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Par Exemple (44)

Originaire de Soum, une nouvelle commune difficile à placer sur la carte du Sénégal, Abibou Ngom fait partie de cette catégorie de jeunes qui ont réussi, malgré les rigueurs et les vicissitudes de la vie, à prendre leur destin en main. Recruté comme volontaire de l’éducation, son ambition, loin d’être démesurée, l’a amené à se battre pour devenir, bien des années plus tard, administrateur civil. Actuel chef des Services administratifs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), ex-Institut français d’Afrique noire, cet enfant du Loog veut être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de son Soum natal.

Comme beaucoup de jeunes Sénégalais, Abibou Ngom a toujours rêvé de devenir un cadre pour contribuer au développement de son terroir et sortir les siens de la routine quotidienne. Son rêve s’est réalisé au prix de beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Issu de Soum, une localité très enclavée, perdue dans le département de Foundiougne, et dans laquelle toutes les commodités n’étaient pas réunies, Abibou Ngom qui a toujours cru en son étoile, s’est battu pour se frayer un passage sur le long chemin de la réussite.

La plus grande partie de son cursus scolaire, a été faite entre Soum, Foundiougne et Fatick. Après le baccalauréat littéraire (A3) obtenu en 1995, au lycée Coumba Ndoffene Diouf de Fatick, l’ancien pensionnaire de l’école publique mixte de Soum devenue école Babacar Ndéné Diop, rejoint l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) où il obtient une licence en histoire en 1998. La même année, il est recruté comme volontaire de l’éducation. La détermination en bandoulière, des perspectives vont s’ouvrir pour l’enfant du Loog qui réussit, en 2000, au concours d’entrée à l’École normale supérieure (Ens). Il sort major à l’examen du certificat d’aptitude à l’enseignement moyen en Histoire et géographie et soutient un mémoire de maîtrise en histoire la même année. Professeur d’histoire et de géographie au lycée de Bambey de 2001 à 2006, il est ensuite mis en position de stage en 2007 pour l’obtention du certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire à la Fastef (ex-Ens). Abibou Ngom qui a pris goût à la réussite passe la même année au concours de l’École nationale d’administration (Ena). Il est même major au concours d’entrée de la section administration générale centrale et territoriale.

Aujourd’hui, Abibou Ngom est le chef des services administratifs de l’Ifan et se la joue modeste. « C’est un poste administratif comme les autres, mais je dois signaler que j’ai d’illustres prédécesseurs à ce poste. Il s’agit, entre autres, de Mahady Diallo et Nafy Ngom Keita devenus des Inspecteurs généraux d’État », indique-t-il.

Passionné d’histoire et de recherches, Abibou Ngom l’a toujours été, lui qui est allé jusqu’à consacrer son mémoire à Soum. « Pour mieux s’investir dans sa localité, il faut d’abord la connaître et la faire connaître aux personnes qui peuvent être amenées à y mener des activités. Ce mémoire est un travail de recherche dont l’objectif est de mettre à la disposition de tous les acteurs du développement et des décideurs des outils pour éclairer leurs décisions », indique-t-il. Abibou Ngom ne s’est pas arrêté là. Il a publié un livre intitulé : « L’autorité administrative face aux conflits à caractère religieux : le cas de Soum ». Cet ouvrage traite de la complexité des conflits à caractère religieux qui, selon l’auteur, constituent des menaces à l’ordre public et à la cohésion sociale. Et il envisage de publier un autre livre sur l’histoire générale de la commune de Soum. « Les éléments de base étant déjà disponibles, il me reste juste de les mettre en cohérence. L’objectif est de contribuer à une meilleure connaissance de la localité, car je suis convaincu que les terroirs méritent une grande attention par rapport aux actes que l’on pose, aux décisions que l’on pourrait prendre », soutient-il.

Comme Babacar Ndéné Diop, qui a rendu énormément de services à la population de Soum en menant des démarches pour l’édification d’une école dans son village d’alors, Abibou Ngom souhaite, lui aussi, apporter sa contribution au développement de sa localité. Et il compte bien s’investir et y investir. Mieux, il s’est engagé à être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de sa chère commune.

Abibou Ngom qui n’a jamais renié ses origines, entrevoit un avenir radieux pour sa localité dont le développement est, dit-il, freiné par son enclavement. « Avec le port de Foundiougne et les deux bateaux, Aguene et Diambogne, qui vont assurer la liaison Ziguinchor-Foundiougne, le pont de Foundiougne qui doit relier les deux rives du Saloum et la piste de production que constitue la boucle du Loog qui finira par être bitumée, de grands espoirs sont permis », assure-t-il. « Même le pétrole est au large de nos côtes. Je pense sincèrement que nous avons devant nous un avenir radieux. Toutefois, la question de l’approvisionnement en eau potable doit être rapidement réglée. C’est une urgence capitale ». La solution passe, selon lui, par le transfèrement d’eau. Il a ainsi invité l’État à prendre des mesures urgentes dans ce sens pour être prévenant.

