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Evasion (53)

Quand Michel Sarr prenait les rênes de Pointe Sarène, Ponto selon le nom sérère, en 1984, le village ne comptait que 800 âmes. Plus de trente ans après, ce chiffre est passé à 10.000 âmes. Ce boom démographique est notamment lié aux potentialités halieutiques, agricoles et touristiques de cette localité où vivent en parfaite harmonie, Sérères, Peuls, Mandingues et Wolofs. Ici, les habitants attendent, avec espoir, la construction annoncée de stations balnéaires par la Société d’aménagement de le Petite Côte (Sapco).

Pointe Sarène, à 20 mn de véhicule de Mbour. En ce début de la journée, le village semble encore plongé dans la torpeur matinale. On dirait que les habitants se réveillent à peine. C’est un calme plat qui contraste avec le tohubohu ambiant à Mbour dès les premières lueurs de l’aube. De loin, on entend les vagues paisibles de la mer ; tandis que la brise marine enveloppe le corps. Quelques gazouillements d’oiseaux impertinents viennent perturber, de manière sporadique, le silence qui prévaut à la vaste place du village. Pourtant, les activités vont bon train. C’est qu’ici, l’essentiel du travail est exécuté à l’extérieur et les habitants se lèvent de très bonne heure pour se rendre sur le terrain. Si certains sont partis en mer en quête de poissons, d’autres sont dans les bassins de rétention d’eau, trois au total, qui ont été aménagés pour les besoins de l’agriculture et du maraîchage. A Pointe Sarène, l’agriculture et la pêche sont les principales activités des populations.

Le chef du village, Michel Sarr, indique la voie à suivre ; lui qui se lève chaque jour à 5 h du matin pour aller s’occuper de ses barrages agricoles. C’est un homme qui croit aux vertus de l’agriculture. Il est encore bien sur ses jambes, malgré la soixantaine. Il a une mine de quadragénaire et un physique toujours athlétique. C’est en 1984, à 28 ans seulement, que le fils de Ngor Sarr a pris les rênes de la localité en tant que chef du village. Au vu de sa jeunesse et de son inexpérience d’alors, Michel Sarr a logiquement hésité avant de se résoudre à occuper le poste aux termes de conciliabules avec ses proches. Et puis, il s’est dit qu’avec la formation en pêche qu’il venait d’acquérir, il pouvait mettre ses connaissances au profit des habitants. Et quoi de plus noble que de se mettre au service de ses proches !

Boom démographique
Michel Sarr chef village Pointe SarèneDepuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. A commencer par la taille démographique du village passée de 800 habitants en 1984 à 10.000 âmes actuellement. Pointe Sarène a grandi très vite. Ses nombreuses potentialités agricoles et halieutiques semblent expliquer ce boom démographique qui fait qu’aujourd’hui le village a la taille d’une commune. Aussi incongru que cela puisse paraître, Pointe Sarène, située derrière Mbour, Warang et Nianing fait partie de la commune de Malicounda. Pour l’heure, la communalisation de Pointe n’est pas une préoccupation majeure des habitants. Michel Sarr reste toutefois convaincu que l’érection de ce gros village en mairie est irréversible.

Parallèlement au boom démographique, la qualité de vie des populations s’est beaucoup améliorée. Grâce à l’entregent du chef du village, Pointe Sarène dispose, d’une école, d’un poste de santé et d’une maternité. Michel Sarr se veut un visionnaire, qui anticipe et prend les devants. « J’ai été le premier à aménager, grâce à des partenaires, un barrage pour investir dans l’agriculture et le maraîchage. Aujourd’hui, nous en avons trois et tout le village y travaille actuellement », dit-il avec fierté. Il pense que l’agriculture, vu les nombreux emplois qu’elle peut générer, est fondamentale dans la prise en charge correcte des besoins alimentaires des populations et le développement de la localité de manière générale.

Surenchère dans l’acquisition du foncier
S’agissant des perspectives, il scrute, avec beaucoup d’espoir, l’avenir de Pointe Sarène. En attendant la mise en œuvre, dans le village, des projets de la Société d’aménagement de la Petite Côte (Sapco) relatifs aux stations balnéaires, Michel Sarr dit avoir déjà anticipé en se lançant dans des projets touristiques. Avec ses belles plages, son sable fin et mouvant et ses eaux poissonneuses, Pointe Sarène regorge incontestablement de nombreuses potentialités touristiques. D’après lui, les populations attendent avec impatience et espoir la construction annoncée des sites balnéaires par la Sapco.

Sous un autre rapport, l’annonce de la promotion de stations balnéaires dans la localité a créé une surenchère dans l’acquisition des titres fonciers. « Ici, les terrains coûtent de plus en plus cher. Certains achètent des terrains non pas pour habiter mais juste pour les revendre à des prix record », nous dit le fils du chef du village. Et cette tendance à la hausse devrait aller crescendo !
Comme toutes les localités côtières, Pointe Sarène n’est pas épargnée par le phénomène de l’érosion. Ici aussi, la montée du niveau de la mer est une réalité. Autre inquiétude qui gagne les habitants, les poissons se raréfient. « Vers les années 80, il y avait toutes les espèces de poissons dans nos eaux. Il suffisait d’attendre que la mer se retire de son lit pour ramasser les poissons. Avec peu d’efforts, on pouvait avoir une marmite de poissons », se rappelle, un brin nostalgique, le chef du village. Il ajoute qu’après la décrue, les langoustes étaient un peu partout sur la plage. Aujourd’hui, cela n’est plus qu’un vieux souvenir. A Pointe Sarène, à l’origine un village de pêcheurs, les ressources halieutiques deviennent de plus en plus rares et les pêcheurs sont obligés de parcourir plusieurs kilomètres en haute mer pour réaliser des prises. « A notre époque, la pêche était saisonnière, il y avait beaucoup de poissons. Pendant l’hivernage, personne n’allait en mer pour pêcher. Toute cette période était consacrée à l’agriculture seulement », se souvient le vieux Raymond Dione.

Pointe Sarène SénégalMichel Sarr estime que le déficit de poissons ainsi que la disparition de certaines espèces sont liés, en grande partie, à la pêche illicite et à la surpêche. Il plaide pour l’effectivité des mesures relatives au repos biologique. Cela devrait, à son avis, permettre aux espèces de se reposer, se démultiplier et à terme de développer, à nouveau, la pêche. Entre autres préoccupations des habitants, le bitumage de la route latéritique jusqu’au goudron qui mène vers Nianing et Mbour.

Fondé par Mbode Sarr, l’ancêtre de l’actuel chef de village, Pointe Sarène ou Ponto, selon le nom sérère, accueille actuellement plusieurs ethnies. Outre les Sérères, le peuple autochtone, des Mandingues, des Peuls et des Wolofs y vivent dans une belle harmonie. Selon Michel Sarr, le nom du village serait lié à une déformation en forme de pointe causée par l’avancée de la mer. La défiguration est visible depuis sa vaste villa en bordure de mer. Village traditionnel à l’origine, Pointe Sarène a vu, aujourd’hui, ses us et coutumes profondément remises en cause par la modernisation, l’urbanisation mais aussi la religion musulmane qui y est pratiquée par 95% des habitants. Le vieux Raymond Dione se rappelle avoir passé un mois dans la case des hommes pour les besoins de son éducation de base, son apprentissage de la vie, à travers devinettes et autres supplices corporels. De même, il souligne que jadis, des cérémonies de divination étaient organisées régulièrement dans le village. « Aujourd’hui, tout cela a disparu », constate-t-il. Avec Somone, Mbour, Saly, Nianing etc ; Ponto fait partie des localités où le mariage mixte est devenu un véritable phénomène social.

A l’image de beaucoup de villages sérères, Pointe Sarène est une localité de lutteurs. L’un des plus célèbres parmi la jeune génération reste Moussa Ponto qui fut un grand ambassadeur de cette bourgade.

Par Babacar DIONE et Djegane SARR (textes) et Abib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 07 juillet 2017 16:23

Venant des quatre coins du Sénégal, des milliers de nos compatriotes se retrouvent à la fin du mois de ramadan à Nimzatt pour y accomplir un pèlerinage, en hommage à Cheikhna Cheikh Saadbouh. Emouvante vision que celle de cette marée humaine déferlant autour de Nimzatt, un sanctuaire de l’Islam, pour y glorifier Dieu. La foi en bandoulière, ils tendent leurs bras au ciel en quête de grâces. Rassemblant des milliers de croyants unis dans la glorification de Dieu, le pèlerinage de Nimzatt reflète, à tout point de vue, l’image d’une communauté active dans la sublimation de l’amour porté au Seigneur. Quelle belle image de les voir, tous ensemble, s’abandonner à Dieu, dans un même élan impulsé par une foi commune.

Leurs déclamations des panégyriques de Cheikhna Cheikh Saadbouh et leurs « zikrs », entre autres dévotions, traduisent leur éloignement de toute occupation terrestre qui ne soit pas adoration de Dieu. Voilà tout le sens du pèlerinage de Nimzatt institué en 1949 par Cheikh Talibouya, fils et troisième khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh. Son appel fit écho auprès des fidèles qui le rejoignirent pour observer, en sa compagnie, les derniers jours du ramadan et célébrer, à ses côtés, la fête de la Korité (fin du jeûne). Pour les 20 000 Sénégalais présents cette année à Nimzatt, c’est, sans conteste, la volonté de son ascendant, le vénéré Cheikhna Cheikh Saadbouh disparu au 22ème jour du mois béni du ramadan de l’an 1917 après 69 années consacrées à l’œuvre de revivification de la religion musulmane, qui s’accomplit. En effet, il avait, avant son rappel à Dieu, prié le Seigneur pour que son tombeau soit, à l’image de la Kaaba à La Mecque, un lieu de rémission des péchés et d’exaucement des vœux.

Son mausolée, bien en vue dans le caveau des saints du cimetière de Salihina, est, à chaque pèlerinage, un univers religieux pris d’assaut par les disciples khadres du Sénégal qui espèrent y trouver remèdes à leurs maux, y dissiper leurs craintes et y entretenir leurs espoirs. C’est pourquoi, les pèlerins, après la prière de la Korité (voir article dans Le Soleil du 27 juin), se dirigent vers le mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh à Salihina, le « cimetière où l’on enterre ses angoisses ». On les voit monter et descendre les dunes pour aller se prosterner au pied du saint homme, lui confier les personnes, les causes graves et implorer des grâces particulières. Connaissant des difficultés et des détresses, les pèlerins de Nimzatt se tournent vers Cheikhna Cheikh Saadbouh dont la puissance s'étend à toutes les nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles. Dans l'embarras et la peine qui les pressent, ils recourent à l’homme de Dieu avec confiance, s’attendant à ce qu’il prenne sous sa charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de leur inquiétude.

C’est le moment des invocations par excellence et celui de la quête du pardon absolu. Les Chérifs, ces descendants de Cheikhna Cheikh Saadbouh, dirigent les offices. En compagnie des pèlerins, ils formulent de ferventes prières pour mettre nos territoires à l’abri des calamités naturelles et les éloigner des zones de turbulences. Dans l’espoir que le Seigneur se manifeste dans les esprits en ces moments d’exaltation, ils se prosternent devant Dieu pour qu’Il accorde sa paix et sa miséricorde là où l'affliction et le doute existent. Dans et autour du mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ils se remettent à Dieu pour qu’Il libère une confiance renouvelée à travers sa grâce et qu’Il satisfasse leurs besoins, les bénisse et bénisse leurs proches. Ici, ils se recueillent avec la ferme confiance que le saint homme de Nimzatt ne négligera rien en faveur des affligés qui l'implorent pour son intercession auprès de Dieu.

De nos envoyés spéciaux Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Sarakh Diop (photos)

Rosso-Sénégal, vendredi 23 juin 2017. Sur les coups de 12 heures, le thermomètre affiche 35°C. Cette localité frontalière, séparée de Rosso-Mauritanie par un bras du fleuve large de 400 mètres, est comme une fourmilière éclatée. Le déferlement des fidèles de la confrérie khadriya y est impressionnant. De partout, ils sont venus répondre à l’appel lancé en 1949 par le vénéré Cheikh Talibouya pour que, par l’intercession de son auguste ascendant Cheikhna Cheikh Saadbouh (1848-1917), leurs péchés soient absous. La destination finale de ces milliers de pèlerins sénégalais est donc Nimzatt, dans les dunes de la région du Trarza en République islamique de Mauritanie. Ici, ils vont se prosterner au pied de Cheikhna Cheikh Saadbouh pour sublimer l’amour qu’ils lui portent.

Rosso-Sénégal, vendredi 23 juin 2017. Sur les coups de 12 heures, le thermomètre affiche 35°C. Cette localité frontalière, séparée de Rosso-Mauritanie par un bras du fleuve large de 400 mètres, est comme une fourmilière éclatée. Le déferlement des fidèles de la confrérie khadriya y est impressionnant. De partout, ils sont venus répondre à l’appel lancé en 1949 par le vénéré Cheikh Talibouya pour que, par l’intercession de son auguste ascendant Cheikhna Cheikh Saadbouh (1848-1917), leurs péchés soient absous. La destination finale de ces milliers de pèlerins sénégalais est donc Nimzatt, dans les dunes de la région du Trarza en République islamique de Mauritanie. Ici, ils vont se prosterner au pied de Cheikhna Cheikh Saadbouh pour sublimer l’amour qu’ils lui portent.

DANS L’ANTRE SACRE D’UNE TERRE DE FOI : SALIHINA, LE MOUROIR DES ANGOISSES EXISTENTIELLES
Venant des quatre coins du Sénégal, des milliers de nos compatriotes se retrouvent à la fin du mois de ramadan à Nimzatt pour y accomplir un pèlerinage, en hommage à Cheikhna Cheikh Saadbouh. Emouvante vision que celle de cette marée humaine déferlant autour de Nimzatt, un sanctuaire de l’Islam, pour y glorifier Dieu. La foi en bandoulière, ils tendent leurs bras au ciel en quête de grâces. Rassemblant des milliers de croyants unis dans la glorification de Dieu, le pèlerinage de Nimzatt reflète, à tout point de vue, l’image d’une communauté active dans la sublimation de l’amour porté au Seigneur. Quelle belle image de les voir, tous ensemble, s’abandonner à Dieu, dans un même élan impulsé par une foi commune.

Leurs déclamations des panégyriques de Cheikhna Cheikh Saadbouh et leurs « zikrs », entre autres dévotions, traduisent leur éloignement de toute occupation terrestre qui ne soit pas adoration de Dieu. Voilà tout le sens du pèlerinage de Nimzatt institué en 1949 par Cheikh Talibouya, fils et troisième khalife de Cheikhna Cheikh Saadbouh. Son appel fit écho auprès des fidèles qui le rejoignirent pour observer, en sa compagnie, les derniers jours du ramadan et célébrer, à ses côtés, la fête de la Korité (fin du jeûne). Pour les 20 000 Sénégalais présents cette année à Nimzatt, c’est, sans conteste, la volonté de son ascendant, le vénéré Cheikhna Cheikh Saadbouh disparu au 22ème jour du mois béni du ramadan de l’an 1917 après 69 années consacrées à l’œuvre de revivification de la religion musulmane, qui s’accomplit. En effet, il avait, avant son rappel à Dieu, prié le Seigneur pour que son tombeau soit, à l’image de la Kaaba à La Mecque, un lieu de rémission des péchés et d’exaucement des vœux.

Son mausolée, bien en vue dans le caveau des saints du cimetière de Salihina, est, à chaque pèlerinage, un univers religieux pris d’assaut par les disciples khadres du Sénégal qui espèrent y trouver remèdes à leurs maux, y dissiper leurs craintes et y entretenir leurs espoirs. C’est pourquoi, les pèlerins, après la prière de la Korité (voir article dans Le Soleil du 27 juin), se dirigent vers le mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh à Salihina, le « cimetière où l’on enterre ses angoisses ». On les voit monter et descendre les dunes pour aller se prosterner au pied du saint homme, lui confier les personnes, les causes graves et implorer des grâces particulières. Connaissant des difficultés et des détresses, les pèlerins de Nimzatt se tournent vers Cheikhna Cheikh Saadbouh dont la puissance s'étend à toutes les nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles. Dans l'embarras et la peine qui les pressent, ils recourent à l’homme de Dieu avec confiance, s’attendant à ce qu’il prenne sous sa charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de leur inquiétude.

C’est le moment des invocations par excellence et celui de la quête du pardon absolu. Les Chérifs, ces descendants de Cheikhna Cheikh Saadbouh, dirigent les offices. En compagnie des pèlerins, ils formulent de ferventes prières pour mettre nos territoires à l’abri des calamités naturelles et les éloigner des zones de turbulences. Dans l’espoir que le Seigneur se manifeste dans les esprits en ces moments d’exaltation, ils se prosternent devant Dieu pour qu’Il accorde sa paix et sa miséricorde là où l'affliction et le doute existent. Dans et autour du mausolée de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ils se remettent à Dieu pour qu’Il libère une confiance renouvelée à travers sa grâce et qu’Il satisfasse leurs besoins, les bénisse et bénisse leurs proches.

Ici, ils se recueillent avec la ferme confiance que le saint homme de Nimzatt ne négligera rien en faveur des affligés qui l'implorent pour son intercession auprès de Dieu.

De nos envoyés spéciaux Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Sarakh Diop (photos)

Dans les localités situées sur la Petite Côte sénégalaise, les retraités européens entament une seconde jeunesse. Des personnes d’un âge très avancé épousent de jeunes de notre pays et mettent à leur disposition toutes les commodités. Mais cet eldorado se transforme souvent en cauchemar pour ces jeunes. Souvent trahis, ils trouvent refuge dans l’alcool, la violence, la prostitution...

La trentaine sonnée, Fa attend un taxi sur le bord de la route longeant la mairie de Saly Portudal. La mine renfrognée, elle regarde d’un œil méprisant les passants. Derrière ce mépris, se cache une amertume. «  Il fut un temps, elle roulait sur des millions. Elle avait un mari européen qui l’a finalement lâchée pour une autre fille », explique un jeune vendeur. Cheikh Fall, gérant d’un bureau de change, fait partie des personnes qui en savent sur Fa, une personne bien connue à Saly. Il corrobore les propos du jeune marchand. « Fa avait une voiture et était tous les jours dans les boites de nuit avec son copain. Maintenant, elle est désœuvrée », raconte-t-il.

« Elle avait épousé un vieil homme blanc. Celui-ci avait déménagé au Sénégal, mais a finalement choisi de rentrer dans son pays. En partant, il a refusé d’embarquer sa jeune épouse sénégalaise », ajoute notre interlocuteur. Des jeunes ayant subi le même sort que Fa, Saly Portugal en compte beaucoup. «  Beaucoup de filles contractent des mariages mixtes, mais le plus souvent la relation aboutit au divorce », fait remarquer Cheikh Fall. « Ces ruptures plongent les jeunes dans la précarité, parce qu’ils sont habitués à la belle vie. Une retraitée européenne de 75 ans peut épouser un jeune de 25 ans et l’abandonner après quelques années, parce que le cadet n’est plus performant. Quand il n’en peut plus, elle n’hésite pas à l’abandonner », dit Mame Thierno Sarr, marchand ambulant.

Les exemples ne manquent pas pour étayer les propos. « Un jeune natif de Gandiaye, dans le département de Kaolack, a vécu le même sort. Il avait épousé une vieille Européenne de 60 ans. La femme avait acheté une villa à Saly. Elle avait aussi mis à sa disposition un véhicule. Le jeune faisait du sport tous les jours pour être en forme.

La vieille ne voulait que sa force physique. Au bout de deux ans, le jeune a craqué. Il fuyait. Pour le pousser à la porte, la femme l’a accusé de vol », explique-t-il. « Finalement, ce jeune s’est retrouvé dans des difficultés. Sans argent, il passait presque tous les jours dans les boites de nuit. Il avait réussi à trouver une autre épouse européenne. Mais cette fois-ci, il a négocié pour partir avec elle en Europe. Depuis qu’il est parti, je n’ai plus de ses nouvelles », ajoute Mame Thierno.

Des unions basées sur l’argent
Mariage mixte SénégalSaly Portudal, Somone, Nianing, Pointe Sarrène, Mbodienne, Mbour et les autres localités situées sur la Petite Côte sont touchées par le phénomène. Les jeunes victimes sont nombreuses. « Il suffit juste de visiter les boîtes de nuit avec une personne qui connaît bien la zone. Tu ne verras que des personnes trahies qui se retrouvent dans la précarité. Si elles ne sont pas alcooliques, elles plongent dans la violence ou la prostitution », fait remarquer Aïcha, une vendeuse. « Les personnes très âgées qui se marient avec des jeunes au Sénégal savent qu’elles ne peuvent pas avoir cela eu Europe. C’est pourquoi, je ne les considère pas comme des touristes, mais des « Sénégaulois », se désole la jeune Sénégalaise qui décrie le comportement de ses compatriotes.

« Les Blancs sont partis. Il ne reste que des toubabs sénégalais. Tu les vois à Ngaparou, Toubab Dialao, Somone. Tu verras souvent dans ces localités des Blancs qui se marient à des filles sénégalaises. Ces unions sont basées sur l’argent. Les Blancs donnent des voitures et des maisons », déplore de son côté Sitapha, un jeune chauffeur de taxi. « Je ne pense pas trouver une vieille toubab. Il y a des jeunes qui sont souvent hébergés par des Européennes. Ils oublient souvent leurs parents. Ils passent tout leur temps avec l’Européenne », poursuit notre interlocuteur.

Khadim Sarr, boutiquier à Saly, estime qu’aucun jeune ne doit accepter de sacrifier son avenir pour de l’argent. « Un mariage entre une jeune et un vieux n’est pas une bonne chose. Avoir 19 ans et se marier avec un homme de 70 ans ressemble à un suicide. Une fille qui le fait se retrouvera, un jour, dans la souffrance. Nous avons vu des filles qui géraient des millions et qui se sont retrouvées dans la dèche. Elles n’ont plus rien », alerte-t-il. M. Sarr réfute les propos de ceux qui soulignent qu’il y a des cas de réussite. « Il y a quelques réussites, mais les échecs sont plus nombreux.  Tu peux avoir une belle maison, mais tu auras une fin triste », prédit Khadim Sarr.

SALY PORTUDAL : Incursion dans un paradis terrestre
Saly Portudal est un centre commercial à ciel ouvert, un site touristique prisé mais aussi un paradis terrestre où des vieux de 70 ans marient des jeunes d’à peine 20 ans. La nuit, les donjuans de tout poil vont à la quête des rôdeuses nocturnes friandes de billets de banque.

En franchissant le panneau d’affichage souhaitant aux voyageurs, en gros caractères, la bienvenue à Saly Portudal, le visiteur pourrait vite se croire en territoire européen. Une sorte de « Little France ». Ils n’avaient pas tort, ces migrants d’un pays voisin qui, en partance pour l’Espagne à bord d’une embarcation de fortune, avaient commencé à jubiler en apercevant la station balnéaire qui, en pleine nuit, leur semblait être la porte de l’Espagne. En effet, après une longue période de traversée de l’étendue bleue, ces voyageurs clandestins, voyant Saly briller de mille feux, croyaient qu’ils étaient arrivés à destination.

Ces charmants coins
vue aérienne SalyLes malheureux migrants étaient seulement charmés par la beauté des installations hôtelières de Saly. Dans cette localité située à droite de l’entrée de Mbour en provenance de Dakar, le décor, au fur et à mesure que l’on pénètre à l’intérieur de la ville, indique que l’on est bien dans une zone touristique. Ici, les supermarchés, les restaurants chics, les bars, les dancings et les grands hôtels côtoient les banques, les assurances et les bureaux de change. Malgré le Ramadan, ces lieux ne désemplissent pas. Les vendeurs de tableaux d’art et d’objets exotiques et autres sculpteurs complètent ce décor où des touristes enthousiastes sont heureux de faire leurs courses. Tant mieux pour l’économie locale.

Il faut dire que dans ce site touristique très réputé, l’activité économique est toujours intense. Toute la journée, des transactions sont effectuées. En réalité, Saly n’est qu’un centre commercial à ciel ouvert ! Autre indication que l’on se trouve en zone touristique, la présence de nombreux étrangers avec leurs incessants va-et-vient tout au long de la journée. Ils sont, en majorité, des Français. Mais on y rencontre aussi des Italiens, des Anglais et des Maghrébins. Tout porte à croire qu’ils sont bien intégrés, vu l’épanouissement dont ils font montre. « Ici, on peut trouver tout ce que l’on veut à des prix convenables », se réjouit Fabrice, un retraité français qui a manifestement pris goût à son séjour sénégalais. Après une première visite fructueuse en février dernier -il y a trouvé femme, une jolie liane- le septuagénaire espère revenir, sous peu, s’installer définitivement au pays de la « Téranga ». Il n’est pas le seul. Ils sont, en effet, nombreux, les retraités occidentaux qui, après une carrière professionnelle bien remplie chez eux, décident de finir leurs jours sur la Petite Côte, dans ces charmants coins comme Saly Portudal. Avec l’argent épargné pendant leur carrière professionnelle, ils sont assurés de pouvoir se la couler douce à Saly où le coût de la vie est relativement peu chère. Cerise sur le gâteau, certain(e)s se paient le luxe de se taper une jeune Sénégalaise ou un jeune Sénégalais. 

Peu leur importe l’écart d’âge souvent très grand ! « Le cœur a ses raisons que la raison, elle-même, ignore », dixit le chanteur ! « Ils (les retraités européens) ont chez nous ce qu’ils ne peuvent pas avoir chez eux. Imagine un Sénégalais de 60 ans se marier avec une jeune Sénégalaise de 18 ans ou une vieille Sénégalaise de 75 ans se marier avec un jeune de 20 ans. Cela est presque impossible chez nous », fait remarquer Babacar Guèye, le 3ème adjoint au maire de Mbour.

Saly by night
Saly PortudalUn tour à Saly permet de se convaincre de la forte présence des couples mixtes dans cette station balnéaire où ils se baladent en plein jour, bras dessus, dessous. Et si l’on en croit un autre Babacar Guèye, premier adjoint au maire de Saly, la tendance des couples mixtes est à la hausse ces dernières années. Autant dire que le phénomène a encore de beaux jours devant lui, en dépit des désillusions dont ont été victimes plusieurs jeunes gens. Abandonnées comme des malpropres, certaines filles se sont réfugiées dans l’alcool et la prostitution. « D’autres croupissent en prison », révèle encore Babacar Guèye qui ne voit « aucun avantage dans les mariages mixtes ».

La nuit, Saly Portudal vit au rythme des bals et autres soirées torrides où la luxure le dispute à l’alcool. C’est un autre monde ! En quête de belles rôdeuses, les viveurs nocturnes et les donjuans de tout poil prennent d’assaut les cafés, cabarets et auberges pour passer du bon temps. Pendant ce temps, les patrouilles de la gendarmerie sont permanentes pour éviter tout débordement. Dans les rondpoints, des travailleuses de sexe, ayant loué des taxi-clandos pour toute la nuit, attendent avec impatience l’arrivée des clients. Parmi elles, des Sénégalaises, mais aussi des Africaines de la Sous-région notamment des Nigérianes et des Ghanéennes.

Un homme, la trentaine, s’avance sans hésiter au milieu de la foule. Il doit être un client régulier des lieux vu l’assurance avec laquelle il s’y prend. Une fille, en robe hyper courte, vient à son encontre. Ils sympathisent et après quelques minutes de discussion, le marché est conclu. Le jeune homme et sa partenaire s’engouffrent aussitôt dans un taxi-clando, direction la sortie de Saly, vers Mbour. Bientôt, on ne pourra plus compter les couples qui répéteront le même scénario. A la grande satisfaction des chauffeurs de taxi-clandos qui doivent se frotter les mains.

A l’origine un village de pêcheurs, Saly a radicalement changé de visage grâce à une urbanisation rapide, au tourisme et aux infrastructures connexes. L’impact socio-économique du tourisme dans la vie des habitants est réel. Mais si l’on en croit un journaliste, sous couvert de l’anonymat, qui connaît bien la zone, beaucoup de personnes croulent encore sous le poids de la pauvreté. « Il y a un grand paradoxe puisque malgré ce développement lié au tourisme, nombreux sont ceux qui peinent à joindre les deux bouts,», explique-t-il. Selon lui, une bonne partie des habitants pauvres est concentrée au village traditionnel de Saly Niakh Niakhal. Là-bas, pour échapper à la pauvreté et la dureté de la vie, beaucoup de jeunes filles se sont jetées dans les bras des touristes européens. « Certaines belles maisons y ont été construites par des filles mariées à des Européens », renseigne-t-il.

Par Babacar DIONE et Diégane SARR

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 15:56

Bakou, la capitale azerbaïdjanaise a été le point de ralliement du monde musulman du 12 au 22 mai dernier. C’était lors des 4èmes Jeux de la solidarité islamique. Les participants ont saisi l’occasion pour mieux connaître ce pays de l’Asie centrale, ancienne République soviétique dont la principale ville affiche plusieurs atouts alliant enracinement et ouverture. Etape importante de l’ancienne Route de la Soie, Bakou est la vitrine d’un pays qui, après son indépendance, poursuit son expansion.

Bakou offre au visiteur qui y met les pieds pour la première fois l’image d’une ville très propre avec de larges avenues, beaucoup d’espaces verts qui bordent les routes et des places publiques. De l’aéroport international Heydar Aliyev, distant de 16km du centre-ville, aux principaux quartiers de la ville, les arbres défilent, alternant avec les grandes constructions. S’offrent au regard du visiteur qui débarque, de longs murs bordant les avenues et des espaces verts bien entretenus par une armée de travailleurs qui se relaient sur les différents sites à longueur de journée. Et le fruit du travail est très édifiant : pas une feuille qui virevolte encore moins du gravat qui déborde des chantiers sur les trottoirs. Dans cette ville en constante progression, les immeubles poussent comme des champignons ; un progrès encouragé et entretenu par l’exploitation du pétrole dont le pays exporte environ un million de barils par jour. Et Bakou, la principale métropole, s’affiche un peu plus comme la destination privilégiée des couches aisées du pays mais également des Etats voisins. Du coup, les grandes surfaces foisonnent de partout. Des boutiques de grand luxe qui s’alignent tout au long des grandes avenues proposent aux passants des produits de marque (cosmétiques, vêtements comme automobiles). Pas étonnant dans un pays qui aspire à faire de sa capitale, un hub touristique et commercial dans la région à l’image de Dubaï au Moyen-Orient.

En ville, plusieurs attractions égaient journellement le séjour des visiteurs et le quotidien des habitants. Bakou compte des espaces verts à foison aussi bien sur sa façade maritime qu’au bord de ses larges avenues. Si ce ne sont pas des parcs, il s’agit d’espaces aménagés pour recevoir, à longueur de journées, les visiteurs. Le Parc zoologique, situé au cœur de la ville, est un lieu privilégié vers lequel convergent des centaines de curieux qui peuvent contempler des tigres, des lions, des oiseaux, des singes, ou encore, des animaux exotiques.

En tout, quelques 1193 animaux de 168 espèces auxquels s’habituent jeunes écoliers et touristes s’y côtoient sur une superficie de 4,25 hectares. Le Parc occupe une bonne place dans les habitudes des citadins et se positionne comme un endroit qu’il faut visiter à tout prix. Toujours sur le front de mer, de larges esplanades bordent la Mer caspienne et constituent des lieux de villégiature pour les visiteurs qui peuvent admirer, à longueur de journée, la beauté du milieu.

Un musée riche de 10.000 objets
Musée du tapis de BakouSinon, des vitrines et autres espaces de détente s’offrent également à la curiosité des visiteurs avec parfois, une architecture futuriste. Deux bâtiments originaux attirent l’attention des passants : d’une part, le Centre culturel Heydar Aliyev et d’autre part, le Musée du Tapis de Bakou. Le premier est un complexe ultra moderne d’environ 100.000 mètres carrés, édifié sur l’Avenue Heydar Aliyev et comprenant un centre de congrès, un musée, une bibliothèque et un parc d’une superficie de 9 hectares. Il a été construit entre 2007 et 2012 sur le sommet d’une colline urbaine dans le quartier le plus récent de la ville et pour relater la vie du père du président de la République dont il porte le nom.

Le musée du Tapis et des arts appliqués inauguré en 2013 est construit en forme de tapis enroulé et se trouve sur le boulevard en bordure de la Mer caspienne. D’une grande originalité par son architecture, le bâtiment a pris le relais d’une ancienne mosquée de la vieille ville qui faisait office de musée. A l’intérieur, on retrouve exposées, les créations des 19ème et 20ème siècles d’un art azerbaïdjanais classé aujourd’hui au Patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Et l’inventaire officiel répertorie « plus de 10 000 objets historiques et des œuvres d’arts qui sont conservés à l’intérieur ». Il expose également de très nombreux tapis, dont les caractéristiques techniques sont détaillées par de petits écriteaux en anglais. On peut admirer le tapis le plus ancien qui date du XVIIe siècle, mais la plupart des pièces exposées a été tissée au début du XXe siècle.

Old City contre ville nouvelle
La ville de Bakou a la particularité d’être divisée en deux blocs distincts. Si certaines métropoles se subdivisent en endroits chics d’une part et en bidonvilles de l’autre part, la capitale azerbaïdjanaise offre une autre image. Avec d’un côté, l’ancienne ville communément appelée Old City avec ses bâtisses et places historiques et de l’autre, la nouvelle ville où les nouvelles constructions rivalisent d’originalité et de beauté. Dans l’ancien-Bakou, les anciennes constructions se côtoient avec des balcons en bois donnant sur des chemins étroits. Ici, les vestiges de la civilisation azérie sont visibles à travers l’architecture. La vieille ville de Bakou est présentée comme le quartier historique résidentiel et une réserve historico-architecturale au centre de la métropole.

