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Au fil de la vie (17)

Le marché des fleurs demeure très hermétique au Sénégal. Une activité qui a souvent cours au sein de familles qui se sont passé le mot de père en fils. Aussi improbable que cela puisse paraître l’activité rapporte.

Abdou Sène s’active avec ardeur dans son jardin de 600 m², hérité de son père situé à Camberène. Il s’est levé dès l’aurore. Il s’adonne à des va-et-vient, muni de ses deux arrosoirs, dans le but d’asperger ses plantes. Des sèmes qui méritent « précaution et attention », souligne-t-il. Abdou est un jardinier fleuriste. Il est un amoureux de la nature. Son métier, il l’exerce avec passion et exigence depuis plus de quinze ans déjà. Il décrit ses journées comme étant longues et souvent fatigantes. Abdou travaille debout, dans le froid et l’humidité, conditions essentielles à la conservation des fleurs et végétaux. Il soulève parfois des pots très lourds. Il transporte des seaux d’eau et des sacs de terreau. « Devenir fleuriste réclame d’aimer le travail manuel délicat et avoir un minimum de force physique et d’endurance, pour s’adonner à des corvées parfois très pesantes », souligne-t-il. Le travail à mains nues, dans l’eau et la terre, manipulant souvent des épines, est parfois difficile.

Commerçant, le fleuriste doit mettre en avant son savoir-faire et se montrer polyvalent pour réussir. À la fois artiste, botaniste et gestionnaire, il propose des compostions florales adaptées à chaque événement, gère l’organisation de son jardin et conseille sa clientèle. Cette approche permet de fidéliser les acheteurs. «Les prix des plantes varient selon leur taille et leur résistance. Un cocotier de deux mètres peut coûter 60.000 FCfa et ceux qui sont dans les pots sont plus en sécurité et coûtent donc plus chers». Le prix des fleurs varie entre 50 et 200 FCfa pour les saisonnières, les arbustes coûtent entre 500 à 2500 FCfa et les palmiers entre 60.000 à 250.000 FCfa », révèle-t-il.

Le fleuriste est avant tout un technicien possédant de solides connaissances en horticulture et en botanique. Son savoir-faire lui permet d’apporter les soins spécifiques adaptés à chaque variété de plantes et de d’apporter des conseils personnalisés à sa clientèle. « La créativité du fleuriste est primordiale car ses compositions florales doivent être originales et adaptées à chaque occasion, tout en restant dans la tendance du moment. Il doit mettre en avant son style personnel pour attirer la clientèle », note-t-il. En plus de son travail champêtre, Abdou fait preuve d’une aptitude à la gestion et d’un véritable sens de l’organisation, notamment pour tenir les comptes, gérer les stocks et suivre les commandes. De la patience et un bon relationnel forment les qualités essentielles de ce commerçant. L’accueil et le contact avec les clients doivent dès lors être un plaisir partagé, un moment agréable et convivial, souligne-t-il, tout sourire, après avoir fini de vendre à une de ses clientes. « Le contact humain est primordial et gratifiant, les gens apprécient toujours de recevoir des fleurs en cadeau et associent les fleurs au plaisir et à la fête », témoigne Nadine, une ressortissante française âgée de 70 ans trouvée sur les lieux en train de s’approvisionner en fleurs.

Fleuriste, un métier exigeant
Un fleuriste se lève généralement à l’aube afin de s’approvisionner chez les jardiniers. Les premiers arrivés profiteront d’un plus grand choix de végétaux de meilleure fraîcheur et pourront faire de bonnes affaires. Après la réception des livraisons, il faut rempoter, tailler, arroser, lutter contre les parasites et veiller à la bonne conservation des fleurs et plantes. «Une fois arrivé sur les lieux, nous sortons toutes les plantes à l’extérieur du jardin pour montrer que l’on est ouvert. Ensuite nous vérifions chaque composition, pour voir si il n’y a rien de fané. On jette aussi un coup d’œil aux plantes pour vérifier qu’elles ne manquent pas d’eau. Après on regarde s’il y a des commandes à faire, si oui nous les effectuons. Il arrive que nous créons des compositions pour la vente », informe Géraldine, vendeuse de fleurs et objets de décoration en centre-ville, sur l’avenue Jean Jaurès.

« Quand nous avons des acheteurs, nous coupons toutes les tiges et mettons chaque variété de fleurs en vases préalablement nettoyées. Nous fixons les prix, puis nous les disposons sur les vases et les pots », note-t-elle. Quid des prix ? Ils varient selon la plante.

La fourchette est comprise entre 50.000 FCfa jusqu’à 300.000 FCfa voire plus. «Les ventes ne sont pas régulières. On peut rester des jours sans voir un client. Et parfois, il nous arrive de gagner plus de 600.000 FCfa à l’occasion des fêtes notamment», fait-elle savoir. Une clientèle essentiellement composée de ressortissants occidentaux, souligne-t-elle.

Plus qu’un commerçant, un fleuriste est un artiste. Grâce à une excellente connaissance de la botanique, il crée des bouquets et des présentations florales pour décorer un intérieur, pour offrir ou pour célébrer un événement. Il maîtrise la botanique et l’horticulture, il peut informer, conseiller et surtout vendre.

«Le fleuriste a plusieurs cordes à son arc. Ses compétences sont multiples et ses rôles aussi riches que variés. Parce bien souvent il travaille seul, le fleuriste va sélectionner les fleurs et les plantes qu’il commercialisera ou qu’il utilisera pour réaliser ses présentations florales et ses bouquets. Cette sélection dépend de la demande des clients », informe Sébastien qui tient boutique sur l’avenue William Pontty. Le fait de réaliser des présentations florales et des bouquets tout en s’adaptant aux exigences du client est important. «En effet, les demandes sont différentes à la Toussaint, au moment de la fête des Mères, à Noël; d’où la nécessité d’avoir de très bonnes connaissances en botanique ou en horticulture », souligne-t-il. Ces dernières vont permettre au fleuriste de mieux choisir les fleurs et les plantes qui entreront dans la composition d’une présentation florale ou d’un bouquet. «Ces connaissances aideront aussi le professionnel à mieux entretenir les végétaux et à conseiller les clients. Faire preuve de créativité permet de se distinguer de ses concurrents », relève-t-il.

Devenir Fleuriste, qualités requises
Cette activité a commencé à Dakar vers les années 1960 avec des expatriés. Le marché des fleuristes est souvent autofinancé par les gens qui y travaillent. Selon Sébastien, pour devenir fleuriste, il faut impérativement faire une formation. Une passion pour les fleurs et les plantes est un réel atout mais c’est insuffisant pour pouvoir exercer ce métier.

Le fleuriste doit à la fois être vendeur, gestionnaire et conseiller. Il doit avoir les connaissances nécessaires pour gérer son commerce. Ce qui inclut la gestion des stocks la comptabilité mais aussi le suivi des commandes. Le fleuriste doit aussi avoir un esprit créatif et une touche d’authenticité. Il doit faire face aux besoins des clients et savoir vendre le traditionnel bouquet de roses. Enfin les fleuristes doivent avoir des qualités humaines. Ils sont au cœur des évènements heureux comme malheureux. « On fait appel à eux pour envoyer un bouquet à l’être aimé, fleurir un mariage, mais aussi pour réaliser une couronne pour un enterrement ou pour fleurir une tombe », rappelle Géraldine.

Par Oumar BA

Son métier, creuser des fosses pour enterrer des corps sans vie. En effet, il gagne son pain sur le dos des morts. Immersion dans le milieu des « promoteurs immobiliers » d’outre-tombe où on trimballe notre plume pour déterrer des histoires de vie construites autour d’un mystère, la mort.

Conformément à l’article 77 du code civil, le gardien du cimetière de Hann Yarakh est autorisé à laisser inhumer le corps. Sur ces mots, il se lève de la chaise où il était adossé pour prendre la pelle cachée derrière la porte d’entrée du cimetière. Retourner à l’envers, deux coups pour bien serrer la tête. Quelques pelletées, le fossoyeur achève le creusement de la fosse.

Un petit corps raide bien ficelé déposé sur la table d’entrée qui sert d’habitude pour la collecte des aumônes. Une petite vérification pour se prémunir de toutes les éventualités, il est aussitôt plongé dans un trou automatiquement refermé. Quelques pelletées de sable ont suffi pour recouvrir la tombe de ce petit être qui n’a pu séjourner sur terre que 48 heures, après neuf longs mois de grossesse. Sans pierre tombale ni de tableau, il est classé dans le cercles des corps anonymes. Bébé n’a pas attendu d’être baptisé. En entendant, il se contentera du monticule de sable frais qui témoigne de la récence de sa nouvelle demeure. Son père venu l’inhumer avec ses trois amis ou parents aurait souhaité le voir courir dans les quatre coins de la maison, mais Dieu en a décidé autrement. Quoi de plus gai qu’un enterrement, dis-moins, celui d’un enfant. Sauf que son petit passage permettra au vieux Talla Mbaye de récolter un billet de 1.000 FCFA.

Un métier qui n’est pas de tout luxe
Le métier de fossoyeur n’est pas de tout luxe. Ceux qui le pratiquent, du moins ceux rencontrés, avouent y être entrés par accident. D’autres l’ont hérité de leur père. Passant la plupart de son temps à l’entrée des cimetières où le silence des morts se la dispute avec le gazouillement des oiseaux. Il est entre le monde immobile des cimetières et celui des vivants des alentours qui s’emballe dans une confusion de musiques cacophoniques. Les coups de marteaux des mécaniciens qui longent le mur des cette clôture, le bruit des machines à soudure, les cris des enfants qui, en ce week-end, jouent au ballon rond, affrontant les véhicules qui surgissent des deux voix de la route, viennent s’ajouter au désordre bruyant. Ont-ils oublié qu’ils sont à deux pas des cimetières ? « Je n’ai jamais voulu exercer ce métier. C’est le bon Dieu qui en a décidé ainsi », avoue-t-il. Son métier de fossoyeur donc, un coup du hasard et les largesses du destin. Par le biais de l’ancien gardien des cimetières de Hann, son ami, il avait hérité de ce métier comme il aurait hérité de la femme du défunt ami, à sa sortie bien évidemment de deuil. « D’ailleurs, quand le crépuscule se dessinait, je pliais bagage », d’après quelques réminiscences d’un « grand » fossoyeur qui a pelleté un peu partout dans le sable de cette citadelle du silence. Pourtant, il n’a pas encore déterré quelques trésors, sinon se contenter de la générosité des accompagnants de ses nouveaux « locataires ». « Nous faisons du bénévolat. C’est aux familles des défunts de voir ceux qu’ils peuvent donner. Parfois, ils organisent une petite quête en guise d’aumône, sinon on ne veut pas imposer une somme à des gens en situation de détresse », selon M. Mbaye sur les modalités de payement.

Cap aux Cimetières de Yoff. Un mur qui s'allonge et qui n'en finit pas de s'allonger. Un kilomètre de longueur et cent mètres de largeur. De quoi enterrer tout ce beau monde tombé sous le coup de l'ange de la mort qui ne distingue pas le nouveau-né de l'adulte encore moins des vieilles personnes. Il exécute la mission divine, comme le soldat sur le champ de bataille, emportant parfois de justesse des âmes à la jeunesse écourtée, aux bonheurs apostrophés aux rêves jamais réalisés laissant donc sur son chemin une vague de tristesse. A l’intérieur, le murmure des arbres sur le passage semble soudain donner à l’endroit un caractère apeurant. De nombreuses tombes... aux vieilles gravures à moitié effacées. « Repose en paix », « prier pour le repos de son âme », « al fatiha plus onze lihlass »...des mots parfois écrits en arabe pour bien enterrer son mort.

Autant en apporte l'inspiration et le poids social
Comme dans la vie quotidienne, les rangs sociaux se définissent. Trois quartiers se dessinent ainsi. Avec ironie, cela donne la bourgeoisie avec des mausolées qui peuvent coûter jusqu’à 250.000 FCfa, la classe moyenne aux logements de briques superposées parfois carrelés ou coquillés et un ghetto où les morts résidants vont se contenter des monticules de sables et de tableaux en fer plus accessible que le marbre pour graver leurs noms. Pas d’autorisation de construire qui leur coutera 14.000 FCfa ni un tableau de marbre de 15 centimètres sur 30 encore moins de 30 centimètres sur 30 qui reviendront à 5.000 ou 10.000 FCFA. Section 1 jusqu'à 56, séries une jusqu’à X, du premier enterré au dernier, des hommes tus à jamais mais des tombes qui parlent par leurs structures.

 En effet, autour de ces « départs » vers d’autres cieux, tourne une sorte de débrouille, celle de la mort. Elle n'est pas de tout luxe encore moins rentable. Sinon, le seul recours de survie pour des pères de famille qui n’ont que ça à faire.

