.

Beaucoup de changements ont également été notés, notamment sur le plan socioéconomique, des infrastructures de base, de l’éducation, de la santé, de l’électrification, de l’accès à l’eau. Selon le maire, la renaissance de Kahone était perceptible vers les années 1996 et 1997, mais le décollage s’est réellement fait ressentir en 2009. « La ville a grandi très vite et a connu une expansion démographique galopante. Des quartiers comme Kanda ont doublé leur population en cinq ans. C’est étonnant du fait des extensions concernant les lotissements, car Kaolack ne disposant plus de terres, tout le monde se rue vers Kahone qui est devenue une véritable terre d’accueil », explique le maire Ousseynou Senghor. Selon lui, Kahone s’est totalement urbanisée du fait de sa proximité avec Kaolack. Même si, soutient-il, la proximité avec Kaolack n’apporte pas grand-chose à Kahone. Malgré cette renaissance, le maire reconnait que les défis sont nombreux. Sur la liste, figure la construction d’un lycée digne de ce nom, mais aussi d’un poste de santé. « Kahone est devenue très grand. On est très proche de Kaolack, mais avec cette population, on a besoin d’un centre de santé de référence avec le soutien des pouvoirs publics », plaide-t-il.

Guy Ndiouli, symbole du royaume
Kahone Gouye NdioulyGuy Ndiouli (le baobab des circoncis) occupe une place centrale dans l’histoire, la culture et la tradition du Saloum. Tous les rois du Saloum, sans exception, ont été intronisés à Guy Ndiouli. « Le promu Buur Saloum, après quelques épreuves comme le tas de sable, venait vers le baobab. Il y avait une branche oblique qu’il devait monter sans s’appuyer nulle part. Le nombre de pas franchis sur le trône équivalait au nombre d’années de règne », explique Cheikh Mbaye, actuel « Ngarandou » du Saloum sous le règne de Buur Saloum Mbaye Badiane. Selon lui, le huitième Buur Saloum, Maléotane Diouf, a le plus duré au pouvoir avec 45 ans de règne et Socé Bigué Ndiaye, trente sixième roi, a eu le règne le plus court avec seize jours. « Ce n’était pas n’importe qui, qui était intronisé Buur Saloum. En plus d’être descendant de la lignée des Guélewars, le promu Buur devait aussi être une tête », précise-t-il.

Guy Ndiouli était la place où le Buur Saloum organisait les cérémonies de circoncision. À l’époque, indique M. Mbaye, les circoncisions ne se faisaient pas n’importe comment. C’est le Buur Saloum qui donnait l’autorisation. Et il le faisait périodiquement. « Il regroupait tous les adolescents à Guy Ndiouli pour qu’ils subissent l’épreuve de circoncision. Après, on les gardait là-bas des mois pour leur inculquer certaines valeurs comme le civisme, la bravoure, mais aussi le métier des armes parce que les attaques étaient nombreuses à l’époque. Et ces adolescents devaient plus tard être les défenseurs du royaume », fait-il savoir. Guy Ndiouli a également été le théâtre d’une grande bataille appelée « dimansou Guy Ndiouli », qui opposaen 1862 Macodou Birama Fall du Cayor (un damel déchu) et son fils, le buur Saloum, Samba Laobé. « C’est pourquoi, aujourd’hui, c’est un grand symbole. Nous Saloum Saloum, qui connaissons bien l’histoire de cet arbre, allons très souvent nous ressourcer là-bas », assure-t-il.

Guy Guewel, une fierté pour les griots
Il n’y a pas que Guy Ndiouli à Kahone. Guy Guewel fait aussi partie de l’histoire. C’était le cimetière des « pares », illustres griots de la cour royale. Selon M. Mbaye, Wal Boumy, frère du Buur Saloum Latmingué Diélène Ndiaye, avait une affection vis-à-vis de son griot Mbathie Ndiaye. « À la mort de ce dernier, il n’a pas voulu qu’on l’enterre parce qu’il ne voulait pas être nostalgique. Il a donc préféré creuser le tronc d’un baobab pour mettre son griot à l’intérieur. Chaque fois qu’il avait envie de le voir, il venait se ressourcer et repartir. C’est ce qui a fait Guy Guéwél », raconte M. Mbaye. Selon lui, beaucoup de griots qui étaient considérés comme des personnages importants du royaume étaient enterrés dans cet arbre, mais avec l’islamisation, précise-t-il, ces pratiques ont disparu. « Bien que nous consolidions cet acquis historique, nous sommes des musulmans à part entière », souligne-t-il.

Un Gamou qui attend l’implication de ses fils
Kahone, c’est aussi son gamou initié sous le règne du Buur Saloum Latmingué Diélène Ndiaye. Cet évènement qui reçoit, chaque année, pendant trois jours, des milliers de personnes était organisé à chaque approche de l’hivernage. « L’idée principale était de prier pour un bon hivernage, des récoltes abondantes, mais c’était aussi la période où le Buur Saloum devait procéder à l’évaluation de son royaume. C’était comme une sorte de conseil des ministres », explique M. Mbaye. « Aujourd’hui, le gamou vise à sauvegarder l’histoire de Kahone. Pour que cette culture et cette tradition ne s’envolent, il faut des gens qui soient debout, dynamiques, très organisés pour consolider les acquis », affirme-t-il. El Hadji Ousmane Sarr, responsable de l’organisation de ce gamou, a déploré la mauvaise interprétation de l’évènement. « Le gamou n’est pas un moment de réjouissances. C’est un évènement qui nous permet de faire revivre l’histoire. A chaque édition, on organise un panel avec une famille qui parle de l’histoire de ce Buur. C’est aussi une occasion pour permettre aux jeunes de connaitre l’histoire de leur terroir », indique-t-il. Selon lui, beaucoup de valeurs se perdent aujourd’hui avec la modernité. « On est envahi par l’Occident alors que nous avons nos propres valeurs. À travers cette manifestation, qui n’est pas une fête païenne, nous parvenons à faire un retour aux sources. Nous profitons aussi de ce gamou pour introniser les nouveaux dignitaires », précise-t-il. En 2012, le soutien de l’État était bien senti, mais depuis, plus rien. M. Sarr a ainsi invité les cadres du Saloum à s’impliquer davantage dans l’organisation du Penc. « Il y a de la volonté et des personnes qui sont capables de tenir ce Penc à la hauteur de nos ambitions, mais ils ne doivent donc pas attendre à ce qu’on leur lance un appel. Ils doivent s’impliquer volontairement », indique M. Sarr.

Un riche patrimoine à revaloriser
Kahone Residence RoyaleKahone offre un témoignage flamboyant de son passé. Mais aujourd’hui, voir Kahone c’est découvrir une ville qui souffre du dépérissement de son patrimoine. Conscients de son inestimable valeur et de l’importance de sa revalorisation, les fils de la localité s’en préoccupent profondément et demandent l’appui des pouvoirs publics.

Kahone est une terre riche d’histoires, avec un patrimoine qui demeure le témoignage vivant des traditions séculaires. Selon Cheikh Mbaye, l’objectif de Pencum Saloum est de préserver cet acquis culturel, mais le soutien fait défaut. « L’organisation interne actuelle du Saloum n’existe nulle part. Nous n’avons pas perdu nos repères et nous faisons tout pour sauvegarder ce qui existait auparavant, malheureusement, l’État ne suit pas », soutient-il. Pour M. Mbaye, les chantiers sont nombreux. « Il faut ressusciter Guy Ndiouli, la maison royale du dernier Buur Saloum en état de délabrement très avancé et qui pouvait être un écomusée, un lieu de mémoires que l’on peut visiter tout le temps ». Il y a aussi Mama Diana, le génie protecteur de Kahone, Mama Yumang qui est dans l’enceinte de l’hôtel Aldiana. « En allant à Kaolack vendre leurs canaris, les femmes passaient vers Mama Yumang et prenaient un petit bâton ou un bout de bois qu’elles jetaient là-bas pour solliciter des prières. Ces jets sont aujourd’hui devenus une montagne. Nous avons perdu tous ces repères parce que l’État ne s’est pas impliqué », déplore M. Mbaye. Selon lui, les populations de Kahone ne doivent pas céder au découragement. A son avis, la sauvegarde de tout ce patrimoine exige la mobilisation des moyens et la conjugaison des efforts des différents acteurs pour concrétiser ce projet. « Nous avons interpellé une bonne partie des ministres de la Culture qui se sont succédé au Sénégal, mais nous n’avons eu aucun retour. Il est grand temps que l’État jette un coup d’œil au Saloum pour nous aider à assurer la promotion culturelle de cet ancien royaume qui mérite d’être soutenu », fait-il savoir. Selon lui, la culture peut contribuer au développement de Kahone si l’État y met sa main.

El Hadji Ousmane Sarr est du même avis. Pour cet ancien gendarme à la retraite qui a intégré le Pencum Saloum, la culture du Saloum doit être vulgarisée. « Nous avons besoin de préserver l’histoire du Saloum, mais nous sommes conscients que nous avons des limites. C’est pour cette raison que nous invitons tous les fils du Saloum à s’impliquer pour relever les nombreux défis », note-t-il.

A l’origine des « djoung-djoung » !
C’est sous le règne de Latmingué Diélène Ndiaye, initiateur du gamou de Kahone, que les djoung-djoung du Saloum ont existé. Selon M. Mbaye, le Buur avait un griot qui s’appelait Mbathie Ndiaye. Ce dernier, se promenant un jour, avait rencontré un chasseur du nom de Konta Camara qui avait par-devers lui un tambour. «Chaque fois qu’il voulait aller à la chasse, il battait son tambour et les chiens, d’où qu’ils se trouvent, accouraient. Cela a impressionné le « pare », noble griot du Buur, qui est venu rendre compte au roi. Latmingué Diélène demanda à son griot de faire appeler le chasseur. Ce dernier, sachant qu’il allait recevoir la visite de Mbathie Ndiaye, avait rendu féroce ces chiens pour qu’à l’arrivée du pare, ils puissent l’attaquer.

Le griot du Buur qui détenait un pouvoir mystique avait déjoué tous ses plans. À son arrivée, tous les chiens se sont couchés. Aussitôt, le chasseur a compris que l’envoyé du Buur Saloum était un grand homme », explique M. Mbaye. C’est ainsi, poursuit-il, que le chasseur a accepté de le recevoir et de partir répondre à l’invite du roi. À son arrivée, le Buur Saloum lui a posé des questions à propos de son tambour. « C’est alors qu’il lui confia que le tambour s’appelle « dounou », ce nom en bambara a été déformé et a entrainé le nom de « djoung-djoung » », éclaire M. Mbaye. « Le Buur Saloum demanda alors au chasseur de le lui léguer et il accepta sans rechigner. C’est à partir de ce jour que les « djoung-djoung » du Saloum ont été initié », soutient-il.