Avec plus de 1.300 familles qui habitent sur une superficie de 221.000 m2, occupée par la réserve. Ici, les métiers artisanaux ainsi que le commerce sont assez développés et le visiteur se voit proposé plusieurs articles par les antiquaires qui pullulent le long des rues. Cette partie de la ville regorge de curiosités. Au rang des monuments historiques, la Tour de Vierge (Qiz Qalasi en Azéri et Maiden Tower en anglais). Avec le Palais des Chirvanchahs, cet édifice d’une hauteur de 30m est l’une des attractions de la Vieille ville. Avec un ticket vendu à 1,6 manat aux locaux et 8 manats (environ 2500 francs) aux étrangers, le visiteur peut escalader ce monument à travers un escalier minuscule qui ne permet pas un passage simultané de deux personnes. Du coup, la horde de visiteurs est obligée d’attendre pour monter ou descendre à tour de rôle. Heureusement que ces escaliers ne donnent pas sur de hauts niveaux puisque le toit est à peine haut de 2 mètres. Il est donc facile de se retrouver au toit de la Tour après sept niveaux où l’on découvre sur des écrans ou par des images 3D, quelques récits et légendes de la ville ou qui racontent des histoires de la Tour dont la date de construction n’est pas connue, selon la version officielle. Il n’en demeure pas moins que l’édifice qui a servi de phare aux 18ème et 19ème siècles, est entré en décembre 2000 dans la liste des monuments du Patrimoine culturel mondial de l’Unesco en même temps que le Palais des Chirvanchahs. Ce dernier est un édifice médiéval dont la construction entamée au XIIe siècle a été achevée définitivement au XVe siècle.

Nouveaux et anciens quartiers sont séparés par une muraille fortifiée grâce à laquelle les habitants se protégeaient des offensives ennemies, en particulier des invasions russes, selon les récits. La nouvelle ville concentre l’essentiel des constructions futuristes qui font la fierté des autorités. De toutes les nouvelles constructions qui ornent le décor et s’offrent à la vue des habitants et visiteurs, les Flame Towers ont l’une des formes les plus originales. Construites sur l’une des principales collines de Bakou entre octobre 2007 et avril 2012, les trois tours qui se font face, font office de bureaux pour l’une, d’appartements pour l’autre et enfin d’hôtels et restaurants pour la dernière. La nuit, c’est un spectacle saisissant qui se dégage des lieux grâce à plus de 10 mille lampes LED disposées sur leurs façades ; ce qui en fait des torches illuminant la colline et les habitations environnantes.

Non loin de là, sur les rives de la Mer Caspienne, la fierté nationale est mise en exergue de fort belle manière, avec un édifice imposant dénommée la Place du drapeau national. Une construction qui ne passe pas inaperçue depuis son inauguration le 1er septembre 2010. Avec des mensurations démesurées (70m de longueur et 35m de hauteur), le drapeau azerbaïdjanais est installé sur un mât de 162m. Ce monument a détenu, pendant un peu plus d’un an, le record du drapeau le plus haut perché du monde avant que le pays voisin, le Tadjikistan ne le supplante avec un flambeau hissé à 165m sur la baie de Douchanbé, la capitale, à l’occasion du 20ème anniversaire de l’indépendance de cette ancienne République soviétique d’Asie centrale. D’autres constructions aussi impressionnantes les unes que les autres sont entreprises pour donner à la ville, un rayonnement de plus en plus prononcé en adéquation avec les pouvoirs publics et les investisseurs.

Bakou, une ville sportive
Grand prix AzebaïdjanL’édition 2017 des Jeux de la Solidarité islamique a été un rendez-vous de plus pour la capitale azerbaïdjanaise dans sa panoplie d’événements sportifs qu’elle a organisés ou s’apprête à abriter.

Bakou s’affiche, en effet, de plus en plus comme une destination privilégiée pour abriter des compétitions internationales. Pas étonnant si l’on sait que le président de la République, Ilham Aliyev est le président du Comité national olympique local depuis 1997. Aussi, la première dame, par ailleurs première vice-présidente du pays, est également la présidente de la Fédération azerbaïdjanaise de gymnastique. Un ancrage dans le mouvement sportif du couple présidentiel qui se matérialise donc par un investissement accru dans le sport. Au-delà des infrastructures qui accueillent les joutes, les transports, l’hébergement ou encore la restauration ont été de grande qualité durant les Jeux de la Solidarité islamique (du 12 au 22 mai dernier) où 16 sites avaient accueilli les athlètes de 20 disciplines.

Cet énorme investissement, par delà les événements sportifs, vise également à assurer le rayonnement de la ville. Et le summum dans l’organisation de manifestations sportives se trouve être l’accueil des Jeux olympiques, le plus grand événement sportif du monde. Et même si Bakou n’a pas encore eu ce privilège, ce n’est pas faute d’avoir essayé : elle a, en effet, été candidate à l’organisation des JO d’été de 2016. Une candidature, toutefois, rejetée durant la phase préliminaire de sélection. On sait que, finalement, c’est Rio de Janeiro qui avait été retenue. Bakou a retenté sa chance pour les Jeux olympiques d’été de 2020, sans plus de succès puisque c’est la métropole japonaise, Tokyo qui a été choisie. Néanmoins, la presqu’ile azerbaidjanaise peut s’enorgueillir d’avoir accueilli des événements d’envergure mondiale. Dès 2004 et sous la houlette de la présidente de sa fédération de gymnastique qui n’est autre que sa Première dame, la ville s’est vu confier l’organisation des Championnats du monde de gymnastique rythmique de 2005 avec la participation d’athlètes venus de 48 nations.

En 2012, l’assemblée générale des Comités olympiques européens a retenu Bakou pour abriter les 1ers Jeux européens en 2015. Ce qui est, jusqu’à présent, le plus grand événement multi-sport organisé dans l’histoire de l’Azerbaïdjan. Une manifestation à laquelle 50 pays européens avaient envoyé des athlètes. Elle précède les Jeux islamiques dont le format est quasiment le même et elle a mobilisé la presque-totalité des ressources humaines comme infrastructurelles.

Tout comme l’Olympiade d’échecs, le championnat d’Europe de football des moins de 17 ans que la ville a déjà accueilli. S’y ajoute une nouvelle manifestation d’envergure internationale. En effet, pour marquer les 60 ans de sa première édition, le Championnat d’Europe de Football se disputera, en 2020, dans 13 villes du Continent. Et le stade olympique de la capitale azerbaïdjanaise d’une capacité de 68.700 places a été retenu pour abriter trois matchs de poules et un quart de finale de ce tournoi. Prochainement, la ville va également accueillir le Championnat d’Europe de volley-ball féminin.

Dans le cercle fermé de la Formule 1
Flame Towers BakouEn 2016, cette ville située au bord de la Mer caspienne a franchi un nouveau cap, avec l’inscription de son circuit automobile dans le calendrier de la Formule 1. Et parallèlement aux Jeux de la Solidarité islamique, Bakou était en plein dans la préparation de cet événement qui mettra le pays sous le feu des projecteurs. Ce qui est d’ailleurs l’un des objectifs visés par le pouvoir qui veut « positionner l’Azerbaïdjan en Europe et démontrer leur volonté d’ouverture aux visiteurs étrangers ». Et après le succès de la première édition, les organisateurs ont décidé de le renommer Grand Prix d’Azerbaïdjan, et non plus Grand Prix d’Europe, son appellation antérieure.

La course qui sera le 8ème des 20 rendez-vous que compte, cette année, le calendrier de la saison de Formule 1, aura lieu le 25 juin courant sur le circuit urbain de Bakou. Ce circuit automobile temporaire est situé près du parc maritime de Bakou, où les tentes et autres tribunes provisoires commencent à s’élever pour accueillir les spectateurs. Il a accueilli, pour la première fois, le Grand Prix d’Europe de Formule 1, le 19 juin 2016. Cette année encore, les concurrents arpenteront 52 fois le circuit fermé de 5,872km soit une distance totale de 305,344 km. L’histoire retiendra que c’est le champion du monde allemand, Nico Rosberg sur Mercedes qui s’était imposé lors de la première édition.

Dakar Square, en souvenir d’un jumelage scellé en 1967
A cinq stations de métro de la gare de Koroglu, en allant vers l’est, se trouve celle de Neftchilar. Un endroit dont le tunnel débouche sur un rond-point où la circulation est dense en ce début d’après-midi et où le passage est réglementé par un agent de police malgré la présence de feux de signalisation. Pour accéder à la place où se dressent trois colonnes verticales, il faut l’intervention du policier en poste pour intercéder auprès des automobilistes nombreux à cette heure de pointe. Ici, se trouve la Place Dakar ou Dakar Square ou encore Dakar Circle ; un endroit pour matérialiser le jumelage entre la métropole azerbaïdjanaise et la capitale du Sénégal. L’endroit est situé à l’intersection de la rue Rustam Rustamov et de l’avenue Kara Karayev, près de la station de métro « Neftchilar ».

A l’entrée de la station, une plaque multicolore s’offre aux passants avec les inscriptions « Cités Unies » pour faire un clin d’œil à l’union que la métropole a scellée avec Dakar au même titre qu’avec huit autres villes du monde. Plusieurs habitants (dont notre guide) et passants ignorent tout de la ville dont le nom est inscrit sur le mur. Pire, beaucoup de passants ignorent jusqu’à l’histoire de cette place et l’existence de la ville jumelle. Et selon la présentation officielle, « la place a été nommée à l’honneur de la ville de Dakar, capitale du Sénégal et de la ville jumelle de Bakou. Ces deux villes ont été jumelées en 1967 ». C’était sous le magistère du Docteur Samba Guèye. Et vingt ans plus tard, en septembre 1987, à l’occasion du centenaire de la fondation de la ville de Dakar, une délégation de la municipalité de Dakar s’était d’ailleurs déplacée à Bakou et avait visité la place dédiée à la capitale sénégalaise. Au centre de cette place, trône un monument de sépulcre orné de mosaïques, d’images de colombe et de salutations, ainsi d’un panneau incrusté représentant les armoiries de deux villes et avec les mots « Cités Unies », du côté est.

La culture pour plus d’ouverture
Centre culturel Heydar HaliyevSi le visiteur n’est pas emballé par la verdure, les attractions ne manquent pas pour satisfaire sa curiosité.
Des édifices récents comme anciens sont conseillés aux voyageurs et sont pris d’assaut toute la journée pour des moments de détente. Dans leur quête de grandeur, les autorités de ce pays affranchi de l’Union soviétique en 1991 au même titre que 13 autres nations voisines, ont entrepris des chantiers de prestige. Un besoin de s’affirmer qui a un coût et la famille présidentielle n’a pas lésiné sur les moyens tirés principalement de l’exploitation du pétrole dont des puits artisanaux sont encore visibles à quelques endroits de la ville.

Et du côté du sport, rien de telle que la culture pour assurer au pays, un rayonnement international. C’est dans cette optique que l’Azerbaïdjan a accueilli, en mai 2012, la finale du concours de l’Eurovision : un concours international de chant auquel avaient pris part de jeunes prodiges de la chanson européenne issus de 42 pays du Vieux Continent. Pour cela, il avait fallu construire un Palais de la Chanson, le Crystall Hall qui a, depuis lors, accueilli des manifestations sportives dont les épreuves de karaté, d’escrime, de taekwondo, de volleyball, de boxe et de zurkhaneh aux Jeux européens et de la Solidarité islamique.

Avec cette organisation, il s’agissait, pour les autorités azéries, de s’assurer une publicité internationale puisque des centaines de millions de téléspectateurs suivent, chaque année cet événement. « L’organisation de l'Eurovision doit apporter la démonstration de notre culture, de nos traditions, de nos tolérances et de notre modernité », disait alors un des principaux conseillers du président Ilham Aliyev. Le but poursuivi était, en effet, de vendre, grâce à la vitrine Bakou, l’image de l’Azerbaïdjan à l’Occident.

De notre envoyé spécial à Bakou (Azerbaïdjan), Ousseynou POUYE

 

Située dans la contrée du Loog, qui appartenait autrefois au Diognick, une province située au nord-ouest du royaume du Saloum, la commune de Mbam joue un rôle central. Riche de ses potentialités naturelles, ses plans d’eau et de ses villages au passé glorieux à l’image de Mbam, Mbassis, Ndorong, Thiaré, cette contrée ne veut pas abdiquer face à la pauvreté chronique qui l’a privée jusqu’à la plus petite des infrastructures de base. Malgré cela, la localité veut grandir en exploitant ses nombreux atouts et combler ses nombreux déficits.

Il est des contrées très difficiles à placer sur la carte du Sénégal. Mbam fait partie de celles-là. Située à quelques encablures de la commune de Foundiougne, sur la route de Passy, cette commune d’environ 10.000 habitants aux allures de gros village endormi regorge de potentialités. On ne peut pas passer par Mbam sans évoquer Laga Ndong, le Taaboor, roi des Esprits, génie protecteur de la contrée qui appartient au village de Ndorong. Ni occulter ses villages chargés d’histoires comme Mbam, Thiaré et Mbassis qui, depuis la nuit des temps, vibre au rythme du « ndut », rite initiatique chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté.

Mbam est une commune pleine d’histoire et de sociabilité si l’on en croit son maire Simon Diouf. « Notre contrée occupe une centralité forte et regorge d’histoire. À l’époque, le diaraf résidait toujours à Mbam. Il y a Mbassis qui a aussi une très forte histoire, tout comme Ndorong et Thiaré », renseigne le maire. Comme beaucoup de localités en pays sérère, Mbam est une zone culturelle par excellence comme en attestent les nombreux évènements qui rythment la vie de communauté. « Quand on aura tout perdu, il ne nous restera que la culture qui n’est pas un élément négligeable dans la zone », indique Simon Diouf. L’évènement phare à Mbam, c’est le « ndut » qui a lieu périodiquement à Mbassis. Ce rite initiatique, selon le maire, constitue un des points cardinaux des valeurs de la localité.

Un marketing territorial pour valoriser le tourisme
« C’est à cette occasion seulement qu’un transfert des valeurs et de nouvelles acquisitions confortent les jeunes dans ce qu’ils sont et les aident à grandir et à devenir homme. C’est une forme d’adhésion à ce qu’on est, une responsabilité d’appartenir aux siens », explique le maire. Jadis, relève Simon Diouf, la séance du « ndut » était tournante entre Mbassis, Mbam, Thiaré et Ndorong. Ce rite, dit-il, était célébré au gré de la réussite de l’hivernage. Le système tournant était valable aussi pour les activités sportives et culturelles, et même pour les séances de lutte. « Mbam est une commune naturelle. Géographiquement, les contours le montrent. Culturellement et sociologiquement, les familles que vous trouvez à Mbam sont les mêmes que vous rencontrez à Mbassis, Ndorong », précise Simon Diouf.

Cernée de part et d’autre par les bolongs, la commune de Mbam recèle aussi des potentialités touristiques. En plus du cordon littoral sableux de plus d’une cinquantaine de kilomètres, des plans d’eau et de l’une des plus belles baies au monde qui se trouve dans le département avec réserve biosphère du delta du Saloum, Mbam a de quoi faire rêver. Avec tous ces atouts, le maire estime que « (sa) ville peut aller vers un écotourisme et un tourisme spécifique, d’excursion ». Mais ce qu’il faut, soutient Simon Diouf, c’est un véritable marketing territorial. « Il faut considérer l’offre, la positionner au niveau international et travailler à la communiquer et à avoir une image de marque forte », indique-t-il. « On est trop étriqué dans nos réflexions et la politique prend trop le dessus sur le développement », déplore-t-il. Selon lui, il urge de donner une identité forte au département de Foundiougne, le positionner parmi les zones d’attraction les meilleures. Aujourd’hui la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. Le maire de Mbam est d’avis que si le site était bien exploité avec des installations patentes, ça aurait permis à Mbam de devenir une vitrine et d’attirer chaque année beaucoup de touristes. Dans plusieurs contrées du pays, le foncier constitue un casse-tête. Mais à Mbam où il constitue une énorme richesse, la communauté tient beaucoup à sa préservation. Depuis trois ans, explique le maire, toute forme d’attribution a été suspendue par souci de préservation du foncier.

« Nous voulons nous inscrire dans une dynamique légale, mais aussi dans une approche participative », explique le maire. C’est pourquoi, note-t-il, la commission d’attribution n’est pas gérée par des conseillers.

Le foncier, une précieuse richesse
« Dans chaque village, il existe une commission locale présidée par le chef de village et composée de la présidente des femmes, du responsable des jeunes, de l’imam, de la catéchèse, d’un sage et d’un ancien conseiller », indique-t-il. « On a par la suite demandé à chaque chef de village de nous faire une proposition de critères d’attribution. À la suite d’une plénière, six critères ont été arrêtés parmi lesquels chaque propriétaire a au minimum une parcelle ou deux tout au plus. On fait une solidarité agissante, mais futuriste ». En matière de foncier, le maire et son équipe veulent jouer la carte de la prudence. « Depuis que nous sommes arrivés, nous n’avons pas fait plus de 20 délibérations parce que nous pensons que notre seule richesse reste le foncier que nous n’osons pas brader », soutient Simon Diouf.

Aujourd’hui, renseigne le maire, la Sapco est dans la zone de Ndolette avec un aménagement de plus de 23 ha. À en croire Simon Diouf, des promoteurs veulent le site, mais les offres ne sont pas conséquentes ni suffisamment bancables pour que des terres leur soient données. La situation est telle que la municipalité ne peut même pas étendre la zone agraire parce que, dit le maire, la seule forêt qui reste à la commune a été mise en défens.

« Nous avons la préoccupation de sauvegarder cette relique qui nous reste pour assurer la zone pastorale, mais aussi les activités des tradipraticiens parce que nous sommes dans une collectivité suffisamment rurale où les gens se soignent souvent par des plantes. C’est des préoccupations que nous avons prises en compte », note-t-il en précisant que Foundiougne ne dispose plus de foncier. Selon Simon Diouf, l’extension naturelle de Foundiougne c’est la commune de Mbam. « Nous sommes sûrs qu’un développement optimal de Foundiougne ne saurait se réaliser que par une intercommunalité entre les deux collectivités ». Aujourd’hui, indique M. Diouf, on raisonne en termes de pôle. Mais, selon lui, avant d’arriver à pôle Sine Saloum, certaines localités devraient travailler à s’interconnecter pour avoir des projets d’envergure communs.

Malgré les potentialités dont regorge Mbam, l’accessibilité de cette localité demeure problématique. Pour le maire Simon Diouf, la reprise des travaux de la boucle du Loog qui relie les plus gros villages de cette zone est devenue une urgence.

Le défi de l’accessibilité
« Ça a été un plaidoyer, ça le reste et ça le restera », soutient le maire qui insiste sur la pertinence de relier Foundiougne, Soum et Mbam, trois communes qui partagent les mêmes espaces socio-culturels et les mêmes aspirations. Selon lui, Mbassis est mal à l’aise quand arrive l’hivernage. Il est difficile d’évacuer les malades. L’aspiration, c’est de voir la boucle avec un chemin caillouteux et, à terme, son bitumage pour aider à valoriser le potentiel de la zone.

« Le problème a été posé avec le Pudc. On nous a donné un gage que le travail va reprendre. Nous sommes une presqu’ile comme le Cap-Vert. De part et d’autre il faut traverser un pont ou un bac. La réalisation de cette route va donc changer beaucoup de choses et ouvrira beaucoup d’opportunités et nous aiderait à valoriser notre potentiel touristique », assure-t-il. Par ailleurs, fait savoir M. Diouf, le grand projet du pont de Foundiougne ouvrira d’autres opportunités. « Cette infrastructure va décloisonner totalement la zone et nous rapprocher de la Gambie. Avec les autres ponts, ça va créer une synergie et d’ici 20 ans, le département de Foundiougne connaitra une expansion extraordinaire », fait savoir Simon Diouf.

Avec ses 124 km2 de superficie, Mbam, composé de six gros villages (Mbam, Mbassis, Thiaré, Ndorong, Gagué Mody et Gagué Bocar) et de quatre hameaux (Bambouki, Ndolette, Peulga et Keur Samba Wané), est une commune qui n’a aucune infrastructure de base. Pas de stade municipal, ni marché, ni hôtel de ville. Un vrai marasme infrastructurel. 

Une commune qui rêve de grandir
Populations MbamLe défi majeur s’articule, selon le maire, autour de l’éducation, de l’environnement, de l’eau et de l’électricité. « L’avènement d’un pays ou d’une commune c’est l’éducation qui pourrait aider les jeunes à prendre la montée et à asseoir le développement », soutient Simon Diouf. L’eau, indique-t-il, est à la base de tout développement.

Mbam, qui se trouve dans une zone quasi insulaire, est confronté à un problème lié à la salinité rendant complexe l’accès à l’eau potable. « Au début des années 80, la Caritas nous avait aidés à implanter un peu partout des forages qui ne sont plus fonctionnels depuis bientôt dix ans. Aujourd’hui, le Pudc est intervenu à Mbam, mais l’eau était saumâtre. Les tentatives d’amener une machine de désalinisation n’a pas prospéré », renseigne-t-il. Aujourd’hui, note le maire, il existe, selon le Pudc, une possibilité de transfèrement d’eau à partir de Diossong. « Nous avons un forage qui pourrait nous alimenter avec un transfèrement d’eau à Passy Mbiteyenne. Ce serait une bonne chose parce que ce village est resté dix ans sans eau », souligne-t-il. Les populations s’alimentent à partir de puits ; ce qui, de l’avis du maire de Mbam, constitue un problème de santé publique, car, soutient-il, l’hygiène et la qualité ne sont pas de mise. Il y a aussi l’électricité qui, selon le maire, constitue un élément structurel. Avec elle, indique Simon Diouf, il y a possibilités d’élargir le développement. « De la ruralité, on peut développer la localité grâce à l’électricité qui est un aspect important pour nous ». Pour le maire, Mbam a la chance que beaucoup des villages le composant soient électrifiés. « Si cette électrification pouvait être étendue, ce serait une très bonne chose. Le Pudc avait dans sa seconde phase ciblé les villages de Mbam et Mbassis. Ce serait une aubaine pour nous que systématiquement l’électrification soit étendue à ces deux grands villages de la commune ». Selon le maire, des efforts ont été faits notamment avec le Pndl grâce à un appui de 13 millions de FCfa. « Nous avons fait une extension au niveau de Mbam qui est la capitale de la commune et Thiaré. Nous sommes en train de réaliser l’extension des villages de Ndorong, de Gagué Cherif et Gagué Mody et du hameau de Ndolette », indique le maire.

Avec un budget assez maigre pour faire face aux investissements et fonctionnement, le développement n’est pas facile. « Nous avons 9 compétences transférées qui ne sont pas faciles à réaliser surtout que 40 % des fonds de dotations sont injectés dans l’éducation », indique le maire. Pour Simon Diouf, le devenir de Mbam en tant que commune purement rurale qui dépend foncièrement de l’agriculture sera très complexe. La solution, relève-t-il, passe par une grande solidarité entre les grandes communes qui ont assez de moyens et celles plus petites et disposant de peu de ressources.  

Exploitation des ressources halieutiques
La zone de Mbam constitue un espace riche en ressources halieutiques. Un transfert de technologie dans le secteur des pêcheries plus précisément de la crevette est à l’étude, selon Jean Fall, enseignant chercheur à l’Institut de pêche et d’aquaculture, natif de Mbassis dans la commune de Mbam.

Les opportunités ne manquent pas dans la zone selon le chef de village de Mbassis, Joseph Caty Diome. Mais, précise-t-il, aucun projet encore moins l’accès au financement ne profite aux populations des différents villages. M. Diome fait noter l’existence de nombreuses potentialités dans le secteur de la pêche. Ici, indique-t-il, « la crevette est très prisée notamment dans les villages de Mbam, Gagué Mody, Gagué Cherif et Gagué Bocar, zone réputée site sacré du Ngouta (baobab qui servait de lieu de cachette) situé au milieu des palétuviers le long du bras de mer. Aussi, il y a la zone des tanns (sol salé) de Loog où on peut trouver des mulets, des tilapias et d’autres espèces comme les huitres, mais dont l’abondance de la capture dans les temps anciens n’est plus de mise du fait de la disparition progressive des palétuviers ». Pour l’Enseignant chercheur, Jean Fall de l’Institut de pêche et d’aquaculture, il convient de mettre à profit tout ce potentiel pour lutter contre l’exode rural à travers un transfert de technologie en matière de pêche pour lequel un projet pilote a été ficelé dans le cadre de l’organisation de la filière aquacole. Selon M. Fall, des femmes et des jeunes ont été formés en ostréiculture, en élevage d’huitres et à la maitrise du dispositif de captage d’essaim de mollusques (guirlande où l’on attache des coquillages). De même, précise-t-il, une formation à la technique de culture de tilapia a été organisée notamment pour l’aménagement d’étangs avec bâche à mettre dans l’eau pour l’empoissonnement et le nourrissage. « Il est aussi envisagé une unité de fabrique d’aliments pour poisson en utilisant les sous-produits agricoles disponibles dans la zone comme le mil et le maïs », indique-t-il. Aujourd’hui, l’ambition d’une intégration agriculture-pisciculture reste le principal souci des populations de Mbam et de Mbassis à travers l’utilisation à grande échelle des affluents et cours d’eau pour promouvoir le développement local et la sauvegarde de l’environnement. Mais l’urgence, selon le chef de village, Joseph Caty Diome, se trouve dans la réhabilitation et lé régénération de la zone des mangroves avec l’appui des partenaires. « Même si, les jeunes de Mbassis sont pressés d’accueillir le projet en gestation qui devrait leur ouvrir de nouveaux challenges et une main d’œuvre considérable pour non seulement faire émerger le terroir à vocation agricole, de pêche et d’élevage, mais également satisfaire leurs besoins familiaux », note-t-il.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

L’envie de connaître une situation sociale bien meilleure a poussé de nombreux jeunes Sénégalais dans les bras de vieux retraités européens venus passer du bon temps à la Petite Côte, pour le restant de leur vie. Mais si certains ont pu construire de belles villas et investir dans des créneaux porteurs, grâce au mariage mixte, d’autres, trahis et abandonnés à leur triste sort, ont vu leurs rêves s’effondrer comme un château de cartes.

Il est venu une première fois au mois de février, il est revenu au mois de mai et il compte s’installer définitivement dès novembre prochain. Lui, c’est Fabrice, un sexagénaire français, en vacances à Saly Portudal, depuis un mois. C’est un amoureux du Sénégal et particulièrement de cette station balnéaire où, selon lui, on trouve toutes les commodités pour mener une vie agréable. Cet après-midi du mois béni de Ramadan, il fait partie de la cohorte de retraités européens, en belle compagnie, venus faire leurs achats dans un supermarché niché en plein cœur de Saly Portudal. A la devanture de cette grande enseigne, les belles bagnoles se succèdent les unes les autres, dans un vrombissement continu des moteurs. Le lieu dégage un luxe insolent. Tout autour, des vendeurs d’œuvre d’art guettent le moindre touriste, dans l’espoir de réaliser de bonnes affaires. Les vendeurs de cartes de crédit, le long des trottoirs, ont aussi senti le bon coup n’hésitant pas à interpeller les passants. Enfin, les bureaux de change installés un peu partout complètent le décor. 

Dans ce milieu qui grouille de touristes, pour la plupart des Européens, l’activité commerciale est intense, le marchandage constant. Il est 17h. Dans deux heures et demie, les musulmans procéderont à la rupture du jeûne. Le supermarché reçoit de plus en plus de monde. Un ballet incessant de couples mixtes se mêle parmi cette foule hétérogène qui grossit au fil des heures.

De vieux occidentaux sont accompagnés de belles nymphes africaines, des sénégalaises pour l’essentiel. Un homme s’empresse de récupérer un panier et ouvre aussitôt la porte à sa jeune partenaire noire. Ah, ils sont toujours galants ces Blancs ! Un autre, sans doute, un septuagénaire, traine sa lourde silhouette, derrière une fille d’à peine 20 ans, qui se trouve être sa conjointe. Vu l’écart d’âge qui les sépare, la jeune dame pourrait être sa petite fille voire son arrière-petite-fille. Mais l’amour connaît-il l’âge ? Evidemment non.
D’autres acheteurs prennent d’assaut les échoppes de fortune qui font face au supermarché. Parmi eux, Fabrice et sa femme, une Sénégalaise de 21 ans, les lunettes noires bien vissées, certainement pour éviter les regards de certains curieux et jaloux. Entre ces deux-là, le courant est vite passé. Le couple s’est rencontré en février dernier à l’occasion de la première visite au Sénégal du sexagénaire français. Très vite, le coup de foudre a lieu entre les deux tourtereaux. Finalement, Fabrice et sa compagne ont fini par sceller leur alliance, devant Dieu et les hommes.

« Ici, c’est sympathique »
Couple mixtePour l’heure, c’est le prolongement de leur lune de miel. Les deux conjoints surfent toujours dans un bonheur intense, la belle vie qu’ils entendent croquer à belles dents. La ville est belle ! D’ailleurs, Fabrice compte, à partir du mois de novembre prochain, revenir s’installer définitivement au Sénégal et à Saly auprès de sa femme afin de vivre pleinement son idylle. C’est fou l’amour ! « Je suis là depuis un mois et il ne me reste que trois semaines de vacances. Je suis venu une première fois au mois de février et je suis revenu. C’est un endroit qui me plait énormément. Personnellement, ce n’est pas le premier pays africain que j’ai fait. J’ai toujours aimé l’Afrique mais ici c’est sympathique », affirme-t-il, en homme amoureux.

Pour lui, Saly Portudal, en termes de confort, de commodités etc. ; n’a pas beaucoup à envier aux villes françaises « Le coût de la vie n’est pas cher et l’on peut trouver tout ce que l’on veut ; sans oublier les hôtels, les belles plages, le soleil, le beau temps toute l’année, la proximité géographique etc. », ajoute-t-il, manifestement sous le charme de cette station balnéaire.

Jean, un vieux promoteur touristique a, lui aussi, cédé aux assauts charmants d’une belle demoiselle à la fleur de l’âge. C’est à la suite du décès brusque de sa femme, alors qu’ils étaient tous deux en voyage au Sénégal, en compagnie de leur jeune fils, que le Français a rencontré la Sénégalaise. Comme Fabrice et sa femme, les deux amants n’ont pas mis du temps pour officialiser leur relation. Eux aussi ont l’air de bien s’entendre, malgré le gap générationnel consistant. Ils ont fait de l’amour un pont pour traverser les âges, se retrouver et sceller leur union sacrée pour le meilleur et le pire. Toutefois, le couple n’entend pas se fixer définitivement au pays comme l’ont fait beaucoup de retraités européens. « Ma femme et moi, nous nous entendons à merveille ; mais nous ne comptons pas nous installer à Saly. Nous aller retourner en France. J’étais venu pour me lancer dans le tourisme mais le secteur n’est pas bien soutenu », se convainc Jean. Entre autres raisons, à l’origine de ce choix, « la jalousie et la haine » qu’attire son idylle avec sa fringante dame, sans oublier « les difficultés du tourisme, les billets d’avion chers ».

Comme Fabrice et Jean, ils sont nombreux ces vieux retraités européens qui ont décidé de se la couler douce à la Petite Côte. Le cadre de vie, les belles plages, le soleil tropical, la chaleur africaine et le coût de la vie peu cher etc. ; font partie des raisons qui attirent ces derniers. Sans compter la possibilité de trouver de jolies belles nymphes « qu’ils ne peuvent espérer rencontrer chez eux, tant l’écart d’âge est important », martèle le premier adjoint au maire de Saly, Babacar Guèye.

Résultat, à Saly, Mbour, Pointe Sarène, Nianing, Somone etc. ; le mariage mixte est devenu un phénomène social. L’élu de Saly ajoute qu’il est en hausse.
Dans ces localités, beaucoup de jeunes se sont mariés à des Blancs et Blanches qui viennent essentiellement de la France ; et dans une moindre mesure de l’Italie. A Saly, constate l’adjoint au maire, « sur 100 mariages, les 35 sont des mariages mixtes ».

Troisième adjoint au maire de Mbour, chargé de l’intercommunalité, Babacar Guèye a, en sa qualité d’officier d’état civil, eu à sceller des mariages mixtes. Il pense que la raison fondamentale qui pousse les jeunes dans les bras des Occidentaux est d’ordre économique.

Quand la pauvreté pousseles jeunes dans les bras des retraités européens
« Nous sommes dans un pays sous-développé et beaucoup de jeunes, en s’engageant dans ces mariages, espèrent trouver une situation socioéconomique bien meilleure. Ces mariages mixtes ne sont pas en général fondés sur l’amour », fait-il remarquer.

Par ailleurs, il ajoute que certains garçons et filles ont pu rallier l’Occident grâce à leur alliance avec des Européens. Un constat que conforte l’autre Babacar Guèye, 1er adjoint au maire de Saly. «  Le rêve, pour beaucoup de jeunes, est de se rendre en Europe. Du coup, le phénomène du mariage mixte constitue, à leurs yeux, une formidable opportunité de réaliser ce rêve », souligne-t-il. A l’en croire, certains ont effectivement atteint leurs objectifs en arrivant dans « l’Eldorado » européen. Le troisième adjoint au maire de Mbour soutient que d’autres jeunes ont pu également, grâce à leur mariage avec des Blancs, investir dans des créneaux porteurs, l’immobilier etc. « Certaines filles ont réussi à investir dans des projets, à construire de grandes maisons qu’elles louent. Actuellement, elles vivent dans un milieu social respectable. J’en connais trois cas », fait constater M. Guèye. Pour autant, les deux élus conviennent que le mariage mixte comporte plus d’inconvénients que d’avantages. Le phénomène, expliquent-ils, peut se révéler un dangereux miroir aux alouettes.