En cet après-midi de samedi, les retombées des tombes pour faire vivre les foyers ne sont pas trop significatives. Un seul corps qui débarque depuis ce matin. Avant même son arrivée, le trou est déjà ouvert. Les proches l’ont devancé pour lui tracer une demeure moins chère que celles qui se dressent sur terre. Trois mille francs CFA à se partager entre deux voire plus, ici les tarifs sont définis et connus par la plupart. « Les trois mille francs sont facturés au petit matin pour permettre aux fossoyeurs de prendre leur petit déjeuner. Sinon, il arrive que des gens sollicitent vos services sans que vous ayez reçu rien au retour », renseigne, Bacary Koly qui, depuis 1998, est dans ce métier. Etant le plus ancien parmi les dix-sept (17) fossoyeurs qui interviennent dans ces cimetières de Yoff, il a longtemps porté le combat de la valorisation de leurs métiers de « Baye pelle » jusqu’ici en vain. Ancien boulanger, il a embrassé ce métier par hasard. D’abord gardien devant la porte des cimetières, son contrat s’était épuisé quatre ans après. A nouveau au chômage, il avait rejoint le cercle restreint des gens qui gagnent leur pain sur le dos des morts. Au bord de la retraite, son enfant a déjà fait cinq ans à ses côtés pour un métier, disent-ils, qui ne nourrit pas son homme. Donc, bons morts du fond de vos paradis, si vous voyez Dieu, dites lui mal leur a coûté leurs dernières pelletées pour couvrir vos tombes. Dans un isoloir à quelques encablures des lieux, ils se sont regroupés sous l’ombre d’un arbre. Dans leurs plus modestes habits pour ne pas dire bizarres. Ils ont vraiment des figures d’enterrement. Des têtes couvertes de bonnets, des yeux dissimulés derrières des lunettes de soleil, des pieds et des mains qui n’apparaissent point sous les chaussettes et les gans ocrés. Dans ce magma de balayeurs, de constructeurs et de fossoyeurs, seule la mort est respectée. Aucun salaire n’est encore validé pour la motivation de ses bénévoles. Ils doivent se contenter de la générosité des accompagnants, laquelle n’est pas toujours au rendez-vous.

« Nous avons été ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes »
Des notes sur la façade du mur à côté de la porte d’entrée des cimetières Saint-Lazare où une dame confectionne ses bouquets de fleurs destinés à la vente. Pas un de vendu, Aminata Gackou les plongent dans une bassine d’eau pour les maintenir à la vie en attendant le dimanche, jour des grande messes, des nombreuses visites par conséquent, des grandes ventes. Si l’on pouvait en faire autant avec nos disparus, il y aurait moins de tristesse peut-être. De la tristesse, de la gaieté et de la mélancolie, il n’en manque pas au milieu des fosses à jamais fermées ; de la beauté également. Dépouillés de tous adventices et de tous les corps solides étrangers à l’exception des feuilles, qui en ce début de petit froid instable, tombent sans cesse. Ce bout de mots signifie aux visiteurs ou simples passants que la mort prend en compte tous les êtres vivants. Le système de fonctionnement des sociétés lui, non. Les fossoyeurs ne dérogent pas à la règle. Comme ceux de Yoff et de Hann, ils font également dans le bénévolat. En ce samedi où les enterrements sont quasi inexistants, ils ont déserté les cimetières. Le seul à rester à côtés des morts est le gardien, Ibou Djiba. Il leur prête main forte quelques fois. « Je n’ai pas choisi ce métier, je suis arrivé par affectation par la mairie de Dakar », informe ce vivant qui s’isole de son monde pour veiller sur ceux d’outre-tombe. Un exercice qui le rapproche de Dieu et le prépare au moment décisif.

Par Marame Coumba Seck

Il a un esprit alerte, percevant, avec acuité, les diverses facettes d’un problème. Il est à l’aise autant sur les questions purement juridiques que celles essentiellement politiques. Les deux se complètent, dirait-on. Mais, c’est parce que le Pr Ousmane Khouma est à la fois juriste et politiste.

Il a appris la science politique et le droit et les restituent avec une égale aisance. Ses étudiants ne le démentiront point. Les citoyens qui ont également eu la chance d’écouter ses analyses, saluent « un esprit avisé, serein et objectif dans l’analyse ». Ousmane Khouma est Maître de conférences à la Faculté des sciences politiques et juridiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ce qui lui confère, peut-être, cette tendance à se réduire à son intellectualité, du moins, c’est un constat presqu’unanime venant de ses amis. Toutefois, à l’image de tout un chacun, Khouma n’est pas né juriste. Il a naturellement un parcours, une trajectoire et une histoire. Ousmane Khouma a vu le jour en 1971 à Pikine, dans la banlieue dakaroise. Ce qui, souligne t-il, surprend énormément quand il le dit. Cela montre à souhait l’évolution des réalités et des préjugés. Il se rappelle d’ailleurs que Pikine était très tranquille à l’époque. Il a fait son cycle primaire dans ce patelin situé à quelques jets du centre ville, précisément à l’Ecole 4 de Pikine. Là, il trouve des instituteurs qui vont le marquer, le fasciner et lui font aimer la langue française. Une enfance tranquille entourée de ses oncles et amis. Il se rappelle alors de cet enseignant, Monsieur Ndiaye, qui faisait venir ses élèves à sept heures pour deux séances de dictée. L’objectif était d’augmenter les chances de réussite au Concours de l’entrée en sixième. A l’époque, cinq fautes étaient synonymes d’élimination. Dans un brin de sourire, il assure que les étudiants d’aujourd’hui en auraient facilement faits plus. C’est dire que le niveau a tout de même baissé.

Elève, ses enseignants l’aimaient bien. Il se rappelle de l’une de ses institutrices, Mme Gaye en l’occurrence, qui demandait à la mère du jeune élève Ousmane Khouma de lui permettre de s’occuper de lui. Une fois les cours bouclés, la dame se faisait un plaisir de l’amener chez elle et de l’encadrer au même titre que ses enfants. Il faisait alors ses devoirs chez son enseignante.

Il se rappelle avoir toujours été fasciné par la quête de connaissances et surtout avoir évolué dans un cadre qui facilitait cette acquisition. Il se souvient aussi de ces enseignants qui ne gagnaient pas beaucoup d’argent, mais qui étaient animés par un amour inconditionnel. A l’époque, se souvient-il, ceux qui optaient pour l’école privée, c’est parce qu’ils n’étaient pas parvenus à réussir dans le public. « Tout le contraire d’aujourd’hui où les rôles se sont inversés », se désole-t-il.

Après l’entrée en sixième, Ousmane Khouma est allé au collège Cheikh Anta Mbacké communément appelé Canada, parce que construit par la coopération canadienne. Ensuite, il fait son cycle de lycée à Seydina Limamoulaye, qui était alors le meilleur lycée public du Sénégal. Au Concours général, les élèves issus de cet établissement parvenaient toujours à se tirer du lot, se rappelle-t-il. Il obtient un baccalauréat scientifique. Surprenant pour un juriste de sa carrure ? Et pour cause, Ousmane dit avoir grandi dans une famille essentiellement composée de scientifiques : des ingénieurs, des médecins… Il n’était donc pas question, pour lui, d’aller faire une série littéraire. Pourtant, c’est ce qu’il désirait. Il va tout de même se plier à la volonté de ses oncles. Une fois le baccalauréat en poche, il fallait cocher trois cases en ce qui concerne les orientations. Le jeune passionné de droit avoue avoir, dans la plus grande discrétion, cochée trois fois droit. Une fois les orientations sorties, c’est naturellement qu’il est orienté à la Faculté des sciences juridiques au regret de ses oncles qui voulaient véritablement en faire un médecin.

Une déception en demi-teinte ?
A l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le cadre n’est pas des meilleurs. Le jeune étudiant était habitué à des classes où le nombre était réduit ; ce qui permettait une meilleure transmission du savoir. Là, il trouve de très grandes salles, autrement dit, des amphithéâtres, avec des effectifs pléthoriques. Certains étudiants sont obligés de se tenir debout durant tout le cours. Dans le même temps, le bonheur remplissait le jeune étudiant à l’idée d’avoir le privilège d’entendre des professeurs comme Serigne Diop, Paul Ngom, Amsatou Sow Sidibé, Isaac Yankoba Ndiaye, etc. C’était fascinant, se souvient-il. Ces enseignants capables de parler des heures et des heures, tout en expliquant très clairement des concepts pas tout le temps évidents. Ce qui d’ailleurs le conforte dans son idée d’avoir choisi sa filière. Là-dessus, il n’y avait pas le moindre doute. Malgré tout, les conditions ne sont pas réunies. Le jeune étudiant décide alors de chercher une préinscription. Il choisit une petite université dans le Sud de la France, à Perpignan. Il y passe trois années et y décroche sa Licence. Sans fausse modestie, il souligne avoir été « un très brillant étudiant ». Il se rappelle avoir une fois eu la note de 20/20 à l’orale de la philosophie politique. Puis, il poursuit son double cursus à Toulouse en Droit et en Sciences politiques.  Il décrit alors un emploi du temps particulièrement chargé, mais cela valait le coup, relève-t-il. Après l’obtention du Master II, il devient enseignant chercheur sous l’œil vigilant de ses maitres. Parmi ceux-ci, il se rappelle d’Abdoulaye Coulibaly. Ousmane Khouma restera quinze années d’affilée en Europe. Il en a profité pour voyager et faire de nouvelles découvertes.

Bien qu’au début l’objectif était de faire des études et de rentrer au pays, les opportunités professionnelles et le destin feront qu’il reste en Occident des années durant. En 2011, il décide tout bonnement de rentrer au Sénégal pour enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Au Sénégal, il avoue avoir trouvé un environnement très différent. Il est frappé par la « pagaille ». Il s’en ouvre alors à son doyen de Faculté, lequel lui explique clairement que l’université était devenue « le reflet de la société ». L’effet de masse n’aidant pas forcément, le tout réunit est d’ordre à perturber. Une sorte de fourmilière bruyante. Des conditions très difficiles donc. Malgré tout, il tient à rester. Pas question de retourner en arrière. L’autre aspect, c’est l’agenda. C’est le « désordre » pour un esprit qui, des années durant, est « formé à travailler dans des calendriers bien déterminés ». Mais, très vite, on est tellement fasciné que cela fonctionne, malgré les nombreux obstacles, confie-t-il.

De beaux esprits
L’universitaire qui commence à véritablement prendre ses marques décide un jour de former les étudiants à la culture du débat démocratique. Il s’en ouvre à Osiwa, fait venir un avocat champion du monde du Concours débat démocratique et appelle également, en plus des étudiants de Dakar, quelques-uns de Saint-Louis. Les résultats vont dépasser ses espérances. « Au sein de quatre universités, les meilleurs ont été sélectionnés. Les deux plus brillants sont allés représenter le Sénégal à Paris. Ils tombent en demi-finale contre la Suisse sur un sujet qu’ils n’espéraient pas », explique-t-il, tout fier. Ses collègues universitaires, venus assister aux échanges, avouent que les étudiants choisis n’ont rien à envier ceux de Science Po ou Paris Sorbonne et autres. Cela démontre à ses yeux que le talent, c’est le travail. Il se demande alors : « Si on s’était organisé, comment ce serait ? »

Malgré les nombreuses sollicitations, le Pr Khouma entretient une certaine discrétion. Il est cependant d’usage qu’il sorte quand le débat est flou, les concepts pas clairs. Il justifie cette posture par le fait qu’il est avant tout un pédagogue, donc censé « recadrer les controverses » en cas de besoin. Le juriste dit avoir horreur de l’arnaque intellectuelle. Quand le débat touche des points fondamentaux, les citoyens ont le droit de savoir. Il s’agit donc de transmettre la bonne information. De surcroît, quand il s’agit de choix décisifs. Les intellectuels et les universitaires sont tenus alors d’occuper l’espace public. Ils doivent poser la bonne information sur la table. Il reviendra après aux citoyens de faire leur choix, plaide-t-il.

L’homme se dit fasciné par la politique pour avoir fait un institut qui en articule. Toutefois, la politique reste pour lui un objet d’études, d’analyse. « Si nous étions dans une société plus policée, il ne serait pas impossible que je m’engage en politique ». Il note pour s’en désoler que présentement, la politique pratiquée au Sénégal est parfois caractéristique d’une violence verbale inouïe.

A ses heures perdues, le constitutionaliste travaille à la Cedeao à la Direction des alertes précoces sur les questions de paix et de sécurité. Il travaille également au Pnud et avec l’Union européenne, dans la résolution des crises. Ousmane Khouma rappelle que l’un de ses premiers défis est de former des jeunes. Le reste de son temps, il est disponible pour être utile à son pays et son continent. Aux jeunes, il demande de ne pas rêver leur vie, mais plutôt de se donner les moyens de la réussir. Le talent, c’est le travail, souligne t-il encore.

Par Oumar BA

Dakar serait dénué de charme, en l’absence de cars rapides, note un touriste aguerri qui connait bien la capitale sénégalaise. Cela fait déjà une bonne cinquantaine d’années que ces cars dits rapides desservent la banlieue dakaroise. Mais, qu’en est-il du traitement de ceux qui arpentent journellement ses marche-pieds, communément appelés « apprentis » ?

Vendredi 8h, nous sommes à bord d’un « car rapide ». Ces véhicules de transport parés de leurs couleurs emblématiques faites de jaune et bleue, symbole incontournable du transport urbain à Dakar. Ce florilège du véhicule utilitaire de la marque française, dont le stock est épuisé depuis belle lurette, continue de desservir la banlieue dakaroise.