Selon M. Mbaye, le Buur Saloum qui avait élu domicile à Latmingué avait confié les commandes de Kahone à son frère Wal Boumy. Ce dernier était tellement séduit par les « djoung-djoung » qu’il ne pouvait pas dormir ni se réveiller sans entendre le son des « djoung-djoung ». L’ayant compris, son grand frère envoyait chaque matin les instruments de Latmingué à Kahone pour assouvir les caprices de son jeune frère. « Comme cela était extrêmement éprouvant, le Buur Saloum avait trouvé une solution en éclatant le dispositif des « djoung-djoung » en deux. L’un devant rester à Kahone et l’autre à Latmingué. Ainsi, Wal Boumy avait la possibilité d’entendre les « djoung-djoung » quand il le souhaitait », rapporte-t-il.

Les griots, dit-il, avaient tendance, en chantant ses louanges, de dire « Wal Boumy Diélène Ndiaye sou namé « djoung-djoung » lak day » (si Wal Boumy Diélène Ndiaye a envie d’entendre les « djoung-djoung », il déclenchait un feu de brousse). Même dans sa tombe, raconte M. Mbaye, quand Wal Boumy avait envie d’entendre le « djoung-djoung », le feu jaillissait en évolution vers Kahone. « Seul le son des « djoung-djoung » pouvait éteindre cet incendie. Les vieux montaient alors les chevaux, arboraient les instruments en direction du feu qui s’éteignait rapidement ».

PORTRAIT : CHEIKH MBAYE, ACTUEL « NGARANDOU » ET MÉMOIRE VIVANTE DU SALOUM
Kahone Cheikh MbayeNé en 1953, à Kahone, Cheikh Mbaye est l’actuel « Ngarandou » du Saloum sous le règne de Buur Saloum Mbaye Badiane. Fils du vieux Garandou Mbaye, griot du Buur Saloum El Hadji Fodé Diouf, le dernier à occuper le trône de 1934 à 1969, cet infirmier de formation, historien à ses heures perdues, montre avec humilité son attachement à ses racines et sa fierté d’être acteur dans sa ville.

Malgré ses 63 ans, Cheikh Mbaye parait en avoir 50. Le sexagénaire est débordant d’énergie et généreux dans l’effort. D’un abord facile, il adore parler de sa culture et l’histoire de sa localité. Cheikh Mbaye n’a pas fait des études en histoire, mais, à force de fréquenter son père, il est devenu une mémoire vivante. « J’ai été élevé à côté de mon père qui était un grand historien. Il animait une émission à la Rts 5 et est décédé en 1985. J’ai essayé de suivre ses pas, mais sans jamais l’égaler. Ce n’est pas toujours évident puisqu’il détenait une connaissance extrêmement vaste sur le plan historique, culturel et traditionnel et il en faisait son propre métier », explique-t-il. Infirmier de son état, Cheikh Mbaye a touché à la politique et son cursus l’a amené à devenir premier adjoint au maire de Kahone de 1977 à 2009. « J’ai commencé à exercer le métier d’infirmier en 1970. Mais je n’avais pas le temps pour être tout le temps aux côtés de mon père. Je me suis tout de même efforcé à lui soutirer un peu de sa connaissance », indique-t-il.

Aujourd’hui, Cheikh Mbaye est l’actuel « Ngarandou » du Saloum sous le règne de Buur Saloum Mbaye Badiane qui se trouve présentement à Guinguinéo. Le « Ngarandou », explique-t-il, c’est le proche collaborateur du Buur Saloum, mais aussi son griot. « Le Buur Saloum ne voyageait jamais sans son « Ngarandou ». Il l’avait toujours à ses côtés et celui-ci détenait beaucoup de ses secrets », note-t-il. Dans le Saloum, fait savoir M. Mbaye, la royauté a commencé en 1493 avec le Buur Saloum Mbegane Ndour qui a fait 20 ans de règne. Mais avec l’accession du Sénégal à l’indépendance, le colonisateur a cédé une bonne partie sinon l’intégralité de son pouvoir aux autochtones, de sorte que la royauté a été complètement bannie. « Les chefs coutumiers ont remplacé les rois. Mais, ne voulant pas perdre leur histoire, les Saloum Saloum se sont réunis au tour d’une association dénommée Pencum Saloum dans les années 70. Le grand farba, El Hadji Malick Sarr, a été l’initiateur de cette restructuration du Saloum en Penc. Et le premier à avoir occupé la tête du trône est Momar Diarra Ndao, un ancien douanier à la retraite qui a été intronisé à Guy Ndiouli. À sa mort, le trône du Saloum était vacant. Des années après, les Kahonois se sont organisés et ont cotisé pour faire ressusciter le trône et le gamou. C’est à partir de ce moment que Mbaye Badiane, neveu direct du Buur Saloum Fodé Diouf, a été intronisé », relève-t-il. Aujourd’hui, Mbaye Badiane est le conseiller culturel du gouverneur de la région et est en train de faire son chemin pour gérer le patrimoine historique et culturel du Saloum ayant au tour de lui des chefs de province. À l’époque, précise M. Mbaye, le Saloum était constitué de 13 provinces, mais actuellement, six d’entre elles seulement fonctionnent. « Notre ambition est de restructurer et de redynamiser les sept autres provinces pour permettre au Saloum de retrouver son lustre d’antan », soutient-il.

Pour Cheikh Mbaye, il n’existe pas, au Sénégal, un royaume aussi important que celui du Saloum. « Vu l’histoire et l’importance du Saloum, il nous revient de nous organiser, d’être plus dynamiques afin que cette culture que nous ont léguée nos ancêtres puisse survivre pour la future génération ».

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

La région de Kolda recèle un potentiel diversifié et richement fourni qui devrait lui conférer une place de leadership dans le développement d’un tourisme compétitif. Mais ce créneau s’apparente à un véritable filon d’or dormant. Ce riche patrimoine histoire et culturel inexploité attend toujours d’être mis sur le marché, dans les circuits touristiques. Kolda pourrait devenir un pôle touristique et culturel digne de la richesse dont elle regorge, mais, en attendant, l’existant est surtout lié à la chasse en raison de ses potentialités fauniques et forestières.

Kolda ne dispose pas de plage à perte de vue encore moins d’aires de détente ou de forêts récréatives, mais cette région, avec son passé historique très riche, peut se targuer d’être un véritable creuset de cultures et de civilisations. De Kolda à Vélingara en passant par Médina Yéro Foula, presque chaque contrée regorge de sites historiques qui sommeillent dans les méandres de l’oubli.

Des ruines du palais de Moussa Moolo au village de Hamdallaye à son tata à Ndorna en passant par son magasin de munitions au village de Djignawouling, l’emplacement du palais de la reine Sona, à Mansacounda, les vestiges du château des rois mandingues.

Sans compter l’ancienne capitale des rois Pathiana, la grotte de Kadiama, l’ancienne capitale du roi de Mandé, Faramba Tamba, dans le village de Kabendou, les ruines du château de l’ancien roi Malick dans le village de Malick-Thiangel, le puits centenaire de Kandian, le Lingué de Kaoné, arbre multiséculaire dont les feuilles et les branches sont tatouées ou encore les fromagers de Biaro, deux arbres accolés représentant deux jeunes filles frappées par une malédiction. Autant de curiosités qui, ajoutées aux cultures populaires, aux savoir-faire séculaires et coutumes anciennes, constituent une attraction à haute valeur touristique, mais ce créneau s’apparente à un véritable filon d’or dormant parce qu’inexploité. Tous ces sites qui ont défié le temps et qui ont réussi à survivre sommeillent en attendant d’hypothétiques visiteurs.

Une activité au petit trot
Aujourd’hui, force est de reconnaître que le tourisme n’est pas un secteur très dynamique à Kolda. Dans la région, les professionnels du secteur sont unanimes sur ce constat. Cette situation se perçoit à travers le nombre peu important de réceptifs.

Pour le chef de service régional du Tourisme de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, la capacité d’hébergement de cette région est relativement faible. Cela résulte, selon Tekhéye Faye, de la faiblesse des flux touristiques en direction de la destination Kolda. « La capacité d’hébergement est d’environ 320 chambres et 450 lits répartis entre les différents réceptifs touristiques dont dix à Kolda et douze à Vélingara », a expliqué M. Faye.

Alpha Diallo, un professionnel du secteur, explique cette morosité du tourisme par le fait que Kolda n’ait pas beaucoup de choses à montrer, faute de valorisation du patrimoine. De plus, ajoute M. Diallo, l’activité touristique ne peut se développer sans l’existence d’infrastructures d’accueil. « Si l’on veut que le tourisme marche, il faut que l’Etat s’investisse et crée des infrastructures », relève-t-il en invitant les pouvoirs publics à réaliser des infrastructures hôtelières de qualité à même de satisfaire les ambitions touristiques de la zone.

Avec l’ancienne route Tanaff-Ziguinchor, souligne-t-il, beaucoup de touristes passaient par Kolda parce que l’accès était plus facile pour aller à Ziguinchor. La plupart partaient visiter le parc national Niokolo Koba, allaient à Kédougou puis venaient dormir à Kolda.

C’était un circuit bien dessiné. Des gens quittaient même la Gambie, visitaient le parc, puis passaient par Kolda. A l’époque le campement de Simenti fonctionnait à merveille et recevait beaucoup de touristes qui, au retour, partaient pour Ziguinchor et étaient obligés de s’arrêter à Kolda. Aujourd’hui, le campement ne fonctionne plus. Du coup, 80% des touristes qui passaient par Kolda ne reviennent plus. Depuis quelques années, le parc a perdu de son attractivité et cela a tué le tourisme dans la zone », note M. Diallo. Les mêmes griefs sont soulevés par Mamadou Dramé, gérant de l’hôtel Moya. Selon lui, le tourisme à Kolda souffre de l’absence de touristes étrangers et reste tributaire de la clientèle nationale à travers les séminaires et autres. Pour Mamadou Dramé, il y a un travail de longue haleine qui devrait se faire dans le but d’attirer beaucoup de touristes.