Ils racontent que des jeunes filles et garçons, contrairement à ce qu’ils espéraient, ont fini dans des culs-de-sac, trahis puis abandonnés à leur malheureux sort. « On a appris que certaines filles qui avaient pu gagner l’Europe à la faveur du mariage mixte ont été entrainés dans des réseaux de prostitution », souligne, avec regrets, le troisième adjoint à la mairie de Mbour.

Des sergents recruteurs à la solde de réseaux de prostitution
Babacar Guèye adjoint maire MbourEn fait, les vieux retraités qui jettent leur dévolu sur la Petite Côte n’ont pas toujours les mêmes motivations. Si certains ont de bonnes intentions, cherchent l’âme sœur, veulent passer du bon temps sous le soleil tropical, d’autres ne sont en réalité que des sergents recruteurs encagoulés à la solde de dangereux réseaux de prostitution. « La prostitution est l’autre danger qui guette les jeunes qui s’engagent dans les mariages mixtes », prévient encore Babacar Guèye. Il fait savoir que certains (filles et garçons) ont également été contaminés par le VIH Sida et abandonnés. C’est pourquoi, il appelle les jeunes à apprendre à mieux connaître d’abord leurs partenaires avant de s’engager dans une relation durable. « Le problème, c’est que les jeunes comme leurs familles ne font les investigations nécessaires avant de s’engager parce que pour la plupart, c’est une opportunité de réussite à saisir. Ils ne prennent pas les précautions nécessaires pour s’entourer de garanties en vue d’éviter des surprises désagréables », déplore encore, l’adjoint à la mairie de Mbour. L’autre inconvénient relevé par ce dernier est que « certains jeunes, une fois en Europe, sont coupés de leurs attaches au Sénégal ». Les deux hommes pensent que le risque de perdre son identité culturelle, ses valeurs est donc réel dans ce genre de relation.

« Beaucoup restent 3 à 4 ans sans venir en vacances au pays ; tandis que d’autres n’envoient même pas de l’argent à leurs familles à la fin du mois », renchérit l’adjoint à la mairie de Saly. Il explique que ce ne sont pas seulement les filles qui sont les malheureuses victimes du mariage mixte. Les garçons ne sont pas en reste ; surtout ceux qui vivent en concubinage avec leurs partenaires. « Généralement, certaines femmes, au bout d’un certain temps, quittent leurs jeunes conjoints pour d’autres plus aptes physiquement. Abandonnés, ces derniers se retrouvent sur les carreaux, épuisés, sans ressources », constate-t-il. Pour lui, le concubinage est encore plus dangereux ; puisqu’aucun papier juridique ne légalise ni ne garantit cette relation.

Manque de sensibilisation
« Ceux ou celles qui s’engagent dans le concubinage sont plus faciles à virer. Il n’y a rien qui garantit les liens. Si c’est un mariage avec des papiers, on réfléchit deux fois avant de se séparer de son conjoint ou de sa conjointe. Les vieilles personnes qui cherchent à se marier avec des jeunes, c’est uniquement pour le plaisir et quand le conjoint n’est plus en mesure de satisfaire aux désirs, il est viré », note l’élu de Mbour. Il faut dire que le prétexte ne manque pas pour se débarrasser de son partenaire ou sa partenaire ; même si c’est parfois fallacieux. Qui veut tuer son chien l’accuse de rage, selon un vieil adage. En effet, révèle-t-il, les jeunes vivant en concubinage avec des Européens ou Européennes font généralement l’objet d’accusations de vols mais ce n’est qu’un prétexte pour se séparer d’eux au profit d’autres plus aptes sur le plan physique.

Face aux dangers du phénomène, il insiste encore sur l’importance de la sensibilisation à l’endroit des jeunes et des parents dont la responsabilité est, d’après lui, engagée. Il constate que l’Etat, en dépit de l’ampleur de la situation, ne développe pas des initiatives dans ce sens. Le hic, c’est que chacun est libre de contracter un mariage avec le partenaire de son choix à la seule condition que tous deux s’aiment. « L’Etat, ni les communes ne peuvent s’opposer à un mariage, dès lors que les concernés ont convenu de vivre pour le meilleur et le pire. Tout ce qu’on peut faire, c’est de venir constater le mariage », indique, Babacar Guèye, 1er adjoint à la mairie de Saly Portudal. Les deux élus soutiennent que c’est seulement à travers des causeries ponctuelles qu’ils arrivent à sensibiliser, par affinité, des jeunes qui constituent une cible potentielle du phénomène du mariage mixte.

Le Tourisme sexuel, un terreau fertile au mariage mixte
Selon Babacar Guèye, adjoint à la mairie de Mbour, des Européens ont pu trouver des partenaires par le biais du tourisme sexuel. Il explique qu’au départ, certains vieux retraités viennent, en vacances, pour « déguster de la bonne chair » et repartir chez eux. Certains ont, cependant, pris goût à la belle vie de Saly, y ont pris femmes et ont fini par s’y installer ; tandis que d’autres retournent en Europe avec leurs jeunes conquêtes. « A l’origine, ces gens ne viennent pas pour le mariage, ils viennent en vacances et entrent en contact avec des relais dans l’espoir de passer du bon temps avec des filles, le temps de leur bref séjour en terre sénégalaise. Ainsi, ces personnes trouvent des clientes qui évoluent dans la prostitution et occasionnellement des femmes qui cherchent des partenaires », relève-t-il.

Il révèle que la mairie de Mbour a organisé un programme de formation de guides touristiques en vue d’encadrer l’arrivée des touristes à la Petite Côte. A son avis, beaucoup de gens qui accompagnent ces derniers dans leurs sorties, une fois à Saly, ne sont pas de vrais guides touristiques et peuvent souvent abuser de la confiance de leurs hôtes en les conduisant dans des réseaux de prostitution. « Avec les guides que nous avons formés, nous voulons dorénavant que les touristes passent désormais par ces gens-là afin d’éviter d’être emmerdés ou même entrainés, sans leur aval, vers des réseaux de prostitution », soutient l’élu de la mairie de Mbour.

Par Diégane Sarr et Babacar Dione (textes), Abib DIOUM (photo)

Considéré comme l’une des plus anciennes localités du Sine Saloum, Djilor Djognick a fortement marqué l’histoire du Sénégal. L’existence de cette contrée qui a été tour à tour occupée par les Lamanes, les Nianthios et les Thiédos dépasse largement les 900 ans. Mais son passé reste méconnu de la plupart des Sénégalais et, pourtant, elle a une histoire riche en évènements. Plus de dix siècles n’ont pas suffi à sortir Djilor Djognick de son inquiétant anonymat inquiétant et à connaître un essor digne de ce nom.

À première vue, Djilor donne l’impression d’être un coin perdu sur terre. Situé entre Foundiougne et Passy, cet ancien royaume somnole et baigne dans une quiétude exceptionnelle. Malgré son « louma » (marché hebdomadaire) et les quelques activités quotidiennes, la vie y semble ensevelie dans une léthargie sans nom. Avec le rôle qu’il a joué dans l’histoire du Saloum, Djilor Djognick, qui n’a rien à voir avec Djilor Djidiack situé dans l’arrondissement de Fimela, dans le département de Fatick, n’est pourtant pas de ces villes à taille humaine où l’on trouve facilement des vestiges préhistoriques ou historiques. Mais ce gros village qui affiche une mine de papier mâché est riche de son passé et regorge de secrets cupidement conservés par les gardiens de la tradition. Difficile d’en trouver un pour nous entretenir sur cette glorieuse époque. Mais à force de chercher sans pour autant fouiner, on en trouve. Abdou Soulèye Ndiaye, qui paraît mieux connaître l’histoire de cette contrée, accepte volontiers de nous aider à dépoussiérer cette page de l’histoire du Sine Saloum et du Sénégal.

Ce septuagénaire qui s’est fait mémoire vivante à force de recherches est une source passionnée et passionnante. Cet ancien chef du Centre d’expension rurale (Cer) est convaincu que Djilor Djognick est l’une des plus anciennes localités du Sine Saloum. Pour nous plonger dans le passé de cette contrée, il s’est armé de ses notes et de sa riche documentation. Sa soif de savoir et de connaissances l’a poussé à tout consigner les moindres détails dans des cahiers. Jadis, nous dit-il, Djilor Djognick était un repère pour les lions et les éléphants. C’était vers le XIe siècle. Le domaine était tellement riche et il y avait beaucoup de lions, de panthères et d’éléphants. Selon lui, la fondation de Djilor daterait de 1080. Une fondation qui, précise-t-il, fait l’objet de deux versions. La première l’attribuant à Samba Sarr et la seconde à Diégane O Math. « Chaque famille a sa version. Chez les Pouma, qui sont une lignée matrilinéaire, ils vous diront que Djilor a été créée par Diégane. La famille Sarr vous dira que Djilor a été créé par Samba Sarr ». Toutefois, assure-t-il, Djilor a un cycle évolutif très clair. « Cette contrée a été fondée, dévastée totalement par des guérillas puis refondée », indique-t-il. Au cours de son évolution, dit M. Ndiaye, Djilor Djognick a connu plusieurs dénominations : Djilor Sandakewé, Djilor Diogoy Fou gnithie, Djilor Saré Mbégane dandé maayo, Djilor Abdou Soulé, Djilor Saloum…

Pour le vieil Abdou Ndiaye, les lamanes sont les premiers à venir à Djilor. « Ils ont mis le feu, ontcoupé les arbres pour habiter ici », précise-t-il. Approximativement, note-t-il, leur pouvoir va de 1080 à 1248. Évoluant, Djilor a reçu des conquérants venus du Gabou, en Guinée-Bissau. Il s’agit des « Nianthios » (Guélewar en wolof). « Ils sont venus dominer et conquérir Djilor. Ils ont duré ici et sont les premiers créateurs du royaume du Djognick », souligne M. Ndiaye.

Abdou Soulèye NdiayeAvant que leur pouvoir ne disparaisse, les «Nanthios» ont élu huit rois, partant de Sira Badiar Mané, qui réussit à devenir la première reine de Djilor, à Birane Djické Mané. Jamais à court d’anecdotes, ce vieil homme transmet son récit avec passion. « Nianthio signifie "nous sommes les plus grands guerriers, c’est nous qui avons créé la dynastie donc, nous sommes les rois" ». Le peuple avait accepté cette suprématie en les suivant. Les «Nianthios» se sont battus pour s’imposer et tout le monde avait accepté leur bravoure et leur noblesse », relève-t-il.
À en croire l’ancien chef de CER, « le Nianthio est une lignée matrilinéaire ». « On ne se levait pas du jour au lendemain et dire qu’on était Nianthio. Il se transmet de mère à fils. Votre mère est nianthio, vous êtes nianthio, votre père est nanthio, vous n’êtes pas nianthio. C’était leur organisation et les wolofs ont pris le mot à la volée et ont dit Guélewar », raconte-t-il. Mais, le règne sans partage des Guélewars prend fin avec la victoire de Latmingué Diélègne Ndiaye sur Birane Djické Mané. Et pourtant, indique M. Ndiaye, le guerrier « nanthio » a résisté pendant sept ans, avant de tomber dans le piège tendu par Latmingué. « Il est tombé dans un trou creusé à son insu et a été enseveli vivant. Cette victoire a marqué l’arrivée des «Thiédos» », explique-t-il. C’est à partir de cet instant, en 1517, que Djilor est devenu une province vassale. Selon M. Ndiaye, le règne des Thiédos a démarré avec Mbagnick Diop cette même année jusqu’à Diène Coumba Ndiaye qui fut le 30e roi. « Ils ont tous été nommés à partir de Kahone. Aucun ne l’a été à partir de Djilor. À l’époque, le roi de Kahone, après son intronisation, appelle son cousin, son grand frère ou son oncle et lui dit, je te lègue Djilor », renseigne-t-il.

C’est donc la colonisation qui a marqué la fin du pouvoir des «Thiédos», marquant ainsi l’arrivée des chefs de canton dont le premier à Djilor fut Fara Guédél Mbodji en 1931. Il y eut ensuite Momar Betty Bâ, Baba Ly, Abdou Soulèye Bâ, selon Abdou Soulèye Ndiaye. Avec l’accession à l’indépendance, il y a eu des les chefs d’arrondissement. Djilor en a connu six, de Sambou Touré à Alpha Touré, selon M. Ndiaye. À leur suite, il y a eu dix sous-préfets, d’Amadou Sy à Sidy Mokhtar Fall. Au total, précise Abdou Soulèye Ndiaye, Djilor a vu passer 61 hommes de commandement. « Aucun d’entre eux n’est né à Djilor », regrette-t-il.

«Thouroum Pèthie», une fête païenne qui résiste encore
À Djilor, les Guélewars ont légué à la postérité une fête qui subsiste encore et qui est célébrée chaque année en leur honneur. Il s’agit du «Touroum Pèthie» ou «Thiouram Pèthie». Cette tradition fait partie de leur patrimoine culturel. Chaque année, la famille qui doit faire le « tour » vient faire son sacrifice, sucre et lait versé sur le tombeau des Guélewars. Ce rite est perpétué régulièrement et depuis des siècles, selon le vieil Abdou Soulèye Ndiaye. Cette cérémonie a toujours lieu un vendredi et draine les populations de la contrée, hommes, femmes, jeunes filles et garçons, enfants, tous âges confondus. « C’est un grand moment de fête, de retrouvailles et de communion qui se prépare toute l’année. Il y a du rythme et on danse toute la nuit jusqu’à l’aube à la place du village. Le lendemain, la fête continue. De 8 à 12 heures, un concours était organisé pour élire l’homme le plus généreux. C’était une occasion d’étaler toute sa générosité. On procédait également à l’élection de la plus belle fille et aussi de la meilleure danseuse », explique-t-il. La participation de la communauté à cette commémoration était donc essentielle et tout le monde s’impliquait.

«Thiouram Pèthie», explique M. Ndiaye, est une commémoration en l’honneur des «Nianthios». « Quand ils ont quitté le Gabou et ont fondé leur royaume à Djilor, on avait envoyé à la reine Sira Badiar Mané une monture de cheval pour la féliciter de cette grande réussite. La selle était merveilleusement confectionnée, mais elle renfermait un sort. Quand le cadeau est venu, la reine se trouvait en tournée à Lérane, à 15 km au sud de Djilor. Elle a alors demandé à un enfant du nom de Diégane Coumba de la mettre sur son cheval et de lui garder la scelle dans sa chambre », indique-t-il. « Entre Lerane et Yerwago, il y a une petite rivière. Arrivée à cette hauteur, l’enfant a eu des maux de ventre. Il s’est tordu de douleur et a vomi de petites pierres. Il ne survivra pas à ses douleurs et est mort sur le cheval qui l’a amené jusqu’au village. Un autre enfant subira le même sort. Ayant finalement compris que la selle était atteinte mystiquement, elle a été jetée dans un bolong et le problème était résolu », fait savoir Abdou Soulèye Ndiaye. Ces deux enfants, nous dit-il, sont enterrés à Lélwane dans une position debout comme tous les «Nianthios» d’ailleurs. Et leurs tombes, informe-t-il, sont toujours présentes dans cette localité. Aujourd’hui encore, la tradition est bien conservée à Djilor. Cette grande fête païenne y est célébrée chaque année avant l’hivernage.

Aux origines de la lutte traditionnelle
Djilor SénégalTout comme les «Nianthios», les «Thiédos» ont également laissé une fête. Il s’agit de la lutte traditionnelle dont la première organisation remonte à 1781, selon M. Ndiaye. Une guerre de succession qui a mal tourné a été à l’origine. En effet, raconte le vieil Abdou Ndiaye, Djilor, à une certaine époque, était resté sans roi. « C’est alors que Biram Ndiémé Niakhana Ndiaye appelle son neveu Biram Codou Niakhana pour lui offrir le trône. Ce dernier quitta Kahone pour venir à Djilor. Mais quand son cousin Diène Sanou Faye a entendu la nouvelle, il a interpelé son oncle. Mais ce dernier lui fit la confirmation », explique-t-il. « Je n’ai pas commis d’erreur. Biram Mbodji Codou est né au Saloum alors que toi ton père est né au Sine. Si tu veux un royaume, va le chercher au Sine et laisse Biram Mbodji Codou tranquille », avait alors lancé le roi à son neveu. Non content de cette décision, Diène Sanou Faye défia alors son oncle. Décidé à prendre le pouvoir, il se résolut alors à combattre son cousin Biram Mbodji Codou. Leurs mères étaient de même père et même mère, précise le septuagénaire. « Quand Diène Sanou Faye enfourcha son cheval, sa tante, qui se trouve être la mère de Biram Mbodji Codou, l’appela et lui remit deux pagnes. Elle lui dit : « le premier appartient à ta mère et le second est le mien. Comme on t’a interdit et que tu as refusé, amène ces deux pagnes avec toi. Quand vous aurez combattu, si tu le tues, couvre-le avec le pagne de ta mère. Si c’est lui qui te tue, qu’on te couvre avec mon pagne ».

« Lamb buur »
Suite à ces recommandations, Diène Sanou Faye s’en alla. Malgré les négociations, les deux protagonistes n’avaient pu trouver un terrain d’entente. Pour se départager, les deux prétendants au trône engagèrent une rude bataille au cours de laquelle Diène Sanou fut touché par balle. Il succomba par la suite à ses blessures et moins d’une semaine plus tard, Biram Mbodji Codou fut intronisé. Une intronisation qui divisa totalement le royaume. L’ambiance était devenue invivable, pourrie. Il n’y avait plus de solidarité ni cette fraternité et toutes ces valeurs qui faisaient la force de Djilor. « C’est par la suite qu’un sage homme est venu vers le roi pour lui demander d’organiser une séance de lutte pour retrouver cette cohésion », fait savoir Abdou Soulèye Ndiaye. C’est ainsi, dit-il, que le «Lamb buur» a été initié. « C’était un grand moment de fête et de réjouissances. Les préparatifs duraient jusqu’à un mois. Il y avait du couscous et de la viande à profusion. Les combats avaient lieu de vendredi à vendredi et démarraient à midi pour ne prendre fin qu’au coucher du soleil. Les villages périphériques lutaient le lundi jusqu’à jeudi puis entraient en lice des Niominka du vendredi au dimanche ». Selon M. Ndiaye, un seul trophée était mis en jeu. C’était une tunique appelée « thialite » en sérère. « À chaque édition, de grands lutteurs, des champions aguerris, venaient de partout et s’affrontaient. La première finale a opposé Leyti Loum à Khomba Diouma Sène de Lérane. Ce dernier fut d’ailleurs le premier vainqueur de l’épreuve et jusqu’à aujourd’hui, les hymnes et autres glorifications entonnés en leur honneur résonnent encore », rappelle-t-il. « C’est cette pratique qui a aujourd’hui évolué vers une activité culturelle et sportive, mais la lutte traditionnelle a été organisée pour la première fois à Djilor. C’était en 1781 », précise-t-il. Malheureusement, déplore le vieil homme, cet évènement qui a beaucoup contribué à ramener et à renforcer la cohésion sociale a perdu de son ampleur. « Ce passé prestigieux n’intéresse pas les populations de Djilor. Tous les petits-fils sont partis et ont laissé le village à lui-même ».

Pour cette incursion, Djilor l’anonyme n’a pas livré tous ses secrets. Et pour éviter que son riche passé ne se perde à jamais, le vieil Abdou Soulèye Ndiaye qui a développé un esprit chercheur à Bambey où il effectuait son service vétérinaire avant d’être transformé en chef de Cer pendant dix ans, se bat pour écrire un livre et permettre à la postérité de se réapproprier l’histoire et la culture de Djilor Saloum. Et c’est à partir du procès-verbal du séminaire de Pencuum buur tenu le 9 avril 1992 qu’il a glané toutes les informations qu’il a à sa disposition. « Ce que je raconte là n’est ne vient pas de moi. Ce sont des informations que j’ai glanées auprès de dignitaires et historiens du Djiognick », avoue-t-il modestement. « J’ai senti que ce séminaire était une nécessité. Je suis alors allé à Kaolack, j’ai formulé une demande et j’ai été financé à hauteur de 120.000 FCfa par Conrad Adenauer. C’est avec ce financement que j’ai organisé cette rencontre pour connaître l’histoire du Diognick », note-t-il.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on lundi, 12 juin 2017 15:19

Le voyageur qui emprunte l’axe Fatick-Foundiougne sera surpris de découvrir deux canons longeant la route, à quelques encablures de l’embarcadère du petit village de pêcheurs de Ndakhonga. Ces deux canons qui, dit-on, ont été érigés par le maréchal Pétain pour contenir les troupes du général de Gaulle, n’ont jamais servi.

Difficile de venir à Ndakhonga en provenance de Fatick sans être attiré par les deux canons installés de part et d’autre de la route goudronnée. Selon Lamine Sarr, leur installation sur ces lieux s’inscrit dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. En effet, soutient M. Sarr, le régime du maréchal Pétain pour empêcher toute tentative de la France libre, donc du général de Gaulle et de ses partisans, de s’approcher de Foundiougne et encore moins de Kaolack, avait installé ces canons. Il s’agissait donc de boucliers protecteurs qui n’ont jamais servi. Et bien avant même leur installation, estime M. Sarr, le colonisateur avait fini de faire de Foundiougne un hub commercial incontournable pour la traite de l’arachide.

« C’est pourquoi il y a implanté un port commercial à partir de 1888, lequel contribuait significativement à l’essor des échanges commerciaux entre la capitale de l’Aof et la métropole française. Une illustration parfaite, ajoute-t-il, « de l’importance que le colon accordait à la cité de Laga Ndong (roi des Pangols) et son arrière-pays, aussi bien sur le plan économique que géostratégique. Par sa situation, il occupe une position géostratégique unique, à cheval entre la terre et la mer, ouvre le Sénégal aux pays voisins, à l’Europe et à l’Amérique par le biais de l’océan Atlantique », note-t-il. Pourtant, renseigne l’historien Wack Bâ, « ces canons n’ont jamais tonné depuis leur installation, en 1940, contrairement à ceux de l’île de Gorée qui l’ont fait en septembre de la même année ».

Depuis lors, indique-t-il, ils croupissent sous le poids de l’âge et subissent les intempéries de la chaleur et de l’humidité. Pour M. Bâ, « ces monuments historiques constituent des symboles de la Seconde Guerre mondiale et, ne serait-ce que par devoir de mémoire, il convient, pour notre pays, de veiller à leur préservation et à leur sauvegarde ». L’État semble l’avoir compris en procédant, depuis 2016, à la restauration de ces monuments historiques via le ministère de la Culture. Un effort que les populations de Foundiougne magnifient tout en exprimant leur gratitude. Pour Wack Bâ qui détient une pile d’informations sur les canons de feu Doudou Maty Sène, chef de quartier qui avait combattu aux côtés des Français pendant la Seconde Guerre mondiale, le site pourrait être intégré dans les circuits touristiques et même devenir un lieu de pèlerinage.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Sur la rive gauche du fleuve Saloum, entre la brèche de Sangomar et le port de Kaolack, Foundiougne, distante de 22 kilomètres de Fatick, sa capitale régionale, se laisse découvrir. Partir à la découverte de cette ville, jadis prospère, « relève d’une véritable attraction », selon l’historien Wack Bâ. Foundiougne, qui a joué un rôle important dans l’administration coloniale française et a connu une époque florissante grâce à son port, lequel a marqué son histoire, peine à se relever. Aujourd’hui, l’ancien chef-lieu du cercle du Sine-Saloum se débat toujours pour retrouver son glorieux passé.

Il n’est pas nécessaire de remonter loin dans l’histoire de Foundiougne pour comprendre ce que cette ville est aujourd’hui. Bordée au sud par la commune de Soum, au nord par la commune de Fatick, à l’est par la commune de Passy et à l’ouest par l’océan atlantique, Foundiougne possède encore de belles traces de son passé. Les marques de l’histoire sont encore présentes avec les bâtiments de style colonial construits en briques rouges, caractérisés par leurs toitures pentues en tuiles mécaniques et résistant tant bien que mal à l’usure du temps. Notre séjour nous a permis de découvrir la belle richesse de ce terroir que son maire, Babacar Diamé, qualifie de « vieille ville qui date de l’époque coloniale ». À l’origine, soutient l’historien Wack Bâ, Foundiougne était un petit village de pêcheurs appelé Kaad et situé au bord du fleuve. « C’est précisément à cet endroit qu’un berger taillait son « soundiougne », un petit manège artisanal qui interdisait aux vaux de téter et donnera plus tard le nom de Foundiougne, une petite escale de pécheurs où s’était installé un véritable marché de produits halieutiques. Un endroit qui deviendra, par la suite, un village réputé que se disputaient les guerriers pour le compte du Buur Saloum afin de l’élire aux prestiges de résidence royale », explique-t-il.

Dans le riche passé de la ville de Foundiougne, l’histoire et la mémoire locale révèlent que cette contrée a joué un rôle important dans l’administration coloniale française. Chef-lieu du cercle de Foundiougne en 1888, puis du Sine en 1897, Foundiougne a été érigée en commune mixte en 1917, avant de devenir commune de moyen exercice en 1957. Ce n’est qu’en 1960 que Foundiougne obtient le statut de commune de plein exercice.

Selon le conseiller régional Lamine Sarr, « le colonisateur avait déjà fait de Foundiougne un hub commercial incontournable pour la traite de l’arachide avec son port de transit qui a fait la gloire de la vieille cité d’un riche héritage historique à l’origine même de sa diversité culturelle ». Toutefois, souligne M. Sarr, « la présence de la mer a été déterminante dans le peuplement de la contrée, comme en atteste d’ailleurs la présence des nombreux amas coquillers, témoin d’une civilisation ancestrale basée, entre autres, sur l’exploitation des produits de la mer ». Foundiougne fut alors une terre de transit, mais également un centre d’accueil de populations venant de divers horizons et qui choisissent de s’y implanter définitivement compte tenu du cadre hospitalier et des opportunités de la contrée.

Une période coloniale glorieuse
« Ce qui a justifié, en plus des mouvements de populations liés aux crises alimentaires survenues dans l’histoire (famine) et de l’expansion des religions musulmane et chrétienne, la diversité de son peuplement et la richesse de sa culture », fait remarquer Lamine Sarr. Il ne manque pas de vanter la position géographique de Foundiougne qui, selon lui, « est unique. Ce qui, du reste, semble avoir justifié le choix porté sur cette contrée par le colonisateur qui en avait fait un point stratégique dans sa politique de mise en valeur de la colonie du Sénégal. En atteste les canons qui trônent majestueusement à Ndakhonga, orientés vers l’Atlantique, la Gambie et l’hinterland sénégalais, comme pour veiller sur la ville à la crevette rose ».

Pendant la période coloniale, Foundiougne connut une époque très glorieuse grâce à l’édification d’un port commercial de premier plan qui fut à l’origine de son essor sur le plan des échanges commerciaux entre la capitale de l’Aof et la métropole française. Il fut le 4e de l’Afrique de l’Ouest et le 3e du Sénégal, faisant de Foundiougne un port arachidier attractif du fait de sa localisation au cœur de l’ancien bassin arachidier et de son ouverture sur l’0céan Atlantique par la Pointe de Sangomar.

Grâce à son port et aux échanges commerciaux, Foundiougne a connu une époque florissante et fut économiquement riche grâce à l’implantation, le long du fleuve, de maisons de commerce comme la Compagnie française de l’Afrique occidentale (Cfao), Maurel et Prom, Vézia & Cie., Chavanel, entre autres, qui avaient chacune son wharf.

Avec tout un réseau de marigots et de rivières, cet écosystème permettait de drainer la production arachidière du Niombato, du Loog, du Djognick, du Sine et du Saloum Ouest vers le port arachidier de Foundiougne. À cette époque, les transports terrestres n’étaient pas développés. « Plus de 200 bateaux long courrier fréquentaient annuellement le port », indique Maurice Ndéné Warore, ancien inspecteur d’académie à la retraite, qui a écrit un mémoire sur le passé de Foundiougne.

De l’avis de Pape Momar Diagne, ancien maire de la ville, toutes les possibilités d’emplois qu’offrait le port avaient favorisé l’installation des comptoirs français à cette période. « Les activités ont influé sur l’arachide, faisant de Foundiougne un véritable point de rencontre et d’échanges entre pêcheurs et agriculteurs qui acheminaient leurs produits (halieutiques, cultures vivrières et de rente, lait) vers des destinations comme Kaolack et Fatick », indique M. Diagne. Selon lui, « c’est un véritable marché de troc qui s’était développé à l’époque ».

Il s’y ajoute, selon l’historien Wack Bâ, « le grand marché de fruits de mer qui attirait, à l’époque, une mosaïque d’ethnies (Wolofs, Sérères, Pulaars, Diolas) ayant découvert l’agglomération de Foundiougne que l’homme blanc, venu de Dakar, avait transformé en port commercial sur la route maritime de l’Europe ». Les statistiques nous révèlent que la population, qui était de 2695 en 1920, dépassait les 15.000 en 1927 avec pas moins d’une vingtaine d’ethnies, en dehors des Français et des Libano-Syriens. Foundiougne était alors une terre de rencontre des peuples de l’Aof. Un riche passé d’une ville que Maurice Ndéné Warore analyse à travers le système économique que le colon avait mis en place à partir de 1875 jusqu’à 1939, avec son port arachidier ayant favorisé le caractère d’une ville d’immigration, mais aussi du fait que Foundiougne ait été le chef-lieu du cercle du Sine-Saloum de 1888 à 1897, ayant sous son autorité Kaolack, Fatick et Joal. « Le contexte d’insécurité qui régnait, à l’époque, autour de Kaolack, avec, d’une part, les guerres entre le Sine et le Saloum, et, d’autre part, le Rip, avait prévalu à ce choix de Foundiougne », note-t-il.

Une navigation fluviale éclipsée par le tracé des axes routiers
C’est par la suite, précise Maurice Ndéné Warore, « que la politique a pris le dessus et avec le retour de la paix au Saloum et au Sine permettant ainsi à Kaolack de retrouver sa situation stratégique de centre d’une région à fortes potentialités agricoles ». À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la France devait reprendre en main ses colonies et exploiter au maximum leurs potentialités. Cela devait passer par le tracé de nouveaux axes routiers et lignes de chemin de fer. Foundiougne a ainsi commencé à perdre son passé glorieux. « La naissance d’un réseau de routes allait éclipser la navigation fluviale. Désormais, Kaolack était devenu le cœur du bassin arachidier avec la marche de l’arachide vers de nouvelles zones pionnières (nord Kaffrine aux environs de Boulel) », relève Lamine Sarr.

Mieux, ajoute M. Sarr, sur le chemin de Kaolack, convergèrent de nouvelles routes et la voie ferrée entre cette ville et Guinguinéo. Cette nouvelle donne a ainsi entrainé le retrait des maisons commerciales bordelaises, notamment Vézia, Maurel et Prom, Cfao, etc., qui s’étaient implantées à Foundiougne. « Aujourd’hui encore, les vieilles bâtisses desdites maisons, les canons protecteurs de la ville implantés par le colonisateur lors de la guerre, témoins d’un riche patrimoine historique colonial, résistent tant bien que mal à l’usure du temps », se désole Lamine Sarr. Autre témoin de cette histoire féconde, ajoute-t-il, les reliques des différents wharfs construits à l’aide des troncs de rônier et appartenant aux maisons de commerce et à l’administration coloniale. Il en est de même avec les familles d’origine libano-syrienne implantées dans le département durant la belle époque de l’arachide. Aujourd’hui, nous dit-il, la famille Zerdan est encore présente à Passy où elle constitue un modèle d’intégration.

Le port ayant perdu son attraction et ses activités qui se sont amenuisées à vue d’œil, la ville commence alors à perdre sa popularité et sa population. Il en sera ainsi jusqu’à l’accession à l’indépendance, en 1960. « Quand nous arrivions à Foundiougne, en octobre 1968, il ne restait de cette période faste que des wharfs squelettiques qui défiaient encore les flots et de vieux magasins devenus le fief d’une multitude de chauves-souris », informe Maurice Ndéné Warore qui soutient avoir vu les derniers bateaux embarquer des arachides au port de Foundiougne en 1969. Des bateaux gros porteurs, souligne-t-il, qui chargeaient l’arachide et y déchargeaient des produits occidentaux. « On les voyait alignés au large du fleuve au niveau des wharfs des différentes maisons de commerce de la ville. Ce port fut à l’origine de l’essor de la ville sur le plan des échanges commerciaux entre le Sénégal et la métropole française », renseigne-t-il.

Abdou Diouf fait renaitre l’espoir
Aux lendemains de l’indépendance du Sénégal, note l’ancien maire Pape Momar Diagne, les rivalités politiques entre le président Léopold Sédar Senghor du Bds et Lamine Guèye de la Sfio ont beaucoup influé sur le déclin de Foundiougne. Selon M. Diagne, le président Senghor avait juré de tourner le dos à Foundiougne après sa défaite aux élections législatives de 1951 face à Lamine Guèye. « C’est une date repère à laquelle il s’est employé à accorder un mépris total vis-à-vis de la ville de Foundiougne durant tout son règne », rappelle-t-il. « Ce n’est qu’avec l’avènement du président Abdou Diouf, à partir de 1981, que la ville commence à retrouver l’espoir d’émerger », fait savoir Pape Momar Diagne.