Samba Oumar FALL

Son visage a traversé le temps. Cela fait déjà bientôt seize ans qu’il est présent sur la scène pour défendre les droits des travailleurs. Il est ce qu’on pourrait appeler un « avocat » sans robe noire.

En cette après-midi de mardi, Mody Guiro nous a conviés à son bureau sis au siège de la Cnts. A l’entrée, un homme au teint clair, taille moyenne habillé d’un boubou jaune, nous attend. Sa voix est limpide, mais à peine audible. Chose rarissime, Mody fait partie de ces syndicalistes qui ne s’expriment pas en élevant le ton. L’essentiel est de se faire comprendre par son interlocuteur et cela quel que soit l’enjeu, relève-t-il. Mody Guiro est né le 17 novembre 1951 à Kayes au Mali. Il a connu une enfance assez mouvementée dans le sens où son père, garde républicain, était souvent affecté à travers les différentes contrées du Sénégal. Son boulot consiste à défendre la cause des travailleurs afin de les inscrire dans une perspective de respect de leurs droits. Cette approche ne lui interdit point d’appeler également ces mêmes travailleurs à s’acquitter de leurs devoirs. Mody Guiro est le secrétaire national de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) depuis 2001.

Il a grandi à Kaolack où il a effectué ses études primaires. Dans le cadre de son travail, son père a été affecté à Gossas ou encore à Kédougou, deux endroits où le petit Mody a passé le plus clair de son enfance. Il a fait ses études secondaires au Lycée technique André Peytavin. Les déplacements de son père au gré des affections lui seront par la suite très utiles. En effet, il se rappelle avoir, à partir de cette approche, noué une certaine relation avec les différentes populations sénégalaises; ce qui lui sera par la suite très utile. Cet accès tôt établi lui a permis de mieux vivre avec les gens et surtout de comprendre leur démarche.

Côté étude, il est titulaire d’un CAP électricien. Son père n’ayant pas les moyens de financer ses études, il décide, très jeune, d’intégrer le marché de l’emploi. Il est alors recruté dans une importante société pétrolière de la place. Cette dernière va l’envoyer en France. Il étudie d’abord à l’Institut Français du Pétrole. Nous sommes en 1974. Puis, il se rend à Pau à la Société Nationale des Pétroles Aquitaine. De retour au Sénégal, il travaille comme technicien, électro-pneumaticien spécialisé en contrôle atomicien. Ensuite, il quitte cette entreprise pour aller travailler à l’institut des mines de Taïba. Il y va que comme contre-maître, instrumentiste. C’est là qu’il sera justement piqué par le « virus syndical ». Sur place, il trouve, dit-il, « beaucoup d’expatriés qui contrôlaient essentiellement l’entreprise. Ces gens avaient fini d’installer un climat fait d’exploitations. Les travailleurs étaient lésés dans bien des domaines ». Cette situation le pousse à rejoindre les rangs dans le but de mener « des combats de principe ». Sur place, un embryon de résistance s’était déjà naturellement formé et le jeune Guiro ne se fait point prier « pour plonger», en vue de renforcer l’équipe contestataire.

La formation, un pilier essentiel du syndicalisme
Un engagement qui ne sera pas dénué de risques, se souvient-il. Il souligne qu’en face, les dirigeants de l’entreprise ne restent pas les bras croisés. Mody Guiro ne se laisse pour autant guère impressionner. Son passé de « militant communiste » lui sera d’utilité, se rappelle-t-il. « J’avais déjà eu par le passé à me frotter à d’autres, ce ne sont pas ces gens-là qui allaient me faire abandonner, d’autant que je m’engageais pour une cause juste et noble », tranche-t-il.

