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Grand Air (19)

Bercé par la mer et baigné une lagune peuplée d’huitres, de cabres et de langoustes, la commune de Somone doit beaucoup au tourisme et à la générosité de la nature. Les premières vagues des touristes ont fondé le quartier Torino. Au fil des années, d’autres européens n’ont pas pu se passer de la beauté idyllique de cette localité aux rues ayant une allure de galerie d’art. On peut aussi se balader au bord des canoës sur la lame d’eau ou s’évader dans le sentier écologique de la réserve d’intérêt communautaire.

Le village de Somone ne tangue plus entre le conservatisme et l’ouverture ; du moins au plan architectural. A part les rues sableuses et sinueuses serpentant entre les concessions et les maisons juchées sur des dunes côtières, des villas aux lignes importées poussent dans tous les coins. Les quartiers traditionnels tels que Ndioufène ou Mboyène sont dans l’œil du vent du changement. Le village est pourtant revenu de loin. Il a été ravagé par la peste dans les années 20. « Somone a été décimé par la peste en 1920, il a été rasé avant d’être reconstruit », nous confie Arona Lô, âgé de 86 ans.

Somone 2A Somone, les terres appartenaient à des « Lamanes ». C’est après les réformes que beaucoup d’habitants ont perdu leurs terres à cause de l’expropriation. Actuellement, la course vers l’accumulation de richesse a entraîné, selon ce sage, la vente effrénée de champs et des potagers. « Je ne vais pas seulement parler de Somone. La spéculation foncière touche également Saly et Ngaparou. Il sera très rare de voir des autochtones qui ont plus de 500 mètres carrés », avance Pa Arona Lô, considéré comme l’un des plus âgés du village de Somone qui fut fondé par Mame Baye Yam, venu du Dioloff. A l’origine, la pêche et l’agriculture étaient les activités principales. Mais la première incursion d’un touriste entre 1940 et 1951 va précipiter l’émergence d’une nouvelle vocation. Somone devient la nouvelle destination entre 1958 et 1959. « Le premier blanc qui était venu s’est installé au bord du fleuve, après il y a eu 7 et 8 autres. Au fil des années, le nombre n’a cessé d’augmenter », se souvient Pa Arona Lô. Après c’est par vagues que les touristes blancs déposent leurs valises au bord de la lagune et de la mer. Certains y construiront de belles villas. « Ce sont des sénégalos, ces derniers viennent chaque année. D’autres se sont installés et ils ont épousé des Sénégalaises ou, pour être plus juste, ils ont des copines sénégalaises », fait savoir un artiste peintre. Leur présence et leur contribution à l’économie nationale relativisent la notion d’étranger aux yeux d’une responsable de l’agence immobilière Ambre. « Pour moi, je ne peux pas considérer ces toubabs qui vivent au Sénégal depuis une trentaine d’années comme des étrangers. Non ! », objecte Penda Guèye. C’est à juste raison. C’est le tourisme qui a changé le visage de Somone et l’a sorti de l’anonymat.

Torino, un quartier huppé au bord de la mer
A Torino, à l’angle de la rue de Café des Arts, trois petites voitures sont immobilisées devant une villa. Des taximen sont à l’ombre des arbres. Ils conversent. Leurs conservations s’interrompent dès que des touristes sortent des hôtels. « Vous avez besoin d’un taxi », lancent-ils sans insistance. Certains déclinent. Ils préfèrent la marche pour les petites courses. Les minutes passent.

Peu de clients viennent demander les services des taximen. Après cette séquence, un couple d’un certain âge se pointe. « Nous voulons aller à Ngasobil », s’exprime l’homme. Deux conducteurs bondissent de leur banc et se proposent de les transporter. Mais l’un des taximen se désiste. Son camarade se charge de leurs incursions pour 30.000 francs Cfa. « La journée est bonne pour lui », confie un des taximen. Depuis quelques années, ce n’est pas tous les jours qu’un taximen rentre avec 30.000 francs depuis la crise d’Ebola. Le secteur du tourisme traîne cette crise comme une séquelle après une intervention chirurgicale. Durant les années 2005, 2006 et 2007 qui sont pour ce conducteur l’âge d’or du tourisme dans la zone, le secteur faisait vivre Somone et d’autres villages. « Lors des excursions dans des villages, les touristes se rendent compte de l’état des besoins des villageois. Une fois en Europe, ils collectent des dons de médicaments et de matériels médicaux et parfois construisent des salles de classe », raconte ce conducteur. Un peu avant, se trouve un autre petit garage non loin d’autres complexes hôteliers. Babacara Dop, originaire de Kaolack, est arrivé à Somone en 1995. Il était attiré par le tourisme florissant. C’est un homme au cœur lourd qui s’est prêté à un jeu de comparaison. « Je vous dis que les périodes où le tourisme faisait vivre ceux qui ne sont pas du secteur est derrière nous. Les touristes ne sortent plus actuellement, parce qu’on a entretenu ce climat d’insécurité. Dans les hôtels, on leur dit de ne pas sortir. La conséquence, les touristes ne dépensent presque pas en dehors des hôtels ou des résidences. Seuls les anciens continuent à faire des excursions », démontre Babacar Diop. Moustapha Diouf, interrogé au restaurant Brise de la Mer, garde en mémoire les années de tourisme de masse en 2004, 2005 et 2006. « A mon avis, le nombre de touristes qui arrivent a beaucoup diminué au cours de ces dernières années. Somone vivait bien de cette activité », a laissé entendre Moustapha Diouf.

Par Oumar Ba et Idrissa SANE ( Textes) et Assane SOW (Photos)

Les premières maisons de Guéréo semblent offrir une disposition étagée sur les flancs de la colline Cap de Naz, appelée « Toundou Gorgui ». Sur cette élévation se trouve le génie titulaire qui veille sur le village où les prêtres ont fait escale lors de la quête de lumière qui les a conduits à Popenguine. Sur sa partie basse, entre les mangroves, les élévations et les dénivellations dunaires, de belles villas et des complexes hôteliers poussent comme les champions. Mais le village n’est pas encore sorti de l’auberge.

Sur la route de Popenguine en venant de Sindia, c’est à Kiniabour que l’on vire. C’est par une piste latéritique carrossable et jonchée de nids de poule longue de 7 km que se découvrent les habitats de Guéréo. Ces maisons sont bâties sur un sol rocheux sur le flanc de la chaine de collines. A partir de la place publique vaste et entourée de maisons, le regard sur la partie Nord Est, offre une disposition étagée des maisons sur le flanc de la colline appelée ici « Toundou Gorgui ». Sur la pointe la plus avancée de la mer, la colline est le tampon naturel avec la cité religieuse de Popenguine. Il est aussi le pont entre les deux villages fondés par des Lébous. « C’est ici que les prêtres se sont installés en 1880 avant de partir s’établir à Popenguine », raconte Lamine Dione.

Un nouveau pôle touristique en gestation
Guereo 3Leur escale et leur départ pour Popenguine font l’objet de deux interprétations. Pour certains, la lumière que les prêtres cherchaient se trouvait à Popenguine. Pour d’autres, le génie tutélaire de Guéréo est musulman. Ces genres d’interprétation foisonnent dans les livres de légendes en Afrique. En tout état de cause, c’est sur la cime de la colline Cap de Naz que se trouve le génie qui veille sur Guéréo, un village peuplé de musulmans. « Entre 1939 et 1945, c’est sur le sommet de la colline que les Alliés avaient installé leurs canons. C’est sur cette colline que se trouve le génie du village », rapporte Monsieur Diouf, un militaire originaire de Guéréo qui se promenait dans les abords.

Le relief n’est pas homogène. Loin du génie tutélaire, vers la lagune, un climat doux accueille les visiteurs. Les dunes sont coiffées par de belles villas. Des maisons roses avec une forme de case se distinguent au milieu d’une belle verdure sur la dune. En bordure de mer, d’autres villas à l’architecture exotique, avec des jardins et des arrière-cours verdoyants rappellent les résidences d’une bourgeoisie. « La plupart de ces maisons appartiennent aux Libanais. Certains viennent uniquement pour passer le week-end. Nous assistons à une vente des terrains.

Beaucoup de personnes viennent ici pour en chercher », explique Ibrahima Faye, dans l’arrière-cour d’une villa aux portes et fenêtres encadrées dans des briques en terre battue, aux lignes tanguant entre l’architecture nubienne et les formes architecturales cubiques. Le village de Guéréo est resté longtemps isolé du fait de l’inexistence de routes praticables. Ce terroir qui regorge de ressources halieutiques, de sites historiques et de belles plages est devenu depuis quelques temps une destination privilégiée pour gens nantis. Avec ses atouts géographiques qui lui confèrent une proximité avec la capitale, Gueréo a de quoi attirer des gens en quête de calme. D’imposantes villas inoccupées. Des maisons vite transformées en hôtels les week-end. « Ceux qui ont acquis des terrains construisent des maisons de repos exclusivement consacrées à leur famille et aux amis », relève Modou Ndione. Il est le jardinier, en même temps gardien de cette belle demeure située en bordure de mer.

Des maisons inhabitées en bordure de mer
« Les propriétaires sont des Libano-sénégalais », informe t-il. « La famille ne manque jamais l’occasion de venir se ressourcer ici pendant les week-ends », souligne-t-il. Un peu plus loin, des demeures du même standing sont visibles. Elles font toutes face à la mer. Certaines appartiendraient à des étrangers qui ne viennent au Sénégal qu’une fois par an, pour les vacances, informe Modou Ndione. Sur ces collines et près des vases, des villas sont éparpillées entre les élévations et les bas-fonds dunaires. Les résidents peuvent choisir soit d’orienter la devanture de leur maison vers la mer, soit vers la lagune. L’hôtel « Les Manguiers de Guéréo » est déjà en service. La construction d’un autre complexe a été suspendue. On invoque les risques potentiels de perturbations des écosystèmes. « Le village s’agrandit. Mais son potentiel économique est sous-exploité. A Guéréo, nous avons l’avantage d’avoir une vue sur la mer et sur la lagune », se vante le chef de village, Diallo Ndione. Ses ancêtres, les fondateurs, sont originaires du Baol. Tous étaient des musulmans sauf Gana Ndione. C’était au XIV ème siècle.

Si le village est sorti de l’obscurité, il souffre encore de son enclavement. Les préjudices sont énormes. C’est le cœur empli d’émotion que le chef de village ouvre cette triste page de l’histoire.

« De Toubab Dialaw à la Pointe de Sangomar, c’est le seul village de la Petite Côte qui n’a pas de route goudronnée. Nos pêcheurs préfèrent aller s’installer à Palmarin ou Joal où ils peuvent écouler plus facilement leurs poissons. Nous avons plus de 150 pirogues. Une boulangerie moderne avait ouvert ses portes ici. Le propriétaire versait près de 2 000 000 de francs Cfa de salaire aux fils du village. Mais il était obligé de fermer parce que ses voitures de liaison avaient une durée de vie qui ne lui permettait pas d’amortir ses investissements », regrette le chef de village.

Les villageois ont décidé de prendre leur destin en mains.

Du moins si les autorités ne tiennent pas leurs promesses de construction de la route au plus tard au mois d’avril 2018. « Lors de notre dernière réunion, les fils du village ont décidé que chacun donne au moins un sac de ciment. Nous avons pris la décision de construire notre route avec les moyens de bord », dévoile le chef de village. Au plan sanitaire, Guéréo n’est pas mieux loti. La première structure sanitaire de référence pour les 17.500 habitants est un dispensaire si l’on se fie au chef de village. Pourtant Guéréo est devenu aujourd’hui par la force des choses un nouveau pôle touristique.

Par Oumar BA, Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)
Last modified on lundi, 12 février 2018 08:28

Ni dreadlocks sur la tête. Ni gourdin. Encore moins de Patchwork. Pape Sylla est un Baye Fall qui passe presque inaperçu. Mais, il suffit qu’il parle pour que transparaisse, dans ses propos, une certaine mysticité enveloppée dans une connaissance approfondie de la philosophie Baye Fall. Il a adopté celle-ci depuis sa jeunesse au détour d’une longue quête qui a fait de lui, pendant longtemps, une âme rebelle.

Pape Sylla est de ces individus dont la trajectoire est à la fois poignante et plaisante. Il aborde son récit de vie avec une légèreté fascinante sans s’abstenir de clamer ses convictions profondes de Baye Fall et d’Africain. Il est de ces hommes qui sont dans une perpétuelle quête de ce qui fait sens à leurs yeux. Il a fini par trouver son allée de sérénité intérieure et de béatitude dans la voie Baye Fall en se libérant d’un carcan académique qui lui promettait, selon le conformisme social,un avenir confortable. Le bonhomme, d’un abord facile et d’une densité saillante, est un disciple de Serigne Massamba Fall depuis 1987. « La rencontre mystique », pour reprendre son jargon ésotérique, s’est faite après une longue « divagation » intérieure.

Pape Sylla, né 1957, à Louga, a grandi à Rufisque où son père, enseignant de formation au moment des indépendances et plus tard directeur de la Formation des cadres et du Centre national de formation et d’actions, était en service. Il y a vécu l’essentiel de son enfance. Après avoir réussi son entrée en sixième à Rufisque, il est sélectionné pour aller poursuivre ses études à l’Ecole normale supérieure, à l’époque, un lycée d’application. Ici, le jeune garçon commet son « premier délit d’insoumission » à certaines règles tacites qu’il jugeait anormales dans cet établissement d’excellence. « Après la classe de 5ème, j’ai voulu quitter. C’est moi-même qui ai créé les conditions de ma sortie parce que j’ai pris conscience de certaines réalités qui rendaient difficile mon épanouissement. Je faisais Lettres classiques dans ce lycée français. Il y avait un distinguo entre ceux qui faisaient Lettres modernes et Lettres classiques. Dans cette dernière classe, il n’y avait pratiquement que des Français contre un seul en moderne. Les conditions d’enseignement n’étaient pas les mêmes ». Première rébellion.

Rien à apprendre en France !
Pape Sylla décide alors de poursuivre ses études au Lycée Blaise Diagne. Il y reste jusqu’en classe de Première, année où les vieux démons le rattrapent. Il se sent à l’étroit. Le système éducatif ne l’enchante point. « C’était un jeu ! On nous racontait des histoires ! Et j’ai décidé d’arrêter tout ça, d’aller voir ailleurs ». Deuxième révolte.

Le père, surpris par cette décision, se donne la peine de connaître les ambitions que nourrit le rejeton. Celui-ci veut aller en France pour découvrir un autre univers d’apprentissage.Tenace, il arrive à poursuivre ses études à l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, en 1981. En deuxième année, il claque la porte. Tout simplement. « Je me suis dit que je n’ai rien à apprendre ici ».
En France, cet esprit rebelle découvre les poèmes de Serigne Moussa Kâ et s’abreuve aux théories de Cheikh Anta Diop. Paf ! Le retour au pays est inéluctable ! « J’ai ressenti la nécessité de retourner au Sénégal pour retrouver ce que je jugeais avoir perdu. C’est ce que j’ai fait, en 1983. Mon père pensait que j’étais venu passer mes vacances au Sénégal. Pour lancer une boutade aux gens, je leur disais que je suis revenu faire mon second cycle ». Le cycle spirituel sans doute ! énième désertion de ce rebelle indomptable.

Dès son retour, il se rend à Diourbel pour faire vœu d’allégeance au petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Au décès de celui-ci, en 1984, il renouvelle cet acte à son fils aîné, Serigne Moustapha Fall, qui quitte également ce monde un an plus tard. Il s’ensuit deux ans de méditations jusqu’à cette nuit qui fonde le compagnonnage avec son guide, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il en dit ceci : « Serigne Massamba m’a été montré la nuit vers cinq heures du matin dans quelque chose que je ne peux pas appeler un rêve. Quand je l’ai vu, j’ai couru et lui ai donné ma main qu’il a soulevée. Il a posé ses mains sur mes épaules en marchant, avec moi, gaiement. Nous sommes arrivés à un lieu où il y avait un cercle dans lequel étaient assis mon père et mon grand-père. Au réveil, j’étais convaincu que c’est l’allée que je devais emprunter ».

La rencontre se fait, en 1987, à Rufisque, où le marabout avait beaucoup de disciples. Et depuis, le guide et le talibé suivent le même cheminement mystique.« Avec les responsabilités familiales et professionnelles, je me suis assagi », confie-t-il, heureux de voir son fils aîné, faire allégeance, à son insu, à Serigne Massamba Fall, son homonyme. Le rebelle assagi, amoureux de la nature, partage aujourd’hui son temps entre l’agriculture, le commerce, l’élevage…et Ngathie Fall même s’il vit à Dakar.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

Ngathie Fall est un hameau qui se trouve à quelques encablures de Ndiago, petite commune du département de Guinguinéo dans la région de Kaolack. Chaque année, pour célébrer le Magal éponyme, des centaines de fidèles empruntent une longue route latéritique ceinte par une végétation herbeuse couronnée de quelques arbres « rabougris » où paissent vaches, chèvres et ânes.Au beau milieu de ce « bled », est dressée une tente imposante reposant, en partie, sur un pan de mur orné de deux portraits physiques du père de Serigne Massamba, Serigne Modou Moustapha Fall (fils de Cheikh Ibra Fall) et de son demi-frère, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ».

Ngathie Fall est devenu, au fil des âges, le produit d’une alliance intelligente entre la chefferie traditionnelle et le pouvoir religieux. Fondé par une famille Ndiaye originaire du Baol, ce village enclavé de la commune de Ndiago dans le département de Guinguinéo est mis en lumière par une figure religieuse, un petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il y organise, avec ses disciples Baye Fall, le Magal annuel de Ngathie Fall devenu, aujourd’hui, un univers de célébration de la philosophie Baye Fall, du merveilleux et de « l’inhabituel ».

Un homme de taille courante, entouré d’une cohorte révérencieuse et admirative, s’avance en procession solennelle vers des fidèles dans un état de grande exaltation. La majestueuse tenue blanche du guide spirituel, Serigne Massamba Fall, petit-fils de Cheikh Ibra Fall, est en harmonie avec ses cheveux contrastant avec la noirceur de sa peau. La fureur des tam-tams se joint à la valse des rayons du soleil pour exciter davantage les bandes dévotes aux dreadlocks interminables dont la chorégraphie (Doukat) est un temps de délectation, de transe et d’accomplissement d’un rituel mystique.

On est à Ngathie Fall, espace de sublimation où se déploie la spiritualité Baye Fall. Ici, univers de frénésie, de syncrétisme religieux et philosophique, les âmes s’affranchissent du conformisme du « dehors » sans en faire des centurions de la transgression. Sur une des nombreuses et pittoresques clôtures en paille des modestes habitations voisinant avec des jujubiers « se perche » cette note : « Interdit de fumer ».

