grandair

Par Exemple (56)

Artiste comédien, Jules Dramé fait partie des pionniers du théâtre à Thiès. Ayant bénéficié de la formation de ses aînés, il met, aujourd’hui, son expérience au service des jeunes talents qui émergent dans la cité du Rail. Son rêve, voir Thiès étrenner une salle de spectacle moderne pour permettre aux acteurs de mieux bénéficier du boom que le théâtre a connu dans la région.

A Thiès, les troupes théâtrales ont émergé et ont étendu leurs tentacules à Dakar et dans le reste du Sénégal. La plupart des téléfilms diffusés à la télévision sont produits par des troupes thiéssoises dont Soleil Levant, Janxène, Royoukaay... Si les artistes de la cité du Rail ont réussi cette percée, c’est grâce à un travail réalisé à la base pendant des années pour dénicher les talents. Parmi ceux qui ont écrit cette histoire, figure Jules Dramé, artiste comédien, membre de la troupe Janxène de Thiès.

Fringant avec ses 53 ans, Jules Dramé capitalise une trentaine d’années d’expérience dans le domaine du théâtre. « J’ai pratiqué ce métier très jeune. J’ai commencé dans mon quartier avec notre Association sportive et culturelle. Je venais regarder les répétitions parce que mon frère était président de la Commission culturelle de mon Asc. Dans l’après-midi, les gens allaient à l’école de Diakhao pour faire les répétitions, et j’y assistais », confie-t-il. Il ajoute : « Un jour, les encadreurs ont eu des absents, j’ai alors dit au metteur en scène que je pouvais interpréter le rôle. Quand ils m’ont donné ma chance, je l’ai saisie ».

L’apprentissage du métier dans son quartier natal va se poursuivre à l’école. « Quand je suis parti à l’école Coly Diop (ex-camp Faidherbe), j’ai crée une troupe », explique-t-il. Jules Dramé réussit à allier les études à son penchant. Il parvient, après ses études primaires, à décrocher un diplôme d’électricien.

Mais, la passion de la scène l’emporte sur l’envie d’exercer comme technicien. Il est visiblement influencé par son entourage. « J’ai des frères qui sont aussi des artistes », fait-il remarquer. Jules Dramé va gravir les échelons en côtoyant des grands. Il intègre Calome, une troupe créée par feu Sa Daro Mbaye. Il a interprété le rôle de Canasse dans le film « Le pari de l’ancien » de Sada Weïndé Ndiaye. C’était en 2003. Il a également joué dans « Ngol-Ngol », une pièce de Mbaye Gana Kébé diffusée par la Rts en 2003. L’artiste thiessois a également participé à la foire de Caen, en 2000, avec un groupe de sa ville jumelée depuis des décennies à la ville normande, en France. « Canasse le fou m’a beaucoup marqué. C’est une pièce d’actualité qui parle des Saltigués par rapport à la pluie », confie-t-il.

Le comédien révélera ensuite ses talents d’artiste grâce à Janxène. Depuis plus d’une décennie, il est dans les productions de cette troupe qui regroupe de ténors de la comédie au Sénégal, à savoir Ndiamé Sène, Serigne Ngagne, etc.

Jules Dramé a pu jouer ces différents rôles grâce aux nombreuses sessions de formation auxquelles il a participé. « Nous avons été formés par de grands metteurs en scène du Sénégal dont Seyba Traoré et Mamadou Diop », explique-t-il. Aujourd’hui, il tente d’inculquer l’expérience acquise à la jeune génération. « Pendant plusieurs années, il y a eu un encadrement. Il y a une jeune génération qui a démarré en faisant du théâtre scolaire. Actuellement, ce sont ces gens qui sont venus encadrer les plus jeunes. Nous organisons beaucoup de sessions de formation », dit-il. « La formation porte sur plusieurs volets dont l’écriture et la mise en scène. Plusieurs paramètres sont pris en compte. Cela permet aux comédiens d’engranger de l’expérience pour être compétitifs », souligne-t-il. Jules Dramé estime que la formation est la clé du succès. « Nous avons commencé par nous former au niveau des Asc. Nous avons renforcé nos formations dans les écoles. Nous avons beaucoup travaillé avec les Asc. Nous avons longtemps été dans l’ombre pour travailler sur le théâtre populaire. C’est cette expérience que vous voyez actuellement sur le plan national. Les comédiens de Thiès ont eu à recevoir plusieurs formations tant au niveau de Thiès qu’ailleurs », fait-t-il remarquer.

« Dans les années 80, nous avions les journées du parrain dans les écoles. A cette époque, les gens formaient des troupes théâtrales dans les collèges d’enseignement. Pendant la même période, chaque Asc devait produire une troupe théâtrale. Et chaque nuit, nous nous retrouvionst pour faire des compétitions », ajoute-t-il. Selon M. Dramé, des journées pédagogiques artistiques étaient également organisées. « Chaque dimanche, de 9 heures à 17 h, les comédiens venaient pour participer à la formation durant laquelle des talents étaient dénichés. Pendant les spectacles, nous arrivions à détecter certains talents », souligne-t-il.

Les jeunes artistes comme Meless, Magnoukh et Combé ont été détectés grâce à ces Jpa. « Ce sont des jeunes qui ont fréquenté les Jpa. Ils sont actuellement dans la troupe Royoukaay où ils cartonnent », indique-t-il. C’est pourquoi Jules Dramé est d’avis que si Thiès réussit à jouer les premiers rôles dans le théâtre au Sénégal, c’est parce qu’il y a eu des formations. « Les premières troupes qui ont pu tirer leur épingle du jeu ont été formées. Avec leur succès, il y a eu un foisonnement de troupes théâtrales. C’est le boom du théâtre à Thiès », se réjouit-il.

Après plus d’une trentaine d’années d’expérience, Jules Dramé ne cache pas sa fierté de voir la cité du Rail émerger dans le domaine du théâtre. Cette fierté le pousse à se concentrer uniquement dans le développement de son métier. Depuis trois ans, il a tourné le dos à 30 ans de carrière d’arbitre fédéral de football. Actuellement, son quotidien est rythmé par le théâtre. « Je me suis marié par le biais du théâtre. J’ai fondé une famille par le biais du théâtre, j’entretiens ma famille par le biais du théâtre. Ce n’est pas le grand financement, mais on s’est sort bien », indique-t-il. Vice-président de l’Association des artistes et comédiens du Sénégal (Arcos) et initiateur du Festival de théâtre du rail (Fesrail), il pense que sa satisfaction sera plus grande lorsque Thiès étrennera des infrastructures modernes permettant aux artistes de pratiquer pleinement leur art.

Par Babacar Dione et Diégane Sarr

D’une urbanité exquise que l’on ne retrouve que chez ceux qui ont un long commerce avec la prestigieuse culture islamique, d’une surprenante érudition qui fait voler en éclats les barrières entre la gnose mystique et la connaissance de ce monde, Chérif Atkhana Aïdara, président de la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh, est un exemple de civilité, d’humilité et d’amabilité. Sa vaste connaissance, ses analyses pertinentes des tourments qui secouent notre monde contemporain, lui valent l’admiration de tous ceux qui le côtoient.