L’intérieur de notre « rapide » est un espace d’exposition de photos de stars du moment et de plusieurs autres centres d’intérêt du Sénégalais. Inscriptions coraniques et amulettes constituent également l’ornement des rapides où l’on découvre des photos de footballeurs, de chanteurs, de lutteurs, de chefs religieux. Bien entendu, des avertissements vains mettent en garde les passagers : « Défense de cracher », « Défense de fumer » ou « Défense de parler au chauffeur ». Sur les flancs du véhicule des messages issus du Coran, sont perceptibles «Alhamdoulilah» (Dieu merci), «Beugue Fallou» ou « Bonne Mère ». Les incantations pour se préserver contre les mauvais sorts ou le mauvais œil (« Nélen car ») ne sont pas en reste. A bord du car rapide, se dégage un syncrétisme religieux qui intègre des croyances différentes. Le car rapide propose le plus souvent une vingtaine de places assises, dont trois à côté du conducteur, dix dans la cabine intermédiaire appelée parfois « le salon » et dix autres des deux côtés de la longueur du véhicule en arrière. Au-delà des croyances religieuses, les décorations sur les «cars rapides» mettent en avant des événements historiques. On y célèbre les résistances locales Lat Dior, le roi du Cayor, Aline Sitoé, Alboury Ndiaye…

L’apprenti, chef du fil conducteur
L’apprenti, debout sur le marchepied, incarne le panneau de direction et déroule l’itinéraire souvent avec une multitude de petites étapes dans le but volontaire de faire payer le client plusieurs fois. « Passe », dit-il, à chaque étape, en claquant des doigts, exhibant sa trousse garnie de pièces. Il renferme précieusement entre ses doigts, des billets de banque soigneusement pliés. Non content de se tenir sur le marche-pied, l’apprenti fait en réalité office de maître séant. C’est lui qui, au grand dam du chauffeur, décide des différents points de déversement et d’arrêt. N’en déplaise à l’usager, il n’en a souvent cure. Une situation qui entraîne souvent d’ailleurs des spectacles d’accrochages entre usagers et apprentis. « Ce sont les aléas du métier », note Ibra Fall. Le jeune homme, tout juste âgé de 15 ans, fait office d’apprenti depuis bientôt trois ans. Les multiples tentatives de ses parents tendant à le dissuader à embrasser l’activité d’apprenti chauffeur se sont avérées toutes vaines. Son père lui-même chauffeur de rapide voulant un autre destin à son rejeton. «Papa a tout fait pour que je reste à l’école, d’autant plus que je n’étais pas un mauvais élève », relève le jeune longiligne, habillé d’un jean déchiré et d’un tee shirt rouge. Le jeune homme qui assurait se rendre à l’école se plaisait en réalité à faire le tour des gares routières des rapides, afin d’accompagner les apprentis reconnus. C’est lorsque son pater a fini par comprendre que rien n’y faisait qu’il s’est résolu à laisser son fils pleinement s’adonner à cette activité. Ibra travaille maintenant avec un des amis de son père, chauffeur de rapide. Il est tenu, à la fin de la journée, de lui verser 15.000 FCfa. Lui, l’apprenti se contente de 3.000 FCfa au quotidien. Cette somme semble suffisamment convenir au jeune homme à peine sorti de l’adolescence. « J’arrive, avec ses trois mille, à largement subvenir à mes besoins », note-t-il. Il fait vite d’énumérer le mécanisme de partage « les 1.500 FCfa reviennent à ma mère, avec les autres 1.500 FCfa, je fais ce que je veux », note-t-il. Ibra a de la chance, son patron, en reconnaissance des relations qui le lient à son père, prend entièrement en charge son alimentation journalière.

Magal, le record des affluences
Avec l’état de délabrement avancé des minibus dakarois dont certains ont plus de trente ans, la décoration soignée des « cars rapides » est devenu un « cache-misère ». Les « cars rapides » arborent une décoration soignée marquée par un esthétisme «Original», fait de couleurs vives. Par une approche de créativité dont eux seuls détiennent le secret, les mécaniciens locaux ont su en faire un pur produit de l’expertise locale. Rafistolé puis décoré, le véhicule s’estampille de nouveaux atours et prend les couleurs jaune et bleue qu’il arbore fièrement. La voiture de Samba Niang fait partie de ce lot de véhicules. L’homme âgé de 50 ans a horreur des « défaillances ». Malgré l’âge avancé de sa voiture (ces véhicules servent le trafic urbain depuis une cinquantaine d’année déjà), il tient à sauver les apparences. L’approche du « Magal » jouant, sa voiture est retournée au garage. « Le Magal est une occasion privilégiée pour faire d’énormes gains », note-t-il. Le Magal passé, par exemple, Samba avait battu le record de ses gains. « Avec un autre collègue chauffeur, nous avons gagné 100.000 FCfa chacun, et nos deux apprentis se sont retrouvés avec 30.000 FCfa chacun », se rappelle-t-il le visage radieux. Cette année, il ne se fera certainement pas prier pour, à nouveau, emprunter la route de Touba. « Costaud et endurant », il est persuadé que son véhicule, malgré l’âge avancé, fera l’affaire.

Il est très rare de voir un apprenti chauffeur âgé. Ils sont le plus souvent de simples adolescents. Cela s’explique, selon Mansour Gaye, chauffeur au garage à Fass Mbao. « L’apprentissage du métier de chauffeur passe par l’étape des marche-pieds », souligne-t-il. En réalité, tout rêve d’un apprenti ambitieux, c’est de devenir lui-même un jour chauffeur. Or, pour disposer d’un permis, la majorité d’âge est requise. A l’en croire, le marche-pied n’est qu’une étape de parcours. Il se souvient encore avec nostalgie cette étape déterminante d’apprenti qui a fait de lui un chauffeur. « Je gagnais 2.000 FCfa par jour, mais cela me suffisait largement », souligne-t-il. Et aujourd’hui, combien gagne le chauffeur ? Sourire aux lèvres, il refuse d’avancer l’exactitude de la somme. « Je gagne nettement plus, mais bien nettement, toutefois, chose curieuse, j’étais mieux organisé avec les 2.000 FCfa que maintenant ». Un paradoxe qui ne s’explique point. Symbolisant pourtant les ombres et tares de la société sénégalaise, la place des « cars rapides » risque hélas d’être de plus en plus à la fourrière, amenant avec lui son flot « d’apprentis ».

Par Oumar BA

Felwine Sarr est professeur à l’Université Gaston-Berger où il dirige le Laboratoire de recherche en économie de Saint-Louis (Lares). Il est écrivain poète-philosophe. Il a notamment écrit Dahij (Gallimard, 2009) et Méditations africaines (Mémoire d’encrier, 2012), deux ouvrages construits à partir de réflexions personnelles. Il invite à revenir sur ce qui fonde notre humanité et sur la manière dont nous souhaitons la construire. Adepte des arts martiaux, il a fait sienne la maxime de Juvénal, « un esprit sain dans un corps sain ». Musulman qui a servi la messe enfant et s’intéresse au bouddhisme zen, Sereer dans un univers majoritairement wolof qui parle français depuis son plus jeune âge, Felwine Sarr sait mieux que quiconque que les identités sont multiples. Raison pour laquelle il invite les penseurs du continent à s’engager dans une rupture épistémique en investissant des notions africaines comme le « jom » (dignité), la « teranga » (hospitalité), le « ngor » (sens de l’honneur). Ce philosophe du quotidien nous invite tous à trouver notre propre voie en délaissant les chemins tracés d’avance et les idées toutes faites.

Par O. BA

À l’heure du tout jetable et de la production à grande échelle, il est légitime de se demander si le métier de cordonnier nourrit son homme. Certes, à travers les siècles, les cordonniers ont su démontrer leur talent, non seulement pour protéger les pieds, mais également pour les couvrir de façon élégante.

L’industrialisation excessive semble bousculer le quotidien du métier de cordonnier. Au lieu de se faire confectionner une chaussure sur mesure, il devient plus courant, pour certains usagers, de les acheter directement dans les grandes enseignes et les chaines de distribution. Les chaussures confectionnées en Asie sont de si bon marché que la réparation de certains modèles coûte plus cher que l’acquisition d’une nouvelle paire. Toutefois, depuis quelques temps, cette tendance semble s'inverser et la cordonnerie a su s'adapter aux nouveaux modes de consommation, en proposant des produits conformes aux exigences de la clientèle, sanctionnés de prestations de qualité. Un détour à la Médina prouve à souhait que l’artisanat local de la confection de chaussures a de beaux jours devant lui. Le secteur confronté à des difficultés il y a de cela quelques années s’est apparemment relevé du bon pied. Doucement, mais sûrement, la cordonnerie locale est en train de filer un marché porteur essentiellement composé d’usagers locaux. Ici à la Medina, pour se faire confectionner une chaussure, il est essentiel de passer une commande à l’avance. La majeure partie des chaussures exposées ont déjà trouvé preneurs. Seules quelques-unes sont proposées à la vente libre. « Nous sommes dans le secteur depuis des générations. C’est de grands-pères en petits-fils que nous nous sommes transmis ce savoir-faire », souligne Amadou Guissé, qui tient échoppe à la Médina. Ce legs serait, selon lui, à l’origine d’une clientèle conquise d’avance. « Les commandes proviennent essentiellement de commerçants établis à Dakar et dans les autres régions. Ils appellent pour communiquer les modèles, envoient l’acompte sur le prix convenu et nous entamons le travail, pour toucher le reliquat après livraison », précise-t-il. Ici, ce sont essentiellement des chaussures à base de semi-cuir qui sont vendues. Pour cela, les artisans font continuellement recours au tannage traditionnel du cuir. « Cette opération consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins », souligne-t-il.

Birane est un homme d’affaires aguerri. Agé tout juste de 34 ans, il n’en demeure pas moins très expérimenté en « business ». Très tôt, il dit s’être initié aux activités commerciales. Il ne se focalise pas sur un seul secteur et compte plusieurs cordes à son arc. Ces temps-ci, Birane a jeté son dévolu sur la cordonnerie locale. « Je me rends à Ngaye où je m’approvisionne en chaussures, pour ensuite aller les écouler à l’extérieur. Je les ventile un peu partout : dans la sous-région, en Italie, un peu en France et à Dubaï », note l’homme d’affaires. Il ne se plaint pas outre mesure de cette trouvaille : « Les chaussures sénégalaises sont très bien appréciées à l’extérieur », assure-t-il. Cette activité lui rapporte suffisamment de bénéfices à tel point qu’il pense « exclusivement s’y consacrer ». Le prix des sandales de Ngaye varie entre 5.000 et 10.000 Ffrancs Cfa, informe-t-il. A la vente, « il m’arrive de doubler le prix d’acquisition », souffle-t-il.

Selon lui, les cordonniers devraient commencer à se considérer non plus comme des « bricoleurs » de subsistance, mais plutôt comme des entreprises et mettre en place des stratégies de croissance et des objectifs qui peuvent être productifs, plaide-t-il. Selon Birane, « l’artisanat est sans doute le secteur offrant le plus d’opportunités à l’export ».

Des chaussures accessibles à toutes les bourses
Si la plupart des cordonniers préfèrent acheter le cuir importé, c'est parce qu'il facilite la fabrication artisanale des chaussures. Et ce travail requiert moins d'énergies. « Après avoir acheté la peau traitée on doit y enduire de l'huile pour lui donner la couleur souhaitée. Le processus peut parfois prendre du temps », informe Aly Mbow, cordonnier à Sandaga.

La crise économique et la diminution du pouvoir d’achat sonnent le renouveau du métier de cordonnier. En effet, outre la volonté de soutenir l’artisanat local, il devient plus judicieux de réparer ses chaussures abimées que de les jeter. Par ailleurs, le métier de cordonnier a grandement évolué : « Les techniques employées et les matériaux utilisés permettent aujourd’hui de redonner une nouvelle jeunesse aux souliers », précise Aly.

La qualité de la peau utilisée est très importante ; plus elle est consistante, plus le prix est élevé. Le motif de la chaussure est aussi pris en compte. Certains modèles sont beaucoup plus faciles à confectionner que d’autres, ce qui, à coup sûr, se répercute sur la fixation du prix, souligne Amadou Guissé, cordonnier à la Médina. Toutefois, assure-t-il, toutes les bourses peuvent s’offrir un soulier. « Les prix commencent à 3.000 FCfa et peuvent aller jusqu’à 15.000 FCfa », note-t-il. Tout le monde ne peut pas s’approvisionner en cuir sachant qu’« il n’y a aucune usine de transformation du cuir au Sénégal, et c’est ce qui fait défaut dans le métier », déplore-t-il.

La qualité du travail du cordonnier constitue un atout qui milite en sa faveur, notamment lorsqu’il s’agit d’une création. Beaucoup de ces spécialistes n’hésitent pas à proposer d’autres services comme la maroquinerie, pour compléter leur revenu et étendre leur clientèle. Cheikh Guèye, trouvé au marché Thiaroye, fait décidément parti de ceux-là. Ses chaussures, il les achète au marché Petersen. « Je maîtrise les goûts de ma clientèle. Voilà ce qui me pousse à apporter une nouvelle touche aux chaussures que j’achète », informe-t-il. Cette nouvelle touche est doublement payante. « Elle permet non seulement de vendre plus vite la chaussure, mais aussi et surtout cela augmente le prix de vente », assure-t-il. Cheikh Guèye dit vivre de ce métier.

D’autres se spécialisent exclusivement dans la réparation ou la confection de chaussures spécifiques. C’est le cas de Mamadou Kassé. Il est âgé d’une soixantaine d’années. Mamadou est installé à Yeumbeul. Cela fait plusieurs années qu’il répare des chaussures. « Je capitalise plus d’une trentaine d’années d’activités dans la réparation des chaussures. Cette activité m’a permis de m’occuper de ma famille des années durant », souligne-t-il. Aujourd’hui, la relève est prise par sa progéniture. « Certains de mes enfants ont grandi et s’occupent depuis lors de la nourriture familiale et des dépenses afférentes à la tenue de la maison », se réjouit-il. Toutefois, il s’est résolu à continuer son activité, ce qui lui permet de « subvenir à ses besoins personnels ». Qu’en est-il de son gain journalier ? Il varie : « Il m’arrive de repartir avec 7.000 ou 200 FCfa, c’est selon les jours », informe-t-il. Globalement, s’il fait les calculs à la fin du mois, il gagne quotidiennement « 3.000 FCfa ».

