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Par Exemple (68)

A 56 ans, le député Seydou Diouf fait partie de la nouvelle vague de parlementaires sénégalais très en verve. Aujourd’hui, il semble suivre les pas d’un autre parlementaire, Me Mbaye Jacques Diop, « son père » en politique.

L’homme n’est pas grand de taille, mais il a le sens de la repartie. Il tacle, il cogne et impose ses idées par des arguments. Face à une opposition parlementaire déterminée à bloquer le projet de loi relative au parrainage, le 19 avril dernier, Seydou Diouf, président de la Commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains, est resté zen. Durant quatre tours d’horloge, Madické Niang, Aïssata Tall Sall, Toussaint Manga, Moustapha Guirassy, Mame Diarra Fam, Cheikh Mbacké Bara Doly, Cheikh Abiboulah Dièye, etc., ont critiqué, lancé des pics et parfois même attaqué frontalement leur homologue de la Commission des lois. Mais, toujours avec sérénité, il est arrivé à contenir toute « cette guérilla parlementaire » à laquelle le Garde des Sceaux, Ismaïla Madior Fall, a fait allusion dans une de ses interventions.

Parfois même, c’est sur un ton taquin et amical qu’il débute ses réponses. A Madické Niang, il envoya cette pique après son intervention : « Je retrouve les airs de prétoire de Maître ». « Le prétoire me manque », répondit ce dernier et avertit : « Seydou, tu me connais et je te connais…». L’échange détend l’atmosphère. Imperturbable, le président de la Commission des lois n’a de cesse de répéter l’ouverture des débats pour aborder, dans le fond, le projet de loi sur le parrainage. Le débat tant attendu n’aura pas finalement lieu ce jour-là.

En tant que président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, la séance plénière du 19 avril avait des allures de baptême de feu pour Seydou Diouf. Des amis à lui, à l’image de Yatma Fall, ne cachent pas leur fierté de le voir réussir son entrée en matière. Brillamment d’ailleurs. « Politiquement, il a été formé et même formaté par notre père spirituel à tous, Me Mbaye Jacques Diop, et je formais pratiquement avec lui une paire autour de notre mentor. Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il est en train de réciter, de très belle manière, les leçons apprises de notre père », explique Yatma Fall.

Seydou Diouf acquiesce et explique : « Si j’en suis arrivé là, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir croisé le chemin d’un homme qui, avec beaucoup de générosité, m’a transmis ce qu’il savait ; ce goût de la chose politique, cet engagement pour son pays, sa localité. C’est cette même générosité qui doit m’habiter par rapport aux jeunes de mon parti ». Le père, Me Mbaye Jacques Diop, illustre homme politique sénégalais et parlementaire de renom, a été, plusieurs années durant, à la tête de la Commission des lois que dirige actuellement Seydou Diouf. Une belle expérience à l’hémicycle et dans sa ville natale, Rufisque, où il fut maire. Ce qui lui faisait dire sans cesse : « J’ai toujours été élu, jamais nommé ». A force de travailler aux côtés de son mentor, Seydou Diouf a fini par embrasser une carrière politique. Tout comme sa mère, Fatou Dieng Fleur, qui était aussi une camarade de Me Mbaye Jacques Diop. Jeune militant du Parti socialiste, il intègre très vite la mairie de Rufisque et fait partie d’un des plus proches collaborateurs de l’ancien maire. Le compagnonnage entre les deux hommes est empreint d’une grande complicité. Il est basé aussi sur la confiance. Car Seydou est nommé secrétaire général adjoint au Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales (Craes) lorsque Me Mbaye Jacques Diop préside aux destinées de cette institution alors nouvellement créée par Abdoulaye Wade.

Un pas dans le gouvernement…
Pour avoir suivi le brillant parcours de Seydou Diouf, Mbaye Jacques Diop trouvait en lui l’homme idéal pour l’épauler dans ses tâches administratives. Le jeune Seydou a d’ailleurs réussi un beau parcours scolaire et universitaire. Après le Bac au lycée Van Vollenhoven de Dakar (actuel Lamine Guèye), il obtient une bourse et s’envole pour la France. Là-bas, il décroche une Maîtrise en Administration économique et sociale  à l’Université François Rabelais de Tours. De retour au pays, il fait un Dess à l’Ucad sur la Gestion des collectivités locales. Aujourd’hui, cette formation lui vaut beaucoup de succès. Selon un de ses amis, le président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale fait de la consultance un peu partout en Afrique. Il forme et coache ses homologues des autres pays sur les questions de décentralisation ainsi que sur le droit parlementaire.

L’ancien député Doudou Wade, avec qui il a partagé la 11ème législature, n’est guère étonné de l’ascension de ce jeune homme qu’il a vu travailler à l’Assemblée. « Seydou est venu à l’Assemblée en 2007. Et du point de vue parlementaire, il a aimé la chose. Nous avons partagé la 11ème législature et il a été un bon parlementaire. Il s’est attelé à la tâche parlementaire, il a défendu les lois, il a pris des positions sur certains textes, il a apporté des amendements qu’il faut. Et quand il fallait être en face d’un ministre, quel qu’il soit, il a su prendre la position qu’un député doit prendre. Parfois, sa défense était une défense de contrée, une défense territoriale, nationale peut-être, et il a su défendre ses positions », rapporte l’ancien président du groupe parlementaire libéral.

« Notre Gilles Carrez »
Mais, pour Doudou Wade, c’est en tant que rapporteur du budget que Seydou Diouf a su apporter des « choses assez intéressantes » à l’Assemblée nationale, notamment en ce qui concerne l’orientation budgétaire, l’évaluation des politiques publiques et le contrôle budgétaire.

L’homme avait une grande maîtrise de ces questions à tel point qu’un jour, confie Doudou Wade, Martine Auriac, la présidente du groupe d’amitié France-Sénégal, en présentant Seydou Diouf à des parlementaires français, leur dit ceci : « C’est notre Gilles Carrez ». (Ce dernier était l’ancien député des Républicains en charge de la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire en France entre 2012 et 2017). Seulement, compte tenu des « bienfaits » qu’il apportait à l’Assemblée, Doudou Wade n’a jamais voulu que le jeune homme quitte l’hémicycle. Il s’est opposé à son entrée dans le gouvernement. L’ancien président du groupe parlementaire confie : « Seydou a failli entrer dans le gouvernement, parce qu’à un certain moment, il se posait la question d’un ministre pour le camp de Mbaye Jacques Diop. J’ai dit non. Sa place était au Parlement. Parce que je n’ai jamais voulu qu’on déchausse le Parlement pour l’Exécutif ». Seydou faisait ainsi partie de la jeune garde de l’hémicycle sur qui il fallait miser dans l’avenir. C’est ce qui justifie donc son retour à l’Assemblée après l’avoir quitté lors de la dernière législature. Mais, outre son talent et sa perspicacité, l’enfant de Diamaguène est aussi connu pour sa gentillesse et le respect qu’il voue aux autres. Doudou Wade confirme et en donne l’explication : « Il est très respectueux de ses vis-à-vis et il y a le reflet de son éducation, parce que sa maman était une très grande éducatrice. Vous ne pouvez pas sortir d’une classe gérée par cette dame sans être bien formé », affirme-t-il. En outre, Seydou Diouf reste un homme de famille. Doudou Wade préfère parler de ses « familles ». Particulièrement celle de son épouse, de sa mère ou encore celle de son père. Des liens de parenté que Seydou Diouf ne cesse de cultiver.

Un lourd héritage à porter
Cette bienveillance se reflète-t-elle sur sa famille politique qu’il a héritée de Me Mbaye Jacques Diop ? Bien des voix se sont élevées à Rufisque pour déplorer cette léthargie dans laquelle est plongée le Parti pour le progrès et la citoyenneté (Ppc) depuis le décès de Me Mbaye Jacques Diop. D’autres, non contents de la gestion actuelle du parti, remettent en cause son manque de charisme. « Seydou est un pur carriériste. Il ne se soucie que de ses intérêts et pas de ceux du parti », accuse un ancien du Ppc.

Yatma Fall temporise et dédouane Seydou de cet état de fait. « Le départ de Mbaye Jacques a laissé un grand vide, un très grand vide que nul ne peut combler. Les militants et même les Sénégalais avaient été habitués de la présence et de la prestance de Mbaye Jacques ; ce que personne parmi nous, ses héritiers, y compris Seydou, ne peut combler. C’est cela qui donne cette impression que le parti n’est plus comme du temps de Mbaye Jacques ». Un autre journaliste rufisquois, bien au fait de la situation actuelle du Ppc, est sans équivoque : « L’héritage de Me Mbaye Jacques Diop est lourd à porter. Et ce qu’il faisait, il était le seul à le faire ». En termes plus clairs, la proximité que Mbaye Jacques Diop vouait aux militants et le soutien financier qu’il leur consacrait étaient inégalables. Aujourd’hui, en plus de ses différentes casquettes politiques et les défis sportifs qu’il doit relever en tant que président de la Fédération sénégalaise de handball, il reste à Seydou Diouf un immense travail à faire pour son parti. Et dans ce domaine, il peine à convaincre.

Maguette NDONG

Le fondateur du groupe Teylium qui vient de racheter Tigo avec des partenaires est l’un des symboles de la réussite en Afrique de l’Ouest. Des télécoms à l’immobilier, du Sénégal à la Côte d’Ivoire, il a bâti, en moins de quinze ans, un empire dont la véritable surface financière reste mystérieuse.

Une icône sénégalaise
À la fois « fils de » et jeune multimillionnaire, Habib Yérim Sow est une icône dans son pays. L’un des symboles, parmi quelques autres, de la réussite économique et financière d’un entrepreneur sénégalais. En moins de quinze ans, le fils d’Aliou Sow, fondateur de la Compagnie sahélienne d’entreprise (Cse), un immense groupe de Btp, s’est mué en homme d’affaires touche-à-tout. Mais, nulle question d’héritage là-dedans. Si le poids de sa famille l’a très certainement aidé à lancer sa première société, Access Telecom, détentrice d’une licence de radiomessagerie au Sénégal, c’est la cession, pour 76 millions d’euros, d’une seconde entreprise, Loteny Telecom, au géant sud-africain Mtn qui le rendra riche.