Chérif Atkhana Aïdara n’est point ce rédempteur insensible aux angoisses qui habitent ceux dont il a la tâche d’orienter les âmes vers Dieu. Ce n’est pas non plus un homme qui se situe dans un univers éthéré, méprisant les contradictions de ce bas monde. Son extrême sensibilité au devenir des âmes fait de lui un homme au plus haut point touché par les problèmes que vivent quotidiennement les fidèles khadres. Pour lui, l’islamique, en plus d’être la voie du salut, est une morale de tous les jours. Il est un comportement, une conduite que l’on doit adopter même dans ses actes les plus anodins.

Pour faire passer un tel message dans les esprits de tous ses contemporains, Chérif Atkhana Aïdara ne ménage pas son temps. Son bloc-notes est plein de dates pour des conférences qu’il tient partout où les fidèles interpellent sa science pour mieux suivre les voies qui mènent à Dieu. Il parcourt inlassablement le pays comme un pâtre pour y semer la bonne graine. Fidèle à l’esprit de Cheikhna Cheikh Saadbouh, il définit avec la méticulosité d’un exégète averti des textes coraniques, les comportements que doit adopter le fidèle hanté par la noble obsession de servir Allah et uniquement Lui. C’est avec la même dévotion que Chérif Atkhana Aïdara s’occupe de la préparation de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale de la Khadriya qui sera marquée, en juillet 2017, par la commémoration du centenaire du rappel à Dieu de Cheikhna Cheikh Saadbouh.

En tant qu’activité phare de cette importante rencontre internationale, la célébration du centenaire de la disparition du saint homme de Nimzatt sera l’occasion de mettre en exergue la pertinence et le caractère intemporel du message de Cheikhna Cheikh Saadbouh, de celui des saints et des savants musulmans, mais du soufisme qui est un facteur de résolution des problèmes de toute nature auxquels font face nos sociétés modernes. Un autre grand dossier fait travailler Chérif Atkhana Aïdara : le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul, la capitale de la Khadriya au Sénégal. Le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul a été conçu par la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh. Les plans architecturaux et les documents de mise en œuvre ont été remis aux autorités gouvernementales sénégalaises.

L’engagement du président Macky Sall qui, depuis son avènement à la magistrature suprême en 2012, a lancé un programme national de modernisation des villes religieuses est fortement salué par Chérif Atkhana Aïdara qui attend que Ngoumba Guéoul bénéficie de cette heureuse initiative. Présentement, le guide religieux n’a de souci que le succès de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale dont l’objectif est de donner les réponses de l’Islam face aux enjeux du monde, de célébrer le centenaire de Cheikhna Cheikh Saadbouh et de concrétiser la modernisation de Ngoumba Guéoul. L’ouverture de cette importante rencontre est prévue à Dakar les 8 et 9 juillet et la clôture en Mauritanie, les 12 et 13 juillet 2017.

Par Cheikh Aliou AMATH

Il fait partie de ces bonnes gens qui, par modestie, refusent d’être au-devant de la scène et travaillent, par bonté, à faire braquer, sur d’autres individus, tous les projecteurs. Dr Mouhamed Habiboulah Sy, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est de cette race d’hommes. Chez cet éducateur, cet érudit du Coran et ce pédagogue aguerri, la transmission des connaissances islamiques est un sacerdoce.

« Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame », dit l’adage. Aussi, derrière un grand élève, on trouve un grand maître. Ce qui s’applique convenablement au Dr Mouhamed Habiboulah Sy. Le nom ne vous dit certainement pas grand-chose. Normal. L’homme n’a jamais été au-devant de la scène. Dans la plus grande discrétion, il s’est, depuis de longues années, évertué à servir son pays. Son champ d’évolution est celui de la transmission du savoir. Dr Sy est un spécialiste des sciences de l’éducation qui s’est toujours occupé à inculquer aux jeunes un solide savoir. Son système, fondé sur la rigueur, le suivi et l’application, a produit, jusqu’ici, des élèves de qualité.

Parmi les potaches instruits par Dr Mouhamed Habiboulah Sy, il y a Mouhamed Moujtada Diallo, récemment consacré champion du monde de récital du Coran en Malaisie. Ce maître hors normes, de taille moyenne et de teint noir, entretient bien sa longue barbe. Le visage avenant, il nous reçoit dans le bureau qu’il occupe dans son établissement de la banlieue dakaroise. Beaucoup d’ouvrages en langue arabe sont entassés dans l’office. Ici, on est en contact permanent avec la connaissance. D’ailleurs, la quête de connaissance et, ensuite, sa vulgarisation sont la raison d’exister des Sy. « En choisissant le chemin de la transmission des connaissances, je n’ai fait que suivre les pas de mes aïeuls », révèle-t-il.

Un parcours honorable
Dr Mouhamed Habiboulah Sy est né en 1969 à Diattar (département de Podor) dans le Fouta. Son grand-père s’appelle Thierno Hamidouh Diattar Sy. « Ce dernier a considérablement contribué à la formation des fils et petit-fils de Cheikh Oumar Foutiyou Tall. Il a ainsi encadré Thierno Mountaga Tall et Thierno Maddani Tall, entre autres Tall », renseigne-t-il. Il a, lui-même, été initié par son père à Diattar avant de se rendre à Galloya pour poursuivre ses études auprès de Thierno Cheikhou Kane. Suite au rappel à Dieu de son maître, il est pris en charge par le fils du défunt formateur, Thierno Mamada Kane. C’est ici qu’il maîtrisa le Coran avant de se rendre en Mauritanie dans le but de toujours perfectionner ses connaissances.

Dans ce pays ami du Sénégal, il intègre l’institut des études coraniques, y passe deux ans et décroche un diplôme spécialisé en Education. Toujours déterminé à acquérir de nouvelles connaissances, il se rend à l’université islamique de Médine en Arabie Saoudite. C’est là qu’il décroche son baccalauréat et sa maîtrise. Il prend la direction du Soudan où il décroche son doctorat en Sciences de l’éducation. C’est en 1997 qu’il décide de se lancer dans l’enseignement, en fondant sa propre école. « Au début, je n’avais que quatre élèves, toutes des filles », se rappelle-t-il. Il n’avait pas suffisamment de moyens et comptait sur ses propres fonds qui n‘étaient guère très substantiels.

« A mes débuts, j’étais confronté à plusieurs difficultés. J’avais du mal à honorer les frais de loyer, à subvenir à mes propres besoins. Mais, j'ai tenu bon », souligne-t-il. C’est petit à petit que le cercle des élèves s’est élargi, en passant de quatre à quinze, puis à vingt élèves. La qualité de l’enseignement dispensé fait la publicité de l’établissement qui attire de plus en plus d’élèves. Des chefs religieux, très connus, décident également d’y envoyer leurs enfants. « Cet intérêt amène davantage de parents à inscrire leurs garçons ou filles dans mon école », se souvient Dr Mouhamed Habiboulah Sy dont l’école se trouvait alors entre Diacksao et Diamaguène, en banlieue dakaroise.