A la lumière de ce qu’ils ont trouvé sur place, ils décident, avec d’autres collègues, de changer les responsables de l’instance syndicale. Le premier combat ne sera pas de tout repos, se souvient-il, d’autant plus que le dirigeant de la société avait quelques connaissances au plus haut sommet de l’Etat. Un homme relativement puisant donc. Chemin faisant, ils informent le Secrétaire général de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) de l’époque, feu Madia Diop, qui avait déjà mené des combats similaires pour le renouveau syndical. « Nous avons fait le déplacement à Dakar pour rencontrer Madia Diop et lui faire part de la situation qui prévalait au sein de notre entreprise », souligne-t-il. Sur place, ils ont retenu la convocation d’une séance extraordinaire de renouvellement des bases. C’est ainsi que 1400 travailleurs ont été conviés. Tous ont chacun déboursé de leur poche 1200 F. Le renouvellement des instances intervient de fait. Il est intégré dans le bureau au poste d’adjoint et, six mois plus plus tard, il est nommé délégué. Ensuite, il sera nommé secrétaire régional de l’Union des syndicats de Thiès. A tour de rôle, il va échelonner les postes avant de devenir secrétaire au niveau national. Toutes ces étapes ont été franchies avec un encadrement basé sur une formation et une éducation syndicale sur tous les plans. Il a ainsi été à tour de rôle formé en économie politique, droit du travail, santé et sécurité. « La confédération avait à l’époque un programme d’éducation et de formation en partenariat avec des instituts établis dans d’autres pays, notamment le syndicat français. Plusieurs leaders syndicaux de la Cnts sont passés par là, afin d’être formés dans plusieurs domaines. Ceci leur permettait de maîtriser la structuration et le système de fonctionnement des relations professionnelles », se souvient-il. La formation était un pilier essentiel pour ceux qui aspiraient à défendre les intérêts des travailleurs. C’est dans ce cadre que Guiro, à l’image d’autres collègues, visite plusieurs pays. Ce qui lui permet de s’enquérir de ce qui se passait dans les pays de l’Est, notamment à Moscou et en Tekoslovaquie. Là, il découvre combien le mouvement syndical était ancré sur des règles bien établies. Cette même approche de formation va le mener jusque dans les pays asiatiques, notamment au Japon et en Chine. « Madia Diop voulait qu’en tant que jeune syndicaliste, nous sachions ce qui se faisait ailleurs », affirme-t-il. Dans ce même cadre de cursus syndical, il se rend aux USA. Il apprend à se familiariser avec les mécanismes de l’organisation internationale du travail. Il dit y avoir très tôt appris à servir dans la discipline et la rigueur. Dans cette même trajectoire, il sera membre du Conseil économique et social au Sénégal, du Cena et président de conseil d’administration.

Il se rappelle avoir été un enfant fougueux. Aujourd’hui, encore les séquelles sont restées malgré le temps qui passe. Il se définit comme « un homme véritablement nerveux ». Il essaye quand même de maîtriser cette nervosité en contrôlant ses émotions. Toutefois, souligne-t-il, cette nervosité peut être exprimée dans des circonstances particulières. « Dans les négociations antérieures, feu Madia Diop était souvent celui qui tempérait, il faisais monter la pression dès lors que l’interlocuteur refusait de se plier en faisant quelques concessions », se rappelle-t-il. Aux jeunes qui veulent un jour intégrer le mouvement syndical, il demande d’aller se former. Toutefois, reconnaît-il, à l’époque il était plus facile de bénéficier de formations. La crise économique n’en était pas aussi vivace. Il invite responsables et délégués syndicaux à davantage s’outiller. Il informe que cette approche permet d’avoir un syndicat fort et en mesure de relever les défis. Au vue des différents cursus des leaders syndicaux, il a l’impression de voir plusieurs d’entre eux bruler les étapes. Les procédures ne sont pas à la portée de tous. Elles requièrent un minimum de connaissances pour pouvoir valablement s’y imprégner. La négociation ne s’improvise pas, elle s’apprend, dit-il.

Madia, le maître
Dans sa trajectoire de syndicaliste, un homme a joué un rôle déterminant : il s’agit de Madia Diop. « Madia était un grand leader. Il a eu à vivre plusieurs expériences politique et économique qui seront déterminantes dans l’histoire du pays. Bien qu’il était politique (il était membre du Parti socialiste), Madia Diop est resté syndicaliste jusqu’à sa mort. A titre d’exemple, des travailleurs ont été plus d’une fois iniquités pour leur appartenance politique et, bien qu’il était militant du parti au pouvoir, Madia Diop a vigoureusement combattu pour eux, au nom de la liberté syndicale », témoigne-t-il sur un homme qui l’aura beaucoup marqué. Mody Guiro ne fait pas partie des syndicalistes qui pensent qu’Etat et syndicat doivent se regarder en chien de faïence.

Au contraire, « l’Etat est le régulateur des activités économiques. Le gouvernement, bien qu’étant employeur, est aussi responsable de la politique nationale », souligne-t-il. Cette situation doit amener les uns et les autres à asseoir un bon climat d’échanges qui seraient fructueux pour les uns et les autres. D’ailleurs, précise t-il, le temps que nous passons dans le secteur privé est plus important que celui passé avec le gouvernement. Il n’est pas également permis à tous les syndicats de pouvoir négocier avec l’Etat car il y a des critères d’approche et de sélection pour cela. Parmi ces critères figurent la représentativité syndicale. Il y a des éléments de mesure spécifiques qui veillent à cela, estime-t-il. Mody Guiro envisage-t-il de faire de la politique ? « Je pense qu’en tant que citoyen nous avons le droit d’avoir des opinions politiques. En ce qui me concerne, si je devrais faire de la politique, je vais d’abord me départir de ma fonction syndicale », relève-t-il.