Culture de la discrétion
C’est l’une des réussites les moins médiatiques du Sénégal. Peu de Sénégalais, en effet, sont capables de mettre un visage sur le nom d’Habib Yérim Sow. A part qu’il est le fils de Aliou Sow (Cse), le magnat du Btp. Sinon, pour le reste, rien que des rumeurs… Il se dit que c’est un jet-setteur mondial qui possède un jet et un yatch privés… Et comme il ne donne la moindre interview pour dégonfler la baudruche, et qu’on ne le rencontre quasiment nulle part au Sénégal, la légende sur sa personne ne cesse d’enfler. Yérim Sow est discret jusque dans ses amitiés. L’homme cultive le mystère comme un maître du suspens. Il ne répond guère aux sollicitations des médias, se permettant même de snober l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique » en se contentant d’envoyer une courte présentation écrite pour répondre aux sollicitations du journal.

Investisseur hors pair
Il existe pourtant des indices pour briser le mur de pudeur qui entoure sa personne. Il fait partie, par exemple, des Anciens du Canada (Polytechnique de Montréal). Le site web de  Teylium group, la holding qui regroupe ses activités, est, en outre, riche en pépites. On y apprend qu’il a créé sa première société, Direct access (informatique), en 1988. Ensuite, c’est Access télécom, détentrice d’une licence de radiomessagerie, en 1994, qui l’a fait connaître aux Sénégalais avec les fameux Bip access. Et puis, on le perd de vue. Il part, en fait, en Côte d’Ivoire monter une filiale d’Access télécom et prend pieds dans ce pays. Il y lance Loteny, dans la téléphonie mobile, en partenariat avec Télécel (aujourd’hui Mtn/Ci). En 2001, il crée Teylium international et prend des participations dans le centre d’appels Pcci. En 2002, il réalise l’immeuble Trilenium à Dakar. Assez pour lancer la saga de cet homme d’affaires hors du commun et qui a le don de transformer tout ce qu’il touche en lingots d’or.

Teylium, un mastodonte
Dix-sept ans après sa création, le groupe Teylium international comprend sept divisions : de l’immobilier à la finance en passant par les télécoms. C’est dans ce secteur que Yérim Sow, 44 ans, s’est fait connaître, dès 1994, en lançant, à Dakar, une société de commercialisation de services de paging. Peu après, il créait le premier réseau Gsm de Côte d’Ivoire, vendu, en 2005, à Mtn pour 50 milliards de FCfa (76 millions d’euros). Le plan stratégique de Teylium, initié en 2006 pour quatre ans, s’est traduit par la mise en œuvre de plusieurs opérations en Afrique de l’Ouest. Dans les télécoms, le groupe a acquis l’opérateur Gsm Intercel en Guinée et obtenu la seconde licence de téléphonie mobile au Cap-Vert. Un investissement de 15 millions d’euros. En Côte d’Ivoire, Teylium s’est porté acquéreur de la Bridge bank et la Continental beverage company (Cbc) qui a mis sur le marché l’eau minérale Olgane. Très discret sur les montants en jeu, le groupe, basé à Genève, aurait réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2007.

Rayonnement mondial
Aujourd’hui, le groupe a un rayonnement mondial avec des bureaux à Maurice et Genève, et des activités aux quatre coins du globe. Il s’active aussi dans le développement et la gestion immobilière, l’hôtellerie, les télécoms et les Tic, l’agro-industrie, les services bancaires et financiers, les services aériens... Un véritable conglomérat. Ses dernières acquisitions sont une banque, Bridge bank (Côte d’Ivoire), le Plaza hôtel, un « 5 étoiles » en construction sur la corniche, dans le cadre des chantiers de l’Anoci, d’autres résidences de luxe à Dakar… Il est également cité dans un fonds d’investissement à Dubaï…

Filialisation réussie
Le groupe possède deux filiales dans le domaine : Teylium properties group, qui développe une dizaine de projets immobiliers, de bureaux et de résidences, et Chain hotels&resorts pour la construction d’hôtels. Le groupe cofinance l’édification de nombreux programmes à Dakar dont le Sea plaza, un projet d’environ 33 milliards de FCfa visant à construire un hôtel 5 étoiles de 180 chambres qui sera géré par l’exploitant international Radisson et un ensemble commercial tout autour, le Rivonia tower, constitué d’immeubles et de bureaux, et Coralia, un programme de résidences de luxe. Il est impliqué également dans la réalisation du Waterfront de la capitale sénégalaise, un programme immobilier visant une clientèle très huppée.

Tigo, un succès retentissant
C’était l’un des paraphes les plus attendus dans le monde de l’investissement en direction du Sénégal. Le président Macky Sall a fini par apposer sa signature au bas du décret 2018-750 approuvant la cession de Tigo Sénégal au consortium Saga Africa holdings limited, contrôlé par Yérim Sow, Xavier Niel et la famille Hiridjee. Ce décret met un terme à un bras de fer de près d’une année entre la plateforme de transfert d’argent Wari et l’opérateur de téléphonie mobile luxembourgeois Millicom qui détenait la marque. Yérim Sow renoue ainsi avec ses premières amours.

Mardi 8 février 2018. Au réveil. Le chef de village de Nianao, Boubacar Baldé, était chez lui en train de prendre tranquillement son petit déjeuner.  Quand soudain, un bruit inhabituel vient perturber sa quiétude. Il se lève, cherche à savoir ce qui se passe. Et aperçoit devant le poste de Douane situé juste à côté une file de véhicules en provenance de la Guinée-Bissau. Sans perdre de temps, il se dirige vers le poste. Sur place, l’ambiance était indescriptible. Une bousculade monstre. Un véritable chaos. La foule immense, incroyablement surexcitée, avait fini d’encercler le tout petit poste de Douane de Nianao.  Pour une histoire de paiement de passe-avant. La position des gabelous était ferme : tous paient sauf les voitures de l’administration bissau-guinéenne. « Je ne savais pas quoi faire. En un mot, j’étais dépassé », se souvient le chef de village qui nous reçoit au milieu de sa maison, entouré des membres de sa famille et des amis. Boubacar a d’abord essayé de rapprocher les deux parties. En vain. L’irréparable s’est finalement produit : plusieurs blessés et un mort. « Moi-même je suis un rescapé. J’ai eu une grande chance. Beaucoup pensaient que j’étais mort », rappelle le chef de village de Nianao, encore sous le choc.  Boubacar a été brutalisé, agressé et blessé. Il s’en est sorti avec la 6e côte droite cassée. Il le montre avec beaucoup de dignité. Ordonnances et radio à l’appui. Mais dit avoir tout pardonné. « Quand on est chef d’un village frontalier comme Nianao, on doit être indulgent et compréhensif », philosophe-t-il. C’est le deuxième choc qu’il vit en tant que chef de village. Il y a deux ans, Boubacar avait frôlé la mort dans une situation similaire. En voulant sauver des jeunes bissau-guinéens pourchassés par des douaniers. « Je m’étais agrippé à eux pour leur éviter qu’on leur tire dessus ». Aujourd’hui, ses proches craignent pour sa vie. Son épouse vit dans l’angoisse. Pourtant, il n’en a cure, considérant sa mission comme un sacerdoce. « Boubacar se donne corps et âme pour Nianao. C’est véritablement notre source d’inspiration », témoigne Mamadou Bassy Baldé, le chef de de Colondinko Niako, village distant de deux kilomètres. Dès sa sortie de l’hôpital régional de Kolda où il était admis pour des soins, Boubacar a repris sa moto et s’est rendu à Pirada, à la rencontre du préfet de cette circonscription bissau-guinéenne. Histoire de calmer les esprits et de raffermir les liens séculaires qui unissent les deux peuples. « Nous sommes des frères, liés par le sang et la géographie. Nous sommes obligés de faire la paix. » Pour lui, ce triste mardi 8 février est juste une séquence à oublier. « Ce qui nous lie avec la Guinée-Bissau est plus fort. Maintenant, il s’agit de tout faire pour que pareil drame ne se produise plus », fait savoir Boubacar.

Engagement citoyen
Aujourd’hui, la situation est redevenue normale. Douaniers et ressortissants bissau-guinéens se sont réconciliés. Les voitures passent et repassent. Sans problème. A la grande satisfaction de Boubacar Baldé. Un homme de consensus, courtois et disponible. Quand, en mars 2012, il a été choisi pour remplacer son frère Mamadou Baldé décédé, « grand ami » du président Abdoulaye Wade, peu de gens avaient misé sur lui. Boubacar était juste connu pour sa passion pour le football. Et une trajectoire professionnelle comme pointeur dans une poissonnerie à Ziguinchor. La garderie d’enfants qu’il avait réussi à mettre en place, en 2010, n’était qu’une petite affaire. Mais avec son dynamisme, son ouverture d’esprit mais aussi et surtout son amour pour Nianao, Boucacar est aujourd’hui un bel exemple de leadership local. Un véritable acteur du développement. Reconnu comme tel par les Ong et les autorités administratives. Son nom revient dans deux grands projets du Pathiana : Veesto (Vélingara éducation, environnement et santé pour tous) et « Natal mbèye ». Tous bénéficiant du soutien de la Sodefitex, de la Sodagri et de l’Ong Wolrd Vision. Avec « Natal mbèye », 9 emplois salariés ont été créés, 1 000 agriculteurs enrôlés et des centaines d’hectares emblavés. Le comité directeur du projet va siéger dans les jours prochains pour préparer l’hivernage. Mais la plus grande fierté de Boubacar reste les garderies d’enfants. Elles sont passées de 5 à 22 entre 2010 et 2018. 1 016 enfants y sont pris en charge. « Le développement passe par l’éducation », insiste Boubacar qui multiplie les ateliers et séminaires pour se bonifier. Pour se former. Tutoyant plusieurs domaines : informatique, journalisme, gestion des unités production, réseautage et mise en place de branches et filières productrices. Le chef de village de Nianao est véritablement un touche à tout. Dans sa chronique diffusée sur « Pathiana Fm », la radio locale, il aborde des thèmes relatifs à l’émigration clandestine, le vol de bétail, la santé de la reproduction, les mariages précoces, la déforestation, entre autres. Une phrase revient souvent dans ses propos : l’Etat ne peut pas tout faire. C’est que Boubacar Baldé est convaincu que chacun a sa carte à jouer dans la construction du pays. Tout ce que le chef de village de Nianao veut, c’est d’être accompagné et soutenu. Voila qui explique sa main tendue à l’Etat. Ses garderies souffrent du manque d’enseignants de qualité et de matériel didactique. Mais son souhait le plus ardent : voir Nianao et ses 1 500 âmes bénéficier de l’électricité. L’entretien tire à sa fin. Le soleil dicte sa loi. Boubacar veut se reposer. Il le mérite. Mais un coup de fil vient tout chambouler. Il doit intervenir urgemment dans un dossier. Deux individus se disputent un champ d’anacarde.  Le chef de village doit les départager. « Vous avez vu notre travail.  Ça ne s’arrête jamais », explique Bouba, qui est retourné à son activité favorite : se rendre disponible pour sa communauté.