La consécration
C’est quand l’effectif a atteint le nombre de 100 élèves que Dr Mouhamed Habiboulah Sy a commencé à trouver son indépendance financière. Il est désormais en mesure de mettre dans de meilleures conditions les apprenants. Alors, il s’achète un terrain à Sicap Mbao et y construit son école qui, pour l’internat seulement, reçoit plus de 1.500 pensionnaires. L’établissement fait travailler une quarantaine de personnes toutes rémunérées. Ici, tout élève mémorise d’abord le Coran et poursuit le cursus en franco-arabe jusqu’à l’obtention du baccalauréat. « L’année passée, l’école a enregistré 96% de taux de réussite au Cfee, 92% au Bfem et 70% au baccalauréat. L’on a passé une entente avec les universités dans des pays comme le Maroc, la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Egypte. Cela fait déjà dix ans que les pensionnaires de l’école prennent part à des concours internationaux », informe Dr Sy.

Selon le chef d’établissement, la demande est aujourd’hui supérieure au nombre de places disponibles. C’est pourquoi, il lance un appel au gouvernement ainsi qu’aux bonnes volontés pour l’aider à la délocalisation de l’établissement dans un endroit plus vaste, comme Diamniadio. Dr Mouhamed Habiboulah Sy invite les parents d’élèves à orienter leurs enfants vers l’apprentissage de la religion cumulé au système français.

« Cette donne leur permet de connaître leur religion et de s’ouvrir aux enjeux du monde », conseille-t-il avant de souligner que « le choix porté sur Mouhamed Moujtada Diallo dans le cadre des concours n’est point hasardeux. C’est un élève qui a toujours su se surpasser ». D’ailleurs, fait-il savoir, autant pour le baccalauréat arabe que français, il s’est classé deuxième de son centre.

En organisant des sorties pédagogiques pour les élèves, Dr Mouhamed Habiboulah Sy s’est imposé le devoir de faire saisir aux pensionnaires de son établissement que l’instruction et la formation leur sont indispensables s’ils tiennent à être des citoyens imbus des problèmes qui se posent à leur pays, des sujets décidés à mettre leurs connaissances au service de la communauté nationale, des personnes libres, conscientes de leurs droits et de leurs devoirs, respectueuses de la loi et ayant le sens des responsabilités.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 16:15

Inconnu au bataillon il y a quelques années, Gaoussou Guèye est devenu un fervent défenseur de la pêche artisanale, qu’il considère comme un parent pauvre du secteur. Acteur très engagé et soucieux du devenir des communautés côtières, son combat pour le compte de la transparence dans le secteur l’a propulsé aux devants de la scène. Parti de rien, Gaoussou Guèye qui a mis en place l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche maritime (Aprapam) a été porté à la tête de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa). Son plus grand défi : rendre plus visible le secteur de la pêche artisanale et gagner le combat de la transparence et de la bonne gouvernance.

Quand il débarquait à Mbour vers la fin des années 80, il n’avait jamais réalisé qu’il deviendrait un acteur incontournable de la pêche artisanale. Mais l’étoile de Gaoussou Guèye a brillé d’un gros éclat. En feuilletant le livre de son passé, l’on se rend compte qu’il avait flirté avec la pêche, mais cette idylle n’avait pas trop duré.

Gaoussou Guèye a démarré sa carrière par la navigation. « J’ai roulé ma bosse un peu partout. J’ai participé à la mise en forme de plateformes en Angola, à Port-Gentil, à Pointe Noire. J’ai ensuite un peu touché à la pêche. J’ai fait des pays comme la Guinée, la Sierra Leone, la Guinée Bissau et autres », renseigne-t-il. C’est par la suite qu’il a atterri à Mbour, mais ce n’était point pour travailler dans la pêche. Il y était pour ses activités professionnelles. Gaoussou Guèye gérait une station d’essence, mais les choses n’ayant pas marché comme il le souhaitait, il s’est tourné vers le mareyage. Ainsi s’ouvre un nouveau chapitre de sa vie. « Les débuts n’ont pas été faciles. Fort heureusement, des commandants de bateau que je connaissais et qui habitaient Mbour m’avaient mis en relation avec leurs familles, leurs amis », rappelle-t-il.

Chemin faisant, Gaoussou Guèye s’est intégré dans ce monde complexe. Constatant que les acteurs du secteur n’étaient pas organisés, il s’est engagé à changer la donne et les organiser de sorte qu’ils aient une structure qui défendrait leurs intérêts. « C’est ainsi que j’ai créé un Gie après mon adhésion à la fédération communale des mareyeurs, filiale de la fédération nationale des mareyeurs. De fil en aiguille, on a continué et j’ai trouvé qu’au niveau des organisations professionnelles ce n’était pas trop organisé. Il y avait trop de problèmes crypto personnels, on défendait plutôt des intérêts individuels que l’intérêt général », explique-t-il. Conscient que les organisations professionnelles avaient failli à leur mission, qu’elles ne jouaient pas le véritable rôle qui était le leur, Gaoussou Guèye a entrepris avec des amis qui n’étaient pas du monde de la pêche de créer une association de la société pour aider les communautés côtières.

Nouveau président de la Caopa
« Je me suis rendu compte que quand on discutait sur les accords de pêche, les acteurs n’étaient pas souvent d’accord. Ils n’assistaient pas aux tables de négociation, ne connaissaient rien des accords. Il fallait donc que les choses changent », indique-t-il.

L’année 2010 marque donc la création de l’Aprapam qui regroupe des scientifiques, des économistes, des professionnels de la pêche et de la communication qui partagent les objectifs d’aider les communautés côtières à améliorer leurs conditions de vie, mais aussi à mieux apprécier les ressources et d’en faire un usage qui garantit la durabilité, à s’impliquer dans la mise en œuvre des politiques de pêche et d’en tirer des retombées bénéfiques entre autres.

Parent pauvre de la pêche, le secteur artisanal a trouvé en la personne de Gaoussou Guèye un fervent défenseur. « La pêche, c’est dans mon sang. Toutes mes discussions tournent autour au tour de la pêche. Je ne parle que de pêche. Je ne peux pas faire autre chose que défendre le secteur de la pêche. Je suis tout le temps braqué sur la pêche surtout artisanale qui joue un rôle extrêmement important dans notre pays. Non seulement c’est un facteur de stabilité sociale, ça créé des emplois et contribue beaucoup à la sécurité alimentaire », confie-t-il. Et la préservation des ressources demeure l’un de ses plus grands combats. « Il doit y avoir de la transparence dans la pêche et il faut un cadre exclusivement réservé à ce secteur », note-t-il.

En 2011, la Caopa a organisé au Sénégal un séminaire ouest-africain sur le thème de la transparence dans les pêches maritimes en Afrique afin d’examiner les problèmes causés par le manque de transparence dans le secteur et d’élaborer des stratégies pour améliorer l’accès du public à l’information. Les recommandations de cette rencontre ont été améliorées et c’est sur cette base que la Fiti (Initiative pour la Transparence des Pêches) a été créée, indique M. Guèye. Récemment à Bali, en Malaisie, la Fiti s’est structurée et Gaoussou Guèye fait partie des 15 membres du Conseil d’administration.