Pour attirer davantage de touristes, Alpha Diallo soutient qu’avec le manque d’attractivité du parc Niokolo Koba, la région de Kolda devrait se doter d’une réserve animalière. Une telle initiative, selon le colonel Allé Seck, inspecteur des Eaux et Forêts de Kolda, nécessite beaucoup de moyens et, à son avis, l’Etat ne peut pas tout faire. « Une réserve animalière demande beaucoup de ressources financières, surtout pour faire voyager des girafes, des hippotragues et autres espèces. Il faut une initiative privée pour concrétiser ce souhait des acteurs et nous sommes prêts à les appuyer », indique-t-il.

Absence de syndicat d’initiative depuis 2000
Le chef de service régional du tourisme de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, Tékhéye Faye liste ainsi, les contraintes au développement du secteur sont nombreuses. En plus de l’insuffisance des capacités d’accueil, les principaux facteurs de blocage ont pour nom faible taux de fréquentation de la région résultant de plusieurs paramètres dont l’enclavement de la région. « Le voyage par la route est long et les vols aériens inexistants. Il y a aussi la dégradation des routes en dehors de la commune et des pistes de production, de même que la concurrence déloyale », indique M. Faye. Il s’y ajoute l’état de certains campements qui ont souffert de la situation qui a prévalu dans cette partie sud du pays et l’absence de zones à vocation touristique aménagées. L’inexistence d’un syndicat d’initiative et de tourisme a constitué un frein considérable à la promotion de la destination. En effet, Kolda s’est retrouvé sans syndicat d’initiative depuis 2000 suite au décès de son président. Selon Alpha Diallo, il était difficile de rassembler tous les acteurs qui avaient préféré aller chacun de son côté. « Depuis 2000, on a essayé de redémarrer la structure, mais elle n’arrive pas à être fonctionnelle. L’absence de syndicat d’initiative est l’un des facteurs qui ont plombé le secteur », estime-t-il.

La culture en appoint
Kolda Jrnee CulturellePour M. Faye, la redynamisation du syndicat d’initiative constitue une priorité. « Un syndicat d’initiative est une nécessité dans toute zone touristique, car permettant aux acteurs de parler d’une même voix, de bénéficier de la subvention du ministère. Une bonne occasion pour assurer une promotion adéquate de la destination au niveau national et international », indique-t-il.

Pour le directeur du Centre culturel régional, le tourisme et la culture sont les revers d’une seule médaille. L’un ne peut aller sans l’autre. Et, à son avis, le secours que la culture peut apporter, c’est un contenu culturel à ces différents sites à haute valeur touristique. « La touriste ne vient pas pour le confort, mais pour la touche culturelle. C’est pourquoi il faut leur proposer des animations culturelles, des séances d’apprentissage aux instruments de musique traditionnelle », fait savoir Abdoulaye Lamine Baldé. Selon lui, le tourisme doit s’appuyer sur la culture parce que seule la culture peut vendre une localité. Pour le maire de Kolda et non moins ministre de l’Environnement et du Développement durable, la région a d’énormes potentialités qui ne sont pas suffisamment exploitées. « Sur le plan touristique, Kolda est dans la Casamance, donc bénéficie de mesures prises par l’Etat pour relancer le tourisme. On va essayer d’accompagner tout cela pour rendre la destination plus attrayante parce que ce n’est pas une grande destination », indique Abdoulaye Bibi Baldé tout en magnifiant les nombreuses initiatives qui ont été prises jusque-là. « On peut encore franchir des pas importants parce qu’il y a un tourisme spécifique lié à la chasse, qui est un tourisme de luxe. C’est une opportunité que nous allons saisir pour rendre encore plus dynamique l’industrie touristique à Kolda », assure M. Baldé. « La culture était une fenêtre, on va en faire une porte pour l’industrie touristique ».

Malgré la situation actuelle, le chef de service régional du Tourisme estime que des perspectives favorables s’ouvrent à l’industrie touristique à Kolda. Pour M. Faye, le développement du secteur passe d’abord par une redynamisation du syndicat d’initiative pour assurer une très bonne promotion de la destination. « Il faut aussi inciter les agences de voyage et autres tours operators à s’intéresser, à programmer et à organiser des circuits en direction de la région de Kolda qui regorge d’attraits culturels et historiques parfois méconnus », indique-t-il. Le rétablissement de la ligne aérienne, après avoir satisfait à tous les aménagements aéroportuaires nécessaires au bon fonctionnement de l’aéroport, constitue également une priorité, selon M. Faye. D’autres actions pourraient également jouer en faveur du développement du secteur. Il s’agit de l’attractivité de la commune par la lutte contre l’insalubrité et la pollution, l’aménagement de zones à vocation touristique, la création d’infrastructures d’accompagnement au secteur (centre culturel, village artisanal, réserves animalières, etc.).

Le tourisme cynégétique se porte bien
Kolda Jrnee Cult Bibi BaldeLa forte présence du gibier constitue un facteur déterminant dans le développement du tourisme cynégétique à Kolda. Dans le but de développer cette activité et permettre aux touristes cynégètes venus particulièrement de France de chasser le petit gibier (francolins, lièvres, pintades, gangas, tourterelles), onze zones ont été amodiées entre Dabo, Médina Yéro Foula, Fafacoura, Pata, Salikégné et autres localités.

Selon Tékhéye Faye, Kolda recèle d’énormes potentialités axées particulièrement sur le tourisme cynégétique, avec une moyenne de 2.500 touristes qui séjournent chaque année dans la région entre décembre et février », a-t-il souligné. L’importance et la diversité des ressources fauniques, a-t-il dit, offrent des opportunités réelles au développement du tourisme cynégétique dans la région. Ce qui, à son avis, justifie l’augmentation des superficies amodiées.

Comme beaucoup d’acteurs, Alpha Diallo a développé depuis trois décennies une économie tournée vers le tourisme cynégétique.

Pour cet amodiateur, cette activité marche bien. Le seul hic, déplore-t-il, c’est le vieillissement de la clientèle. « Chaque année, ce sont les mêmes clients qui font de la chasse depuis 50 ans qui reviennent pour une à deux semaines au maximum. On est en train de faire des pertes de clientèles parce que la nouvelle génération ne suit pas », regrette-t-il. Selon Alpha Diallo, il faut vraiment aimer la chasse pour pratiquer cette activité qui demande beaucoup de moyens. Et avec la crise économique qui sévit en Europe et la retraite, ce n’est pas toujours évident, reconnaît-il.

Pour rentabiliser leurs affaires, précise M. Diallo, les amodiateurs sont obligés de faire leur propre promotion. « Dans ce contexte de rareté de la clientèle, il faut faire une très bonne promotion. Il faut dégager un budget pour aller dans les salons en France. Ce qui demande beaucoup de moyens et de sacrifices », souligne M. Diallo, qui invite l’Etat à s’impliquer davantage, surtout dans la création d’infrastructures. « Si l’on a un réceptif d’une capacité maximale de 50 chambres et qu’on reçoit un groupe de 120 chasseurs, cela pose problème ». L’autre contrainte, selon M. Diallo, est la dégradation de l’habitat sauvage, la disparition de certaines espèces. « Dans les zones de chasse à Kolda, il y a beaucoup plus d’habitations, donc moins de forêt. L’accès est devenu très facile parce qu’il y a des routes un peu partout, et avec les coupeurs d’arbre, le gibier n’a plus d’endroit où se reposer, où se cacher. Et quand la population locale se met à pratiquer la chasse, cela devient inquiétant pour les amodiateurs. Tous ces facteurs contribuent à diminuer le gibier qui se retrouve sans refuge et s’en va », fait-il savoir. Pour M. Diallo, la chasse a encore de beaux jours à Kolda, mais, précise-t-il, cela dépend en partie de la conservation de la forêt qui est aujourd’hui envahie. « La chasse va durer 20 ans environ, mais si l’on arrive à bien conserver la forêt, on va faire plus. Toutes les forêts classées sont habitées, elles ne le sont plus que de nom », avertit-il.

Potentiel sous-exploité
Kolda descente pontPour le colonel Alla Seck, la chasse est rentable. Du point de vue économique, fait-il remarquer, cette niche s’avère être une manne séduisante pour les opérateurs qui y trouvent leur compte. Elle fait aussi rentrer beaucoup d’argent dans les caisses du trésor public, entre location de la zone amodiée par hectare, la taxe d’amodiation, la licence de chasse, le permis qui varie, le timbre entre autres.

Dans cette partie du pays, affirme le colonel Seck, c’est la petite chasse qui est pratiquée et le francolin est très prisé. « Cette espèce arrive à partir de janvier parce qu’on a fait en sorte de la protéger. La chasse s’ouvre en général le 25 décembre et jusqu’en fin janvier les chasseurs n’ont pas droit au francolin, qui est très demandé », indique le colonel Seck, qui assure que l’activité de chasse menée de décembre à avril par les touristes ne menace nullement le gibier. « C’est de la chasse touristique, de l’écotourisme qu’on est en train de faire. Ces chasseurs ne sont pas venus ici pour le gibier. Ce sont des gens qui ont de l’argent et qui ont la chasse dans le sang. Ils ne tuent pas le gibier pour le manger. C’est un sport qu’ils pratiquent. Ils peuvent rester une journée sans rien tuer et ça ne se cumule pas », précise-t-il.

Malgré la bonne tenue du tourisme de chasse, le potentiel reste encore sous-exploité, selon le colonel Seck. Pour sa part, M. Tékhéye Faye estime qu’il y a nécessité à réfléchir sur la possibilité d’élaborer un plan d’aménagement de mise en valeur des ressources naturelles et culturelles pour soutenir le tourisme cynégétique dans la compétition existante par rapport aux autres destinations concurrentielles et l’exigence de plus en plus accrue de la clientèle internationale.

De nos envoyés spéciaux Samba Oumar FALL et Souleymane Diam SY (textes) et Pape SEYDI (photos)

Last modified on mercredi, 27 juillet 2016 12:52

De Djibélor, les Sénégalais ne retiennent que le village de reclassement des lépreux créé avant les indépendances. Toutefois, ce village est en train de changer de visage avec les nouveaux habitants qui s’y sont installés et d’autres personnes nanties qui sont tombées sous le charme de la zone. Aujourd’hui, elles y ont acheté des vergers.

Sur la route qui mène vers Oussouye, une fois sorti de Ziguinchor, Djibélor est niché au beau milieu des caïlcédrats, des technona grandis, des fromagers. Les espèces végétales colonisent les élévations et dénivellations. Des espèces exotiques sont nombreuses.