Nécessaire professionnalisation
La plupart de ces fabriques demeurent artisanales parce qu’elles ont été mises sur pied juste pour des besoins de survie et elles évoluent : « au jour le jour ». « C’est surprenant de savoir qu’il y a des cordonniers qui réparent des chaussures depuis trente ans, mais ils n’en ont jamais confectionné une paire. Ce n’est pas qu’ils en soient incapables. Le problème est qu’ils n’en ont pas l’idée, le plan et le rêve de conduire leur business vers une étape supérieure », s’indigne Abou, un étudiant trouvé sur place. Il est d’avis que les industries artisanales devraient travailler à développer leurs produits, leurs services ou encore leurs idées. « Il s’agit de travailler à l’amélioration qualitative et quantitative du produit ou service, l’amélioration de la présentation du produit, la production de nouveaux produits et l’innovation dans la façon de faire », souligne-t-il.

Confection d’amulettes
C’est un décor étonnant et captivant à la fois. Des amulettes sont minutieusement rangées. Certaines ont déjà été confectionnées et n’attendent que leur propriétaire. D’autres sont en phase de l’être. Dans une scénographie étonnante, ces amulettes sont minutieusement rangées dans l’atelier d’Ibou Touré. Des gris-gris destinés à être portées, d’autres à orner maisons, véhicules et autres… Deux traditions sont ainsi mises en exergue : africaine et islamique.

« Ces amulettes sont des prescriptions de marabouts. Elles sont très chargées. Ce sont souvent des objets codifiés. Ces objets servent autant à attaquer qu’à protéger », note le cordonnier qui s’affaire à son activité favorite. Toutes les catégories sociales viennent vers lui: hommes politiques, hommes d’affaires, civils, pauvres, riches. Cette activité devenue très « florissante » permet à Ibou de subvenir à ses besoins en entretenant ses rejetons. Père de famille, Ibou assure nourrir quotidiennement une dizaine de bouches. Seule son activité de confection de gris-gris lui permet de subvenir à ses besoins. « Tout est parti d’une histoire d’initiation. De père en fils, j’ai reçu les sciences occultes qui permettent de faire face aux éventuelles déconvenues », informe-t-il. La confection de certaines de ces amulettes exige des comportements spécifiques. « Il m’arrive de confectionner des amulettes où on est tenu de garder le silence, tout le processus durant », note-t-il. Il est également courant de « se déshabiller nu, afin de satisfaire les exigences et les prescriptions d’une amulette », note-t-il. Le prix le plus accessibles est 500 FCfa, toutefois, les prix peuvent grimper jusqu’à 10. 000 FCfa, c’est selon la nature de l’amulette et parfois les risques et les exigences qui vont avec sa confection, note-t-il.

Par Oumar BA

Le lac de Guiers est une véritable aubaine pour les populations de Keur Momar Sarr. Avec la disponibilité de l’eau, beaucoup d’entre elles s’adonnent au maraîchage pendant la saison sèche.
A la sortie du village de Keur Momar Sarr sur la route de Gnith, se trouve la localité de Mérina, située à moins d’un km. A l’entrée du village, Maly Coumba Niang, la cinquantaine entamée, prépare sa parcelle. Aidé de deux autres parents, il s’apprête à entamer la contre saison chaude. Sa parcelle de près d’un hectare, située près du lac, est divisée en plusieurs lots. Ici, le tournesol sera la principale variété.

« Avec l’aide de partenaires, je cultive du tournesol. Dans trois mois, ce sera la récolte. Je compte faire d’autres variétés comme les carottes », a expliqué M. Niang, un des notables de Mérina qui s’intéresse beaucoup à l’histoire de son terroir. Grâce à la disponibilité de l’eau, beaucoup de personnes s’activent dans le maraichage. Sur les rives du lac, de Keur Momar Sarr à Suyer sur une distance de près de 30 km, les parcelles sont visibles. Il en est de même sur la route qui mène à Gnith.

A la sortie de Keur Momar Sarr, Amadou Kâ exploite une parcelle d’un hectare et demi. Il est à la préparation des plans et espère récolter dans quatre mois. Depuis 40 ans, il s’active dans le maraichage, d’abord, à Mboro, puis Fass Boye et Lompoul. « Faute de moyens, je n’utilise qu’une partie de la parcelle qui m’a été prêtée par le conseil municipal », a confié M. Kâ. Selon lui, beaucoup de gens s’activent dans ce secteur, mais ils n’ont pas assez de moyens. Les charges liées aux intrants, engrais et carburant sont importantes. Vulcanisateur de profession, le jeune Babacar Thiam s’est lancé également dans le maraîchage. Il exploite une parcelle de moins d’un hectare prêtée par le conseil municipal. Lui aussi déplore le manque de moyens.

« Le maraîchage, a-t-il soutenu, est rentable mais les charges sont lourdes. Trouvé près de son champ de manioc en train de réparer un tuyau endommagé, il demande au gouvernement d’aider les jeunes qui veulent se lancer dans ce secteur qui peut combattre le chômage. «Il y a beaucoup de jeunes qui souhaitent s’investir dans le maraîchage, mais les moyens font défaut. C’est un secteur qui peut contribuer à la diminution du taux de chômage», a regretté M. Thiam. 

Sepam : Une exploitation agricole qui lutte contre le chômage
Une exploitation agricoleA côté du maraichage à Keur Momar Sarr, de grandes exploitations se développent également. Profitant de la disponibilité de l’eau et ayant des moyens considérables, elles exploitent de grands domaines. C’est le cas de la Société d’exportation de produits agricoles et maraichers (Sepam). A la sortie de la ville, sur la route de Gnith à environ un km, se trouve le domaine de la Sepam. Il couvre une superficie de 1.000 hectares, dont 500 sont actuellement exploités. Entièrement clôturée, elle participe activement à la lutte contre le chômage.

Situé à 1 km du lac, le domaine est irrigué grâce à un tuyau qui déverse l’eau dans un bassin de 7.500 m3. Sont cultivés dans ce domaine, des haricots verts, des tomates, des melons et des oignons qui, après la récolte, sont conditionnés à Keur Ndiaye Lô (département de Rufisque), puis exportés vers l’Europe.

Selon Abdou Niasse, directeur administratif et responsable phytosanitaire, la Sepam, qui a démarré depuis 2005, emploie 12 permanents. Pour les travaux de semis, sarclage et binage du sol, elle fait recours à 60 personnes par jour. Les besoins de main-d’œuvre augmentent lors de la récolte. « En période de récolte, nous prenons entre 300 et 400 femmes par jours », a précisé M. Niasse. Il a ajouté que chaque femme peut gagner jusqu’à 4.000 FCfa par jour. Il n’y a pas que la Sepam qui intervient à Keur Momar Sarr.

Le Dac d’une superficie de près de 5.000 hectares a démarré depuis 2015. « L’agrobusiness se développe. Il y a la Sepam qui fait travailler beaucoup de personnes, sans oublier le Dac. La Saed a également prévu d’aménager de grandes superficies dans le diéri », a confié Diomaye Sène, le chef du Centre d’appui au développement local (Cadl).

Plante aquatique : Le typha valorisé à Keur Aya
Plante aquatiqueLe typha est une plante aquatique envahissante qui occupe une bonne partie du Lac de Guiers. Il empêche la navigabilité, mais freine également les activités de pêche. Malgré ces effets sur l’environnement, le typha constitue une source de revenus pour les habitants de Keur Aya, un quartier de la commune. A l’entrée de la ville, à gauche, se trouve ce quartier habité principalement par des Maures. Ici, toutes les clôtures des maisons sont faites à base de typha. Les Maures valorisent cette plante en fabriquant des nattes. Ils en tirent leurs principales sources de revenus. Ndèye Fall, la quarantaine, s’active dans la fabrication de nattes à base de typha depuis près de 40 ans. C’est son gagne-pain et elle en est fière.

Elle fabrique deux à trois nattes par jour en plus des travaux ménagers. «Je vends une natte entre 1.500 et 2.500 FCfa », explique-t-elle. Sa voisine, Marème Fall, maitrise parfaitement aussi l’art de fabrication des nattes. « C’est un travail que je fais depuis mon enfance et qui me permet de subvenir aux besoins de la famille », raconte Mme Fall. Avec le produit de la vente des nattes, elle appuie son mari. Mais ces deux dames trouvent difficile la récolte de cette plante aquatique. « La récolte du typha n’est pas facile. C’est même risqué. Il y a beaucoup de moustiques et des insectes, mais également des serpents dangereux dans le lac», a expliqué Ndèye Fall.

Après la coupe, le typha est séché pendant une semaine. Les nattes sont prisées lors des cérémonies religieuses. «Lors des Gamou, nous parvenons à écouler beaucoup de nattes. Nous faisons aussi le tour des marchés hebdomadaires », a ajouté Marème Fall. Ces dernières envisagent tout de même d’abandonner ce travail qu’elles jugent harassant. «Si nous trouvons des parcelles de terre, nous allons nous investir dans l’agriculture et abandonner le tissage des nattes», note Ndèye Fall qui confie que les Peuls s’adonnent également au tissage. Chef du Centre d’appui au développement local (Cadl), Diomaye Sène souligne qu’il y a des tentatives de la part de partenaires au développement pour transformer le typha en charbon.

Reportage de Aliou KANDE et El Hadji Ibrahima THIAM (Textes) et Ndèye Seyni SAMB (Photos)

Last modified on vendredi, 29 juillet 2016 12:40

Les retraités ont des approches diverses de leur nouvelle vie. Le fait de quitter son activité professionnelle peut, en effet, réveiller des sentiments inattendus chez certains d’entre eux : nouveau calcul, nouvelle approche et parfois de nouveaux comportements sont notés.

L’arrêt du travail réveille parfois certains sentiments inattendus: le manque de confiance en soi ou l'impression d’impuissance, voire le déni de la réalité. Fatoumata Sy, 60 ans, a travaillé comme juriste au sein d’une société nationale qui s’active dans le secteur de l’Hydraulique. Elle s'étonne encore des sentiments qui l'ont envahie les premières semaines, après son départ. Une retraite pourtant célébrée comme il se doit par un « pot » joyeux en compagnie de ses collaborateurs. « A force de m’ennuyer à la maison, je n’ai trouvé qu’une seule résolution. Je me suis jetée sur les livres que je n'avais pas lus et qui me faisaient envie depuis des années… Jusqu'à me demander finalement au bout d'un mois, mais quel est le sens de cette situation inutile et solitaire », affirme-t-elle.

On en viendrait presque à penser que l'adieu à une carrière, un métier, ne se règle pas simplement à coups de cotisations, plus ou moins confortables. Qu’en est-il du vécu psychologique de ceux qui, un jour, quittent leur travail, cessent de se rendre à leurs lieux habituels, de fréquenter des collègues ou des clients, et surtout endossent un nouveau statut social ? Beaucoup sont plus « remués » intérieurement qu'ils ne l'auraient pensé pendant leurs années, de pleine activité, assure Fatoumata. Elle se dit d’ailleurs victime de ce qu’on peut appeler le « bouleversement de l'agenda ». Elle s'était efforcée de remplir toutes les exigences pour éviter de penser à cette nouvelle étape de sa vie. « Puis, je me suis racontée ma carrière professionnelle », poursuit-elle. Les dossiers que j'avais bien menés, ceux que j'avais ratés… Je me suis sentie soulagée de ne plus avoir à me battre, comme je l'avais fait quand j’avais 30 ans ».

Un agenda bouleversé
Pour certains, le départ à la retraite s'accompagne de sentiments partagés entre soulagement et peur de ne plus trouver sa place dans la société, après avoir quitté son boulot, après des années de bons et loyaux service rendus.

Cet inattendu retour à la « case départ » provoqué par la mise en retraite est apparu évident au sociologue Daouda Thiam, qui a mené une enquête auprès de plus d'une dizaine de nouveaux retraités, de tous horizons et milieux socioculturels. « L'arrêt du travail, certains n'y pensaient pas, tandis que d’autres le prévoyaient », constate-t-il. Mais, cela n'empêche pas le basculement total qui arrive chez la plupart d'entre eux, avec cette étape. À l'écoute des témoins, il note ceci : « Tous avaient d'abord besoin de raconter en détail leur carrière passée. J'ai réalisé à quel point le travail avait vraiment été un pilier de l'identité ».

Autre découverte, l'image intériorisée du retraité paisible qui fréquente les « grands-places » ne veut plus rien dire à beaucoup. « D'ailleurs, ce statut de retraité inactif ne correspond plus à la réalité que beaucoup veulent maintenant vivre », poursuit le sociologue. Parmi les difficultés à dépasser : l'illusion de la retraite appréhendée au départ comme un « Eden » pour les uns, ou comme « une chute irrattrapable » pour les autres. Pour cet ancien colonel de l’armée, une culpabilité qu'il n'avait jamais ressentie s'est manifestée : « J'entendais parler du chômage des jeunes. Et moi je suis là, à bien profiter de mes jours heureux, à ne rien faire tout en percevant ma pension ! C'est très désagréable comme sensation », souligne-t-il.

Changement de rythme
« On peut certainement atténuer ces bouleversements émotionnels en anticipant », affirme Aïssatou Mbengue, psychologue qui rejoint sur ce point la plupart des retraités interrogés. « Deux ou trois ans avant l'échéance, il faut commencer à se poser les bonnes questions », explique-t-elle. « Après mon départ en retraite, où ai-je envie de vivre ? » « Quelle activité me permettrait- d'utiliser mes compétences et talents d'une manière efficace ? » ou encore « avec qui ai-je encore envie de nourrir des relations sociales ? », telles sont les questions qu’il faut, à ses yeux, se poser. Un vaste chantier selon Aïssatou Mbengue. « Il faut bien se préparer pour marquer sa liberté », résume-t-elle.

Saydou est un ingénieur informatique à la retraite. Il a quitté son poste. Mais, pour lui, pas question de stopper la vie professionnelle. Il a fait un bilan de ses compétences, puis s’est déployé pour monter une petite société de services informatiques.