Son engagement et sa détermination lui ont valu son élection en novembre dernier à Lomé, au Togo, à la tête de la Caopa pour un mandat de trois ans renouvelable une seule fois. Il a été choisi à l’unanimité par les membres des 24 pays. Il remplace à ce poste le Mauritanien, Sid’ Ahmed Ibn Abeid qui a épuisé ses deux mandats. « C’est un honneur et une satisfaction que 24 pays, à l’unanimité, disent que c’est un Sénégalais qui va être leur président. C’est un grand challenge et je ne peux pas le réussir seul. Je sollicite le soutien de tous pour réussir cette mission, car il reste beaucoup de travail à faire », indique Gaoussou Guèye qui occupait le poste de secrétaire général de cette organisation interprofessionnelle. L’un des challenges du nouveau président, c’est d’organiser une année africaine de la pêche artisanale pour rendre beaucoup plus visible ce secteur qui, au-delà de ses aspects socio-économiques, est extrêmement important, mais aussi de relever les grands défis du secteur, notamment les enjeux de sécurité alimentaire, de la création d’emplois et de la gestion de la ressource halieutique pour une meilleure durabilité.

La pêche, un métier noble
Aujourd’hui, soutient M. Guèye, la pêche artisanale est invisible parce que les gens croient qu’il n’y a que la pêche industrielle qui débarque dans nos pays. Les débarquements de la pêche industrielle ne font que 20 %. La pêche artisanale est un secteur qui gagnerait, selon Gaoussou Guèye, qui gagnerait à être davantage organisé. Et à l’en croire, l’Aprapam et de la Caopa y travaillent. « Au lieu d’avoir des pléthores d’organisations professionnelles, qui ont une mission commune, à savoir la préservation de la ressource, il faut une mobilisation des forces, avoir des organisations professionnelles fortes, structurées qui soient autonomes pour régler leur quotidien sans tendre la main », relève Gaoussou Guèye qui est convaincu que la transparence est un élément essentiel pour gérer la pêche. Selon lui, il faut promouvoir la cogestion, la surveillance participative pour améliorer le système de gestion des pêcheries dans nos pays. « Nous devons vers une bonne pratique de pêche et chacun doit engager sa responsabilité pour la préservation de cette ressource, mais aussi la protection des océans », relève-t-il en plaidant pour un changement de comportement notoire au niveau des pêcheurs, décideurs politiques et entreprises qui jonchent le littoral.

Que du chemin parcouru depuis ! Mais Gaoussou ne regrette pas le chemin choisi. « Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde. Je vais continuer à défendre les communautés côtières, la pêche artisanale et le secteur de la pêche dans son ensemble », assure-t-il.

Pour le président de l’Aprapam et de la Caopa, il n’y a pas de métier plus noble que la pêche. « Quand le pêcheur quitte son domicile pour aller en mer, il reste des heures sans voir personne, mais il garde toujours espoir de pouvoir capturer du poisson. Il est enthousiaste quand il réussit et ramène ses prises pour pouvoir le mettre à la disposition de ses concitoyens. Dès qu’il vient quand quelqu’un qu’il connait, il lui donne du poisson. Cette générosité, on ne le trouve ailleurs que dans la pêche », relève-t-il. De l’avis de Gaoussou Guèye, les pêcheurs méritent toute la considération du monde. « Ils ne comprennent pas et ne savent peut-être pas lire le français, mais ils ont des connaissances extraordinaires », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL

Mariée à un Européen depuis plus de 7 ans, Mbissine Sarr a échappé aux échecs qui caractérisent la plupart des mariages mixtes dans le département de Mbour. De son union avec son mari, sont nés un enfant de 3 ans et une situation sociale reluisante.

Mbissine Sarr n’est pas comme les autres filles de son village, Pointe Sarène. Au moment où les autres peinent à joindre les deux bouts, elle ne se plaint pas. Elle roule à bord d’une rutilante 4X4. Mieux, elle habite dans une belle maison équipée de toutes les commodités dont une piscine. Pourtant, il y a quelques années, elle était juste employée comme femme de ménage dans une résidence. Aujourd’hui, sa vie a basculé vers le luxe. Le bonheur. Et cela grâce à une rencontre qu’elle a faite. «  J’ai rencontré mon mari là où je travaillais. Il y passait ses vacances. Quand on s’est connu, pendant trois ans, nous sommes sortis en tant qu’amoureux. Cette relation a abouti à un mariage », explique-t-elle avec un air de fierté.

A Pointe Sarène, Mbissine Sarr suscite l’admiration. « Elle a eu la chance de rencontrer un Blanc qui est très généreux. C’est un homme qui n’est pas raciste et qui accepte de l’aider », confie, une femme âgée de la cinquantaine. « Il y a des filles qui choisissent des Sénégalais qui ne peuvent pas s’occuper d’elles. On ne doit pas faire une distinction entre un mari blanc ou un noir. L’essentiel est d’avoir une union stable », ajoute notre interlocutrice. L’admiration envers Mbissine est vite constatée par le visiteur qui pénètre dans ce paisible village peuplé de pêcheurs et de cultivateurs. Quand, à bord de sa rutilante 4X4, elle stationne à côté du domicile de ses parents, les regards sont fixés sur ses faits et gestes. Le voisinage s’empresse d’échanger avec elle. Une ambiance cordiale s’installe. Mais Mbissine Sarr semble garder la tête sur les épaules. Ses échanges avec ses amis sont empreints de respect et d’humilité. Ils portent sur les tâches quotidiennes opérées par les femmes du village. Preuve de la simplicité dont elle fait montre, Mbissine Sarr porte sur le dos un nourrisson sous de regard de la mère de celui-ci.

Né en 1982, Mbissine Sarr est la fille d’un notable bien respecté dans ce village situé en bordure de mer. Elle a suivi ses études primaires dans son village natal jusqu’ au cours élémentaire deuxième année. « J’ai quitté l’école très tôt. Je n’aimais pas les études », justifie-t-elle. Restée à la maison, Mbissine Sarr a appris à exercer les tâches domestiques. Pour monnayer ses connaissances, elle n’est pas partie loin. Comme nombre de jeunes habitantes de la Petite côte, elle est restée dans son village. Elle se fait employer comme domestique dans une résidence qui accueille des touristes occidentaux. « L’homme qui est mon mari m’a trouvée dans cette résidence. Nous avons débuté une relation amoureuse », se souvient-elle.
La relation entre les deux nouveaux amoureux durera trois ans, malgré la différence d’âge. Les deux ont une différence d’âge de 25 ans. «  Mon mari a 60 ans. Mais son âge ne me gêne pas. Je l’aime c’est tout. Il m’aime aussi », se défend Mbissine. La jeune de Pointe Sarène se targue d’avoir presque « sénégalisé » son mari. «  Il mange des plats de chez nous. Il s’adapte à notre environnement », explique-t-elle. «  Ce matin, je lui ai demandé ce que nous devons préparer pour le déjeuner, elle m’a répondu qu’il n’a pas de choix. Il goutera tout ce que nous préparerons », explique-t-elle.

Mbissine Sarr est visiblement avantagée par son physique. De teint clair et de taille élancée, elle est bien moulée dans un jean qui laisse apparaître ses formes généreuses. La mine joviale, elle a su se forger une place dans la modernité tout en n’oubliant pas les valeurs traditionnelles auxquelles s’accroche son village natal. A titre d’exemple, elle raconte avec un air de fierté, les tournois de lutte traditionnelle organisés dans sa contrée. C’est manifestement pour récompenser cela que, C.L ne lésine pas sur les moyens pour faire plaisir à son épouse. Les commodités sont nombreuses : voiture, maison équipée, etc. La native de Pointe Sarène ne perd pas de vue ce soutien. «  Il m’aide beaucoup. Je ne regrette pas de l’avoir épousé. Mon mari s’occupe bien de moi », dit-elle, la mine joviale.