En face, nous avons l’école des Eaux et forêts de Djibélor. La formation des forestiers peut contribuer à l’introduction des espèces étrangères, comme ce jaquier se dressant dans une famille.

La voie qui mène directement dans ce village de reclassement pour les lépreux est constituée d’une pente latéritique bordée de manguiers. De part et d’autre, les maisons en dur recouvertes de taule sont toutes identiques. Elles sont construites sous forme d’appartements, permettant de regrouper les différentes familles. L’endroit est calme. A la place publique, des enfants poussent des cris stridents perturbant la quiétude. A quelques pas de là, un groupe d’hommes et de femmes sont sagement assis autour de Moussa Faye, le chef de village qui distribue des vivres aux populations.

En cette période de ramadan, les habitants ont reçu un don d’une Ong musulmane en guise d’appui. Mais le partage ne fera pas de distinction entre musulmans et catholiques. « Il y a des musulmans et des catholiques ici et même si ces vivres proviennent d’une structure musulmane, nous en donnons à toutes les familles », explique le chef de village.

Au fur et à mesure qu’il appelle les noms, les femmes ou les jeunes filles viennent enlever soit du sucre, de l’huile, du riz ou encore du lait pour leur famille. Ces familles vivent dans une parfaite harmonie depuis qu’elles ont été contraintes de venir dans cette partie de la Casamance, avec la création des villages de reclassement au Sénégal par la Fondation Raoul Follereau. Depuis lors, le village s’est agrandi et beaucoup d’enfants sont nés des différentes unions. Car, il existe ici différentes ethnies telles que les Diolas, les Sérères, les Mandingues, les Balantes, les Mancagnes etc. « L’image d’un village de lépreux n’est pas une entrave pour les unions. Les hommes viennent ici pour prendre femmes comme d’autres filles d’ailleurs sont venues se marier à Djibélor. C’est mon cas », a attesté Sira Seydi. Les enfants nés de ces mariages n’ont guère attrapé la lèpre comme leurs parents. Ce qui a le mérite de transformer radicalement la physionomie de ce village.

Nouvelle génération
moussa faye chef de villageAdossé à un tronc d’arbre, Nicolas Diatta, un vieux de près de 80 ans, torse nu, est l’une des rares personnes âgées qui vivent encore dans ce village. Par contre, il y a comme un renouvellement de la génération qui est en train de s’opérer dans ce village, avec plus de jeunes et moins de vieilles personnes. Djibélor tend à perdre son statut de village des lépreux. « On ne veut plus qu’on nous appelle village de reclassement, parce que la population s’est beaucoup transformée ces dernières années. On est devenu un village à part entière », rappelle Moussa Faye, le chef de village. En effet, même si Djibélor continue de renvoyer au village de reclassement, plusieurs autres familles sont venues habiter ce village. Après ces petites maisons avec de petits perrons, l’excroissance du village s’étale de part et d’autre de la route de brin. A côté des maisons modestes et de belles villas, des étages commence à éclore au milieu des bougainvilliers, des filaos et des espèces végétales sauvages. Ces nouveaux foyers, originaires de Ziguinchor ou des autres localités, se sont installés à quelques mètres du village des lépreux. Ce village a son chef différent de Moussa Faye. C’est un village qui a deux chefs. Aux environs de 18 heures, alors que le ciel est la déclinaison du couchant, les jeunes et les adultes trottent sur les trottoirs dans les deux sens. L’air est chargé d’effluve des plantes. Dans les rues, on croiser les Occidentaux dans la rue ou apercevoir au milieu de leur jardin. Djibélor attire.

Une retraite paisible
nicola diattaLa spéculation foncière est une réalité. « Il y a une fréquence des problèmes de terre. Même moi, je suis victime de cela. Il y en aura davantage dans les années à venir », prédit Joseph Diatta. Djibélor s’agrandit avec la césure sociale : d’un côté, des personnes pauvres, de l’autre, côté des nanties. Les nouveaux habitants ne viennent pas uniquement de Ziguinchor qui est à moins deux kilomètres. Mariama Diallo a vécu 23 ans entre les Parcelles Assainies et Rufisque. Elle s’est installée à Djibélor depuis que son mari a fait valoir ses droits à la retraite. Ses garçons se sont vite adaptés à leur nouvel environnement. La dame est sous le charme de son nouvel cadre de vie. « C’est un village qui me plaît. Il y a une cohabitation harmonieuse entre les ethnies. C’est paisible. Nous avons des fruits en abondance selon différentes périodes de l’année », admire Mariama Diallo. Caroline Mendy, une jeune fille d’une vingtaine d’années dont les parents vivent en Guinée-Bissau, habite, elle aussi, à Djibélor avec sa sœur Anta et son frère Louis. Leur oncle Jon Mendy les a hébergés chez lui. Ramatoulaye Mbow et sa sœur Ivonne sont venues rendre visite à leurs cousines à Djibélor. Mais les deux sœurs habitent à Rufisque depuis que leur père y a acheté une maison. « Ma maman est originaire de Djibélor, moi-même j’ai grandi ici parce que mon père était le directeur général de l’Isra de Ziguinchor plusieurs années durant », confie Ramatoulaye. La jeune fille n’oubliera jamais la date du 11 juin 1998, lorsque des troupes rebelles sont entrées dans le verger de son père et procédé à la destruction de leurs biens. Son père s’en est sorti avec des blessures. Il était alors obligé de vendre son verger et d’aller à Rufisque.

C’est avec le cœur lourd que son papa va se séparer des 7 hectares de son verger pour des raisons de sécurité. Seulement, les habitants de Djibélor sont tous unanimes à parler de la bonne atmosphère qui règne dans ce village. D’ailleurs, la plupart des vergers à Djibélor ont été achetés par des Occidentaux qui y vivent en toute quiétude. Ici également tout le monde connaît la maison de l’écologiste Aly Haïdar qui y détient une célèbre propriété sur la route.

Haïdar comme beaucoup d’autres « toubab » qui y ont acheté des maisons font désormais partie des populations de Djibélor. Quant au village de reclassement, ses populations réclament un nouveau statut, celui d’un village à part entière et non leur maintien dans l’isolement.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 18 juillet 2016 14:45

Les échanges s’équilibrent sur l’ancien comptoir de commerce. Le comptoir d’Affiniam niché sur les bergers du fleuve Casamance, dans l’arrondissement de Tendouck, département de Bignona, vit une nouvelle période de commerce. La vie est rythmée par une activité commerciale tout au long de l’année depuis des périodes coloniales. Contrairement à avant 1960, les autochtones ne sont plus les grands perdants de cet échange.

Le chauffeur rallie Ziguinchor à Tobor au bout d’une dizaine de minutes. Il s’engage sur une piste latéritique à droite. Il roule modérément. On dépasse Baghagha avec ses maisons en zinc et des arrière-plans de formations arbustives denses. On pénètre dans une forêt touffue sans dominance d’une espèce végétale. Suit Kassankil, inséré entre les rizières et une palmeraie et une formation arbustive impénétrable. Tout au long du trajet, le visiteur est envahi par un sentiment : celui d’impuissance à face à la perte de production.

Aliou Manga AffiniamDes mangues pourrissent à l’ombre des manguiers. On aborde un virage. Le trajet commence à devenir long. On le sent en dépit de la traversée d’une lame d’eau ou encore des murs naturels dans lequel on s’engouffre jusqu’à Bandialatte. « Mais est-ce qu’on a pris une bonne route ? Est-ce qu’on ne va pas retourner ? », s’inquiète la photographe. A la sortie de Bandiallate, voici deux guérites, sur celui de la gauche est inscrit Diagobel. Celui de la droite indique la direction d’Afigniam. Une piste plus élevée éventre des marécages. Au bout d’un kilomètre, la voiture s’arrête au barrage d’Affiniam. Un ouf de soulagement. Le village est au cœur d’une forêt subtropicale.

Il a été fondé par des familles nomades, Coly, Sagna, Diémé, Djiba, Niassy, Diatta, Sambou, Manga. Certaines de ces familles seraient originaires du royaume Bandaile. La beauté du barrage et de la mangrove immobilisent l’équipe de reporters. Deux aires aux allures de jardins sont suspendues à chaque extrémité limitée par des garde-fous.

Sur ce côté, on ne s’ennuie pas de contempler l’eau tirant entre le bleu et le vert. Cinq vannes de forme de pelle mécanique sont reliées à des poulies suspendues à une dizaine de mètres de hauteur sur le palier supérieur du barrage où sont perchées d’autres installations.

De l’autre côté, la couleur de l’eau est plus ou moins nette. Sur la rive, du côté des habitats, des pirogues sont amarrées. Des deux côtés, la nature étale sa splendeur. Construit depuis le 8 mai 1981, l’ouvrage dont la première pierre a été posée par Abdou Diouf alors Premier ministre a sorti le village de l’anonymat.

Mais l’ouvrage n’a pas de lien avec l’étymologie de Affiniam qui était un ancien embarcadère, un comptoir d’échange aux antipodes du commerce équitable. « Le mot Affiniam est une déformation du mot diola « Atignam » qui signifie qu’il m’a bouffé. En fait, durant l’époque coloniale, les Blancs trompaient nos ancêtres dans des échanges.

Il y avait un échange commercial où les grands perdants étaient nos ancêtres. Mais, auparavant, l’appellation de ce village était Bagane. Donc Affiniam est venu des échanges avec les Blancs et les autochtones  », rapporte Sadibou Diatta. L’eau a beaucoup coulé sous les ponts depuis les périodes coloniales à nos jours.

Le village reste encore une plateforme d’échanges durant toute l’année. Les maisons sont séparées par des vergers de manguiers, de citronniers et d’orangers. Le village a tiré des enseignements du passé.

Plateforme d’échanges
« Vous voyez, nos parents ont acheté les taules des maisons avec la vente de l’argent tiré du commerce des citrons. Les femmes après le repiquage du riz partent à Dakar pour vendre le citron. Beaucoup de personnes ont fait fortune dans la vente du citron », affirme Salif Badji. Dans l’arrière-cour de leur maison, 30 bouteilles de 20 litres sont couvertes par des feuilles de rônier. Il attend la bonne période pour les évacuer vers les marchés où le prix est intéressant. Ce n’est pas la bonne période. Affiniam vit la traite des mangues.