Par Oumar BA

En l’absence de perspective d’emplois à Missirah, Mme Siga Diouf Fall s’est tournée vers le mareyage, activité qu’exercent beaucoup de femmes dans ce village de pêcheurs situé à 12 km de Toubacouta. Cette bonne dame affiche sa fierté d’avoir intégré ce métier et, aujourd’hui, elle n’est obsédée que par le poisson qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Au lieu de s’adonner à la transformation des produits qui occupent la majorité des femmes de Missirah regroupées au sein d’une union locale, Mme Siga Diouf Fall a choisi la voie du mareyage. Sa passion pour ce métier, elle la raconte avec émotion. Selon elle, tout a commencé avec le décès de son premier époux. « Après mon veuvage, je suis restée trois années de suite à ne rien faire. J’avais trois enfants, dont deux garçons et une fille, que je devais nourrir », explique-t-elle. Cette période, elle l’a vécu difficilement. Jusqu’à ce que sa sœur qui s’active, elle aussi, dans le secteur, lui conseille de se lancer dans le mareyage. C’était en 2010. « Elle me procure une caisse et me prête un petit fonds de roulement pour me permettre de démarrer. Ensemble, nous nous rendons au ponton et elle me met en rapport avec les piroguiers auprès de qui j’ai commencé à acheter les poissons que j’acheminais ensuite vers le marché », indique-t-elle.

Ainsi, lancée dans l’activité de mareyage, Siga Diouf Fall découvre une nouvelle vie. Difficile au début, mais au fur et à mesure, elle a fini par s’adapter et l’habitude aidant, elle fait la connaissance d’acteurs travaillant dans le secteur de la pêche.

« Ce n’est pas bien facile en tant que femme de se lancer dans une telle activité qui naguère était beaucoup plus adaptée aux hommes. Cela demande beaucoup de courage, d’efforts. C’est tout un processus allant de l’achat de produits jusqu’à la vente en passant par la mise en caisse et la conservation avec de la glace qu’il faut toujours avoir à côté au risque de voir les produits pourrir ».

Pour autant, Mme Fall n’a jamais montré des signes de découragement, sa sœur étant à ses côtés pour mieux la pousser à persévérer. « Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu de m’avoir donné les forces de surmonter autant de difficultés après le décès de mon défunt mari et le soutien de ma sœur que je remercie d’avoir eu l’idée de m’encourager à me lancer dans le mareyage », souligne-t-elle.

À 35 ans, Siga Diouf Fall se dit « obsédée » par cette activité devenue, pour elle, une chance saisie pour se reconvertir et nourrir sa progéniture, même si, reconnait-elle, ça n’a pas été bien facile au début. Dans son nouveau métier, la chance lui a souri à nouveau. Elle a rencontré un homme et convolé avec lui.

« Mon actuel mari évolue aussi dans le milieu. Je l’ai rencontré pour la première fois au ponton de Missirah. C’est ce qui m’a encore davantage encouragé à m’investir dans cette activité. Je me suis alors organisée dans la commercialisation en convoyant des produits dans les marchés de Sokone et de Karang deux fois par semaine, mais aussi dans les autres marchés hebdomadaires comme Passy », explique t-elle.

Tous les soirs, jusqu’à des heures avancées de la nuit, le ponton de Missirah regorge de monde dont une majorité de femmes qui s’activent pour gagner dignement leur vie. Des destins s’y nouent et comme Siga Diouf Fall, beaucoup de femmes, bercées par la brise et l’odeur du poisson, s’y sont construit une nouvelle vie qu’elles croquent à belles dents.

M. SAGNE et S. O. FALL (photo : N. S. SAMB)

L’apparence est trompeuse, dit l’adage. Maël Thiam, premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) en est peut-être une illustration. Derrière le discours politique de l’administrateur de l’Alliance pour la République (Apr), se cache un homme au parcours atypique. Découverte !

Au fil des ans, l’homme s’est forgé une carrière et une réputation honorable dans le microcosme des affaires. D’autant qu’il a eu à entreprendre dans divers domaines. Il est donc avant tout un commercial dans l’âme. Justement, les hommes d’affaires trainent la bonne réputation d’être à cheval sur le temps. Ne dit-on pas que le temps c’est de l’argent ? Seulement, entre le monde des affaires et celui de la politique, il suffit de franchir un pas. Ce pas, Maël Thaim l’a bien franchi. Pour autant, ses rendez-vous ne sont pas minutés. Il a fallu attendre plus que le temps convenu, pour enfin lui mettre la main dessus, « retenu » qu’il était, par d’exigeants camarades de parti. Faute de frappe, habitude….allez savoir ! Courtois, mais ferme, il nous conduit doucement, après avoir pris connaissance de notre identité, vers son bureau sis à la Vdn, plus exactement au siège du parti Alliance pour la République (Apr). C’est que Maël Thiam est l’administrateur du parti au pouvoir. Il est également premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Ce mercredi, il est habillé en boubou traditionnel aux couleurs de son parti. Pure coïncidence ?