La Sénégalaise est une grande femme d’affaires sur la 116ème, la seule d’ailleurs à cet endroit. Propriétaire de trois gros business (grossiste beauté, grossiste alimentation, supermarché produits africains et four à pain français) sur la 116ème rue, Ndèye Marie Niang est une dame qui compte à New York.

Lunettes fines d’intellectuelle, taille moyenne, l’enseignante de formation se fait remarquer lors de la réunion de l’Association des Sénégalais d’Amérique par son instruction, son éducation, son franc parler et son sens élevé de l’intérêt général. « Tout businessman aux Etats-Unis qui veut travailler correctement doit, au moins, avoir un compte bancaire et être réglo, avec l’administration fiscale notamment. Toutes nos tentatives de mettre sur pied une association de businessman sénégalais ont échoué, par notre propre faute. Parce que nous voulons toujours aller au plus facile (…) ». Le tout dit sans élever la voix ni gesticuler.

Tout en ayant remercié l’Asa et le Consulat général de rester en contact avec la communauté, elle leur dira, droit dans les yeux, que deux éditions du Salon sans suivi ni résultats, merci pour elle ! En raison de l’importance de son business et de ses qualités intrinsèques, la parole de Ndèye Marie Niang compte à New York. C’est que Mme Seck, de son nom d’épouse, est la propriétaire de trois gros business (grossiste beauté, grossiste alimentation, supermarché produits africains et four à pain français) sur la 116ème rue. Elle vient de loin et s’est enrichie d’avoir surmonté les obstacles du monde des affaires aux United Teuss Teuss (expression sénégalaise qui signifie qu’aux Usa la réussite est au bout de l’effort).

D’abord, elle venait à New York depuis 1989 pendant ses congés pour retrouver sa grande sœur qui y habitait. Au retour, en plus des indispensables cadeaux à la famille, elle ramenait de plus en plus de grandes quantités de biens qu’elle revendait au pays. Elle a toujours aimé le business, admet-elle. Puis en 1995, elle quitte la craie et le tableau noir et s’installe dans la Grosse Pomme de manière permanente pour raison de santé. Elle part rejoindre sa grande sœur et se lance dans les affaires. Quand la femme d’affaires parle de sa famille, des étoiles brillent dans ses iris. « Ma famille a toujours été à mes côtés. Nous sommes quatre à New York. En plus de ma sœur ainée, il y a mon petit frère, ma petite sœur et mon époux M. Seck. Je suis la fondatrice du business mais je m’appuie sur eux», confie-t-elle.

Au début du parcours d’affaires, en décembre 1997, était un petit store (boutique) dans le Queens, un des cinq arrondissements de New York. Tellement petit qu’on le rebaptisa, avec humour « the world’s smallest store », la plus petite boutique au monde. Cette boutade indélébile a toujours motivé Ndèye Marie Niang à s’agrandir. Elle avait acheté le fonds de commerce à 5000 dollars, obtenus grâce à un prêt. Mais « thanks God, à la fin du mois de décembre, j’ai pu rembourser le prêt », se souvient-elle avec reconnaissance. Toujours en 1997, elle fait venir du Sénégal sa petite sœur Fatou pour travailler en sa compagnie dans la minuscule échoppe. Elles y vendaient de petites babioles contre le froid comme on en voit sur les étals des Burkinabé de la 125ème rue : gants, bonnets, écharpes, cagoules, mitaines, qui partent comme de petits pains en hiver. En parallèle, parce qu’aux Etats-Unis tout le monde à un second boulot pour combler les trous du budget, elle est aussi baby-sitter. Sept mois plus tard, en juillet 1998, Ndèye Marie ouvre un second store à Brooklyn, le quartier juif de New York, laissant Fatou gérer la boutique du Queens.

Pour qui a le cœur à l’ouvrage, les affaires marchent très vite aux Etats-Unis. Dès la fin de 1998, Ndèye Marie réalise son rêve américain en s’installant dans la très convoitée 125ème rue, en plein quartier d’affaires de Harlem, le quartier noir de New York. Ici, les landlords (propriétaires) sont américains mais ce sont les Coréens qui tiennent le haut du pavé commercial. Ils ne laissent aucun « étranger » s’y installer, par des méthodes bien à eux. Mais pour le moment, Ndèye Marie l’ignore et tout à son nouvel investissement, elle mène tambour battant ses affaires.

Pour diriger son dernier joyau, elle demande à sa grande sœur Aïda qu’elle avait rejointe à New York d’abandonner son job dans le restaurant sénégalais où elle travaillait depuis toujours. Ainsi fut fait. A Harlem, la nouvelle acquisition de Ndèye Marie n’est pas vraiment un magasin mais un kiosque sur le trottoir. Cependant, le coin est très busy, très fréquenté et rentable. Ce qui lui permettra de constituer très vite un nouveau capital en vue d’acquérir une vraie boutique enfin.

200.000 dollars de chiffre d’affaires
Entretemps, en raison de son volume d’affaires et de l’importance de son stock, le propriétaire de la boutique devant laquelle était son kiosque lui propose d’occuper la moitié de son local. C’est à ce moment crucial où tout allait bien que la néo-femme d’affaires découvre la configuration commerciale et stratégique des affaires dans cette rue si passante : un monopole asiatique aux mains des commerçants coréens de produits de beauté et de coiffure. Il est hors de question qu’un (e) Africain(e) entre dans ce business lucratif sur le « territoire » revendiqué. A présent que le chiffre d’affaires de la Sénégalaise dépassait les 200.000 dollars, elle commençait à leur faire de l’ombre car sa réussite pouvait attirer d’autres concurrents africains. Les commerçants coréens ont alors travaillé le bailleur au corps et organisé des coups bas à sa locataire sénégalaise. Exemple de méthodes de rétorsion : demander à ses fournisseurs de ne plus lui vendre et aux transporteurs de ne pas la livrer. Les compagnies venaient prendre ses commandes la nuit quand tout le monde était parti, par peur de représailles. Le procédé le plus courant est celui qui touche au portefeuille. Pour « expulser » la femme d’affaires de la lucrative 125 ème rue, de guerre lasse, le propriétaire a augmenté le loyer par cinq. Imparable. Ndèye Marie Niang refuse de payer ce prix de rançon et part, en effet.

Heureusement, la businesswoman sénégalaise est une personne avertie et prévoyante. En butte face à la concurrence déloyale coréenne et ne connaissant pas l’issue de ce combat inégal, elle avait déjà déplacé son bas de laine. Cet ailleurs fut la 116ème rue, toujours à Harlem, que tout le monde connait comme le Petit Sénégal. L’histoire reprend de plus belle dans ce quartier sénégalais de New York. La première vraie boutique de la femme d’affaires voit le jour en 2006 sous le nom de « Khady beauty supply ». C’est une caverne d’Ali Baba pour la distribution en gros de produits de beauté américains et africains de dernière génération. Il y a toujours du monde à l’intérieur. Ndèye Marie Niang tient là son navire-amiral enfin, moins de dix ans après son départ du Sénégal. La femme d’affaires avisée ne s’en arrête pas là. Elle continue de se diversifier et de s’agrandir, c’est la loi des affaires, cette fois-ci, dans l’importation de produits alimentaires en provenance du Mali, de France et du Sénégal. Et pour abriter cette seconde activité, elle acquiert un deuxième fonds de commerce toujours sur la 116ème, pas loin de la première boutique. Cette nouvelle activité est également baptisée « Khady food supply », un nom qui lui tient à cœur, on verra pourquoi plus loin.

Finalement, ce sont, aujourd’hui, trois fonds de commerce sur la 116th Street et un grand entrepôt dans le Bronx, autre quartier de New York, qui ont été générés par le sens des affaires de Ndèye Marie Niang. Au Sénégal également, l’entreprise possède trois locaux, à Diourbel et à Touba pour la transformation des produits locaux agricoles et industriels, et à Dakar pour le packaging. C’est plutôt pas mal. Non contente de faire de l’importation en gros, l’entreprise Adja Khady fait aussi de la distribution partout aux Etats-Unis (Californie, Seattle, Detroit, etc.) grâce à des compagnies de transport qui acheminent ses produits par palettes. L’entreprise de Ndèye Marie représente actuellement le groupe Unilever aux Etats-Unis. « Nul ne peut commander leurs produits aux USA sans passer par l’entreprise Adja Khady parce que je suis leur distributeur », dit-elle, non sans fierté dissimulée. Une consécration méritée pour celle qui n’a jamais baissé les bras devant l’adversité de la concurrence déloyale. Le découragement aurait pu survenir lorsqu’elle avait voulu réinvestir les fabuleux bénéfices réalisés dans les affaires en s’agrandissant et en se diversifiant, au lieu de faire comme tout le monde en les bloquant dans la pierre et la location immobilière au Sénégal. A ce moment-là, sa famille à New York n’a pas bien compris qu’elle prenne ce risque au lieu de capitaliser dans une valeur sûre et à la rentabilité immédiate. Son époux lui-aussi avait quitté son job de taxi driver (chauffeur de taxi), à sa demande, pour venir l’aider dans sa boutique de la 125 ème rue. Les enjeux étaient conséquents. C’était sans compter avec l’ambition de Ndèye Marie qui voit plus loin et plus haut pour ses affaires : créer des emplois et investir ses bénéfices dans le renforcement de son business et la croissance de son chiffre d’affaires. Heureusement, le réconfort et le soutien décisif de sa grande sœur ont beaucoup pesé sur la balance, et la famille a suivi. D’autant plus qu’aujourd’hui, tous les quatre membres de la fratrie sénégalaise à New York sont acteurs de l’affaire.