Dans les vergers, les jeunes garçons élaguent des branches chargées de mangues qui retombent en soulevant des nuées de poussière. Des garçons les ramassent et les transportent au camion stationné à l’entrée du verger. De nos jours, presque tout le monde trouve son compte. Mbaye Bèye, originaire de Touba, rencontré dans le verger, est un vieux routier. Depuis 1982, il parcourt la Casamance pour acheter des mangues et des oranges, des citrons. Il emploie une quinzaine de personnes par campagne.

« Je peux avoir 22 chargements de camion par année dans la zone d’Affigniam », nous confie Mbaye Bèye. Comme dans le passé, les échanges se poursuivent sur l’ancien comptoir, cette fois-ci entre les autochtones. Ici, un propriétaire de verger peut se retrouver un beau jour avec 600.000 FCfa dans la poche.

« Le vieux Mbaye Bèye est un habitué de la zone. Il nous arrive de débourser 600.000 FCfa à un propriétaire de verger », confirme Aliou Manga. Hier comme aujourd’hui, Affiniam garde le cap, d’une plateforme d’échanges.

Kandiou : Des confitures en souffrance à l’ombre des manguiers
Affiniam ManguiersUn gâchis. Les mangues pourrissent sous les manguiers à Kandiou. Ici, comme dans les villages que nous avons traversés en direction d’Affiniam, la perte pour les populations fait meurtrir des personnes qui ne sont pas de la zone. A Kandiou, les femmes s’élèvent contre cette fatalité. Khady Djiba et Khady Coly, chacune munie d’une grosse cuillère, remuent de façon continue les tranches contenues dans des marmites posées sur un brasier. Elles se relaient jusqu’à 17 heures. « Nous avons assimilé les recettes de fabrication de confiture à base de mangues et de « madd ». Nous avons des confitures qu’on peut conserver durant une année », assure la vieille Fatouding Diémé. Le processus de fabrication de la confiture n’est pas une promenade de santé. A Kandiou, ce sacrifice vaut la chandelle. Le contenu des grandes marmites sera réparti dans des bocaux.

Ces confitures produites à Kandiou seront consommées dans ce village. L’écoulement est une équation sans solution pour le moment. « Nous n’avons pas de clients. Les confitures que nous fabriquons sont revendues aux membres de notre groupe. C’est l’année dernière que nous avions commencé à exporter la confiture de « madd » vers Dakar », déplore Diariétou Diémé. 

La transformation locale des produits locaux est susceptible de générer plus de revenus pour les habitants. Mais encore faudrait-il que ces produits soient écoulés.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 15 juillet 2016 14:56

Dans le royaume Bandial, on pleure déjà la disparition programmée des cases à impluvium avec leurs charpentes superposées de l’extérieur et une autre de forme d’entonnoir inversée de l’intérieur communicant avec un bassin de captage des eaux pluviales. Les touristes et les curieux effectuent des tours et des visites pour admirer les derniers jours d’une architecture atypique inscrite sur la liste indicative de l’Unesco.

A l’ombre des palmiers, des rôniers et des fromagers, la case bicentenaire de Séléky, à l’image d’une vieille personne sous le poids de l’âge, porte les rides de sa longévité. La paille se déstresse. La toiture porte des entailles çà et là. A partir de l’intérieur on peut apercevoir le ciel. Derrière, dans la cour arrière, des adjonctions de couleur de terre moins foncée se différentient avec les pans noirs foncés datant de la période précoloniale. « Je me consacre à la réhabilitation et à la rénovation de cette case depuis une décennie.

Regardez, voici en photo mon père, il a fait la guerre d’Algérie. Il n’est plus de ce monde. Pourtant il est né dans cette case. C’est la plus vieille et la plus ancienne du royaume », se vante EvasionAtendeng Tendeng, un homme frêle, rongé par le souci de préservation d’un patrimoine en danger. Depuis plus deux siècles, chaque génération ne trahit pas sa mission. Le nouvel héritier est au bout de ses peines. A Séléky comme du reste, dans le pays Bandial, personne ne veut de la disparition de la case bicentenaire. Mais personne n’est prêt à faire le sacrifice pour la conserver. Assis sur une natte, savourant son vin de palme avec un ancien ami d’enfance, Atendeng Tendeng, le corps émincé et la voix rauque, laisse éclore des regrets.

Il ne peut plus supporter le lourd héritage de ses ancêtres à son corps défendant. « C’est la dernière réfection. Ici, tout le monde veut la conservation de ce patrimoine. Mais personne ne vous aide. Nous allons perdre cette case. Je ne vais plus me fatiguer. Ce n’est pas pour moi, mais pour la communauté », avertit Atendeng Tendeng. Le jeune écolier Alexandre Tendeng ne veut pas entendre ce discours. « Non, mon père ne dit pas cela », laisse-t-il glisser. « Ah oui je vais le dire », renchérit Atendeng Tendeng. 

La case bicentenaire n’est plus une maison familiale. A l’entrée, dans un coin, le fétiche veille sur tout. Au-dessus des récipients, des jerricanes et une grosse cuillère taillée dans le bois sont accrochés au mur. A l’entrée principale, un tambour traditionnel, une sorte de tronc d’arbre rongé de l’intérieur, est sur la véranda. Cette case est un musée pour la communauté. « Séléky est réparti en six quartiers et chaque quartier a son chef. Au quartier Batendeng, c’est dans cette case où se tiennent toutes les réunions pour prendre les grandes décisions, ce tambour sert à annoncer des événements », tente de convaincre Alexandre Bassène.

Une case sur la liste indicative de l’Unesco 
Construite à l’image des voûtes nubiennes avec des murs de grande épaisseur, la bâtisse laisse apparaître des fissures. Elle menace ruine. L’éclatement des familles, la rareté de la paille sont les principales raisons de l’abandon de cette architecture inscrite sur la liste indicative de l’Unesco. « Les Espagnols nous disent de conserver ces cases. Il faut reconnaître que c’est difficile. Dans la zone il n’y a plus de paille en abondance. Mon frère a dépensé plus de 100.000 francs Cfa pour recouvrir une partie de la toiture. L’année prochaine, nous allons renouveler l’autre pan de la toiture », rapporte Gilbert Bassène, au village de Bandial. La case à impluvium de sa forme originelle n’a pas de beaux jours devant elle.

A la sortie de Séléky en se dirigeant vers Etama, les taules ondulées épousent la forme circulaire des chaumières. De l’intérieur, une autre toiture inversée en taules ondulées complète la charpente. La modernisation de la case à impluvium est une stratégie de conservation qui ne sauvegardera pas pourtant tout le patrimoine en voie disparition.

Idrissa Manga : L’avocat d’une architecture en péril
Idrissa MANGAIdrissa Manga est l’un des plus ardents défenseurs de la case à impluvium dans le royaume Bandial. Il parle de cette architecture avec une passion teintée de regrets. Il ne sait pas pour combien de temps cette case sera la marque identitaire de leur architecture traditionnelle.

C’est toujours avec une grande fierté qu’Idrissa Manga, le gestionnaire du campement villageois d’Enampor, parle de la case à impluvium. C’est d’ailleurs un sujet de prédilection pour ce jeune homme trapu âgé de 35 ans. « Je suis né et j’ai grandi dans une case à impluvium. C’est normal que je connaisse quelque chose de cette architecture traditionnelle de chez-nous », souffle celui qui sert régulièrement de guide aux touristes qui viennent dans cette partie de la région naturelle de la Casamance pour admirer ces cases à l’architecture originale dont certaines datent du 17ème siècle. Lorsqu’il parle de ces cases, il ne laisse aucun détail.

D’abord la fonction protectrice de ces maisons lors des conflits opposant les groupes ethniques de la basse Casamance, sa fraîcheur ambiante. Il mentionne également la vie en communauté et en harmonie. « Sous une case, on peut retrouver plus de 5 familles issues toutes du même arbre généalogique. On retrouve des musulmans, des chrétiens et des animistes », raconte Idrissa Manga. Cet habitat cimente les relations entre les membres d’une même famille, préservant ainsi l’héritage culturel des sociétés africaines qui ne connaissent pas des ménages nucléaires. « Les cases à impluvium vont disparaître avec le mode africain de vie en famille », regrette le défenseur d’une architecture en péril.

Dans le royaume Bandial, cette case à impluvium a plus résisté au temps que les cases carrées ou rectangulaires qui ont été par la suite adoptées par les populations autochtones. En 2016, il reste trois prototypes que le bonhomme continue de vanter les bienfaits.

« Je plaide pour que ces cases soient sauvegardées, parce que si l’on parle de tourisme dans cette zone de la Casamance, c’est en grande partie lié à ces cases à impluvium. Elles font partie de notre patrimoine », défend Idrissa Manga. Signe de l’importance de ces cases, le guide renseigne que l’architecte Pierre Goudiaby Atepa s’en est inspiré pour construire la Case de l’Alliance française de Ziguinchor. Pour cela, il aura séjourné plusieurs jours durant à Enampore et dans les environs. 

Même Idrissa Manga a fait de la sauvegarde des cases à impluvium une lutte personnelle, le gérant du campement avait essayé d’embrasser la carrière d’enseignant sans succès. De même que celle d’infirmier d’Etat en vain. C’est par la suite qu’il a jeté son dévolu sur le tourisme en se formant au métier de guide. En 2011, il est coopté pour gérer le campement villageois d’Enampore. Actuellement, le secteur touristique n’est guère florissant à cause de plusieurs facteurs tels que les taxes douanières, les problèmes de sécurité de la zone, le blocus de la transgambienne, etc. Marié et père de quatre enfants, Idrissa ne désespère pas pour autant de voir et de revoir des bus remplis de touristes venir séjourner dans son campement et visiter les cases à impluvium.

I. SANE et M. NDONG

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:21

En bordure de la route qui mène à Gandiol, dans la région de Saint-Louis, un tableau indicatif de la « Reserve spéciale de Guembeul », passe presque inaperçu. De l’extérieur, l’endroit ne se démarque guère de l’ordinaire. Que d’illusion ! En effet, une fois à l’intérieur, on découvre une réserve de 720 ha abritant essentiellement des oiseaux, des gazelles, des tortues et des singes.

C’est vers 17h que nous foulons l’entrée de la Reserve spéciale de Geumbeul. De jeunes filles à peine sorties de la puberté s’amusent à regarder le spectacle qu’offre le ballet incessant de va-et-vient des véhicules qui empruntent à vive allure cette bretelle qui conduit au centre de Gandiol. Leur attention est captée par le mouvement incessant des bolides. Et pourtant, derrière elles, se cachent une Réserve fabuleuse qui offre un paysage à couper le souffle.