« À l’époque, j’étais adjoint au maire de Malick Ndiogou, chargé de prononcer le discours de bienvenue au président Diouf. Ce dernier a retenu une seule doléance que j’avais évoquée à trois reprises : la route, pour enclencher le désenclavement de Foundiougne et profiter de ses énormes potentialités halieutiques, touristiques et agricoles ». Un potentiel qui reste toujours intact en dépit des difficultés de son exploitation grandeur nature et qui pourrait permettre à la ville d’atteindre l’émergence. Retraçant les atouts géographiques qui avaient fait de Foundiougne un chef-lieu administratif, un port et un centre commercial, Maurice Ndéné Warore estime que ces atouts pourraient être mis à profit dans le contexte politico-socio-économique actuel.

Il s’y ajoute la proximité du chenal qui se situe sur la rive gauche du fleuve Saloum et dont la partie la plus profonde passe non loin de cette rive gauche. C’est pourquoi, dit-il, les wharfs qui partaient de la rive avaient une dizaine de mètres de longueur et leur bout atteignait facilement un tirant d’eau entre 3,5 m et 4 m. Ce qui, selon lui, permettait aux bateaux d’accoster et de charger les arachides. « C’est pour cette raison que le bateau Diambogne ne peut toujours pas accoster au port construit à Ndakhonga, sur la rive droite, car il faut encore draguer du chenal jusqu’à cet aménagement », indique M. Warore.

Une relance de Foundiougne espérée avec le Pse
Il convient, selon Maurice Ndéné Warore, de rendre navigable le chenal à partir de l’embouchure jusqu’à Foundiougne, sur une distance de  65 kilomètres. Et d’y effectuer des balisages et de prendre en charge l’exploitation de la végétation du département de Foundiougne qui est le poumon vert du Saloum, notamment dans le Niombato et les îles Betenty qui sont encore couverts de forêts. Il y a aussi le parc du delta du Saloum et les îles du Gandoul qui sont couvertes de forêts de mangrove. « C’est dire que toutes ces données géographiques et naturelles devraient permettre de relancer Foundiougne et le hisser au rang de centre économique. Elles permettent des initiatives dans différents domaines comme la navigation maritime et continentale, la renaissance du port, le développement du tourisme, l’agriculture, la pêche, la pisciculture et l’ostréiculture, de même que l’apiculture », indique Maurice Warore.

Il suffit, à son avis, de prendre en compte le développement de Foundiougne à partir d’un réseau routier qui entrerait dans le désenclavement de la Casamance et de l’intégration sénégambienne. « Nous sommes à l’heure du Plan Sénégal émergent (Pse), il s’agit de développer tout le Sénégal de manière équilibrée. Le développement d’un quelconque coin du pays qui entrainerait le recul d’un autre ne serait point pertinent et ne serait pas non plus une action de développement, mais une croissance isolée. Le Pse ne devra pas être une addition de croissances, mais une multiplication d’actions de développement durable », fait-il savoir.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 09 juin 2017 15:18

A quelques foulées de cheval du poste de Karang, à la frontière entre le Sénégal et la Gambie, une route latéritique bordée d’anacardiers mène au village de Sirmang, reconnaissable à mille lieues par son imposant minaret qui dévisage les cieux. Ce bourg du département de Foundiougne, se trouvant à une trentaine de kilomètres de la capitale gambienne, Banjul, et dépourvu d’infrastructures, vit principalement d’agriculture et d’élevage. Diverses ethnies, témoignant des liens historiques entre les peuples sénégalais et gambiens, y développent une étroite solidarité. Dans ce patelin tranquille, on satisfait encore au principe de fraternité. On accueille les âmes d’ici et d’ailleurs avec le sourire et s’emploie à trouver remèdes à leurs maux, à dissiper les craintes et à entretenir les espoirs en faisant se mouvoir le visiteur dans un univers religieux qui ne nie point ses croyances ancestrales. Plongée dans un cosmos de ferveur religieuse et de délivrance des souffrances.

Vendredi- Le ciel darde ses rayons. Les rues sont désertes. Il n’y a que quelques mômes, des écoliers en tenue sur le chemin du retour et un cheval s’emballant qui leur donnent vie. Un haut-parleur perché sur le minaret distille des mélodies divines apaisant un grand arbre feuillu et branchu qui donne de l’ombrage à la devanture de la maison de l’homme de Dieu El Hadji Mama Ansou Niang. Un homme affable, d’une touchante humilité, neveu du marabout, y accueille les visiteurs. « Allez dans cet endroit là-bas, vous y trouverez deux bassines remplies d’eau bénite, formulez vos vœux avant de vous en asperger », dit-il en guise de bienvenue en pointant du doigt le « mouroir » des angoisses. A l’intérieur, le décor est presque austère ; juste un portemanteau dentelé bien serré sur la porte, deux bassins et une puisette pour apaiser ses angoisses.

Deux frêles garçons venus de Diourbel, les mines affligées, se conforment au rituel dès leur arrivée avant d’espérer rencontrer le marabout, Cheikh Tidiane Niang, digne continuateur de l’œuvre de son père. Ils en ressortent l’un après l’autre avec de légers chuchotements. Le dévoué et prévenant « chambellan » formule des instructions à leur endroit avec quelques marques de déférence comme s’il « aspirait » leurs maux par ses paroles rassurantes. Il affiche la même disponibilité pour chaque « patient ». Mamadou, « boulanger » venu du département de Mbour, lui, est un habitué des lieux. Il y vient depuis quelques temps pour soigner un mal qui le ronge depuis des lustres. « C’est un ami qui m’a conseillé de venir dans ce village. Depuis, après avoir rencontré le marabout, je reste ici toute la journée parce que j’ai fini par m’y plaire. Au-delà de l’amélioration de mon état de santé, il y a un sentiment de sécurité qui m’habite grâce à la prévenance et à l’amabilité des gens. Ils n’ont jamais exigé de moi un paiement pour les soins prodigués. Je donne en fonction de mes possibilités », dit-il. Des hommes et des femmes, comme ce couple gambien, y affluent pour s’attirer les bénédictions divines. Cette magnanimité est cultivée depuis des décennies par un ascendant, Cheikh Al Islam El Hadji Mama Ansou Niang, qui, loin de la lumière aveuglante des privilèges terrestres, s’est très tôt destiné à servir l’humain. La gratification divine vaut tous les sacrifices. Elle est le mobile de toutes les actions. Sirmang, c’est surtout une terre de dévotion. La ferveur religieuse donne une idée claire de l’immensité de l’œuvre du Cheikh qui a construit la grande mosquée en 1971. Son fils aîné, Cheikh Tidiane Niang, à la rhétorique exquise et à la science religieuse reconnue, en est l’Imam. Dans ce temple, les prières sont interminables. On implore le Seigneur pour qu’Il couvre les morts de sa miséricorde, pour que les continuateurs portent dignement le flambeau allumé par l’honorable créature et que soient menées à la prospérité du village toutes les actions.

Salon de toutes les espérances
Après la prière, les fidèles se ruent chez le patriarche. Les hommes prononcent les panégyriques à la gloire du Seigneur. Les femmes, à une encablure, suivent la cadence. Arrivés dans la cour de la maison familiale, ils tendent leurs mains pour recueillir les prières de l’imam avant de rencontrer le Cheikh si la santé le lui permet. Un grand salon, celui-là même où s’allongent les corps en quête de répit, accueille les premiers arrivés. D’autres se contentent de la cour. La « marée » dévote est productive d’émotions, de sentiments puissants et apaisants. L’image est fascinante. Elle est même émouvante. Cheikh Tidiane Niang et son jeune frère Abdou Aziz s’asseyent à côté de leur père marqué par le poids de l’âge mais la posture toujours digne, le visage rayonnant de la lumière des âmes que Dieu célèbre sur terre. Ses descendants rappellent aux nombreux fidèles les enseignements du Cheikh dont la source inspiratrice est la parole du Seigneur, le Coran. La présence de El Hadji Mama Ansou Niang emplit la salle d’espérances. Il produit un halo d’altruisme et de pureté.

Dans cet univers de ferveur, on donne beaucoup d’importance au Coran. C’est pourquoi, tout est fait pour que le « talibé » soit dans des conditions idoines pour réaliser des performances. Il a très tôt été expérimenté, ici, ce que les autorités publiques ont appelé des « daara modernes ». Dans les écoles coraniques de Keur Sette et de Sirmang, les apprenants, en internat, n’ont pas besoin de mendier pour se nourrir. On fait confiance à la terre et aux vertus du travail. Des élèves viennent de tous les horizons pour s’abreuver à la source du Coran dans un cadre approprié. Les enseignements sont dispensés dans des salles de classe avec près d’une dizaine de bâtiments. Les effectifs (des centaines) sont constitués d’enfants et d’adultes. La satisfaction d’avoir contribué à propager la parole de Dieu suffit au bonheur du guide religieux et à supporter un tel fardeau. L’idée, c’est de répandre le message divin, de former les hommes d’aujourd’hui et de demain et d’œuvrer pour une humanité en paix avec elle-même. On y apprend le Coran et les sciences islamiques et forme les pensionnaires aux métiers de la vie en fonction de leur inclination.

Cheikh Aliou AMATH,
Alassane Aliou MBAYE (textes)

Last modified on vendredi, 02 juin 2017 15:53

Foundiougne est une terre d’espoirs entretenus par ses potentialités et un champ étendu que sa jeunesse s’échine à ensemencer malgré les obstacles qui se dressent devant elle. L’emploi en est un malgré les promesses des graines semées par les agences de financement dédiées aux jeunes. Le sport, hormis la lutte traditionnelle, lieu de refuge et d’accomplissement social, peine à sortir la tête de ses enchanteresses étendues d’eau. Le manque d’infrastructures sportives et culturelles, cadres de distraction par ailleurs, sont des obstacles à l’épanouissement des jeunes et à la réalisation de performances.

Une dizaine de jeunes conversent sous des arbres feuillus autour d’une table encombrée de récipients, de bouteilles et de divers autres gadgets électroniques. Dans une chaleureuse ambiance, ils parlent avec enthousiasme de la première édition de l’événement culturel « Foundiougne reggae man groove » qui regroupe plusieurs chanteurs de reggae des Iles et des environs. On semble l’attendre avec impatience car, hormis le Festival annuel de Foundiougne, le « peuple » bûcheur de cette zone de la région de Fatick est rarement convié à de pareilles réjouissances même s’il peut se prévaloir d’avoir été deuxième lors du Festival national des arts et des cultures (Fesnac).

Les jeunes cherchent plutôt à s’assurer un avenir meilleur. « A l’époque, quand le bateau de croisière, Bou El Mogdad, était encore là, beaucoup de jeunes s’activaient dans le tourisme. En plus de cela, l’hôtel Le Piroguier a perdu de son attrait. Il y a moins de touristes et naturellement les personnes qui en tiraient des revenus substantiels ont vu leurs gains fortement baisser », indique Alcaly Diamé. Comme lui, beaucoup de jeunes de la localité ont embrassé le métier d’enseignant pour se prémunir contre l’incertitude. D’autres ont investi le transport avec les motos-taxis « Jakarta » qui pullulent sur les deux rives. La pêche à la crevette est également une des principales activités des jeunes bien qu’elle soit moins florissante aujourd’hui avec la baisse de la production et la concurrence de pêcheurs d’autres localités qui viennent y chercher fortune.

Toutefois, pense le chef de service départemental de la Jeunesse de Foundiougne, Seny Ndiaye, les financements attendus de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes (Anpej) et du Projet d’appui à la promotion de l’emploi des jeunes (Papej) sont porteurs d’espoirs. Regrette-t-il juste les lenteurs notées dues à des malentendus sur les apports en ce qui a trait au financement que devrait octroyer le Papej qui a retenu 40 projets dont quelques-uns conçus par des femmes. L’Anpej a retenu, quant à elle, 30 projets faits par des jeunes. Il lui semble nécessaire de changer de paradigme en travaillant davantage à donner une bonne formation aux jeunes ; ce qui, à ses yeux, a plus de portée que les subventions accordées lors des activités de vacances.

Le sport collectif et l’absence d’infrastructures
Seyni Ndiaye Cdeps FoundiougneComme dans plusieurs localités du pays, les jeunes de Foundiougne se plaisent à s’adonner à la pratique du sport comme à la fois une activité récréative et un moyen pour se réaliser socialement. L’effervescence que suscite le « navétane » (championnat populaire) en est une parfaite illustration. Le département de Foundiougne compte 14 zones réparties dans les 17 communes. Les principales disciplines collectives qui y sont pratiquées sont le football et l’athlétisme. Le basket-ball est dans une profonde léthargie malgré les discrets sautillements du club fanion de la localité, le Foundiougne basket club qui n’a pas pu participer aux compétitions faute de moyens. L’équipe communale de football qui végète dans les divisions inférieures des compétitions organisées par la fédération ne s’est pas engagée cette année pour des problèmes internes.

Les équipes, Diofondor et Académie football club de Foundiougne, essaient d’exister au niveau régional. Le volley-ball et la voile sont à leurs balbutiements. La ligue de natation y a été récemment installée grâce à l’excellent plan d’eau que la zone donne à voir. La principale difficulté à laquelle le sport collectif est confronté à Foundougne, chef-lieu de département, est liée à l’absence d’infrastructures de bonne qualité. « Le stade municipal qui dispose d’une tribune menaçant ruine est dans un état de délabrement avancé. Le seul plateau dont disposent les basketteurs est dans un piteux état. Les autres zones environnantes comme Passy, Sokone sont mieux loties », déplore l’inspecteur des Sports du département de Foundiougne.

La cartographie des infrastructures culturelles dessine à peu près la même réalité. Toubacouta a un centre d’interprétation avec un théâtre de verdure pouvant contenir jusqu’à 700 places assises et des salles d’exposition alors que la commune de Foundiougne ne dispose que d’une salle des fêtes. Celle de spectacles, logée dans le Centre départemental d’éducation populaire et sportive (Cdeps) également en mauvais état, a été transformée en salle d’informatique pour un programme de formation gratuite des jeunes.

La lutte, un éclair dans la grisaille
Babacar DioufS’il y a un sport qui suscite une passion exacerbée de jour en jour, c’est incontestablement la lutte traditionnelle ; un culte entretenu par l’enthousiasme débordant des populations et des lutteurs qui en tirent fortune et gloire. Foundiougne est un grenier de la lutte. Depuis la réforme du drapeau du chef de l’Etat instituant les équipes, la région de Fatick s’illustre de fort belle manière. Il y a, à chaque fois, au moins trois lutteurs qui sont de Foundiougne. En individuel, sur les 19 éditions, 14 vainqueurs sont de Fatick avec une belle moisson pour les athlètes de Foundiougne. Ici, on lutte le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche pour étaler ses prouesses et faire honneur à son village. L’arène municipale, en meilleur état que les infrastructures des autres disciplines, accueille, les soirs d’exhibition des possibilités du corps, des lutteurs et des gens férus de ce sport de divers horizons.

Chaque commune a un comité local de gestion. Avant l’ouverture de la saison, le président du comité départemental de lutte et l’inspecteur de la Jeunesse supervisent l’assemblée générale et l’élaboration du calendrier des compétitions. Chaque année, au moins 150 séances de lutte sont organisées dans le département. Chaque village choisit ses dates pour l’organisation des combats. La catégorisation des poids est en fonction des jours. Au-delà des aspects culturels et sportifs, la lutte est, dans cette zone, une activité et économique et sociale qui témoigne de la survivance des valeurs de solidarité. Les recettes issues de ces séances de lutte traditionnelle -les entrées étant payantes- permettent au comité local de participer à la bonne marche du village.

« Des classes ont été construites grâce à ces retombées ; des mosquées et des églises réfectionnées, des forages entretenus. C’est le village qui organise grâce à un fonds alimenté par des cotisations et un champ collectif. Cela leur permet également de prendre en charge les participants. Et nous, nous mettons à leur disposition des arbitres et des superviseurs. Nous ne nous occupons que de l’aspect technique », renseigne Babacar Diouf, président du comité départemental de lutte et également professeur d’Education physique et sportive. De plus en plus, des promoteurs, dont le fils de la défunte cantatrice Khady Diouf, Leyti Ndong, s’intéressent à ce milieu eu égard à l’engouement qu’il suscite et son intérêt grandissant. Le lutteur de Foundiougne ne jouit pas d’une grande célébrité comme celui de la capitale, Dakar, mais se fabrique un destin et cultive les valeurs de solidarité en faisant de ses triomphes un moyen de venir en aide à sa communauté. « Il y a beaucoup de lutteurs qui se sont constitués un cheptel grâce aux victoires engrangées lors des séances de « mbapatt ». Certains d’entre eux gratifient les organisateurs de bœufs à l’occasion des fêtes religieuses. C’est assez fort comme symbole de solidarité. Le lutteur ne s’extirpe pas de la réalité de son terroir parce que les victoires sont, ici, collectives ; ce sont celles de tout un village, de toute une communauté solidaire », magnifie Babacar Diouf tout en regrettant les horaires imposés par le regain des activités économiques. Les séances débutent vers 20 heures pour se poursuivre quelquefois jusqu’à 4 heures du matin.

« A l’époque, les joutes commençaient vers 14 heures pour se terminer à 19 heures. Malheureusement, à cause des marchés hebdomadaires et de certaines contraintes, nous entamons tard les séances. Cela pose un problème de sécurité et nous interpelle en tant que parents d’élèves. Nous ne voudrions pas non plus que certains en profitent pour se livrer à la débauche. Nous sommes en train de réfléchir à une meilleure formule », ajoute celui qui est par ailleurs entraîneur de lutte et de football (2ème degré).

Cheikh Aliou AMATH, Alassane Aliou MBAYE (textes) et Mbacké BA (photos)

Nécessairement, il faut qu’elles soient rondes. Tantôt sur les hanches, tantôt sur la chute des reins, on donne aussi du galbe aux fesses. La femme africaine, celle-là sénégalaise surtout, résiste difficilement à cette obsession. Le désir de séduire, d’envoûter son homme, d’exhiber sa commode et enviable situation dans son ménage et quelquefois pour son estime propre exacerbent cette manie. C’est presque devenu une imperfection de ne pas en avoir. Tout est alors bon pour avoir des rondeurs « aguichantes ». On enserre les hanches, prend des médicaments et applique des crèmes. Immersion dans les sphères où ces produits se vendent comme des petits pains.

Tous les artifices sont bons pour avoir des fesses rondes. A chaque silhouette, ses dessous. Petites fesses ou hanches fines. Le « guide » morphologique est là pour cacher ses petits « défauts ». Des imperfections de dame nature qui disparaissent avec l’aube naissante. Ces formes « disgracieuses », on les refait avec l’aide de gaines. Selon le professeur Cheikh Ibrahima Niang, socio-anthropologue, s’il y a une insistance sur une certaine partie du corps, c’est parce qu’elle est valorisée par la société. En effet, en Afrique, certains hommes privilégient les rondeurs car ce sont des signes de beauté.

« Le regard de l’homme sur les fesses va servir d’indicateurs sur le sexe, l’âge de la femme, sa capacité à donner du plaisir, sa beauté. Si ce sont ces traits que l’on cherche, la femme va les développer car ils deviennent une arme de séduction. Et, cette dernière est en fonction de ce qui est recherché. On va inventer un tas de choses pour mettre en valeur cette partie », explique ce chercheur qui en déduit que les critères de beauté sont souvent des points de cristallisation de ce que la société valorise le plus. « Si on utilise une chose pour séduire, c’est parce que cette chose mobilise toutes les attentions », ajoute-t-il.

Le business des fesses
A la gare de Dakar, une autre « Bamako » (la capitale du Mali) au cœur du centre-ville, le quotidien des vendeurs et des rabatteurs déroule sa pellicule sans discontinuité. Dans ce bouillonnant marché aux importuns accostages, le business des fesses fait recette. Il constitue une rente pour les faiseurs de miracles de toutes sortes qui apostrophent de potentiels clients pour leur demander le motif de leurs visites. Ils promettent de belles fesses, des seins qui aiguisent les appétits sexuels.

Dans cette « officine », bat le pouls d’une gent féminine qui remet en question les lois de la nature. Des fesses, des hanches ou des seins à tout prix. Des crèmes, aux comprimés en passant par les sirops, rien n’est négligé. Dans ce magma de mariées et de célibataires, la métaphore « les petites fesses n’ont rien à envier aux grandes si la porteuse sait bien les rouler » ne tient pas la route. Comme dans tout temple de l’informel, l’inquisiteur n’est pas le bienvenu.

Assis devant sa boutique où les étagères sont bien fournies en savons et crèmes de dépigmentation, autres astuces de femmes, ce Malien feint de ne rien connaître des méthodes ou des produits utilisés par les femmes pour développer leurs derrières. « D’habitude, ce sont les femmes qui les vendent. Demande à Awa, une vendeuse, elle pourra te renseigner », dit ce monsieur sous-estimant la faculté de l’œil de se promener partout. Sur une table installée devant son magasin, des boîtes sur lesquelles figurent des photos de femmes nues avec des fesses bien grosses. « Bobaraba » (grosses fesses en bambara), tel est le nom du produit. Un médicament à trois prises selon docteur « Miracles ».

Les rondeurs, un patrimoine ancestral
A quelques encablures de la rue Vincent, avenue Lamine Guèye, un autre marché malien tout aussi agité et prisé. Dans cette confusion d’individus, d’automobilistes, de pousse-pousse et d’étals, ces produits sont exposés à l’air libre sous les assauts de la poussière et des rayons solaires. Il est rare de trouver un étal sans ces produits. « Bobabara » en sirop ou en crème, « Pomme Ba », « denywell » en crème, entre autres. Des articles qui, selon une vendeuse, sont écoulés comme des petits pains. « Pour la plupart, ce sont de jeunes filles qui les achètent. La clientèle n’est pas seulement constituée de femmes mariées », renseigne-t-elle. 

Les femmes sénégalaises perpétuent un héritage, s’identifient à leur patrimoine ancestral. Selon le Professeur Niang, l’histoire des fesses rondes ou des rondeurs est universelle et a changé suivant les époques. « Il y a environ 200.000 ans, l’homme a pris une position debout. En observant la nature, son intelligence s’est développée. Des gènes qu’ils transposent au fœtus ou l’enfant à devenir. En effet, l’accouchement chez les femmes était devenu plus difficile car cette femme debout avait un canal étroit pour sortir la grande tête de sa progéniture. Ce qui fait que l’espèce humaine, en un moment, a failli disparaître car les bébés comme les mamans mouraient lors de la gestation.

Ainsi, elles ont développé leurs fesses pour faciliter l’accouchement. Ce qui faisait que les hommes qui voulaient avoir une lignée, choisissaient les femmes qui avaient des rondeurs ou de grosses fesses. Et à partir de ce moment, la belle femme est celle qui avait de grosses fesses », en a-t-il déduit dans sa thèse d’Etat soutenue en 2012 et intitulée : « L’anthropologie de la sexualité ». D’un ton ironique, il laisse entendre : « Quand on taquine un enfant, de nos jours, on lui dit, c’est son « thioukel » (sa tête) qui a failli emporter ta mère ».

De l’adaptation à la séduction
Par ailleurs, il constate qu’en comparant certaines statues en Europe avec les femmes africaines, on observe quelques traits de ressemblance (comme pour soutenir la thèse de Cheikh Anta Diop sur l’origine noire qui fait des premières populations européennes des Africains). Ainsi, il soutient que les fesses sont tellement associées à l’histoire de l’Afrique que quand ses populations sont sorties de ce continent pour en coloniser d’autres, notamment l’Europe, il y a 200.000 ans, elles sont parties avec ses traits. « D’ailleurs, c’était des signes de reconnaissance », renseigne-t-il. D’où est née, selon lui, la pratique de certaines femmes européennes qui mettaient des robes ou jupes bouffantes pour simuler leurs rondeurs. « Cet être, qui avait pris naissance dans le Rift vallée du Nil et qui était parti coloniser une partie de l’Europe, va être coincé par la glace. Cette boîte crânienne qui s’était développée également pour se défendre contre certaines maladies tropicales comme le paludisme, va se rétrécir. Le risque de mourir en couche diminue. Donc, ces femmes ne voyaient plus la nécessité de développer leurs fesses », conclut le chercheur. Une thèse qui explique la forme plate des Européennes qui mettent plus l’accent sur les seins. Des explications qui ont évolué dans le temps et dans l’espace pour épouser des contours économiques et sociologiques.

Mais, la constance, pour lui, est la survie de la mère et du bébé à l’accouchement. « La position verticale va correspondre avec l’idée que l’enfant va tomber. Toute la pression est exercée sur les fesses. Les groupes humains vont se dire que les fesses jouent un rôle pour la survie de l’enfant et la femme. Quand une femme accouche, on dit "mouthie na" (elle a survécu). Ce n’est pas gratuit ». En effet, illustre M. Niang, dès que vous avez une fille, vous commencez à la préparer.

« La manière dont on pratique le massage au garçon est différente de celle faite à la fille. Pour cette dernière, on insiste sur les fesses. On fabrique cette partie du corps depuis sa naissance car sa survie en dépendra. C’est toute l’obsession des rondeurs », souligne-t-il. Ici, le corps se fabrique. Par ailleurs, dans nos sociétés, une femme mariée doit être d’une corpulence forte, signe d’opulence et de bien-être dans son ménage. C’est cette tranquillité d’esprit et ce confort qui se projettent sur son corps.

Par Marame Coumba SECK

 

 

À Foundiougne se trouve la communauté du Loog, une entité unie depuis plusieurs siècles par l’histoire et la géographie. L’appartenance à une même ethnie (sérère) et l’insularité ont favorisé des relations de bon voisinage entre les populations des villages grâce à la mise en place d’instances regroupant leurs ressortissants. Aujourd’hui, ils partagent le même environnement, les mêmes contraintes et le même avenir.

Forte d’une dizaine de villages, à savoir Thiaré, Soum, Ndorong, Mbassis, Mbam, Sapp, Keur Samba, Gagué Bocar, Gagué Mody, la contrée du Loog, située au centre-ouest du Sénégal, explique Abibou Ngom, est limité à l’est, au sud et au sud-ouest par le Baagal qui est un prolongement du bras de mer du Jombos, un défluent du fleuve Saloum qui le limite au nord et au nord-ouest. Cette île du delta du Saloum, nous renseigne Abibou Ngom, actuel chef des services administratifs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), ex-Institut français d’Afrique noire, est entourée de toute part par les eaux du Saloum et ses défluents. « Autrefois, le Loog appartenait au Diognick, une province située au nord-ouest du royaume du Saloum. Actuellement, il se trouve dans la région de Fatick et renferme le chef-lieu du département de Foundiougne », précise-t-il.

Les premières installations humaines, informe-t-il, remontent à la protohistoire comme en témoignent les tumulus de sable (Poodoom en sérère) repérés entre les villages de Ndorong et de Mbassis. « Les populations actuelles du Loog ne revendiquent pas la paternité de ces édifices, mais l’imputent aux Socés, c’est-à-dire aux Mandingues qui seraient les premiers habitants des lieux. Selon Martin et Becker, fait-il savoir, ces édifices sont « des monuments funéraires réservés à des personnages importants ». De l’avis de ces mêmes auteurs, ces édifices remonteraient à l’époque de l’apogée de l’empire du Ghana, indique M. Ngom. « La tradition locale note que ce tumulus représente le tombeau d’un personnage nommé Jaal Manjooreen qui serait de la lignée maternelle des Wagadu. L’empire du Ghana, selon l’historien Ki-Zerbo, est aussi appelé Wagadu. À coté de ces tumulus se trouvent un village déserté appelé « O Mbetionga » et des champs délaissés appelé Xabaan, c’est-à-dire terres orphelines », souligne cet historien. Et de préciser que ces vestiges historiques montrent que les populations actuelles ne sont pas les pionniers de la localité. « Elles y ont succédé les Socés », relève-t-il. À en croire M. Ngom, « la fondation des villages actuels remonte aux environs du treizième siècle avec l’immigration de populations venues majoritairement du Gabou, cette aire géographique qui couvre la majeure partie des régions actuelles de Gambie, de Casamance et de Guinée-Bissau ».

À l’origine, nous dit Fodé Sarr, professeur de Svt, le Loog, c’était Mbassis, Mbam, Ndorong, Thiaré et Soum avant que des nomades ne quittent le Sine pour venir s’y installer. Ensuite, il y a eu Keur Samba Wané et Sapp qui datent de l’époque coloniale. « Quand le chef de canton venait, il appelait tout le monde là-bas. Puis, il y a eu les villages de Gagué Mody et Gagué Bocar, lesquels font aussi partie du Loog, et Bambou ».

Dans ce coin du département de Foundiougne, les populations, composées à plus de 90 % de Sérères, s’entendaient à merveille. « C’est un cercle, mais une même famille de même lignée aussi bien paternelle que maternelle. Tous les habitants sont d’une même famille culturellement et sociologiquement. Les familles que vous trouvez à Mbam sont les mêmes que celle que vous trouverez à Mbassis, Ndorong, Thiaré, entre autres », indique le maire de Mbam, Simon Diouf.

De l’avis du maire de Soum, Moustapha Ngor Léon Diop, « le fait que son village, l’un des plus grands du Sénégal à l’époque avec Dioffior et Thionck Essyl, soit devenu une commune doit être considéré comme un avantage, et cela ne change en rien les rapports de voisinage entre les populations qui doivent au contraire s’entraider pour que leurs conditions de vie puissent s’améliorer ».

Et, aujourd’hui que Mbam est passé commune, ceci doit traduire davantage en actes cette nécessité d’agir ensemble comme le souhaite le maire de Soum, qui se dit convaincu « qu’aucune entité ne peut aller seule sans les autres ». D’ailleurs, soutient-il, « sans le Loog, même Foundiougne ne peut pas marcher et vice-versa. Le développement, c’est que les trois entités doivent l’amorcer ensemble ».

Pour Abibou Ngom, Soum occupe une place de leader et de locomotive dans la communauté du Loog compte tenu de son poids économique (agriculture, extraction et commerce du sel et des cotonnades) et démographique. « En tant que havre de paix et de prospérité, Soum a été une terre d’accueil et de refuge. D’où sa forte démographie. Soum est aussi connu pour ses grands lutteurs et ses célèbres guérisseurs traditionnels. Bref, Soum était un village-centre de l’île de Foundiougne appelé « Loog », car ayant toujours été imprenable », explique M. Ngom. De même, ajoute-t-il, la ville de Foundiougne entretient d’intenses relations économiques avec les villages environnants qui constituent son hinterland. « Jadis premier port colonial de commerce du Sine-Saloum, l’essentiel des produits écoulés provenaient de ses environs où se pratiquait la culture de l’arachide. En gros, une forte interdépendance peut être notée entre Foundiougne et le Loog, une interdépendance qui rappelle les relations ville-campagne », informe-t-il.
 
Une presqu’île du département de Foundiougne
FoundiougneConseiller municipal à Mbam et deuxième secrétaire élu du Conseil départemental de Foundiougne, Lamine Sarr, natif de ce terroir, présente le Loog comme constituant la partie continentale du delta du fleuve Saloum. Il est bâti, selon lui, « sur un cordon littoral sableux, au modelé constitué de dunes et de cuvettes et se présente sous la forme d’une presqu’île cernée de toute part par la mer, à l’exception du couloir routier qui le relie à la commune voisine de Djilor. Le Loog comprend les communes de Soum et de Mbam limitrophes de celle de Foundiougne ». Mais, sur le plan pédologique, trois à quatre types de sol alternent selon les zones écologiques : les sols ferrugineux tropicaux (Dior et Deck), les sols hydromorphes des vallées, les sols halomorphes (sols salins, « tanne ») et les sols des mangroves observés dans les îles et les estuaires. Sur la terre ferme, les sols, essentiellement de type Dior sont propres à l’agriculture, notamment à la culture de l’arachide, du petit mil, du maraîchage et de l’arboriculture, tandis que les sols argileux des cuvettes sont par excellence le domaine de la culture du sorgho, mais surtout de la riziculture. Par ailleurs, souligne M. Sarr, « dans certains villages, comme à Mbassis, l’existence de basses terres situées en dessous du niveau de la mer et surtout de sols argileux imperméables expose les populations et les cultures aux risques d’inondation. En effet, le Loog a un « pêché environnemental originel » : le confinement et l’exigüité des terres liés à l’insularité ».

Il note que « c’est un terroir qui est coincé entre la mer et les communes voisines de Djilor à l’est, de Foundiougne au nord-ouest et il en résulte de faibles réserves foncières amoindries par l’existence d’une longue ceinture de pâturage, sorte de forêt classée que les populations ont décidé de réserver au pâturage pendant l’hivernage afin de protéger les champs agricoles. Cette forêt classée, en sus de son rôle environnemental et économique certain, contribue à l’apaisement des relations entre éleveurs et agriculteurs dont les champs sont protégés pour l’essentiel des attaques des troupeaux. Sa position géographique privilégiée, mi-continentale, mi-maritime, justifie son important potentiel agro-sylvo-pastoral, piscicole et touristique ».
 
Un riche patrimoine historique et culturel
Mbass CeremLa zone du « Loog » est essentiellement peuplée de Sérères qui cohabitent harmonieusement avec les Peuls majoritaires dans les villages de Keur Samba Wané, Gagué Mody et Mbam Toucouleur, tandis que la plus forte communauté d’obédience wolof réside à Sapp. Lamine Saar nous append qu’à la faveur de la péjoration du climat qui frappe durement la partie nord de la région de Fatick, le Loog se présente, depuis quelques années, comme un terroir d’accueil des populations du Sine. Aujourd’hui, indique-t-il, la zone compte environ 25.000 habitants. Et sur le plan historico-culturel, cette population est détentrice d’un riche patrimoine avec des lieux de culte dans chaque village : Laga Ndong à Ndorong, Ngaandé Saar et Saas à Thiaré, Pathine à Mbam, Diatta Waly à Mbassis, Poro Poro à Soum, etc. Il existe également des lieux célèbres de rencontre des initiés où se déroulent les cérémonies de divination avec les Saltigués ou d’échanges sur les problèmes qui secouent la localité.