Savoir-faire appris à Dakar
Résidente américaine depuis vingt-deux ans, Ndèye Marie n’oublie pas d’où elle vient. Elle admet qu’avoir été enseignante l’a beaucoup servie dans sa seconde vie américaine dans le respect de la loi et des réglementations, dans sa relation aux autres, dans son rapport avec la clientèle et les fournisseurs, dans sa connaissance du monde et son rapport au public grâce à la psychologie et au savoir-faire appris à l’Ecole normale de Dakar. «  Sans cette formation intellectuelle reçue à l’école de formation des enseignants du Sénégal, je n’aurais pas pu effectuer les démarches administratives nécessaires à mes affaires », dit-elle. « Ma formation d’enseignante m’a permis de surmonter tous les obstacles et les freins inhérents quand vous recommencez à zéro dans un pays étranger. J’ai souffert. Avant d’être acceptée comme distributeur de produits français, combien de fois ne m’a-t-on pas raccroché au nez quand j’appelais les fournisseurs à Paris ? Le solide background que j’ai reçu à l’Ecole normale m’a permis d’innover dans le business aux Usa », explique-t-elle. Il est vrai que Ndèye Marie Niang est aujourd’hui la seule propriétaire de business sur la 116 ème rue grâce à sa persévérance et son sens des affaires, le quartier sénégalais de New York se rétrécissant au fur et à mesure de sa gentrification et de la hausse vertigineuse des loyers et baux locatifs.

Par Dié Maty FALL

Figure emblématique de la vie politique sénégalaise, compagnon, puis rival de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia fut Premier ministre de la jeune République du Sénégal de 1959 à 1962. L'ancien président du Conseil du Sénégal, décédé à l'âge de 98 ans, était l'un des hommes politiques qui ont le plus marqué l'histoire du pays.

Né le 18 juillet 1910 dans une famille musulmane de Khombole, dans le Sénégal oriental, Mamadou Moustapha Dia étudie à l'école William-Ponty, puis travaille comme instituteur et journaliste, avant de se lancer en politique au début des années 1940. Secrétaire du Bloc démocratique sénégalais qu'il a fondé avec Senghor en 1948, il est élu sénateur français (1948-1956), ensuite député et représente son pays dans le groupe des indépendants d'outre-mer de 1956 à 1958. Désigné vice-président du Conseil de gouvernement du Sénégal en 1957, il en assume la présidence entre 1958 et 1959, avant d'être nommé à la tête du Conseil des ministres en avril 1959. Mamadou Dia conserve cette fonction lorsque le Sénégal accède à l'indépendance en juin 1960. A côté de Dia, chef du gouvernement et chargé des questions économiques, Léopold Sédar Senghor était président de la République, en charge de la politique extérieure. Ce bicéphalisme instauré à la tête du jeune Etat sénégalais vivant sous le régime parlementaire ne tarde pas à être source de problèmes. Les relations entre les deux hommes deviennent heurtées, culminant avec une accusation de tentative de coup d’Etat portée contre lui en décembre 1962. Pour sa défense, Dia avait affirmé à l’époque : « On ne fait pas un coup d’Etat quand on détient le pouvoir ». Pour ce délit qui lui est reproché, il fut attrait devant la Haute cour de justice, condamné à perpétuité et emprisonné à Kédougou (dans le sud-est du Sénégal), avant d’être libéré en 1974 (par grâce présidentielle), soit douze années de détention durant lesquelles il refusa de demander la grâce présidentielle comme on l’y invitait. Mamadou Dia fait partie de cette race de politique visonnière. Il savait là ou il voulait conduire son pays et s’efforçait de disposer de moyens conséquents pouvant l’y mener. Dia a publié pas mal d’ouvrages dans lesquels il fait part de sa vison économique de ce que doit être le Sénégal. Le premier document, intitulé « Contribution à l’étude du mouvement coopératif en Afrique noire », fut publié par dans « Présence africaine » en 1953. Le second fut publié le 22 décembre 1962 dans le « Moniteur africain du commerce et de l’industrie » de la Chambre de commerce et de l’industrie de Dakar.

Dia, un visionnaire
Dans le premier document, Mamadou Dia analysait les « forces et faiblesses des Sociétés indigènes de prévoyance» (Sip) qui, « en écartant les intéressés eux-mêmes de la gestion de leurs propres affaires, leur enlevaient la possibilité d’acquérir l’expérience nécessaire au progrès humain, au mépris le plus complet de toute œuvre d’éducation ». En fait, le but réel de ces Sip « n’était pas l’éducation mais le dressage » (Cf. Présence africaine, 1953, p. 22). Pour Dia, l’indépendance devrait permettre de libérer le monde rural de cette situation d’assujettissement à l’administration coloniale et au commerce colonial, exercée par le biais des Sip, pour promouvoir un mouvement coopératif comme stratégie de sa libération économique et sociale et de modernisation de l’agriculture. Dia entreprit l’étude d’un Programme économique et social du Sénégal pour l’élaboration du Premier plan de développement économique et social du pays afin de matérialiser sa vision de l’évolution du monde rural sénégalais et de l’édification d’une économie nationale.

Ses domaines d’activités devraient être successivement étendus à la production, l’équipement, la commercialisation des produits agricoles, la fourniture des denrées de consommation courante, au crédit, au secteur industriel, aux opérations de prévoyance et d’assistance sociale et, enfin, à la gestion publique dans le cadre de « Communautés de développement ». Un tel programme mettait déjà Mamadou Dia en conflit non seulement avec les commerçants de détail et de demis gros dans l’approvisionnement du monde rural en marchandises de première nécessité, mais aussi avec les « traitants » que constituent les intermédiaires entre les paysans et les industriels et autres exportateurs de la production d’arachide. Il le mettait également en conflit avec les autorités coutumières et religieuses qui avaient fait main basse sur les Sip avec le soutien du pouvoir colonial. II s’est, dès lors, révélé nécessaire de le sacrifier à l’autel des exigences du pouvoir colonial français qui percevait dans ses options une menace réelle pour ses intérêts au Sénégal et dans la sous-région.

Un duo complémentaire avec Senghor
Mamadou Dia formait avec Senghor un duo complémentaire dans la gestion du pays : au président revenait la gestion des affaires internationales et à lui le développement économique (il a suivi à Paris les cours de François Perroux). Mais, sa volonté de substituer une agriculture vivrière à l'économie arachidière développée par les Français, avec l'appui de certains chefs religieux, froisse de nombreux intérêts. Il est évincé, en décembre 1962, au cours d'une lutte de pouvoir que Senghor dénonce comme une tentative de coup d'État constitutionnel. Condamné à une peine de « déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », à l'issue d'un procès où il fut défendu par Robert Badinter et Abdoulaye Wade, Dia est libéré en 1974 et amnistié en 1976. Après avoir soutenu, en 1988 et en 1993, la candidature de Landing Savané à l’élection présidentielle, il fera partie, en 2000, des leaders de l’opposition à avoir soutenu Me Abdoulaye Wade, élu à la magistrature suprême. L’idée de la révision de son procès avait été agitée par le président Abdoulaye Wade (qui faisait partie de ses avocats en 1963) à son arrivée au pouvoir, avant de l’abandonner à cause notamment de l’opposition de M. Dia lui-même. Réputé pour sa rigueur, son patriotisme et son engagement, Mamadou Dia laisse un héritage politique incommensurable aux nouvelles générations.

Sources : Contribution Ibrahima Sène,
(PIT/SENEGAL) 2012
Encyclopédie universalis
Apa news

Pape Mouhamed Camara est l’incarnation d’un dandy moderne qui cultive le bien-être. Economiste mathématicien de formation, c’est pourtant dans l’interprétation qu’il se fait le plus remarqué auprès de l’ancien Président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade.

Qui disait l’âge c’est dans la tête ? Pape Mouhamed Camara tient bien dans ses 70 piges. Il affiche une forme peu commune pour son âge. On lui donne nettement moins. Lui attribue, sa bonne mine «à des années de pratique assidue de différents arts martiaux». Un look bien entretenu, une démarche certes lente, mais méticuleuse. Une voix pondérée, pleine de sagesse reçoit, pour immédiatement mettre à l’aise le visiteur. Un étrange mélange de rigueur zen et de tchatche espiègle se dégage du comportement de ce monsieur qui susurrait dans l’oreille du Président de la République, Abdoulaye Wade. Il faisait alors à la fois office de ministre conseiller et interprète. C’est dans un bureau décoré avec retenue qu’il nous reçoit en cette fin de matinée. L’homme maîtrise plusieurs langues : français, anglais, espagnol, chinois, russe, arabe, portugais, japonais, amharique, bulgare… Aujourd’hui, il est le coordonnateur d’un programme de PhD au centre diplomatique situé sur la route de Ouakam, une antenne du centre diplomatique de Paris.

Ce neveu d’Ousmane Diagne, (un ancien magistrat), issu d’une famille d’enseignants, a très tôt pris goût à la quête des connaissances. Il aimait à pousser les limites en allant au-delà des cours qui sont restitués à l’école. Cette curiosité l’amène à flirter d’avec toutes les langues, à sa portée. Cette donne lui confère aujourd’hui la capacité d’en manier plusieurs à la fois. Il effectue son cursus élémentaire et secondaire au Sénégal. Puis, se rend en Guinée ; accompagné de sa maman et y boucle le cycle secondaire. Baccalauréat en poche, il revient à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), pour les études supérieures. Il est orienté à la Faculté des Sciences Economiques et Juridiques. Il se spécialise en économie privée et en management option mathématiques. Dans le corps professoral, en quatrième année, se trouve un enseignant spécialement venu des Usa, de l’université Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ce dernier ne maniait guère la langue de Molière. Il était évidemment plus à l’aise dans celle de Shakespeare. Cette donne constituait un énorme frein dans sa détermination à transmettre du savoir à ses étudiants, qui, pour l’essentiel, ne comprennent pas l’anglais. Sur recommandation de ses collègues de classe, Mouhamed Camara, accepte de jouer les interprètes. Parmi ses condisciples figurent feu Djibo Leity Kâ, Abdoulaye Diop Mactar, Fadel Dramé, Sadikh Diop, Fatah Diagne… tous devenus d’imminentes personnalités.

