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Ils font l'Actu (6)

Voudrait-il se rappeler au bon souvenir des Sénégalais et surtout du président de la République qu’Amath Suzanne ne s’y prendrait pas autrement. Après une longue période de silence, le Coordonnateur du Réseau national des enseignants Apr, a renoué avec les déclarations fracassantes comme il en a habitué les Sénégalais. Sa cible : Khalifa Sall, qu’il a accusé, sans fard, d’avoir fomenté un coup d’Etat qui visait le régime en place. Un des complices du maire de Dakar aurait même été arrêté dans un pays étranger. Rien que ça ! A côté de cette accusation grave, le qualificatif de « délinquant financier » qu’il accole à Khalifa Sall relève de la broutille.

C’est que, le Secrétaire général du Syndicat des enseignants du préscolaire et de l'élémentaire (Sepe) n’est pas du genre à s’accommoder de langage diplomatique. D’ailleurs, c’est comme ça que les Sénégalais l’ont découvert à la veille de la deuxième alternance lorsqu’avec son compère Youssou Touré, il s’est fait défenseur de son mentor politique Macky Sall. L’Apr et ses alliés au pouvoir, l’ancien volontaire de l’éducation est casé à l’Assemblée national comme Conseiller technique du président Moustapha Niasse. Il n’y fera pas long feu. Se mettant à critiquer vertement le président de l’hémicycle, Amath Suzanne Kamara est défenestré au bout d’un an. Faisant feu de tout bois comme à son habitude, c’est le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, qui sera la cible de ses foudres langagières en 2014 au plus fort des préparations des Assises de l’Education. Le tort du ministre, ne pas l’avoir impliqué dans l’organisation de cet événement. Même Youssou Touré, son compagnon de l’époque des vaches maigres, n’échappera à ses foucades. Après lui avoir contesté, à coups d’accusations de détournement de dizaines de millions, le poste de Coordonnateur du réseau national des enseignants Apr, il arrivera finalement à le lui chiper l’an dernier. Et ce n’est pas Me El hadji Diouf, un autre « Lucky Luke » de la parole, qui nous démentira.

Lui qui, lors d’une plénière à l’Assemblée nationale en 2016, a reçu en pleine figure les attaques d’Amath Suzanne Kamara.

Elhadji Ibrahima THIAM

Un avocat exclu d’un procès, cela ne se voit pas tous les jours. Me Elhadji Diouf, un des barons du barreau de Dakar, vient pourtant d’en faire l’amère expérience.

Commis par la ville de Dakar, il a vu le juge Malick Lamotte lui signifier qu’il ne pouvait plus prendre part au procès Khalifa Sall et Cie. La robe noire, qui se définit comme « l’avocat du peuple », si l’on en croit les raisons invoquées par le magistrat, serait tombé dans son propre piège. En effet, dans sa plaidoirie, Me Diouf a semblé plus défendre le prévenu, Khalifa Sall, que la partie civile, la mairie de Dakar. Ce que lui interdisent les dispositions de l’article 372 du Code de procédure pénale. Ayant vu sa constitution en tant qu’avocat de Khalifa Sall rejetée, conformément à  l’article 11 de la loi qui régit le corps des avocats et qui dit qu’un ancien ministre ou ancien député ne peut pas plaider contre l’État du Sénégal pendant une durée de trois ans depuis la cessation de ses fonctions, le tonitruant avocat avait pourtant réussi à entrer dans ce processus comme représentant de la Mairie de Dakar. Malheureusement pour lui, il y est ressorti avant même que les débats de fond ne soient abordés et avant même qu’il gratifie l’auditoire de ses célèbres effets de manches.

Car, faut-il le rappeler, plus d’une semaine après l’ouverture de ce procès, on en est toujours aux joutes procédurales.

El hadj ibrahima thiam

Le nouveau président gambien qui a prêté serment à Dakar, a-t-il fait un tour chez le tailleur du président Macky Sall pour bien paraître aux yeux du monde ?

En tout cas, sous sa tunique blanche immaculée, il ressemble étonnamment au chef de l’Etat sénégalais qui a popularisé ce qu’il est convenu d’appeler la « mode Macky ».

Entre la Gambie et le Sénégal, tout se ressemble. Mêmes leurs hommes forts !