Aujourd’hui, à 62 ans, il travaille encore et se dit parfaitement heureux. Il illustre le classique syndrome du retraité hyperactif qui ne parvient pas à décrocher. Il promet d’aller jusqu’au bout, à moins qu’un accident de santé ne le force à lever le pied, lui fournissant l’excuse de ne plus s’activer, souligne-t-il.

Le sociologue Thiam est catégorique, arrêter de travailler est toujours douloureux pour certains. D’abord, le changement de rythme est vécu comme un choc. « Certes l’individu se retrouve maître de son temps au lieu de s’engouffrer chaque matin dans le tunnel temporel de l’entreprise, scandé par les rendez-vous et les réunions. Son organisme n’est plus soumis au stress et à la tension qui, en quarante ans, sont devenus aussi indispensables que le café du matin. Le passage de la vie intense, que l’on mène dans l’entreprise, à une vie plus solitaire est également un facteur fréquent de déstabilisation », note le sociologue Thiam. Macoumba était conducteur dans une imprimerie. Il a pris sa retraite en 2013. « En deux ans, il est devenu un petit vieux. N’ayant aucune image à laquelle s’identifier, il est entré directement dans le troisième âge », témoigne un de ses anciens collègues. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » est la question incontournable.

Le concept de « retraite active » se développe
En effet, lorsque la vie professionnelle a été totalement épuisée, la retraite s’assimile à un deuil pour certains. Ils se retournent alors contre eux-mêmes et se déclenchent des pathologies. « Pourtant, ce trésor d’énergie pourrait leur reconstruire un avenir », note Daouda Thiam, sociologue. Prendre sa retraite de salarié, mais pas de travailleur, semble à ses yeux constituer la solution.

Aujourd’hui, la représentation de la retraite active évolue. II y a une seconde vie après la retraite. Les séniors, après avoir capitalisé beaucoup d’expérience, vendent leur expertise ou investissent d’autres créneaux. Les exemples de réussite ne manquent pas. A 61 ans, Natou Diagne est une femme heureuse, pétillante d’énergie avec des projets à foison. Elle a récemment pris sa retraite « La chance de ma vie », exulte-t-elle. Cette femme vend son savoir-faire à une entreprise évoluant toujours dans le secteur des télécoms. Idem pour Ansou, la soixantaine. Après de bons et loyaux services, il s’est mis à son compte.

L’anecdote très expressive des difficultés liées à la retraite
La psychologue, Aïssatou Mbengue, témoigne d’un fait assez illustratif du sentiment de désapprobation qui anime certains retraités.

Il s’agit d’un monsieur qui est venu un jour la voir, sur recommandation de son patron, dit-elle. « Il est entré dans mon bureau. La soixantaine, élégant, costume sombre de bonne coupe, chaussures anglaises impeccables, mains soignées. Un chef qui dégage du charisme et de l’énergie », rapporte-t-elle. Je ne dis rien. Après de longues minutes, il plante son regard dans le mien et se penche légèrement vers moi. « Je m’appelle Faustin Diabang* », annonce-t-il d’une voix assurée. Je suis représentant d’un prestigieux groupe occidental ici au Sénégal. Mon Pdg a souhaité que je rencontre un spécialiste. Vous me direz ce que vous en pensez, mais à mon avis, je n’ai aucun problème, lance-t-il. Nouveau silence. « A la fin de l’année, reprend-il, je vais être en retraite. Je suis très heureux de prendre ma retraite ! ». Puis, il plonge la tête dans ses mains et se met à sangloter. « Des Faustin Diabang, il y en aurait beaucoup. Pour eux, un retraité leur rappelle d’abord leur grand-père, ensuite leur père. Un retraité, c’est donc un homme épuisé », note le spécialiste.

Faustin Diabang * (nom d’emprunt)

Last modified on mercredi, 20 juillet 2016 14:13

Aimer à plusieurs est-elle une manière d’être fidèle ? Dans un pays où la « niarel » (seconde épouse) est la règle, quelques résistants assument leur option pour la monogamie. Les raisons de ce choix sont nombreuses. Mais la constance est la condition économique surtout en ville. Cependant, n’est-il pas contradictoire de demander aux hommes d'être monogames et fidèles ?

Sortir avec ses deux garçons la nuit est devenu une habitude chez lui. Le plus petit contre la poitrine, l’autre pris par la main, il marche suivant le rythme du second enfant. Ibrahima Guèye est agent immobilier et marié à une seule femme. Celle-ci travaille jusqu’à tard dans la soirée. « Je pars chercher un peu de couscous et du lait à donner aux petit en attendant l’arrivée de leur mère qui doit apporter le dîner », informe M. Guèye.

C’est le même rythme au matin. « Leur maman descend tard et est crevée au petit matin. Comme je me lève tôt pour la prière de l’aube, je me charge du bain et du petit déjeuner du plus grand enfant qui va à l’école », confie-t-il.

A cinquante-trois ans, Iba, comme l’appelle affectueusement ses proches, avoue qu’il n’envisage pas d’épouser une seconde femme car il ne veut pas détruire l’équilibre qu’il a créé. Ce choix est-il une conséquence de la jeunesse de sa femme ou de son niveau d’instruction ? Non ! répond-il. Aucun des deux ! « Peut-être, je suis né d’une famille monogame. Pourquoi, l’idée de prendre une seconde femme ne m’a jamais traversé l’esprit », suppose-t-il. A trente ans, sa femme à qui on donnerait un âge moins avancé, refuse de donner des détails sur sa profession ni le régime matrimonial de leur couple. En croire à son mari, dans leur acte de mariage figure bien le régime polygame. A cet arrêt des lignes 58 et 38 à Sham, il s’apprête à monter dans le véhicule où il est lisiblement inscrit Sham-Fass Mbao. Interpellé, il esquisse un sourire avant de prendre place. Le bus partira quinze minutes après celui qui vient de prendre le départ. Aliou Ndiaye est un agent dans une banque de la place. Ce quadragénaire est aussi marié à une femme. Pas même un petit bout de bois de Dieu après six ans de mariage. Son hostilité envers la polygamie est claire.

« Polygamie madame ! Merci. Vous êtes des sujets à problèmes, une seule suffit », réagit-il. De quoi a-t-il peur ? Son souci est plus accentué sur les querelles familiales. « Au Sénégal, si vous voulez mourir tôt, épousez plus d’une femme. Elles vont vous donner à "manger" et à "boire". Mais, elles vous rendent la vie impossible à cause de leurs querelles inutiles. Et le plus dangereux, c’est qu’elles vont les prolonger en une bataille mystique qui n’épargnera ni le mari ni les enfants », se désole M. Ndiaye.

Cependant, pour certains, le problème de la monogamie c’est le risque d’infidélité. Ils convoquent en l’ignorant même l'effet Westermarck, c'est-à-dire le manque d'attrait pour le familier. Selon cette approche biologique, la monogamie est problématique pour les hommes jeunes, en raison de la perte du désir sexuel pour les partenaires de longue date ou anciens, et l'attrait pour de nouveaux partenaires.

Lamine Lô est vendeur d’objets d’art au village artisanal de Pikine. Habitant Keur Samba Kane dans la région de Diourbel, il épouse une seconde pour ne pas être infidèle à sa femme. « De Keur Samba à mon lieu d’habitation, Pikine, c’est des kilomètres. Je ne peux pas m’y rendre régulièrement. Donc, il me faut une seconde pour ne pas se livrer à la débauche », justifie M. Lô. D’autres hommes hésitent à s'engager dans une relation monogame parce que ce régime est considéré comme un désert sexuel.

Pourquoi s'embarquent-ils dans une relation monogame s’exposant à l’infidélité alors qu’ils peuvent trouver autant de relations sexuelles ? C’est ce que le Professeur Amadou Ali Dieng, sociologue, appelait à tort ou à raison la « transhumance sexuelle ». A la recherche peut-être de la bonne prairie. Par ailleurs, quelles que soient les raisons données, la situation économique qui rend difficile les conditions de vie est une constante, surtout en milieu urbain. En ville, un enfant est un bien à consommation, c'est-dire un sujet à nourrir. Alors qu’en milieu rural un enfant est un bien à production, car il participe aux activités agricoles. Ce qui fait que la polygamie y est assez importante car étant un facteur de production agricole.

Par Marame Coumba SECK

A Poste Médine, temple des « garabou-garabou » (médicaments traditionnels), situé sur l’Avenue Blaise Diagne, au cœur de Dakar, le quotidien des vendeurs nigériens installés le long du stade Iba Mar Diop déroule sa pellicule sans discontinuité. Sur ce trottoir qui longe cette avenue couverte des vrombissements de moteurs, du bavardage des passants et des hélées des vendeurs, le commerce des peaux, têtes, cornes, dents, os d’animaux, entre autres médicaments, fait recette.

Peaux, queues, dents, cornes, os, têtes, d’animaux, plûmes, nids…, il y a du tout. Des hommes de tous les âges, de tous les sexes et de toutes… les couleurs. Dans ce magma d’habitués et de visiteurs enfiévrés qui espèrent peut-être y trouver la clé de la réussite, se départir de son « djinn » ou trouver un remède à sa maladie que les médecins voués à soigner le mal n’ont pu faire, la discrétion est de rigueur. Ici, il faut aborder la finalité des produits pour que le vacarme se dissipe. Les Haoussas feignent de ne rien connaître de ces produits. Le silence est la règle. « Nous ne faisons que vendre. Les vertus de ces médicaments, seuls les marabouts les savent », ont lancé plusieurs parmi eux.

Ses rastas abondants sous un bonnet, il en laisse découvrir une partie. Cette silhouette noire et grande se courbe la tête pour accéder sous la tente d’un de ces tradipraticiens. Après quelques échanges de salutations, ce dernier s’affaire dans un sac de riz vide dont on ignore le contenu. Il y extirpe un nid d’oiseau qu’il a enveloppé dans du papier en échange d’un billet de 2.000 FCfa. « C’est le nid d’un oiseau appelé en wolof « war wat ». On le brule pour humer la fumée. C’est une recette dont m’a fait part un talibé de la même confrérie », renseigne Moustapha Diouf, un Baye Fall.

Au même endroit, une dame d’âge mûr lance : « Quel est le cordonnier qui m’a confectionné en gris-gris (amulette) la dent de caïman toute à l’heure ? Que peut apporter cette canine qui a fait plus de mal que de bien ? Cette dernière qui a percé autant de fois, la chair d’un être vivant. Est-elle toujours vouée à faire du mal ? Non pourtant, précise la détentrice. « C’est pour éviter à l’enfant les maladies liées au nourrisson », renseigne-t-elle. D’un revers de la main, elle essaie de repousser des nœuds rouges qui, sous l’agitation du vent, frappe sur son visage. Ces bouclettes qui enveloppaient à moitié des miroirs, permettent, selon les vendeurs haoussas, d’avoir la notoriété. Les vendeurs et les gens qui veulent avoir une promotion, témoigne Mohamed Ciss, ne s’en séparent pas. « Elles sont mises autour des reins », poursuit-il.

A quelques encablures, un autre client, le sac au dos, réclame la peau de la queue d’un singe. La tête courbée, il tourne le dos à la route. Monsieur ne veut-t-il pas se faire remarquer ? Il presse le pas une fois le marchandage effectué. « Les gens qui se mesurent à des adversaires le confectionne sous forme de gris-gris et le porte autour des reins. Ça leur permet d’occuper les premiers rangs », explique un de ces gens qui ont la mission de freiner les lois de la nature.

De la main, une autre dame qui attendait, choisit trois hérissons secs. 2.500 FCfa contre cet être qui acquiert une valeur une fois morte et séchée. Vivante, elle fait fuir les plus poltrons. « Nous avons un malade qui fait des hoquets incessants. C’est sur la prescription d’un marabout que je viens acheter ces produits », informe cette dame qui a préféré garder l’anonymat. Quel usage pour ce « médicament » ? Elle l’ignore, elle a été juste envoyée. Mais, Mohamed Cissé, un jeune haoussa, en connaît l’usage. Contrairement à certains qui ne sont que des vendeurs, lui, il est tradipraticien aussi. Initié à cet art par son grand-père, il peut vous donner la vertu de tout ce qu’il vend. « Tout comme les nids, les hérissons secs sont mis dans un encensoir contenant du feu. Sa fumée permet de sortir le mauvais esprit qui est en la personne. Il est également prescrit aux personnes qui souffrent de toux répétitives », explique ce Nigérien qui, avec son écritoire, trace des signes ressemblant à l’arabe. C’est du « toule », une amulette qui permet de se protéger des coups de feu et de couteaux.

La vente de la fourrure autour d’un grand marché
La vente de la fourrure, une activité génératrice de revenues. « La ceinture d’une peau de lion pour confectionner un gris-gris est vendu à 15.000 FCfa. Une surface de 5 cm2 de cette peau, il faut débourser 1.000 FCfa pour l’avoir. Pourtant, les vendeurs s’en sortent difficilement du fait que le franc Cfa est une monnaie faible comparée à celle des pays exportateurs (Kenya, Nigeria, Niger et Mali. « La peau du lion en entier, on l’achète à environ un million de FCfa. Et 400 dinars au Kenya, un équivalent de 1.200.000 FCfa », informe Mohamed Diallo, un vendeur et guérisseur.

De son coin dissimulé par des rideaux rouges, il s’adresse à trois types : deux Noirs et un Blanc. L’un des deux premiers est le fils d’un roi martiniquais. Que vient faire ce « milliardaire » au milieu de la Médina, quartier populaire de Dakar.
« Soigner son impuissance sexuelle », révèle Mohamed Diallo. « On s’est rencontré aux Etats-Unis et il m’a fait part de son impuissance qu’il a traitée en vain. Et comme je l’avais guéri, il est venu me rendre visite », s’en réjouit-il. D’un index, il nous montre la voiture que ce dernier lui a offert.