Ce site écologique se distingue par de fortes concentrations d’oiseaux. Situé dans la région Saint-Louis, il couvre une superficie de 720 ha. La Reserve de Geumbeul abrite, entre autres, la gazelle Dama Mhorr, celle-là même qui traîne la réputation d’être la plus belle des gazelles sahélo-sahariennes. On y trouve également des singes rouges et la Sulcata Geochelone qui demeure la plus grosse des tortues africaines. 

Dans la grande cour, de jeunes tortues âgées de 30 ans sont regroupées dans un enclos dédié, tandis que les gros spécimens bénéficient davantage d’espace. Toutes appartiennent à la même espèce, la « Tortue sillonnée », aussi appelée « Tortue de savane ».

Cette espèce est, mine de rien, la troisième plus grosse au monde, avec des mâles pouvant atteindre les 100 kg et une espérance de vie estimée à 150 ans. Sa spécificité anatomique lui confère une carapace aplatie. Autrefois commune au Sénégal, elle serait à présent devenue très rare. 

Un peu plus loin, nous progressons à bord de la voiture du commandant Thialaw Sarr qui, pour la circonstance, fait également office de guide. Dans les alentours de l’étang, un groupe de singes s’enfuit à notre approche, mais deux jeunes individus décident de rester sur place. Ils se camouflent derrière les salicornes, nous permettant d’observer de plus près leurs visages mutins.

« Cette réserve privée est une zone classée Ramsar en raison du stationnement en fin d’hiver de plusieurs milliers d’Avocettes, mais c’est aussi une zone où sont élevées, dans le but d’être réintroduits dans leur environnement, différentes espèces « animales », informe le Commandant Sarr, Vétérinaire conservateur des Parcs nationaux. 

La Reserve de Guembeul a été créée le 30 mai 1980. Elle est étendue sur une superficie totale de 720 ha. Les autorités s’étaient alors fixé trois objectifs. Il s’agissait d’abord de la mise en défens, (terme forestier qui veut dire clôturer un espace tout en laissant la végétation s’y remettre naturellement). Le deuxième objectif consistait à la protection de la cuvette, qui joue à la fois un rôle économique et écologique.

Le troisième objectif est relatif à la réintroduction des animaux sahélo-sahéliens qui existaient déjà dans la sous région et qui, malheureusement, avaient, en un moment donné, disparu. «Nous procédons à l’élevage en semi captivité et parfois en captivité. Nous surveillons aussi le processus de reproduction de ces animaux, pour qu’au moins, d’ici à un ou deux ans, qu’on puisse les transférer vers les autres Parcs et Réserves de la sous-région. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné », note le commandant Thialaw Sarr.

Particularité de la Réserve Guembeul
Depuis l’ouverture de la Reserve, les trois objectifs ont été largement atteints, assure le commandant des lieux. Preuve à l’appui, nous indique t-il, le bois qui était voué à la mort s’est suffisamment remis. « D’ailleurs, nous tendons à diminuer les arbres en autorisant les populations riveraines à couper le bois mort. Le taux de couverture végétale a été largement dépassé. La protection de la cuvette a également été atteinte.

Les ressources naturelles qui entourent la cuvette sont également bien conservées. Des ponts ont été, dans ce sens, aménagés avec le soutien des populations locales », assure-t-il.

En ce qui concerne le troisième objectif qui a trait à l’élevage de l’animale gazelle sahélo- sahélien, là aussi, les résultats obtenus sont satisfaisants. « Nous pouvons dire qu’il est atteint, dans la mesure où, si un animal quitte un lieu pour un autre et commence à se reproduire, l’objectif est touché. Cependant, nous assistons, parfois, à des problèmes d’avortement, de prédations. Cela va de pair avec l’élevage. Nous essayons d’y apporter des solutions, d’autant plus que le programme renferme un volet d’acclimatation », souligne le vétérinaire.

La particularité, à Guembeul, est que les animaux ne doivent pas sortir des enclos. La Reserve reste exiguë pour ces bêtes qui avaient l’habitude de faire, en état de liberté, 30 à 40 Km de rayon de divagation. De fait, des enclos de 150 m sur 10 ont été confectionnés, ce qui permet de facilement capturer les animaux en cas de soins vétérinaires. L’acclimatation a des normes. L’animal est certes laissé à lui-même, mais il est toujours capturé en cas de besoin de soins vétérinaires. Au total, 200 sujets seraient réunis dans cette Réserve.

Quatre sortes d’espèces sont regroupées à Guembeul. La gazelle d’Amamore est venue au Sénégal en 1984 en acclimatation. Elle existe toujours. Elle a été libérée dans les années 2000 dans cette enceinte de 720 hectares. Elle a vécu et s’est reproduite de 1984 à nos jours. Sa durée de vie est de 25 ans. « Si nous parvenons à toujours observer l’espèce, cela veut dire que l’objectif a été atteint», note le commandant.

Il y a aussi l’Oryx Al gazelle, arrivée en 1999. C’est l’animal qui s’est le mieux acclimaté. Un certain noyau a d’ailleurs été transféré dans le Ferlo. Les animaux sont envoyés dans ce site en conformité avec la phase d’acclimatation. 

L’acclimatation n’est pas assujettie à un nombre d’années défini d’avance. Quand l’animal arrive vivant sur les lieux, cela constitue déjà un acquis. Cet acquis est encore meilleur quand il parvient à se reproduire.

« Quand l’animal parvient à se reproduire jusqu’au nombre de 50 sujets, nous sommes tenus, par l’obligation, de désengorger le site. Sinon, il risque de se poser des difficultés», souligne le commandant Sarr. Les animaux sont alors transférés au Ferlo ou dans d’autres pays qui ont signé des conventions dans ce sens avec l’Etat du Sénégal.

L’intérêt de protéger les cuvettes d’eau est avéré. Les gérants sont parvenus à trouver un cadre climatologique adapté pour permettre aux animaux qui ont quitté l’Afrique pendant des années d’y revenir. Cette transition confère à la cuvette un rôle très important.

« Nous parvenons aussi à capter tout ce qui est oiseau d’eau. Ce qui rend la cuvette très riche concernant tout ce qui est aquatique et cela impacte sur les oiseaux piscivores », note le commandant Sarr. 

La seule espèce qui rencontre, cependant, quelques gênes d’adaptation, est l’addax Namoclatus. Une politique d’insémination est en gestation dans le sens de procéder à sa réintroduction. La gazelle d’Ocrisasse demeure, elle, l’illustration la plus expressive d’une procédure d’acclimatation réussie.

Des touristes qui se font désirer

A bien des égards, l’apparence peut parfois s’avérer trompeuse. Malgré ses multiples charmes, le tourisme ne se porte pas bien dans ce merveilleux site réservé. Toutefois, la particularité du site réside sur le fait qu’il n’est pas saisonnier.

En effet, le Parc est praticable à n’importe quelle période de l’année. En plus de renfermer des animaux, le site demeure une surface à eau. «Alors que les autres parcs regorgent essentiellement d’oiseaux. Nous, nous élevons également des ruminants, ce qui constitue un atout », se glorifie le commandant des lieux. Le paysage vaut bien le détour. Bienvenue dans le grand étang de la réserve de Guembeul où se concentrent les oiseaux migrateurs lorsqu’ils arrivent d’Europe.

Aujourd’hui, ils ne sont pas très nombreux. Il y a surtout des bécasseaux sur les vasières. Seuls des tours de jumelles permettent d’ailleurs de mieux les apercevoir. Les Gazelles dorcas sont également visibles. Elles sont enfermées dans des enclos, un milieu désertique et pré-désertique qui leur permet de divaguer librement. « La Dorcas occupait aussi les zones sahéliennes du Sénégal d’où elle a disparu suite à une chasse intensive.

Classée comme vulnérable, l’espèce a été, après acclimatation à Guembeul, relâchée dans le Ferlo en 2009. En collaboration avec les habitants de la région, 23 individus y ont retrouvés leur liberté », informe le vétérinaire. Il précise que les individus présents ici peuvent servir dans tout programme de réintroduction au Sénégal et dans les pays voisins.

Autre espèce emblématique de cette réserve, l’Addax dont un adulte se tient près de l’étang. Il s’agit d’une espèce d’antilope en voie de disparition. Son aire de répartition a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années. Pourtant, cette gazelle peut s’adapter aux rudes conditions des ergs sahariens, ce qui lui permettait de couvrir les zones les plus arides allant de la Mauritanie au Soudan.

Aujourd’hui, il ne reste que de très petites populations isolées dans les zones les plus reculées du nord du Mali et au Niger. « Cette espèce très farouche a subi, et continue de subir dans les zones non protégées, une importante pression de chasse. Il est à présent très rare de pouvoir l’observer dans la nature et la plupart des mentions proviennent d’observations indirectes, notamment de traces dans le sable », informe le commandant.

C’est vers 17h que nous foulons l’entrée de la Reserve spéciale de Geumbeul. De jeunes filles à peine sorties de la puberté s’amusent à regarder le spectacle qu’offre le ballet incessant de va-et-vient des véhicules qui empruntent à vive allure cette bretelle qui conduit au centre de Gandiol.

Leur attention est captée par le mouvement incessant des bolides. Et pourtant, derrière elles, se cachent une Réserve fabuleuse qui offre un paysage à couper le souffle. Ce site écologique se distingue par de fortes concentrations d’oiseaux. Situé dans la région Saint-Louis, il couvre une superficie de 720 ha. La Reserve de Geumbeul abrite, entre autres, la gazelle Dama Mhorr, celle-là même qui traîne la réputation d’être la plus belle des gazelles sahélo-sahariennes. On y trouve également des singes rouges et la Sulcata Geochelone qui demeure la plus grosse des tortues africaines. 

Dans la grande cour, de jeunes tortues âgées de 30 ans sont regroupées dans un enclos dédié, tandis que les gros spécimens bénéficient davantage d’espace. Toutes appartiennent à la même espèce, la « Tortue sillonnée », aussi appelée « Tortue de savane ». Cette espèce est, mine de rien, la troisième plus grosse au monde, avec des mâles pouvant atteindre les 100 kg et une espérance de vie estimée à 150 ans. Sa spécificité anatomique lui confère une carapace aplatie. Autrefois commune au Sénégal, elle serait à présent devenue très rare.

Un peu plus loin, nous progressons à bord de la voiture du commandant Thialaw Sarr qui, pour la circonstance, fait également office de guide. Dans les alentours de l’étang, un groupe de singes s’enfuit à notre approche, mais deux jeunes individus décident de rester sur place. Ils se camouflent derrière les salicornes, nous permettant d’observer de plus près leurs visages mutins.