Instant d’exaltation
Ngathie Fall 2Ngathie Fall est un hameau qui se trouve à quelques encablures de Ndiago, petite commune du département de Guinguinéo dans la région de Kaolack. Chaque année, pour célébrer le Magal éponyme, des centaines de fidèles empruntent une longue route latéritique ceinte par une végétation herbeuse couronnée de quelques arbres « rabougris » où paissent vaches, chèvres et ânes.Au beau milieu de ce « bled », est dressée une tente imposante reposant, en partie, sur un pan de mur orné de deux portraits physiques du père de Serigne Massamba, Serigne Modou Moustapha Fall (fils de Cheikh Ibra Fall) et de son demi-frère, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ».

Cette commémoration religieuse est un éloge à l’œuvre de ce dernier. « Serigne Cheikh Fall a été pour moi plus qu’un frère. Il a assuré mon éducation spirituelle et religieuse. C’est pourquoi, depuis 1982, j’organise ce Magal pour partager avec les fidèles les valeurs qu’il a promues durant toute son existence terrestre, celles du Mouridisme. Je m’emploie quotidiennement à rester dans ce sillon. Je suis un cultivateur et aucune graine, après la récolte, ne reste dans mon grenier. Tout est destiné au Khalife général des Mourides. Car, nous devons perpétuer la relation mystique qu’il y avait entre Cheikh Ibra Fall et Cheikh Ahmadou Bamba », dit Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie » qui a appris le Coran auprès de Serigne Assane Dieng et à Keur Gou Mak à Diourbel. Il a également fait ses humanités à Sam Fall et à Touba Fall.

Ce Magal est le temps d’une communion entre le guide et ses disciples d’une ardeur exubérante. On s’inflige les coups de gourdin dans le dos dans un instant d’exaltation extrême. On baise les mains de l’autorité spirituelle, s’incline, lui chuchote des mots à l’oreille pour guérir d’un mal, se préserver de l’avenir. Les espérances sont à la mesure des effusions. Les plus généreux le gratifient, fiers, d’une dîme. D’autres la remettent à une femme portant un cabas à la main et lambinant entre des groupes épars d’individus de tous les âges. Certains sont incapables de lucidité. Ceux qui y accèdent encore prononcent des panégyriques ou récitent le Coran sous des guitounes dressées à l’occasion.

Des dames, conversant joyeusement, s’affairent au petit commerce de perles et d’encens au moment où d’autres sont occupées à faire la cuisine. L’une d’elles, venue de la Gambie, pense ceci de ce Magal et de celui qui en est l’initiateur : « Ngathie Fall est un tout petit village sans infrastructure. Mais, partout où notre guide, Serigne Massamba Fall, ira s’installer, nous nous efforcerons de vivre avec lui ces moments de ferveur religieuse qui nous éloigne de toutes les insignifiances de ce monde ». Pape Sylla, un de ses disciples, en dit un peu plus : « Serigne Massamba Fall n’aime pas la ville et tout ce qui est mondanité. C’est un homme de Dieu qui éduque ses disciples à la citoyenneté et chérit les vertus du travail loin de cette perception fausse et négative du Baye Fall. Celui-ci est un producteur de richesses. Il faut être animé d’une grande conviction pour investir ce milieu austère où l’eau et l’électricité n’y sont disponibles que depuis quelques temps ».

A l’origine, Ngathie Ndiaye
C’est en 1980 que Serigne Massamba Fall est venu à Ngathie sur recommandation de son grand-frère et tuteur Serigne Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Il lui aurait donné quelques indications énigmatiques sur le lieu d’implantation. Le petit-fils du compagnon de Cheikh Ahmadou Bamba y trouve une famille Ndiaye, fondatrice du hameau en 1902. Modou Ndiaye Ngathie, originaire du Baol, s’y serait installé le premier. Il nomme la localité Ngathie Ndiaye devenu Ngathie Fall dans l’appellation courante du fait de la renommée du marabout Baye Fall. Modou Ndiaye s’est d’abord installé à Ndiago dont les habitants n’étaient pas encore convertis à l’Islam. Il décide alors de poursuivre son chemin et s’établit à deux kilomètres de Ndiago. Le fondateur nomme cette terre Ngathie en référence à une autre localité de Lambaye. Quand Serigne Massamba Fall est venu s’y installer, Modou Ndiaye Ngathie n’était plus de ce monde. C’est son fils, Dame Ndiaye, qui l’a accueilli.

« J’y ai été bien reçu par la descendance du fondateur de Ngathie. Il n’y avait presque rien ici. Je me suis mis à l’agriculture et j’ai développé une passion pour la chasse. Pour la première édition du Magal, en 1982, nous nous sommes contentés, une poignée de disciples, des neveux et moi, du Café Touba pour nous accompagner dans ces instants de grande dévotion. L’année suivante, une âme généreuse du nom de Pape Diouf Mané nous a gratifiés d’une chèvre », se souvient-il, la voix étreinte par l’émotion. Aujourd’hui, Ngathie Fall, hameau jadis anonyme, est entré dans le langage courant de certaines populations dakaroises avec le jurement « Barké Serigne Ngathie ».

Ngathie Fall est le résultat d’un compromis tacite entre la chefferie incarnée par la famille Ndiaye et l’autorité religieuse, de plus en plus grandissante, qui lui assure l’équilibre et le met à l’abri des litiges fonciers. Cela est également facilité par l’appartenance des deux descendances à la confrérie mouride et au Baol. La demande croissante de parcelles de terrain est le fait de disciples Baye Fall venus d’horizons divers. La communauté Baye Fall est devenue, par son ardeur et son organisation, une « minorité conquérante ». La ferveur religieuse et la construction d’un discours mystique autour de l’autorité spirituelle ont sorti Ngathie Fall de l’anonymat et fini de placer ce hameau sans grand relief sur la carte de Guinguinéo.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

PAPE SYLLA, DISCIPLE DE SERIGNE MASSAMBA FALL : AME INSOUMISE
Pape SyllaNi dreadlocks sur la tête. Ni gourdin. Encore moins de Patchwork. Pape Sylla est un Baye Fall qui passe presque inaperçu. Mais, il suffit qu’il parle pour que transparaisse, dans ses propos, une certaine mysticité enveloppée dans une connaissance approfondie de la philosophie Baye Fall. Il a adopté celle-ci depuis sa jeunesse au détour d’une longue quête qui a fait de lui, pendant longtemps, une âme rebelle.

Pape Sylla est de ces individus dont la trajectoire est à la fois poignante et plaisante. Il aborde son récit de vie avec une légèreté fascinante sans s’abstenir de clamer ses convictions profondes de Baye Fall et d’Africain. Il est de ces hommes qui sont dans une perpétuelle quête de ce qui fait sens à leurs yeux. Il a fini par trouver son allée de sérénité intérieure et de béatitude dans la voie Baye Fall en se libérant d’un carcan académique qui lui promettait, selon le conformisme social,un avenir confortable. Le bonhomme, d’un abord facile et d’une densité saillante, est un disciple de Serigne Massamba Fall depuis 1987. « La rencontre mystique », pour reprendre son jargon ésotérique, s’est faite après une longue « divagation » intérieure.

Pape Sylla, né 1957, à Louga, a grandi à Rufisque où son père, enseignant de formation au moment des indépendances et plus tard directeur de la Formation des cadres et du Centre national de formation et d’actions, était en service. Il y a vécu l’essentiel de son enfance. Après avoir réussi son entrée en sixième à Rufisque, il est sélectionné pour aller poursuivre ses études à l’Ecole normale supérieure, à l’époque, un lycée d’application. Ici, le jeune garçon commet son « premier délit d’insoumission » à certaines règles tacites qu’il jugeait anormales dans cet établissement d’excellence. « Après la classe de 5ème, j’ai voulu quitter. C’est moi-même qui ai créé les conditions de ma sortie parce que j’ai pris conscience de certaines réalités qui rendaient difficile mon épanouissement. Je faisais Lettres classiques dans ce lycée français. Il y avait un distinguo entre ceux qui faisaient Lettres modernes et Lettres classiques. Dans cette dernière classe, il n’y avait pratiquement que des Français contre un seul en moderne. Les conditions d’enseignement n’étaient pas les mêmes ». Première rébellion.

Rien à apprendre en France !
Pape Sylla décide alors de poursuivre ses études au Lycée Blaise Diagne. Il y reste jusqu’en classe de Première, année où les vieux démons le rattrapent. Il se sent à l’étroit. Le système éducatif ne l’enchante point. « C’était un jeu ! On nous racontait des histoires ! Et j’ai décidé d’arrêter tout ça, d’aller voir ailleurs ». Deuxième révolte.

Le père, surpris par cette décision, se donne la peine de connaître les ambitions que nourrit le rejeton. Celui-ci veut aller en France pour découvrir un autre univers d’apprentissage.Tenace, il arrive à poursuivre ses études à l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, en 1981. En deuxième année, il claque la porte. Tout simplement. « Je me suis dit que je n’ai rien à apprendre ici ».

En France, cet esprit rebelle découvre les poèmes de Serigne Moussa Kâ et s’abreuve aux théories de Cheikh Anta Diop. Paf ! Le retour au pays est inéluctable ! « J’ai ressenti la nécessité de retourner au Sénégal pour retrouver ce que je jugeais avoir perdu. C’est ce que j’ai fait, en 1983. Mon père pensait que j’étais venu passer mes vacances au Sénégal. Pour lancer une boutade aux gens, je leur disais que je suis revenu faire mon second cycle ». Le cycle spirituel sans doute ! énième désertion de ce rebelle indomptable.

Dès son retour, il se rend à Diourbel pour faire vœu d’allégeance au petit-fils de Cheikh Ibra Fall, Cheikh Fall « Bayub Goorgni ». Au décès de celui-ci, en 1984, il renouvelle cet acte à son fils aîné, Serigne Moustapha Fall, qui quitte également ce monde un an plus tard. Il s’ensuit deux ans de méditations jusqu’à cette nuit qui fonde le compagnonnage avec son guide, Serigne Massamba Fall « Borom Ngathie ». Il en dit ceci : « Serigne Massamba m’a été montré la nuit vers cinq heures du matin dans quelque chose que je ne peux pas appeler un rêve. Quand je l’ai vu, j’ai couru et lui ai donné ma main qu’il a soulevée. Il a posé ses mains sur mes épaules en marchant, avec moi, gaiement. Nous sommes arrivés à un lieu où il y avait un cercle dans lequel étaient assis mon père et mon grand-père. Au réveil, j’étais convaincu que c’est l’allée que je devais emprunter ».

La rencontre se fait, en 1987, à Rufisque, où le marabout avait beaucoup de disciples. Et depuis, le guide et le talibé suivent le même cheminement mystique.« Avec les responsabilités familiales et professionnelles, je me suis assagi », confie-t-il, heureux de voir son fils aîné, faire allégeance, à son insu, à Serigne Massamba Fall, son homonyme. Le rebelle assagi, amoureux de la nature, partage aujourd’hui son temps entre l’agriculture, le commerce, l’élevage…et Ngathie Fall même s’il vit à Dakar.

Alassane Aliou MBAYE et Oumar BA (textes)
Ndeye Seyni SAMB (photos)

Dans plusieurs villages diolas, les anciens moyens de communication, tels que le bombolong, sont jalousement gardés. A Diembéring, une commune située dans le département de Oussouye, tous les quartiers disposent de ce « tam-tam téléphonique » qui est utilisé pour annoncer les évènements malheureux comme les décès ou encore les incendies.

Cela peut ressembler à une ancienne cuisine abandonnée. Mais, ce local grand ouvert et sans porte reste un lieu sacré pour les habitants du quartier. Construit en banco, l’endroit est couvert par des zincs qui protègent ces instruments taillés dans des troncs d’arbres. A Etama, un des sept quartiers de Diembéring, les bombolongs (instruments traditionnels servant à annoncer des nouvelles aux populations) sont jalousement gardés. Ici, pas moins de trois bombolongs à la forme oblongue, avec une fente au dessus, sont rangés dans le local. L’un de ces instruments semble plus récent et plus grand que les deux autres. « C’est le 15 mai 2016 que nous avons reçu ce bombolong de la part d’un Blanc qui l’a acheté en Guinée-Bissau. Lors de sa réception, nous avions organisé une grande fête », souligne Jean Diatta, le chef de quartier d’Etama.

Deux des instruments, celui à gauche et l’autre au fond, sont réservés aux adultes, et celui situé à droite est destiné aux jeunes du village. Pour les Diolas, le bombolong, c’est ce « tam-tam téléphonique » qui sert à annoncer les décès ou encore des évènements malheureux dans le village, tels que les incendies. « Même si vous êtes à 9 kilomètres d’ici, si on tape sur le bombolong, vous saurez qu’il y a un évènement malheureux à Diembéring », atteste Jean Diatta.

Diembering 2En cas de décès, la nouvelle passe par le bombolong avant que des femmes pleureuses ne sillonnent le village pour répandre la nouvelle. « Tout dépend de la manière dont on tape l’instrument. Si c’est un incendie, par exemple, les gens comprennent vite et chacun sort avec un seau d’eau  pour aller éteindre le feu », dit-il. Toutefois, en milieu diola, il n’est pas donné à n’importe qui de battre le bombolong. Seuls les initiés peuvent le faire. « Dans un quartier, vous verrez que seules deux ou trois personnes détiennent le secret du battement », renseigne le chef du village d’Etama qui montre en même temps les deux objets en forme de feuilles de rônier qui servent à taper. Le fait de jouer le bombolong suppose qu’on détienne un pouvoir mystique. Très souvent, nous dit-on, avant de commencer, les batteurs de bombolong versent du vin en guise d’offrandes. « Si j’ai un décès à annoncer, je ne peux pas me lever chez moi pour le dire directement. Il faut d’abord que j’aille voir la personne habilitée à le faire. Je lui donne quelque chose avant qu’il ne commence le travail », renseigne M. Diatta. En fait, certaines connaissances ne s’acquièrent que dans le bois sacré où les initiés sortent avec des savoirs qui leur permettent de mieux vivre en société.

Un pan de la tradition diola
Très conservateurs et jaloux de leur culture, les Diolas continuent d’utiliser le bombolong malgré l’existence du téléphone portable et de l’Internet. « Pour nous, le bombolong, c’est un tam-tam téléphonique qui nous permet encore de communiquer. Et c’est un pan de notre tradition que nous essayons de garder encore », confie Henri Ndiaye, un étudiant de Diembéring venu passer les fêtes de fin d’année dans son village. « Dans chacun des sept quartiers de Diembéring, vous y trouverez un bombolong qui continue de jouer le même rôle qu’avant, c’est-à-dire annoncer les nouvelles aux populations du village », dit le responsable du village. Il existe trois types de bombolong qu’il faut différencier par leur son. Il y a le « kawek » qui est joué par le tambour major ; le « seklou » ou tambour médium et, enfin, le « kamboumblon » ou tambour solo. Tous ces instruments émettent des messages codés compris par les initiés et qui évoquent souvent les noms des morts, de leur famille, de l’histoire de leur lignée.

Au-delà des Diolas, les Mancagnes et les Manjacks utilisent aussi le bombolong durant leurs cérémonies funèbres.


Patrimoine immatériel aujourd’hui jalousement gardé, le bombolong fait l’objet d’une grande attraction de la part des touristes qui viennent dans ce coin situé non loin du site touristique de Cap Skiring. « Souvent les touristes sont là pour visiter cet instrument qu’ils regardent avec beaucoup d’admiration et de curiosité », rappelle l’étudiant Henri Ndiaye. C’est dire donc que le bombolong reste l’un des importants patrimoines de la culture diola qui continue encore de résister aux moyens modernes de communication. Cela explique la sacralité du local où sont gardés les bombolongs à Diembéring.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

LE BUGARABU : LES FÊTES AU RYTHME DES PERCUSSIONS
Si le bombolong est le principal instrument à percussion pour annoncer des évènements malheureux en pays diola, le « bugarabu » anime des activités festives. Le rituel diola est un set de 3 à 4 tambours qui donne des sonorités exceptionnelles, et il s’adapte aussi à tous les styles musicaux. Presque toutes les cérémonies festives en pays diolas sont animées par le « bugarabu ».

Les instrumentistes battent les tambours avec la paume de leurs mains. Ils portent aussi des bracelets aux poignets qui s’entrechoquent pour donner un magnifique son. Certains maîtres du « bugarabu » comme Bakary Diédhiou alias Bakary Olé sont très célèbres. Très souvent, il accueille chez-lui des musiciens et des chercheurs musicologues du monde entier pour leur enseigner la « science du bugarabu ».

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

LE SYNCRÉTISME RELIGIEUX, L’AUTRE CHARME DE DIEMBÉRING
Le village de Diembéring est niché au cœur d’une forêt tropicale bordée par l’océan atlantique, à une dizaine de kilomètres de Cap Skiring. Ici, la vie est rythmée par des rites et des rituels tout au long de l’année et au fil des siècles. Le syncrétisme religieux est l’autre charme de ce village touristique.

Le village de Diembéring se dévoile au bout de 30 minutes au sud du Cap Skiring. Leur mairie est juchée sur une dune boisée. Le cordon dunaire ceinture le village sur la partie orientale 

Diembering 1

et méridionale. Des maisons sont réparties en harmonie de part et d’autre de l’artère principale, à l’ombre des manguiers, des kapokiers, des kaïcédrats et d’autres espèces végétales emblématiques. La route donne sur la place publique. Un fromager aux racines épaisses déploie, de tous les côtés, ses branches, comme pour protéger les étrangers et les résidents des abords. Les enfants des touristes jouent au contrefort du fromager, c’est-à-dire les dépendances protégées par les parties supérieures des épaisses racines. Les touristes immortalisent leur passage avec l’arrière-plan de cette espèce emblématique. Le village était une forêt vierge il y a 3.000 ans. Un chasseur venu de la Guinée Conakry aurait aménagé une hutte en bambou appelée en mandingue « Diémbérinnio », qui donnera Diembéring par déformation. Aujourd’hui, on ne retrouve pas une hutte. Et les paillotes disparaissent. Les maisons portent les signes d’une ère de modernité. Mais, ce n’est que sur l’aspect architectural. Le village est ancré dans son passé. Ici, les vivants sont en communion avec l’esprit des ancêtres. Les religions révélées n’ont pas encore conquis le cœur de l’écrasante majorité des habitants. « Les animistes sont plus nombreux à Diembéring », affirme le chef de village, Jean Diatta.

Dans des concessions, des coins sont aménagés. Ils sont réservés aux fétiches. Les pratiquants des religions révélées ne dénient pas le pouvoir des « bakine », fétiches en diola. Ces êtres invisibles qui animent la nature sont le rempart contre les mauvais esprits. Leur fonction sociale a transcendé et continue de transcender l’entendement. « Ce sont nos ancêtres qui nous ont légué ces pratiques culturelles. Nous ne pouvons que suivre leur chemin. Nous avons, à plusieurs reprises, vu que ce sont les fétiches qui ont résolu plusieurs problèmes. Combien de fois des personnes malades qui se sont soignées sans succès dans les hôpitaux finissent par retrouver la santé après l’intervention des fétiches », vante l’un des chefs d’un des 7 quartiers, Emile Diatta.