Par Marame Coumba SECK

Le matin, dès l’aube, ces jeunes quittent des localités de Dakar et même des régions pour se rendre au quartier « Colobane familial », sis à la rue Co-50, en face du terrain de basket-ball, à la quête d’un mieux-être. Ici, c’est le lieu privilégié de la vente des chaussures. Les brodequins d’occasion sont accessibles pour bon nombre de Sénégalais.

Entassées dans des sacs, les chaussures sont convoyées par containers, depuis le Canada, les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne. Ces chaussures, à vrai dire, font l’affaire des pays sous-développés. Pour s’en procurer, parfois, on est obligé de s’acquitter de la prière de l’aube sur place. Mouhamed Cissé, les yeux rivés sur un sac de chaussures, nous sert une réponse laconique : « J’achète pour revendre ». A force d’insister, le bonhomme affirme que depuis quatre ans, il exerce ce petit métier dont les bénéfices lui permettent de subvenir tranquillement à ses besoins.

Mais ce n’est pas toujours le cas. Abdou Mbengue assimile généralement le contenu des sacs de friperie à de la pastèque : « Il faut l’ouvrir avant de goûter. C’est comme à la loterie, tantôt on gagne, tantôt on perd», témoigne-t-il. Selon lui, les chaussures pour hommes, femmes et enfants sont mises dans des sacs qui pèsent entre 25 à 92 kg. Si les petits sacs coûtent entre 57.000 et 65.000 francs, les plus grands s’échangent jusqu’à 150.000 FCfa. Mais, il faut savoir marchander, comme le suggère Alé Diop, un autre vendeur. « Les revenus de ce métier sont instables ; c’est à l’image du dollar. Il y a des jours où tu n’as pas envie d’arrêter ; mais, pendant la période des vaches maigres, tu peux perdre jusqu’à 15.000 par jour. La tentation de jeter l’éponge devient réelle », relate le vaillant Alé Diop.

Matar Fall est le symbole confirmé que cette activité nourrit son homme. « Depuis 1984, je vends des friperies. Mais la vente de chaussures est plus florissante, car, grâce aux profits, j’ai construit ma maison à Touba et j’entretiens ma famille », se réjouit cet accro du café Touba. Selon plusieurs vendeurs interrogés, des commerçants se frottent les mains pendant les évènements religieux (Tabaski, Korité…), fêtes de fin d’année, mais surtout durant le froid où il faut s’habiller lourd.

Une foire nocturne permanente
En revanche, durant l’hivernage et les vacances, cette activité est au ralenti : les clients achètent plus les sandales que les « chaussures fermées ». Mouhamed Barry, un jeune Guinéen « Avec la pluie, on ne peut pas sortir nos étals », explique-t-il. Ces jeunes vendeurs ont alors mis en place une solidarité agissante pour surmonter les moments difficiles. « Les nouveaux arrivants sur le marché sont aidés pendant une semaine ; après, ils peuvent voler de leurs propres ailes », salue Cheikh Diakhaté qui indique : « Si un marchand tombe malade, nous faisons une quête jusqu’à 150.000 francs pour l’achat de ses ordonnances ».

« On achète en gros pour revendre au détail ». Cette réponse revient souvent quand on se rapproche de ces ambulants ou autres tabliers. On soigne la mise, même dans ce contexte économique difficile. Des commerçants ambulants, visiblement tenaillés par la dépense quotidienne, se disputent même le trottoir aux piétons. Ils revendent des chaussures d’occasion la nuit. Peu après 20 heures, en ce début de semaine, les artères qui mènent vers les Unités 5, 6, 7 des Parcelles assainies sont occupées par ces marchands, profitant de l’éclairage public. Les marchands proposent des chaussures neuves comme des chaussures d’occasion. « Nous avons toutes sortes de clients », affirme Abdou Khadre Diop, assis au carrefour qui mène à Guédiawaye. L’homme vend des marques « Nike », « Adidas », « All Star Converse », « Sebago » etc. « Je fais ce travail depuis sept ans. Comme ici, c’est presque un passage obligé des véhicules urbains, nous préférons nous asseoir à cet endroit pour mieux écouler nos marchandises», explique-t-il.

Débrouillards à souhait, ces marchands se frottent les mains lors des fêtes religieuses comme la Saint Sylvestre. « Air Jordan », « crampon », chaussures de ville sont aussi le goût d’une partie de la jeunesse. Ce qui fait qu’Ali va jusqu’à Colobane ou Sandaga, non loin du centre commercial El Malick pour acquérir des chaussures et procéder, ensuite, à la revente. Comme Dakar est menacé par l’insécurité, ces ambulants choisissent des sites éclairés pour exposer leurs étals. « Nous exposons nos marchandises sur les places publiques très fréquentées », souligne Abdou Khadre.

Abdoulaye Diallo a quitté son Fouta natal pour gagner son pain licitement. Etabli au marché Grand-Yoff, cet homme vend non loin de l’église Saint-Paul. Ses clients viennent de partout. « Moi, franchement, je gagne ma vie mieux qu’avant », sert le « foutanké » au wolof chahuté. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe des jeunes qui, le jour, s’adonnent à d’autres activités ; mais la nuit, ils retournent à leur commerce favori. Pourquoi ? « Parce qu’après achat à Colobane en début de matinée, il faut penser à asticoter les chaussures », informe Cheikh Diakhaté, qui voit, comme Mamadou Dieng, des revendeurs quittant Richard Toll, Thiès, et Mbour à la recherche de brodequins.

Haro sur les marchandises volées !
« Nous pouvons acheter, sans le savoir, des marchandises volées. Ici, c’est le marché familial ». Ces mots sont d’Abdou Mbengue, qui dit avoir fréquemment noté des cas de vol. « Si le propriétaire se présente, tu rembourses », embraye un autre ambulant. Abdou Khadre Diop ne dira pas le contraire, car certains milieux interlopes favorisent des dérives. Mais, il faut s’armer de prudence pour ne pas être taxé de complice ou de receleur.

Par Serigne Mansour Sy CISSE

Ils sont nombreux, ces jeunes natifs de Bambilor qui ont jeté leur dévolu sur l’aviculture, un secteur porteur d’emplois et de richesses. Un détour effectué à la ferme d’un des propriétaires, Papa Bakary Coly, permet de s’en convaincre. Cependant, ces aviculteurs se plaignent de l’implantation « anarchique » des fermes, le manque de lopin de terre dû à l’urbanisation « galopante».

Située à 3 kilomètres de Bambilor, la ferme avicole de Papa Bakary Coly est la parfaite illustration d’un secteur en plein essor. Dans ce poulailler implanté sur une superficie d’un hectare et demi au cœur de la brousse, on dénombre huit grandes bâtisses qui font office d’enclos de 20 mètres de long et 10 mètres de large. Les trois enclos d’une capacité de 700 sujets pour chacun servent à contenir les poulets de chair, les cinq autres, situés de l’autre côté de la ferme, abritent les poules pondeuses. Cinq puits creusés au milieu de la ferme assurent l’alimentation en eau aussi bien pour les poulets que pour les occupants de la ferme. Cette eau est également utilisée pour l’arrosage des champs maraîchers aménagés à l’intérieur de la ferme où s’activent 6 employés avec des tâches différentes.

Le maître des lieux, Papa Bakary Coly, un passionné de l’aviculture, nous sert de guide dans l’antre de son poulailler. Dans un des enclos où sont logées les pondeuses, le décor est tout simplement saisissant. Des sacs remplis d’aliments sont empilés de part et d’autre du local, des abreuvoirs et des mangeoires pris d’assaut par les volailles qui, avec leur piaillement, donnent un peu d’animation à cet endroit. Papa Bakary Coly explique, en effet, que ces sujets doivent rester 3 mois et demi pour pondre. Ainsi, avec ces milliers de pondeuses, le propriétaire de cette ferme parvient à réaliser, annuellement, une production d’un million d’œufs. A une dizaine de mètres de cet enclos, un autre local abrite les poulets de chair destinés uniquement à la consommation. A ce titre, précise M. Coly, ils doivent être élevés pendant 45 jours.

A l’image de Pape Bakary Coly, ancien émigré en Italie et en Espagne, actuellement secrétaire général de l’Association des aviculteurs de Dakar, ils sont nombreux ces jeunes natifs de Bambilor à avoir investi dans le secteur avicole, qui est en plein essor. Ibrahima Ndiaye, un autre aviculteur rencontré dans son dépôt d’aliments de volaille évolue, depuis 10 ans, dans les exploitations avicoles. « Avant 2005, la filière était un peu en léthargie à Bambilor. Ce n’était pas trop favorable, car il y avait les importations qui menaçaient le secteur. On notait même une diminution de la production dans la zone des Niayes », se souvient-il. Mais avec l’entrée en vigueur d’un arrêté visant l’interdiction de l’importation de poulets, dit-il, la filière a commencé à se redresser, ce qui fait que beaucoup de gens ont investi dans le créneau. « Du coup, la production a évalué de 2005 à 2008 », soutient M. Ndiaye, par ailleurs, président de la Fédération des acteurs de la filière avicole (Fafa). Il juge « favorables » les conditions de la zone de Bambilor pour la pratique de l’élevage de poulets. Un facteur qui contribue à l’augmentation de la production. « Etant dans une zone agro-sylvo-pastorale, elle participe à la croissance des sujets. Que ce soient les chairs ou les pontes », explique-t-il. Ainsi, soutient l’aviculteur, sa ferme peut produire jusqu’à 30.000 poulets par mois. Quant aux prix, ils varient entre 2.200 et 2.300 francs Cfa l’unité.

Pape Bakary Coly indique, de son côté, que les gens ont osé investir dans cette filière depuis l’arrêt des importations. « Si aujourd’hui, le gouvernement veut revenir en rouvrant les frontières, c’est nous ramener 8 ans en arrière », avertit M. Coly. Il explique qu’en 2005, la filière était à genou. « Actuellement, le secteur avicole commence à se relever, c’est mieux de le protéger et de l’encourager », estime-t-il. A son avis, il faut envisager la mise en place des mesures de restriction pour empêcher l’entrée des poulets étrangers dans le marché intérieur. Ces poulets, à en croire ce fermier, sont engraissés avec de la farine animale. « Il faut que le marché soit garanti à travers des mesures de protection pour encourager les investisseurs à venir dans cette filière. Le secteur avicole est rentable. En plus, l’investissement se fait à court terme. Car au bout de 45 jours, la personne peut retrouver l’argent qu’il avait injecté », rassure-t-il. S’agissant de la clientèle, elle est d’abord nationale avec les ménages, les gérants d’hôtel.

Ces obstacles qui plombent la filière
Cependant, déplore M. Ndiaye, l’implantation des poulaillers à Bambilor se fait de manière anarchique, ce qui pose un problème de données sur le nombre de personnes évoluant dans l’aviculture. Outre cette difficulté, il dénonce l’urbanisation galopante dans la zone de Bambilor. « Des zones destinées à l’aviculture sont même habitées ; un problème d’espace se pose. Pire, il y a des endroits où des gens ont rasé des poulaillers pour mettre des bornes en attendant de venir habiter », déplore Ibrahima Ndiaye. Il relève également des épidémies périodiques dans la zone et qui touchent les sujets. L’accès aux aliments reste un casse-tête pour les acteurs. Cela s’explique par la cherté du maïs qui constitue 50 % de la production de ces aliments. « D’où l’intérêt de voir d’autres sources de production d’aliments », préconise M. Ndiaye.

Un reportage d’Elhadji Ibrahima THIAM et d’Abdou DIAW

Moins en lumière que l'avocat ou le juge, le greffier est pourtant présent à toutes les audiences du tribunal où il assiste les magistrats, dresse les procès-verbaux et rédige les actes. Un métier qui exige organisation et sens du service qui peut constituer un vrai débouché, après quelques années de droit.

Simple « gratte-papier », le greffier ? Certainement pas ! Il est le garant de la procédure, le « scribe » de la justice. Il consigne l’intégralité des débats à tous les niveaux d’instance et veille à la conservation des jugements. Ce professionnel est la mémoire écrite de toutes les activités du tribunal. Présent lors de chaque étape d’un procès, il transcrit par écrit les débats d’audience, dresse des procès-verbaux et rédige les décisions du tribunal. Avant cela, il constitue les dossiers pour les juges, enregistre les affaires et prévient les différentes parties de la date de l’audience. Il est en quelque sorte un assistant des juges et des procureurs.

Amadou Sylla a fait une belle carrière dans ce corps, avant de tirer sa révérence. A tour de rôle, il a échelonné toutes les étapes de la hiérarchie des greffiers. Il informe davantage sur les tâches du greffier. « Le greffier garantit l’authenticité des décisions du juge, en effet tout jugement rendu en son absence peut être annulé pour vice de forme. Présent à toutes les étapes d’une procédure, il dresse des procès-verbaux et rédige les décisions du tribunal. Le greffier conserve les pièces, les archives et les actes pour ensuite délivrer des copies », informe-t-il.

Le greffier est le plus souvent le premier interlocuteur que le citoyen rencontre en pénétrant dans le Palais de justice.

l conseille sur tous les conflits de la vie quotidienne, renseigne sur les choix de procédure, les façons de constituer un dossier. Le justiciable peut lui remettre des dossiers à l’attention du juge, sans qu’il soit nécessaire de passer par un avocat. « C’est un métier où il faut être méthodique, précis et d’une extrême rapidité de réaction. En certaines circonstances, la discrétion doit être totale », note le doyen Sylla. Le greffier assiste à toutes les audiences publiques de sa juridiction, dont il assure en quelque sorte le « secrétariat ». « J’aime siéger (en robe, comme les juges), être au cœur de la justice en spectatrice privilégiée, sans avoir les contraintes et les responsabilités morales des juges, même si nous avons une responsabilité énorme : c’est notre signature en bas d’un jugement ou d’un arrêt qui le rend exécutoire, sinon il ne peut être appliqué. J’aime aussi la précision et surtout la rapidité de réaction qu'il faut avoir en audience pour prendre des notes», souligne cette débutante. « Il faut avoir du bon sens et être organisé pour ne pas se noyer dans les dossiers », conseille le vétéran qui ne cache cependant pas son peu d'enthousiasme pour la paperasse.