« Cette réserve privée est une zone classée Ramsar en raison du stationnement en fin d’hiver de plusieurs milliers d’Avocettes, mais c’est aussi une zone où sont élevées, dans le but d’être réintroduits dans leur environnement, différentes espèces « animales », informe le Commandant Sarr, Vétérinaire conservateur des Parcs nationaux. 

La Reserve de Guembeul a été créée le 30 mai 1980. Elle est étendue sur une superficie totale de 720 ha. Les autorités s’étaient alors fixé trois objectifs. Il s’agissait d’abord de la mise en défens, (terme forestier qui veut dire clôturer un espace tout en laissant la végétation s’y remettre naturellement). Le deuxième objectif consistait à la protection de la cuvette, qui joue à la fois un rôle économique et écologique.

Le troisième objectif est relatif à la réintroduction des animaux sahélo-sahéliens qui existaient déjà dans la sous région et qui, malheureusement, avaient, en un moment donné, disparu. «Nous procédons à l’élevage en semi captivité et parfois en captivité. Nous surveillons aussi le processus de reproduction de ces animaux, pour qu’au moins, d’ici à un ou deux ans, qu’on puisse les transférer vers les autres Parcs et Réserves de la sous-région. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné », note le commandant Thialaw Sarr.

Particularité de la Réserve Guembeul
Depuis l’ouverture de la Reserve, les trois objectifs ont été largement atteints, assure le commandant des lieux. Preuve à l’appui, nous indique t-il, le bois qui était voué à la mort s’est suffisamment remis. « D’ailleurs, nous tendons à diminuer les arbres en autorisant les populations riveraines à couper le bois mort. Le taux de couverture végétale a été largement dépassé. La protection de la cuvette a également été atteinte. Les ressources naturelles qui entourent la cuvette sont également bien conservées. Des ponts ont été, dans ce sens, aménagés avec le soutien des populations locales », assure-t-il.

En ce qui concerne le troisième objectif qui a trait à l’élevage de l’animale gazelle sahélo- sahélien, là aussi, les résultats obtenus sont satisfaisants. « Nous pouvons dire qu’il est atteint, dans la mesure où, si un animal quitte un lieu pour un autre et commence à se reproduire, l’objectif est touché. Cependant, nous assistons, parfois, à des problèmes d’avortement, de prédations. Cela va de pair avec l’élevage. Nous essayons d’y apporter des solutions, d’autant plus que le programme renferme un volet d’acclimatation », souligne le vétérinaire.

La particularité, à Guembeul, est que les animaux ne doivent pas sortir des enclos. La Reserve reste exiguë pour ces bêtes qui avaient l’habitude de faire, en état de liberté, 30 à 40 Km de rayon de divagation. De fait, des enclos de 150 m sur 10 ont été confectionnés, ce qui permet de facilement capturer les animaux en cas de soins vétérinaires. L’acclimatation a des normes. L’animal est certes laissé à lui-même, mais il est toujours capturé en cas de besoin de soins vétérinaires. Au total, 200 sujets seraient réunis dans cette Réserve.

Quatre sortes d’espèces sont regroupées à Guembeul. La gazelle d’Amamore est venue au Sénégal en 1984 en acclimatation. Elle existe toujours. Elle a été libérée dans les années 2000 dans cette enceinte de 720 hectares. Elle a vécu et s’est reproduite de 1984 à nos jours. Sa durée de vie est de 25 ans. « Si nous parvenons à toujours observer l’espèce, cela veut dire que l’objectif a été atteint», note le commandant.

Il y a aussi l’Oryx Al gazelle, arrivée en 1999. C’est l’animal qui s’est le mieux acclimaté. Un certain noyau a d’ailleurs été transféré dans le Ferlo. Les animaux sont envoyés dans ce site en conformité avec la phase d’acclimatation. 

L’acclimatation n’est pas assujettie à un nombre d’années défini d’avance. Quand l’animal arrive vivant sur les lieux, cela constitue déjà un acquis. Cet acquis est encore meilleur quand il parvient à se reproduire. « Quand l’animal parvient à se reproduire jusqu’au nombre de 50 sujets, nous sommes tenus, par l’obligation, de désengorger le site. Sinon, il risque de se poser des difficultés», souligne le commandant Sarr. Les animaux sont alors transférés au Ferlo ou dans d’autres pays qui ont signé des conventions dans ce sens avec l’Etat du Sénégal.

L’intérêt de protéger les cuvettes d’eau est avéré. Les gérants sont parvenus à trouver un cadre climatologique adapté pour permettre aux animaux qui ont quitté l’Afrique pendant des années d’y revenir. Cette transition confère à la cuvette un rôle très important.

« Nous parvenons aussi à capter tout ce qui est oiseau d’eau. Ce qui rend la cuvette très riche concernant tout ce qui est aquatique et cela impacte sur les oiseaux piscivores », note le commandant Sarr. 

La seule espèce qui rencontre, cependant, quelques gênes d’adaptation, est l’addax Namoclatus. Une politique d’insémination est en gestation dans le sens de procéder à sa réintroduction. La gazelle d’Ocrisasse demeure, elle, l’illustration la plus expressive d’une procédure d’acclimatation réussie.

Des touristes qui se font désirer
A bien des égards, l’apparence peut parfois s’avérer trompeuse. Malgré ses multiples charmes, le tourisme ne se porte pas bien dans ce merveilleux site réservé. Toutefois, la particularité du site réside sur le fait qu’il n’est pas saisonnier. En effet, le Parc est praticable à n’importe quelle période de l’année. En plus de renfermer des animaux, le site demeure une surface à eau. «Alors que les autres parcs regorgent essentiellement d’oiseaux.

Nous, nous élevons également des ruminants, ce qui constitue un atout », se glorifie le commandant des lieux. Le paysage vaut bien le détour. Bienvenue dans le grand étang de la réserve de Guembeul où se concentrent les oiseaux migrateurs lorsqu’ils arrivent d’Europe. Aujourd’hui, ils ne sont pas très nombreux. Il y a surtout des bécasseaux sur les vasières. Seuls des tours de jumelles permettent d’ailleurs de mieux les apercevoir.

Les Gazelles dorcas sont également visibles. Elles sont enfermées dans des enclos, un milieu désertique et pré-désertique qui leur permet de divaguer librement. « La Dorcas occupait aussi les zones sahéliennes du Sénégal d’où elle a disparu suite à une chasse intensive. Classée comme vulnérable, l’espèce a été, après acclimatation à Guembeul, relâchée dans le Ferlo en 2009. En collaboration avec les habitants de la région, 23 individus y ont retrouvés leur liberté », informe le vétérinaire. Il précise que les individus présents ici peuvent servir dans tout programme de réintroduction au Sénégal et dans les pays voisins.

Autre espèce emblématique de cette réserve, l’Addax dont un adulte se tient près de l’étang. Il s’agit d’une espèce d’antilope en voie de disparition. Son aire de répartition a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années. Pourtant, cette gazelle peut s’adapter aux rudes conditions des ergs sahariens, ce qui lui permettait de couvrir les zones les plus arides allant de la Mauritanie au Soudan.

Aujourd’hui, il ne reste que de très petites populations isolées dans les zones les plus reculées du nord du Mali et au Niger. « Cette espèce très farouche a subi, et continue de subir dans les zones non protégées, une importante pression de chasse. Il est à présent très rare de pouvoir l’observer dans la nature et la plupart des mentions proviennent d’observations indirectes, notamment de traces dans le sable », informe le commandant. 

De nos envoyés spéciaux El Hadj Ibrahima THIAM, Oumar BA (textes) et Mbacké BA (Photos)

Last modified on mercredi, 22 juin 2016 14:48

Il y a deux décennies, Manda Douane, dans la nouvelle commune de Sinthiang Koundara (département de Vélingara), n’était qu’un pauvre hameau qui végétait dans un insolent anonymat. Aujourd’hui, cette localité traversée par la route Cedeao qui va jusqu’en Guinée est devenue, grâce à sa position stratégique et son marché hebdomadaire d’envergure sous-régionale, un véritable carrefour international. Manda poursuit timidement sa mue et n’a pas encore fini de s’agrandir.

Ceux qui connaissent bien Manda Douane n’auraient jamais osé, quelques années plus tôt, parier un seul kopeck que cette localité serait ce qu’elle est devenue, aujourd’hui. Ce hameau perdu dans l’ancienne communauté rurale de Sinthiang Koundara (département de Vélingara, région de Kolda) passée commune à la faveur de l’Acte III de la décentralisation, a connu, ces dernières années, une accélération urbanistique rapide.

Une ville animée toute l’année
Manda Douane est loin de cette bourgade jadis colonisée par ses extensions anarchiques. Comme par un coup de baguette magique, cette localité est sortie de l’anonymat dans lequel elle végétait et a réussi un modeste saut vers le progrès socioéconomique. Même si ce progrès est encore assez timide, la transformation se ressent. Manda Douane est, aujourd’hui,  devenue une ville composée de trois grands quartiers qui comptent environ 2000 habitants dont la première activité est et reste incontestablement l’agriculture. Traversée par la route Cedeao qui va jusqu’en Guinée Conakry, Manda Douane est devenu, par la force des choses, un creuset d’échanges commerciaux sous-régionaux. Frontalière avec la Gambie, le commerce s’est développée dans cette ville et le carrefour, centre de gravité des activités, est vivante toute l’année, de jour comme de nuit. Divers produits frauduleux des pays voisins sont vendus dans les nombreuses échoppes qui ont pignon sur rue.

« Au début des années 1990, Manda Douane était constituée de vastes terrains vierges et de quelques maisons et bâtiments éparpillés un peu partout. Aujourd’hui, la transformation est impressionnante, avec la construction de nouvelles maisons. Le foisonnement de boutiques, de magasins et restaurants », explique Sidy Fall, responsable des jeunes de Manda. Selon lui, Manda a eu cette chance d’être dans un département de Vélingara frontalier avec la Gambie, la Guinée Conakry et la Guinée-Bissau. « Cette position stratégique a profité à Manda qui était une bourgade plongée dans l’oubli et le marasme. Aujourd’hui, la donne a changé et sa position de ville carrefour a beaucoup joué dans la  vitesse incroyable avec laquelle elle a grandi et changé de visage », indique-t-il. Et à son avis, l’expansion sera encore plus importante dans les années à venir. Amadou Seydou Diallo, conducteur du forage de Manda, partage le même avis. Selon lui, la réhabilitation du tronçon Manda Douane-Vélingara sur environ 40 km par l’Etat a également contribué à la renaissance de cette localité. « Cette infrastructure, en plus d’améliorer la liaison routière, a favorisé le développement économique et social de la zone et a aussi permis de développer davantage les échanges avec les pays limitrophes », soutient-il. « Cette route nous a apporté une bouffée d’oxygène. Grâce à elle, le déplacement est beaucoup plus facile. Elle a également boosté le taux de fréquentation de notre marché hebdomadaire », affirme Sidy Fall.