Maël Thaim est né en 1962 à Louga. Il y passe une petite partie de son enfance. Nous sommes en 1964 lorsque sa famille déménage à Pikine, soit deux ans après sa naissance. C’est à Pikine qu’il fera tout son cursus primaire. A tour de rôle, il va habiter dans différents quartiers de la banlieue dakaroise, d’abord Thiaroye ensuite à Guinaw Rail. En classe de Cm2, le jeune Maël se présente au concours, pour intégrer le prytanée militaire. Il le réussit et y effectuera tout son parcours secondaire, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, dans cette prestigieuse école où les plus doués étaient sélectionnés, pour y recevoir un enseignement de qualité, doublé de la rigueur militaire. Cette approche en dit long. En effet, il rappelle n’être jamais sorti du lot des premiers en classe. « La raison est la chose la mieux partagée et l’intelligence n’a pas de frontières », dit-il, mettant en touche ce préjugé qui voudrait que les meilleurs soient issus ailleurs, qu’en banlieue. Au prytanée militaire déjà, il se souvient avoir très tôt développé un leadership naturel. Alors qu’il était en classe de troisième secondaire, le petit Maël se voit confier « l’honorable tâche » de coordonner les activités scolaires, d’ordre sportif ou culturel. Dans ce cadre, il était également chargé de diriger même les élèves de terminale, qui se trouvent être ses aînés.

«Au prytanée militaire, les élèves sont soumis à un régime stricte. Ce qui installe un climat de rigueur et d’organisation, où tout est minutieusement calculé. Tout le monde était tenu de se conformer au règlement et à la hiérarchie. En plus des cours classiques, les élèves suivaient une formation militaire : manipulation des armes avec le montage et le démontage, du tir, la topographie, le combat. Tout ceci était évalué dans le cadre d’examen », se rappelle-t-il. Cette approche militaire va forcement faire naître des tentations. Il se rappelle ainsi avoir, en un moment voulu, s’engager comme militaire dans l’armée de l’air. Ce vœu ne s’est malheureusement pas réalisé.

Un footballeur passionné
Maël est un homme multifacettes. Il fut un footballeur passionné du ballon rond. Cet amour l’amènera notamment à jouer aux Navétanes à Pikine. Après l’obtention de son baccalauréat en série C (S1) avec mention Bien, il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Toutefois, précise-t-il, l’Ucad n’a jamais figuré parmi ses plans d’études supérieures. D’ailleurs, se rappelle-t-il, il avait passé un concours pour aller boucler ses études en Allemagne. Concours, qu’il dit avoir réussi avec brio. Et curieusement, lorsqu’il a fallu recevoir la bourse, son nom ne figurait plus sur la liste définitive. Il va à la place « sans en avoir fait la demande gratuitement recevoir une bourse à l’Université de Dakar ». Il choisit la filière Médecine-Pharmacie. Il suivra des cours deux ans durant à l’Ucad. Ensuite, il se rend en France. Pour la petite histoire, c’est feu le Khalife général des Tidianes Serigne Mansour Sy Borom Darra-Ji qui va lui payer son billet, pour le voyage en France. Il se chargera également de son hébergement une fois sur place. Là, le jeune Maël suit des études en Sciences économiques jusqu’au troisième cycle. Après les études, il ouvre son propre cabinet. Au passage, il s’adonnera régulièrement au football, en première série. Ce qui lui permettra de gagner quelques revenus dans sa passion. Ensuite, il passe l’examen du diplôme d’entraîneur. M. Maël Thiam dispose, en effet, du diplôme de reconnaissance d’entraîneur délivré par la Fédération française de football (Fff). D’ailleurs, il sera entraîneur de l’As Durban. Il se rappelle avoir, dans ce cadre, joué contre Marseille, St Étienne, Monaco. Il sera ensuite désigné comme sélectionneur du Sporting Lyonnais dans le cadre d’un tournoi international à Orléans. Il sera, par la suite, coopter par un autre club comme entraîneur général et qui avait l’ambition de monter en division supérieure. En même temps, il avait un cabinet de consultance en finance, un restaurant et un institut de beauté. Par ailleurs, il était membre de Sos racisme, responsable de la commission Anti Le Pen. Il se rappelle que ce poste lui a valu beaucoup de débats télévisés en France. Fodé Sylla viendra plus tard. Des moments d’âpres luttes qui ont laissé des séquelles, mêmes physiques, précise-t-il.