Selon Abibou Ngom, l’appartenance à une même ethnie (sérère) et l’insularité auraient favorisé des relations de bon voisinage entre les villages du Loog grâce à la mise en place d’instances regroupant les ressortissants de chaque village. « Il s’agit de Xooy Raag ainsi appelé, car se tenant chaque année sur le lit de la marre appelé Raag. C’est une sorte de congrès annuel où l’on prédit certes l’avenir, mais où l’on discute aussi des problèmes de tout genre que rencontrent ou que pourraient rencontrer les habitants du Loog. À l’approche de l’hivernage, renseigne Fodé Sarr, tous les « Saltigués », avec leurs connaissances diverses, se réunissaient au niveau du « Raag » (la brousse) pour faire des prédictions sur l’hivernage, l’avenir, la protection de la communauté. Ces pratiques, indique-t-il, subsistent encore. « Il y a une forte cohésion qui a été un peu effritée avec la communalisation, le village Soum étant passé commune, le reste constitue la commune de Mbam », soutient-il.

Il y a aussi le Xooy extraordinaire de Paak xa daq (à distinguer du xooy ordinaire du même lieu) réservé en particulier aux questions de sécurité, selon Abibou Ngom. « Il s’agit là d’une instance spéciale à laquelle chaque village se fait représenter par deux dignitaires. Le nom de circonstance est alors « O ndan nu looloog », peu connu de la majorité des habitants du Loog, explique M. Ngom.

À la faveur de ce riche patrimoine immatériel auquel il faut ajouter l’hospitalité des populations, les opportunités de pêche sportive et d’implantation de réceptifs hôteliers, la visite de la zone est un itinéraire presque incontournable pour les visiteurs.

Toutefois, la localité n’a pas, jusqu’ici, tiré profit de ses nombreux avantages comparatifs, souligne Lamine Sarr, relevant que ce sont des opportunités géographiques qui cachent mal les contraintes physiques du Loog qui, malgré leur ténacité, doivent être perçues comme des défis à relever. D’autant que dans le domaine démographique, les 25.000 âmes du Loog vivent sur une superficie inférieure à 15 km2 tout en s’activant à la fois dans les secteurs de l’agriculture, l’agropastoralisme et la pêche. « Le Loog se confond dans une végétation composée de savanes arbustives qui renferme, du côté de la mer, la mangrove qui peuple les nombreux bolongs (bras de mer) serpentant le territoire départemental de Foundiougne. Et à la lisière de ces bolongs se trouvent généralement des sites boisés et sacrés comme : Lagga Ndong, par exemple, qui est situé dans la zone de Ndorong, dans la commune de Mbam. Une diversité géographique justifiant son important potentiel agro-sylvo-pastoral, piscicole et touristique », explique M. Sarr.

Dans cette contrée du Loog, les difficultés ne manquent pas. Le problème majeur auquel les populations sont confrontées reste l’accès à l’eau potable que seul le transfèrement peut régler de manière définitive. Le maire de la commune de Soum souhaite que leur commune soit raccordée au projet « Eau potable Notto-Ndiosmone-Palmarin » à partir de l’île de Baout  pour résoudre la problématique de l’approvisionnement en eau. Il s’y ajoute l’achèvement des travaux de la piste Soum-Foundiougne-Mbassis-Mbam tant souhaité par les populations qui sollicitent également des infrastructures sanitaires et éducatives, de même que des équipements et matériels agricoles.

Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)  

Le village de Karantaba, situé  dans la  région de Sédhiou était noir de monde les 9,  10, 11, 12 mai 2017. Des milliers de fidèles venus des contrées du Sénégal, de la Mauritanie, du Mali, de la Gambie, de la Guinée Bissau et de la Guinée ont convergé vers  l’un des plus grands  foyers de diffusion de l’enseignement coranique dans l’espace sénégambien. Sa mosquée construite depuis 800 ans, les tombes des érudits de l’Islam ont reçu des milliers de fidèles de jour comme de nuit. Le village conserve bien sa vocation et l’étymologie de son appellation. 

Le quai d’embarquement de Sédhiou bascule dans une relative effervescence. Des minicars, des camions, des particuliers forment une file. Les motos « Jakarta » déposent des clients. Des mécaniciens réparent la rampe du bac. Les clients, les plus pressés enfilent des gilets de sauvetage et sautent dans des pirogues motorisées. Les embarcations, les moteurs en marche, font cap sur Sandiniéry qu’elles atteignent au bout de moins  d’une demi-heure. Sur la terre ferme, des rabatteurs hèlent les passagers en répétant : « Ai Wa Karantaba », « Karantaba ». Les fidèles se dirigent vers  des minicars immatriculés au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau. Des voitures bondées de clients et aux porte-bagages pleins de chargements quittent à vive allure Sandiniéry. Elles s’engagent sur une piste cahoteuse par endroits et carrossable dans d’autres sections. Des chants religieux, amplifiés par des haut-parleurs, rythment le voyage vers le village des érudits. Des champs d’anacardiers et des plantations de manguiers se succèdent.  Karantaba se signale au loin par des déclamations du Saint-Coran. Après le rallye, des fidèles imposent aux conducteurs de ralentir. La voie principale fourmille à hauteur du poste de santé. Des vendeurs de tissus, de friandises, de draps, de matériels agricoles, d’huile de palme, de mangues, de bananes, etc. ont leurs étals sur les dépendances de l’artère principale. Toutes les ruelles secondaires transbordent comme les affluents d’un fleuve en crue.

« Ce n’est pas encore l’affluence. Le gamou, c’est demain. Le village  de Karantaba est béni. Personne n’y peut rien  », s’exprime avec un air de fierté Vieux Seydi.  Dans l’enceinte des concessions, des fidèles déclament des chants religieux. D’autres battent des « tabalas » (tambours). Des louanges à Dieu et à son prophète Mouhamad (Psl) sont bien enrobées en langue mandingue. « Le village bat à ce rythme, c’est l’un des rares, pour ne pas dire unique village, au Sénégal où il y a une intense activité religieuse qui précédé le gamou », nous confie Soulèye Camara.

Le village des mosquées
Jusqu’à minuit, ce mercredi, des bus, des minicars, des « Ndiaga-Ndiaye » continuent de déverser leur chargement sur la cité. Les rares espaces libres aussi bien à l’artère principale que dans des  rues secondaires se transforment en gares routières temporaires. Ce village religieux a sa particularité. A quelques mètres du poste de santé, une mosquée en construction fait face à une autre.  Toutes les deux donnent sur l’artère principale. Un peu en amont en face de la maison du maire, une ancienne mosquée fait figure de nain au pied d’une nouvelle. Leur répartition spatiale est une incitation à la prière en groupe. C’est comme si les anciens ne voulaient pas que des  passants trouvent une bonne excuse pour rater  l’heure de prière. Depuis une lointaine époque, des guides religieux ont dédié leur vie à l’adoration de Dieu. Chacun cherchait, avec une certaine obsession, une élévation spirituelle en tournant le dos à ce monde si éphémère. A l’intérieur des quartiers on peut voir çà et là d’autres mosquées. La localité où vivent 7000 âmes au dernier recensement  porte bien son nom. Ni le temps, ni le flux de la modernité  ni la quête du mieux-être n’altèrent l’essence du fondement de Karantaba. La tradition littérale de Karantaba en mandingue signifie le brasier autour du duquel on apprend le Coran. « Normalement toute personne qui est née à Karantaba doit maîtriser le Coran et doit être bien éduquée. Ce village a produit de grands érudits de l’Islam », professe un guide religieux après l’intervention du gouverneur de la région de Sédhiou, Habib Léon Ndiaye lors de la cérémonie d’ouverture.

Le chef local de l’exécutif a mesuré toute la place que les hommes et les foyers religieux dans la consolidation de la  cohésion nationale. Le représentant des familles religieuses, El Hadji Fakéba Solly a magnifié la contribution de l’Etat à la réussite de l’organisation du grand rendez-vous de la foi. Dans la foulée, le président du comité d’organisation a salué la prise en charge de la réhabilitation de la grande mosquée par le gouvernement et l’engagement du ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye. La cérémonie officielle a été sobre. Le village retourne à ses fondamentaux : la propagation des enseignements islamiques. Dans des certaines de concessions, on récite le Coran de façon presque continue.  Des louanges à Dieu et au prophète Mouhamad (Psl)  émanent de partout. « Ici, nous avons 9 grandes familles religieuses. En réalité, Karantaba est un village de marabouts », me confie un de mes tuteurs, lui-même issu d’une des grandes familles religieuses. La graine semée par les érudits a bien porté ses fruits. Depuis 1976, le village célèbre  son gamou sans tambour ni trompette. Mais l’évènement a  dépassé les frontières du Sénégal. Il suffit de jeter un regard sur les plaques d’immatriculation des véhicules pour se rendre compte que la cité n’est pas dans l’anonymat. « Les anciens faisaient leur gamou sans se rapprocher de l’Etat, au fil des années, cela a été perpétué. L’évènement a pris actuellement  une dimension internationale et l’affluence est devenue plus importante », témoigne  le maire de Karantaba, Seydi Solly au cours d’un échange à  son domicile.

Le recueillement nocturne sur des tombes
Depuis 800 ans, Karantaba  a construit sa réputation sur la transmission des enseignements de l’Islam, la diffusion des connaissances coraniques. Son étoile illumine encore sur l’espace sénégambien au sens large du terme. Ce jeudi 11 mai,  la nuit tombe sur la cité sans voiler l’effervescence religieuse. Au marché, on marchande à tout bout de champ. D’autres commerçants, le corps couvert de poussière, dorment sur les sacs et des nattes étalés à même le sol. Il fait jour au marché à minuit. Des fidèles se faufilent entre les cantines pour rejoindre le site d’où est parti le peuplement du village fondé par l’homme de Dieu Foderba Dramé.

Ici, des hommes, des femmes, des jeunes garçons entrent dans un bâtiment abritant des tombeaux. Ils jettent des pièces de monnaie. Les gardiens des lieux formulent des prières. Ils ressortent et entrent dans un caveau où des moustiquaires sont accrochées aux  lattes de bambou. Chacun, formule des vœux et puis lance quelques pièces, des bougies ou du sucre dans une calebasse. Des pèlerins tendent les mains pour la prière commune d’abord. Puis ils  se tournent vers le levant. Des hommes récitent des versets. Après cette étape, la procession traverse la cour d’une concession où d’autres pèlerins dorment.

Une mosquée à part    
Derrière, cette grande concession, des groupes  se recueillent sur d’autres tombes. Depuis de longues années, dans ces sites, c’est vers l’aube que des fidèles viennent se recueillir dans les mausolées des érudits qui reposent  sur la terre sainte. « Karantaba est un endroit où tous ceux viennent pour des bénédictions voient leurs vœux se  réaliser. Ici, il y a quelque chose que l’on ne trouve pas ailleurs », confesse un septuagénaire établi au village de Kafoul et qui a passé 35 ans à Karantaba auprès de son maître.

 Il n’y avait pas de place pour la prière de l’aube  du jeudi dans la mosquée. Des foules de fidèles avaient pris d’assaut l’ancienne mosquée, construite avec la terre bâtie. L’édifice se distingue avec  ses multiples portes internes et ses murs intérieurs servant à séparer les files de fidèles. A  l’intérieur de la moquées multiséculaire, des  fidèles, les uns et après les autres,  posent  leurs  mains et leur visage sur  des effets des premiers imams cousus  dans un tissu et qui sont incrustés dans des murs. A l’extérieur, des femmes se massent. Elles se recueillent.

D’autres pèlerins emportent de l’eau bénite contenue dans des canaris alignés dans la cour. L’affluence atteint un nouveau record, lors de la prière hebdomadaire du vendredi. Déjà à 11 heures, le lieu de culte est pris d’assaut. Jusqu’à plus de 100 mètres à la ronde de l’extérieur de l’enceinte, les fidèles étalent leur natte. D’autres envahissent des cours des concessions où ils forment d’autres rangées. A la fin de la prière, des fidèles se précipitent  vers des véhicules. Le village religieux commence à se vider sans que la ferveur ne s’estompe. 

Par Idrissa SANE

Foundiougne, presqu’île située à 22 kilomètres de Fatick, ne brille pas d’attraits que par son passé glorieux rappelant son importance pour la puissance coloniale. Elle dispose de ressources naturelles qui font sa renommée. La pêche à la crevette, activité économique impliquant une bonne partie de la population locale, offre des opportunités d’accomplissement aux divers acteurs en même temps qu’elle interpelle sur les pratiques illégales et irresponsables. Celles-ci concourent à la baisse de la quantité du produit dont la valeur commerciale estimée tourne autour de trois (3) milliards de FCfa par an.

Ousseynou Sall, fringant et convivial jeune homme, devenu enseignant à l’Ile de Niodior, ressasse la « belle époque » avec nostalgie. Pour combler ses désirs de jeunesse ou obéir à un caprice, il s’adonnait occasionnellement à la pêche à la crevette. Aujourd’hui, cette activité est moins attrayante du fait de la baisse de la capture. Les statistiques font état de 250 à 300 tonnes de crevettes collectées par an. A une certaine époque florissante, la moyenne annuelle, dans tout le département, atteignait 800 tonnes au grand bonheur des divers acteurs qui y trouvaient leur compte. L’abondance des ressources démersaux a pendant longtemps occulté la nécessité d’organiser le milieu. En plus des pêcheurs locaux et des environs, il y a d’autres acteurs provenant de divers horizons : Casamance, Gambie, Joal et même quelquefois la Guinée-Bissau. Cette même mobilité caractérise les pêcheurs de Foundiougne qui fréquentent également d’autres centres comme Joal, Djifer, Kafountine, Cap Skiring, Dakar et les pays limitrophes comme la Gambie et la Guinée-Bissau.

Par ailleurs, la surpêche trouve une explication dans la régression de l’agriculture à Foundiougne qui est une commune semi-urbaine ; ce qui accroît la population de pêcheurs. En outre, cet espace est particulièrement prisé grâce à la disponibilité du carburant, de la glace et aux facilités de commercialisation. Il est, de ce fait, un des principaux centres de débarquement de la localité. Les produits frais débarqués sont destinés à l’autoconsommation, au mareyage et à la transformation. Les produits transformés sont constitués, pour l’essentiel, de « tambadiang » (poissons fumés et séchés) et de crevettes séchées.

La mainmise des mareyeurs
Crevette Foundiougne« L’approvisionnement, confie Joseph Sarr, président du Comité local des pêcheurs (Clp), se fait à partir du centre de mareyage où les pêcheurs concentrent leur production. Cette infrastructure a été construite par l’Etat ». Les mareyeurs absorbent l’essentiel de la production exposée à la vente. Le reste est pris en charge par les micros mareyeurs et les convoyeurs d’usine. Selon celui qui est par ailleurs le coordonnateur du Conseil local de pêche artisanale (Clpa), les moyens insuffisants dont disposent les micros mareyeurs locaux ont une incidence insidieuse sur la commercialisation en cela qu’elle profite beaucoup plus aux mareyeurs. Ces derniers, contrairement aux premiers déjà cités, disposent de camions. Une évaluation sociale, économique et politique des sites pilotes effectuée dans le cadre du programme de Gestion intégrée des ressources marines et côtières (Girmac) faisait remarquer ceci : « Le bénéfice total réalisé par chaque mareyeur est compris entre 1.095.000 et 2.880.000 FCfa par opération. Cette marge commerciale est incessamment décriée par les pêcheurs qui estiment être exploités par les mareyeurs. La taille marchande semble être le premier facteur influençant les prix ». Cela est d’autant plus préjudiciable que la plupart des mareyeurs exercent des activités parallèles.

Les autres écueils ont trait à l’écoulement, à la baisse de la production et à la concurrence entre mareyeurs. Pour ce qui est de l’écoulement, Joseph Sarr fait de la construction d’un complexe frigorifique un besoin impérieux. Cela permettrait, à l’en croire, de stocker le produit dans les périodes de grande abondance. Celui promis par l’Etat du Sénégal, en plus des deux camions frigorifiques quoiqu’insuffisants, est un début de réponse à l’équation que constituent la conservation et l’écoulement des crevettes.

Adama Ngom est une femme transformatrice depuis sa tendre jeunesse, activité bien prisée par la gent féminine de la commune de Foundiougne. Cette occupation lui permettait, sur un investissement de 100.000 FCfa, de réaliser un bénéfice de 20.000 FCfa après trois jours de séchage. Hélas, ce souvenir hante le quotidien maussade et brise les espoirs d’un avenir prospère !

La détresse des transformatrices
La faute incombe « aux hommes transformateurs d’ici et d’ailleurs qui nous font une concurrence déloyale et presque monopoliste. Quand, par exemple, nous achetons le kilogramme à 800, eux peuvent s’en procurer à 1.000 FCfa. Ce qui réduit considérablement nos marges bénéficiaires ». Cette « compétition » raccourcit la campagne de crevettes des transformatrices obligées de minimiser les risques en réduisant les investissements. Certaines parmi elles se détournent du milieu au grand dam de leur progéniture qu’elles entretiennent grâce à cette activité.
« Au début de la saison, en septembre, les crevettes abondent dans le marché. Ce qui nous permet, avec les prix assez abordables, de participer à la campagne. Mais, au fur et à mesure qu’elle avance, le produit, pour plusieurs raisons et surtout du fait des hommes venus chercher fortune ici dans la transformation, devient inabordable pour les maigres budgets », se plaint, de son débit régulier, Adama Ngom. Depuis trois mois, elle a arrêté cette activité parce que ne pouvant pas s’en sortir avec le prix appliqué sur le marché. « C’est un déchirement, une douleur profonde que j’éprouve parce que je me plaisais, depuis ma tendre enfance, dans cette activité ». Se suffit-elle juste à vendre quelques sachets de crevettes sur l’une des deux rives reliées par le bac afin de ne pas laisser son époux, pêcheur (son fournisseur quand la mer est généreuse), s’occuper seul des dépenses de la maison. Pis, de l’avis des acheteurs, le produit transformé par les femmes est de meilleure qualité ; le temps de préparation étant plus long. Les « intrus » sèchent les crustacés en un jour contre trois chez les transformatrices. Ici, la crevette n’est pas seulement un vulgaire produit à écouler quel que soit sa qualité. Les bonnes dames chérissent une vertu, la patience, qui en est le gage. Les « capitalistes itinérants » des îles n’ont pas le même rapport avec le « diamant » local.

La cogestion, une bouée de sauvetage
Vendeuse crevettesLa commune de Foundiougne est une zone de prédilection des crevettes. Ce qui la rend très attrayante. Beaucoup d’acteurs y interviennent. On y trouve nombre de pêcheurs qui ne sont pas originaires de la localité. Cela nécessite non seulement un encadrement de l’Etat mais aussi une implication des acteurs pour une utilisation responsable de la ressource. En dehors des initiatives des partenaires au développement et de celles des comités locaux, la législation sénégalaise, le code de la pêche notamment, est assez dissuasive malgré les difficultés liées à son application. Ces obstacles, selon l’inspecteur départemental des pêches, Mamadou Wade, sont réduits grâce à la création des conseils locaux de pêche artisanale par l’Etat avec l’ancien code abrogé en 2015. Ils prennent en compte les spécificités biologiques, environnementales et sociales de chaque espace.

Pour l’accès à la ressource, il faut avoir un permis de pêche (5000, 15000 ou 25000 FCfa par an), un engin et une maille réglementaires et un gilet de sauvetage. Il est interdit de pêcher dans une zone à une période interdite. Ces dispositions ne sont pas toujours respectées. La diminution des volumes et de la taille moyenne des débarquements de crevettes en est la principale conséquence. Ce qui contribue, par ricochet, à la baisse des revenus des pêcheurs.

Ainsi, dans le cadre du programme Girmac financé par la Banque mondiale, deux objectifs étaient visés. « Le premier consistait à observer un repos biologique et le deuxième avait trait à la prohibition des crevettes immatures du circuit de distribution à travers le contrôle des opérations de pêche et le remplacement des filets non réglementaires », informe Mamadou Wade. Dans ce sens, en 2007, il a été décidé d’observer un repos biologique au mois d’août de chaque année afin de protéger les femelles grainées. Une telle initiative devait être concomitante à la vulgarisation des filets à grande maille qui permettent de protéger les juvéniles. Le projet avait permis l’achat de plus de 2.000 filets pour rayer ceux dits « bombardiers » des eaux de Foundiougne. Toutefois, regrette l’inspecteur départemental des pêches, certains continuent les mauvaises pratiques. Le projet Usaid Comfish s’emploie également à sensibiliser les acteurs grâce à une collaboration avec deux radios communautaires de Foundiougne et de Bétenty. C’est une vraie vitrine pour l’agent de l’Etat qui ne peut effectuer des sorties fréquentes en mer du fait de la logistique et du personnel qu’elles requièrent.

Il est appuyé dans cet exercice par le Comité local des pêcheurs créé en 2006 pour mettre fin à l’anarchie dans le milieu. C’est un exemple de cogestion qui a été appuyé par le programme Girmac. Mais, après la fin de ce dernier, le projet de Gestion intégrée des ressources halieutiques lancé par la Banque mondiale n’a pas eu les effets escomptés. C’est par la suite, en 2010, que le Programme régional des pêches en Afrique de l’Ouest (Prao) a été lancé. C’est surtout, de l’avis de Joseph Sarr, également coordonnateur du Réseau régional des Clpa de Fatick, dans la réduction de la pêche illicite et la surveillance que ce programme pouvait avoir un grand impact. Il espère que sa reconduction (le projet ayant pris fin en décembre 2014 et reconduit jusqu’en septembre 2016) permettra une meilleure prise en charge des zones marines protégées et une utilisation responsable de la ressource. Il y va du devenir de millier d’individus. L’espoir réside dans la prise de conscience des populations convaincues de la pertinence des initiatives de cogestion. Foundiougne ne saurait se compromettre. La réduction de la pression de pêche dans les zones de reproduction, de refuge et de croissance des crevettes, plus qu’un problème de survie de l’espèce et des hommes, est une question de dignité, du présent et de l’avenir.

Par Cheikh Aliou AMATH, Alassane Aliou MBAYE (textes)
et Mbacké BA (photos)

Last modified on lundi, 15 mai 2017 16:38

Longtemps considéré comme la quatrième destination touristique du Sénégal, le Delta du Saloum, inscrit sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’Unesco, regorge d’un potentiel énorme. Un attrait touristique considérable qu’on peut remarquer à travers la diversité de l’offre qui allie tourisme culturel, de découverte, balnéaire et sportif (chasse et pêche). Le Delta du Saloum offre un cadre géographique et bioclimatique unique, porteur de développement durable. Découverte.

Avec son charme impressionnant, le Delta du Saloum est engoncé dans le département de Foundiougne qui est ouvert, à la fois, sur l’Océan Atlantique par le biais du fleuve Saloum et à la terre ferme, occupant ainsi une position géographique privilégiée, mi-continentale, mi-maritime, où l’insularité et la continentalité se côtoient du fait de l’interpénétration quotidienne. Mieux, cette zone, par la voie maritime, relie le Sénégal à deux pays voisins que sont la Gambie et la Guinée Bissau. Partie intégrante de la destination touristique du Sine-Saloum, le Niombato se pointe dans la partie du Sud Saloum qui comprend le département de Foundiougne avec un embranchement sur Passy, Toubacouta, Missirah jusqu'à l’île de Djinack, à l’embouchure entre l’océan et le fleuve Saloum.

L’autre partie du Saloum Nord part de Fimela à Niodior, en passant par Ndangane Sambou, Palmarin et Djiffer. L’environnement naturel du Niombato, c’est aussi ces nombreux sites classés patrimoines mondiaux. Mahécor Diouf, gestionnaire du site, renseigne que le Delta du Saloum renferme une grande diversité de paysages et d’écosystèmes maritimes qui permettent la survie de nombreuses espèces animales et végétales. Selon lui, l’importance des ressources naturelles a fait de cette zone un espace de vie particulièrement favorable au développement de la faune et de l’avifaune. Pour ce diplômé d’un master en Gestion du patrimoine culturel à l’Université Senghor d’Alexandrie en Égypte, le Delta se compose de neuf forêts classées, d’un parc naturel, d’une aire marine protégée et de réserves naturelles communautaires.

Avec ce potentiel impressionnant très riche et varié, on se rend compte de la beauté qui le caractérise avec ses endroits paradisiaques très adorés par les visiteurs. Le soleil y joue une part importante à longueur de journée ainsi que la réserve naturelle du Delta du Saloum avec sa grande forêt de Fathala et les îles Bétenti et du Gandoul qui représentent l’avenir de l’éco-tourisme sénégalais. Un attrait touristique qui cohabite avec les différents villages de pêcheurs, les facettes culturelles sérères et mandingues, favorisant ainsi un véritable tourisme de découverte.
 
L’une des plus belles baies du monde
Delta SaloumCet univers amphibie composé d’un chapelet d’îles, d’îlots et de méandres est, selon Mahécor Diouf, marqué par une potentialité écologique et culturelle exceptionnelle. « On y note la présence de plusieurs amas coquillers dont certains sont érigés en tumulus funéraires avec des sépultures accompagnés de riches mobiliers », indique-t-il. Dans cette même zone, il a été recensé plus d’une vingtaine d’îles, ce qui justifie d’ailleurs son surnom de « Polynésie du Sénégal ». Une appellation d’autant plus pertinente que les conditions bioclimatiques ont favorisé, à l’image de la Polynésie française, l’installation d’une végétation de mangrove composée essentiellement de palétuviers sans oublier les nombreux cocotiers surtout dans les îles de Bétenti, de Dionewar et de Niodior, mais également l’île aux oiseaux. L’ensemble des îles du Saloum offre, selon Mahécor Diouf, un charme impressionnant à travers sa faune et sa flore variée, sa population cosmopolite.

Promoteur touristique à Sokone, Baba Elimane Ndao qualifie le Delta du Saloum comme « l’un des plus beaux sites naturels d’Afrique occidentale avec ses mangroves situées en bordure de l’Océan Atlantique, véritable labyrinthe d’îles et de rivières qui comptent parmi les plus poissonneuses au monde ». Cette zone, note-t-il, est, pour nous, un paradis vert qui se caractérise par la richesse de sa faune et de sa flore avec pas moins de 650 espèces d’oiseaux répertoriées. L’autre particularité est que le Sine Saloum bénéficie de deux classements mondiaux, comme l’a souligné Issa Barro, président du syndicat d’initiative et de promotion touristique de la région de Fatick. « Le Delta du Saloum est d’abord membre du club des plus belles baies du monde depuis 2005 et est aussi classé Patrimoine mondial de l’Unesco », indique-t-il. Il s’y ajoute, selon M. Barro, qu’entre le littoral et l’arrière-pays, il y a un patrimoine matériel et immatériel immense.

« Vers le Sine, il y a la maison royale et l’installation de l’écomusée de Diakhao qui permettent de savoir ce qui s’est passé dans le Sine des siècles plus tôt, le Djognick avec Djilor comme capitale, les îles du Saloum, Toubacouta, Missirah et l’ensemble des îles », explique-t-il. En somme, note-t-il, c’est tout un ensemble d’une biodiversité qui fait que le Delta du Saloum est une destination qui pourrait nous valoir une grande satisfaction. Toutefois, relève-t-il, force est de reconnaître que depuis le mois de décembre dernier, une hausse du taux de fréquentation est constatée par rapport aux deux dernières années.
 
Légère hausse de la fréquentation
Pour M. Barro, il s’agit de mener des actions de promotion intensive dans le monde pour rendre plus visible cette destination. Le président du syndicat d’initiative de Fatick est convaincu qu’avec la promotion qui reste d’ailleurs une priorité pour les acteurs, le tourisme pourrait se développer davantage dans le Delta du Saloum. « Aussi, il faut développer davantage l’activité touristique à travers la création d’établissements adaptés à ce milieu », soutient M. Barro. Selon lui, la durabilité de cette activité dépend également de ces aspects qu’il nous faut prendre en considération. D’autant que la tradition veut qu’il faille toujours aller montrer à l’extérieur ce que nous avons et cela réduit considérablement la possibilité de faire découvrir notre potentiel.

« Mais, le mieux, c’est d’arriver à organiser au Sénégal un grand salon de tourisme international pour l’Afrique de l’Ouest qui va nous permettre de vendre la destination Sénégal, mais aussi certains pays proches comme la Gambie, la Mauritanie et le Maroc », estime-t-il. Aujourd’hui, se réjouit M. Barro, une hausse de la fréquentation a été notée par rapport à l’année passée où c’était une catastrophe. « Ici, nous avons enregistré une augmentation de 7% par rapport à l’année dernière à la même époque, avec une moyenne annuelle qui oscillait entre 23 et 24 contre 30 et 33 aujourd’hui », précise-t-il. Cette évolution, indique-t-il, est due à la stabilité politique du Sénégal qui n’est pas touché par le terrorisme. Ce qui fait, selon lui, que la destination, par rapport au reste de l’Afrique, reste une destination sûre et attractive.

« La paix est revenue en Casamance, une région qui n’est plus classée dans la zone orange. Cela a aussi participé à booster la fréquentation. Au niveau local, il y a une nette amélioration des voies de communication. Des routes et des pistes ont été réalisées. Tout cela, relève-t-il, a facilité la mobilité des touristes et des opérateurs et a considérablement boosté la fréquentation. Selon Issa Barro, la situation antérieure qu’avait connue la zone et liée à un problème de mobilité, a maintenant trouvé une solution heureuse avec la réparation complète de toutes les routes d’accès, notamment les axes  Kaolack-Karang et Foundiougne-Djilor-Passy-Sokone.
 
Un secteur à réorganiser à Foundiougne
Illes du SaloumDans une dynamique de promotion du tourisme dans le département, le souci d’organiser le secteur hante le sommeil des autorités municipales de la commune de Foundiougne dans sa quête d’émergence. Le maire, Babacar Diamé, dresse un tableau sombre de la destination Foundiougne. Le constat actuel, fait-il remarquer, est que le tourisme dans la cité de Laga Ndong est sauvage et mal organisé. Cela, indique-t-il, pose de sérieux problèmes qu’il faut résoudre à travers une bonne organisation, un bon encadrement et la création d’un cadre d’accueil exceptionnel. Aussi, ajoute le maire Babacar Diamé, il urge de réhabiliter certains réceptifs en état de délabrement comme l’hôtel Foundiougne et mieux organiser les campements pour qu’ils soient répertoriés, identifiés et immatriculés.

A son avis, c’est ce qui permettra de mieux gérer cet espace touristique comprenant les guides touristiques qui seront formés, les campements, les hôtels, etc. Dans cette perspective, souligne-t-il, la mairie a déjà un projet de réfectionner son campement municipal dont les travaux sont en cours. A terme, fait savoir le maire, le réceptif sera doté d’une vingtaine de chambres et d’une suite présidentielle comprenant toutes les commodités. Tout cela permettra à Foundiougne d’avoir ses propres infrastructures. L’autre particularité de la baisse du niveau de fréquentation des quelques réceptifs hôteliers installés à Foundiougne, c’est la concurrence déloyale notée avec la prolifération des résidences privées, des maisons meublées.

Il s’y ajoute le manque d’infrastructures hôtelières d’envergure pouvant accueillir une importante clientèle, estime Famara Diamé, président du syndicat local du tourisme. L’hôtel Foundiougne (ex-hôtel piroguiers) qui a fait les beaux jours du tourisme dans cette commune est en état de délabrement avancé et est même fermé ; ce qui freine l’essor du secteur. Famara Diamé souligne que les agences de voyages et autres Tours opérateurs (To) ne veulent pas, dans ce cas d’espèce, vendre les destinations qui n’abritent pas de grandes infrastructures hôtelières. « Nous avons besoin également d’un village artisanal pour abriter la cinquantaine d’antiquaires et autres artistes de tous bords qui s’activent dans le secteur à Foundiougne », plaide-t-il.

Le tourisme de découverte constitue un atout certain pour la destination Foundiougne caractérisée pour son accessibilité non seulement par la route à partir de Fatick (22km) et la traversée du bac, mais aussi et surtout par ses possibilités de navigation continentale. « Foundiougne se trouve juste en aval de la confluence entre le Sine et le Saloum. C’est ce qui ouvrait le port de Foundiougne au Sine à l’époque coloniale. Foundiougne est dans une île définie par le fleuve Saloum, le Diombos et le Bandiala. Ces bras de mer qui marquent le Delta du Saloum, mettent Foundiougne en contact fluvial avec différentes zones de production. Les bolongs du Saloum desservent les îles du Gandoul, au nord, vers Foundiougne », explique Maurice Ndéné Warrore, ancien inspecteur d’académie à la retraite.

Par Mohamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)  

Longtemps laissée à elle-même, Sokone, ancienne zone d’échanges qui a joué un rôle important dans le dispositif économique du  département de Foundiougne, veut prendre un nouveau virage. Cette ville du Centre-ouest du Sénégal, desservie par la Transgambienne, vit un renouveau économique et se donne un coup de jouvence et un nouveau lifting après des années de marginalisation pour renouer avec son passé florissant.