Un développement lié au marché hebdomadaire
Le développement de Manda est, en grande partie, lié à l’éclosion de son marché hebdomadaire d’envergure sous régionale devenu le point fort de l’animation commerciale de cette nouvelle ville. Créé depuis plus de 20 ans, ce marché est devenu une tradition à Manda et un rendez-vous très respecté attirant bien au delà des limites de la ville.

Tous les mardis, le carrefour point de convergence, change de visage. Le lundi, les commerçants, grossistes et autres vendeurs occasionnels, venus d’horizons divers, prennent leurs quartiers dans la ville qui connait alors une effervescence extraordinaire. Et le jour du marché, les transporteurs déversent, à un rythme régulier, une déferlante humaine venue de partout pour faire de bonnes affaires. Manda Douane devient alors très étroit et la fluidité du trafic en prend un sacré coup. Les routes, dans tous les sens, sont bondées de voitures garées sur les accotements et les véhicules de transport se disputent la chaussée avec les vendeurs qui exploitent le moindre centimètre carré. « À Manda, la passion pour le marché est tellement importante que chaque mardi, aucune école ne fonctionne et aucune activité n’est organisée.

Tous les chemins mènent au carrefour qui est toujours aussi dynamique et constitue un lieu de vie précieux et de travail pour de nombreuses personnes », explique Sidy Fall.

Le marché de Manda représente un fort enjeu économique, selon Mamadou Sarr, un vendeur de pièces détachées, qui ajoute que les retombées, pour l’économie locale, sont incommensurables. Selon lui, l’ampleur, le volume et la diversité des échanges commerciaux laissent supposer que cet espace brasse des sommes considérables. « A tous les points de vue, le marché de Manda n’a vraiment rien à envier à son homologue de Diaobé qui existe depuis 1974 et qu’il est en train même de supplanter », assure-t-il.

Le  marché de Manda, ce n’est pas seulement une affaire de Sénégalais. Cet espace constitue un eldorado pour beaucoup de commerçants venus de la Gambie, de la Guinée Conakry et de la Guinée-Bissau qui ont délaissé celui de Diaobé qui s’est pourtant construit une belle renommée depuis quatre décennies.

Les commerçants guinéens y sont légion et proposent, en plus de l’huile de palme, divers autres produits. « Depuis plus de vingt ans, je fréquente régulièrement le marché de Diaobé. Chaque semaine, j’amène de l’huile de palme de qualité et en grande quantité. Mais les tracasseries ont fait que je me suis orienté vers Manda », note Boubacar Diallo. Ce commerçant soutient qu’il perd beaucoup d’argent en quittant Koundara pour rallier Diaobé à cause de nombreux points de contrôle. « J’ai préféré venir ici parce qu’il n’y a qu’un seul poste de Douane à franchir entre la frontière et Manda Douane. C’est donc moins contraignant », affirme-t-il. Son concitoyen, Mountaga est du même avis. « Il y a beaucoup de contrôle avant d’entrer à Diaobé. Il y a la Douane, les Eaux et Forêts, la Police. Ça fait beaucoup pour quelqu’un venu chercher des profits. A l’arrivée, quand on fait le décompte, on se rend compte que le manque à gagner est considérable », fait-il savoir.

Tout comme Diaobé, le marché de Manda est une véritable foire aux bonnes affaire, même si Mountaga Diallo reconnait que la maladie à virus Ebola qui s’était déclarée dans son pays avait quelque peu freiné l’ardeur. En effet, l’Etat du Sénégal avait pris la décision de fermer ses frontières avec ce pays. Et le préfet du département de Vélingara  avait, à travers un arrêté, imposé la fermeture du marché de Manda, tout comme celui  de Diaobé, Témento, Pakour entre autres. Du côté Sénégalais, on estime que c’était une très bonne décision, même si Manda et son marché en avaient complètement pâti. « Les activités étaient complètement au ralenti et la ville ressemblait à une ville morte », reconnait Ahmed Fall, un boutiquier installé dans la zone depuis une décennie. « Les commerçants ont beaucoup souffert et les populations aussi car elles tiraient beaucoup de revenus de ce marché ». 

Aujourd’hui, cet épisode est un vieux souvenir. Manda respire et continue de vivre au rythme de son marché et des nombreuses transactions commerciale.

Manda-Douane vit et respire également grâce à sa gare routière internationale qui dessert trois pays : le Sénégal, la Guinée et la Gambie. Cette ville est considérée, à juste titre d’ailleurs, comme l’escale guinéenne en terre sénégalaise à cause notamment du nombre important de passagers guinéens qui y transitent. 

Jadis, chauffeurs guinéens et sénégalais avaient chacun son propre garage. Mais, la commune de Sinthiang Koundara a mis fin à cette division qui avait fait naître anarchie, insécurité et manque d’hygiène notoire, en éliminant ces espaces pour regrouper tout le transport en commun dans une seule gare routière composée de plusieurs blocs, avec plusieurs destinations.

Avec une quinzaine de tableaux, la gare routière de Darou Salam Manda est très fréquentée. La Guinée se taille la part du lion avec plusieurs tableaux. Les clients en partance de Koundara, Lélémine, TimbiMadina, Leloumaa, Conakry, Mbokee ou encore Labé ne seront jamais dépaysés en y venant. D’ailleurs, le flux de passagers qui viennent d’autres localités du pays pour se rendre en Guinée Conakry est considérable. Et chaque jour, ce sont des dizaines de véhicules qui quittent Manda Douane pour rallier la capitale guinéenne et autres villes de ce pays.

Aliou Danso, président de la gare routière, magnifie l’esprit de fraternité qui unit Guinéens et Sénégalais qui vivent dans une belle harmonie. A son avis, cette infrastructure d’intérêt public vient combler un besoin longtemps ressenti par la population et les acteurs du transport. Selon M. Danso, ni Kolda encore moins Diaobé ou Vélingara chef-lieu de département n’ont une gare routière de cette envergure, qui, soutient-il, contribue fortement à l’activité économique de la ville qui ne cesse de grandir. « Cette gare routière fait vivre Manda Douane. Depuis son ouverture, elle est très convoitée aussi bien par les transporteurs que les commerçants. Et du lundi au mercredi, nous recevons beaucoup de monde grâce au marché hebdomadaire de Manda qui est très couru ».

Gare routière internationale
Ce débordement de monde appelle, selon M. Danso, à des mesures de  sécurité adaptée pour faire face. « Manda est une grande ville, mais qui n’est toujours pas raccordée au réseau électrique. Cela pose de sérieux problèmes de sécurité. C’est pourquoi notre premier souci a été d’acheter de panneaux solaires pour que la gare routière soit éclairée en permanence, mais ce n’est pas suffisant ». Ibrahima Diallo dit « Coumba Yalla », chef de ligne Conakry-Manda, est du même avis. Selon lui, le problème de la sécurité doit être une surpriorité et devrait être prise en charge par l’Etat du Sénégal. « Manda Douane reçoit beaucoup de monde, surtout les jours de marché. Le problème de sécurité se pose donc avec acuité parce qu’il y a beaucoup de gens malintentionnés qui viennent pour délester d’honnêtes citoyens de leurs biens. Et la plupart du temps, ils profitent de l’obscurité pour accomplir leurs forfaits ». En plus de l’électrification de la ville, les responsables de la gare routière veulent être appuyés dans l’édification de bloc toilettes supplémentaires pour mettre les milliers de passagers qui fréquentent cet espace dans les meilleures conditions.

Cependant, Aliou Danso a déploré le non-respect de la convention qui lie les chauffeurs guinéens et sénégalais. « Selon la convention, les chauffeurs guinéens doivent desservir les lignes Guinée-Linkéring ou Guinée-Manda, mais certains d’entre eux prolongent jusqu’à Dakar.

Une fois à la capitale, ils ne vont pas aux Baux Maraîchers, mais à la rue 25 de la Médina où ils prennent clandestinement des clients. Ce sont des pratiques illégales qui plombent nos activités », note Aliou Danso qui invite le syndicat des transporteurs à trancher cette question. « Les chauffeurs sénégalais respectent cette convention et n’iront jamais  jusqu’en Guinée. Nos homologues guinéens devraient faire de même et ne pas enfreindre les règles ».

Sur cette même dynamique, Ibrahima Diallo, membre du syndicat des transporteurs de Guinée, appelle ses concitoyens à respecter, à la lettre, cette convention. « Ce n’est pas normal que certains chauffeurs guinéens aillent jusqu’à Dakar pour amener ou emmener des clients. En agissant de la sorte, ils causent d’énormes préjudices aux chauffeurs de Manda qui devaient faire ce travail. Si ça continue, les conséquences pourraient être fâcheuses ». Il a invité les autorités guinéennes à rappeler ces chauffeurs à l’ordre et les amener à respecter les clauses de la convention. « Nous n’avons pas la moindre difficulté avec le Sénégal depuis qu’on a intégrés la gare routière de Manda. On est comme des frères. Il ne faut pas que ces pratiques malsaines viennent pourrir nos relations qui sont au beau fixe », soutient M. Diallo.

Oumar Ba, membre du bureau de la gare routière, a également plaidé pour un retour à la normal. « Entre deux pays frères, le respect d’une convention ne doit pas poser de problèmes. Les chauffeurs sénégalais n’ont jamais enfreint cette règle, donc, nos parents guinéens ne devraient pas le faire ».

Aujourd’hui, les habitants de Manda Douane sont fiers de ce qu’est devenue leur localité qui a su résister aux épreuves du temps. Et la première bataille concerne, selon eux, l’eau, l’électricité. Sur la liste des défis, figurent aussi l’assainissement, la voirie. Manda qui s’est inscrit sur la voie du développement, compte sur l’attention des pouvoirs publics pour poursuivre son essor et devenir une ville carrefour digne de ce nom.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Mbacké BA (photos)

Last modified on mercredi, 25 mai 2016 12:42

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