Le retour au bercail
Dans le cabinet où il était associé avec un certain François Le Roux, ancien banquier du Crédit agricole, ensemble, ils vendront beaucoup de produits financiers tels que la loi Malraux, la loi Ponce ou la loi Menuri, se souvient-il. En 1998, il décide de revenir au Sénégal. Les autorités de l’époque lui demandent alors de réfléchir sur la reconversion des anciens militaires. Il va, dans ce cadre, rédiger un programme qui était ancré dans une nouvelle association, à l’effet d’intégrer les jeunes qui ont fait deux ans dans l’armée, avant de se retrouver dans le civil. Le programme va d’ailleurs être muté en société.

En 2000, Me Abdoulaye Wade est élu président de la République du Sénégal. Ce dernier lui demande, dit-il, en présence de Sidy Kounta et d’Idrissa Seck, de « l’aider à démanteler le Parti socialiste qui venait tout juste de perdre le pouvoir ». Il refuse la mission consistant à ruiner le Ps, parce que, dit-il, il n’a jamais été membre de ce parti, donc n’ayant pas suffisamment d’arguments pour le détruire. En plus de cette mission, d’autres lui seront confiées, parmi celle-ci « travailler sur l’image du président de la République nouvellement élu ». La rupture est intervenue lorsque, dit-il, Me Abdoulaye Wade, une fois au pouvoir, lui demanda d’adhérer complètement au Pds. Ce qu’il refusa.

Alors, il ira au Burkina pour y développer ses activités professionnelles. Sur place, il trouve un pays essentiellement tourné vers la culture bureaucratique. « A l’époque, il n’y avait pas 2.000 entreprises au Burkina. Il fallait mettre en place une stratégie pour booster l’entreprenariat », souligne-t-il. Il mettra au point un institut de formation professionnelle en entreprenariat au Burkina. Titillé très tôt par « la volonté d’être différent », il va très vite taper dans l’œil de ses camardes de parti. « Maël est un sanguin qui peut suffoquer de colères quand on le pousse à bout. Mais, c’est aussi un affectif qui sait communiquer avec tout un chacun. Il a cette capacité d’écoute qui lui a permis de conquérir la sympathie d’une multitude de personnes. C’est un cadet qui sait se comporter en grand frère, quand il s’agit de prodiguer des conseils et autres », témoigne un de ses camardes de parti qui préfère garder l’anonymat. C’est en décembre 2008, sur demande de l’homme d’affaires Harouna Dia, qu’il décide de venir soutenir le candidat Macky Sall. Ce compagnonnage les mènera jusqu’à la conquête du pouvoir. Aujourd’hui encore, c’est lui l’administrateur de l’Apr.

Par Oumar BA

Il se définit comme la « bouche de l’Afrique ». Une bouche qui, à l’aide de ses deux mains, est au service de la tradition orale écrite. Ecrivain, conteur et poète, cet homme de lettes compte à son nom plusieurs pièces de théâtre. Entre l’oralité et l’écriture, ce traditionniste se complaint dans le fonctionnement technique des traditions bien qu’il porte la langue française, une de ses passions.

Le soleil qui s’est retiré du côté de la Corniche Ouest laissant la place à un clair-obscur aux lueurs crépusculaires rosâtres. Au même moment, l’écrivain s’est isolé au centre culturel Blaise Senghor, l’univers de production et de conception de ses textes. Structure d’animation et de production culturelle, quand il y est, il oublie le temps, les lourdeurs de ses responsabilités mais aussi ses angoisses et détresses, a-t-il fait savoir. Cette vitrine culturelle est également le lieu de ses rendez-vous. Secrétaire général de l’Association des conteurs du Sénégal dont le siège y est logé, il y organise ses spectacles. D’ailleurs, dans quinze jours, l’enfant de Cocci sera encore sur scène pour quelques prestations.

Seul devant une table, dans une confusion de bruits émanant des baffles, des « Jimbés » sur lesquels tapent des mains d’individus aux doigts agiles avec des regards jetés dans le vide, on le distingue parmi une pléthore d’individus par son écharpe dont il ne se sépare presque pas. Au-delà d’une bande d’étoffe mystique qui n’est point un accessoire qu’est-ce qui se cache derrière ? De l’art et de l’esthétique, selon l’homme de lettres qui en fait également une signature. Fonctionnelle dans ses prestations, chacune parmi elles le lie à quelqu’un ou à un évènement. « Je les conçois selon une dimension et une taille. Elles ont un rapport avec chacune de mes journées et des évènements », renseigne-t-il sur sa bande d’étoffe tricotée puis portée autour de son cou. « A l’occasion de la Francophonie par exemple, j’étais habillé en noir et blanc. Une écharpe blanche sur un habit noir sur lequel du fil blanc. Une représentation du continent qui porte le monde dans sa blancheur. Un contraste qui me permettait d’avoir une bonne introduction », illustre l’écrivain.