Peu connu du grand public, très reconnu au sein de sa formation politique, Alliance pour la République (Apr), Pape Gorgui Ndong, Pape Ndong tout court pour les intimes, valse entre anonymat et discrétion. L’homme au visage juvénile, à la taille moyenne et au gabarit d’un gringalet n’en est pas pour autant un enfant de chœur. Il s’est forgé à travers le temps et les épreuves, comme dirait l’autre, des épreuves essentiellement politiques. Pape Ndong fait en effet partie des premiers militants qui ont adhéré à la cause de Macky Sall, alors opposant à la quête du pouvoir. C’est dans la tumultueuse banlieue de Dakar Pikine, aux enjeux politiques multiples et à l’électorat considérable, mais pas tout à fait dénuée de risques, que Gorgui Ndong s’engage. Il va, durant toute la traversée de l’opposition, diriger la section des jeunes de l’Apr dans tout le département de Pikine. Un travail qu’il va mener avec acharnement, qui au passage ne manquera pas de lui valoir autant d’admirateurs que des critiques. Muni de sa carapace, il va conduire les destinées du parti non sans difficultés, jusqu’à leur accession au pouvoir. Il hérite alors de la direction générale de l'Agence pour l'emploi des jeunes des banlieues (Ajeb). A la faveur de la dernière élection locale, il est élu maire de Pikine-Ouest. Tout récemment, ce spécialiste en gestion des ressources humaines, précédemment membre du Collège du Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT), est nommé ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie, chargé de la Restructuration et de la Requalification des banlieues, en remplacement de Madame Fatou Tambédou. «Audace et Raison d’Espérer ! ARE », tel a toujours été la philosophie du nouveau ministre. Ceux à qui il a, ne serait qu’une fois, eu à envoyer un sms ne le démentiront point.

Ibrahima Kane est le nouveau Directeur général du Fonsis (fonds souverain d’investissements stratégiques). Il remplace Amadou Hott promu au poste de vice président chargé de l’énergie, de la croissance verte et du développement durable à la banque africaine de développement (Bad). Polytechnicien, Ingénieur civil des Ponts et Chaussées, Ibrahima Kane était précédemment Directeur exécutif du Fonsis en charge des Infrastructures, de l’Agriculture et de l’Agrobusiness. Le nouveau Directeur général du Fonsis a roulé sa bosse dans plusieurs pays en Afrique après son départ de la France où il a fait ses humanités. Le polytechnicien a monnayé son talent au Cameroun, en Côte-d’Ivoire et en Mauritanie avant de rentrer au bercail.

Au Sénégal, il s’est d’abord lancé dans l’industrie laitière. Co-fondateur et administrateur de la première unité industrielle sénégalaise opérant un rayon laitier composé d’éleveurs traditionnels, M.Kane est proche du secteur privé. Par son expérience et ses compétences, ce polytechnicien diplômé aussi de London Business School en Exécutive leadership program parviendra-t-il à faire de Fonsis un véritable acteur du développement ?

Réunis au centre de Malango le 4 juin dernier, les divinateurs sérères ont prédit un hivernage pluvieux et de bonnes récoltes. La prochaine élection présidentielle s’est invitée aux prédictions, non sans controverses.

Samedi 4 juin. Il est 22h au Centre Malango situé juste derrière le fleuve Mame Mindiss (Ndlr : totem de la ville de Fatick), de l’autre côté en allant vers Kaolack. En cette tombée de la nuit, les vagues du petit bras de mer se noient dans le bourdonnement ininterrompu des tambours. Par dizaine, les visiteurs convergent vers la mythique demeure des saltigués, hôte cette soirée du traditionnel « Khoy », cette fameuse cérémonie de divination en pays sérère. La presse nationale et étrangère, parmi laquelle un journaliste freelance hollandais, est présente, micros et caméras à l’affût ; toujours prête à se faire l’écho médiatique de cet événement dont la notoriété a fini de dépasser les frontières nationales.

Dans la vaste cour du centre, les invités prennent progressivement place, entourés d’arbres. Certains des hôtes dînent entre deux cases, dans la pénombre. Les voyants, eux, sont reconnaissables à leurs tenues particulières, leurs gris-gris et leurs bonnets à la couleur rouge. Ils se bousculent au portillon pour prendre la lance et se livrer à leurs prédictions, leur jeu favori. Comme s’ils étaient possédés par une force supérieure qui les fait agir selon son bon vouloir. Les saltigués se défient tels des lutteurs dans une arène qui s’apprêtent à en découdre. Accompagnés par le « ndakin », rythme propre au « khoy »,  ils se laissent parfois aller à quelques démonstrations, quelques pas de danse. Le public se régale. Ça promet ! D’autres, à travers leurs mouvements, donnent l’impression de vouloir se métamorphoser, voler dans l’espace, toucher le firmament. Tel que le faisait le « dieu » saltigué Guedjopale Mane Niane, du moins si l’on en croit la légende. Celle-ci raconte que ce dernier, proche du mythique roi Diomaye Niane qui a un temps gouverné le Sine, montait au ciel partager le repas avec « Roog Seen », le Dieu suprême. Et miracle, il revenait sur terre, les mains recouvertes de couscous et de lait caillé ! Mais c’était il y a bien longtemps.