Les échecs de mariages mixtes enregistrés ailleurs ne découragent pas la native de Pointe Sarène. « Je remercie le bon Dieu. Mon ménage se porte bien. Nous avons choisi de nous marier parce que nous nous aimons », martèle-t-elle. Notre interlocutrice rejette toute motivation financière dans cette relation qui a été visiblement bénie par les parents. « Quand ta fille fait son choix, il faut le respecter. Qu’elle ait choisie de se marier avec un Blanc ou pas, l’essentiel est qu’elle soit heureuse. Que ce mariage réussisse », témoigne M. Sarr, père de Mbissine Sarr. A Pointe Sarène, au moins 5 couples mixtes sont dénombrés. « L’important est d’avoir un mari qui vous aime et qui vous respecte », fait remarquer Mbissine. Pourtant, si ça ne dépendait que de quelques membres de l’entourage de la native de Pointe Sarène, l’heureux élu aurait été un Sénégalais bon teint. « Un parent m’avait mis en garde en ces termes : ne t’engages pas dans ce mariage. Tous les Européens qui viennent ici ne sont pas sérieux », se souvient-elle. Mais, a poursuivi Mbissine Sarr, « j’ai foncé parce que je savais que mon mari m’aime beaucoup. J’avais beaucoup d’espoir en lui ».

Du mariage entre Mbissine Sarr et C.L est né un garçon âgé de trois ans. Une famille est fondée. La jeune Mbissine Sarr peut bien afficher le sourire de faire partie des exceptions des mariages mixtes.

Diégane Sarr et Babacar Dione

Mbaye Guèye, ancienne gloire de la lutte sénégalaise, a marqué son époque. L’homme, toute sa carrière durant, a drainé de nombreuses foules acquises à sa cause. Aujourd’hui, il savoure tranquillement une retraite bien méritée.

Assis sous un arbre, le buste droit et les jambes écartées, le corps reste athlétique malgré le poids de l’âge. Les années d’efforts fournis au bord des plages pour se muscler ou maintenir la forme ont laissé quelques petites séquelles. Le premier « Tigre de Fass » a de beaux restes. La génération qui l’a vu lutter apprécie son courage légendaire et sa détermination sans faille. L’autre génération, celle qui ne l’a pas vu batailler, n’en demeure pas moins attachée aux prouesses du premier « Tigre de Fass ».
Mbaye Guèye a, malgré les années qui passent, gardé sa bonne réputation de lutteur légendaire. C’est parce qu’au fond l’homme ne s’est véritablement jamais tenu à l’écart des arènes. Comment y parvenir ? Difficile ! Chez les Guèye, la lutte est un legs qui se transmet de génération à génération. « Mon grand-père était, à son époque, un très grand lutteur craint de tous. Il a fait mordre la poussière à tous ceux qui ont osé se frotter à lui dans une arène », témoigne-t-il. Comme son aîné, il a, lui aussi, marqué son temps autant dans les « mbapatt « (combats de lutte populaire) que dans l’arène nationale. L’autre « Tigre » de la famille se nomme Moustapha Guèye, petit frère de Mbaye Guèye. C’est dire que chez les Guèye, la lutte est dans le sang.

Après avoir tenu en haleine les amateurs de lutte pendant plusieurs années, Mbaye Guèye profite présentement d’une retraite bien méritée. Il tient actuellement domicile en banlieue dakaroise, plus précisément à Fass Mbao. Ici, il est devenu un notable, un sage à qui on fait continuellement appel pour échanger sur divers sujets. Il se montre d’ailleurs particulièrement disponible dès lors qu’il s’agit de prodiguer des conseils ou donner des orientations aux jeunes. « Mbaye est d’une disponibilité marquante. Il est tout le temps prêt à vous accorder de son temps », témoigne un de ses voisins.

Il reste l’un des lutteurs qui aura le plus marqué les générations des années 1970-1980. Il a à son actif près de 80 combats en deux décennies dans l’arène. A l’époque, un lutteur ne pouvait pas se permettre de rester plus de six mois sans se frotter à un adversaire. « C’était une question d’honneur », se souvient-il. Et dire qu’en son temps les cachets étaient nettement moindres par rapport à ceux d’aujourd’hui. En 1973, un des combats de Mbaye Guèye avait défrayé la chronique. Pour cause, le lutteur avait empoché la « rondelette » somme d’un million de FCfa pour affronter Saa Ndiambour. 

« Une énorme somme à l’époque », se souvient-il. A l’occasion, le stade avait fait le plein. Certains n’ont d’ailleurs pas pu y avoir accès. Les gradins étaient archi pleins. Les lutteurs venaient ainsi de percevoir le premier cachet d’un million de FCfa, mais le promoteur pouvait également être fier d’avoir organisé une telle confrontation. Chacun a su, au final, tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, un cachet pourrait avoisiner la centaine de millions par lutteur. « A chacun sa génération. A chaque génération sa chance », relativise t-il.

Tigre de Fass
Le sobriquet de « Tigre de Fass » colle encore à la peau de Mbaye Guèye. Mais, au fait, d’où vient ce surnom ? « C’est un journaliste du quotidien national « Le Soleil » qui m’avait surnommé ainsi au sortir d’un combat âprement disputé », se souvient-il. Ce jour-là, Mbaye Guèye, bien que blessé, a lutté jusqu’au bout, ne se laissant guère déstabiliser par ses blessures. Il finira vainqueur de cette légendaire confrontation, avec à la prime le surnom de « Tigre » qu’il trainera honorablement jusqu’à la fin de sa carrière. Il fait, sans doute, partie des anciens champions de lutte qui auront le plus marqué leur temps.

C’est en 1964 que le « Tigre de Fass » débute sa carrière dans les « mbapatt ». Là, Mbaye Guèye se fait remarquer. Sa technique, son endurance, sa détermination marquent plus d’un. Son nom fera le tour du pays avant qu’il ne décide même d’intégrer l’arène nationale. C’est en 1964 qu’il intègre l’arène nationale. Il en ressort en 1970 pour aller honorer son service militaire. Après sa durée légale, il signe son retour dans l’arène au grand bonheur des nombreux amateurs. « Mbaye Guèye était un combattant charismatique. Vous pouviez ne pas le supporter, mais vous tombiez forcément sous son charme. Il était en quelque sorte irrésistible », témoigne James Seck, un incorrigible amateur de lutte.

Agé aujourd’hui de 50 ans, James assure avoir assisté à la plupart des combats du premier des trois « Tigres de Fass ». De Mbaye Guèye, il ne garde que de bons souvenirs. Parmi les mémorables souvenirs, James évoque les confrontations contre Moussa Diamé, Souleymane Diaw et Double Less. Justement, il s’est frotté à deux reprises au dernier de la liste. Dans la première confrontation, il s’est retrouvé avec une défaite. Le second combat a eu lieu en 1977. Il est resté sans verdict.