Il est révolu le temps où Sokone faisait parler d’elle aux quatre coins du pays. Cette ville au proche passé prestigieux, érigée en chef-lieu de Canton en 1916, a, avec le temps, perdu son dynamisme, et même ses lettres de noblesse. Dans son riche passé, l’histoire et la mémoire locale révèlent que la première implantation humaine remonte vers la seconde moitié du 19e siècle avec les Mandingues venus du Sud. Ils seront suivis des Sérères venus de Ndiaffé-Ndiaffé, des Wolofs, des Toucouleurs, des Maures, des Lébous, des Diolas. Ces mouvements migratoires ont vite fait de Sokone un important pôle économique.

Ville religieuse par excellence…
Mais cette ère de richesse, de puissance et de prospérité s’acheva avec l’érection, en 1960, du cercle du Sine Saloum en région. Sokone était devenu chef-lieu d’arrondissement, avant de devenir commune de plein exercice dont le fonctionnement effectif a démarré en 1970. Ce changement de statut avait progressivement transformé Sokone en une ville presque endormie.
 De tout temps, Sokone a été une ville très religieuse, symbolisée par la présence de plusieurs grandes familles maraboutiques, l’existence de beaucoup de «daaras» et d’écoles franco-arabes reconnues par l’État. Selon Oustaz Moussa Zaccaria Ngom, on ne peut pas parler d’Islam, au Sénégal, sans penser à Sokone. Une forte religiosité caractérise cette ville qui vit au rythme des gamou et ziarra. L’une des activités religieuses phare de Sokone, renseigne-t-il, reste la cérémonie annuelle religieuse de la famille Dème, communément appelée « Ziarra » où « Téré » en référence à l’œuvre de El Hadji Amadou Dème, plus connu sous le nom « Diyaou Nayrayni » (la lumière des deux lumières ou symbiose des deux lumières).

La rédaction de cet ouvrage pluridisciplinaire qui compte vingt (20) tomes, soit 14.000 pages, a démarré en 1938 pour se terminer en 1959. C’est ainsi que le saint homme, pour fêter son œuvre, organisa un grand évènement en 1960 pour rendre grâce à Dieu et à son prophète (psl). « Depuis cette date, la famille perpétue cette commémoration à laquelle prennent part les différents foyers religieux du pays et pendant trois jours, Sokone devient le point de convergence de milliers de fidèles qui viennent du Sénégal, de la sous-région et de la diaspora », indique-t-il. « La famille de Maodo Malick Sy est bien représentée à Sokone, celle de Cheikhoul Khadim, de Ndiassane, du Chérif  Bounana Aïdara. Il y a aussi la hadara de Mame Seydi Tafsir Aliou Ngom. On ne peut pas parler de Baye Niass sans parler de lui. Sokone est une ville religieuse par excellence », indique-t-il. Selon Oustaz Moussa Zaccaria Ngom, Sokone est une destination religieuse où toutes les confréries vivent dans une belle harmonie.
 
Un dynamisme économique à retrouver…
Sokone a beaucoup profité de l’apogée du commerce de l’arachide qui a entrainé l’installation des  grandes maisons françaises de commerce, des commerçants traitants et des commerçants libanais. Ces échanges commerciaux ont, selon le maire, donné à Sokone sa fonction de ville commerciale, favorisant ainsi la création du marché central en 1927 par les colons pour écouler leurs produits.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais Sokone garde toujours son statut de ville commerciale. Tous les mercredis, la ville vit au rythme de son louma qui, depuis 1987, entraine une activité commerciale avec d’importants flux financiers qui impactent positivement sur les recettes fiscales de la mairie. Au-delà de son commerce qui fut florissant, Sokone peut s’enorgueillir d’avoir toujours eu un destin lié la pêche. Son bras de mer a attiré la concentration d’un nombre important de pêcheurs dans le quartier de Ndangane depuis 1848.

Ce qui a fait que les activités de pêche y étaient très développées. La production halieutique était abondante parce que toutes les pirogues y débarquaient leurs prises. Aujourd’hui, le secteur rencontre d’énormes difficultés. Selon Moustapha Guèye, l’ensablement du bolong empêche le débarquement des grandes pirogues, ce qui, renseigne-t-il, réduit les capacités de production. Cette situation a eu pour conséquence un exode de nos pêcheurs de Sokone. « Avec cet ensablement, nous avons plus de 300 pêcheurs qui sont aujourd’hui à Kafountine. Le manque à gagner est considérable », informe-t-il.

Pour le maire de Sokone, la relance du secteur passe par le dragage du canal pour faciliter l’accès des pirogues au quai de pêche. « Si on le fait, ça nous donnera un potentiel de 30 tonnes de poisson par jour », assure le maire « Petit » Guèye. « Notre projet d’économie locale qui peut booster l’auto emploi et générer des recettes pour la municipalité, c’est le projet pour la pêche, avec le dragage du canal d’accès, l’élargissement du quai de pêche mettre et la mise en place d’un système de froid. Cela va permettre de booster considérablement l’économie locale ».
 
Sokone ville sportive
Dans cette localité qui veut se positionner comme une ville sportive, le football reste le sport le plus pratiqué. Le handball, le karaté, le taekwondo et la lutte sont aussi pratiqués. Avec cette diversité, l’équipe municipale a initié, en 2016, des Olympiades pour offrir aux jeunes un cadre d’expression de talents cachés et la possibilité de participer à des compétitions sportives. « Les Olympiades constituent un évènement intercommunal de sport, une pépinière de futurs cadres sportifs et de futurs performeurs. Il essaie de combler le gap de compétitions, de motivations et de récompenses des sportifs méritants, mais aussi de politique de développement du sport », renseigne le maire de Moustapha Guèye. Il s’agissait, selon lui, de mettre en compétition six disciplines : taekwondo, karaté, football, handball, natation, avec une démonstration de badminton et une initiation des jeunes au Kids Athletics. « C’est un grenier potentiel pour les différentes équipes nationales et fédérations de sport du Sénégal », indique-t-il. Ces olympiades, selon Birane Cissé Thiam, visent à répondre à un besoin sportif Sokone qui dispose d’une équipe féminine de handball évoluant en première division depuis dix ans qui a pourvoyé l’équipe nationale de joueuses. En taekwondo, précise le directeur des Olympiades, l’Open de Sokone est inscrit par la fédération comme deuxième évènement national. « Ces compétitions se faisaient dans des structures privées qui nous laissaient faire, mais parfois quand ils ont besoin de leurs infrastructures, c’est gênant. C’est pourquoi on a pensé chercher les moyens pour construire nos propres infrastructures », indique-t-il.

« Cette année, on a acquis un dojo municipal dans le centre socio collectif avec l’appui de l’ambassade du Japon. On est en train de finaliser un complexe de handball, de basket à la promenade des Sokonois. Pour la natation, on pense à construire une piscine marine », fait-il savoir. « À travers ces Olympiades, nous voulons reconstituer notre patrimoine urbain sportif, ce qui fait que depuis, on se débrouille », indique M. Thiam.

Malgré cette volonté de booster la pratique du sport, l’appui de l’État est jugé très timide par les acteurs. « Si le ministère des Sports devient proactif et spontané dans le soutien aux initiatives locales, nous pouvons faire de Sokone une pépinière de cadres et de futurs performeurs pour les différentes fédérations du Sénégal », assure le maire qui a dit l’ambition de faire de Sokone une ville sportive.
 
Une ville en chantier
Aujourd’hui, Sokone se cherche un second souffle. La ville est en chantier. Sur le plan du cadre de vie, deux grandes places ont été aménagées. Il s’agit de la place de l’indépendance et la « promenade des Sokonois ». Un mur de l’indépendance a aussi été aménagé. « Ce mur qui fait 100 mètres a été peint par les artistes locaux à l’effigie des présidents du Sénégal, de Senghor à Macky Sall et aussi les anciens maires de Sokone », souligne le maire. En face du mur, note-t-il, se trouve la place de l’indépendance qui reste à aménager. La municipalité, précise-t-il, attend le financement de l’Adm pour un montant de 40 millions pour en faire une place pavée sur 3000 mètres carrés. « Nous avons aussi la plus belle place en face de la rivière et du ponton. C’est la « promenade des Sokonois » qui sera réalisée sur un espace de cinq hectares », fait savoir Moustapha Guèye. Cette place constitue, selon le maire, une fierté. « Depuis plus de deux décennies, cette zone n’a pas été fréquentée. C’était un dépotoir d’ordures. Nous avons mis des lampadaires solaires. Nous allons en faire un espace de loisir, avec un grand projet éco-touristique, une piscine marine entre les pontons qui pourra abriter des compétitions en eau libre de 200 sur 80 mètres de large », fait-il savoir. Selon le maire, Sokone est en chantier. D’ailleurs, indique-t-il, le président de la République avait promis 5 km de voirie en accompagnement avec la construction de la route Keur Wally Ndiaye-Sokone. La municipalité, selon le maire, attend toujours et espère que ce projet améliorera davantage le cadre de vie.

Si Sokone est l’une des portes d’entrée du Delta du Saloum et bénéficie d’une biodiversité qui lui offre d’énormes potentialités de développement d’activités touristiques, ce secteur n’est pas très bien développé. Malgré les efforts des autorités municipales qui ont initié des projets comme l’aménagement de la corniche de Sokone, la promenade des Sokonois, la construction d’une maison des hôtes, la restauration et valorisation des patrimoines historiques de Sokone, la création du réseau des acteurs culturels. Acteur touristique, Issa Barro, estime que l’activité touristique n’est pas aussi développée à Sokone. « L’activité est plus concentrée à Toubacouta. Il n’y a pas beaucoup de promotions qui permettent à Sokone d’avoir une très grande fréquentation ».

Aujourd’hui, Sokone qui veut retrouver un nouveau souffle est une ville qui bouge, selon son maire. « Les artistes de Sokone sont en train de dessiner les images de Sokone, les chanteurs chantent Sokone et les jeunes sont en train d’écrire l’histoire de Sokone à travers le sport, leurs talents et leur expertise pour écrire une nouvelle page de l’histoire de cette cité », se réjouit-il.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Depuis des siècles, l’exaltation des esprits a toujours été une constante. Le pays sérère n’a pas échappé à cette règle. À proximité de chaque village, subsistent encore des bois sacrés. C’est le cas à Foundiougne, particulièrement dans la contrée du Loog, où se trouve la forêt de Laga Ndong, du nom d’un personnage légendaire ou mythique considéré comme le génie protecteur de toute cette contrée et même de la ville de Foundiougne. Un mythe ou une légende dont l’histoire serait liée à l’installation des premiers peuplements dans la contrée. Reportage. 

Au Sénégal comme partout ailleurs en Afrique, les populations ont leurs propres croyances religieuses, transmises de génération en génération. Le pays sérère est riche d’un vaste répertoire de génies aux pouvoirs divers. À ces esprits habitant les forêts, les bois sacrés, les cours d’eau, on voue un culte afin d’obtenir d’eux bénédiction et bienfait, protection contre le mal. Malgré la présence de l’Islam, musulmans comme chrétiens, ont vécu et continuent de vivre sous l’influence des croyances traditionnelles et malgré la modernité, ils ne semblent pas prêts à s’en départir. Les populations qui attribuent à ces esprits le pouvoir de donner et de combler de biens ceux qui les invoquent, de procurer la santé, de garantir de bonnes récoltes, d’accorder une longue vie, de faire tomber les pluies, de protéger contre les forces du mal, le danger ont continué à perpétuer le rituel légué par les ancêtres.

Dans la contrée du Loog, forte de près d’une dizaine de villages : Thiaré Loog, Soum Loog, Ndorong Loog, Mbassis Loog, Mbam Loog, Sapp, Keur Samba, Gagué Bocar, Gagué Mody et même la commune Foundiougne, le génie protecteur se nomme Laga Ndong. Le village de Ndorong est à cheval entre Soum et Mbassis, deux localités reliées par la « Boucle du Log » une piste cahoteuse dont les travaux tardent à voir le bout du tunnel. Ils sont arrêtés sans motif. N’empêche, la forêt et son environnement sont encore là. C’est, une zone à vocation culturelle et spirituelle caractérisée par le bois sacré qu’on peut apercevoir de loin, à partir du village de Ndorong. « Les habitants de ce village sont les dépositaires du sanctuaire (tours) et du temps des ancêtres ce sont eux seuls qui exploitaient la forêt », nous lance-t-on à Mbassis comme à Soum.

L’existence de ce génie tutélaire semble être liée à l’histoire de la contrée avec ses premiers peuplements dont certains seraient des sérères venus du Gaabou, même si l’histoire révèle aussi que d’autres habitants étaient venus du Fouta. Notre tentative de percer le mystère qui entoure « Laga Ndong » n’a pas levé l’énigme. Les personnes interrogées ont toutes servi les mêmes réponses : « Laga Ndong appartient au village de Ndorong et c’est là-bas que vous pouvez avoir la chance de trouver un interlocuteur qui puisse vous informer ». Ce qui nous incite alors à emprunter le chemin de ce village où se situe la forêt de Laga Ndong. À Ndorong, il n’y a personne pour parler de ce génie qui semble susciter une certaine crainte. La seule personne qui a daigné nous parler est un vieil homme assis sous un arbre, devant sa maison. Mais il a préféré nous renvoyer au chef de village absent ce jour-là. Obstinés à mener à terme nos investigations, nous avons fini par être mis en rapport avec le doyen Abdoulaye Faye, un agent de police à la retraite qui a fait des recherches sur le totem « Laga Ndong ». Il fallait alors aller à sa rencontre au village de Félane.
 
Une particularité historico-culturelle
NdorongComme tous les villages, Félane est calme et paisible. Ses ruelles débordent d’activités. Chez le doyen Abdoulaye Faye, un accueil chaleureux nous est réservé. Le vieil homme est originaire de Mbam, de la lignée paternelle de Faye Yéguel. Il a choisi de se retrancher au village voisin de Félane proche de la forêt, à une dizaine de kilomètres à partir de Djilor Saloum. « Ma grand-mère se trouvait à Ndorong. C’est ce qui me lie à ce village, terre d’accueil de Laga Ndong. Ce qui m’a donné l’occasion de rassembler des informations sur la légende de Laga Ndong », souligne-t-il. L’ancien policier tient, devant lui, une bonne documentation, moisson des recherches qu’il a déjà effectuées sur « Laga Ndong » qui, selon lui, viendrait du Gaabou avec sa famille. « Sa mère s’appelait Damane, venue, elle aussi, du Gaabou où les sérères venant de l’Est ont fait d’abord une halte. Il y a eu, ensuite, l’attaque des empires qui a fait plusieurs victimes. Ces dernières ont attiré les charognards qui, à l’époque, venaient se régaler et boire dans les marigots, infectant, du coup, l’eau polluée que les populations utilisaient également pour leur consommation. Il s’en est suivi une épidémie de peste qui a décimé une partie des populations », explique-t-il. C’est en ce moment-là, ajoute-t-il, « que Laga Ndong pris la décision de quitter ces lieux pour une destination inconnue. Cet exil l’a conduit vers d’autres cieux, avec ses cinq enfants sur certaines parties des corps desquels sont estampillés des signes d’identification par des dénominations : Taaboor, Pouma, Thiofane, Thioka et Sasagne, données à chacun d’entre eux pour qu’en cas de séparation, ils puissent se reconnaître ». Par la suite, indique le doyen Abdoulaye Faye, « le Taaboor a continué vers Ngothie pour s’y installer, le Pouma également a fait son choix aux environs de ce même village de Ngothie, le Thiofane s’est dirigé vers Mbam Laguène derrière Passy et le Thioka à Fatick jusqu’à Simal où réside le Sasagne. Et à chaque étape, il y avait un symbole qui la caractérisait. Quant à Laga Ndong, il a traversé le fleuve à partir de Niamdiarokh pour venir s’installer à Ndorong. Le village de Faye Yaguel est créé aux environs de Mbam d’où est originaire ma famille ».

Le mythe qui entoure la forêt de Laga est lié, selon M. Faye, « au souhait même du totem qui avait recommandé qu’un sanctuaire soit édifié là où, le jour où on le reverra plus, les gens trouveront ses chaussures ». Ce qui laisse croire que Laga a disparu mystérieusement en ce lieu qui fait aujourd’hui la gloire de la contrée du Loog.

Ici à Ndorong, beaucoup de gens viennent solliciter des prières de Laga Ndong, considéré comme le Taaboor, roi des Esprits. Mais, souligne le doyen Abdoulaye Faye, « comme en milieu sérère, il y a un gardien du temple qui s’occupe du rituel de libations qui symbolisent l’existence du totem de Laga Ndong ».
 
Génie protecteur du littoral
La particularité, dans le Loog, renseigne-t-il, est que la population est détentrice d’un riche patrimoine avec des lieux de culte dans chaque village : Laga Ndong à Ndorong, Ngaandé Saar et Saas à Thiaré, Pathine à Mbam, Diatta Waly à Mbassis, Poro Poro à Soum, entre autres. À côté également des lieux célèbres de rencontre des initiés où se déroulent les cérémonies de divination avec les Saltigués ou d’échanges sur les problèmes qui secouent la localité. Mais le site de Laga Ndong, à Ndorong-Loog ou  « Fangool » (serpent) du panthéon sérère a sa particularité historico-culturelle. En témoigne l’existence du « Tourou Peithie », une fête païenne qui a lieu annuellement au village de Djilor Diognick et à Peithie. Les serviteurs du culte sont des Sérères Taaboors qui, nous apprend-on, rendent hommage à Laga Ndong, roi des esprits, à travers l’immolation d’animaux, de libations diverses (lait caillé, gâteau de mil) sur la tombe de Sira Badial, la première reine des Guelewar. Ceci, pour rentrer dans les bonnes grâces de Laga Ndong, qui est assimilé au génie tutélaire même de Foundiougne. Les jeunes de cette localité ont même initié le « Laga Plage ».

Le président du syndicat d’initiative et de promotion touristique de la région de Fatick, Issa Barro, ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Laga Ndong. « La légende de génie protecteur du littoral nous a appris qu’au temps, il y avait une belle animation dans la zone. Laga a produit beaucoup de miracles. Bien avant, les anciens ont déjà vu des touristes se balader devant le bras de mer de Laga et c’est des scènes éphémères qui se déroulaient en quelques minutes », note-t-il. Par ailleurs, ajoute M. Barro, tous les habitants de ce terroir respectent Laga. « On respecte les consignes. Il est interdit d’y aller habillé de rouge ni parler certaines langues comme le wolof. Il y a aussi des jours où il ne faut pas fréquenter Laga. Tous ceux qui ont passé outre ces consignes ont eu des problèmes », avertit M. Barro. L’association pour la gestion des ressources agro forestières et environnementales (Agrafe) a décidé de se lancer dans la préservation de l’espace dédié à Laga Ndong qui, nous dit-on, continue à veiller sur Ndorong et ses habitants. Son président, Abdoulaye Faye, soutient qu’un projet a été élaboré et soumis à la mairie pour l’octroi d’un espace.
 
Préservation du site de Laga
Village sérère« Quand l’Agrafe nous a montré le projet qu’ils veulent mettre en œuvre pour la préservation du site, nous avons rapidement accepté parce que nous avons estimé que c’est mieux de confier la gestion de la préservation au lieu de laisser l’espace dans sa léthargie actuelle qui risque de compromettre l’existence même de Laga Ndong.

Son environnement constituant, pour nous, un patrimoine culturel qui ne peut pas être utilisé individuellement, nous avons compris que c’est en faisant un transfert de responsabilité au village de Ndorong qui, historiquement et culturellement, a occupé Laga, qui nous permettrait de faciliter les choses », renseigne le maire de Mbam, Simon Diouf. L’espace à nous décrit par le maire fait une superficie de 400 ha. Selon M. Diouf, les membres d’Agrafe ont l’obligation de travailler à sa préservation parce que c’est un patrimoine culturel qui devrait valoir aux populations de la commune des activités lucratives.

Pour le maire de la ville de Mbam, il s’agit là d’une belle manière d’intéresser et d’impliquer directement les populations à la gestion du foncier et des ressources du Laga. « Pour le maire, ce sont les populations qui gèrent, donc l’institution ne fait qu’insuffler une vision à diffuser chez les populations afin qu’elles sentent qu’elles ont aussi un devoir de participation. C’est pourquoi nous les encourageons et nous allons les accompagner dans cette dynamique », souligne-t-il.

Les temps ayant changé, Abdoulaye Faye estime qu’il convient d’insuffler un nouveau paradigme. « Nous avons mis en place un comité d’initiative à l’issue d’une rencontre de deux jours qui a abouti à la création de l’association pour éviter les nombreux conflits entre communautés qui ont occasionné un manque à gagner énorme et une transformation anarchique de l’espace. Nous avions même, à l’époque, saisi, du temps du conseil rural de Djilor, le Conseil d’État pour arbitrage, car comme vous le savez, les temps ont changé, les populations ont augmenté et qu’il nous fallait donc insuffler un nouveau paradigme ». Aujourd’hui, avec la communalisation intégrale et l’érection de Mbam en commune qui polarise le village de Ndorong où est situé le site, l’Agrafe a franchi un palier important. Le président, Abdoulaye Faye, estime qu’ils ont les coudées franches en face d’un problème culturel dont l’ambition affichée est d’assurer la valorisation du site de Laga Ndong qui intéresse toute la contrée du Loog.

Pour Issa Barro, par ailleurs gérant d’un campement ayant pignon sur l’ile de Laga Ndong, le site présente un endroit magnifique pour développer le concept de tourisme durable avec sa nature, ses potentiels en ressources naturelles, sa plage et la mangrove. Il s’y ajoute les activités de pêche et agricoles. « C’est le seul endroit où l’on pratique encore le troc. Les pêcheurs viennent avec leurs pirogues de poissons et les femmes avec leur mil. Il n’y a pas d’argent et c’est des échanges qui se développent », assure-t-il. « Avec notre campement, nous avons ainsi suivi et respecté toutes les consignes indiquées en réalisant des cases pour le séjour de nos clients pour lesquels le site de Laga Ndong constitue un circuit touristique à découvrir ».

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos) 

Last modified on vendredi, 05 mai 2017 18:42

Riche de sa culture, de ses ressources naturelles, mais aussi de son brassage, Toubacouta, situé aux portes du Delta du Sine Saloum classé patrimoine mondial de l’UNESCO en juin 2011, est devenu un havre de paix. Tout au long de l’année, cette ville carrefour distille joie et animation dans chacune de ses rues et de ses villages les plus reculés. Dans cette localité où le traditionnel se marie merveilleusement avec le moderne, les atouts culturels et naturels confèrent à l’activité touristique une place de choix en tant qu’axe majeur de l’économie locale.

Ville cosmopolite située dans le département de Foundiougne, dans la région de Fatick, et presque frontalier avec la Gambie, Toubacouta garde toujours son cachet traditionnel et se caractérise par un profond brassage ethnique. Sérères, Mandingues, Diolas et Wolofs y vivent en parfaite harmonie. Toubacouta, c’est sa diversité culturelle. C’est aussi sa diversité biologique, son patrimoine naturel, ses ressources animalières et fauniques composées de forêts très denses et communautaires, soutient Mahécor Diouf. Ce prestige, Toubacouta le doit, en grande partie, à l’admission du Delta du Saloum qui appartient à plusieurs circonscriptions territoriales au sein du club très fermé des « Plus belles baies du Monde » en 2005 et son classement en juin 2011 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Aujourd’hui, Toubacouta qui a gardé toute son authenticité, apparaît comme un véritable condensé culturel du Sénégal à travers un melting-pot de croyances, de pratiques et de valeurs culturelles qui font son charme et sa fierté. Dans cette ville carrefour, la vie est rythmée par les fêtes et cérémonies traditionnelles.

Au regard de ses énormes potentialités économiques, sociales et culturelles, Toubacouta, de l’avis de son maire, est une importante composante du département de Foundiougne et demeure le fleuron de la région de Fatick. « Notre commune est, aujourd’hui, le noyau dur de la région. Elle regroupe toutes les potentialités qui accompagnent le développement : agriculture, tourisme, pêche, élevage. Sur le plan géographique, tous ces facteurs se regroupent. Tous les produits halieutiques qui sont vendus dans la zone viennent de l’île de Bettenty qui fait face à l’océan, sans compter Missirah qui respire par la pêche. Toubacouta regorge également d’énormes potentialités et de ressources naturelles diversifiées, dont la valorisation constituera indubitablement un levier pour le développement de l’économie locale, le renforcement de son attractivité et la promotion de l’emploi », fait savoir Pape Seydou Dianko.

Depuis toujours, Toubacouta est une ville paisible, qui se développe à son rythme, mais avec une prédominance sur le plan touristique. Grâce à ses potentialités naturelles, cette localité reste un pôle d’attraction touristique. Et le classement du Delta du Saloum y est pour beaucoup, estime Mahécor Diouf.

Des merveilles à découvrir…
La fréquentation a augmenté et chaque année, on reçoit beaucoup de visiteurs qui viennent admirer les trésors que renferme Toubacouta », explique le gestionnaire du site du Delta du Saloum. Mieux, ajoute M. Diouf, la magnificence des lieux a suscité l’intérêt des médias étranger. « Une équipe de Tf1 est venue faire un reportage sur le Delta du Saloum et quelque temps après, on a reçu des touristes qui nous ont dit qu’ils ont découvert le site à travers la télévision française. D’autres journalistes français sont ensuite venus faire des reportages. C’est dire que le site suscite un intérêt particulier », explique le gestionnaire du site.

Selon lui, le touriste qui arrive à Toubacouta a une diversité de choix et peut visiter beaucoup de choses. « Il y a les amas coquilliers qui font l’objet du classement du Delta sur la liste du patrimoine mondial, les forêts classées et les forêts communautaires, l’île aux oiseaux, le village de Missirah avec son fromager millénaire, l’île de Sipo, le parc de Fathala, les bolongs, etc. », note M. Diouf.

Mamadou Dieng, guide touristique et par ailleurs président de cadre de concertation artisanat de Toubacouta, ajoute, pour sa part, que des circuits de visites ont été bien identifiés. Et la plus grande attraction, selon lui, reste l’île aux coquillages, plus connue sous le nom de Diorom Boumack. « Juchée sur une hauteur de 12 mètres, l’île aux coquillages est un endroit magnifique. C’est incontestablement le premier circuit de la zone. Ce site colonisé par les amas coquillers qui témoignent de l’exploitation du coquillage dans cette zone depuis des siècles. On y note la présence de plusieurs tumulus funéraires. À partir de cette île, on peut avoir une vue panoramique du Delta du Saloum », explique ce guide spécialisé en ornithologie. L’île aux oiseaux qui est un véritable refuge ornithologique où viennent se reproduire des espèces rares venues d’Europe fait aussi partie des charmes de Toubacouta, de même que l’île de Sipo avec la reine Fatou Mané, le fromager de Missirah aux images spectaculaires et des écritures coraniques sur les branches et beaucoup d’autres sites exceptionnels, renseigne M. Dieng. Selon lui, tous ces circuits sont aujourd’hui valorisés. « L’association des guides du delta a bénéficié d’une session de formation en partenariat avec le Conseil départemental de Foundiougne et Poitou Charente. Au cours de cette session, on a tracé tous les circuits qui ont ensuite été mis en valeur et l’on a fait en sorte que tous les guides parlent le même langage », indique-t-il. Toutefois, estime ce guide, l’accès au Delta du Saloum gagnerait à être facilité davantage. « Les touristes nous font tout le temps des suggestions. La construction d’un aérodrome est une forte demande. Cela va contribuer à développer davantage le tourisme local et permettra au Delta du Saloum de vivre pleinement. Les touristes vont avoir un gain de temps considérable sans compter que certains pourront même venir d’autres régions pour faire des excursions », fait-il savoir.

Pilier majeur de l’économie locale, le tourisme à Toubacouta bénéficie d’un intérêt particulier et grandissant. Mieux, estime le maire, Toubacouta, grâce à ses potentialités, a réussi à s’imposer comme une étape importante et incontournable dans les différents circuits de la destination Sénégal. « Le tourisme se porte bien ici, même si les potentialités ne sont pas pleinement exploitées. Des fils de Toubacouta établis à l’étranger ont investi dans ce créneau porteur. Et nous avons espoir qu’avec les nombreux projets que la ville va accueillir, le secteur va se développer davantage », indique-t-il. Sur le plan des infrastructures, soutient le maire Pape Seydou Dianko, Toubacouta dispose aujourd’hui d’hôtels de cinq, quatre et trois étoiles, de dix-neuf campements et d’une cinquantaine de résidences. Ce qui, dit-il, n’était pas évident au début.

Une belle mosaïque culturelle
Terre de brassage et de métissage où traditions et modernité se combinent, Toubacouta présente une incroyable richesse culturelle. Cette diversité constitue un atout pour l’attractivité et le développement de ce territoire qui s’impose aujourd’hui comme une destination à promouvoir davantage. Pour le maire, le secteur culturel de Toubacouta reste aussi foisonnant, caractérisé par une belle diversité et une incroyable vitalité. Ils participent grandement à l’épanouissement de la population. Ils proposent également une belle vitrine de notre région et contribuent à un dynamisme économique et social. Mahécor Diouf, Toubacouta est une zone culturellement riche avec beaucoup d’activités qui s’annoncent en matière de festivals, de journées culturelles, de rites et autres cérémonies. « Les populations ont conscience de cette richesse, en dehors de la commune qui organise un grand festival, il y a des journées culturelles qui s’organisent dans tous les villages. Il y a beaucoup de rites initiatiques dans les villages, le kankourang, le dimbadong », indique-t-il.

Parmi ces évènements phares de l’agenda culturel de Toubacouta, figure le « Niumi Badiya » ou Festival de l’amitié transfrontalière entre le Sénégal et la Gambie dont la première édition s’est tenue en 2015. Son objectif, selon M. Diouf, est de raffermir les relations de bon voisinage et de dialogue des peuples et des cultures.

Mamadou Dieng, un des acteurs de cet évènement, estime que ce festival marque la fusion entre le Niomi du Sénégal et de la Gambie et permettra d’enraciner davantage les relations entre les deux pays. Toubacouta peut aussi se prévaloir d’une vie artistique affirmée, comme en témoigne la forte présence de troupes folkloriques à l’image d’Allah Laké, de « Nala Soleil d’Afrique » qui fait la fierté de toute la région de Fatick. « Cette troupe, créée par un jeune de la localité, après un séjour de dix ans en Suisse, est un véritable brassage ethnique, en alliant toutes les musiques traditionnelles des différentes communautés », explique Mamadou Dieng. Il y a aussi le Kagnaleng qui est, selon Mahécor Diouf, un rite de fécondité organisé par un groupe de femmes qui sortent de l’ordinaire. « Ce rite exclusivement féminin est organisé pour les femmes qui ont des problèmes de fécondité ou qui perdent successivement leurs enfants. Il sert à éliminer la répétition de leur malheur et à préserver la procréation », explique-t-il. Selon Mamadou Dieng, les Mandingues, Diolas et beaucoup d’autres ethnies ont leur kagnaleng. « Ce groupe de femmes organise, à un moment donné, un rituel collectif qui garde encore toute son authenticité pour permettre aux femmes victimes de cette malédiction d’avoir un enfant ou de garder son enfant en vie. C’est un rite qui résiste encore à la modernité et des femmes viennent de tous les coins pour bénéficier du kagnaleng », indique-t-il. Une fois le rituel accompli, l’enfant est dotée d’un nouveau nom farcesque qu’il portera jusqu’à un certain âge pour le protéger. « Les kagnaleng sont reconnaissables à leurs accoutrements bizarres. Elles se maquillent, se fardent à outrance, portent des guenilles, des sacs, des chaussures usées, se coiffent de bonnets usés ou de caisses », indique Mamadou Dieng.

Sur la scène artistique de Toubacouta, est aussi présent le « Tollé Kaffo ». Comme les Kagnaleng, les « Tollés Kaffo » portent des accoutrements bizarres. Ce groupe de femmes intervient quand les pluies se font rares ou tardent à tomber. Armées de bâtons, elles se retirent dans la forêt et font des prières pour que la pluie tombe. En dehors de leurs rituels, ces femmes font des prestations lors des fêtes et cérémonies familiales.

À tous ces festivals de grande envergure, s’ajoutent d’autres manifestations organisées tout au long de l’année : le Kankourang, le diambadong ou danse des feuilles, la circoncision, les séances de luttes traditionnelles qui drainent beaucoup de monde.

Des menaces qui pèsent…
C’est pour assurer la protection et la valorisation des cultures locales de cette zone que le centre d’interprétation de Toubacouta a été créé, indique Mahécor Diouf. Ce centre, inauguré le 5 mai 2013, est composé d’un village artisanal, d’un musée qui présente les facettes de la culture locale, d’un bureau d’informations touristiques, d’un théâtre de verdure, etc. « Grâce au centre, tous les secteurs sont organisés en cadres de concertation. Et à chaque fois, il y a de grands évènements, on organise des foires et expositions », fait savoir Mahécor Diouf, gestionnaire du site du Delta du Saloum.

Pour le maire, Pape Seydou Dianko, « la force du tourisme à Toubacouta, c’est la culture ». Conscients que cette richesse constitue un atout touristique considérable, les acteurs multiplient les stratégies pour positionner davantage Toubacouta comme un produit à forte dominante culturelle.