Études et formation pour devenir greffier
Le concours de recrutement de greffier (concours du ministère de la Justice) est ouvert aux titulaires du bac. Beaucoup de candidats sont cependant titulaires d'une licence, voire plus. Le greffe englobe l’ensemble des services administratifs des tribunaux. Toutes les juridictions administratives et judiciaires sont pourvues d’un greffe. Chaque greffe est sous la responsabilité d’un chef greffier. Après des années d’expérience, le greffier peut aspirer à devenir greffier en chef (fonctionnaire de catégorie A) par concours interne. « Le greffier en chef encadre tout un service de greffe dans un tribunal. Il gère le personnel et est responsable de la gestion financière. Les greffiers les plus motivés peuvent aussi passer le concours interne de l’École nationale de la magistrature, tandis que les greffiers en chef peuvent être recrutés en tant que magistrats après plusieurs années d'exercice », informe M. Sylla. Toutefois, certains membres de cette corporation appellent à plus de considération et un avancement plus conséquent. « Je suis greffier depuis plus de dix ans. J'ai à peu près œuvré dans toutes les disciplines pénales, de l'instruction jusqu'à l'application des peines, via le greffe correctionnel et celui du juge des libertés et de la détention », note ce greffier qui a requis l’anonymat. «Il faut tout d'abord comprendre qu'un Tribunal est organisé de façon tripartite. Il y a le parquet dirigé par le procureur qui dispose d'une équipe de magistrat afin de défendre les intérêts de la société », note-t-il. Cette branche est très hiérarchisée. Le procureur en haut puis ses adjoints, les vices-procureurs et enfin les substituts. Vient ensuite le siège, avec là aussi une hiérarchie, au moins administrative avec le président, les premiers vice-présidents, les vice-présidents et enfin les juges. Leur tâche est de statuer et de répondre juridiquement à une situation qui leur est exposée, informe-t-il. «Je dirai que ce métier passionnant nécessiterait une revalorisation, non seulement indiciaire mais statutaire. Il faudrait que nous devenions des agents de catégorie A avec une perspective de carrière », clame-t-il. On a coutume de dire en droit que « le fond suit la forme », affirme-t-il. «Nous sommes sur le terrain, nous essayons de nous motiver, nous recevons des gens dans de très grandes détresses, et nous ne devons jamais oublier que nous sommes des agents d'un service public, nous devons assumer la masse de travail qui est gigantesque, assister aux audiences parfois très tardives».

Par Oumar BA

Longtemps laissés pour compte en raison des multiples tabous qui les affligent, certains déficients mentaux errent dans les rues. Un phénomène de plus en plus courant qui gagne du terrain au fil des ans. Qui sont ces patients que la société considère comme des « malades mentaux » ? 

Il pleure, s’enlace, éclate nerveusement de rire et applaudit à tout rompre. Il fond à nouveau en larmes, dont le flot ne se tari que rarement dans la journée. Des années qu’il traine sa maladie. Une maladie mentale qui le ronge et l’indispose à la fois. Habillé en haillons, il fait le tour de Fass Mbao où il a fini d’élire quartier. Sa posture exprime un catalogue impressionnant de négligences. Ces dernières qui ont fini par le plonger du jour au lendemain dans la rue viennent-elles de lui ou sont-elles le résultat de faits combinés ? On donne notre langue au chat. Pour l’heure, c’est dans la solitude la plus absolue que Birama traine sa maladie.

Les langues bien pendues rapportent qu’un mauvais sort lui a été jeté par un vieux charretier, alors qu’il était beaucoup plus jeune. Suite à une altercation, le jeune homme alors saillant de muscles aurait fait passer un sale quart d’heure au vieux, surplombant de coups de poings au pauvre charretier. Lequel blessé de sa dignité a décidé d’en découdre en ôtant à Birama de son sens du discernement entre le « normal et l’anormal ». Une situation qui l’aurait fait perdre ses aptitudes psychologiques tout en l’envoyant dans la rue. Ses parents dont on ne sait où ils habitent, ont fini par l’abandonner.

Il y a à peine quelques décennies, les familles étaient mises au banc des accusés, dès lors qu’il s’agissait d’expliquer la déficience mentale de leurs proches. Heureusement, la science a évolué et les spécialistes admettent maintenant que la maladie mentale provient de surenchères mêlées à des conditions d’ordre biologique, psychologique et social. En termes simples, les maladies mentales sont liées à des dérèglements du cerveau et de la pensée qui peuvent être déclenchés par des événements pénibles et des difficultés de la vie. Sur le plan génétique, on n’hérite pas d’une maladie mentale, mais uniquement de la tendance à la développer.

Un jeune homme de 32 ans trouvé à Sicap Baobab, que nous nommerons Amadou, est un exemple achevé de ce phénomène. Dans ses descriptions, il dit, en effet, avoir été touché de plein fouet par une maladie aussi curieuse que subite. Un jour, comme tous les autres, Amadou, peintre de son état, s’adonnait à son travail. Il dit avoir tout d’un coup aperçu une silhouette étrange.

Cette dernière, bien que particulière, épouse des relents humains et lui propose de venir la rejoindre. Un niet catégorique lui est servi, et la créature « bizarre », blessée dans son amour propre, lui lance un défi. Quelques heures plus tard, Amadou a mal partout, s’en prend à tout le monde, veut se débarrasser de ses habits, insulte à tout va, bref, il perd complètement le « pôle Nord ». Ses parents soupçonnent de « mauvais esprits » et l’orientent alors vers une prise en charge traditionnelle. C’est à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye qu’il finira après plusieurs traitements pour retrouver ses facultés mentales. Pour combien de temps encore ? A bien des égards, Amadou constitue un rescapé. Car d’autres qui ont traversé une situation similaire se sont retrouvés, du jour au lendemain, dans la rue, errant sans aucune aide. Ils finiront clochard. Ce qui entraîne des dégâts collatéraux. Car ces maladies touchent des individus dans une période de leur vie où elles sont les plus actives ; et ce, sans discrimination quant à l’âge, le sexe et le contexte socioéconomique.

Ces malades mentaux qui vivent dans la société
Medicaments« Plusieurs facteurs peuvent avoir un effet sur le développement de la maladie. À titre d’exemple, au niveau biologique, on peut penser à des dommages prénataux, des traumatismes physiques, des infections et des déséquilibres dans le cerveau », note Ndongo Ndiaye, psychiatre. Pour ce qui est des facteurs psychologiques et sociaux, des éléments, tels que l’absence de soutien social, les mauvais traitements durant l’enfance, la violence familiale, le chômage et les changements importants au cours de la vie, peuvent influencer le déclenchement de la maladie », précise-t-il.

C'est une litanie fortement déconseillée aux âmes sensibles dont les journaux font pourtant parfois état. Des barbaries terribles devenues ordinaires. Courant de l’année 2015, quartier Dixième Thiès, le corps mutilé d'un garçon est découvert gisant dans la cour de son école coranique. La police procède difficilement à l'arrestation du présumé meurtrier, après qu’il ait massacré à coups de hache un jeune talibé. Deux adolescents rescapés, dont l’un gravement atteint, sont admis à l’hôpital. L’enquête déterminera plus tard que l’accusé serait un consommateur invétéré de chanvre indien. Il serait même un ami du père de la victime. Lequel est en train, au moment des faits, de purger une peine en prison. Des enfants et des adultes continuent d'être engloutis dans la spirale mortifère de personnes souvent décrites comme jouissant de toutes leurs facultés mentales, jusqu’à ce qu’un jour l’irréparable se produise. Pour fondés qu’ils soient, les exemples propres à ce type de faits sont nombreux. Leurs expressions sont parfois tragiques. A cet égard, les malades mentaux de la région de Tambacounda ont été la risée de personnes tapies dans l’ombre. Des meurtres, aux auteurs méconnus, avant que la gendarmerie ne prenne à bras-le-corps l’affaire et démasque les faiseurs de troubles. Le niveau de fréquence de cette criminalité s'était brusquement accru. La population vivait alors dans un état de stress permanent.

Saut à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye
Assis sur les marches de l’hôpital psychiatrique de Thiaroye qui mènent au service des admissions, un jeune patient élancé entonne des chansons. Il est drapé dans un pantalon jean. Son regard se perd au loin. Les va-et-vient incessants des accompagnants ne semblent guère le distraire. Il s’est fait à cette situation. Son accoutrement renvoie à celui des rappeurs : jean suffisamment ample, liquette assortie d’un tee-shirt, casquette bien vissée et des chaussures marque « Timberland », pour accompagner le tout. Ses chansons renvoient à celles des rappeurs. Tantôt faites de dénonciations, tantôt orientées sur des thèmes plus globaux, telle que la déception ou l’amour. Nos tentatives de lui soutirer quelques propos vont s’avérer vaines. Il est plus occupé à composer des « couplets ». Ici, à l’’hôpital de Thiaroye, l’équipe médicale tente de faire prévaloir une prise en charge respectueuse des malades.

Les administrateurs encouragent le principe de «l’accompagnement». Chaque malade est hospitalisé avec un membre de sa famille ou un proche. Ceci maintient un lien entre le malade et son environnement familial. Les auxiliaires veulent rompre l’isolement des patients et atténuer le choc de l’hospitalisation. La tradition reste très forte dans le rapport à la maladie mentale, expose un psychiatre trouvé à l’hôpital de Thiaroye. Il préfère garder l’anonymat, car l’administration doit donner son aval avant toute communication. Familiers des méthodes traditionnelles de prise en charge de la maladie mentale, les soignants intègrent pleinement cette dimension. Des « Penc », groupe de parole réunissant patients, accompagnants et médecins, sont initiés. Ces « arbres à palabres » à visée thérapeutique sont souvent le lieu d’échanges riches, complémentaires des entretiens individuels et familiaux.

Des familles qui peinent à honorer le prix des médicaments
La prise en charge médicale passe aussi par la prise de médicaments dont le coût pèse sur les budgets des familles. Ceci constitue un obstacle au traitement. Une fois rentrés chez eux, certains patients rechutent, faute de prise en charge. Malgré la politique de tarifs sociaux pratiquée, les familles, mises à contribution, peinent à soutenir l’effort financier. Au Sénégal, outre l’établissement de Thiaroye et le service de psychiatrie de Fann, il existe un village psychiatrique à Ziguinchor et un établissement à Thiès.

La santé mentale, grande cause nationale, selon l’Oms
L’Organisation mondiale de la santé (Oms) définit la santé mentale comme « un état complet de bien-être physique, mental et social ». La santé mentale englobe à la fois la promotion du bien-être, la prévention des troubles mentaux, le traitement et la réadaptation des personnes atteintes de ces troubles. La diversité de l’origine des maladies est à l’image de celle des traitements. Dans la pratique, il est observé que la plupart des personnes se remettent mieux lorsqu’elles bénéficient de la combinaison pharmacologique et psychologique. Par ailleurs, plus vite elles sont traitées, plus vite elles se rétablissent. Au-delà du traitement de base, il ne faut pas négliger l’importance et le soutien de famille. La personne atteinte d’une maladie mentale doit s’entourer de facteurs de protection, qui le permettront de développer sa résilience, c’est-à-dire la capacité à surmonter les difficultés, note le site de l’Oms.

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 06 juin 2016 16:31

Ce sont des métiers qui ne font pas rêver, pourtant, ils nourrissent leurs hommes. Mécanique et lavage de voitures, de quoi faire dans une ville où le nombre de jeunes inoccupés et les notes de conjoncture inquiètent. Le point sur leur exercice et les chiffres d’affaires.

« J’ai toujours rêvé d’être militaire », laisse entendre ce jeune de 26 ans. Rien que de porter la tenue lui aurait suffi. « Day tah nit gni naw la» (Avec la tenue, les gens vous respecte). A défaut du service militaire, Magou Fall a décidé de se réaliser dans la mécanique. De la tente sous laquelle il s’est réfugié, les bras croisés, il soutient que la réparation mécanique ne profite plus au patron. « Sur les rechanges de moteurs par exemple, le patron nous donne 7.500 FCfa ou 10.000 FCfa à se partager pour nous les cinq apprentis qui travaillons dans son garage. On peine même à assurer nos besoins alimentaires », se désole ce garçon venu jusqu’à Tagar Ndiobène Tay (Kébémer) pour trouver un travail assez descend. La réponse ne s’est pas fait attendre bien que surprenante. « Cinq moteurs par jour, ça fait combien ? Sans compter les autres dépannages que le patron laissent entre vos mains », dit l’un des chefs du garage électrique qui de sa cachette resurgit pour cracher ses vérités. Pour certaines pannes d’organes, ce sont les mécaniciens qui s’en chargent. Tandis que les patrons s’occupent des disfonctionnement des moteurs.

Quand on fait un métier qu’on n’aime pas, on cherche toutes les excuses possibles. Son désamour pour ce qu’il fait est devenu un secret de polichinelle. « Il me traverse parfois l’esprit de prendre une pirogue si l’occasion se présentait », confie ce jeune qui se perd dans ses ambitions d’être riche à tout prix.