Par Oumar Ba

Famara Ndour, après 25 ans, à braver la mer- ou à la dompter- avec ses bateaux, parle toujours de la voile avec une touchante passion. La navigation à la voile, plus qu’un banal parcours le long des étendues d’eau, c’est sa vie, sa préoccupation quotidienne qui l’arrime à Foundiougne depuis toujours. Il en est, ici, à la fois le précurseur et le promoteur. Il se donne comme exaltante mission d’y développer ce sport nautique pour donner à ses concitoyens la chance de vivre ses joies infinies et ses aventures fabuleuses.

C’est comme si Famara Ndour était condamné à braver la mer ; lui, le « petit » Sèrère qui s’ennuyait à Foundiougne à assister un oncle dans un petit commerce pour ne pas tomber dans le désœuvrement après l’arrêt de ses études et les tentatives pour être enrôlé dans l’armée. Ses infortunes agissaient sur son fabuleux destin. Un matin, en effet, au hasard des rencontres, un homme blanc, français de nationalité, interrompt la routine dans laquelle il croupissait. Fabrice, alors jeune navigateur français, veut acheter une cassette audio « originale » de Youssou Ndour après qu’il l’a cherchée vainement à Dakar. Dame fortune le mène chez Famara où il en reste une seule. Les deux bonhommes ont un bon feeling. On s’invite à manger. « Il venait d’arriver à Foundiougne avec son bateau. Il se plaisait à venir papoter à la boutique de mon oncle que je tenais pour juste m’occuper. Un jour, il me confie son voilier parce que devant se rendre en France pour deux mois et me propose un salaire de 30.000 FCfa par mois. Ce qui était une aubaine pour moi qui n’avais pas de revenus », se souvient-il, heureux d’avoir eu du pot. On est alors en 1989. Pour la première fois, le natif de Foundiougne met les pieds dans un voilier. « C’était un challenger », se rappelle-t-il. C’est le début de « l’odyssée » marine. La passion devient, de jour en jour, plus ardente. Après la première remontée sur Dakar avec Fabrice de retour au Sénégal, elle devient brûlante. Il passe un mois au Cercle de Voile de Dakar et perce davantage cet univers. De temps en temps, lui et son nouvel ami s’offrent quelques sorties pour parcourir les bolongs du Saloum, de la Casamance et quelques traversées vers les îles du Cap vert… ; ce qui l’accoutume à la pratique si bien que le tandem ne se quitte plus.

Après un énième voyage en France, Fabrice, accompagné de sa copine, sa future épouse, l’invite à faire une sortie en mer pour se rendre en Casamance. « Cela a été une expérience à la fois difficile et enrichissante pour mon apprentissage de la voile », confie Famara. Ce jour-là, la mer est agitée, le vent de face complice de leur infortune. Le moteur et les voiles les enlisent dans la misère. Néanmoins, Famara ne faiblit pas devant l’adversité. Un bateau contacté grâce à la bande des très hautes fréquences (Vhf) les sort de la galère temporairement en les remorquant pendant trois tours d’horloge pour les larguer à Djifer. Béa, la dame de cette périlleuse aventure tombe malade. Comble d’infortune, Famara doit ramener le voilier seul à Foundiougne pour permettre au couple de ne pas rater son vol. L’expérience est concluante. Un mental se forge.

La mer, espace de rencontres
Par la suite, Fabrice cédant devant l’insistance de sa femme, reste deux ans en France pour se construire un plus gros bateau. Il fait cadeau au jeune féru de la navigation de plaisance du petit bateau. C’est son premier voilier. Le « toubab » l’incite alors d’en user dès qu’il y a du vent et d’en faire jouir des touristes pour en tirer gain. « Et c’est grâce à cela que je me suis marié, j’ai construit ma maison, fait de belles rencontres, voyagé pour découvrir plusieurs endroits », jubile-t-il fier d’avoir joint l’utile à l’agréable. 17 ans après, il s’achète un petit bateau de course en remplacement du premier. Il s’offre ensuite un Sangria, choisi à Dakar parmi les nombreux bateaux délaissés par leurs propriétaires, acheté à un bon prix et conduit à la voile de Dakar au Saloum par un Famara téméraire qui entreprenait sa première navigation hauturière en solo.

La mer est le point de convergence des amoureux de la voile. On y noue des relations viscérales. La « flamme » des eaux assiègent leurs esprits et nourrissent leurs âmes. Un matin, Famara y croise, en train de naviguer, une petite française d’une grande famille de plaisanciers à qui a appartenu son nouveau joyau, le Sangria. Cette dernière en a été bouleversée. Ses propos, ses effusions devrait-on dire, sont un éloge à l’audace de l’enfant de Foundiougne : « Regardez bien ce petit voilier qui navigue à quelques encablures de Skol. Il a trois propriétaires remarquables, ce joli petit bateau : premièrement, c’est un Sangria, un bateau de grande série qui a le même architecte que notre Jurançon, un cousin donc, une silhouette que nous connaissons bien. Secondairement, il est manœuvré par deux Noirs et zéro Blanc, ce que nous n’avions jamais vu jusqu’à ce jour. Troisièmement, il marche au près, c’est-à-dire de manière pointue contre le vent et nous avons le plaisir d’observer plusieurs virements de bord qui marquent une véritable maîtrise de la voile occidentale et une longue pratique. Un petit mystère pour nous ». Le marin de Foundiougne se meut allègrement donc dans un univers préconçu pour des êtres d’ailleurs !

Le précurseur
Marquée et rassurée par la personnalité de Famara et sa passion pour la voile, et devant se rendre en France, comme Fabrice, il y a quelques années, elle lui confie son bateau et lui fait cadeau d’un « bijou » de famille à son retour : un instrument de navigation provenant du bateau fétiche de sa maman. « Ce personnage étonnant aura été l’un des rares hommes dans ce pays qui nous aura rendu service sans rien attendre de nous, sans chercher à en tirer un avantage, une bonne affaire, sur le champ ou plus tard », témoigne-t-elle, heureuse d’échanger sur sa passion à des milliers de kilomètres de chez elle, dans une petite commune perdue dans le Sine-Saloum.

Les sports nautiques sont considérés, au Sénégal, comme la marotte de la sphère des gens opulents eu égard à la cherté de la logistique. Toutefois, Famara Ndour essaie, depuis quelques années, à les promouvoir dans son patelin, avec les moyens du bord et au détriment parfois de ses économies. « Il est nécessaire de partager mon savoir et le bonheur que procure cette pratique ». Il s’échine à donner corps à cette ambition. Aujourd’hui, il dispose de quelques bateaux (dont un qui s’appelle Youssou Ndour pour faire un clin d’œil à l’histoire) qui lui permettent d’initier des personnes à la voile afin de trouver des relais au sein de la population.

En collaboration avec un Italien qui a un club de voile à Ndangane, il compte s’investir davantage dans la formation des jeunes. Grâce aussi à des amis, il attend 17 bateaux pour donner plus de marge à cette pratique dont il est le précurseur à Foundiougne. « La priorité, c’est la formation des formateurs, des futurs moniteurs. Car, c’est un vaste chantier que je ne saurais entreprendre seul. Nous devons profiter de ce plan d’eau pour former les champions de demain », souligne-t-il tout en espérant que les pouvoirs publics y participeront. L’attribution d’un espace, par simple indication de leur probable champ d’intervention, leur serait utile ; celui occupé actuellement est un domaine privé. En attendant, Famara entretient sa passion et ses bateaux même s’il faut se priver de quelques plaisirs.