L’organisation sociale pour préserver les coutumes
Perdu au milieu d’une forêt tropicale, le village n’est pas fermé. Il est ouvert sur le monde. La quiétude des rues serpentant entre les palissades est perturbée par les pétarades des Vtt des touristes. Les incursions et les excursions ne menacent pas les us et coutumes. A Diembéring, la vie est rythmée par les rites et les rituels tout au long de l’année. Les ressortissants qui sont dans les villes sont obligés de revenir s’abreuver à la source des pratiques ancestrales. « Au mois de juin, juillet, et entre octobre et décembre, des cérémonies traditionnelles sont organisées. Les jeunes qui sont dans des villes sont obligés de revenir pour aider leurs parents dans la culture des champs. Il y a une organisation sociale qui favorise la transmission de cet héritage culturel de génération en génération », assure le chef de village.

A la place publique, la paroisse Saint Joseph de Calasenz est l’indice que le village n’est pas seulement habité par les animistes. Toutefois, les musulmans, les chrétiens et les animistes vivent en parfaite harmonie, certains diront en symbiose. « Au sein d’une famille, on peut retrouver à la fois des musulmans, des chrétiens et des animistes. Chacun vit sa religion. Et tout le monde est en paix. Parfois, lors des fêtes musulmanes, ce sont les chrétiens qui cuisinent et vice-versa », confesse Jean Diatta. Une chaîne de dunes est coiffée par des arbres ceinturés çà et là par des plantes rampantes. Quelques habitats sont érigés sur les monts qui descendent les rizières. A la lisière des rizières, un peuplement de fromagers s’impose par leur taille et l’expansion de leur colonie. On y dénombre plus d’une centaine entre l’élévation et la dénivellation en allant vers des rizières. « Nous ne pratiquons ni la culture sur brulis, ni la production du charbon de bois. La protection des forêts fait partie de nos pratiques. Nos séances de reboisement sont organisées chaque année », assure Henri Ndiaye, l’étudiant en Master en Sciences de la vie et de la terre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Les menaces viennent de la mer
Derrière les maisons, dans un vallon vers la mer, des résidences des Blancs bordent le campement « La Casa ». Diembéring attire les Occidentaux surtout les Espagnols. Au sud de la localité, les roulements des vagues sont perceptibles à plusieurs mètres, loin des belles plages sablonneuses. Lorsqu’on y arrive, une émotion nous étreints. Les vagues ont déraciné les filaos qui sont sur le trait de côte. La terre recule. La mer avance de plus de 1,5 mètre chaque année. C’est la moyenne. « L’avancée de la mer reste une défi pour Diembéring. L’eau a englouti presque toutes les rizières qui étaient au sud du village. Nous ne pouvons rien y faire sans l’intervention de l’Etat », se résigne le chef de ce village, considéré comme l’un des plus avancé sur la mer en basse Casamance.

Dans ce village, l’un des rares endroits où l’on parle le dialecte diolas « kwatay », les habitants jurent qu’il n’y aura jamais la guerre des religions. L’écrivain Pierre Miquel, en publiant son livre « Les Guerres de religion » en avril 1991, n’avait pas pensé au syncrétisme religieux qui défiera le temps dans les forêts tropicales de la Basse Casamance.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane SOW (photos)

Les vagues d’émigrants ghanéens continuent de déferler sur Elinkine, la pointe de la terre la plus proche des îles de Carabane, de Diogué, Windaye, Kassouam, Sifoka, Eyidje, Djissor... Au fil des années, d’autres ont fait un regroupement familial dans ce havre de paix balayé en permanence par un vent fluviomaritime adoucissant les températures. Mais ce sont les eaux poissonneuses qui sont à l’origine de la ruée des pêcheurs et des mareyeurs venus de la Côte-de-l’Or, l’ancien nom du Ghana vers Elinkine après des détours dans d’autres localités pour la plupart d’entre eux.

Ses cheveux sont défrisés. Son mince visage et le fond blanc de ses yeux ne trahit pas sa jeunesse. Le jeune Abdoul Kalile est au milieu de sa bande, dans le salon de coiffure d’un de ses Elinkine 2amis sénégalais, Aliou Diallo. Pantalon jean, T-shirt blanc orné de motifs noirs et blancs, Abdoul Kalile ne laisse guère deviner qu’il est le dernier Ghanéen à débarquer à Elinkine. Sur cette rue, très fréquentée, le jeune se sent bien chez-lui. « Live is normal. Elinkine is a beautiful place », glisse Abdoul Kalile. Il n’a fait que 3 mois dans ce village. C’est grâce à sa grand-mère qu’il a découvert ce grand quai de débarquement. L’étudiant ne tarit pas d’éloges sur la beauté du site, l’ouverture des autochtones. Il est sous le charme du site fondé par la commerçante venue de la Sierre-Léone, Elène King, qui est devenu par déformation Elinkine, selon une des versions de la toponymie donnée par le chef de village Frédéric Sambou. « Je suis séduit par tout, l’ouverture d’esprit des communautés, l’ambiance dans des dancings. Ce village fait partie déjà de ma vie. Elinkine n’est pas inconnu au Ghana  », s’exclame Abdoul Kalile. Une ruelle sépare le salon de la maison louée par les femmes ghanéennes. Elles sont deux sur la véranda. L’une fait rôtir l’oignon dans une poêle. La doyenne, Adjouva Fothi, 55 ans, vient de fêter ses 25 ans de présence à Elinkine. Sa famille compte 5 membres. Sa fille, Obi Yebouh, est venue pour les fêtes de Noël. L’étudiante de teint clair, au sourire accrocheur, n’est pas à sa première visite. Elle s’y rend régulièrement pour ses vacances. « Je suis étudiante dans une université en Gambie. Je passe de façon régulière mes vacances à Elinkine. Ce n’est pas parce que ma mère y réside. Mais je sens quelque chose ici, que je ne retrouve pas ailleurs », confesse l’étudiante. Si les deux femmes sont un peu méfiantes, la doyenne, Adjouva Fothi, partage sa vie, dans sa terre d’accueil, de façon laconique en wolof. « Fi Diam rek, la gni am. Gnou ngui am sunu soutoureux », s’exprime la cinquantenaire qui veut dire en français « Nous avons la paix et nous parvenons à subvenir à nos besoins ».

De l’autre côté de la ville, sur les aires de séchage, des jeunes à la tête couverte, ou enroulée dans des foulards sont en pleine labeur. Certains soulèvent des sacs de poissons fumés qu’ils déposent sur la tête des autres. Ces derniers déploient leur force pour le projeter dans un camion immatriculé au Ghana. Un autre groupe se charge d’arranger des sacs. C’est un travail à la chaine. On se raille. L’aire de séchage est plongée dans l’effervescence. Plus d’une centaine de Ghanéens, hommes, femmes, jeunes filles et garçons est au quai. Toute la communauté s’est donnée rendez-vous au quai de débarquement pour le chargement de leurs poissons fumés. Le sage Essein Essein a bouclé ses 40 ans de présence en Casamance, entre la terre et les îles aux larges de la Casamance. « Elinkine, c’est notre terre de paix et de bonheur. Nous vivons en parfaite harmonie avec des Sénégalais. C’est l’essentiel. Chaque année, d’autres Ghanéens nous rejoignent. C’est la preuve que nous sommes bien intégrés », témoigne Essein Essein.

Une forte présence des femmes
Sous l’ombre portée d’un des hangars, une vingtaine de femmes prennent l’haleine. Elles veillent sur l’embarquement de leurs sacs. Depuis qu’elles ont débarqué à Elikine, leur agenda est dominé par la transformation des produits halieutiques. Dans cette foule, certaines ne cachent pas leur rapport avec leur terre d’accueil. « Nous sommes ici parce que nous avons notre business », dit Efou sans gêne. Comme le niveau de la mer, leurs activités sont sujettes à des fluctuations. A une période de l’année, ces dames sont dans le creux de la vague. Dans d’autres, elles s’en tirent à bon compte. Tout compte fait, l’exportation du poisson séché nourrit bien les Ghanéens. « Parfois, les recettes sont maigres. Mais il arrive qu’une personne empoche plus de 300.000 FCfa après la vente de ses poissons au pays. Plus vous exportez, plus vous gagnez de l’argent », reconnaît Badou Koffi, âgé de 35 ans dont 18 passés à Elinkine. Ce créneau porteur de richesse a entrainé la ruée vers Elinkine. La rareté des ressources halieutiques ne dégonfle pas les flux migratoires. C’est l’Eldorado pour certains. « Au Ghana, c’est connu qu’il y a une forte communauté de Ghanéens à Elinkine, à Kafountine et qui fournissent le poisson séché au marché du Ghana. C’est cela qui a déclenché la ruée vers Elinkine et Kafountine », analyse Badou Koffi.

Itinéraire non linéaire
Les flux ne sont pas linéaires au fil des années. Il y a plus de 20 ans, les premières colonies s’étaient installées d’abord en Gambie. Au gré de leur campagne de pêche, d’autres ont jeté l’ancre dans l’île de Diogué, aux larges de Carabane à quelques nœuds d’Elinkine. Ils quitteront cette île après une attaque perpétrée par des combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc). « De nos jours, certains font venir directement leurs proches. Les premiers Ghanéens qui se sont établis à Elinkine ou Kafountine sont passés par la Gambie. Actuellement, ce n’est plus le cas. Ceux qui sont là, font venir directement leurs proches. D’autres sont à l’aventure, à la découverte de ces sites qui approvisionnent leurs marchés », témoigne un doyen. Les flux migratoires ne cessent de s’amplifier, augmentant la pression sur les ressources halieutiques qui se raréfient. Sur la route principale, une école ghanéenne prend en charge la scolarisation des enfants nés au Sénégal d’origine ghanéenne.

Dans ce village fondé par une émigrée, certains émigrés se posent la question légitime : leurs enfants qui ont vu le jour au Sénégal sont-ils des Sénégalais ou des Ghanéens ? « Tous mes 5 enfants sont nés à Elinkine. Moi, je suis Ghanéen, mais je ne sais pas dans quel pays ils accepteront de vivre ? », s’interroge Koffi Abam ? Les descendants de ces émigrants connaissent mieux les réalités sénégalaises que celles du pays d’origine de leurs parents. Mais les Ghanéens ne sont pas la seule communauté étrangère à Elinkine. A l’entrée, de belles villas, des campements s’intègrent harmonieusement entre les vases, et les berges de mangroves. L’excursion s’est transformée en résidence pour ces Français qui chantent et vantent la beauté du village peu connu des Sénégalais. « J’ai fini par m’installer, à Samatite parce que j’aime la vie au village. J’y pratique l’apiculture et je gère un campement qui est plein jusqu’au mois de mars. Les touristes viennent pour la pêche, les excursions dans les nombreuses îles », raconte le Français Dominique Pracherstorfer. Son compatriote, Jacques Pavageot est tombé sous le charme de la splendeur de la nature. C’est vrai, Elinkin est un écrin de beauté posé sur la pointe la plus avancée en direction de la perle d’îles sur l’embouchure du Fleuve Casamance.

Par nos Envoyés spéciaux Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes)
et Assane Sow (photos)

Chef-d’œuvre éphémère confectionné au temps par les signares se rendant à la messe de minuit, le Fanal est considéré comme l’une des fêtes les plus populaires de Saint-Louis du Sénégal. Au-delà de son caractère festif, la manifestation porte l’identité d’une ville réputée pour son bouillonnement culturel.

Malgré la concurrence imposée par les grandes villes, Saint-Louis n’a pas dépéri. L’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française ne s’est toujours pas départie de ses fastes réjouissances. Ses fêtes traditionnelles comme le Fanal continuent de donner à la cité tricentenaire son ambiance chaude et subtile. Mais aussi l’image d’une ville creuset d’une civilisation colorée, un lieu portant l’empreinte d’un passé mouvementé.
Née en pleine période de domination française, la tradition du Fanal a grandi dans le sud de l’île, dans le quartier Sindoné appelé encore Kertian. Un quartier dont les maisons gardent encore tout leur charme avec leur petit balcon en fer forgé à l’allure tropicale.

De la nuit jaillit la lumière
Vers le 18ème siècle, la ville de Saint-Louis n’avait pas de lumière. Les belles Signares aux « longues robes à larges jupes garnies de volants », lorsqu’elles se rendaient à la messe de minuit, pendant la fête de la Nativité, étaient accompagnées par leurs esclaves qui portaient des lampions pour leur éclairer le passage. Ainsi, puisqu’elles allaient toutes à la messe de minuit à la même heure, on assistait à une magnifique procession au quartier Sindoné. Les esclaves qui restaient à l’entrée de l’église, explique la journaliste et comédienne Marie Madeleine Diallo, maintenaient leurs lampions allumés. « Le beau spectacle auquel assistaient les passants leur faisait penser à une « Panal », qui signifie en Français, le beau, l’extase. C’est de là qu’est venu le mot « Fanal ». Les gens ont, par la suite, pensé à faire des « mbootaye » (regroupements) qui portaient le nom d’un parrain. Ils concoctaient des chants qui n’ont toujours pas changé », révèle-t-elle.

Le parrain, une personne influente de la colonie
Toutefois, les chants de procession n’avaient rien à voir avec les chants du parrain. Dans son ouvrage «Reflets de mode et traditions saint-louisiennes », l’écrivaine Fatou Niang Siga définit le spectacle du Fanal de l’époque coloniale comme une grande manifestation qui « était accompagnée de garçons porteurs de pantins en bois et cartons gigotant au bout d’une perche dès qu’ils tiraient les ficelles qui les mettaient en action ». Selon elle, la danse « qui accompagnait le son du tam-tam distrayait les spectateurs ; le salut faisait sourire le blanc ; le culbute polarisait l’attention des enfants ».

Pour Fatima Fall, directrice du Centre de recherche et de documentation du Sénégal (Crds), le Fanal était une concession très légère qu’on fabriquait en hommage à un parrain ou à une marraine, en l’occurrence quelqu’un de très influent au niveau de la colonie. Il se déroulait pendant les soirées de Noël, de la Saint Sylvestre ou à l’occasion de la réception de certaines personnalités à Saint-Louis.

« Les gens défilaient le soir dans les rues avec des lampions accompagnés des chansons à l’endroit de la marraine, du parrain ou de l’hôte de marque qui séjournait à Saint-Louis », avance-t-elle. A l’accession du Sénégal à l’indépendance, le président Léopold Sedar Senghor n’hésitait pas à l’époque de faire organiser un Fanal à l’honneur de ses hôtes de marque. C’est ainsi qu’on a eu le Fanal de Félix Houphouët Boigny, du président Jacques Chirac plus tard. « Je me rappelle toute jeune que le président Senghor, chaque fois qu’il avait des hôtes de marque, les amenait à Saint-Louis. Il y avait à la place Faidherbe le Fanal qui portait le nom de l’hôte de marque qui séjournait dans l’île. Comme mon père était enseignant, on habitait juste à côté de la Place Faidherbe où nous allions chaque fois pour profiter du spectacle », se rappelle Mme Fall, par ailleurs présidente de l’Association « Nd’art ».

Une question d’honneur et de prestige
FanalD’autant plus que chaque quartier avait son Fanal, une véritable compétition s’ouvrait durant un mois. Les répétitions de chants à l’honneur du parrain allaient bon train. « Les femmes répétaient pendant des semaines l’arbre généalogique du parrain, l’histoire de sa famille, son cursus, son histoire personnelle, ce qu’il a apporté à la ville, etc. Elles se cachaient pour le faire car le Fanal était un concours et il ne fallait pas que le quartier concurrent soit au courant les chants concoctés par le quartier rival », renseigne le Directeur du Tourisme, de la culture et du patrimoine de la commune de Saint-Louis, Ahmadou Cissé. Pour les concurrents, c’était une question d’honneur et de prestige d’obtenir l’onction populaire. A l’image des autres fêtes de l’époque, le Fanal était aussi un marqueur identitaire. « Comme c’était le cas de certains combats de lutte traditionnelle qu’on a connus au Sénégal, pendant des semaines les gens ne parlaient que de cela, l’événement rythmait la ville, les grandes places, les causeries. Le Fanal se tenait le 31 décembre, donc durant tout le mois de décembre on ne parlait que de cela. On était fier de voir le Fanal de son quartier le jour-j », raconte M. Cissé.

Chaque équipe représentant soit Sor, Langue de Barbarie, les quartiers du Nord et du Sud, s’ingéniait à donner le meilleur de lui pour présenter le plus beau Fanal de toute la ville. Il fallait faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de créativité pour convaincre le jury instauré par le gouverneur en vue de primer le plus beau Fanal.

Les menuisiers rivalisaient d’ingéniosité dans la fabrication du Fanal. « Le premier grand Fanal roulant parut après la première guerre mondiale. Il fut l’œuvre du nommé Aziz Diallo, un menuisier habitant le faubourg de Sor. L’artiste avait reproduit « Lourdes », l’église de son quartier. L’ouvrage avait été décomposé en pièces à superposer au dessus d’un chariot à encadrement de bois entouré de cretonne, reposant sur quatre roues », écrit Fatou Niang Siga.

Dans sa conception, note Alioune Diagne Golbert, le Fanal devait symboliser un édifice très important de la ville. Les concurrents avaient donc le choix entre la mosquée, le gouvernorat, l’église, la gare… Le jour-j, les différents quartiers, chacun avec son Fanal qui pouvait atteindre jusqu’à cinq mètres de hauteur, convergeaient vers la Place Faidherbe sous le rythme du tam-tam. Grand moment de communion et de ferveur populaire, le Fanal était un événement auquel les Saint-Louisiens étaient fortement attachés, un symbole de solidarité entre les habitants d’un même quartier.

Le Fanal version moderne
Aujourd’hui, même si les époques ont changé, le Fanal continue de résister aux vicissitudes du temps. La célèbre journaliste et comédienne Marie Madeleine Diallo s’efforce, depuis 2000, à travers sa structure de communication et d’événementiel, Dialloré Productions, de redonner à cet événement phare de la culture saint-louisienne son lustre d’antan.

Elle a donné au Fanal un nouveau contenu avec un thème pour chaque édition. Contrairement à ce qui se faisait dans le passé, la manifestation n’est plus une affaire de quartier. Elle est organisée actuellement en « In » et « Off » avec des activités qui mettent en exergue toutes les structures culturelles de la région de Saint-Louis.