À Toubacouta, le link tourisme et culture existe véritablement. C’est une réalité symbolisée, selon Mahécor Diouf, par le bureau d’information touristique. « La majeure partie des touristes qui arrivent ici viennent visiter le centre. On fait des missions dans les hôtels pour voir comment préserver les sites. Ensemble, on réfléchit pour voir comment valoriser le tourisme, mais aussi comment offrir aux touristes d’autres produits parce que ce n’est pas seulement la nature qu’il faudra vendre, mais aussi les cultures locales ». Aujourd’hui, prévient Mahécor Diouf, il y a des menaces à prendre très au sérieux qui pèsent, même concernant la protection du site. « Il y avait des aspects traditionnels de conservation qui commencent à disparaître. Aux temps, on disait qu’il ne fallait pas couper tel ou tel arbre le lundi, le mardi ou dans la journée. C’était une façon traditionnelle de protéger la nature, mais ces tendances commencent à disparaître », regrette-t-il. Concernant la culture, Mahécor Diouf, estime que la forte influence étrangère constitue aussi une menace. « Toubacouta, c’est des années de rencontre entre touristes et populations locales. C’est ce qui fait qu’il y a tout le temps des influences et l’on est en train de perdre petit à petit certains aspects de la culture locale », soutient-il. L’érosion côtière fait aussi partie des menaces, selon Mahécor Diouf. « On note une salinisation des amas coquillers et des bolongs, avec la remontée de la langue salée. Avec l’eau de l’océan qui entre dans les bolongs, on commence à avoir des modifications de la biodiversité », relève-t-il. Ces modifications, note-t-il, sont aussi perceptibles à Diorom Boumak où une partie commence à disparaître, tandis que Diorom Bou Ndaw est menacé par l’avancée de la mer. « L’île aux oiseaux est aussi sous la menace de l’avancée de la mer et ce n’est pas bon signe. Si ça continue, on risque de perdre tous ces oiseaux qui quittent l’Europe pour venir se reproduire ici », avertit Mahécor Diouf.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Forte d’une riche histoire, la presqu’île de Soum (département de Foundiougne, région de Fatick) suscite un attrait particulier pour le visiteur qui débarque. Cette fascination est exaltée par la vitalité d’un patrimoine culturel qui traverse les époques.

Longtemps considéré comme l’un des trois plus gros villages du Sénégal avec Dioffior et Thionck Essyl, Soum (dans le département de Foundiougne, région de Fatick), avec sa population d’environ 15.000 habitants, est devenu commune en 2008. Limitée à l’ouest au sud par le bras du fleuve, à l’est par Ndorong et au nord par le village de Thiaré, cette grande île du Loog, à 5 km de Foundiougne, est riche de ses traditions et de sa culture. Cette localité fondée par Mbappa Youngar Sarr possède une identité forte et attire par son histoire fascinante.

La paix et la prospérité ont depuis longtemps fait la particularité de Soum qui s’est toujours distinguée sur les plans économique, politique, socio-culturel et démographique. « Sur le plan économique, sa forte production de riz, de coton et de sel et son dynamisme sur le plan commercial ont longtemps fait de Soum une sorte de capitale économique du Loog encore appelé île de Foundiougne », explique Abibou Ngom, conseiller technique spécial du maire, par ailleurs chef des services administratifs de l’Ifan - Université Cheikh Anta Diop. Pour ce fils du terroir, Soum disposait à l’époque de terres des deux grandes îles de Poro (pour la coton-culture) et de Baout (pour la riziculture) situées à sa partie ouest. « Son port fluvial d’Annagar a servi à écouler sa grande production de sel », renseigne-t-il.

Sur le plan politique, ajoute Abibou Ngom, « Soum peut être considérée comme un espace d’expression démocratique où les aristocrates ne pouvaient mettre les pieds. Traditionnellement, Soum est interdit aux membres des familles royales ». Selon M. Ngom, « cette interdiction explique que, par le passé, toute personne menacée par les excès des hommes du pouvoir trouvait refuge à Soum qui était donc un havre de paix et de liberté ». De l’avis de M. Ngom, ce sont les particularités économique et politique de Soum qui expliquent aujourd’hui sa forte croissance démographique. « Même s’il n’est pas le plus ancien village du Loog, Soum qui se veut la Terre des braves hommes (Ngiin ngoor OSumb) en est incontestablement le plus peuplé ».

Des lieux de mémoire…
Soum FoundiougneSoum peut s’enorgueillir de son passé glorieux, mais aussi de nombreuses curiosités à découvrir. L’immensité et la notoriété des potentialités historique et culturelle de Soum sont bien établies avec de nombreux sites historiques qui constituent d’excellents lieux de mémoire. Il s’agit, entre autres, de Loot Sitor, Annagar, Diognick... Chacun de ces sites a son histoire. Et de l’avis du maire Moustapha Ngor Léon Diop, on ne peut pas parler de Soum sans évoquer Loot Sitor en souvenir de Sitor Ndour, un héros qui a fait face à l’envahisseur. « Loot Sitor est la termitière où Sitor est tombé les armes à la main pour défendre son village attaqué par un corps expéditionnaire dépêché par le Bour Saloum pour réprimer les populations qui s’étaient massivement converties à l’islam dans un contexte de conflit entre le Bour Saloum et Maba Diakhou Ba, le marabout du Rip », explique Abibou Ngom.

À en croire le maire de Soum, Loot Sitor est le symbole de la résistance villageoise. Sitor, selon ses dires, s’est sacrifié pour tous les villageois. « Pour faire face à l’envahisseur et ne pas fuir, il a rempli son pantalon de sable et a résisté jusqu’à sa mort », ajoute Amadou Sarr, un conseiller municipal.

À quelques encablures de Loot Sitor se trouve le Diognick, mare qui a fixé l’ancêtre fondateur Mbappa Youngar Sarr sur les lieux. « C’était une très grande mare aux crocodiles qui a laissé son nom à la province du Diognick encore appelé Djilor de l’ancien royaume du Saloum. Tout roi intronisé devait y prendre un bain rituel tout en évitant d’entrer à Soum », fait savoir Abibou Ngom. Cette mare, raconte Tamsir Bob, président des affaires sociales de la commune, avait des vertus curatives. « Elle avait des pouvoirs mystiques et les gens venaient de partout en profiter », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, ce point d’eau s’est tari et ne se remplit que pendant l’hivernage, mais les gens viennent toujours pour prendre un bain, remplir leurs gourdes de cette eau miraculeuse », indique-t-il. Selon certaines indiscrétions, beaucoup de personnalités en quête de gloire ou d’aura se sont baignés dans cette mare.

Le baobab « Ngar Diam », situé au site initial de Soum, fait aussi partie des attractions de cette localité. Cet arbre, selon M. Ngom, symbolise l’importance de la paix. « Ce baobab est ainsi appelé parce qu’il a abrité la première initiation organisée après le saccage de Soum en 1859 par le Bour Saloum et l’exil des populations à l’île de Baout. Pendant toute la durée de l’insécurité, l’initiation n’était plus organisée. Une fois le calme revenu et la population de retour à leur lieu d’origine, l’initiation a été ressuscitée à partir de ce baobab appelé Ngar diam qui signifie (viens en paix) », explique M. Ngom. Aujourd’hui, ce baobab est agressé de toute part. Son tronc, ses branches et ses racines sont perforés par de clous, de fléchettes et autres aiguilles. Sur toute sa circonférence, on aperçoit des signes et inscriptions étranges. « Depuis toujours, ce baobab sacré aux vertus mystiques est fréquenté par des populations d’ici et d’ailleurs qui viennent sur indication de marabouts pour faire des rites, prendre des bains ou enfoncer un clou ou autres objets. Chacun vient en fonction de ses attentes », indique Amadou Sarr. Ce baobab, dit-il, reçoit des visites diurnes comme nocturnes.

Autre site : Annagar, l’important port fluvial de Soum. Cet endroit était jadis fréquenté par les courtiers de Joal. « Ce port est construit sur un bras de fleuve traversé d’Est en ouest par un gué qui relie Soum à l’île de Baout. À cet endroit, il est possible de traverser le bras de mer à pieds. En raison de l’étroitesse du gué et des profondeurs qui le côtoient, il était dangereux de s’y aventurer sans une bonne maîtrise du terrain d’où son appellation Anna Ogar qui signifie que vienne qui connaisse », informe M. Ngom. L’île de Poro-Poro a aussi son importance. « Cette île, tout comme l’île de Baout, était une propriété des populations de Soum qui y pratiquaient la coton-culture. Cette activité permettait la production d’une importante quantité de coton, matière première des tisserands qui venaient de plusieurs contrées. Les cotonnades étaient destinées à la satisfaction des besoins locaux relatifs à l’habillement et aux honneurs rendus à l’occasion de l’initiation, du mariage et des funérailles, entre autres. Elles étaient aussi destinées au commerce », explique l’administrateur civil. À l’époque, nous dit le maire, les populations n’avaient pas besoin d’acheter des pagnes. « Tous les pagnes qu’on portait provenaient de ce coton sauvage qui était récolté par les femmes qui filent la laine qu’elles remettaient ensuite aux tisserands du village », indique-t-il. Cette époque, reconnaît-il, est aujourd’hui révolue. La modernité est passée par là.

Une meilleure valorisation des potentialités
Ile SoumSoum offre un témoignage flamboyant de son passé. Son patrimoine riche et diversifié lui aurait permis d’affirmer sa vocation culturelle, mais ces potentialités sont sous-exploitées. Selon Abibou Ngom, cette richesse est méconnue aussi bien du grand public que des autorités déconcentrées et décentralisées. « La bonne exploitation des potentialités a longtemps été entravée par des obstacles liés à la méconnaissance et à la gouvernance », indique-t-il. Aujourd’hui, soutient-il, ces obstacles sont en train d’être levés. Les récentes journées culturelles organisées en décembre dernier sous le thème « L’importance des valeurs culturelles pour un Soum émergent » ont, à son avis, permis de vulgariser cette richesse. Il s’y ajoute, selon M. Ngom, que les nouvelles autorités municipales ont posé des actes forts pour que la culture soit mise au service du développement. « L’objectif poursuivi à travers ces journées était de faire découvrir ces richesses culturelles, mais aussi de réfléchir sur les voies et moyens de les mettre en valeur. Ainsi, on s’est aperçu que le tourisme culturel peut prospérer à Soum. L’essentiel étant l’installation d’infrastructures hôtelières jusque-là confinées à Foundiougne alors que nous partageons le même environnement fait de mangrove et de bolongs favorables aux activités touristiques », laisse-t-il entendre.

Pour le maire, l’inventaire du patrimoine culturel a été mené et les atouts dont la commune peut tirer profit pour son développement économique et social ont été identifiés. Ainsi, assure Moustapha Ngor Léon Diop, la municipalité entend mettre en place une série de mesure pour une meilleure valorisation du patrimoine. À en croire le maire, les journées culturelles ont marqué un nouveau départ. « Ces journées culturelles ont été un moment fort dans la vie de notre commune. La mairie de Banjul était notre hôte. On a visité quelques sites. On a ensuite été au bois sacré, on a prié pour la paix et posé une stèle », informe le maire qui demeure convaincu que son terroir est assis sur un trésor qui pourrait contribuer à l’essor et rendre beaucoup plus attractive leur communauté. Et il urge, selon ses dires, de valoriser ce riche passé porteur de valeurs d’humanisme et d’ouverture sous toutes ses facettes pour permettre à sa localité de profiter grandement de son riche passé.

Aujourd’hui, note Abibou Ngom, l’espoir est permis avec l’électrification, la piste de production, entres autres. Ainsi, dit-il, des conditions sont réunies pour une valorisation du patrimoine aussi bien par l’éducation scolaire que par la mise en place d’infrastructures hôtelières.

La boucle du Loog, la route de l’espoir
En matière d’infrastructures routières, Soum n’est pas bien dotée. L’espoir était permis avec la réalisation de la boucle du Loog qui fait 17,5 km et dont le tracé devait quitter Foundiougne, passer à Soum, Mbassis et terminer par Mbam. Malheureusement, déplore le maire, les travaux de cette piste qui avaient démarré en novembre 2013 ont été arrêtés en août 2014. « L’Ageroute avait en charge cette boucle et devait aussi réaliser d’autres pistes pour Soum en 2015 et 2016, malheureusement aucune de ces pistes n’a été réalisée. On nous a promis que très prochainement les travaux de la boucle seront achevés. On a demandé que cette route soit bitumée parce que c’est une route stratégique, socio-économique pour la zone. Elle nous facilitera le déplacement et l’écoulement des produits halieutiques et agricoles que nous avons », indique Moustapha Ngor Léon Diop, qui précise qu’avant le début de réalisation de cette route, Soum n’avait pas d’axes praticables. « Avant, tout se déchargeait à Foundiougne. C’est avec le début des travaux qu’on a vu pour la première fois un container de 40 pieds quitter Foundiougne pour venir jusqu’à Soum », explique-t-il. C’est dire combien l’espoir de voir se concrétiser la réalisation de cette boucle est immense pour les populations de cette contrée.

L’eau constitue aussi un casse-tête quotidien dans cette localité qui, depuis 1972, est confrontée à ce même problème. « Notre priorité, c’est l’eau, encore l’eau et toujours l’eau », martèle l’édile de Soum qui, en 1984 déjà, disposait d’un forage réalisé par Caritas-Sénégal. « C’est ce forage qui nous alimentait jusqu’au 15 mai 2015 avant de tomber en panne et d’être hors service », relève le maire. Selon Moustapha Ngor Léon Diop, les autorités ont été saisies et le président de la République a donné des instructions au ministre en charge de l’Hydraulique pour régler ce problème. « Le forage est tombé est panne, la nappe est salée ; ce qui fait que la zone ne peut plus abriter de forages. Ce qu’il faut, c’est un transfèrement d’eau. Avec les programmes des îles du Saloum, Soum sera intégré dans le dispositif », assure le maire, qui dit avoir demandé un transfèrement d’eau depuis la prise de Baout qui se trouve à quelques encablures de Soum et qui est bénéficiaire du réseau Notto-Diosmone-Palmarin. Paradoxe, le village de Baout, note le maire, était alimenté en eau par Soum. Mais aujourd’hui, c’est Soum qui demande à être raccordé à Baout. « Le réseau est là-bas et on a demandé à être raccordé là-bas, mais ce n’est pas très facile. Le ministère de l’Hydraulique a saisi la Sones pour qu’on nous raccorde provisoirement à Foundiougne avant le raccordement définitivement de Baout qui est à 6 km de Soum », fait savoir le maire. « L’eau est donc la priorité des priorités. Nous avons un cheptel très important qui a besoin d’eau pour s’abreuver. C’est capital. C’est une urgence et cela ne peut pas attendre », renseigne-t-il. En matière d’électricité, la commune est connectée depuis longtemps, mais il reste quelques poches. « Nous sommes à six quartiers électrifiés sur dix. C’est la commune qui devait prendre en charge cette extension, mais les moyens font défaut malgré la volonté », soutient-il.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Le village de Mbassis, relevant de la commune de Mbam, dans le département de Foundiougne, a vécu, au rythme de la traditionnelle cérémonie de circoncision appelée « ndut ». Depuis la nuit des temps, ce rite d’initiation masculine chez les Sérères et obligatoire pour devenir homme au sein de la communauté est une tradition jalousement préservée dans cette localité. Elle fait partie de leur identité. Récit de notre équipe qui a eu le privilège d’assister à cet événement grandiose et culturellement riche.

Ce dimanche 2 avril est un jour très particulier à Mbassis, dans le département de Foundiougne. Coincé entre Mbam et Ndorong, ce village sérère, d’ordinaire si calme et reposant, est gagné par une ferveur fantasmagorique. Une ambiance indescriptible a ravi la vedette à la quiétude habituelle. Malgré la canicule, hommes, femmes et enfants ont déserté les maisons pour converger vers la place publique, cœur du village, qui abrite pratiquement toutes les grandes cérémonies. Ce jour marque le retour des initiés après trois jours de retraite en brousse. Un moment inédit que le village n’a plus vécu depuis… 2004.

Depuis la nuit des temps, l’initiation à Mbassis constitue un évènement phare et le retour des initiés donne lieu à des réjouissances grandioses. Et à l’occasion, tout le village communie pour vivre les instants magiques de ce rassemblement sans précédent. Chants, louanges, panégyriques déchirent l’atmosphère et accueillent les initiés qui arrivent dans une allure soutenue, accompagnés de leurs encadreurs, et entourés de sages, de notables, du chef de village. Dans la foule, des hommes portent, sur leurs épaules, des enfants d’à peine quatre ou cinq ans plongés dans les bras de Morphée, fatigués par cette rude épreuve. Difficile de se retenir. On crie, chante, danse, applaudit. On n’est pas loin de l’hystérie. On immortalise ces beaux moments avec son téléphone portable. De temps à autre, des coups de fusil tonnent pour, dit-on, chasser les mauvais esprits.

Cette allégresse était déjà perceptible le jeudi, veille de l’ouverture du « ndut ». Selon les nombreux témoignages, les candidats à l’initiation, préparés mystiquement par leurs parents, sont restés toute la nuit dans leurs maisons où les gens avaient dansé jusqu’à l’aube. Le vendredi, au petit matin, voilés du pagne blanc de l’initiation et escortés par une horde de selbés (encadreurs) surexcités, ils avaient, par petits groupes, entamé leur marche silencieuse vers la maison du « Koumakh » pour prendre un bain spirituel puis, direction place publique où, au son de tam-tam appelé « douloub », ils ont effectué quatre tours de l’arbre sacré (un flamboyant). Tous les initiés sont ensuite rassemblés dans un endroit aménagé hors du village en attendant le grand départ pour la brousse.

« Depuis 2004, cette cérémonie d’envergure qui perpétue une vieille tradition léguée par les ancêtres sérères n’a pas été organisée à Mbassis », informe Mame Ndéné Senghor, un vieux notable de 80 ans, qui nous a guidés ce vendredi 31 mars, parce que l’ouverture des rites démarre toujours un vendredi. C’est ce qui explique, selon lui, cet engouement extraordinaire. Il est conforté dans ses dires par l’adjoint au chef de village de Mbassis. Selon Fary Diassé, le « ndut », chez les sérères, constitue une étape cruciale pour l’homme qui doit acquérir une bonne éducation de base. « C’est à travers des pratiques ancestrales de ce genre qu’on leur inculque toutes les vertus », indique-t-il.

Comme Fary Diassé, nombreux sont les notables de Mbassis qui considèrent le « ndut » comme un examen de socialisation qui consacre le passage de l’adolescence à l’âge adulte, mais aussi l’affirmation de l’identité culturelle sérère. « C’est une étape déterminante et lorsqu’elle est franchie, elle fait l’honneur de la famille », soutient Mody Senghor, un ancien agent des chemins de fer. Aux temps, explique l’adjoint au chef du village, la circoncision durait un voire trois mois. « Ce rite était pris très au sérieux par les anciens et les jeunes initiés passaient tout ce temps dans le bois sacré et à leur sortie, une grande fête était organisée. Et ceci était valable dans toute la contrée du Lôg comme dans les autres terroirs sérères», précise-t-il.

À Mbassis, fait-il remarquer, les ancêtres ont tracé la voie. Impossible donc de se départir de cette tradition sacrée, selon Mame Fodé Sarr, professeur de sciences de la vie et de la terre (Svt) au lycée Amadou Ndack Seck de Thiès. « Nous avons le devoir de pérenniser ce rite ancestral, de le faire connaître aux générations actuelles et futures », soutient-il. Une motivation supplémentaire qui a gagné la majorité des sages, notables et parents du village de Mbassis qui se sont organisés en rapport avec les initiés pour le choix de la période propice et cela 13 ans après la dernière édition du « ndut ».

153 initiés dans la case de l’homme
Ndut sérèreEn pays sérère, l’initiation est très bien organisée avec des rôles bien définis, explique le vieux Mody Senghor. « Nous avons une hiérarchisation qui comprend d’abord le « koumakh » qui est le chef suprême. Toutes les décisions émanent de lui. Ensuite vient le « kalma » qui est son second. Il y a aussi le « yayu njuli », la seule femme autorisée à être avec les initiés et qui est comme une mère pour eux. Il y a également les selbés qui se chargent de les surveiller et de les encadrer », fait savoir Mody Senghor. Et pour cette édition, Lamine Kor est choisi pour assurer la charge de « Koumakh ». Il est secondé par Mame Fodé Sarr, choisi comme protecteur des initiés. Selon ce dernier, l’initiation a lieu chaque fois qu’une classe d’âge ayant atteint l’âge requis en exprime le besoin.

« Pendant un certain temps, ils se réunissent pour voir si cette année la cérémonie pourrait se tenir ou non. Puis ils vont vers les personnes âgées afin de les informer de leur décision et de leur indiquer la personne qui sera leur protecteur spirituel ; celui qui va les emmener et les ramener sains et saufs », renseigne-t-il.

Le « ndut » est, aujourd’hui, le plus grand rassemblement à Mbassis. L’édition 2017 a mobilisé 153 enfants, toutes classes d’âge confondues, qui ont accompli le rituel depuis l’ouverture jusqu’à la sortie. Et ce ne sont pas uniquement des fils de Mbassis qui ont participé. Des jeunes venus d’autres contrées étaient également concernés. « Aujourd’hui, le « ndut » se fait rare en pays sérère. Il y a beaucoup de villages qui n’en ont plus organisé depuis des décennies. C’est pour cette raison que quand certains villages environnants sont au courant, ils envoient leurs candidats », informe Mody Senghor.

« Ici, on accorde une importance capitale à ce rituel. Il y a la cérémonie du mil concassé qui est versé sur les têtes des initiés. C’est une prière pour qu’ils vivent jusqu’à ce qu’ils aient des cheveux blancs », relève Mame Fodé Sarr. En charge de la sécurité physique et mystique des initiés pendant la période et même après le «ndut», il assure, avec la volonté de Dieu, la garantie d’une vie sauve aux initiés pendant les sept années à venir. « Notre mission, c’est de protéger mystiquement les enfants et de les ramener sains et saufs dans leurs familles respectives. Nous avons aussi le devoir de rassurer les parents qu’aucun enfant ne mourra ni ne subira un accident », indique-t-il, non sans insister sur la délicatesse de la mission.
« Quand il y a une cérémonie de ce genre, tout le monde apporte son pouvoir pour protéger au maximum les fils du village contre tout danger », assure-t-il. Le « ndut » permet d’inculquer aux jeunes certaines valeurs indispensables pour bien vivre en société. Ces valeurs ont pour nom courage, patience, endurance, solidarité, responsabilité, obéissance, humilité, abnégation et réserve. Un code de conduite leur est transmis.

Une vraie école de la vie
Sérère MbassisOn leur apprend aussi le respect de soi et de son prochain, mais surtout des parents, des anciens. « Au sortir de cette expérience, l’enfant était suffisamment armé de principes et de valeurs pour affronter les obstacles et aléas de la vie. C’est pourquoi, les parents mobilisent énormément de moyens financiers comme matériels pendant cette période », dit Mame Fodé Sarr. Selon lui, « ce rituel est une chance pour le village, car, des prières sont formulées pour que l’hivernage soit béni ». C’est aussi une chance, d’assurer la protection de tout le village. Mais si aux temps, le « ndut » se déroulait sur un ou plusieurs mois, ce rite de maturité est aujourd’hui concentré sur trois jours. « La tendance a fortement changé et avec l’école, on ne peut plus faire des circoncisions qui dépassent le temps des vacances. Il faut s’adapter au calendrier scolaire », argue Mody Senghor.

Ces quelques heures passées en brousse suffisent-elles pour acquérir suffisamment de savoir comme les anciens ? Le vieux Mody Senghor répond par l’affirmative. Le plus important, selon lui, c’est d’entrer dans la case des hommes. Et une fois qu’on en sort, on devient un homme mûr. Son nouveau statut lui permet d’acquérir des prérogatives très importantes. Il devient responsable et peut alors fonder une famille et perpétuer sa lignée. « L’initiation, chez les sérères, est incontournable pour tout jeune qui aspire au respect. Quand ils reviennent, ils sont assurés d’être de vrais hommes et peuvent prétendre épouser une femme et sont aptes à assurer tout ce qu’un chef de famille doit faire », note Mame Fodé Sarr. « Un non-initié n’est pas considéré et accepté dans certains cercles. Il n’a pas le droit de s’asseoir et de parler avec les adultes de sa communauté. Quand il y a une réunion dans le village, il ne peut non plus y assister. De même, il doit forcément passer par l’initiation avant d’être considéré comme un homme», précise Mame Fodé Sarr.

Moment de retrouvailles, de fêtes…
Le « ndut » apporte toujours un vent de bonheur dans les familles. C’est des moments de retrouvailles, de ripailles. Une fois de retour au village, une grande fête est organisée sur la place publique où chants et danses sont à l’honneur. Comme au premier jour, les initiés effectuent quatre fois le tours de l’arbre sacré devant toutes les populations toutes classes d’âges et sexes confondus. Des coups de fusil tonnent à tout va. Puis, place aux prières et aux remerciements. De retour dans leurs familles respectives, de grandes fêtes sont organisées en leur honneur. On ne lésine pas sur les moyens. Chacun, selon ses possibilités, immole bœufs, moutons, chèvres, volailles. Chez la famille de Waly Sène dont le fils de 17ans, Abdoulaye Sène, figurait parmi les initiés, la tradition sera encore respectée. « Nous allons immoler un mouton et faire la fête en l’honneur de notre fils nouvellement initié. C’est cela la tradition, un legs de nos ancêtres que nous devons suivre et sauvegarder. Cette pratique se prépare de longues années, différemment du mariage où les femmes suivent également un autre rituel, mais qui est toujours fêté chez les sérères dans l’apothéose », laisse entendre Waly Sène. Originaire de Mbassis, cette femme qui a requis l’anonymat, est venue spécialement de Dakar pour les besoins du « ndut ». Ses enfants figurent parmi les initiés. « Cet évènement est un rendez-vous bien inséré dans notre agenda et nous ne manquons jamais l’occasion de retourner au terroir pour nous ressourcer », note-t-elle. Dans pratiquement toutes les maisons, c’est l’effervescence. On mange, boit et danse. Tout le monde participe avec enthousiasme à ces réjouissances qui peuvent durer jusqu’à une semaine.

Depuis toujours, le « ndut » est un rite profondément ancré dans l’identité culturelle sérère. Malgré l’implantation de l’Islam et le modernisme, Mbassis, comme beaucoup de villages sérères, a gardé ses nombreuses traditions qui régulent chaque étape de la vie. L’importance de ce rite initiatique fait qu’à chaque organisation, les fils du village, où qu’ils soient, reviennent s’abreuver à la source des traditions.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Considéré comme l’un des villages les plus anciens du Niombato, Missirah, dans la commune de Toubacouta, est un coin plein de charme et riche de son passé. Le brassage culturel est une réalité dans ce village à 100 % musulman, très connu pour son fromager millénaire impressionnant entouré d’un fort mysticisme et qui possède aussi une très ancienne tradition de pêche.

Faisant partie intégrante du Parc national du Delta du Saloum et de la Réserve de biosphère du Delta du Saloum, le village côtier de Missirah représente un véritable havre de paix pour la communauté qui y vit. Situé à 12 km de Toubacouta et limité au nord par Néma Bah, au sud par Djinack et Bakadadji, à l’est par Taïba et à l’ouest par Bettenty, Missirah, accessible à travers une piste cahoteuse et caillouteuse (il est aussi accessible par pirogue), se distingue par son écosystème fluvial riche et varié. Sa végétation dominée par une colonie de badamiers, fromagers, baobabs, manguiers et anacardiers en font un coin très charmant. Créé vers 1856 par Diomaye Senghor qui se convertit plus tard à l’Islam pour porter le nom de Fodé Senghor, ce village historique compte cinq quartiers (Diatta Kounda, Djifandor, Mbarra Kounda, Ndoffane, Ngadior) peuplés majoritairement de Sérères et de Socés. Au centre de ce village plein de charme qui arbore une architecture tout à fait typique, et un mode de vie propre trône la grande mosquée.

Depuis la nuit des temps, la chefferie et l’imamat à Missirah sont assurés par la famille Senghor. Cette tradition remonte à la fondation du village, selon Diamé Cissé, une notable du village et par ailleurs conseiller municipal. C’est à son retour de Gambie où il était parti se soigner que Fodé Senghor, originaire du Mali, avait découvert ce site. Un marabout musulman l’avait soigné et converti à l’Islam. Il lui donna le nom de Fodé et lui enseigna le Coran. À la fin de sa formation, le marabout lui avait demandé de fonder un village dans la forêt où il trouverait un baobab avec des racines submergées dans l’eau et l’autre partie en terre ferme. « Fodé créa une daara où il enseignait le Coran en Socé et devint l’imam de la mosquée qu’il avait construite en banco et en bois. Le fauteuil de chef de village est laissé à son grand frère Mamadou Lamine Senghor ». Aujourd’hui, c’est Ismaïla Senghor qui assure la charge de chef de village depuis le rappel à Dieu d’El Hadji Sadio Senghor. Ce quadragénaire qui a vu le jour en 1933 est le 12e chef de village de Missirah.

Une vie au rythme de la pêche
MissirahComme dans toutes les villes ou villages côtiers, la vie à Missirah se résume en deux mots : pêche et poisson. La pêche est au centre de la vie de Missirah. Elle est le fondement principal de l’économie de ce village côtier et garantit l’existence de centaines de milliers de personnes, qui en dépendent, directement ou indirectement. Une flotte de 311 pirogues a été recensée entre son port et les îles de Bagadadji, Bettenty, Djinack et autres.

Selon Bouh Sidibé Sow, coordonnateur du Comité local de pêche artisanale (Clpa) de Missirah, le vieux ponton dont les travaux de réhabilitation ont été lancés par le ministre Oumar Guèye permet de saisir le pouls de la vie du village. Calme le jour, il vit le soir une animation fantasmagorique avec le retour des nombreuses pirogues parties en mer dans l’après-midi. L’effervescence du déchargement des prises est rythmée par un brouhaha extraordinaire et les cris stridents des pêcheurs et autres vendeurs.

« Missirah possède une tradition de pêche qui date de très longtemps. Il suffit de venir ici après le crépuscule pour se rendre compte que ce village ne respire que par la pêche. Des centaines de personnes, hommes, femmes et enfants s’activent dans une alacrité indescriptible. On assiste à un défilé incessant jusque tard dans la nuit. En attendant le retour du poisson, des centaines de voitures, charrettes, motos Jakarta et vélos venus de partout sont en vrac sur le quai », raconte Bouh Sidibé Sow. À l’en croire, la caisse de poisson se négocie des fois à 12.000 voire à 15.000 FCfa. « Quand il y a surabondance, ce qui est fréquent, les prix varient entre 3.000 et 2.000 francs. Il arrive même que le surplus soit jeté parce qu’il n’y a pas à Missirah d’unité de conservation », relève-t-il.

Selon Alassane Mbodji, le coordonnateur du Clpa départemental, Missirah qui abrite le centre et le quai de pêche de Toubacouta a la chance d’avoir en face un bras de mer. C’est ce qui fait qu’il accueille beaucoup de pêcheurs saisonniers de la petite côte et des îles du Saloum qui viennent pour des campagnes de pêche de 6 à 8 mois. « La pêche joue un rôle très important en termes d’emplois. Elle a pu régler le problème d’emplois directs et d’activités génératrices de revenus », soutient-il. Toutefois, déplore-t-il, la non-fonctionnalité du Centre de pêche de Missirah construit en 1989. « Sa vocation d’assister les pêcheurs locaux, d’appuyer et d’encadrer et de faciliter la vente de la glace pour assurer la conservation des produits. Les volontaires japonais ont, dans le cadre du séchage, appuyé et capacité certaines femmes qui étaient là dans le cadre de la formation, mais aussi dans les bonnes pratiques », renseigne-t-il. « Le centre qui était doté de camions frigorifiques, de chambre froide, a beaucoup contribué à l’amélioration de la qualité du poisson. La commercialisation a eu plus de coûts en termes de valeur et le prix du poisson a augmenté ; c’est ce qui a fait que la commercialisation a atteint son objectif », explique-t-il. Aujourd’hui, pense M. Mbodji, ce centre nécessite une relance en termes d’équipement, de personnel.

En attendant, la pêche continue de rythmer la vie des habitants de ce village côtier. Beaucoup d’entre eux se sont convertis en pêcheurs et en mareyeurs. « La pêche joue un rôle très important sur le plan économique et social à Missirah. Le poisson coûte de plus en plus cher et ici on ne sent pas trop si la saison des pluies a été bonne ou pas. La pêche est là et il y a l’activité sur toute l’année. On a un niveau de vie plus ou moins correct grâce à la pêche. Que ce soit les pêcheurs, les mareyeurs ou encore les transformatrices, les gens gagnent bien leur vie grâce à la pêche ».

Comme dans toutes les localités vivant essentiellement de la pêche, la quasi-totalité des femmes de Missirah intervient dans la transformation des produits de pêche. Leur tryptique : chercher du poisson, le transformer et le commercialiser. Et pour faire prospérer leurs activités, ces femmes au nombre de 219 et qui sont toutes membres du Clpa se sont organisées en Groupement d’intérêt économique (Gie), puis en union locale. Selon leur présidente, Aminata Diène, la volonté est là, mais cela ne suffit pas pour prospérer dans une activité pareille.

Aujourd’hui, ces femmes sont limitées par un manque de logistique au niveau des deux sites de transformation notamment les claies de séchage et les fours de braisage. Il s’y ajoute aussi le manque de charriot pour transporter le poisson à partir du quai de débarquement, le manque de financements pour l’acquisition de matériel de fumage adéquat, l’absence d’unités de congélation pour la conservation du surplus de captures en période de surabondance, entre autres.

Alassane Mbodji qui encadre ces femmes estime que leur rôle est considérable dans la chaîne de production. « Nous avons des femmes très braves et sur tous les maillons de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation. Leur souhait, c’est de sortir de l’informel et de travailler dans de bien meilleures conditions, mais cela demande un accompagnement conséquent, des financements pour l’optimisation de leur commerce », fait-il remarquer.