Pape fera office d’interprète un an durant, entre le professeur américain qui parle à peine français et des étudiants francophones. Après avoir bouclé sa Maîtrise, le jeune homme très ambitieux, veut se rendre à Columbia University (New York), une des plus prestigieuses au monde, afin d’y affiner davantage ses connaissances. Il lui fallait une recommandation. Il l’obtient de son professeur américain, ce qui lui ouvre les portes de Columbia University. Nous sommes en 1974. Il se propose «d’apprendre une filière pouvant aider les pays d’Afrique à se développer». Il se spécialise en «Buisness Inchanging Economy», une forme de macroéconomie, se rappelle-t-il. Il restera en tout, vingt six ans, à travailler pour des structures établies aux Usa. Il était toutefois courant qu’il revienne au Sénégal, dans le cadre de son travail. «Je ne restais pas plus de deux ans sans revenir au Sénégal». La majeure partie des projets, pour lesquels il travaillait, servaient en Afrique. C’est ce qui l’amène à visiter plusieurs pays du continent. Là, il accumule une grande expérience qui «complète son éducation académique», relève-t-il. Il a travaillé dans la structure qui a construit l’immeuble Trump Tower.

Au début, se souvient-il, j’étais «un monsieur quelconque». En fin d’année, une fête est organisée chez le président de la structure. Au jeu de ping pong, il aligne tout le monde. La fille du boss la remarque soulignant avoir déjà vu son visage quelque part. C’était en fait, dans le catalogue de l’Université Columbia. Le patron mis au courant, le change automatiquement de position. Son salaire passe du simple à huit fois plus. Quelques temps après, le Fonds monétaire donne suite favorable, à sa demande d’emploi. Son salaire passe de 11.000 à 61.0000 dollars. Le retour de Pape Mouhamed Camara dans son pays natal passe par la Senelec en 1996. Il a étroitement travaillé dans la confection du schéma directeur informatique de cette structure publique. Mais, Pape Mouhamed est plus connu par le grand public, pour son rôle d’interprète auprès d’Abdoulaye Wade. Leur première rencontre a lieu à l’Ucad.

L’homme qui murmurait dans l’oreille du président
Me Wade, alors jeune professeur et lui étudiant. Il est alors charmé par ce professeur qui déjà à l’époque dispensait «les cours en rétro-projecteur ». Il venait toujours bien habillé, à bord de sa Mustang, évoquait ses amis tels que Samuel Chang. La fascination est déjà au rendez-vous. Quelques années plus tard, élu Chef d’Etat, le Président Wade cherchait un profil pour diriger l’Université du Futur. C’est là qu’il est contacté pour le rencontrer. En plus de ce travail, il est nommé chargé de mission à la Présidence de la République. Plus tard, il est nommé conseiller spécial, avant d’être promu ministre conseiller, «très actif» relève-t-il, auprès du Chef de l’Etat. Ce dernier, dit-il, lui propose de faire désormais partie, de sa délégation, dans tous ses voyages. La première traduction a lieu lors d’une rencontre avec une délégation américaine. Camara faisant office d’interprète montre toute l’étendue de sa maitrise des langues.

Le Président Wade découvre émerveillé une des facettes cachées de son conseiller. C’est ainsi qu’à chaque fois qu’une délégation venait au Palais de la République, il faisait appel aux services de Camara. De fil en aiguille, il devenait un des interprètes attitrés du Chef de l’Etat. Il retient un «homme aux connaissances étendues et au génie rare». L’homme qui a fait le tour du monde avec Me Abdoulaye Wade dit prier «pour la paix des cœurs».

Il incombe aux hommes de faire de la réalité ce qu’ils désirent. La première perspective du développement réside dans la paix, souligne t-il. On peut le croire, lui qui a côtoyé pas mal de cultures et fait le tour du monde.

Oumar BA

Il y a ceux que la passion aveugle et d’autres qu’elle fait gravir la cime des éloges justes. Fatou Fall, employée de la Société sénégalaise de Presse et de publications (Sspp) « Le Soleil », est de cette dernière catégorie. Elle satisfait son amour de l’élégance à travers la couture, le stylisme et son complexe Fatitoo Fashion, son univers d’enchantement.

Fatou Fall, jeune femme à la silhouette fine, est d’une grâce naturelle. Tête bien faite, la native de Thiès ne s’est pas complu dans les avantages de la nature si généreuse avec elle. Car, Fatou est une belle créature, de carnation claire, de taille noble, d’une attirance certaine. Sa force réside plutôt dans ses vertus, sa simplicité, son ardeur sincère et sa foi en l’effort prolongé ; cette abnégation qui lui désherbe des allées de triomphe dans l’univers professionnel et de l’élégance. Elle s’échine à faire la fierté de ses supérieurs du service commercial de la Société sénégalaise de Presse et de publications (Sspp) « Le Soleil », où elle travaille depuis quelques berges, et fait son petit bonhomme de chemin dans la couture et le stylisme, ses passions de tous les temps.

Ses inclinations innocentes à Louga, dans ses différents établissements scolaires, où un de ses professeurs se plaisait à l’appeler « la mondaine », s’avèrent aujourd’hui prémonitoires. Fatou Fall a le goût raffiné et aime le partager. « J’aime les choses quand elles sont belles sans forcément être artificielles », confie-t-elle de sa voix douce et pudique. Les festivités à l’école étaient l’exutoire à sa passion. A l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb), en plus d’être une bonne étudiante, elle séduit son monde en y étant élue miss Ugb en première année.

Elle y décroche une licence en gestion des entreprises. « Malgré mon amour pour les études, il me fallait trouver des sources de revenus. Ma personnalité, attachée à l’autonomie, m’y obligeait », dit-elle, fière, les yeux derrière des lunettes Ray ban. Direction Dakar, terre de ses premiers éclats. Ici, Fatou obtient un stage au Soleil. Mais, cela n’apaise point sa passion pour la couture qui lui fait oublier son attrait pour l’aérien qui n’enthousiasme pas, de toute façon, sa « prévenante et affectueuse mère ». Le mannequinat, qui lui traversait l’esprit de temps en temps, non plus. Dans sa famille, elle est la seule à se mouvoir dans cet univers du raffinement.

Habileté magique !
Elle travaille d’abord en sous-traitance avec des tailleurs chargés de mettre en application son imagination fertile et brillante et en profite pour apprendre la coupe et quelques ficelles du métier qui lui sont d’une grande utilité aujourd’hui. Convaincue par les éloges dont font l’objet ses créations, elle se décide à acheter sa première machine et à employer un couturier pour se donner une plus grande marge de manœuvre…et de bénéfices ! « Non ! Ce n’est pas une question d’argent. Mon imagination créatrice avait besoin d’espace, d’autonomie pour se stimuler. La couture est pour moi moins un métier qu’une passion. J’y cherche épanouissement. C’est mon champ de respiration après une journée de labeur. Je trouve satisfaction dans celle que ressentent mes clients après livraison », confie celle qui aime présenter, de temps en temps, ses vêtements dans son corps de rêve.

Fatou Fall, qui ne se donne aucune limite dans sa quête du beau, si ce n’est celle de sa morale, est aujourd’hui à la tête d’un complexe, « Fatitoo Fashion », aux Hlm Grand Yoff, qui emploie cinq couturiers ; espace où le traditionnel, le moderne et les articles (chaussures, collier, boucle d’oreille, coiffure, tissu…) ajoutent à la magie de son admirable habileté. « Fatitoo Fashion », planète de ses prouesses artistiques, de l’exaltation de la splendeur, « est un embryon de ce que la couture, le stylisme, disons l’élégance, représentent à mes yeux. Je tire fierté des appréciations positives de ceux qui me font confiance mais j’éprouve un pincement au cœur quand je vois que les Sénégalais ne se sont pas appropriés le made in Sénégal. Ils préfèrent encore, même si c’est de la camelote, investir dans le prêt à porter fabriqué sous d’autres cieux. L’expertise locale est à valoriser car de belles choses se font ici ». Plainte légitime d’une gracieuse âme…célibataire.

Avis aux audacieux mâles : Fatou Fall a le sourire charmant et la répartie habile et affable !

Alassane Aliou MBAYE

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée aujourd’hui, votre magazine « Grand air » dresse le profil de femmes d’influence qui, au Sénégal, agissent sur le cours des événements, pèsent sur les décisions et s’offrent en exemples à leurs compatriotes. Pas forcément très médiatisées, elles évoluent, pour la plupart, dans le monde des affaires et partagent le même souci : la promotion de la femme.

Par Sidy DIOP

MOUSSOUKORO DIOP, INGENIEUR INFORMATIQUE ACTIVISTE DU DIGITAL
Moussoukoro DiopIngénieur en informatique, digital manager de fonction, Founder & Ceo de l’agence digitale africaine « Digital Mousso », membre du Réseau des blogueurs du Sénégal, Moussoukoro s’active dans plusieurs domaines pour faire bouger les lignes.

Après son baccalauréat S2, obtenu à la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée, Moussoukoro s’est spécialisée dans l’informatique.

En mars 2015, elle a été élue parmi les femmes digitales de l’année.

Dans le Forbes Afrique du mois de juin 2015, elle a été citée comme une des rares femmes d’Afrique de l’Ouest à innover dans le domaine du digital.

Activiste, elle a participé à l’organisation du 1er forum Africtivistes à Dakar, à plusieurs combats au Sénégal comme le 23 juin, #NonAuMur, #SenStopEbola, #AfricaSaysNo, #BringBackOurgirls, etc. Elle est, aujourd’hui, très engagée dans la scolarisation des jeunes filles, la lutte contre les maltraitances subies par les femmes et pour une meilleure formation des femmes sur les réseaux sociaux et leur meilleure implication dans les Tic.