« Ce qui est intéressant aujourd’hui avec le Fanal, c’est que nous avons toutes les filières artistiques qui l’accompagnent : les compagnies de danse, les troupes de théâtre etc. », se félicite Moustapha Ndiaye, directeur du Centre culturel régional de Saint-Louis. La vieille ville garde toujours cette activité ancrée dans la programmation culturelle et touristique de la cité.
Cette manifestation continue d’attirer, de montrer les costumes historiques et les savoir-faire des « Domou Ndar ». La vision de Marie Madeleine Diallo d’en faire un produit culturel est aujourd’hui en marche eu égard à l’engouement populaire que suscite le Fanal version moderne.

Quand le président Senghor interdisait le Fanal
Après avoir fait le bonheur de plusieurs générations de Saint-Louisiens, les lampions du Fanal se sont « éteints » pendant plusieurs années sous les ordres du Président Léopold Sédar Senghor. L’ingérence des politiques dans cette réjouissance à connotation hautement culturelle lui avait fait perdre son essence. L’aspect festif, de communion, de partage et de solidarité entre habitants du même quartier avait cédé le pas à la confrontation entre militants d’obédiences politiques ou idéologiques opposées. « En un moment, les gens utilisaient le Fanal pour non seulement chanter les louanges des parrains mais aussi pour invectiver des adversaires politiques. L’utilisation de cette manifestation à des fins politiques avait poussé le président Senghor à l’interdire », soutient Fatima Fall, président de l’Association « Nd’art ». En effet, le Fanal, en changeant de parrain pour devenir un Fanal de parti, avait perdu son sens. C’est ainsi que les fanaux de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) et du Bloc Démocratique Sénégalais (BDS) « comme ceux des dioufistes et des laministes ont été à l’origine de la discorde entre voisins, de la dislocation de certaines familles et de la rupture de plusieurs liens d’amitié. Des inconscients qui trouvaient l’occasion la meilleure pour exploiter les candidats aux postes politiques, haussèrent d’une façon excessive les dépenses d’organisation », écrit Fatou Niang Siga dans son ouvrage « Reflets de mode et traditions saint-louisiennes ».

A l’en croire, l’autorité administrative, en constatant les méfaits sur la gestion des deniers publics, interdit cette manifestation qui étaient déjà ancrée dans les mœurs des Saint-Louisiens. Jusqu’à ce que, au début des années 2000, Marie Madeleine Diallo prit l’initiative de ressusciter cette fête portant la marque d’identité de la ville tricentenaire. Depuis, le Fanal est organisé tous les ans au mois de décembre, sauf en 2015 où l’événement n’a pas eu lieu, faute de moyens financiers.

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 10:21

L’évocation du bateau « Bou El Mogdad » suscite des émotions chez certains habitants de Saint-Louis et de la Vallée du Fleuve Sénégal en général. Marqueur identitaire, ce bateau très prisé dans les années 50, est devenu un patrimoine propre de cette région. Le « Bou El », véritable embrayeur de souvenirs, est témoin de scènes d’allégresse, d’angoisse et de tristesse qui rythmaient le quotidien des villes et villages qu’il traversait…

Dans la douceur du soir, un vent frisquet balaie le quai Roume, sur l’ex rue Boufflers, devenue aujourd’hui Rue Doudou Seck. Comme durant l’époque coloniale, l’endroit conserve encore jalousement son architecture typique faite de maisons de commerce et d’appartements ouvrant sur de larges terrasses et sur des balcons à balustrade. Les belles maisons à galerie construites pendant cette période par des signares ou des riches négociants campent également le décor de cette partie de la ville tricentenaire. Autre patrimoine, mobile cette fois-ci et qui ne passe pas inaperçu, le « Bou El Mogdad » drapé de sa robe blanche.

A 19 heures déjà, une sorte de brume épaisse enveloppe l’île.Par groupes, des jeunes reviennent du jogging. L’air joyeux, ils passent avec indifférence devant cette ancienne vapeur mythique des Messageries du Sénégal, accosté, comme il y a plus de cinquante ans, sur le quai du fleuve. Véritable embrayeur de souvenirs, le « Bou El Mogdad », c’est l’image des scènes d’allégresse, d’angoisse et de tristesse, d’ordre et désordre qui ont rythmé plus d’un demi-siècle de vie et d’échange le long des rives du Sénégal bien avant l’indépendance. Dans ses périples, le « Bou El » qui fait cinquante mètres de long sur dix mètres de large,transportaient plusieurs tonnes de marchandises dont des étoffes, des fruits et légumes, du charbon, des céréales pour le ravitaillement de certains comptoirs commerciaux de Podor, Rosso, Matam, Dagana… Mais ce n’est pas tout, le bateau servait également au transport des élèves, des fonctionnaires en affectation ou en déplacement dans ces localités ainsi que de simple voyageurs.

C’est en 1950 que le « Bou El » a été mis en service pour assurer l’ensemble du trafic et de la navigation sur le fleuve. Il devait ainsi prendre la relève des ferries : Boufflers, le Soulac et le Keur Mour. Lesquels étaient d’imposants navires de commerce qui sillonnaient le fleuve Sénégal et desservaient le Fuuta et le Waalo dans la Vallée du Fleuve Sénégal. «L’histoire de l’exploitation fluviale a commencé avec les Boufflers, Keur Mour. Le Bou El Mogdad au moment de son arrivée faisait partie des bateaux les plus modernes », se rappelle, Alioune Badara Diagne Golbert. Ce bateau couvrait convenablement toute la demande qu’il y avait à cette époque.

L’écrivain, le colonel Momar Guèye, fait partie également des témoins de cette période faste de l’économie de la vieille ville où le « Boul El Mogdad » apportait le bonheur dans toute la région. « Je me souviens de la belle époque des Messageries du Sénégal(…). C’était le temps où des pirogues longues et étroites appelées « Gaalu mboul », arrivaient à Saint-Louis remplies de pastèques et de nénuphars. On observait également, sur les différents bras du Fleuve Sénégal, ces immenses pirogues multicolores qu’on appelait « Gaalu penku » et qui transportaient d’importantes cargaisons de charbon et de bois de « gonakié » ou « ngonaaké ». Le « Gonakié » est une espèce ligneuse qui pousse dans la vallée du fleuve et qui a un pouvoir calorifique très élevé. Il était particulièrement utilisé comme bois de chauffe par les ménagères Saint-Louisiennes », note-t-il.

Un bateau de souvenirs
Pour Moustapha Ndiaye, directeur du Centre culturel régional de Saint-Louis et gestionnaire de l’île, la présence du bateau mettait en valeur le patrimoine qu’est le Fleuve Sénégal, le fleuve en tant que lien entre Saint-Louis et l’intérieur du pays. Pour dire que la vapeur mythique des Messageries du Sénégal n’est pas seulement un déclencheur de souvenirs, c’est aussi un navire rempli d’histoires. Les populations s’étaient habituées à son arrivée et à son départ à travers sa retentissante sirène ainsi que ses puissants haut-parleurs qui distillaient la belle musique de l’époque. « L’évocation du bateau, pour ceux qui l’ont déjà emprunté, déclenche des souvenirs parce qu’à l’époque coloniale, il n’y avait pas beaucoup de routes comme aujourd’hui. L’élève qui obtenait son entrée en sixième prenait le « Bou El » pour venir faire ses études à Saint Louis. C’est une étape importante dans la vie d’un homme, comparable à celle d’un marié qui attendait sa promise qui arrive par ce bateau ou un père impatient de retrouver son fils de retour de France. Le francenabé qui arrivait au Sénégal ou qui voulait quitter le Fouta pour Saint-Louis prenait le bateau », explique Ahmadou Cissé, directeur du Tourisme, de la culture et du patrimoine de la commune de Saint-Louis. A l’en croire, ce bateau est un marqueur identitaire, un patrimoine propre de cette région.

Avec la construction du barrage de Diama, le « Boul El » ne pouvait plus naviguer sur le fleuve de Saint-Louis à Podor. Ainsi, après avoir desservi pendant des années plusieurs localités le long de la Vallée du fleuve, il a été vendu dans les années 1970. Le bateau a ensuite quitté le Sénégal pour aller en Sierra Léone. Quand la guerre a éclaté dans ce pays, le « Bou El » a été amené dans les îles du Saloum et, pendant un temps, en Casamance.

Toutefois, eu égard à la valeur à la fois symbolique et historique que représente ce navire pour la région, il sera racheté en 2004 par un métis Saint-louisien, Jean-Jacques Bancal avec un groupe d’amis pour un coût de 250 millions de Fcfa. 40 ans après sa dernière croisière, le bateau reprend service. Il vogue désormais à la découverte du parc de Djoudj, de Podor, Richard Toll et Saldé avec quatre à cinq heures de navigation par jour.

Un retour triomphal après 40 ans d’absence
Le retour du « Bou El Mogdad » à Saint-Louis, après 40 ans d’absence, en 2005, a déclenché une forte émotion dans la ville tricentenaire. Les scènes de liesse qui ont accompagné son entrée dans la ville restent mémorables de l’avis de certains témoins. Pour ceux qui ont connu ce bateau, les images de leur jeunesse ont remonté en surface. « Il fallait voir les gens quand on a ouvert le pont pour laisser passer le bateau. J’ai vu de vieilles personnes pleurer de joie, de nostalgie. Interrogées, elles vous disent que ce bateau est un pan d’elles-mêmes. Elles se souviennent des gens qui descendaient du bateau, le mil, le charbon, les marchandises », souligne Ahmadou Cissé. Alioune Badara Diagne Golbert se rappelle aussi de toute cette émotion suscité par le retour du navire. Preuve que ce moment est historique, le comédien et journaliste a eu l’idée de retransmettre cet événement en direct sur sa radio Teranga Fm. « Le jour où le Boul El devait rentrer à quai, j’ai fait le direct à la radio et par cette occasion j’ai fait pleurer des dizaines de milliers de personnes à Saint-Louis. Dès qu’il a sifflé, je me suis remémoré de ma jeunesse en 1946. Je me suis souvenu de Boufflers, de Keur Mour. J’ai rappelé aux auditeurs l’histoire de la première arrivée du Boul El Mogdad. Tout Saint Louis était sorti », avance-t-il.

L’attachement des Saint-Louisiens à bateau mythique se comprend aisément. Pour beaucoup, il s’agit d’un pan très important de leur histoire, de leur enfance. Il fallait donc, par tous les moyens, ramener cet élément à part entière du patrimoine de l’île. « Quand j’étais petit, j’empruntais le pont Faidherbe pour aller au lycée Faidherbe devenu Elhadji Omar Tall. Chaque fois que je passais, je voyais le bateau. Quand il n’était pas là, j’étais triste car j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose à ma ville. Il y avait trois autres petits bateaux, mais c’était des chaloupes qui faisaient du transport de charbon et de bois. C’était l’époque des grandes pirogues qui faisaient cinq mètres de haut et qui transportaient aussi du bois depuis le nord du fleuve Sénégal », se remémore Jean Jacques Bancal.

Les scènes de liesse n’étaient pas seulement observées à Saint-Louis. Le premier voyage du « Bou El Mogdad » après son retour dans la vallée a créé un grand enthousiasme dans les villages jouxtant le fleuve. Partout où il passait, les gens sortaient spontanément et exultaient dès qu’ils entendaient la fameuse sirène.

EL HADJI BOUL EL MOGDAD SECK, L’ÉMINENT INTERPRÈTE QUI DONNA SON NOM AU BATEAU
Il a donné son nom à ce bateau mythique qui a vu se succéder plusieurs générations de la Vallée du fleuve Sénégal. Boul El Mogdad Seck, né en 1826, était interprète et conseiller auprès des gouverneurs de l’administration coloniale à Saint-Louis du Sénégal. Très cultivé et respecté, l’homme issu d’une grande famille saint-louisienne, a été pendant 20 ans, l’interprète, le rédacteur et le traducteur de l’arabe pour le compte du gouvernement colonial du Sénégal. L’érudit était chargé d’écrire en arabe les contrats signés. Il connaissait tous les grands marabouts de la région jusqu’au Mali.

Boul El Mogdad Seck s’était distingué par sa dévotion pour la religion musulmane, ainsi que sa loyauté envers l’autorité coloniale. Il faisait également le lien entre l’administration coloniale et les populations autochtones. Grand explorateur devant l’éternel, il accompagna le capitaine Vincent dans l’Adrar, en Mauritanie. L’homme aura, au total, participé à 22 missions ou expéditions à l’époque. Après un séjour à la Mecque pour accomplir l’un des cinq piliers de l’islam, El Hadji Bou El Mogdad Seck, de retour à Saint-Louis, gagne davantage de respect et d’estime au sein de sa communauté. C’est ainsi qu’après 23 ans de service, il sera élevé au grade d’Officier de la légion d’honneur. Il serait le premier noir à avoir cette distinction. En quittant l’administration coloniale en 1879, Boul El Mogdad est nommé Tamsir et Cadi à Saint-Louis un an plus tard en 1880. Sa mort va intervenir dans la même année.

JEAN-JACQUES BANCAL, PROMOTEUR TOURISTIQUE : L’homme du « Bou »
Jean jacques Bancal BateauSi le « Bou El Mogdad » est revenu à Saint-Louis après 40 ans d’absence, c’est avant tout grâce à l’engagement de Jean-Jacques Bancal, descendant d’une vieille famille de la vieille ville.
On le surnomme « l’homme du Bou ». « Bou », comme le diminutif de « Bou El Mogdad » du nom du mythique bateau saint-louisien. Démarche chaloupée, Jean-Jacques Bancal traîne sa longue silhouette dans les coursives du navire qui, en cet après-midi de lundi 24 octobre, reçoit les derniers coups d’astiquage avant un énième voyage à travers les méandres du Fleuve Sénégal. Pendant quelques semaines, le bateau de croisière était à quai pour les besoins d’un grand toilettage technique et esthétique. Même si tout semble prêt pour que, dès le lendemain matin, le navire fasse un petit tour jusqu’à l’île de Bopp Thior, le franco-sénégalais, descendant d’une vieille famille saint-louisienne, veut s’assurer que tout est au point. C’est que l’homme est méticuleux, à la limite procédurier, d’où ses incessantes « inspections » et échanges avec le personnel du bateau. « Des touristes français ont loué le bateau pour célébrer un mariage ce mardi, alors je ne veux pas qu’il y ait des impairs », se justifie-t-il de sa voix traînante. Si aujourd’hui les touristes peuvent se permettre une croisière à bord du « Bou El Mogdad » et les Saint-Louisiens retrouver la silhouette familière de cette navire qui, dès 1951, assurait le trafic de marchandises, de courrier et de passagers de Saint-Louis à Kayes, au Mali, pour le compte des Messageries du Sénégal, c’est en grande partie grâce à Jean-Jacques Bancal. Qui, avec des amis, a décidé de le racheter en 2005 et de le ramener à Saint-Louis qu’il avait quitté quarante ans plus tôt. L’absence de ce bateau mythique fut, en effet, pour ce métis saint-louisien, un crève-cœur. Le voir revenir sur le quai Roume était un défi que cet hôtelier et ses associés s’étaient juré de relever car, pour eux, le « Bou » c’était un pan de l’histoire de Saint-Louis qui avait disparu et qu’il fallait ressusciter.
 
Preuve qu’il a un amour immodéré pour le « Bou », Jean-Jacques Bancal a été, avant de le racheter avec ses amis pour la somme de 250 millions de Fcfa, allé le voir, tous les deux mois pendant sept ans. Cette débauche d’énergie juste pour convaincre son propriétaire de le vendre. Trois mois de carénage à Dakar et le voilà qui revient au berceau, le 16 octobre 2005, devant toute la population de Saint-Louis massée sur ses quais. Ce jour-là, le pont Faidherbe - symbole de la ville -, fermé depuis plus de vingt ans, a pivoté lentement afin de laisser passer Sa Majesté le Bou. Les deux puissants coups de sirène retentirent : tout était rentré dans l'ordre.

Pour avoir réussi à faire revenir le « Bou El Mogdad » à Saint-Louis, Jean-Jacques Bancal mériterait peut-être une statue à défaut d’avoir une ruelle de la vieille ville qui porte son nom. Si ce cas de figure advenait, ce ne serait pas une première chez les Bancal. En effet, une rue au Sud de l’île porte le nom de l’arrière-grand-père père de Jean-Jacques, René Victor Bancal qui, en tant que médecin, a lutté contre les épidémies de choléra à Guet Ndar. Né à Saint-Louis en 1960, Jean-Jacques Bancal est donc issu d’une famille métisse qui s’est impliquée, dès l’année 1960, dans la vie politique au Sénégal. Comme il aime à le répéter, il descend d’une « famille qui s’est battue pour le Sénégal et pour Saint-Louis ». C’est d’ailleurs pour perpétuer ce legs familial que Jean-Jacques Bancal a dû abandonner ses études en Pharmacie pour se lancer dans l’hôtellerie au décès de son père en 1979 lequel était l’un des magnats de ce secteur à Saint-Louis. Jean-Jacques prend alors les destinées de l’hôtel La Résidence située dans le centre historique de la ville tandis que son frère René prend la direction du Ranch de Bango. Il installe également un campement sur la Langue de Barbarie puis diversifie ses activités et ouvre une agence de voyage. Demander à Jean-Jacques Bancal s’il se sent plus Français que Sénégalais, c’est lui demander qui préfère-t-il entre son père et sa mère. Il ne saurait trancher. En tout cas, ce qui est sûr et certain c’est qu’il veut mourir et être enterré à Saint-Louis. Le plus clair de son temps, Jean-Jacques Bancal le passe dans cette ville qu’il qualifie de « plus belle du monde ». Il ne se rend en France qu’en de rares occasions pour aller voir sa mère qui y vit aujourd’hui. Quand Jean-Jacques Bancal soutient que Saint-Louis est une ville à défendre et à laquelle il est fier d’appartenir, on peut bien le croire.

Par El Hadj Ibrahima THIAM,
Ibrahima BA (textes) et
Sarakh DIOP (photos)

Last modified on vendredi, 18 novembre 2016 14:35

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il. Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.

Un redécollage très timide
L’âge d’or de Gossas, c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne et son redécollage s’avère pénible. Pis, cette ville qui couvre une superficie de 2,69 km² pour une population de plus de 15.000 habitants enregistre des retards en équipements qui entravent son développement. Tout ou presque reste à faire à Gossas qui garde toujours son urbanité coloniale. De vieux bâtiments, héritage du passé de la localité, meublent toujours le décor du centre-ville. Selon le maire Madiagne Seck, ces bâtisses d’un autre âge montrent le passage des Occidentaux dans la commune. « Ces bâtiments sont des titres privés et la commune n’y peut grand-chose. Certains bâtiments sont de la propriété privée de l’État », note le maire de Gossas.