Aujourd’hui, moins lourde et en couleur blanche, elle tombe sur le dos vers la gauche et non pas sur la poitrine. Une manière de souhaiter le paradis à un parent décédé.
A travers sa silhouette moyenne, il porte la beauté des costumes traditionnels africains. Une manière d’être utile à son pays en faisant la promotion du consommé local. Un choix vestimentaire qui ne relève guère du hasard. Affecté par le discours d’un blanc qui, dans un boubou, disait être déguisé, il avait considéré l’être à chaque fois qu’il s’était mis dans un costume. Et ce fut un divorce entre lui et ses tenues modernes. « Mais, ce qui m’a poussé vraiment à cesser de mette des costumes relève d’une mésaventure que j’ai eu à l’aéroport de Paris. Au sein de ce dernier, on nous avait demandé d’enlever nos ceintures. En effet, je me suis senti nu car, dans ma culture, on n’enlève pas son « Guénio », conte le Niambour-Niambour. Plus jamais une ceinture à l’Occidentale. Et la manière d’y parvenir était de porter ses tenues bien faites par l’artisanat local.

Entre l’oralité et l’écriture
Né dans le Niambour à la lisière du Cadior et le Baol avec un long séjour dans le Saloum, il manie bien la langue de Kocc. Auprès d’une grand-mère manding qui la parlait à merveille, il a aussi baigné dans une euphorie linguiste où il avait de grands griots à l’instar de Moury Mbaye, El Hadji Mor Mbaye, le géant. En effet, l’enfant de Cocci, un village dans la région de Louga, une ville aux portes du Sahel, enclavée entre la région historique du Djolof à l’Est, le Walo au Nord, le Cayor au sud, avait très tôt le verbe facile. Zone de contact et un point de rencontre de groupes ethniques, il s’est enrichi de ce patrimoine culturel. Il y respire une plénitude qu’aucune notoriété ne peut donner. La récompense de plusieurs décennies de recherches par lesquelles il s’est laissé absorber par les contes, mythes et épopées, des genres dont il se sent serviteur.

Autodidacte dans l’écriture wolof, ce descendant de « sacs à paroles », notamment de Leyti Guissé, historiographe et de Samba Coumba Kalado, l’auteur de l’hymne de Niani, est un vrai défenseur de cette langue locale qui fédère.

Traditionniste comme il se dénomme, il a toujours essayé de comprendre le fonctionnement technique des traditions, leurs valeurs sociologiques et anthropologiques. Ayant fait son doctorat en littérature orale, toutes ses recherches sont axées sur le patrimoine, en particulier sur la tradition orale. Une manière pour ce spécialiste de la sémiotique des danses africaines de partager l’Afrique. En effet, il s’était réinscrit à l’Ucad pour faire son Diplôme d’études approfondies (DEA) en Littérature africaine écrite, un mémoire en littérature comparé et une thèse en littérature orale.

En contact avec le français très tôt par le biais de la lecture, cet homme de lettres qui s’est autoproclamé la bouche de l’Afrique, compte à son nom plusieurs ouvrages d’expression française. Enseignant la littérature française, une de ses passions, il a longtemps porté la langue de Molière.

Rédempteur du conte
Auteur de « Contes et légendes », une émission qui conte l’Afrique et animée depuis dix-sept ans sur la Radio Sénégal internationale, devenue un lieu de rendez-vous avec les adeptes grâce à lui. Le conte survit bien que dans des supports modernes. « En tant qu’art social, le conte a perdu du terrain mais, en tant qu’art artistique ou spectacle, il se porte très bien », s’est-il satisfait. En effet, des contes des cases, il a laissé aux enfants ceux d’une ère nouvelle qui parlent d’ordinateurs, d’internet, ses atouts et ses méfaits entre autres phénomènes de la modernité. De cet esprit est né le « talisman brisé » comme conte radiophonique sur une commande de Radio France internationale, « l’or du sage »… Cependant, que cherche cet écrivain dans ce genre littéraire ancestral ? L’humanité, dit-il. Dans une société dématérialisée où les rapports entre les uns et les autres deviennent matériels avec la fragmentation des liens qui sont plus sur Facebook ou autres supports électroniques, il y met le caractère humain de nos sociétés et y sanctionne des attitudes négatives.

Dramaturge, il est à l’origine des pièces de théâtre comme « les Néons d’ébènes » traitant les incendies de marché publié à Athéna édition et « Sénégalités : paroles africaines » qui aborde la question des mariages entre personnes d’âge différent, le sida et le mariage, la virginité, la question de l’homosexualité dans le cercle des femmes. Selon l’ancien directeur de la compagnie du théâtre Daniel Sorano, un autre intitulé « Sacrée jumelle » est en cours de conception. Un coup de projecteur sur l’Albinisme qui sera bientôt édité.