SARAH DIOUF : LA MODE À L’HEURE DE LA MIXITÉ
Photographe, rédactrice en chef, chef d’entreprise, styliste, directrice artistique de Tongoro Studio… l’éclectisme de Sarah Diouf impressionne. En effet, cette jeune parisienne d’origine sénégalaise fait partie de cette nouvelle génération d’afro-descendants qui essayent de participer à l’essor du continent africain au niveau culturel et artistique.

Née à Paris, elle a longtemps vécu dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan. De retour à Paris, elle fait ses études dans une Business school et se consacre à la communication. En 2009, elle lance Ghubar Magazine (www.ghubar-magazine.com), magazine de mode digital qui valorise en même temps l’image de la beauté noire. Sarah remporte pour son travail de fondatrice & rédactrice en chef un Cosmopolitan Style awards en 2010. Jamais fatiguée, elle se consacre à l’agence Spread360 pour laquelle elle apporte son expertise en matière de mode et de l’univers des médias. En mai 2014, elle est nominée au Women4Africa dans la catégorie « International media woman ». Inspirée par les success story de Asos ou NastyGal, elle lance sa propre marque de vêtements : Tongoro. Un label qui prône la mixité entre mode africaine et mode occidentale. Début 2015, elle lance un autre magazine : Le magazine Noir, magazine de mode, beauté & lifestyle africain.

AISSA DIONE, STYLISTE : DE FIL EN AIGUILLE
Aissa DionneReconnue pour son travail et sa ténacité, Aïssa Dione est une femme condamnée à la réussite ! Du national à l’international, elle avale tout sur son passage et prouve que l’entrepreneuriat, même risqué, finit toujours par payer tant qu’on a une conviction aussi profonde que notre être. Chic et élégante, cette femme de 66 ans est designer et artiste formée aux Beaux-arts à Paris. Franco-sénégalaise, elle rallie ses deux cultures à son art et apporte ainsi sa touche personnelle dans toutes ses créations. Ses études artistiques lui permettent de vivre de ses tableaux qu’elle crée et vend en faisant du porte-à-porte. Ce culot finit par la mener vers ce qui est devenue, aujourd’hui, une entreprise florissante, Aïssa Dione Tissu, fondée en 1992. Elle se révolte que l’Afrique envoie de bonnes choses et récupère les textiles usés via des associations comme Emmaüs.

Elle s’agace du manque d’intérêt que le peuple sénégalais a pour ses propres produits. Elle refuse le scepticisme des financiers qui ne croient pas au développement du textile au Sénégal. Bien que cette filière ait disparu depuis trois décennies, elle ne s’avoue pas vaincu. Elle persiste et signe qu’en donnant la possibilité aux ouvriers tisserands, ils peuvent relancer le secteur du textile en Afrique de l’Ouest en utilisant le savoir-faire postcolonial qui est le tissage traditionnel d’origine mandjaque.

Aïssa Dione est avant tout une femme très engagée dans ce qu’elle fait. Elle travaille pour le Sénégal et l’Afrique tout entière. Grâce à ses tissus et ses meubles contemporains, elle a conquis les plus grands couturiers et décorateurs du monde. Elle est reconnue dans le milieu international du luxe et de la décoration haut de gamme. Ses produits se vendent aussi bien bon marché que dans des showrooms new-yorkais, parisiens, ou encore au Siao de Ouagadougou. Les grandes maisons, telles que Hermès, le Metropolitan Museum of Art, Fendi ou encore Christian Lacroix lui ont passé commande. Elle est nommée championne du textile sénégalais et a son portrait dressé par Forbes.

AÏSHA DEME, FONDATRICE D’AGENDAKAR.COM : LE WEB AU SERVICE DE L’ART
Aïsha Dème a été nommée à la 4ème Assemblée générale annuelle (Aga) de l’organisation panafricaine qui s’est tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 10 novembre. L’une des membres fondateurs de l’organisation, Aïsha a précédemment siégé au conseil de la Miaf en tant que vice-présidente de 2014 à 2016. Elle faisait également partie du premier comité de gestion de l’organisation créée en 2012. De plus, elle a travaillé étroitement avec le Comité de Contenu établi en 2015. Aïsha Dème possède une vaste expérience dans le secteur des médias et des arts. En tant que gestionnaire culturel, son expertise est largement reconnue au Sénégal. En 2009, elle a cofondé Agendakar.com, la première plateforme web dédiée aux arts et à la culture dans le pays. Elle a travaillé avec des organisations comme la Biennale de Dakar, Amnesty international, Oxfam et Save the children.

Après avoir obtenu un diplôme en informatique à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar, Aïsha Dème a été employée de banque pendant 5 ans. Mais, elle décida de s’éloigner du secteur bancaire pour se lancer dans la promotion des arts. Elle a également fait une Maîtrise en communication. Le Miaf a été fondé en 2013 au Kenya pour prendre en charge le projet Music In Africa, initié en 2011 par la Fondation Siemens avec le Goethe-Institut et des partenaires de toute l’Afrique. La mission de l’organisation est de soutenir le secteur de la musique africaine en favorisant l’échange de connaissances et en créant des opportunités et des capacités pour ceux qui opèrent dans le secteur.

FRANCINE AWA PIPIEN, PROFESSION : INFLUENCEUSE
Francine PipienFrancine Awa Pipien a grandi entre Kaolack et Dakar. Après son Bac, elle est allée étudier à Paris. Après des expériences dans le digital en agence chez Performics (Publicis) et dans le label de musique Jive Epic (Sony Music), elle a travaillé 5 années avec la chaine d’informations Africa24. De retour au Sénégal, en 2014, elle partage désormais son temps entre le monde de la musique​ (Responsable et coordinatrice du projet Excuse my wolof 2 de l’artiste Nix) et des médias​ ​(Country manager du média AfrikMag Sénégal (Afrimediawe). À moyen terme, elle souhaite mettre en place un projet qui mêlera « média » et « création de contenu ». L’idée part d’une conviction très claire : « Nous, Africains, sommes devant la responsabilité de nous réapproprier notre parole et de raconter nos propres histoires selon nos codes, nos vécus et nos visions ».

BINETA DIOP, PRESIDENTE DE L’ONG « FEMMES AFRICA SOLIDARITE » : UNE COMBATTANTE POUR LE DROIT DES FEMMES
Elle est la fondatrice et présidente de l’Ong « Femmes africa solidarité » (Fas). Elle a initié de nombreux programmes en faveur de la paix dont une initiative sur les femmes, la paix et la sécurité qui a aboutit à la création d’un important mouvement de femmes en Afrique de l’Ouest, le « Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix » (Marwopnet) qui fut récompensé par le Prix des droits de l’Homme de l’Assemblée générale des Nations unies en 2003. Bineta Diop a dirigé des équipes d’observation électorale dans des pays post-conflits comme au Liberia ainsi que des missions de solidarité en faveur des femmes en situation de crise comme ce fut le cas en Guinée. Elle a facilité le dialogue pour la paix entre les femmes, notamment durant le processus de négociation de la paix au Burundi et en République démocratique du Congo (Rdc). Elle a aussi joué un rôle déterminant dans l’adoption du principe de parité entre les sexes par la Commission de l’Union africaine en 2003 ; ce qui a permis la nomination de 5 commissaires féminins ainsi que l’adoption du Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, relatif aux droits des femmes (Maputo – 2003) et de la « Déclaration solennelle pour l’égalité de genre en Afrique » (juillet 2004). En 2011, le Times Magazine l’a classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde et, en 2012, l’University of peace (Up) lui a décerné le titre de Docteur « honoris causa » dans le domaine des études de la paix internationale. Elle figure aussi parmi « ceux qui dirigent et construisent » « Le Forum des 100 personnalités qui font la Suisse » publié par l’Hebdo.


ADAMA NDIAYE DITE ADAMA PARIS : PAPESSE DES BLACK FASHION WEEK
Adama ParisEn créant, en 2002, la Dakar fashion week, Adama Ndiaye, 38 ans, est devenue l’une des principales figures de la mode sur le continent. Depuis 2010, elle organise des Black fashion weeks à Montréal, Prague, Bahia et Paris.

Critiquée en France pour son supposé communautarisme, la styliste laisse dire : « La Black fashion week, c’est d’abord une histoire de culture, pas de couleur. D’ailleurs, la mode n’a pas de couleur ».
Née à Kinshasa de parents sénégalais, Adama Ndiaye a attrapé le virus de la mode alors qu’elle débutait, en France, une carrière dans la banque. À 23 ans, elle crée sa ligne de vêtements, qu’elle baptise du surnom que lui donne sa famille : « Adama Paris ».

Adepte d’une tendance « afropolitaine » métissant l’enracinement africain et les cultures urbaines occidentales, celle qui partage sa vie entre Los Angeles, Paris et Dakar multiplie les initiatives : elle a créé les Trophées de la mode africaine et lancé, en avril 2014, Fashion Africa Tv, la première chaîne de télévision africaine 100 % mode.

AMY SARR FALL, DIRECTRICE D’INTELLIGENCES MAGAZINE : L’INTELLIGENTE
Titulaire d’une double Licence en communication internationale et en administration des affaires internationales, Amy Sarr Fall est la première femme à diriger une entreprise de presse.

Directrice de publication d’Intelligences Magazine qu’elle a monté en 2010, elle a organisé la cérémonie de consécration inédite des 50 Femmes sénégalaises leaders d'exception et la tournée du leadership féminin qui la conduira auprès des femmes rurales du pays. Plus récemment, elle a organisé la Grande rentrée citoyenne au Grand théâtre qui a permis de mobiliser plus de 1800 jeunes, dans l'esprit de promouvoir les valeurs de la citoyenneté et de l'excellence. Mais, si Amy Sarr Fall est réellement populaire, elle excelle dans sa capacité à décrocher des interviews de grandes personnalités : Le Dalaï Lama, Abdoulaye Wade, Jacob Zuma, Michaëlle Jean, etc.