Toutefois, Gossas a beaucoup de défis à relever pour assurer un cadre de vie des plus agréables à ses populations qui soulèvent l’insuffisance d’infrastructures. « Ici, il n’y a aucune perspective qui s’offre aux jeunes qui se battent avec leurs propres moyens pour sortir de la misère. C’est ce qui explique le recours massif au commerce informel devenu un moyen incontournable qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles », explique le jeune Ndiaga Diop. Ce dernier, comme beaucoup d’autres jeunes, invite les pouvoirs publics à accorder plus de considération à leur commune. « Quand on vient à Gossas, on croirait que le pouvoir central n’a jamais beaucoup aidé la ville à se développer ou qu’elle a manqué de dirigeant d’envergure pour la ramener au premier plan », se désole Mame Ibra Diagne, un étudiant.

Pourtant, les maires qui se sont succédé à la tête de la municipalité ont œuvré pour que Gossas redevienne un carrefour économique et un espace d’opportunités d’emplois, mais le manque de ressources a freiné leurs ambitions.

Selon le maire Madiagne Seck, plusieurs projets réalisés ou en cours de réalisation sont à mettre à l’actif de son équipe. « En plus de l’extension électrique et hydraulique, il y a la réhabilitation du stade municipal avec gazon naturel en cours, la construction d’un théâtre de verdure, d’un cyber municipal, d’une case de santé, d’un lycée, d’un Cem. Nous prévoyons la réhabilitation de l’Hôtel de ville, la construction de toilettes au marché hebdomadaire et à la gare routière, de même qu’un abri pour les Jakarta et les marchands, ainsi qu’un hangar pour les corps de métiers et une usine de décorticage d’arachide », indique-t-il. Selon lui, les projets imminents concernent la construction d’une gare routière et d’un abattoir et la mise en place d’un Pôle internet et services associés (Pisa).

Malgré toutes ces réalisations et projets, les attentes restent nombreuses. Et le maire Madiagne Seck dit en être bien conscient. « Il nous reste beaucoup à faire surtout pour l’emploi de la jeunesse et l’accès des femmes au crédit », soutient-il.

Gossas se bat pour opérer une rupture avec son statut de ville rurale. Les autorités locales ambitionnent de réussir la mutation économique, socioculturelle et politique de leur cité. Mais, selon l’édile de la ville, l’émergence de Gossas passe forcément par l’engagement indéfectible et sans faille de toutes les forces vives de la commune aux côtés de Mahammed Boun Abdallah Dionne, actuel chef du gouvernement et originaire de la localité.
Comme dans beaucoup de localités, Gossas a aussi son marché hebdomadaire. Le louma de 106, qui se tient chaque samedi, est le point fort de l’animation commerciale de toute la zone.

Un marché hebdomadaire à rentabiliser
Très fréquenté par les populations des villages environnants, ce lieu de rencontres, d’échanges commerciaux et de mixité sociale ouvert à tous les types de commerces fait la part belle aux produits locaux, agricoles, artisanaux, phytosanitaires, vêtements, friperies, vaisselles, ustensiles, accessoires. Tout se vend et tout s’y achète. Il suffit de négocier le prix. Selon le vieux Amadoune Mar Ndiaye, ce marché est une création de Seyni Ndiaye vers les années 1985. « Cet espace commercial a donné un boom économique à la commune. On voyait des marchandises qu’on ne voyait pas à Gossas. Des gens venaient de partout. Chaque samedi, on assistait à un défilé ininterrompu de charrettes et d’ânes pour faire des échanges. L’importance de ce marché n’est plus à démontrer à Gossas qui vivait, revivait même avec l’affluence qui était notée », explique-t-il. « Au bon vieux temps comme aujourd’hui, ce marché constitue un lieu de rencontres et de palabres pour les différents villageois qui viennent pour faire leurs emplettes à des prix défiant toute concurrence », ajoute-t-il.

Ce marché n’a pas perdu sa vocation et continue de grouiller de monde affluant des villages et localités avoisinants. Malheureusement, regrettent certains usagers, il est caractérisé par son sous-équipement. En plus du manque d’organisation, l’insalubrité qui y sévit est décriée. De même que l’absence d’un système adapté de collecte et de transfert des ordures. D’autres déplorent les conditions de travail, la promiscuité et l’absence d’électricité.

« Ce marché gagnerait à être organisé, car il contribue fortement à l’économie locale, mais les conditions de travail ne sont pas encourageantes », indique Kiné Sarr qui y tient un commerce depuis plus de dix ans. « Une ville comme Gossas mérite un marché beaucoup plus moderne. Ces étals doivent être dépassés et l’espace est devenu exigu avec l’augmentation des commerçants. Nous interpelons donc la municipalité qui gagnerait à nous mettre dans de meilleures conditions puisque nous nous acquittons chaque samedi de nos taxes », soutient-elle. Pour le maire de Gossas, le marché 106 joue un rôle essentiel dans l’économie de la ville. « Le marché hebdomadaire a un impact réel sur les ressources financières de la commune. C’est un marché qui reçoit des centaines de personnes provenant de tout le Sénégal », indique-t-il. L’ambition de la municipalité, note-t-il, est de le moderniser, de le réorganiser, pour le rendre beaucoup plus attractif et permettre un bon épanouissement des commerçants et des clients. « Nous allons sous peu réhabiliter les souks, doter le marché de halls et mettre en place un système de collecte et de transfert des ordures », assure M. Seck.

Ville carrefour depuis longtemps, Gossas est aussi confronté à un problème de mobilité urbaine. Cette ville ne dispose même pas d’une gare routière digne de ce nom. Une gare routière mal équipée avec un parc automobile d’un autre âge. Le transport à Gossas est loin d’être développé et, en l’absence de taxi urbain pour assurer la desserte à l’intérieur de la commune, ce sont les véhicules hippomobiles et les vélos taxis qui assurent le déplacement des populations.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

A Sophia-Antipolis, Orange va tester ses antennes 5G avant une mise en service dès 2020…

Une cage coupée du monde pour mieux le connecter dans les années à venir. Ce vendredi après-midi, Orange et l’université Côte d’Azur, par le biais du Centre de recherche mutualisé sur les antennes, vont inaugurer à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), une chambre anéchoïque – ses parois absorbent les ondes électromagnétiques – « unique en France », annonce l’opérateur.
La nouvelle norme proposera « un débit jusqu’à 30 fois supérieur à celui de la 4G », promet Orange. Les données pourront être reçues à une vitesse allant jusqu’à 10 Gb/s et avec une latence (le délai entre l’envoi d’une requête et la réception de l’information) raccourcie de 25 à 5 millisecondes. Autre avantage : en plus de proposer davantage de données à la seconde, la 5G devrait utiliser la même consommation d’énergie que la 4G. La future technologie « devrait relier non seulement les smartphones et les tablettes mais aussi des objets connectés aussi variés que des vêtements, de l’électroménager, des voitures, du mobilier urbain ou même des végétaux », prédit également Orange.

« On n’en est qu’au début, indique-t-on du côté de l’Arcep, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Cette technologie n’est pas encore normalisée. Des tests qui nous sont demandés par les opérateurs et les équipementiers sont accordés mais la priorité reste encore le développement de la 4G. » Cette révolution numérique se prépare en tout cas. Dans la technopole azuréenne, mais pas seulement.

A Rennes, B Com a également obtenu « l’autorisation d’émettre des fréquences pour tester les composants de la future 5G », indique Michel Corriou, directeur réseaux et sécurité de cet Institut de recherche technologique (IRT).

Alors, c’est pour quand ?
Pas avant 2020, pour les premières commercialisations. Des tests grandeur nature sont programmés d’ici là. Et notamment en 2018, à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud. Le Japon devrait être le premier à dégainer des abonnements 5G, au moment des Jeux olympiques d’été de Tokyo, en 2020.

Dans la foulée, « l’Amérique du Nord connaîtra un déploiement rapide et massif », prédit l’institut B Com. Et alors quid de l’Europe ? « Avec l’absence d’opérateur dominant, des marchés nationaux disparates et une gestion des fréquences à allouer plus contrainte, elle sera à la traîne », annonce-t-il également. Dommage…

L’un des premiers postes de débarquement de crevettes est en marée basse prolongée. Aussi bien dans le village qu’au rivage, les pêcheurs se laissent emportés par des flots de souvenirs des périodes fastes de la pêche de crevettes, à Adéane, situé dans l’arrondissement de Niaguiss à l’est de Ziguinchor.

La commune d’Adéane est à 32 km de Ziguinchor sur la route du sud, en pays Baïnouk. Des habitats sont répartis pêle-mêle à l’entrée. Au centre, un plan en damier est bien visible sur cette route descendante vers le quai. Les maisons modernes se concentrent au centre. Des antennes paraboliques apparaissent sur les toits comme des touffes sur la coiffure des afro-africaines. Il y a un embryon d’organisation de l’espace. A la grande place du village. Une mosquée est attenante aux habitations. Non loin de là, des personnes âgées conversent sur le mirador de la coopérative des pêcheurs d’Adéane. Les années passent. Elles ne rassemblent pas pour ces vieux usagers du fleuve. Leurs discours sentent la nostalgie des périodes fastes de la pêche. « Il serait très injuste de comparer les activités de pêche des années passées, 1980-90, à celles d’aujourd’hui. Actuellement, c’est à peine qu’un pêcheur parvient à avoir 1 kilogramme de crevettes. Dans le passé, un pêcheur peut avoir jusqu’à 15 kg à 30 kg par jour », se souvient Demba Fall. Les échanges intéressent le reste du groupe des usagers du fleuve Casamance. Djiby Sy se retourne et ajoute : « Tout dépend des périodes. Parfois un pêcheur peut avoir 5 kilogrammes de crevettes comme il peut se retrouver avec un demi-kilogramme ». Sur le mirador, le passé est un présent. Tous parlent avec enthousiasme. Le bourg n’avait pas usurpé son nom. Adéane, un dérivé du mot mandingue « Adiyata » qui signifie « c’est agréable » même si une autre version porte sur le nom de l’un des premiers habitants Baïnouk qui s’appelait Adéane Mané. « Vers les années 1974, la production de crevettes était abondante. Ceux qui étaient dans le secteur ont fait fortune dans la pêche et la vente des crevettes. L’activité était plus fleurissante. Ce n’est plus le cas, même si nous avons de quoi couvrir nos besoins », admet Birame Ndiaye.

En tout état de cause, en ce moment, l’épicentre de la pêche de crevettes avait attiré des Sénégalais des régions du nord, du centre et des Maliens. La pêche des crevettes a des incidences sur le brassage culturel, ethnique et religieux du village. « Nous avons une population cosmopolite. On y retrouve des mandingues, des toucouleurs, des diolas, des bambaras, des balantes », énumère Birame Ndiaye qui a vu le jour à Adéane.

De la place publique, on regagne le quai de débarquement. Un piroguier attend les clients. Des pirogues flottent sur le virage. Elles couvrent plus de 200 mètres des deux côtés. Une nuée de nuages adoucit les températures. Le ciel est bleu. En contrebas, Idrissa Koné répand du goudron sur la cale de sa pirogue. Lui attend que le ciel se dégage. Il a quitté la région de Matam en 1993 pour s’établir à Adéane. Depuis lors, sa vie est liée au fleuve Casamance. « Auparavant, lorsque vous effectuiez une sortie, vous pouviez revenir avec 10 kg de crevettes.

Il était facile pour nous d’avoir beaucoup d’argent », confesse Idrissa Koné. Ici, on connaît la cause de l’effondrement des ressources halieutiques. Ce dernier embarque tous les pêcheurs dans la même barque. Ils sont à ses yeux les premiers responsables de la chute des débarquements. « Il y a toute sorte de filets. Certains utilisent des mono filaments, des filets de petites mailles. C’est difficile d’organiser ce secteur ici », estime Idrissa Koné.

Le visage émacié, Moussa Badji supervise le remodelage d’une vieille pirogue par deux garçons. Ces derniers sectionnent des morceaux et colmatent les flancs. D’autres planches servent de traverses. Pour ce vieux pêcheur, il faut s’accrocher. La vingtaine de pirogues tanguant au large au gré du vent l’inspire. « Je suis dans la pêche depuis 30 ans. Nous avons beaucoup de Maliens.

Il y a beaucoup de pirogues. Il y a une pression extrême sur la ressource », se désole Moussa Badji. Cette version est balayée par le président de la coopérative des pêcheurs. Pour ce dernier, l’effondrement des ressources a entraîné des flux migratoires des pêcheurs. L’ancien poste de pêche est en quête d’un nouveau souffle.

Ecoulement des produits halieutiques : Les mareyeurs à la quête d’un meilleur avenir
Adeane Quai PecheIls font partie de la chaîne de l’activité halieutique à Adéane, mais les mareyeurs vivent des périodes difficiles, compte tenu de la non-disponibilité des véhicules leur permettant d’acheminer leur marchandise à Ziguinchor.

A Doumassou, un des neuf quartiers d’Adéane, les mareyeurs se rassemblent chaque jour pour trier la capture débarquée par les pêcheurs. En cette mi-journée ensoleillée, le rituel est respecté par Aïssata Kébé, Diarra Ndong et les autres femmes mareyeuses trouvées en train de sélectionner les crevettes qu’elles doivent acheminer à Ziguinchor. « Aujourd’hui, j’ai réussi à avoir 45 kilos. Il ne me reste plus qu’à prendre la route pour les revendre à Ziguinchor », souligne Aïssata Kébé, l’une des mareyeurs. Cédé entre 1.300 et 2.000 FCfa le kilogramme, le commerce des crevettes reste une spécialité des femmes d’Adéane.

Diarra Ndong, une halpulaar originaire de Fanaye Diéry dans le département de Podor, s’active dans ce commerce depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, cette Adéeanoise d’adoption se frotte les mains. « Avec cette activité, j’entretiens ma maison et je paie la scolarité de mes enfants », nous confie Diarra. En même temps qu’elle fait son travail de collecte des crevettes, Diarra marchande un drap de couleur rouge avec un commerçant ambulant « baol-baol » qui est venu leur proposer une panoplie de produits. Après un marchandage qui n’a duré que quelques minutes, elle tombe d’accord avec le bonhomme et met la main dans sa tirelire et lui tend un billet vert de 5.000 FCfa. Non loin de ces femmes, un camion frigorifique est stationné pour ramasser les caisses de crevettes collectionnées par les femmes mareyeuses. Comparée aux autres périodes, la capture de ce matin est maigre, voire insignifiante, selon le convoyeur Lamine Ndaw. « Si ça marche réellement, nous pouvons aller jusqu’à 150 caisses par jour », souligne Lamine.

Seulement, ce n’est pas tous les jours que les femmes mareyeuses arrivent à trouver un véhicule pour acheminer leur marchandise à Ziguinchor. Cela reste d’ailleurs la principale préoccupation de ces commerçantes. « L’autre jour, j’avais 300 kg de crevettes entre les mains, mais je suis resté longtemps au quai de débarquement à attendre un véhicule, en vain.

Comme la crevette est un produit périssable, elle a commencé à changer de couleur et j’étais obligée de les griller pour ne pas les perdre », renseigne Diarra Ndong. La dizaine de mareyeurs de cette zone de pêche de la Casamance ne dispose que de 3 à 4 camions frigorifiques pour ramasser la capture quotidienne. Il arrive souvent que ces véhicules tombent en panne ou fassent faux bond. Ce qui ne rend guère la tâche facile aux mareyeurs. Moussa Touré, le chef de village d’Adéane, rappelle l’importance de l’activité halieutique dans sa localité.

« La pêche est un pilier important de l’économie locale. Une grande partie de la population évolue dans le secteur et chaque jour, ils sont nombreux à partir à Ziguinchor où elles acheminent la capture », explique le chef de village. Seulement, aussi bien les pêcheurs que les mareyeurs, ils n’arrivent pas à disposer de suffisamment de moyens leur permettant de mener à bien leur travail. Même si la pêche demeure leur principal moyen de subsistance à l’heure actuelle.

Un réel brassage ethnique
La Casamance en miniature. On pourrait qualifier ainsi Adéane, un village traditionnel qui a le mérite d’abriter une forte concentration ethnique. Toutes les ethnies de la Casamance, ou presque, sont présentes à Adéane. On y trouve des bambaras, des peuls, mandingues, balantes, mancagnes, diolas, sérères et même des pépèles. Si certains, comme les peuls et les bambaras s’y sont installés depuis plusieurs années, en y pratiquant la pêche, d’autres comme les balantes et les mandingues sont arrivés ici à la faveur de la guerre en Guinée-Bissau.

Pour autant, toutes ces ethnies cohabitent dans les neuf quartiers de manière harmonieuse. Ici, il n’existe pas de quartier peul, diola ou mandingue. Les populations vivent dans une parfaite symbiose. Mais surtout dans le respect et la tolérance quasi-quotidienne.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)

Pour admirer les cases à impluvium, il faut se rendre dans des villages du royaume Bandial à Enampor, à Séléky, en Basse Casamance au sud de la ville de Ziguinchor. De rares bâtisses en terre bâtie pointent leurs deux toitures superposées vers le ciel. A partir de la cour intérieure, une autre toiture en forme d’entonnoir inversée est inclinée vers un bassin recueillant les eaux de pluie.

Le captage des eaux de pluies, c’est la vocation la plus connue de ces habitations typiques en pays Bandial. Mais lorsque l’on visite et revisite ces cases, on se rend compte qu’elles ont eu d’autres vocations depuis la nuit des temps.

La case à impluvium d’Enampor est érigée au milieu d’une clairière. Elle est bordée de toutes parts par des arbres. Elle est surmontée par deux toitures en paille. Un pourtour d’aération sépare les deux toitures. Cette ouverture séparant les deux toitures a aussi une fonction d’éclairage. La porte principale porte deux cornes. C’est les reliques de richesse du propriétaire ou disons des propriétaires. La porte principale est délimitée par des pieux en terre bâtie. A gauche de l’entrée principale, de vieilles mères sont dans une courette. Elles sont isolées par une clôture de feuilles de rônier. Elles accèdent à la cour avant par la chambre à deux portes. « Voici la chambre à deux portes. Elle était réservée aux femmes qui sont en période de menstruation. Dans notre coutume, on ne doit pas voir une femme qui voit ses règles », rapporte Idrissa Manga. Lorsque nous pénétrons à travers une porte de moins de deux mères de hauteur, une lampe à pétrole, une baguette perlée et couverte par du coton tissé sont accrochés çà et là. L’intérieur des chambres est une vraie galerie d’exposition de la culture ancestrale. Au-dessus du lit, des bottes centenaires de riz encombrent le mirador. Des couchettes font office de grenier. A l’origine, c’est dans la chambre noire que les récoltes étaient stockées. « La chambre noire est celle du chef de famille qui y passe la nuit avec des enfants. Il veille aussi sur le riz », explique Idrissa Manga.