Un fromager mythique et millénaire
Missirah localitéMissirah, c’est aussi son fromager millénaire, témoin de l’histoire du village. Cet arbre gigantesque fascine avec ses branches immenses et multiformes et son tronc énorme qui semble écraser la terre de tout son poids. Ce fromager impressionne aussi bien par sa hauteur que par son ampleur. À y regarder de très près, des formes et images impressionnantes apparaissent. Loin de toute hypnose ou hallucination, un fin observateur pourra tantôt distinguer des formes humaines tantôt des formes de crocodile, de tortue ou encore de singe. Selon Bouh Sidibé Sow, ce fromager a été planté dans cette zone entourée de mangrove à l’époque et peuplée de boas par un certain Ansoumana Ndour. C’était bien avant la création de Missirah. Depuis, cet arbre sacré est géré par sa descendance.

L’histoire de ce fromager entouré de mythes et légendes est une ritournelle maîtrisée par tout le monde. « Visiter Missirah sans voir son fromager presque millénaire, c’est comme aller à Gorée sans voir la Maison des esclaves. Cet arbre fait partie intégrante du patrimoine de cette localité », soutient Alassane Mbodji. Toutefois, note-t-il, un fort mysticisme entoure cet arbre qui, selon certaines indiscrétions, abrite les esprits des ancêtres. C’est ce qui fait qu’il est respecté et bien protégé. « Le génie protecteur ne veut pas de souillures, c’est pour cela que l’endroit est toujours maintenu propre », Bouh Sidibé Sow. Le fromager est, selon lui, habité par un esprit. C’est ce qui fait qu’il est devenu un lieu de prières et accueille souvent des rituels. « Avant la pénétration l’Islam, les animistes vénéraient ce fromager qui fait partie de l’histoire de cette ville », explique Alassane Mbodji. Ce fromager, indique-t-il, est l’un des plus grands d’Afrique avec une circonférence exceptionnelle de plus de 30 mètres. « Cet arbre fait partie des éléments du patrimoine de Missirah. Des techniciens de l’Ist et de l’Ise qui sont venus jusqu’ici ont, après analyse des racines, affirmé que ce fromager daterait d’au moins 900 ans. D’autres chercheurs ont également assuré que c’était le deuxième plus grand fromager d’Afrique après celui du Ghana », fait-il savoir.

Depuis toujours, cet imposant arbre a été une attraction touristique qui a permis de faire la promotion de Missirah dans d’autres contrées. Et de tout temps, des touristes issus de divers horizons sont venus à sa découverte. « Ce fromager fait partie du circuit de nombreux hôtels et campements du delta du Saloum et même de la Gambie. Un touriste ne peut pas venir à Toubacouta sans venir à Missirah », assure-t-il.

L’autre attraction après le fromager est, selon Bouh Sidibé Sow, la mare aux crocodiles appelée « Mbaro Colon », située à 1 km. « Quand les pluies tardent à tomber, les populations y vont pour invoquer les esprits. Les femmes portent des pantalons et les hommes des pagnes. Aussitôt après les invocations, les pluies tombent », renseigne-t-il.

La route Toubacouta-Missirah, une surpriorité
A Missirah, les populations pensent que la pêche pourrait fortement contribuer à l’essor de leur localité et même de Toubacouta. Pour cela, la réhabilitation du tronçon Toubacouta-Missirah qui ne fait que 12 km doit être une réalité. Le chef de village, Ismaïla Senghor, estime que cette doléance vieille de plusieurs années n’est toujours pas satisfaite. « Notre plus grande difficulté aujourd’hui, c’est l’accessibilité, surtout pendant l’hivernage. C’était une promesse de Macky Sall bien avant son accession à la magistrature suprême. Depuis, nous attendons », indique-t-il. Et pourtant, note Alassane Mbodji, ce tronçon constitue une piste de production très importante. « Missirah est un lieu de débarquement où les gens viennent pour des raisons diverses. C’est un véritable carrefour d’échanges. Une fois que le ponton et la route seront réhabilités, ce village sortira de son enclavement. La pêche connaîtra un nouvel essor et contribuera grandement au développement de la commune de Toubacouta. Les autres activités comme l’agriculture et le commerce ne seront également pas en reste. C’est toute l’économie de la zone qui sera renforcée », estime M. Mbodji.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL 

La musique fait partie intégrante de la culture peule et le «hoddu», sorte de luth à quatre cordes longues mélodiques, est l’apanage de leur tradition. Dans le Fouladou, les griots de cette communauté en jouent pour relater l’histoire des dynasties familiales. Et Aliou Djingui Baldé, plus connu sous le nom de «Djenguy Bambaado», fait partie de ces musiciens qui font encore résonner la complainte de cet instrument considéré comme la « pierre angulaire de la tradition orale des Peuls ». À 74 ans passés, il n’est pas encore prêt à ranger son «hoddu» qui lui a tout apporté.

Connue par son caractère pastoral prépondérant, la région de Kolda jouit d’un riche patrimoine culturel. Dans le domaine musical, beaucoup d’instruments dont certains sont encore d’usage interviennent pendant les grands moments du cycle vital de cette communauté. C’est le cas du « hoddu », instrument de musique traditionnelle ancestral et spécifique à la région qui occupe une place de choix dans le patrimoine musical du Fouladou.

Depuis des siècles, le « hoddu » est le fidèle compagnon des griots de cette ethnie pastorale. Autrefois, cet instrument de musique traditionnelle à quatre cordes avec une calebasse recouverte de peau était joué par un bambaado en l’honneur des souverains lorsqu’ils recevaient des hôtes de marque. C’était une occasion pour le griot de faire vibrer les cordes magiques de cet instrument et faire les éloges du roi dans la parfaite maîtrise de la parole et de son arbre généalogique. De nos jours, le hoddu est encore joué, mais assure plutôt une fonction festive.

Rares sont les cérémonies qui se déroulent sans la présence des griots qui sont de véritables icônes locales. Qu’il s’agisse de mariages, de baptêmes ou encore de veillées culturelles et autres fêtes privées, ils sont toujours présents et, grâce à leur virtuosité musicale et leur maîtrise de la parole, ils utilisent le hoddu pour rappeler aux familles le passé glorieux et héroïque de leurs ancêtres.

Un virtuose du « hoddu »
La musique se situe au cœur de la culture peule et le hoddu fait partie des instruments fétiches de cette communauté pastorale. Dans le Fouladou, c’est un héritage jalousement conservé par des Niégnebé dont le plus illustre est sans doute Aliou Djingui Baldé dit «Djenguy Bambaado». À Kolda, ce nom n’est pas méconnu tant cet artiste a pleinement contribué au rayonnement de la culture du Fouladou et particulièrement du « hoddu » qu’il joue avec une très grande virtuosité.

Âgé de 74 ans, « Djenguy Bambaado » ne passe pas inaperçu parce qu’étant l’un des traditionalistes, des transmetteurs de la mémoire collective, dont l’expertise est reconnue par tous. Au quartier Sikilo de Kolda, il n’est guère difficile de retrouver le domicile de ce grand monsieur qui s’est forgé un personnage grâce à son hoddu. Très tôt, le jeune Aliou Djingui Baldé s’intéresse à la musique. Il s’est initié à cet instrument, un héritage familial, à l’âge de 7 ans. Seulement, précise-t-il, ses ancêtres sont restés un siècle sans jouer au hoddu. Jusqu’à ce qu’un de ses oncles du nom de « Diarga Bambaado » le ressuscite sous le règne du roi Bouraïma Sama de Niantandim en Guinée-Bissau.

D’ailleurs, c’est lors de la guerre de libération que beaucoup de Bissau-guinéens, dont ses proches parents et ses nobles, ont fui ce pays voisin pour venir se réfugier au Sénégal, notamment à Kolda. Djenguy Bambaado et sa famille n’ont pas été en reste. Ils ont eux aussi franchi la frontière pour s’établir définitivement à Kolda.
Le don de l’enfant ne fait aucun doute. Et avec son bon doigté, il s’est tracé un chemin, celui de la prospérité. Sa première récompense en espèces, Djenguy Bambaado l’a reçue de sa grand-mère Khady Kousan. Coumbouya fut la première à lui offrir une chèvre et Rassidou le premier à lui donner un grand boubou comme cadeau. Tout cela s’est passé en Guinée-Bissau.

Perfectionnement au Mali
L’art de la parole est un héritage qui se transmet de père en fils, de génération en génération. Mais cela ne suffisait point pour entrer dans la cour des grands. Pour se perfectionner et élargir ses connaissances, le griot se devait de compléter sa formation en séjournant auprès d’autres familles de griots. C’était la règle pour aspirer au rang de maître et « Djenguy Bambaado » n’y a pas dérogé.

Après 7 ans de pratique du métier au Sénégal, il est parti se parfaire au Mali, un pays qui se trouve au croisement de plusieurs cultures et civilisations. Il y séjourna 16 ans. Les huit premières années, il les consacra au perfectionnement de son art et il passa les huit autres années à s’imprégner de l’histoire des royaumes du Sénégal, du Mali et de la Guinée-Bissau. Du Fouta Djallon au Fouladou en passant par le Fouta Toro, l’empire du Mali, Djenguy Bambaado a appris la genèse de ces empires et royaumes, les épopées et faits d’armes guerriers. À force de pratique, il est devenu un véritable maître de la parole, un musicien à la mémoire prodigieusement riche de partitions jamais écrites, mais jalousement bien conservées.

Une fois qu’il a jugé avoir atteint le niveau de connaissance requis, Djenguy Bambaado est revenu au bercail. Et à force de performances, il a réussi à franchir les portes de la gloire grâce à la magie de ses doigts, à sa musique qui l’a amené un peu partout. Outre le Sénégal, « Djenguy Bambaado » a sillonné tous les pays de la sous-région.

Malgré l’influence de la modernité, ce fidèle gardien de la tradition soutient qu’il n’y a aucune différence dans la pratique du hoddu d’hier et d’aujourd’hui. « La seule variable c’est la générosité des uns et des autres, des nobles d’hier et ceux d’aujourd’hui », dit-il.

Dans sa carrière, «Djenguy Bambaado » a formé treize jeunes qui sont devenus des pionniers en matière de hoddu à travers voire dans la sous-région. « Quand ils sont à l’œuvre, les initiés savent que ce sont mes disciples, car je suis un artiste-compositeur. J’ai un style qui m’est propre et je n’ai jamais imité qui que ce soit au cours de ma carrière », affirme-t-il.
«Djenguy Bambaado» prédit un avenir prometteur au hoddu qui, selon lui, se perpétuera avec la quête des origines. « Des artistes qui pratiquent cet instrument traditionnel réussissent et sont parvenus à réaliser beaucoup de choses », explique «Djenguy Bambaado» qui dit entretenir de bons rapports avec les artistes de son temps et ceux de la génération actuelle. D’ailleurs, un de ses fils, Aliou Djingui Bambado, joue la guitare dans le groupe de Baba Maal, le Dandé Lenol.

Malgré tout son talent, «Djenguy Bambaado» n’a pas réussi à mettre sur le marché un produit. À l’image de son cousin et ami, Dialy Sana Seydi, il soutient que l’absence de moyens et de soutiens a freiné son ardeur. Toutefois, il compte bien installer un studio au-dessus de l’étage de son immeuble à Sikilo (la maison où s’est déroulé l’entretien). « Ce projet fait partie de mes ambitions. J’ai les moyens et l’intelligence pour le réaliser », assure-t-il.

Déjà, en 1963, il jouait en solo sur les ondes de Radio Mali, alors qu’il suivait son maître Dialy Baba Cissokho. Ancien animateur à la Rts Kolda, il est aujourd’hui le président de l’Association « Nafooré niénegebé » de la région de Kolda, une structure qui n’arrive pas toujours à réaliser ses ambitions, faute de moyens. Mais «Djenguy Bambaado» mise sur les jeunes membres pour réaliser leurs projets qu’il n’a pas réussi à concrétiser.

La modernisation a certes favorisé l’émergence d’une nouvelle musique urbaine, mais «Djenguy Bambaado »est resté fidèle aux anciennes règles du jeu du hoddu. Il a contribué à révéler au monde les bases de cette belle musique avec des compositions qui maintiennent un caractère typiquement traditionnel. L’artiste reconnaît toutefois qu’il existe une différence entre le hoddu du Fouta et celui du Fouladou. Au nord, soutient-il, les sonorités de cet instrument sont dédiées à des héros qui se sont illustrés par de hauts faits, des gestes de haute portée par le passé. Ces sonorités visent, selon lui, à stimuler le courage, le sens du devoir chez la nouvelle génération. « Quand vous jouez le Garba, tout le monde sait qu’on rend hommage à Yéro Mama. Quant au « Jaaru », c’est Bouba Ardo », fait-il remarquer. Contrairement au Fouta, il est difficile de retrouver une telle spécificité du «hoddu» au Fouladou. Cela fait partie des actes qu’il souhaiterait poser. Il a ainsi appelé les membres de son association « Nafooré niénegebé » à travailler dans ce sens pour composer des sonorités sur la base de cet instrument musical dédiée aux dignes fils et filles du Fouladou qui ont contribué au rayonnement du Fulfuldé d’autant que beaucoup de leurs paroles sont reprises par des artistes voire des guides religieux. « Par ce geste, nous perpétuerons l’œuvre des vaillants fils du Fouladou », souligne-t-il.

Un instrument qui nourrit son homme
Les talents d’orateur de «Djenguy Bambaado» sont indéniables. Artiste dans l’âme, il est resté fidèle aux règles anciennes du jeu du hoddu et a le pouvoir de capter avec sa voix rauque son auditoire. Il sait aussi évoquer avec une rarissime aisance tous les thèmes musicaux. Ces atouts ont fait de lui une personne aimée et admirée dans cette contrée et ailleurs.
«Djenguy Bambaado» qui va bientôt boucler soixante-dix ans de carrière ne s’est jamais essayé à aucun autre métier. Comme la majorité des musiciens du Fouladou, il vit de son art. Son métier lui permet de faire face à ses obligations.

Pour sa subsistance, il ne peut compter que sur son art, et il dépend totalement des cadeaux qui lui sont offerts en échange de ses chants et louanges. Dans certains cas, le griot est invité par les chefs eux-mêmes ou par des personnes riches. Il se déplace souvent pour rendre des visites de courtoisie aux chefs coutumiers qu’il connaît. Pour ses belles paroles lors des cérémonies de mariage, de baptême ou de funérailles, ce périple lui rapporte de l’argent, des habits, des vivres, des chevaux, des moutons, des chèvres, etc.

En 1987, les ressortissants du Boundou vivant en France l’ont invité à venir se produire là-bas. Depuis lors, il fait des allers-retours entre Paris et Dakar. En 1989, il a pris la nationalité portugaise. Les difficultés liées à l’obtention du visa l’ont encouragé à chercher cette nationalité qui lui a beaucoup facilité les déplacements en Europe.

Le hoddu nourrit-il son homme ? Grâce à son art, «Djenguy Bambaado» a réussi à réaliser beaucoup de projets. Il est l’une des fiertés des joueurs de hoddu, des wambabés (pluriel de bambaado).

Grâce à son art, il effectua le pèlerinage à la Mecque, y envoya aussi ses deux parents. Il tient également un « empire » immobilier à Kolda tout comme à Dakar. Aussi, a-t-il réussi à construire une grande mosquée dans son quartier à Sikilo. Une véritable prouesse si l’on sait que rares sont les artistes, notamment des Niégnebés, qui investissent leurs propres moyens dans la réalisation d’édifices religieux de cette envergure. « Le hoddu m’a tout donné. Avec les revenus qu’il m’a procurés, j’ai eu à acheter treize véhicules. Je suis très bien placé pour dire que le hoddu nourrit bien son homme », affirme-t-il. La preuve, l’artiste ne s’est jamais départi de son outil de travail. « Partout où je vais, mon hoddu est à mes côtés », explique ce septuagénaire qui n’a pas encore fini de faire parler de lui. À 74 ans, «Djenguy Bambaado» n’est pas encore prêt à ranger son hoddu. Après cette performance, il s’est engouffré dans son véhicule, destination Guinée-Bissau où il est attendu pour des prestations.

Un devoir de préservation
Avec des virtuoses comme «Djenguy Bambaado» et ses pairs, le hoddu que l’on croyait tombé en désuétude a su survivre. L’instrument connait même un renouveau dans cette partie du pays. Et le mouvement ne semble pas s’essouffler. Pour le directeur du centre culturel régional, le hoddu est l’un des instruments de prédilection de la tradition peule, l’un des éléments du patrimoine culturel immatériel du Fouladou qui doit être préservé et transmis aux générations futures sous un meilleur aspect. « On ne peut promouvoir la culture qu’à travers sa propre langue, les artistes en sont conscients et ont commencé à introduire les sonorités locales. Le nianiérou et le hoddu sont des instruments phares de la musique du Fouladou. Ce sont des instruments qui fédèrent et les musiciens l’ont bien compris », indique Abdoulaye Lamine Baldé. « Quelle que soient l’ethnie à laquelle nous appartenons, quand il y a une fête à Kolda, il y a de fortes chances qu’on rencontre le nianiérou dans ces cérémonies, idem pour le hoddu et la kora. C’est des peuples qui vivent en harmonie et il n’y a pas de distinguo entre Mandingues, Balantes, Mancagnes, Pepels. C’est toute une symbiose, car ils ont presque toujours vécu ensemble », précise M. Baldé. C’est ce qui fait, à son avis, le charme de la Casamance. Le directeur du centre culturel régional déplore cependant la disparition à petit feu du kumu, genre musical traditionnel joué par des cantatrices à l’aide de calebasses renversées dans des bassines d’eau. « Il n’y a pas d’héritières pour ce genre musical et la relève pose souvent problème. Si on n’y prend garde, tous ces instruments vont disparaitre », assure-t-il.

Face à la concurrence de la musique urbaine et avec les jeunes qui s’ouvrent vers d’autres horizons, M. Baldé estime qu’il y a urgence de conserver et de sauvegarder ces instruments de musique traditionnelle. « Il faut assurer la relève et cela pose parfois un réel problème. On a eu à effectuer une tournée de promotion de la diversité culturelle, mais le constat est que rares sont les griots qui apprennent à leurs progénitures le métier de griot ou comment fabriquer certains instruments. On doit les sensibiliser sur la nécessité de préserver et de conserver ces instruments pour éviter qu’ils disparaissent du paysage culturel », soutient-il. Pour le directeur du centre culturel régional, Kolda jouit d’un patrimoine culturel et populaire traditionnel considérable qu’il est nécessaire de rassembler et conserver pour les générations futures, mais aussi pour qu’ils gardent toujours l’estime et la place qui leur revient.

Par Samba Oumar FALL et Souleymane Diam SY (textes)
et Pape SEYDI (photos)

 

Plus d’un demi-siècle après sa construction, le lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack, qui occupe une place très importante dans le cœur de tous ceux qui l’ont fréquenté, est toujours là, debout, et affreusement défiguré. Si son âme semble toujours présente, ce haut lieu du savoir qui a vu passer beaucoup de futurs cadres du pays et des générations d’apprenants ploie, aujourd’hui, sous le poids de l’âge. Même ceux qui ne l’ont pas fréquenté sont touchés par son état de décrépitude, sa détresse. Aujourd’hui, anciens comme actuels pensionnaires militent activement pour le sauvetage de ce lieu prestigieux qui, pensent-ils, doit bénéficier d’une réhabilitation complète et d’un environnement confortable, convivial, propice aux apprentissages et à l’épanouissement des élèves.

Lycée Valdiodio Ndiaye. Le seul fait de prononcer ce nom provoque un pincement au cœur du côté de ceux qui ont fréquenté cet établissement. Le premier lycée de Kaolack, construit en 1958, agonise lentement. Aujourd’hui, avec l’état pitoyable de délabrement dans lequel il se trouve, ce haut lieu de savoir qui a marqué son époque n’est plus que l’ombre de lui même. L’état de délabrement de ce lycée transparaît à l’entrée de l’établissement. Dès qu’il pénètre dans le lycée, le visiteur marque un temps d’arrêt. Le premier constat est que l’établissement n’a pas bonne mine. L’aspect des bâtiments, rongés par l’usure, témoigne que rien n’est plus comme avant dans ce lieu emblématique qui a vu passer plusieurs générations de collégiens. Cet établissement qui se trouve dans un état de délabrement très avancé offre un véritable spectacle de désolation. Les bâtiments souffrent d’une vétusté sans mesure. Une situation qui interpelle sur l’état de dégradation d’un des fleurons de l’enseignement du pays.

Ce prestigieux lycée, partie intégrante de l’histoire de la ville de Kaolack, qui fut jadis un creuset d’excellence, a généreusement ouvert ses espaces à des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes pour leur permettre d’apprendre. Ceux qui ont fréquenté Valdiodio auront le bonheur de retrouver des noms illustres de l’histoire de notre pays. Beaucoup d’élèves qui sont passés par là sont devenus… président de la République, ministres, directeurs généraux, médecins, pharmaciens, magistrats, professeurs de lettres, inspecteurs du trésor, inspecteur général d’État, commissaires de police, avocats, notaires, écrivains, cadres supérieurs... Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir le tableau. De prestigieux noms défilent : Macky Sall, le général Amadou Tidiane Dia, Mamadou Lamine Loum, Aminata Touré, Souleymane Ndéné Ndiaye, Mariama Sarr, Abdou Latif Coulibaly, Coumba Ndoffène Diouf, Modou Diagne Fada, Mbagnick Ndiaye, Diène Farba Sarr, Yaye Kène Gassama, El Hadji Diouf, Aly Cotto Ndiaye, Aziz Sow, Daouda Faye, Salif Bâ, Mbaye Diack, Abdou Salam Sall, Sémou Pathé Guèye, Adama Ndiaye, Awa Guèye, Me Nafissatou Diop Cissé, Rose Wardini, Wagane Faye, Ousmane Sèye… et tant d’autres.

Comme tous les établissements scolaires, le lycée Valdiodio Ndiaye a une histoire. Et Mbaye Thiam, l’actuel proviseur, en parle avec un brin de nostalgie. « Le pouvoir colonial avait décidé de faire des locaux du jardin d’essais de Kaolack un collège classique et moderne. Les premiers élèves sont entrés le 8 novembre 1958. Parmi eux, le général Amadou Tidiane Dia, ancien commissaire national au pèlerinage, Ibrahima Ndao, ancien directeur général de la Sonatel, la Linguère Fatim Diop... », informe-t-il. À l’époque, explique M. Thiam, il n’y avait pas de lycée à Tambacounda, encore moins à Diourbel, Fatick et en Casamance. « Seules Dakar et Saint-Louis disposaient d’un lycée. Il fallait donc créer un grand lycée qui puisse recevoir les élèves provenant du centre, du sud et de l’est du Sénégal », souligne le proviseur.

Le lycée, selon lui, a connu de multiples péripéties. Peu de temps après les Indépendances, ce collège classique et moderne est rebaptisé. Il devient alors le lycée de Kaolack et a commencé à avoir un second cycle. Puis, en 1966, il devient le lycée Gaston Berger. « Vingt ans après, le professeur Iba Der Thiam, qui était alors ministre de l’Éducation nationale, a estimé qu’il fallait trouver un Sénégalais pour être le parrain de ce lycée. Le choix s’est valablement porté sur Valdiodio Ndiaye, avocat et homme politique, ancien maire de Kaolack qui est une fierté nationale, une référence pour le Saloum », indique Mbaye Thiam. Par la suite, le lycée a connu quelques mutations. À l’époque où il était un grand complexe, l’effectif tournait au tour de 8.000 élèves. « On a pris le premier cycle qui forme deux collèges d’enseignement moyen avec 3500 élèves chacun, le lycée qui gère le second cycle avec un effectif de 4000 élèves et, à côté, on a construit un franco-arabe, érigé un Bloc scientifique et technique et un Centre d’enseignement technique féminin (Cetf) », explique le proviseur. « Aujourd’hui, quand on vous parle du Complexe Valdiodio Ndiaye, c’est qu’il y a le lycée, le Cem 1 et 2, le collège franco-arabe, le bloc scientifique et technique et le Cetf », fait savoir M. Thiam.

Réhabilitation parcimonieuse
Depuis sa nomination, en octobre 2012, le proviseur et son équipe se battent pour améliorer les conditions de travail des enseignants et aussi la qualité de l’enseignement. « Quand j’ai pris service, le lycée n’était même pas clôturé. Il y a eu des efforts avec les moyens propres de l’école et l’action de madame Wouly Sène qui ont permis de reprendre la clôture ». Toutefois, déplore M. Thiam, ce mur, quinze jours après sa réhabilitation, a été détruit par les populations riveraines habitant la partie nord du lycée. Un geste d’incivisme caractérisé que n’a pas manqué de dénoncer le proviseur. « Les voisins immédiats considéraient le lycée comme un dépotoir d’ordures. C’était la pagaille. Les animaux morts étaient jetés dans la cour et il y avait aussi les voleurs qui avaient fait du lycée leur refuge. Quinze jours après l’inauguration du mur de clôture, ils n’ont rien trouvé de mieux que de le démolir pour simplement trouver des voies de passage. 

C’est ce climat stressant que nous vivons au quotidien et que nous cherchons à corriger », indique-t-il. Toutefois, précise Ndèye Ndour, tous les riverains ne doivent pas être mis dans le même sac. « Certaines populations sont d’un incivisme chronique et aiment trop la facilité. Mais, en déversant leurs ordures dans le lycée, elles devaient penser à leur environnement et celui de leurs enfants », confie-t-elle, déplorant la démolition du mur de clôture par certaines populations.

Si les efforts nécessaires n’ont pas encore été consentis par les autorités compétentes pour rénover cet établissement, il y a une synergie pour se pencher sur les problèmes du lycée et trouver des solutions. Et jusque-là, n’ont été réalisés que des travaux d’urgence. « Le Conseil départemental a réfectionné le bâtiment D où il y a 16 classes, une infirmerie, la bibliothèque, les archives et la salle d’Eps. La Sonatel a pris en charge le bloc B avec 10 salles de classe. La Direction des constructions scolaires a réhabilité cette année le bloc A. Ce qui fait qu’au niveau du campus pédagogique, sur les 60 classes, il reste 21 à réfectionner et nous pensons qu’à partir de l’année prochaine, tout sera remis à neuf », assure le proviseur non sans magnifier les actions de la mairie avec le pavage de la façade sud du lycée. Il s’y ajoute, selon lui, que « le Crédit mutuel et le Conseil départemental ont dégagé une subvention de 6 millions de FCfa pour réhabiliter le terrain de sport du lycée ».

En plus de ces différents partenaires, a souligné le proviseur, les anciens élèves interviennent beaucoup dans la réhabilitation du lycée, même au niveau de la diaspora.
Mbaye Thiam, qui fut un ancien du lycée Valdiodio, a eu la chance et le privilège d’étudier dans un cadre exceptionnel, de toute beauté, avec des arbres tout autour. « C’était un jardin dans lequel on trouvait la quasi-totalité des arbres fruitiers connus. Malheureusement il ne reste, aujourd’hui, qu’une végétation composée de niim », regrette-t-il. Toutefois, informe-t-il, un partenariat avec des Allemands va permettre la mise en place d’un mini parc écologique au niveau du lycée. « Tout cela rentre dans le cadre d’un vaste projet de réhabilitation des fonctions écologique et pédagogique du lycée Valdiodio Ndiaye pour un coût global de 462 millions de FCfa », éclaire M. Thiam. « Ce projet est porté par de grandes personnalités qui sont sorties de cet établissement, en tête desquelles Aminata Touré, ancien Premier ministre, Ibrahima Dème, ancien directeur de la Sonatel, Adama Ndiaye, procureur... », révèle-t-il. Dans ce même registre, ajoute le proviseur, des négociations sont en train d’être menées avec les Fonds verts des Nations unies pour doter le lycée d’espaces verts.

Le social au cœur de la politique du lycée
Lycée Valdiodio NdiayeLe lycée Valdiodio Ndiaye fut une référence au niveau national par la qualité. Aujourd’hui, le problème de cet établissement demeure, selon son proviseur, le nivellement des valeurs. « Nous avons une série S1 où les élèves réussissent toujours le baccalauréat avec un taux de 100 %, autant nous avons des classes où les résultats atteignent difficilement les 50 % », explique-t-il. Cette situation est liée, selon Mbaye Thiam, à une massification et à une forte demande sociale. « On a, pendant très longtemps, théorisé le maintien. Il vaut mieux avoir un élève à l’école plutôt que d’avoir un élève dans la rue. J’ai fait le choix de récupérer tous les élèves vulnérables à la déperdition scolaire. Tout cela est lié à une situation dont j’ai hérité », indique le proviseur non sans préciser que le lycée possède un club de l’excellence appuyé par des partenaires. « Tous les élèves qui ont une moyenne supérieure à 15/20 et les sportifs confirmés ne paient pas de droits d’inscription. Ils sont totalement pris en charge par le lycée », note-t-il. Il y a aussi nos partenaires allemands qui prennent en charge les inscriptions de 50 cas sociaux. Ils nous accordent aussi des subventions qui ont permis l’achat de vélos pour des élèves qui habitent très loin », ajoute M. Thiam.

Chaque année, pour magnifier l’œuvre du parrain, Valdiodio Ndiaye, et amener les jeunes générations à le considérer comme une référence, le lycée organise, le 5 mai, date de son décès, des journées qui lui sont consacrées. « Les journées Valdiodio Ndiaye sont des moments de retrouvailles entre toutes les générations qui ont fréquenté le lycée », explique-t-il.

Cris du cœur des anciens
C’est une lapalissade de dire que le lycée Valdiodio Ndiaye, naguère creuset d’excellence, a perdu son lustre d’antan. Cet établissement qui a joué un rôle si important, pour avoir accueilli depuis 1958 des dizaines de milliers d’élèves, est dans un état de délabrement inquiétant, malgré les tentatives de le relever de sa longue agonie. Certains bâtiments, frappés par le poids des ans, crient leur détresse. Les internes s’exaspèrent de l’état de vétusté qui touche leur établissement et ressentent un grand embarras en disant qu’ils étudient à Valdiodio Ndiaye. « C’est une fierté nationale, mais les autorités n’ont pas consenti les efforts nécessaires pour rénover ce lycée. Il est temps que cet établissement connaisse une seconde vie », dénonce Mariama Diouf. Pour les élèves, le parrain ne serait point fier de voir l’état dans lequel se trouve ce lycée qui porte son nom. Les anciens aussi s’alarment de la décrépitude du lycée. Nostalgiques de leurs années inoubliables qu’ils y ont passées, nombreux sont ceux qui ont un pincement au cœur en voyant la dégradation progressive des lieux. Ils trouvent anormal que rien n’ait été entrepris pour restaurer ce lycée historique. Pour Fatou Binetou Cissé, ce lycée porte le nom d’une illustre personnalité et mérite un bien meilleur sort. « C’est vraiment déplorable de constater que ce lycée aussi prestigieux par la qualité de ce que l’on y a enseigné soit aujourd’hui dans cet état », s’alarme cette ancienne élève qui y a eu son bac en 1999. Selon elle, la restauration et la conservation du lycée Valdiodio Ndiaye devraient être une priorité. Amath Diago, un statisticien qui y a également fait ses études secondaires, estime que ce lycée appartient au patrimoine tant régional que national. Il regrette, lui aussi, l’état de délabrement avancé de l’établissement. D’où l’urgence, selon lui, de lancer un programme de restauration de l’ensemble des bâtiments pour assurer la sauvegarde de ce prestigieux établissement. « C’est un lycée qui, depuis plus de cinquante ans, forme des générations d’élèves et a toujours fait la fierté de Kaolack. Il mérite un bien meilleur sort », note-t-il.

Des regrets, Ndèye Marème Sarr n’en manque pas chaque fois qu’elle passe devant ce lycée qu’elle a foulé pour la première fois en 1985. « Je garde d’excellents souvenirs de ce lycée qui fut une institution exceptionnelle. Avec le rôle qu’il a joué en contribuant à la formation de nos élites, je pense qu’il est indispensable de rénover cet établissement pour qu’il continue d’être le symbole de l’éducation et de l’excellence qu’il a toujours été », affirme cette technicienne en informatique.

De son côté, Babacar Seck, un enseignant qui est également passé par Valdiodio, lance un appel pressant aux autorités, afin qu’elles puissent sortir l’école de sa léthargie actuelle. Abdoulaye Marone dénonce, pour sa part, une absence de volonté des politiques. Selon lui, le lycée Valdiodio Ndiaye est une fierté nationale qui mérite de refaire sa toilette. « Cet établissement a été construit avant les Indépendances et a vu passer des potaches qui sont devenus des personnalités importantes dans ce pays. Rien que pour ça, il mérite une attention particulière et pratique de la part des autorités, des cadres qui l’ont fréquenté ou encore les personnes de bonne volonté ».

Comme beaucoup de parents d’élèves, Mamadou Faye tire aussi sur la sonnette d’alarme et alerte les autorités locales sur la dégradation qui prévaut dans le plus ancien établissement secondaire de Kaolack. Selon lui, le lycée Valdiodio Ndiaye doit bénéficier d’une réhabilitation complète et d’un environnement confortable, convivial, propice aux apprentissages, à l’épanouissement des élèves et adapté aux besoins des équipes pédagogique, technique et administrative.

Aujourd’hui, anciens comme actuels pensionnaires attachent une très grande importance au sauvetage de ce lycée devenu un patrimoine. Ils veulent que sa rénovation globale soit prise en charge dans les meilleurs délais, pour pérenniser à tout jamais son existence.

Par Samba Oumar FALL (texte) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on vendredi, 31 mars 2017 15:05

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