KHADY DIOR NDIAYE, DIRECTRICE GENERALE DE CITIBANK COTE D’IVOIRE : LE CHARME DE LA BANQUIÈRE
Khady Dior NdiayeCette Sénégalaise a été à la tête d’une des banques internationales les plus prestigieuses de la place de Dakar : Citibank Sénégal. Diplômée de la Georgetown university school of foreign services, titulaire d’un Bachelor en commerce international et économie et d’un Executive Mba de Hec Paris, elle démarre sa carrière dans l’institution américaine en 1997 avec Citibank Côte d’Ivoire, à Abidjan, où elle est recrutée comme trader. Par la suite, elle occupe plusieurs fonctions au sein du département de la trésorerie. En 2008, elle est nommée directrice de l’exploitation avec comme responsabilités la gestion du portefeuille de Citi Côte d’Ivoire et des relations avec la clientèle. En 2011, elle s’installe au Sénégal où elle prend en charge la direction du département des services transactionnels. Un an plus tard, fin 2012, elle est nommée directrice générale de Citibank Sénégal, leader dans l’émission d’obligations.
Elle occupe, depuis mars 2017, le poste de responsable pays de Citi en Côte d’Ivoire, en plus de ses fonctions de directeur régional Afrique de l’Ouest et centrale.

AGNES NDIOGOYE : LE SOURIRE DE L’ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE
« Ce n’est pas facile de diriger des hommes, des femmes et des ados. Les caractères ne sont pas les mêmes et il faut gérer les humeurs ». Mais, Agnès Ndiogoye se sent parfaitement à l’aise dans son travail. « Je n’ai rien que je ne mérite pas. Ce n’est pas surprenant, j’ai gravi les échelons pour en arriver là », explique-t-elle. Elle est la première femme nommée à la tête de la Direction de la Maison d’arrêt et de correction de Saint-Louis, la première femme lieutenant et la première femme inspectrice (le grade le plus élevé) de l’administration pénitentiaire. Elle n’en est pas arrivée là grâce à un joli brushing ou des hauts talons. Elle a dû persévérer deux fois plus que ses camarades hommes. Devenue tour à tour première femme à accéder au poste de contrôleur, ensuite lieutenant, avant de devenir inspecteur, elle a dirigé, pendant longtemps, la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6. Elle connait bien l’univers carcéral pour avoir servi à Rebeuss, à la Maf et maintenant à Saint-Louis où elle trône à la tête de la Mac. Son expertise est même connue hors de nos frontières. En 2009, elle a participé à l’élaboration des règles sur les femmes en détention à Bangkok. Elle a récemment terminé un stage pratique de 21 jours à l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire (Enap) de France. Agnès est une femme de caractère qui mène ses agents et ses détenus avec une main de fer dans un gant de velours.

EVELYNE TALL, DG ADJOINTE D’ECOBANK : THE BOSS
Evelyne TallSon profil peu courant (Licence en anglais et diplôme de l’École d’administration et de direction des affaires à Paris) ne l’a pas empêchée de devenir, en janvier 2012, numéro deux du groupe Ecobank. C’est à cette native de Saint-Louis, au Sénégal, que les directeurs généraux des 33 filiales rendent compte. C’est elle qui veille au maintien des bonnes relations avec les autorités politiques et financières de chaque pays d’implantation.

Depuis 2012,  Evelyne Tall est le numéro deux d’Ecobank, plus grand réseau bancaire d’Afrique subsaharienne avec une présence dans 36 pays. Après dix-sept années chez Citibank à Dakar, elle a rejoint le groupe en 1998 avant d’en gravir patiemment les échelons.

Directrice générale adjointe au Mali, puis directrice générale pour le Mali et le Sénégal, elle a ensuite supervisé la région Afrique de l’Ouest francophone avant de se hisser au poste de directrice générale adjointe. L’intégration économique du continent, indépendamment des aires linguistiques ou monétaires, conformément à l’ambition panafricaine du groupe ; mais aussi la bancarisation et l’éducation financière des populations, afin de permettre aux Pme-Pmi de « présenter des dossiers bankable », sont ses priorités.

ANTA BABACAR NGOM BATHILY, DIRECTRICE GENERALE DE SEDIMA GROUP : L’HÉRITIÈRE
Sa position ne laisse personne indifférent autant par le paradoxe que constitue sa jeunesse, son statut de femme et chef d’une grande entreprise de 33 milliards de FCfa de chiffre d’affaires. Autant d’atouts qui doivent lui servir à accomplir sa mission : celle de faire de l’entreprise familiale une multinationale.

Sedima Group est leader sur le marché sénégalais de l’aviculture. Avec plus 40 ans d’existence, le groupe est aussi actif dans l’immobilier, le bâtiment et, depuis 2014, dans la minoterie. Anta Babacar est née et a grandi dans la ferme familiale de Malika, aux côtés de son père, Babacar Ngom, président-fondateur de Sedima Group. Auprès de ce guide et mentor, elle a très tôt acquis les valeurs intrinsèques du management. Diplômée en Master 1 en économie à York university de Toronto, elle obtient un Master 2 en management international de projets et Ntic à Paris Dauphine. Enfin, elle valide son Executive Mba en communication à Sciences Po Paris.

Forte de ces expériences, elle rentre au pays pour rejoindre l’entreprise familiale où elle gravit, un à un, les échelons pour encore se former et répondre au mieux à ses exigences managériales. Nominée par Forbes Afrique parmi les leaders africains de moins de 30 ans en 2015, Mme Bathily a aussi été citée, par Choiseul, parmi les 100 futurs leaders économiques. En 2016, le Medef lui décerne un Business awards lors du Sommet France-Afrique à Bamako. Elle a démarré le plus grand abattoir de la sous-région, abattant 4.000 poulets/heure, via un projet d’intégration avec les éleveurs locaux. Elle lance, toujours en 2016, le projet Sedima Mali, comme début du déploiement dans le reste de l’Afrique.

Mme Bathily ambitionne de faire coter en Bourse le groupe Sedima, gage, dit-elle, du modèle de réussite de l’entreprise familiale, devenue grande, à l’image des grands groupes occidentaux.

NAYE BATHILY, BUREAU DES RELATIONS EXTERIEURES DE LA BM : UNE FILLE DE GAUCHISTE À HARVARD
Naye Bathily« J’ai débarqué aux États-Unis sans parler un mot d’anglais, sans connaître personne ». Aujourd’hui, Nayé Bathily compte parmi les 100 personnalités africaines les plus importantes (classement NewAfrican 2017). « Je suis une Africaine qui vit en Europe, qui a étudié en Amérique, qui voyage en Asie, qui voyage partout… J’ai été au Brésil récemment ». Née à Birmingham (Royaume-Uni), elle a vécu son enfance à Dakar « dans une famille très militante et engagée ». Son père, le Professeur d’université Abdoulaye Bathily, est alors un farouche opposant au pouvoir sénégalais. Formée à Harvard, au sein de la Kennedy school of government, l’équivalent de l’Ena française, elle y préparea un Master of public administration. Son cursus initial aurait pu la destiner à une carrière bancaire exclusivement dédiée au secteur privé, mais sa vocation, elle le sait, est de travailler pour le secteur public. Parmi ses camarades d’études, de futurs acteurs de la transformation du continent africain ou d’autres contrées qui sont devenus gouverneur de Kaduna au Nigeria ou ministre dans le gouvernement de la Jamaïque.

Depuis trois ans, Nayé Bathily dirige, à Paris, le département de la Banque mondiale chargé des relations avec les Parlements des pays du monde entier qui sollicitent une aide financière. La Banque a, en effet, pris conscience que l’aide ne passait plus désormais par les seuls gouvernements. Dans de nombreux pays, les prêts et les opérations de financement conclus avec les institutions internationales doivent être ratifiés par les Parlements. « On ne peut même pas parler d’aide, mais de partenariat ! Dans un monde interconnecté, aider l’Afrique, c’est s’aider soi-même », défend-elle.

Par Sidy DIOP

Last modified on jeudi, 08 mars 2018 09:49

Le professeur Mandiomé Thiam séduit par sa trajectoire digne des meilleurs éloges et par son attachante humilité ; lui qui pouvait tirer un plaisir narcissique des compliments d’ici et d’ailleurs.

Ce professeur titulaire des universités, en Archéologie-préhistoire, le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans ce champ d’exploration, est l’exemple de l’universitaire dévoué pour la recherche, pour l’enseignement, son univers de performances.

Le professeur Mandiomé Thiam est empli d’une grande passion pour ce qui fait de lui une personnalité marquante de la « coterie » des intellectuels du Sénégal : l’archéologie et la préhistoire, son univers de quête et de prouesses. Sa trajectoire est un récit de persévérance dans lequel le personnage principal se fabrique un destin qui ne hantait pas encore, au début des années 1980, le sommeil des mômes de Nganda, son royaume d’insouciance, niché dans la région de Kaffrine. Dans ce patelin du Saloum, il obtient son certificat d’études primaires avant de poursuivre son cursus scolaire au Collège d’enseignement de Kaffrine et au Lycée Gaston Berger où il décroche le baccalauréat en 1980. « Influencé par un grand-frère normalien », il est ensuite orienté au département d’histoire et de géographie de l’Université de Dakar. Sous la direction d’Adama Diop et de l’anthropologue belge Guy Thilmans, il soutient, en 1985, son mémoire de maîtrise portant sur une étude craniométrique. Piste peu explorée à l’époque. Le bonhomme, d’une touchante convivialité, a le goût de l’inédit, se plait à sortir des sentiers battus pour s’engouffrer dans le « cosmos » des belles rencontres dont est féru le chercheur. L’étude de la préhistoire ne faisait qu’exciter son imagination et surtout son enthousiasme. « Comprendre les origines, saisir les tendances lourdes et le discours de Cheikh Anta Diop, au-delà de tout esprit révolutionnariste, me tenaient particulièrement à cœur. Mes convictions profondes m’ont mené vers la préhistoire », confie-t-il, la voix presque rocailleuse.

En même temps qu’il rédigeait son mémoire de maîtrise, l’entreprenant jeune homme avait pris l’option d’intégrer l’Ecole normale supérieure pour se construire un avenir dans l’enseignement. Mandiomé Thiam est affecté en tant que professeur d’Histoire-Géographie et d’Instruction civique au Collège Ousmane Diop Coumba Pathé de Dakar (ex-Soumbédioune).