Les chambres sans fenêtre sont séparées par un petit couloir donnant à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. La case à impluvium est une succession de concessions dans une grande case. Les chambres carrées ou rectangulaires se suivent dans un ensemble circulaire. Chaque chambre, en plus de servir de couchette, assume d’autres vocations. La porte de la chambre des jeunes donne sur l’extérieur. Ils ont une responsabilité dans la protection de la famille. « La case à impluvium avait pour rôle de protéger la famille contre les ennemis. Le royaume Bandial était à côté du royaume Baïnouk qui se trouve à Brin. Nos ancêtres avaient conçu cette architecture pour sécuriser à la fois les personnes, le bétail et les récoltes », rapporte Idrissa Manga. Une toiture de forme d’entonnoir inversée est soutenue par des piquets fixés sur les margelles du système de récupération des eaux de pluie.

Le ciment de la vie en communauté
Le système de captage des eaux dans ces cases a été le plus connu. Pourtant, dans le pays Bandial, on se garde de donner du poids à cette fonction. « Lorsqu’on parle de la case à impluvium. On pense de façon systématique à la récupération des eaux. Cela est vrai. Mais le stockage est moindre par rapport à la protection et aux autres fonctions », précise Idrissa Manga. A Enampor, on y retrouve 6 familles au sens européen qui correspond à une famille africaine dans la Case la plus ancienne de l’une des deux capitales du Royaume Bandial. « Vous avez des personnes qui vivent avec des oncles, des cousins, en plus de leur père et de leur mère. La case à impluvium prônait un système de vie en communauté et une solidarité », dévoile un des conservateurs. D’habitude deux enclos se regardent de part et d’autre de l’entrée principale dans un couloir convexe. Cette architecture n’existe que dans cette partie du monde. Elle attire de plus en plus de visiteurs et de touristes. Mais jusqu’à quand sera-t-elle un atout touristique pour le pays Bandial ? Il n’en reste que trois cases authentiques à Enampor et autant à Séléky.

De nos envoyés spéciaux Idrissa SANE, Maguette NDONG (textes)
et Ndèye Seyni SAMB (photos)


En bordure de la route qui mène à Gandiol, dans la région de Saint-Louis, un tableau indicatif de la « Reserve spéciale de Guembeul », passe presque inaperçu. De l’extérieur, l’endroit ne se démarque guère de l’ordinaire. Que d’illusion ! En effet, une fois à l’intérieur, on découvre une réserve de 720 ha abritant essentiellement des oiseaux, des gazelles, des tortues et des singes.

C’est vers 17h que nous foulons l’entrée de la Reserve spéciale de Geumbeul. De jeunes filles à peine sorties de la puberté s’amusent à regarder le spectacle qu’offre le ballet incessant de va-et-vient des véhicules qui empruntent à vive allure cette bretelle qui conduit au centre de Gandiol. Leur attention est captée par le mouvement incessant des bolides.

Et pourtant, derrière elles, se cachent une Réserve fabuleuse qui offre un paysage à couper le souffle. Ce site écologique se distingue par de fortes concentrations d’oiseaux. Situé dans la région Saint-Louis, il couvre une superficie de 720 ha. La Reserve de Geumbeul abrite, entre autres, la gazelle Dama Mhorr, celle-là même qui traîne la réputation d’être la plus belle des gazelles sahélo-sahariennes. On y trouve également des singes rouges et la Sulcata Geochelone qui demeure la plus grosse des tortues africaines.

Dans la grande cour, de jeunes tortues âgées de 30 ans sont regroupées dans un enclos dédié, tandis que les gros spécimens bénéficient davantage d’espace. Toutes appartiennent à la même espèce, la « Tortue sillonnée », aussi appelée « Tortue de savane ».

Cette espèce est, mine de rien, la troisième plus grosse au monde, avec des mâles pouvant atteindre les 100 kg et une espérance de vie estimée à 150 ans. Sa spécificité anatomique lui confère une carapace aplatie. Autrefois commune au Sénégal, elle serait à présent devenue très rare.

Un peu plus loin, nous progressons à bord de la voiture du commandant Thialaw Sarr qui, pour la circonstance, fait également office de guide. Dans les alentours de l’étang, un groupe de singes s’enfuit à notre approche, mais deux jeunes individus décident de rester sur place.

Ils se camouflent derrière les salicornes, nous permettant d’observer de plus près leurs visages mutins. « Cette réserve privée est une zone classée Ramsar en raison du stationnement en fin d’hiver de plusieurs milliers d’Avocettes, mais c’est aussi une zone où sont élevées, dans le but d’être réintroduits dans leur environnement, différentes espèces « animales », informe le Commandant Sarr, Vétérinaire conservateur des Parcs nationaux. 

La Reserve de Guembeul a été créée le 30 mai 1980. Elle est étendue sur une superficie totale de 720 ha. Les autorités s’étaient alors fixé trois objectifs. Il s’agissait d’abord de la mise en défens, (terme forestier qui veut dire clôturer un espace tout en laissant la végétation s’y remettre naturellement).

Le deuxième objectif consistait à la protection de la cuvette, qui joue à la fois un rôle économique et écologique. Le troisième objectif est relatif à la réintroduction des animaux sahélo-sahéliens qui existaient déjà dans la sous région et qui, malheureusement, avaient, en un moment donné, disparu.

«Nous procédons à l’élevage en semi captivité et parfois en captivité. Nous surveillons aussi le processus de reproduction de ces animaux, pour qu’au moins, d’ici à un ou deux ans, qu’on puisse les transférer vers les autres Parcs et Réserves de la sous-région. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné », note le commandant Thialaw Sarr.

Particularité de la Réserve Guembeul
Depuis l’ouverture de la Reserve, les trois objectifs ont été largement atteints, assure le commandant des lieux. Preuve à l’appui, nous indique t-il, le bois qui était voué à la mort s’est suffisamment remis. « D’ailleurs, nous tendons à diminuer les arbres en autorisant les populations riveraines à couper le bois mort.

Le taux de couverture végétale a été largement dépassé. La protection de la cuvette a également été atteinte. Les ressources naturelles qui entourent la cuvette sont également bien conservées. Des ponts ont été, dans ce sens, aménagés avec le soutien des populations locales », assure-t-il. 

En ce qui concerne le troisième objectif qui a trait à l’élevage de l’animale gazelle sahélo- sahélien, là aussi, les résultats obtenus sont satisfaisants. « Nous pouvons dire qu’il est atteint, dans la mesure où, si un animal quitte un lieu pour un autre et commence à se reproduire, l’objectif est touché.

Cependant, nous assistons, parfois, à des problèmes d’avortement, de prédations. Cela va de pair avec l’élevage. Nous essayons d’y apporter des solutions, d’autant plus que le programme renferme un volet d’acclimatation », souligne le vétérinaire.

La particularité, à Guembeul, est que les animaux ne doivent pas sortir des enclos. La Reserve reste exiguë pour ces bêtes qui avaient l’habitude de faire, en état de liberté, 30 à 40 Km de rayon de divagation.

De fait, des enclos de 150 m sur 10 ont été confectionnés, ce qui permet de facilement capturer les animaux en cas de soins vétérinaires. L’acclimatation a des normes. L’animal est certes laissé à lui-même, mais il est toujours capturé en cas de besoin de soins vétérinaires. Au total, 200 sujets seraient réunis dans cette Réserve.

Quatre sortes d’espèces sont regroupées à Guembeul. La gazelle d’Amamore est venue au Sénégal en 1984 en acclimatation. Elle existe toujours. Elle a été libérée dans les années 2000 dans cette enceinte de 720 hectares. Elle a vécu et s’est reproduite de 1984 à nos jours. Sa durée de vie est de 25 ans.

« Si nous parvenons à toujours observer l’espèce, cela veut dire que l’objectif a été atteint», note le commandant. Il y a aussi l’Oryx Al gazelle, arrivée en 1999. C’est l’animal qui s’est le mieux acclimaté. Un certain noyau a d’ailleurs été transféré dans le Ferlo. Les animaux sont envoyés dans ce site en conformité avec la phase d’acclimatation. 

L’acclimatation n’est pas assujettie à un nombre d’années défini d’avance. Quand l’animal arrive vivant sur les lieux, cela constitue déjà un acquis. Cet acquis est encore meilleur quand il parvient à se reproduire.

« Quand l’animal parvient à se reproduire jusqu’au nombre de 50 sujets, nous sommes tenus, par l’obligation, de désengorger le site. Sinon, il risque de se poser des difficultés», souligne le commandant Sarr. Les animaux sont alors transférés au Ferlo ou dans d’autres pays qui ont signé des conventions dans ce sens avec l’Etat du Sénégal. 

L’intérêt de protéger les cuvettes d’eau est avéré. Les gérants sont parvenus à trouver un cadre climatologique adapté pour permettre aux animaux qui ont quitté l’Afrique pendant des années d’y revenir. Cette transition confère à la cuvette un rôle très important.

« Nous parvenons aussi à capter tout ce qui est oiseau d’eau. Ce qui rend la cuvette très riche concernant tout ce qui est aquatique et cela impacte sur les oiseaux piscivores », note le commandant Sarr. 

La seule espèce qui rencontre, cependant, quelques gênes d’adaptation, est l’addax Namoclatus. Une politique d’insémination est en gestation dans le sens de procéder à sa réintroduction. La gazelle d’Ocrisasse demeure, elle, l’illustration la plus expressive d’une procédure d’acclimatation réussie.

Des touristes qui se font désirer
A bien des égards, l’apparence peut parfois s’avérer trompeuse. Malgré ses multiples charmes, le tourisme ne se porte pas bien dans ce merveilleux site réservé. Toutefois, la particularité du site réside sur le fait qu’il n’est pas saisonnier. En effet, le Parc est praticable à n’importe quelle période de l’année.

En plus de renfermer des animaux, le site demeure une surface à eau. «Alors que les autres parcs regorgent essentiellement d’oiseaux. Nous, nous élevons également des ruminants, ce qui constitue un atout », se glorifie le commandant des lieux.

Le paysage vaut bien le détour. Bienvenue dans le grand étang de la réserve de Guembeul où se concentrent les oiseaux migrateurs lorsqu’ils arrivent d’Europe.

Aujourd’hui, ils ne sont pas très nombreux. Il y a surtout des bécasseaux sur les vasières. Seuls des tours de jumelles permettent d’ailleurs de mieux les apercevoir. Les Gazelles dorcas sont également visibles. Elles sont enfermées dans des enclos, un milieu désertique et pré-désertique qui leur permet de divaguer librement.

« La Dorcas occupait aussi les zones sahéliennes du Sénégal d’où elle a disparu suite à une chasse intensive. Classée comme vulnérable, l’espèce a été, après acclimatation à Guembeul, relâchée dans le Ferlo en 2009.

En collaboration avec les habitants de la région, 23 individus y ont retrouvés leur liberté », informe le vétérinaire. Il précise que les individus présents ici peuvent servir dans tout programme de réintroduction au Sénégal et dans les pays voisins.

Autre espèce emblématique de cette réserve, l’Addax dont un adulte se tient près de l’étang. Il s’agit d’une espèce d’antilope en voie de disparition. Son aire de répartition a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années.

Pourtant, cette gazelle peut s’adapter aux rudes conditions des ergs sahariens, ce qui lui permettait de couvrir les zones les plus arides allant de la Mauritanie au Soudan. Aujourd’hui, il ne reste que de très petites populations isolées dans les zones les plus reculées du nord du Mali et au Niger.

« Cette espèce très farouche a subi, et continue de subir dans les zones non protégées, une importante pression de chasse. Il est à présent très rare de pouvoir l’observer dans la nature et la plupart des mentions proviennent d’observations indirectes, notamment de traces dans le sable », informe le commandant.

C’est vers 17h que nous foulons l’entrée de la Reserve spéciale de Geumbeul. De jeunes filles à peine sorties de la puberté s’amusent à regarder le spectacle qu’offre le ballet incessant de va-et-vient des véhicules qui empruntent à vive allure cette bretelle qui conduit au centre de Gandiol.

Leur attention est captée par le mouvement incessant des bolides. Et pourtant, derrière elles, se cachent une Réserve fabuleuse qui offre un paysage à couper le souffle. Ce site écologique se distingue par de fortes concentrations d’oiseaux.

Situé dans la région Saint-Louis, il couvre une superficie de 720 ha. La Reserve de Geumbeul abrite, entre autres, la gazelle Dama Mhorr, celle-là même qui traîne la réputation d’être la plus belle des gazelles sahélo-sahariennes. On y trouve également des singes rouges et la Sulcata Geochelone qui demeure la plus grosse des tortues africaines. 

Dans la grande cour, de jeunes tortues âgées de 30 ans sont regroupées dans un enclos dédié, tandis que les gros spécimens bénéficient davantage d’espace. Toutes appartiennent à la même espèce, la « Tortue sillonnée », aussi appelée « Tortue de savane ».

Cette espèce est, mine de rien, la troisième plus grosse au monde, avec des mâles pouvant atteindre les 100 kg et une espérance de vie estimée à 150 ans. Sa spécificité anatomique lui confère une carapace aplatie. Autrefois commune au Sénégal, elle serait à présent devenue très rare. 

Un peu plus loin, nous progressons à bord de la voiture du commandant Thialaw Sarr qui, pour la circonstance, fait également office de guide. Dans les alentours de l’étang, un groupe de singes s’enfuit à notre approche, mais deux jeunes individus décident de rester sur place.

Ils se camouflent derrière les salicornes, nous permettant d’observer de plus près leurs visages mutins. « Cette réserve privée est une zone classée Ramsar en raison du stationnement en fin d’hiver de plusieurs milliers d’Avocettes, mais c’est aussi une zone où sont élevées, dans le but d’être réintroduits dans leur environnement, différentes espèces « animales », informe le Commandant Sarr, Vétérinaire conservateur des Parcs nationaux. 

La Reserve de Guembeul a été créée le 30 mai 1980. Elle est étendue sur une superficie totale de 720 ha. Les autorités s’étaient alors fixé trois objectifs. Il s’agissait d’abord de la mise en défens, (terme forestier qui veut dire clôturer un espace tout en laissant la végétation s’y remettre naturellement).

Le deuxième objectif consistait à la protection de la cuvette, qui joue à la fois un rôle économique et écologique. Le troisième objectif est relatif à la réintroduction des animaux sahélo-sahéliens qui existaient déjà dans la sous région et qui, malheureusement, avaient, en un moment donné, disparu.

«Nous procédons à l’élevage en semi captivité et parfois en captivité. Nous surveillons aussi le processus de reproduction de ces animaux, pour qu’au moins, d’ici à un ou deux ans, qu’on puisse les transférer vers les autres Parcs et Réserves de la sous-région. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné », note le commandant Thialaw Sarr.

Particularité de la Réserve Guembeul
Depuis l’ouverture de la Reserve, les trois objectifs ont été largement atteints, assure le commandant des lieux. Preuve à l’appui, nous indique t-il, le bois qui était voué à la mort s’est suffisamment remis. « D’ailleurs, nous tendons à diminuer les arbres en autorisant les populations riveraines à couper le bois mort.

Le taux de couverture végétale a été largement dépassé. La protection de la cuvette a également été atteinte. Les ressources naturelles qui entourent la cuvette sont également bien conservées. Des ponts ont été, dans ce sens, aménagés avec le soutien des populations locales », assure-t-il. 

En ce qui concerne le troisième objectif qui a trait à l’élevage de l’animale gazelle sahélo- sahélien, là aussi, les résultats obtenus sont satisfaisants. « Nous pouvons dire qu’il est atteint, dans la mesure où, si un animal quitte un lieu pour un autre et commence à se reproduire, l’objectif est touché.

Cependant, nous assistons, parfois, à des problèmes d’avortement, de prédations. Cela va de pair avec l’élevage. Nous essayons d’y apporter des solutions, d’autant plus que le programme renferme un volet d’acclimatation », souligne le vétérinaire. 

La particularité, à Guembeul, est que les animaux ne doivent pas sortir des enclos. La Reserve reste exiguë pour ces bêtes qui avaient l’habitude de faire, en état de liberté, 30 à 40 Km de rayon de divagation.

De fait, des enclos de 150 m sur 10 ont été confectionnés, ce qui permet de facilement capturer les animaux en cas de soins vétérinaires. L’acclimatation a des normes. L’animal est certes laissé à lui-même, mais il est toujours capturé en cas de besoin de soins vétérinaires. Au total, 200 sujets seraient réunis dans cette Réserve. 

Quatre sortes d’espèces sont regroupées à Guembeul. La gazelle d’Amamore est venue au Sénégal en 1984 en acclimatation. Elle existe toujours. Elle a été libérée dans les années 2000 dans cette enceinte de 720 hectares.

Elle a vécu et s’est reproduite de 1984 à nos jours. Sa durée de vie est de 25 ans. « Si nous parvenons à toujours observer l’espèce, cela veut dire que l’objectif a été atteint», note le commandant. Il y a aussi l’Oryx Al gazelle, arrivée en 1999.

C’est l’animal qui s’est le mieux acclimaté. Un certain noyau a d’ailleurs été transféré dans le Ferlo. Les animaux sont envoyés dans ce site en conformité avec la phase d’acclimatation. 

L’acclimatation n’est pas assujettie à un nombre d’années défini d’avance. Quand l’animal arrive vivant sur les lieux, cela constitue déjà un acquis. Cet acquis est encore meilleur quand il parvient à se reproduire.

« Quand l’animal parvient à se reproduire jusqu’au nombre de 50 sujets, nous sommes tenus, par l’obligation, de désengorger le site. Sinon, il risque de se poser des difficultés», souligne le commandant Sarr. Les animaux sont alors transférés au Ferlo ou dans d’autres pays qui ont signé des conventions dans ce sens avec l’Etat du Sénégal. 

L’intérêt de protéger les cuvettes d’eau est avéré. Les gérants sont parvenus à trouver un cadre climatologique adapté pour permettre aux animaux qui ont quitté l’Afrique pendant des années d’y revenir. Cette transition confère à la cuvette un rôle très important.

« Nous parvenons aussi à capter tout ce qui est oiseau d’eau. Ce qui rend la cuvette très riche concernant tout ce qui est aquatique et cela impacte sur les oiseaux piscivores », note le commandant Sarr. 

La seule espèce qui rencontre, cependant, quelques gênes d’adaptation, est l’addax Namoclatus. Une politique d’insémination est en gestation dans le sens de procéder à sa réintroduction. La gazelle d’Ocrisasse demeure, elle, l’illustration la plus expressive d’une procédure d’acclimatation réussie.

Des touristes qui se font désirer

A bien des égards, l’apparence peut parfois s’avérer trompeuse. Malgré ses multiples charmes, le tourisme ne se porte pas bien dans ce merveilleux site réservé. Toutefois, la particularité du site réside sur le fait qu’il n’est pas saisonnier.