Hivernage pluvieux
salA l’intérieur du cercle transformé presque en ring, c’est un vrai capharnaüm, malgré les nombreux rappels à l’ordre du maître de cérémonie Djiby Ndiaye. « Vous ne pouvez pas tous parler en même temps ; ce n’est pas possible, vous n’êtes pas des enfants ! », se fâche le journaliste de la radio communautaire « Ndef Leng » Fm. Finalement, après plusieurs tentatives ratées, il convainc les saltigués à regagner leurs places respectives, une liste ayant été confectionnée pour les appeler un à un. Les esprits finissent par se calmer. Enfin le défilé tant attendu des « madag » (Ndlr : équivalent de voyant en sérère) peut commencer, à la grande satisfaction des spectateurs dont l’impatience devenait de plus en plus perceptible. Et c’est le saltigué Guedj Guèye qui ouvre le bal. « Fakkam ! » (littéralement bats-moi le tam-tam), lâche-t-il aussitôt à l’endroit du tambour major qui s’exécute, sans crier gare. « Rang tanguindang, rang tanguindang, rangtanguindang… ». Après quelques démonstrations au son des tams-tams, le vieillard enfonce la lance de toutes ses forces dans les entrailles de la terre. C’est le moment de s’adresser au public. Le ton grave, il salue la foule suspendue à ses déclarations très attendues : « L’hivernage sera pluvieux et les récoltes seront très bonnes. Il y aura beaucoup de mil et d’arachide ».  « Amiine », rétorque en chœur l’assistance. Les paysans sont avertis. De la pluie, il y en aura. Le reste ne dépendra que d’eux.

Le voyant Ndiaw Diouf embouche la même trompette. Il prédit une saison des pluies généreuse mais s’empresse de recommander des prières pour éviter certains accidents qui, souligne-t-il, risquent de coûter la vie à bien de passagers. Le « Yal pangol » (Ndlr : celui qui est possédé par des compagnons invisibles), Ibrahima Ndong confirme les prédictions de ses prédécesseurs. L’homme prévient néanmoins sur un violent vent qui pourrait créer beaucoup de dommages dans le sud du pays. Le jeune voyant Omar Ndiaye entre en lice et met les pieds dans le plat. « J’avais dit ici que si l’élection présidentielle s’était tenue en 2017, le chef de l’Etat Macky Sall n’aurait pas de second mandat. Fort heureusement pour lui, le scrutin a été repoussé. Mais cette prédiction reste valable pour 2019 », martèle-t-il.

La nouvelle génération, sans complexe
 saltigue 2Selon ce divinateur qui révèle avoir une épouse djinn, à côté de ses deux femmes, le successeur de Me Abdoulaye Wade à la magistrature suprême ne peut en aucun cas rempiler. « Je suis catégorique », insiste-t-il. Une prédiction que balaie d’un revers de la main Khane Diouf. En dépit de l’âge, la saltigué de Diadiack garde encore son agressivité, son principal trait de caractère. Dans le milieu très macho de la divination en milieu sérère, cette dame octogénaire est l’une des rares à défier et contredire la gent masculine. Ses prédictions dont beaucoup se sont révélées justes ont fini par lui donner une aura locale voire nationale et internationale. « J’ai été la première à avoir prédit l’accession de Macky Sall au pouvoir », rafraîchit-elle d’emblée la mémoire des spectateurs sur un ton jubilatoire. Puis prenant le contrepied de son jeune camarade Omar Ndiaye, elle ajoute que le président de la République aura bel et bien un second mandat en 2019. « Que ça vous plaise ou pas, Macky Sall va rempiler. Personne n’y peut rien », dit-elle encore à l’endroit de son rival. Après les cadors Khane Diouf, Mahé Mathie, Guedj Wagni, Landiougane de Sanghaie, Amy Faye de Niakhar etc., place aux jeunes loups aux dents longues ! Il faut dire que la relève est bien assurée avec notamment une forte présence des jeunes voyants de Ndiaye-Ndiaye, le quartier traditionnel sérère de Fatick. Incarnée par le jeune Fodé Diouf, la jeune génération n’a pas froid aux yeux et n’a pas non plus de complexe d’infériorité. Elle dispute la parole aux ténors dont elle ose contredire les prédictions, à l’image de ce choc de génération entre Khane Diouf et le jeune Omar Ndiaye. Et c’est justement tous ces défis, toutes ces contradictions, toutes ces empoignades verbales qui font le charme du « Khoy ».

 

Last modified on lundi, 27 juin 2016 14:54


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