Une autre opportunité, celle qui lui désherbait l’allée de son rendez-vous avec l’excellence, s’offre à lui quand Cheikh Anta Diop décide de mettre en place un diplôme d’études approfondies (Dea) en préhistoire-archéologie, en 1986. « Le défunt Ibnou Diagne, un préhistorien, m’a conseillé de m’inscrire en Dea préhistoire-égyptologie. Malheureusement, les cours n’ont pas pu démarrer car Cheikh Anta Diop est décédé un vendredi alors que les enseignements devaient commencer le samedi. Cela a été un choc. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à faire une demande de bourse pour poursuivre mes études en France », se souvient-il, les yeux perdus derrière ses lunettes à verres correcteurs.

Et même le sort, ironique, lui accordait ses faveurs : « Un jour, faisant quelques achats sur l’avenue William Ponty, je suis passé, par hasard ou par intuition peut-être, devant la direction des bourses qui s’y trouvait à l’époque. A la personne qui m’interpelle sur l’objet de ma visite, J’ai dit que je suis un étudiant du département d’histoire ayant déposé une demande de bourse pour la France. Il m’indique alors qu’une seule a été accordée. Et c’était moi ! ». La suite est un conte de grâce.

Reconnaissance d’ici et d’ailleurs
En France, le professeur Yoro Fall le met en relation avec un historien français, Jean Devisse, alors au Centre de recherches africaines. Celui-ci accepte de diriger sa thèse tout en l’orientant vers la poterie, la céramique. En 1991, il soutient une thèse unique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne sur ce thème : « La céramique au Sénégal : archéologie et histoire ». Frais émoulu de cette université française, il décide de revenir au Sénégal où après « deux ans de galère et d’instabilité », il est affecté au lycée John F. Kennedy « en attendant un poste budgétaire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », indique-t-il, la mimique pleine de familiarité.

C’est en 1997 qu’il est recruté comme vacataire au département d’histoire. Quatre ans plus tard, il devient assistant stagiaire. Persévérant comme une âme bourlingueuse, celui qui a été le chef du département d’histoire accède respectivement, en 2004 et en 2011, aux grades de maître assistant et de maître de conférences. Il est admis, par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, à celui de professeur titulaire des universités en 2017 ; le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar dans le domaine Archéologie-préhistoire. Il n’en tire pas une fierté pompeuse mais mesure le long chemin de privation, de labeur acharné. De doute ? « Non, cela ne m’a jamais habité. Juste quelques moments de vide », souligne-t-il, armé de la foi de ceux que les horizons incertains ne rebutent point. La reconnaissance des pairs vaut bien des sacrifices. Grâce à sa réputation de sérieux chercheur, il conquiert l’estime de l’« ailleurs ». Il anime, en 2009, une conférence sur le thème « État des connaissances sur les cultures néolithiques dans l’espace sénégambien », au Musée d’Art préhistorique de Macao au Portugal. Du 16 au 30 juin 2013, il est professeur invité au master Technique, Patrimoine, Territoire de l’Industrie : histoire, valorisation, didactique. Mandiomé est lauréat d’une bourse Erasmus Mundus Master in « Quaternary and Prehistory » de l’Union européenne (Professeur invité du 1er mai au 31 juillet 2009 de quatre Universités italienne, portugaise et française).

S’il n’est pas dans les amphithéâtres ou occupé à encadrer des étudiants en master et en thèse sur les questions archéologiques, ethnoarchéologiques et patrimoniales, le « copain » des apprenants s’évade à travers la lecture ou la marche pour « entretenir un corps sexagénaire » que l’enthousiasme des premiers éclats du chercheur habite encore.

Alassane Aliou MBAYE

Ousmane Dia, artiste plasticien, excelle dans l’art de façonner les métaux. Il aime les assembler en de compositions qui défient les lois de l’équilibre. Son motif de prédilection demeure la chaise : « Le siège du pouvoir et de l’autorité, mais aussi le symbole de l’hospitalité ».

Ousmane n’a pas l’accoutrement d’un artiste. Il porte un costume gris assorti d’une chemise orange. Une sérénité ponctuée d’un sourire éternellement accroché aux lèvres se dégage de son visage. L’homme est avenant ; en atteste sa chaleureuse poignée de main. Point de dreadlocks ; il a la tête rasée. Ousmane Dia dit Odia est plasticien. Ce Sénégalais âgé de 46 ans et natif de Tambacounda vit entre Genève et le Sénégal depuis vingt ans. Formé à l’Ecole nationale des Beaux Arts de Dakar, c’est après l’obtention de son diplôme qu’il se rend en Suisse, à l'École Supérieure des Arts Visuels de Genève pour, dit-il, y passer « un diplôme post-grade » obtenu en 2001. Ousmane capitalise une trentaine d’années dans le monde de l’art. Tout jeune, il ressentait déjà une sorte de manie le poussant à s’exprimer à travers des dessins. Les représentations picturales ont de tout temps constitué une attirance pour lui. C’est d’ailleurs ce qui faisait qu’à l’école, il était souvent désigné dès lors qu’il s’agissait de produire des représentations au tableau. Il se targuait alors du statut de dessinateur « accrédité », pour ainsi dire. La tâche de décoration lui revenait exclusivement en charge. Toutefois, le véritable déclic provient de Jacob Yakouba, un artiste de talent très connu, originaire de Tamba. Le jeune garçon aimait reproduire les œuvres de ce grand artiste. De passage à Tambacounda, il est parti le voir afin de lui montrer les œuvres qu’il avait faites de lui. Ce dernier loue son talent et lui recommande d’aller à l’Ecole des Beaux Arts de Dakar afin d’y subir une formation. « C’est Jacob qui m’a véritablement encouragé à emprunter une voie d’artiste. Il m’a même proposé son appui financier », se souvient-il, très reconnaissant. La formation est générale à Dakar ; lui, très ambitieux, veut se spécialiser dans la sculpture et consent à des études très poussées dans ce domaine. « Or, au Sénégal, la possibilité de passer un diplôme post-grade était inexistante », affirme-t-il. Très passionné, le jeune homme s’oriente vers les écoles d’autres pays. C’est ainsi qu’il postule à différents établissements en France, au Pays-Bas et en Suisse. Il est accepté dans ces trois pays mais décide de se rendre en Suisse, sur les conseils de Joseph Yakouba, informe-t-il. Aujourd’hui, en plus d’être artiste, Ousmane est professeur d’art visuel. S’il n’est pas à l’école pour enseigner, le professeur se renferme dans son atelier imprégné dans son « univers de création ».

Dans ses représentations, Ousmane évoque beaucoup la politique et l’actualité internationale. Quand Nicolas Sarkozy, ancien président de la République Française, avait tenu son discours à Dakar, affirmant que le « noir n’était pas suffisamment entré dans l’histoire», il s’est senti «choqué » et a décidé de faire une performance dans ce sens. Il choisit la Sorbonne à Paris pour la riposte. « J’ai représenté le malheureux discours de Sarkozy sur une immense toile posée par terre. Il y avait beaucoup d’Ambassadeurs à la rencontre. Une fois la toile par terre, j’ai demandé à l’assistance de marcher dessus pour marquer son désaccord. Tout le monde s’est exécuté, en signe de protestations », se remémore-t-il. Il venait ainsi de prendre sa revanche.

La chaise, son objet de prédilection
Un objet de prédilection revient toujours dans les représentations d’Ousmane : il s’agit de la chaise. « C’est un symbole de pouvoir, mais aussi d’hospitalité. Hospitalité, dans le sens où quand on reçoit quelqu’un, la première chose à faire, c’est de lui proposer de s’asseoir. C’est aussi une source de pouvoir dans la mesure où la chaise peut marquer le statut social de la personne. Par exemple, dans un gouvernement, la chaise du président de la République diffère de celle du Premier ministre, laquelle n’est pas identique à celle des ministres, vice-versa, jusqu’à la plus petite échelle », affirme-t-il. La chaise marque le statut social, il y a en même temps l’idée du trône. Il travaille aussi sur la multiplication des objets. Dans cette perspective, il fait souvent appel au fer à béton. Une manière de montrer la solidité qui doit caractériser un pouvoir soutenu par le peuple, évoque-t-il sourire aux lèvres.

Ousmane ne se cantonne pas exclusivement à ses représentations. En moyenne, il revient tous les trois mois au Sénégal. Dans l’idée de réunir les peuples artistiques, il a créée une association qui regroupe des artistes suisses et sénégalais. L’objectif est de construire un pont entre des créateurs issus de ces deux pays. « C’est également une manière de permettre aux artistes de Tamba de pouvoir éclore ». Il est courant qu’il amène dans ce sens des artistes suisses au Sénégal et même parfois des artistes sénégalais en Suisse. « L’association se veut d’être un coup de pousse pour les jeunes tournés aux arts plastiques et visuels ». Il en appelle à une politique plus encadrée afin de faire rayonner l’art visuel au Sénégal. Présentement, Ousmane Dia réalise sa première exposition au Sénégal à la Galerie nationale de Dakar. Le vernissage a eu lieu le 30 janvier dernier. L’exposition s’est poursuivie jusqu’au 17 février. Pour cette exposition, il a décidé de travailler sur l’Article 10 de la Constitution du Sénégal.

« Sur le plan démocratique, le Sénégal, un des rares pays à n’avoir jamais connu de coup d’Etat, figure parmi les exemples », se targue-t-il. Suffisant, à ses yeux, pour chanter fièrement la démocratie sénégalaise. « Il est assez déplorable de constater que depuis quelque temps les gens croient foncièrement devoir s’adonner à la  casse pour se faire entendre, dans le cadre d’une marche par exemple », déplore l’artiste. Ces biens appartiennent en réalité au peuple et non au pouvoir en place.

Et pourtant l’Article 10 de la Constitution du Sénégal encadre tout cela : « Chacun a le droit de s’exprimer, de diffuser librement ses idées, par la parole, par la plume, par l’image, par la marche pacifique, pourvue que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur, ni à la considération d’autrui et ni à l’ordre public ». Plusieurs Sénégalais ignorent le contenu de cet article 10, au regret d’Ousmane. C’est une manière de montrer aux compatriotes qu’ils ont un texte sur lequel ils peuvent s’appuyer pour exprimer leurs désaccords de manière pacifique et légale, rappelle l’artiste.

Oumar BA


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