En effet, le Parc est praticable à n’importe quelle période de l’année. En plus de renfermer des animaux, le site demeure une surface à eau. «Alors que les autres parcs regorgent essentiellement d’oiseaux.

Nous, nous élevons également des ruminants, ce qui constitue un atout », se glorifie le commandant des lieux. Le paysage vaut bien le détour. Bienvenue dans le grand étang de la réserve de Guembeul où se concentrent les oiseaux migrateurs lorsqu’ils arrivent d’Europe.

Aujourd’hui, ils ne sont pas très nombreux. Il y a surtout des bécasseaux sur les vasières. Seuls des tours de jumelles permettent d’ailleurs de mieux les apercevoir. Les Gazelles dorcas sont également visibles.

Elles sont enfermées dans des enclos, un milieu désertique et pré-désertique qui leur permet de divaguer librement. « La Dorcas occupait aussi les zones sahéliennes du Sénégal d’où elle a disparu suite à une chasse intensive.

Classée comme vulnérable, l’espèce a été, après acclimatation à Guembeul, relâchée dans le Ferlo en 2009. En collaboration avec les habitants de la région, 23 individus y ont retrouvés leur liberté », informe le vétérinaire. Il précise que les individus présents ici peuvent servir dans tout programme de réintroduction au Sénégal et dans les pays voisins.

Autre espèce emblématique de cette réserve, l’Addax dont un adulte se tient près de l’étang. Il s’agit d’une espèce d’antilope en voie de disparition. Son aire de répartition a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années.

Pourtant, cette gazelle peut s’adapter aux rudes conditions des ergs sahariens, ce qui lui permettait de couvrir les zones les plus arides allant de la Mauritanie au Soudan.

Aujourd’hui, il ne reste que de très petites populations isolées dans les zones les plus reculées du nord du Mali et au Niger. « Cette espèce très farouche a subi, et continue de subir dans les zones non protégées, une importante pression de chasse.

Il est à présent très rare de pouvoir l’observer dans la nature et la plupart des mentions proviennent d’observations indirectes, notamment de traces dans le sable », informe le commandant.

De nos envoyés spéciaux El Hadj Ibrahima THIAM, Oumar BA (textes) et Mbacké BA (Photos)

 

Last modified on mercredi, 22 juin 2016 11:06

Situé dans la périphérie de Saint-Louis, le Parc national de la Langue de Barbarie permet aux visiteurs de faire une excursion écologique. Cette étroite bande de terre qui sépare le fleuve Sénégal de l’océan Atlantique sur plusieurs kilomètres et pourtant méconnue du grand public, constitue un véritable îlot aux relents naturels à couper le souffle.

Tel un oasis à la lisière de la brousse, le Parc national de la Langue de Barbarie joue de ses couleurs et de ses charmes. Au-delà des arbres denses et impénétrables, les palmiers s'inclinent au vent. Sous leurs ombrages, dans la blancheur des dunes, s’offre au visiteur un spectacle naturel à la fois époustouflant et captivant. Un spectacle qui ne fait guère regretter à un citadin de Dakar de braver les 255 km qui le séparent de Saint-Louis. Le jeu en vaut la chandelle.

Le Parc de la Langue de Barbarie a été créé en 1976 pour principalement deux raisons. Il s’agissait d’abord de préserver des sites de ponte de tortues marines qui sont au nombre de quatre espèces, mais aussi de préserver un îlot de reproduction d’oiseaux d’eau, des oiseaux migrateurs pour l’essentiel, que le Sénégal partage avec le reste du monde. Le Parc s’étend sur 2000 hectares avec une partie continentale. Nous nous trouvons, en cette après midi de jeudi, dans la partie du fleuve du Sénégal, long de 15 km. La Langue de Barbarie est longue de 30 km. Elle quitte la Mauritanie, passe par la région de Saint-Louis et chute sur Louga.

Pourquoi Langue de Barbarie ? Deux versions se bousculent. La première voudrait que ce nom provienne du figuier de Barbarie, qu’on appelle « Gargua Mbossé » en wolof. En effet, un peuplement très dense du figuier de Barbarie est encore présent dans la zone. L’autre version, c’est que ce sont les Berbères qui venaient de la Mauritanie qui l’auraient surnommé langue des Berbères. A force de déformation, on en est arrivé à « langue de Barbarie ». Quelle est la bonne version ? On donne notre langue au chat, à l’image du commandant Moussa Fall, conservateur des lieux.

Trêve d’équivoque sur la véritable origine du nom du parc. Ce qui demeure constant est que les lieux renferment des charmes naturels qui restent intacts. En effet, la Langue de Barbarie constitue un site de ponte de tortues marines. Qui connait la tortue marine, sait qu’elle va toujours revenir pondre là où elle est née. De fait, cette bande de sable sert aux tortues de lieu de ponte par excellence. Si cette langue venait à « se ravaler », c’est toute une espèce qui serait menacée, car les tortues courent alors le risque de perdre leur lieu de ponte.

« L’ensemble des sept espèces de tortues marines qui existent dans le monde sont soient menacées ou très menacées. Des efforts de conservation sont entrepris, la Langue de Barbarie contribue à cet élan », informe le commandant Moussa Fall. L’autre spécificité est qu’il y a à peu près quatre à cinq espèces d’oiseaux appartenant principalement à la famille des labridés qui utilisent le site comme lieu de ponte et de reproduction. « Ils viennent pendant l’hiver européen, séjournent ici, avant de se reproduire. Elles accompagnent leurs progénitures pour leur apprendre à nager et à voler, et à la fin de l’hiver, elles retournent », informe le commandant. Effectivement, la menace plane toujours. La brèche a dépassé la limite Nord du parc. De quatre mètres de large, cette ouverture qui avait été faite pour sauver l’Île de Saint-Louis des inondations, s’est élargie jusqu’à atteindre 5,2 km selon les dernières estimations. Un gouffre qui, tel un cancer qui se métastase, est en train conquérir une bonne partie du parc.

Depuis que la brèche de Saint-Louis est ouverte, le parc est menacé
C’est ainsi que 300 mètres de plage ont été déjà engloutis par les eaux marines. « Cette brèche ne cesse de s’élargir. Elle est passée de quatre mètres à plus de cinq km de largeur, avalant 300 mètres de plage. Qu’est-ce que ce sera l’année prochaine ? 600, 400 mètres ? On ne sait pas encore. Cela signifie que nous perdons de la plage sur un site de ponte de tortues marines », se désole le commandant Fall.

Quand la brèche fera face à l’ilot, le risque de le perdre en sera d’autant plus avéré. Ce qui était même l’essence du parc va, dès lors, complètement disparaître. On verra alors un parc avec un nouvel équilibre, un parc marin en principe, si rien n’est fait pour bloquer cet agrandissement et ce déplacement. « Si la brèche continue vers le Sud, c’est l’îlot de reproduction des oiseaux qui sera enseveli par les eaux », informe t-il.

Toutefois, les autorités sont en train de réfléchir sur « un projet du brèche ». Un comité de pilotage est à cet égard logé à la Primature. Il regroupe l’ensemble des ministères concernés : la Pêche, l’Environnement, l’Intérieur et l’Agriculture. Tous ceux qui œuvrent dans le développent rural sont représentés au niveau de ce comité de pilotage. « Ce comité réfléchit sur différents scénarii, notamment sur comment prendre en compte les différentes problématiques », rassure le commandant.

Ce qui intéresse l’écologiste n’est pas cependant ce qui captive forcement le pêcheur. Le commandant Fall donne un exemple très illustratif de ce conflit d’intérêt à double tranchant. « Les pêcheurs de Guet Ndar, quand ils allaient en mer, prenaient le fleuve Sénégal. Ils faisaient deux fois trente kilomètres. A partir de Saint-Louis, ils longeaient la Langue de Barbarie jusqu’à Louga pour rentrer sur le fleuve et revenir sur Saint-Louis. Maintenant, ils font maximum juste dix kilomètres pour rentrer sur Saint-Louis. Pour ce pêcheur, il est hors de question qu’on ferme cette brèche », alerte t-il.

L’ancienne embouchure s’est colmatée. Du coup, c’est la brèche qui est devenue la nouvelle embouchure artificielle du fleuve Sénégal. Pour le pêcheur, il faut que la brèche reste parce que constituant un passage qui lui permet de faire le plus d’économie en carburant et en temps. Il s’impose, dès lors, un arbitrage de tous ces enjeux liés à cette problématique, pour ceux qui s’adonnent à l’agriculture, au maraichage. Avec les entrées massives d’eau de mer sur cinq kilomètres, l’eau devient de plus en plus saumâtre. L’embouchure qui était au Sud est maintenant au Nord du parc.

Un fleuve qui devient salé
Cette partie du fleuve ne fonctionne même plus comme un fleuve. « C’est à la limite une lagune qui est trop saumâtre ; ce qui, quelque part, engendre des effets positifs. Parce qu’il y a une prolifération des coquillages, notamment des arches (pagne en wolof) exploités par des femmes de la zone », souligne le commandant.
Le risque de voir des villages disparaitre était cependant avéré en un moment donné. Le village de Doun Baba Dièye avait d’ailleurs été rayé de la carte, mais il commence à réapparaitre.

« Vous savez, la mer, quand elle enlève du sable quelque part, elle le met ailleurs. Quand la brèche a dépassé le village de Doun Baba Dièye, elle s’est reconstruite. Aujourd’hui, les villageois sont en train de se réinstaller. Maintenant, il y a d’autres villages qui sont en face de ce canal. Si rien n’est fait, toutes ces localités sont vouées à disparaitre », alerte le commandant.

Ainsi, un réseau a été créé en 2007 pour essayer d’harmoniser les outils de gestion et les approches en Afrique de l’Ouest. Sur ce, l’ensemble des sites se trouvant sur le littoral et constituant des aires marines protégées ont fédéré leur énergie pour créer un cadre de concertation, d’échanges et de dialogue. Ces Etats ont la particularité de partager des ressources, des espèces migratrices en particulier, des oiseaux qui quittent l’Europe en général, arrivent dans leur quarter d’hiver et remontent la Mauritanie, le Cap-Vert et la Sierra Leone.

Ces oiseaux utilisent toute cet espace comme lieu de niche. « Si nous n’avons pas les mêmes politiques en matière de conservation, les efforts seront vains. Il faut rappeler que les oiseaux ne sont pas capturés et mis en cage, ils circulent là où Ils veulent. Nous sommes là pour que les conditions soient réunies. Nous sommes des gestionnaires de l’habitat de la faune aviaire et des tortues », rappelle le commandant Fall.

Les touristes viennent-ils suffisamment ?
Comme toutes les zones protégées du Sénégal, le parc reçoit des touristes. C’est une de ses vocations. En plus de la conservation, le parc promeut des activités de recréation et d’éducation environnementale. « Nous accueillons des touristes ; ce qui constitue des rentrées de devises pour le pays », note le commandant du parc. Tous ceux qui sont intéressés par les aires protégées y viennent, munis d’un permis de visite, en plus du ticket pour la balade en pirogue. La principale attraction du parc demeure l’îlot des oiseaux.

Après avoir été menacé par la montée des eaux, il recommence à gagner en superficie. Cela, grâce à des digues de protection réalisées avec le concours des bailleurs de fonds. « Quand la brèche a été ouverte, nous avons constaté une remontée des eaux au niveau du fleuve. Si rien n’était fait, l’îlot allait être enseveli. Nous avons réfléchi avec des partenaires techniques afin de voir comment l’endiguer. Dans ce cadre, des financements ont été octroyés à travers le Programme de micro financement du Fonds de l’environnement mondial. La dernière étape, c’était à travers le Programme de renforcement et de consolidation des acquis (Pcra) », explique Moussa Fall. 

Autre effet positif, des emplois « verts » sont créés à travers le guidage offert par les populations riveraines et qui ont été formées à ces techniques. Elles font office de guides touristiques. Globalement, l’îlot se porte bien aujourd’hui. La seule menace est que la brèche continue de progresser vers le Sud. Les visiteurs peuvent donc toujours observer les nids de reproduction d’oiseaux.

« C’est attrayant pour un touriste, c’est un spectacle impressionnant. En hivernage aussi, les tortues remontent », s’extasie le commandant. Une tortue qui remonte la plage n’a cependant pas intérêt à rencontrer un individu, sinon elle peut retourner en mer. « Nous évitons ainsi le phénomène de dérangement », note M. Fall.

Par ailleurs, le gestionnaire du parc envisage sous peu de mettre sur place une nurserie pour permettre aux bébés tortues d’avoir plus de chance de survie. Ce, à travers un aménagent artificiel. Ce site sera, à coup sûr, une attraction supplémentaire pour les touristes et les visiteurs.

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Tel un oasis à la lisière de la brousse, le Parc national de la Langue de Barbarie joue de ses couleurs et de ses charmes. Au-delà des arbres denses et impénétrables, les palmiers s'inclinent au vent. Sous leurs ombrages, dans la blancheur des dunes, s’offre au visiteur un spectacle naturel à la fois époustouflant et captivant. Un spectacle qui ne fait guère regretter à un citadin de Dakar de braver les 255 km qui le séparent de Saint-Louis. Le jeu en vaut la chandelle.

Le Parc de la Langue de Barbarie a été créé en 1976 pour principalement deux raisons. Il s’agissait d’abord de préserver des sites de ponte de tortues marines qui sont au nombre de quatre espèces, mais aussi de préserver un îlot de reproduction d’oiseaux d’eau, des oiseaux migrateurs pour l’essentiel, que le Sénégal partage avec le reste du monde. Le Parc s’étend sur 2000 hectares avec une partie continentale. Nous nous trouvons, en cette après midi de jeudi, dans la partie du fleuve du Sénégal, long de 15 km. La Langue de Barbarie est longue de 30 km. Elle quitte la Mauritanie, passe par la région de Saint-Louis et chute sur Louga.


Pourquoi Langue de Barbarie ? Deux versions se bousculent. La première voudrait que ce nom provienne du figuier de Barbarie, qu’on appelle « Gargua Mbossé » en wolof. En effet, un peuplement très dense du figuier de Barbarie est encore présent dans la zone. L’autre version, c’est que ce sont les Berbères qui venaient de la Mauritanie qui l’auraient surnommé langue des Berbères. A force de déformation, on en est arrivé à « langue de Barbarie ». Quelle est la bonne version ? On donne notre langue au chat, à l’image du commandant Moussa Fall, conservateur des lieux.

Trêve d’équivoque sur la véritable origine du nom du parc. Ce qui demeure constant est que les lieux renferment des charmes naturels qui restent intacts. En effet, la Langue de Barbarie constitue un site de ponte de tortues marines. Qui connait la tortue marine, sait qu’elle va toujours revenir pondre là où elle est née. De fait, cette bande de sable sert aux tortues de lieu de ponte par excellence.

Si cette langue venait à « se ravaler », c’est toute une espèce qui serait menacée, car les tortues courent alors le risque de perdre leur lieu de ponte. « L’ensemble des sept espèces de tortues marines qui existent dans le monde sont soient menacées ou très menacées. Des efforts de conservation sont entrepris, la Langue de Barbarie contribue à cet élan », informe le commandant Moussa Fall. L’autre spécificité est qu’il y a à peu près quatre à cinq espèces d’oiseaux appartenant principalement à la famille des labridés qui utilisent le site comme lieu de ponte et de reproduction.

« Ils viennent pendant l’hiver européen, séjournent ici, avant de se reproduire. Elles accompagnent leurs progénitures pour leur apprendre à nager et à voler, et à la fin de l’hiver, elles retournent », informe le commandant. Effectivement, la menace plane toujours. La brèche a dépassé la limite Nord du parc. De quatre mètres de large, cette ouverture qui avait été faite pour sauver l’Île de Saint-Louis des inondations, s’est élargie jusqu’à atteindre 5,2 km selon les dernières estimations. Un gouffre qui, tel un cancer qui se métastase, est en train conquérir une bonne partie du parc.

Depuis que la brèche de Saint-Louis
C’est ainsi que 300 mètres de plage ont été déjà engloutis par les eaux marines. « Cette brèche ne cesse de s’élargir. Elle est passée de quatre mètres à plus de cinq km de largeur, avalant 300 mètres de plage. Qu’est-ce que ce sera l’année prochaine ? 600, 400 mètres ? On ne sait pas encore. Cela signifie que nous perdons de la plage sur un site de ponte de tortues marines », se désole le commandant Fall.

Quand la brèche fera face à l’ilot, le risque de le perdre en sera d’autant plus avéré. Ce qui était même l’essence du parc va, dès lors, complètement disparaître. On verra alors un parc avec un nouvel équilibre, un parc marin en principe, si rien n’est fait pour bloquer cet agrandissement et ce déplacement. « Si la brèche continue vers le Sud, c’est l’îlot de reproduction des oiseaux qui sera enseveli par les eaux », informe t-il.

Toutefois, les autorités sont en train de réfléchir sur « un projet du brèche ». Un comité de pilotage est à cet égard logé à la Primature. Il regroupe l’ensemble des ministères concernés : la Pêche, l’Environnement, l’Intérieur et l’Agriculture. Tous ceux qui œuvrent dans le développent rural sont représentés au niveau de ce comité de pilotage. « Ce comité réfléchit sur différents scénarii, notamment sur comment prendre en compte les différentes problématiques », rassure le commandant.

Ce qui intéresse l’écologiste n’est pas cependant ce qui captive forcement le pêcheur. Le commandant Fall donne un exemple très illustratif de ce conflit d’intérêt à double tranchant. « Les pêcheurs de Guet Ndar, quand ils allaient en mer, prenaient le fleuve Sénégal. Ils faisaient deux fois trente kilomètres. A partir de Saint-Louis, ils longeaient la Langue de Barbarie jusqu’à Louga pour rentrer sur le fleuve et revenir sur Saint-Louis. Maintenant, ils font maximum juste dix kilomètres pour rentrer sur Saint-Louis. Pour ce pêcheur, il est hors de question qu’on ferme cette brèche », alerte t-il.

L’ancienne embouchure s’est colmatée. Du coup, c’est la brèche qui est devenue la nouvelle embouchure artificielle du fleuve Sénégal. Pour le pêcheur, il faut que la brèche reste parce que constituant un passage qui lui permet de faire le plus d’économie en carburant et en temps. Il s’impose, dès lors, un arbitrage de tous ces enjeux liés à cette problématique, pour ceux qui s’adonnent à l’agriculture, au maraichage. Avec les entrées massives d’eau de mer sur cinq kilomètres, l’eau devient de plus en plus saumâtre. L’embouchure qui était au Sud est maintenant au Nord du parc.

Un fleuve qui devient salé
Cette partie du fleuve ne fonctionne même plus comme un fleuve. « C’est à la limite une lagune qui est trop saumâtre ; ce qui, quelque part, engendre des effets positifs. Parce qu’il y a une prolifération des coquillages, notamment des arches (pagne en wolof) exploités par des femmes de la zone », souligne le commandant.
Le risque de voir des villages disparaitre était cependant avéré en un moment donné. Le village de Doun Baba Dièye avait d’ailleurs été rayé de la carte, mais il commence à réapparaitre.