7.000 FCfa pour segmenter un seul moteur, 30.000 FCfa pour l’acheter et 40.000 FCfa le montage inclus. De quoi assurer la dépense quotidienne mais également de quoi faire rêver un jeune Magou qui voit des billets de banque circuler sans en gagner beaucoup.

Dans une confusion de taxis, de particuliers, de minicars, de ferrailles, les bruits mécaniques émanent de partout. Des coups de tôlerie sur les épaves restant des véhicules accidentés ou trop usés et les vrombissements des véhicules qui ont des problèmes de masse, assourdissent passants et clients. Assis parterre, un homme d’âge mur s’affaire sur les bagues du moteur qu’il a entre les deux mains. Ce dernier ne semble guère gêné par ce bruitage mécanique. Au garage, un mécanicien n’a point d’oreilles, sauf pour parler à ses clients. Sur le capot d’un minicar à côté de lui, deux messieurs bien habillés attirent l’attention. Que font ces dandys au milieu de cette cacophonie ? Gérer leur garage comme tout le monde. « Un mécanicien en électrique n’a pas besoin de haillons pour faire son travail », lance dans un ton taquin le premier. Dans ses habilles tachetés d’huile, il assure que la mécanique est un métier profiteur. « Surtout quand il y a des évènements », informe-t-il.

Dandys au travail
« Je peux gagner jusqu’à 5.000 FCfa par jour », renseigne Talla Diouf qui a déserté l’école au profil du lavage des véhicule.

A quelques encablures du garage des mécaniciens, des laveurs déroulent également leurs activités. Quel réflexe ! Que d’outils à laver dans ce dépôt de véhicules ocrés où les hommes même perdent de leur couleur. « Pour les taxis, les calandos, les moteurs, nous les lavons à 500 FCfa. Pour les 4x4 à 1.000 FCfa », informe-il. A quelques pas de cette place, une autre station de lavage plus moderne que le premier mais, qui les moins que les espaces dédiés. Muni d’un aspirateur et d’une pompe de lavage, les tarifs y sont plus élevés voir multipliés par deux. « Le lavage associé à l’aspiration, c’est au minimum 5.000 FCfa », annonce Ablaye Mbaye, un ancien élève.

Après une série d’échecs successifs pour l’obtention du brevet de fin d’études moyennes (Bfm), il embrassa le métier de laveur. « J’ai une famille que j’entretien très bien grâce à ce métier », s’en réjouit ce père de famille qui, depuis quinze ans, y est.

Par Marame Coumba Seck

Tem-Tem et ton mari t’aime, « Adja safal bi gueune », « Jongué ba ci biir ciin », avec Maggi, « Chaque femme est une étoile », autant de qualificatifs pour attirer l’attention des cuisinières. Rares sont les dames qui peuvent s’en passer. Ces bouillons culinaires sont devenus pour elles, des « Corrige-Dame » pour une cuisine délicieuse et agréable.

 Des murs peints en jaune avec des étoiles rouges sur la façade, voici le décor de cette boutique se trouvant au marché Tilène. Une lampe allumée en plein jour du fait de l’obscurité des lieux surplombe la fenêtre à travers laquelle est fait le marchandage. Juste au-dessus d’elle, une bande sur laquelle est écrit « Aka Saparal ».

Cette même lumière projetée surles sachets fluorescents de bouillons crée un jeu de couleurs. « On accepte que nos murs soit peints ou décorés par des commerciaux fabricants de bouillons culinaires, en échanges de paniers de marché, de bol, de baignoires en caoutchouc et des réductions de prix sur les produits », avoue le boutiquier Alpha Barry.

Différents par leurs couleurs et par leurs prix, ces bouillons produisent différents effets. Adja Thiam est une habitante de la Gueule Tapée. Une bouteille de vinaigre à la main et un sachet d’Adja tomate, elle ouvre son panier pour les plonger dedans. Selon elle, cette épice donne une couleur rougeâtre et un goût de tomate fraîche au riz aux poissons. « J’entends que ces produits ont des effets néfastes mais dans un contexte où le poisson se fait rare, ils deviennent incontournables pour relever le goût  des plats », soutient-elle.

Une autre dame, panier à la main, s’arrête un instant pour serrer son châle noir. Elle estime que l’utilisation des cubes pose moins de problèmes que celle des bouillons en poudres. « Chez nous, on utilise que les produits faits par Maggie. C’est local et qu’il y a moins de danger », affirme-t-elle avec un sourire.

Autant en apporte la publicité
Le bouillon cube a pénétré le marché africain avec la colonisation. Dans les années 1970, les multinationales créent des filiales en Afrique de l’Ouest. Des entreprises locales se lancent ensuite dans la production de bouillon cube, n’hésitant pas à imiter les caractéristiques dominantes de la première marque. Ainsi apparaissent des concurrents arborant les couleurs rouge et jaune de celle-ci, ou baptisant leur bouillon cube de noms similaires. (Source : article Voyages et découvertes de Cécile Benoist, le bouillon en Afrique de l’Ouest).

L’affrontement commercial entre les différentes marques pousse chacune à développer des stratégies promotionnelles de toutes sortes. Les usines offrent ainsi des cadeaux aux consommateurs, parrainent des tournois de lutte traditionnelle, font des affiches bénissant le « Ndogou » (rupture du jeûne). Aujourd’hui, la tendance est la création d’émissions culinaires dans les différentes chaînes nationales, qu’elles soient privées ou publiques.

Sont-elles néfastes pour notre santé ?
Si les vielles marmites font les meilleurs plats, nos grands-mères et mères sont des cordons bleus comparées à nous. De leur temps, tous ces épices n’existaient pas. En croire à leurs témoignages, les bons plats qui embaumaient tous les foyers du fait de leur bon goût n’existent plus. Se tenant debout devant la porte de sa maison, le chapelet entre le pouce et l’index, elle se distrait en suivant le match qui se déroule depuis le terrain en face de chez-elle. Mariétou Guèye, une septuagénaire habite Sicap Mbao. « A notre époque, nous ne mettions que du cymbium et du poisson sec pour relever le goût de nos plats », se rappelle-t-elle. En plus de ces épices, elle se désole de la disparition de certaines plantes aromatiques telles que les oignons verts et les lauriers épices au profil des bouillons. « En mangeant, j’ai à côté de moi une bouteille », poursuit Mère Guèye selon qui les bouillons ne favorisent que des remontées gastriques.

Par ailleurs, certains affirment que l’usage abusif des bouillons et cubes a favorisé l’apparition de certaines maladies qui n’étaient pas fréquentes à l’époque. De cette rumeur sociologique, née la thèse qui consiste à dire : des substances toxiques pourvoyeuses d'impuissance, d'insuffisance rénale, d'obésité, entre autres.

Les méfaits d’une consommation excessive sont dénoncés en raison de la quantité importante de sel contenu dans ces bouillons cube. « Les bouillons sont principalement composés de sel et, de ce fait, ils augmentent les apports en sodium chez les consommateurs. Des études scientifiques prouvent clairement les effets néfastes pour la santé d'une consommation excessive de sel, notamment sur la pression sanguine, qui entraînent des maladies cardiovasculaires, des cancers de l'estomac, les calculs rénaux et le diabète », confirmait Fatou Sock, experte en sécurité sanitaire des aliments dans les colonnes du journal Enquête plus. Ce que confirme un ancien travailleur d’une usine de production des bouillons cubes de la place. « J’ai travaillé pendant six ans dans cette entreprise. 80%  des substances de production sont le sel, la farine de poisson et le borax (produit chimique) », avoue-t-il.

La substance qui fait l’objet de controverse s’appelle le glutamate mono sodique (GMS, E621). C’est un exhausteur de goût qui est utilisé depuis plus d’un siècle dans le monde entier pour renforcer la saveur des aliments. Selon certains spécialistes, à l’état actuel des connaissances scientifiques, il ne présente aucun danger pour la santé humaine car étant autorisé dans la liste positive des additifs alimentaires de la réglementation européenne.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on mercredi, 08 juin 2016 15:29

« Le Soleil » se propose de revenir, chaque semaine, sur ces métiers qui  nous ont tant fascinés, sans que l’on sache forcément, ce qu’ils  recouvrent, d’exigences et de nécessité. Cette semaine, visite guidée du métier de transitaire.

Le transitaire organise le transport de marchandises en relation avec les douanes et les chargeurs. Il est l’interlocuteur des intervenants de la chaine des transports et l’administration des douanes. Il est chargé du mouvement physique ou documentaire de la marchandise en entrepôt ou  du transfert sous un autre régime. Pour exercer cette fonction, il faut être agréé. L'agent de transit est chargé de l'expédition et du suivi de marchandises pour les entreprises de commerce.  Par ces temps, le métier d'agent de transit est très demandé par les grandes entreprises. Cette forte demande se justifie par la rapidité des échanges marchands internationaux. Toute personne physique ou morale remplissant les conditions requises peut faire la demande et aspirer devenir transitaire. Au Sénégal,  pour cela, il faut une lettre de demande d'agrément adressée au directeur général du Port Autonome de Dakar, président de la Commission consultative portuaire.

Mission de l’Agent de transit
« Un certificat d'imposition à la patente de l'année en cours avec indication du tableau de la partie ou de la classe,  un certificat d'inscription au registre du commerce et NINEA,  un certificat d'inscription à la  Caisse de sécurité  sociale pour les sociétés nouvellement créées ou une attestation de régularité pour les sociétés en activités sont également requis », informe Cheikh Ba, agent transit. L’aspirant au métier de transit doit également fournir  un certificat d'inscription à l'Ipres pour les sociétés nouvellement créées ou une attestation de régularité,  pour les sociétés en activité. Une attestation de l'inspecteur du travail prouvant que le demandeur est en règle avec la législation en vigueur, en matière de sécurité sociale, accidents de travail et non retard de paiement des salaires est également nécessaire, précise-t-il. Concernant les sociétés, les états financiers de l'exercice écoulé dûment certifié par un Commissaire aux comptes, si la société fonctionne ou un Business plan détaillé si la société est nouvellement créée doivent être fournis. Une copie certifiée de l'arrêté d'agrément en qualité de commissionnaire en Douane est aussi réclamée, informe-t-il. Le demandeur devra fournir une  attestation d'agrément des locaux pour l'activité de transit, délivrée par la direction  du commerce intérieur. Un certificat de non condamnation pou infraction grave à la réglementation douanière et fiscale délivré par la direction des enquêtes douanières. Un capital minimum de 15 millions de FCFA devra être entièrement libéré, par acte notarié, dans la procédure de demande. Pour l'expérience professionnelle, la société devra justifier, au sein de son personnel  d'encadrement, de cadres confirmés dont un ayant au moins 10 années d'expérience, dont 5 années dans la profession de transitaire avec des  certificats de travail et autres attestations à l'appui Fiscalité : le demandeur devra présenter un quitus délivré par la  direction des impôts.  Quel est le coût ?  Il est gratuit. Un agrément sous forme d'arrêté ministériel est alors délivré. Le délai de délivrance est d’un  mois. La durée de l'agrément est indéterminée.

L'agent de transit a un rôle clé pour les sociétés commerciales. Il est chargé d’acheminer les marchandises de la sortie des entrepôts,  jusqu'à leur destination finale, il faut valider un parcours à la fois légal,  mais aussi tarifaire. Youssoupha Guissé capitalise une vingtaine d’années d’expérience dans le transit, il décrit son métier de «personne morale de droit privée. Le transitaire a pour objectif, notamment, la réalisation, pour un tiers, des formalités de passage de marchandises ou d'effets personnels d'un territoire douanier à un autre. Il peut revêtir différents statuts : celui de transitaire mandataire, s'il est lié à son client par un contrat de mandat, et celui de transitaire commissionnaire, s'il est lié par un contrat de commission », informe-t-il. Le rôle  du transitaire consiste à étudier le moyen le plus approprié pour le type de marchandise à expédier et en fonction de sa destination finale. Il gère les aspects réglementaires relatifs au transport de marchandises, dans le monde et à l'import-export. Il assure enfin les formalités administratives de rédaction de documents de douane.

Devenir Agent de transit
L'agent de transit doit être particulièrement rigoureux et méthodique. Il doit  respecter toutes les formalités et conditions réglementaires, souvent complexes, est en effet indispensables au bon acheminement des produits finis. Le commissionnaire de transport doit être réactif et savoir gérer les imprévus, notamment administratifs. L'agent de transit acquiert ses responsabilités avec le temps et l'expérience. Il commence souvent en stage ou en contrat de qualification et doit faire ses preuves sur le terrain. Sa carrière pourra s'orienter vers des fonctions commerciales ou des métiers de la douane, plaide Youssoupha Guissé.Un transitaire est une personne ou une entreprise mandatée par l'expéditeur ou le destinataire d'une marchandise qui doit subir plusieurs transports  successifs. Sa mission est d'organiser la liaison entre les différents  transporteurs et d'assurer ainsi la continuité du transport, ainsi que toutes les opérations administratives connexes s'y rapportant, réglementation  douanière gestion administrative, et financière, du personnel, commerciale, des  assurances des litiges, des crédits documentaires, et de la représentation fiscale etc.. Il est possible de débuter avec un bac pro en poche. Il s'agit du bac pro Logistique ou du bac pro Exploitation des transports. La plupart du temps, un bac+2 est cependant recommandé et l'évolution sera plus rapide. Il existe des formations en Bts en Transport ou Dut gestion logistique et transport. Certains transitaires ne prennent en charge que les expéditions nationales. Les transitaires internationaux, eux, ont des compétences supplémentaires leur permettant de réaliser la préparation des documents import-export et le dédouanement des marchandises. Lors d'un envoi international de marchandises, le transitaire constitue un dossier comprenant l'ensemble des documents export. Ces documents exports sont présentés à la douane du pays d’arrivée des marchandises.

Par Oumar BA

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