Par Alassane Aliou MBAYE

Il a soixante-six ans. On lui en donnerait beaucoup plus. Il a la voix peu audible, la démarche chancelante mais Abdoulaye Diop trouve toujours la force de faire ce qui donne sens à son existence : monter sur les planches. Et cela jusqu’au dernier souffle de vie.

Tout est clair dans sa tête. Le théâtre, c’est son cheval de bataille. Il est d’une cohérence presque fascinante sans laquelle on le confondrait à un illuminé des temps nouveaux, avec son accoutrement de scène -celui des miséreux d’une pièce théâtrale-. Dans une grande maison, à Khombole, Abdoulaye Diop trimbale sa longiligne carcasse et son visage ridé en quête de vies à raconter. La sienne n’est pourtant pas sans intérêt. C’est le genre de personnage choyé par tous et ami de personne. Qui, dans sa solitude, voit le film de son existence se dérouler avec regret et amertume. Mais, lui n’a pas encore eu le temps de regarder le sien pour en avoir. Son art, il le conjugue au présent parce que « le théâtre, c’est un sacerdoce, chez moi, une chance de servir mon peuple. Et ça, ce n’est pas une chose qu’on arrête de faire », sort-il mollement de sa bouche « dépeuplée » de ses dents. Celles qui lui restent sont brunies par l’abus de tabac.

Son défunt père, guérisseur et maître coranique, aurait voulu qu’il choisît « une vie plus gratifiante ». S’il ne dépendait que du pater familias, cet encadreur et directeur artistique n’aurait jamais connu l’enseignement en français. C’est son parrain qui l’inscrit à l’école 1 de Khombole où il obtient son Cepe pour poursuivre ses études au lycée Malick Sy de Thiès. Dans cet établissement, en classe de quatrième, son prof d’espagnol, celui qu’il appelle toubab bi (le blanc) lui fait découvrir ses prédispositions pour l’art dramatique « après avoir brillamment accompagné de mimiques une chanson ». La référence du théâtre khombolois est née au détriment des études qu’il arrête en classe de Seconde. Il intègre la troupe Dahwatoul Islam, la plus significative de Khombole ; Islam, une manière peut-être pour rassurer les censeurs de la localité. Avec la compagnie communale qu’il quitte en 2004, Abdoulaye participe, à plusieurs reprises, à la semaine de la jeunesse et de la culture. De cette expérience, cet homme dur d’oreille se montre plus engagé pour des causes utiles à sa communauté. « Je suis le premier à avoir écrit une pièce théâtrale sur le Sida avec la collaboration de l’Organisation non gouvernementale Aprosor », se souvient-il fier. Lui et ses partenaires se produisaient dans des cours de maisons ou d’écoles, dans des rues à l’occasion des séances de lutte ou pendant la période des « Nawetaan ». Sa progéniture semble être attirée par la scène. « Mafille est la plus talentueuse », précise-t-il, ses yeux rouges illuminés de fierté. Celui qui n’a jamais eu de production filmée ne rase pas les murs pour avoir choisi un métier trop longtemps jugé dégradant. Autrement, « j’aurais dissuadé toute ma famille de s’y aventurer », jure-t-il. Chez lui, tout le monde est comédien. Seule la femme qui lui reste y a échappé. L’acteur au frêle corps souvent drapé dans des boubous traditionnels n’aime pas se lamenter. Il se contente de ce que la nature lui a donné. Que les pouvoirs soient indifférents à ce qu’il fait ne l’empêche pas de faire ce qui le passionne.

Ces donneurs de leçons-là !
Il est également trop vieux pour se préoccuper de ce que disent les gens à propos du métier qu’il a choisi. Le théâtre nourrit-il son homme ? « La question est malposée », selon lui. « C’est un sacerdoce, une révolution culturelle pour changer les mentalités et les adapter ». Son jeune frère, Serigne Abdou Diop, son clone, parle de lui, conquis par sa ténacité : « Les gens éprouvaient de la gêne à faire du théâtre mais lui, il ne s’est jamais préoccupé des médisances ». Encore moins de ceux qui prétendent pouvoir lui apprendre son art.

Il y a un épisode de son parcours qu’Abdoulaye raconte avec beaucoup de fierté. « Des gens ont voulu m’apprendre un métier que je fais depuis des décennies ». Il fait allusion à un ancien metteur en scène de la troupe nationale dramatique du théâtre Daniel Sorano. Ce dernier, dans le cadre du programme du Centre de lecture et d’animation culturelle (Clac), était chargé d’animer un séminaire de formation sur la mise en scène. « Au bout de quelques minutes, j’ai quitté la salle, n’y trouvant aucun intérêt. Ce n’était pas ma conception du théâtre », proteste-t-il. Aux explications d’un autre ponte sur l’écriture théâtrale, il n’accorde non plus aucune importance. Ce ne sont pas eux qui lui ont permis d’écrire son chef-d’œuvre sur le conservatisme traditionnel et le conflit générationnel que « malheureusement un de mes amis se plaît à plagier et à s’attribuer », dénonce l’homme à la barbichette et aux cheveux poivre et sel.

Abdoulaye ne donne pas l’air de vouloir trop s’épancher sur les retombées financières. En tout cas, pas autant que sur sa passion. Le théâtre, de son propre aveu, il n’en tire que la satisfaction d’avoir rendu service à sa communauté. Pour nourrir sa famille, le natif de Khombole s’est essayé à beaucoup de métiers. Il a été tisserand à la société textile sénégalaise, veilleur de nuit au centre de santé. Mais, « c’était plus du bénévolat », précise-t-il. La star des comédiens khombolois aurait également hérité de son père des dons de guérisseurs. Il n’en ferait toutefois pas un gagne-pain. « Un acteur culturel doit être généreux », justifie cet ancien militant de l’Union progressiste sénégalaise (Ups). L’homme aux multiples décorations a également adhéré à Aj/Pads (And-jeuf/Parti africain pour la démocratie le socialisme). Après la fissure du parti, il rejoint le fils de Khombole, Mamadou Diop Decroix. « Mais la politique et moi, c’est un mauvais casting. Je me vois plus comme acteur de développement au-dessusde la mêlée », dit-il. Il fourmille d’idées et d’initiatives. Grâce à son engagement, à son obstination, Abdoulaye a été conseiller municipal en 1972. Ce n’est rien à côté de la joie que lui a procurée son art.

Par Alassane Aliou MBAYE

Abdou Aziz Sall, de son nom d’artiste Maha Lahi, est de ceux qui ne rompent jamais l’effort sur le chemin de l’accomplissement de leur destin. Cette atypique créature n’envisage l’épanouissement que dans le style musical auquel il s’identifie, le reggae, par la cadence et le sens. Par la spiritualité et l’engagement en faveur de l’aventure collective.

Son épouse s’appelle Fatou Ndiaye. Comme sa mère. Elle est son ombre qui lui rappelle le chemin parcouru et les horizons illimités à découvrir ensemble. L’ange gardien à la carnation claire est celle qui l’a aimé et choyé au beau milieu de la tempête. Elle est sa manageuse officieuse qui répond aux appels. Maha Lahi risquerait de tenir le téléphone à l’envers ! De toute façon, ça le laisse de marbre ! Il est de ces êtres qui ne subissent pas le temps et ne vivent que pour accomplir leur « destinée ». Il y a, dans la vie de « l’ex » Abdou Aziz Sall, de petites étrangetés aussi fascinantes que les saillies charmantes et égayantes de son imagination ; celle-là qui lui permet de tenir en haleine une assistance tout au long de ses exquises divagations.