« Vous savez, la mer, quand elle enlève du sable quelque part, elle le met ailleurs. Quand la brèche a dépassé le village de Doun Baba Dièye, elle s’est reconstruite. Aujourd’hui, les villageois sont en train de se réinstaller. Maintenant, il y a d’autres villages qui sont en face de ce canal. Si rien n’est fait, toutes ces localités sont vouées à disparaitre », alerte le commandant.

Ainsi, un réseau a été créé en 2007 pour essayer d’harmoniser les outils de gestion et les approches en Afrique de l’Ouest. Sur ce, l’ensemble des sites se trouvant sur le littoral et constituant des aires marines protégées ont fédéré leur énergie pour créer un cadre de concertation, d’échanges et de dialogue. Ces Etats ont la particularité de partager des ressources, des espèces migratrices en particulier, des oiseaux qui quittent l’Europe en général, arrivent dans leur quarter d’hiver et remontent la Mauritanie, le Cap-Vert et la Sierra Leone. Ces oiseaux utilisent toute cet espace comme lieu de niche.

« Si nous n’avons pas les mêmes politiques en matière de conservation, les efforts seront vains. Il faut rappeler que les oiseaux ne sont pas capturés et mis en cage, ils circulent là où Ils veulent. Nous sommes là pour que les conditions soient réunies. Nous sommes des gestionnaires de l’habitat de la faune aviaire et des tortues », rappelle le commandant Fall.

Les touristes viennent-ils suffisamment ?
Comme toutes les zones protégées du Sénégal, le parc reçoit des touristes. C’est une de ses vocations. En plus de la conservation, le parc promeut des activités de recréation et d’éducation environnementale. « Nous accueillons des touristes ; ce qui constitue des rentrées de devises pour le pays », note le commandant du parc. Tous ceux qui sont intéressés par les aires protégées y viennent, munis d’un permis de visite, en plus du ticket pour la balade en pirogue. La principale attraction du parc demeure l’îlot des oiseaux. Après avoir été menacé par la montée des eaux, il recommence à gagner en superficie. Cela, grâce à des digues de protection réalisées avec le concours des bailleurs de fonds.

« Quand la brèche a été ouverte, nous avons constaté une remontée des eaux au niveau du fleuve. Si rien n’était fait, l’îlot allait être enseveli. Nous avons réfléchi avec des partenaires techniques afin de voir comment l’endiguer. Dans ce cadre, des financements ont été octroyés à travers le Programme de micro financement du Fonds de l’environnement mondial. La dernière étape, c’était à travers le Programme de renforcement et de consolidation des acquis (Pcra) », explique Moussa Fall.

Autre effet positif, des emplois « verts » sont créés à travers le guidage offert par les populations riveraines et qui ont été formées à ces techniques. Elles font office de guides touristiques. Globalement, l’îlot se porte bien aujourd’hui. La seule menace est que la brèche continue de progresser vers le Sud. Les visiteurs peuvent donc toujours observer les nids de reproduction d’oiseaux. « C’est attrayant pour un touriste, c’est un spectacle impressionnant. En hivernage aussi, les tortues remontent », s’extasie le commandant. Une tortue qui remonte la plage n’a cependant pas intérêt à rencontrer un individu, sinon elle peut retourner en mer. « Nous évitons ainsi le phénomène de dérangement », note M. Fall.

Par ailleurs, le gestionnaire du parc envisage sous peu de mettre sur place une nurserie pour permettre aux bébés tortues d’avoir plus de chance de survie. Ce, à travers un aménagent artificiel. Ce site sera, à coup sûr, une attraction supplémentaire pour les touristes et les visiteurs.

De nos envoyés spéciaux :
El Hadji Ibrahima THIAM et Oumar BA (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on vendredi, 17 juin 2016 15:35

Un hacker russe a piraté 272 millions d’adresses mail pour les revendre au marché noir, accompagnées des données personnelles des titulaires des comptes. Il s’agirait d’un des plus grands détournements de données de ce type. Parmi les services de messagerie concernée par cette faille de sécurité, on trouve des plateformes utilisées dans le monde entier, comme Yahoo ou Gmail. Vendus pour un euro symbolique.

C’est la société Hold Security qui a repéré le piratage, raconte Reuters. Sur des forums spécialisés, le pirate se vantait en effet d’avoir à sa disposition près d’un milliard de comptes mail à vendre, qui lui avaient au passage permis de voler des milliers de données personnelles. Plus intéressé par la gloire que par le profit, le hacker proposait l’ensemble pour un euro.

Hold Security aurait alors réussi à récupérer une grande partie des informations volées en flattant le Russe à travers des messages admiratifs sur les forums fréquentés par le voleur. En effet, la société de sécurité informatique refuse par principe toute transaction avec les hackers.

Par le surfeur

Un modèle de main artificielle développé par le Darpa (Agence américaine des projets de recherche avancés sur la défense) a été présenté, ce mercredi, au Pentagone (États-Unis). Johnny Matheny, le porteur de la prothèse, contrôle cette dernière avec son cerveau, qui envoie un message à ses nerfs puis au membre artificiel. Après des débuts difficiles, le blessé maîtrise maintenant beaucoup mieux l’engin noir et métallique. « Au début, il faut penser assez fort pour réussir chaque mouvement mais maintenant ça me vient naturellement, je n’ai même pas à y penser », explique Johnny Matheny.

Avec plus de 1.600 soldats américains amputés pendant les guerres d’Irak et d’Afghanistan, le département de la Défense américain et son agence de recherche se sont logiquement investis dans le développement de projets pour aider les mutilés. Dont des prothèses innovantes, comme celles permettant de retrouver le sens du toucher.

Le modèle utilisé par Johnny Matheny, lui, s’accroche directement sur un socle métallique placé chirurgicalement sur l’os du bras, là où il a été coupé. Toujours à l’état expérimental, la prothèse n’a pas encore reçu toutes les autorisations réglementaires.

Par le surfeur

Les 5 alliés de votre transit

20 Mai 2016
1193 times

Quinze à 35 % des adultes seraient régulièrement sujets à la constipation, les femmes étant les premières touchées. Pour venir à bout de ce désagrément, des aliments adaptés et un minimum d'activité physique suffisent souvent. Voici cinq conseils pour restaurer le transit intestinal.

La digestion n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Le stress, les changements de mode de vie ou d'alimentation, ainsi que certaines périodes de la vie (grossesse, ménopause), peuvent perturber le transit intestinal. Avec pour conséquences inconfort abdominal, ballonnements et constipation, surtout chez les femmes… Heureusement dans la plupart des cas, quelques mesures simples permettent de tout remettre en ordre.

Diversifiez les sources de fibres
En plus de contrôler l'appétit, les fibres augmentent le volume des selles en retenant l'eau dans l'intestin, ce qui accélère le transit. Or, notre alimentation contient généralement trop peu de fibres : en moyenne, nous en consommons 6 à 20 g par jour, alors que les apports recommandés sont de 30 g au moins.

Pour corriger le tir, il est conseillé d'augmenter la consommation de céréales complètes, par exemple en choisissant du pain complet, qui apporte trois fois plus de fibres que le pain blanc.
Autre source majeure de fibres : les légumes secs, dont la consommation a été divisée par dix en un siècle ! Lentilles, haricots blancs ou rouges, pois chiches contiennent 10 à 15 % de fibres végétales (contre 9 % pour le pain complet) en plus d'une forte teneur en protéines. Les noix et fruits secs (abricots, pruneaux, figues) sont aussi de bonnes options.

Mais si les fibres sont un bon remède à la constipation passagère, il faut toutefois augmenter leur consommation de façon graduelle, car leur fermentation dans le tube digestif risque d'entraîner des ballonnements.

Des fruits et légumes frais tous les jours
On ne le dira jamais assez, il faut manger cinq  fruits et légumes par jour ! Outre leurs apports en vitamines et minéraux, les fruits et surtout les légumes frais sont une bonne source de fibres. Ils facilitent également le transit intestinal grâce à leur teneur en eau et en éléments naturellement « laxatifs », comme le sorbitol. En cas de constipation, mangez donc sans compter salades, melon, agrumes, légumes verts (courgettes, épinards, poireaux…).
Mais attention aux crudités ! En cas de ballonnements, privilégiez les légumes cuits, plus faciles à digérer.

L'hydratation, alliée incontournable du transit
En cas de constipation, il ne faut pas hésiter à boire encore plus que d'habitude. Une bonne hydratation permet d'augmenter le volume du contenu intestinal et de favoriser la régularité des selles.

En plus des fruits et légumes frais, qui contiennent entre 80 et 95 % d'eau, il est conseillé de boire chaque jour un à deux litres de boissons non sucrées et non gazeuses : eau, tisanes, soupes… Les eaux de source riches en magnésium sont également à privilégier pour leur effet laxatif naturel.

Les probiotiques ont fait leur preuve
Les gastro-entérologues parlent de plus en plus des bienfaits des probiotiques. Ces micro-organismes vivants ont un effet bénéfique sur le système digestif, puisqu'ils viennent renforcer la flore déjà présente dans notre intestin, constituée de quelques 100 000 milliards de bactéries indispensables à la digestion ! Chaque probiotique a son action propre, certains ayant prouvé leur efficacité contre la diarrhée, les allergies, l' intolérance au lactose… D'autres ont fait leurs preuves dans le traitement du syndrome de l'intestin irritable, caractérisé par des maux de ventre et des troubles du transit. Au quotidien, on trouve des probiotiques dans les produits laitiers, les plus "célèbres" étant les lactobacillus et les bifidobactéries. Ainsi, pour faciliter le transit, la consommation régulière de yaourts et de laits fermentés est une habitude à prendre.

Faites travailler les abdos !
Si une bonne alimentation est nécessaire pour lutter contre la constipation, il ne faut pas pour autant négliger le sport. C'est prouvé : l'activité physique stimule le transit intestinal, en particulier lorsque les muscles abdominaux sont sollicités. En pratique, il est conseillé de faire chaque jour au minimum l'équivalent de 30  minutes de marche rapide. Tous les choix sont possibles, à commencer par le jogging, la natation et tout ce qui renforce la sangle abdominale.
Sources :

http://www.doctissimo.fr/

Abdoul Mbaye : un ACT amer

20 Mai 2016
1210 times

Abdoul Mbaye, 63 ans, a lancé l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act) afin de conquérir le pouvoir. Pour 2019, c’est le candidat que l’on n’attendait certainement pas. Et pour cause ! Invité de l’émission « Les Affaires de la cité » de la Tfm alors qu’il était encore Premier ministre, il avait confié sur le ton de la certitude : «Ce que je sais, c’est que je suis au service d’une ambition présidentielle : il s’agit de Son Excellence le Président Macky Sall. Il est là pour cinq ans. Premier ministre ou pas – prenez bonne note de ce que je vous dis –, je l’aiderai à se faire réélire et à rester dix ans. Alors au bout de dix ans, moi, je serai suffisamment vieux pour aller cette fois définitivement à la retraite dont on m’a tiré il y a quelques années ». On avait pris bonne note, mais le voilà qui nous oblige à défiler les pages de notre bloc-notes pour retrouver les mots de son engagement en faveur du président Macky Sall.

C’est pourquoi on ne lui pardonne pas, dans les cercles du pouvoir, d’avoir défié l’APR et son patron ? Les attaques contre l’ancien Premier ministre sont rudes. Au beffroi. Une manière, sans doute, de lui signifier que le monde de la politique est très éloigné des salons feutrés de la finance. Un homme averti… Abdoul Mbaye, né le 13 avril 1953 à Dakar, est un homme d'affaires, banquier et désormais homme politique sénégalais qui a occupé les fonctions de directeur général de la Banque de l'habitat du Sénégal (BHS), de la Banque sénégalo-tunisienne (BST) et d'Attijari Bank du Sénégal avant d'être nommé Premier ministre par le président de la République Macky Sall le 3 avril 2012. Il est limogé le 1er septembre 2013.

Par Sidy DIOP

Ce brillant chercheur, la quarantaine, Agrégé de parasitologie et mycologie, ancien interne des hôpitaux de Dakar, est le co-inventeur de « Illumigene Malaria », un test révolutionnaire permettant de traquer le plus plasmodium et de confirmer les cas de paludisme en moins d’une heure.

En voilà un exemple de chercheur sénégalais qui trouve. En mettant au point « Illumigene Malaria », un test rapide de diagnostic du paludisme, le Pr Daouda Ndiaye fait mentir cette boutade qui veut qu’au Sénégal, des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Il a fallu dix ans de labeur et de recherche à ce natif de Guinaw-Rail, dans le département de Pikine, pour mettre au point ce test qui, à coup sûr, va révolutionner le traitement du paludisme qui continue de faire des millions de morts à travers le monde. « Ce test a été mis au point en collaboration avec la compagnie Meridian By Science basée à Cincinnati aux Etats-Unis et le Cdc Atlanta. Reposant sur la biologie moléculaire, il permet d’avoir un résultat confirmatif à 100% en détectant la présence ou non de la plus petite parasite dans le sang et sans risques d’erreurs », explique-t-il.

Contre la fuite des cerveaux
Trouvé dans son bureau au Laboratoire parasitologie et mycologie de l’hôpital Aristide le Dantec dont il est le chef, l’homme dégage une intelligence et une humilité dont on ne peut être qu’admiratif. Son CV, aussi long que le bras, qui tient sur une cinquantaine de pages, en donne une idée. Le local est à l’image de son occupant : tout y respire sérénité. La toge universitaire rouge pourpre fièrement accrochée par-là, des tableaux avec des écritures coraniques par-ci, des photos personnelles de l’autre côté, sans oublier cette table de bureau qui croupit sous le poids des livres et des documents bien rangés, bref le décor de l’antre de cette bête de travail ne manque pas d’interpeler le visiteur. Rasé de près, le débit rapide, le gestuel mesuré, ce Professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop, au moment où certains universitaires et chercheurs sénégalais prennent le chemin des pays occidentaux pour monnayer leur savoir, a préféré emprunter la voie inverse pour mettre ses compétences au service de son pays. Ce, alors qu’un juteux poste lui tendait les bras à l’université de Harvard aux Etats-Unis. « En termes d’avantages financiers, sociaux et économiques entre les Etats-Unis et le Sénégal, c’est le pays de l’Oncle Sam qui l’emporte de loin. Mais rester aux Etats Unis aurait signifié trahir mes idéaux et mes principes et probablement passer à côté de mon destin. Quand je partais, c’était pour revenir au Sénégal et contribuer à la lutte contre le paludisme », dit-il la voix ferme. Malgré l’insistance de l’université de Harvard pour le retenir, le Pr Ndiaye a donc refusé de céder. En fait, même tout l’or du monde ne lui aurait pas fait changer d’avis. Lui, l’originaire de la banlieue de Dakar où le paludisme, jusqu’à une certaine époque, tuait à grand trait, maladie dont lui-même a failli mouriren l’ayant plongé dans le coma pendant quelques heures, ce n’est pas donc lui qui va gonfler le rang de ces compatriotes partis sous des cieux plus cléments. « Je ne suis pas adepte de la fuite des cerveaux. J’estime que quand on connaît son métier, on a le boulot qu’on veut. Avec mes compétences et mon expertise, je suis plus utile aux Sénégalais qu’aux Américains», renchérit-il.

Dès le début, l’ambition du Pr Daouda Ndiaye était claire. Il en a fixé le cap et s’est donné les moyens de la réaliser : devenir médecin, avoir ainsi les arguments scientifiques et médicaux qui lui permettent de lutter contre ce parasite. « C’est peut-être prétentieux, mais abréger la souffrance des populations de Pikine était devenu ma préoccupation. Cet engagement m’a toujours guidé. Je me suis dit que le jour où je parviendrai à faire en sorte qu’aucun enfant né à Pikine ne meurt de paludisme, à travers un groupe de collaboration, un consortium, un groupe d’experts, j’aurais atteint mon objectif ». En voyant aujourd’hui son projet aboutir, le Pr Daouda Ndiaye a gagné son pari et c’est non sans fierté qu’il en parle. Et quand il le fait, on sent un homme qui a soif, un homme déterminé et prêt à aller toujours plus loin.

Né au début des années 1970 à Pikine, le Pr Ndiaye a un parcours qui fait honneur à sa grande taille. Le fait d’être issu d’une famille nombreuse et très modeste n’a jamais été un handicap pour celui qui, très tôt, a développé une précocité intellectuelle. Sa scolarité sans aspérités le prouve. De l’école 8 de Pikine à la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en passant par le lycée Limamoulaye de Guédiawaye, Daouda Ndiaye a toujours squatté les premières places. C’est ainsi que de la première à la dernière année de la Fac, il a toujours validé son passage dès la session de juillet. Il sort major de sa promotion en 1997 et réussit dans la foulée le concours d’internat. Fait notable, il est le seul étudiant, cette année-là, à avoir été reçu. Malgré ce pedigree, Daouda Ndiaye se refuse à toute forfanterie. « Grâce à Dieu, je n’ai jamais eu d’anicroches dans mes études. Et Quand j’ai réussi à ce concours, j’ai compris la chance que j’avais entre mes mains. J’ai décidé de l’exploiter parce que les portes s’ouvraient devant moi. En effet, quand on est interne des hôpitaux, on peut choisir la discipline qu’on veut et on a la chance d’être un jour enseignant à l’université », confie-t-il.

Formation entre les Etats Unis et le Sénégal
 Soif de connaissances, Daouda, une fois son arrêté d’ancien Interne des hôpitaux reçu en 2000, s’inscrit en Dea à la Faculté des Sciences pour décrocher un diplôme de spécialisation en recherche qui n’existait pas encore à la Faculté de Médecine. Son parchemin en poche, il est sélectionné pour subir une formation entre les Etats-Unis et le Sénégal. En 2010, il est Agrégé et Professeur des universités depuis 2014. Ce parcours lisse, le Pr Daouda Ndiaye le met au crédit de sa maman, « une femme formidable », qui, en l’absence du père de famille disparu alors que Daouda n’avait que neuf ans, a, malgré son analphabétisme, très tôt compris l’importance des études. « Pour faire plaisir à notre maman, il fallait juste bien travailler à l’école. Nous étions dans le dénuement, mais elle n’a jamais demandé de l’aide, elle a fait de nous des personnes fières. C’est pourquoi je ne cesserai jamais de lui rendre hommage. Le meilleur atout pour un homme, c’est sa maman. Quand on s’y adosse, il y a de fortes chances qu’on réussisse dans la vie », confesse-t-il la voix émue. En tout cas, lui a su s’y adosser avec bonheur.

Par Elhadji Ibrahima THIAM


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