Le quadragénaire, né à Kaolack, a bourlingué et trimé pour se fabriquer un destin dans un style musical, le reggae, qu’il a embrassé au détour d’un voyage en Gambie et d’une découverte d’un morceau du chanteur jamaïcain, Luciano. Après des études interrompues en classe de troisième aux cours moyens et secondaires, il s’essaie à plusieurs métiers. Mais, le cœur n’y était pas. En sus, « mon père et ma mère avaient divorcé », rappelle-t-il en guise de justification. Il tâte le ballon rond dans le « nawetaan » et s’égare un peu. La musique le ramène dans le « giron de la normalité ». Abdoul Aziz Sall imite des ténors de la musique sénégalaise : Thione Seck, Youssou Ndour, Omar Pène. Il s’y plait. L’envie de tracer sa propre voie devient irrépressible. Une prestation du Groupe de rap Daara-J le stimule.

En 1996, des amis et lui fondent un groupe, le « Black roots ». Leur premier morceau « Boolo len » révèle leur talent poétique et artistique. La formation fait long feu. Les membres investissent d’autres univers. L’enfant de Kaolack, lui, poursuit le rêve et s’ancre dans le reggae. « La Gambie m’avait déjà inoculé le virus du reggae. J’avais fini par m’identifier à cette musique par le message qu’elle formule et le rythme qu’elle déploie », confie l’homme aux dreadlocks interminables au-dessus desquels « plastronne » un chapeau « Cabral ». En 1998, le groupe Rapadio fait une entrée fracassante sur la scène musicale sénégalaise et sonne le glas d’une certaine forme de musique et d’artistes « doucereux ». Maha Lahi, reclus à Foundiougne, trouve refuge dans la spiritualité auprès de son nouveau guide religieux « Baye Fall », Moussa Diagne. Il y rencontre son épouse et se réconcilie avec la musique. « Au début, je voulais me lancer dans le cantique. Cependant, mon guide, convaincu de mon amour pour le reggae, m’a incité à m’accrocher à ce rêve nourri depuis des années », se souvient-il, les yeux, derrière des lunettes à verres correcteurs, scintillant de fierté. Doit-on attendre moins d’un fils de Muchacho, célèbre percussionniste qui a accompagné Thione Seck, Afriando et African Salsa ?

La désillusion
A son retour à Kaolack, tout au début des années 2000, il crée le Majal Gui et s’offre une petite notoriété grâce aux belles mélodies distillées. Sa rencontre avec le groupe de rap Keur Gui booste sa carrière naissante. Celle avec l’animateur J-Man de la Radio Dounya lui permet de louer Cheikh Ahmadou Bamba et de rappeler le drame du Diola à travers deux titres qui lui ont valu d’être reconnu par le public. Malgré ces éclairs de génie, Maha Lahi se morfond dans ses satisfactions d’amour-propre. Pour répondre aux sceptiques qui le trouvaient peu ambitieux et l’affublaient de sobriquets pour sa longue « hibernation », il sort « Juum ngen » (vous vous trompez). Certains esprits narquois lui suggéraient même de faire un duo avec le chanteur Pape Thiopet ! Suprême offense pour un reggae man !

Les quolibets, si tant est qu’ils existent encore, sont certainement devenus moins incommodants. Maha Lahi a fait du chemin. Le concours télévisé, « L’Afrique a un incroyable talent », auquel il a participé récemment, l’a mis sous une source lumineuse qui l’a fait découvrir au monde. Le début a été aussi prometteur que la désillusion qu’il y a connue par la suite. « Un ami de mon père m’a informé du casting après lequel j’ai été choisi parmi une flopée d’artistes. Je l’ai su tardivement et les formalités pour le voyage en ont rajouté à mon stress. N’eut été ma femme, je serai passé à côté de ce rendez-vous. C’était mon baptême de l’air. J’avais tellement peur. Le jour de mon passage, ma guitare m’a joué un mauvais tour. Je me suis débrouillé avec celle que l’on m’a prêtée. Ma performance s’en est ressentie et j’ai été éliminé à cause d’une fausse note. Cet épisode m’a particulièrement affecté surtout quand j’ai pensé à toutes les personnes qui ont cru en moi », se rappelle-t-il, amer. La pilule a été d’autant plus difficile à avaler qu’un membre du jury, Fally Ipupa, l’a traité de « pleurnichard » quand il a voulu raconter son infortune. Pour la narrer à ceux qui daigneront l’écouter, il sort le morceau « Les chiens aboient » comme pour faire un clin d’œil au célèbre reggae man de la Côte d’Ivoire, terre de sa mésaventure. Le précurseur du reggae à Foundiougne ferme la page et embrasse un immense horizon avec ses promesses de belles mélodies, de rythmes et de vies. Dans cet album à venir, il chante les femmes, des existences difficiles et possibles, exalte des valeurs, confère une acception à sa spiritualité qui va au-delà des petites appartenances. Son message, accoté à la réalité de l’humain, se veut universel. Le langage ésotérique qu’il affectionne n’est qu’une autre « disposition » des mots, une autre expression des sentiments indéfinissables. En cela, il transcende les temps et les espaces. Maha Lahi, à la charnière entre le temporel et le spirituel, suit sa route qui dessert plusieurs univers de saveurs quoique parsemés d’embûches.

Par Alassane Aliou MBAYE

La démarche est peu altière, la voix timide, presque monotone. Mamadou Ndiaye est né à Fambine dans la communauté rurale de Djirnda. Ici, on n’apprend pas à fabriquer des pirogues. Elles peuplent cet univers et dictent aux mômes ses diverses formes. Après avoir cherché fortune dans la pêche, le quinquagénaire se souvient qu’il savait « usiner » ces embarcations légères. En 2000, il investit le créneau et trouve en Foundiougne une terre d’accueil de choix. La pêche y est la principale activité. Dans son « atelier » de fortune, une tente toisant une large étendue d’eau, s’abritent deux imposantes pirogues que Mamadou Ndiaye fabrique seul. « Je n’ai pas d’apprenti pour me seconder dans le travail », confie-t-il en pointant son index malmené par le bois, la scie, la perceuse et autres matériels obsolètes… vers deux ouvrages.

Le coût de réalisation de celui de sept mètres est de 300.000 FCfa. Il en faut presque quatre fois plus pour réaliser une œuvre de 15 mètres. « Malheureusement, travaillant seul, je perds beaucoup de temps à en achever une. Il arrive que cela dure quatre mois ou une année. En sus, je ne dispose pas de suffisamment de moyens pour acheter des outils plus performants.
Parfois, c’est le client qui ne dispose pas de fonds nécessaires à la fabrication. Je suis alors obligé de suivre sa cadence », regrette celui dont les deux frères exercent également le métier de charpentier. Espère-t-il juste que la modernisation des pirogues artisanales annoncée avec la création de celles en fibres de verre ne les privera pas de cette source de revenus qui est un symbole de la transmission des savoir-faire dans son patelin.

Par Alassane Aliou MBAYE


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.