Au pilier de la culture
D’un père infirmier chef de poste et en même temps comédien qui était au centre des activités culturelles à Thiamène où il était affecté, il avait hérité de la fibre de cet homme de culture. Ainsi, il a baigné dans l’Univers des « Simbs » (carnaval de faux lions) et du « Taxuran ». Président du bureau fédéral des foyers ruraux Cocci, Sakal, Ngéoul Darou Mousti, à dix-huit ans, il a été à la tête des mouvements associatives. Entraîneur pendant dix ans de l’équipe de foot de Cocci, à Louga Montagne, un quartier omnisport, lieu de concentration des meilleurs basketteurs, handballeurs et footballeurs de la ville, il s’imprégna lui-même de tous ces sports. Une pension qui, aujourd’hui, se résume à aller à la plage et regarder les gens jouer au football. Grand admiratif des grands records de Federer, de la constance de Nadal mais de l’humanisme des sœurs Williams, il prône un sport plus humain.

Marame Coumba SECK

La vie est parfois simple. Sidi Diop, un homme d’approche ordinaire, a pourtant participé à la restauration d’un grand édifice historique : le cimetière des tirailleurs situé à Thiaroye. Découverte d’un héros qui cultive la discrétion.

Des rangées de 202 sépultures anonymes sont séparées par une allée en terre-plein dans ce cimetière militaire de Thiaroye, situé dans la banlieue de Dakar, où sont inhumés les tirailleurs sénégalais tués dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, selon une version officielle. Le corps des tirailleurs, formé de soldats de colonies françaises d’Afrique, comprenait notamment des Sénégalais, des Soudanais (actuels Maliens), des Voltaïques (aujourd’hui Burkinabè), des Ivoiriens. Ceux qui déménagent souvent trimbalent des cartons qu’ils finissent par ne plus ouvrir. Leur passé est là, à portée de main, pas vraiment encombrant. Ils ont fini par s’y faire. Leur souci est ailleurs. Leur propre personne n’est même pas au centre de leur préoccupation. Il est difficile de croire qu’une telle catégorie de personnes existe encore. Et pourtant, il suffit de faire un tour au cimetière de Thiaroye et d’écouter le récit de Sidi Diop pour se rendre compte que cette trempe d’individu existe bel et bien.

Sidi mettrait bien au placard la saga familiale. Ce qui l’intéresse, c’est de mettre en avant l’histoire du Sénégal, de la valoriser, de la restituer. De son enfance, à Pikine, à l’adolescence, ce fils d’un cultivateur et d’une femme au foyer né en 1952 se retrouve gardien et conservateur d’un cimetière rempli d’histoires. De quoi Sidi Diop est-il le nom ? En apparence, il est simplement habillé, mais affiche aussi une élégance discrète. Ce qui impose d’emblée un ton posé, réfléchi. Il ne manie point la langue de Molière. C’est dans un wolof brut qu’il parle avec des mots précieusement choisis.

La « méconnaissance de l’Afrique, souvent résumée à des clichés », n’a évidemment pas échappé à ce gardien de cimetière, plus engagé qu’il ne veut le dire, d’aller au-delà du commun des habitants de cette bourgade tranquille qu’est Thiaroye. Son grand-père a surement combattu avec les forces françaises aux côtés des tirailleurs, dit-il. A l’image de la plupart des Africains du reste. « Il y a 70 ans, l’armée française faisait feu, près de Dakar, sur des tirailleurs sénégalais réclamant leurs soldes », raconte t-il. Au petit matin du 1er décembre 1944, dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, l’armée française réprime dans le sang le mouvement de protestation de tirailleurs sénégalais (un terme qui désigne des soldats originaires de plusieurs régions de l’Afrique occidentale française). Alors que ces hommes réclament le paiement de leurs soldes, correspondant à leurs années de captivité par les Allemands en France, durant la Seconde Guerre mondiale, leurs frères d’armes ouvrent le feu, faisant plusieurs morts.

« Des tirailleurs sénégalais ont été prisonniers de guerre pendant quatre ans en France à partir de 1940. Après la libération, l’armée les fait rentrer à Dakar en 1944. Ils doivent alors toucher leur solde, le salaire pour les militaires. Ils arrivent en novembre et avant de retourner dans leur pays d’origine, ils sont regroupés à Thiaroye, un camp militaire qui existait depuis la Première Guerre mondiale. Ils sont en voie de démobilisation, mais il semble que l’armée n’a pas l’intention de payer les restants. Il y a un mouvement de protestation de la part des tirailleurs qui refusent de repartir chez eux. Ces hommes seront alors collectivement fusillés. Leurs corps seront enfouis dans des fosses communes situées quelque part à Thiaroye », raconte-t-il. De bouche-à-oreille, de génération en génération, l’histoire a été contée. Toutefois, il ne restait pas grand chose de la mémoire de ces braves militaires.

Un engagement volontariste
Devant cette incertitude, un homme méconnu du grand public a pourtant joué un rôle déterminant. Sidi Diop dit avoir été animé par une « inspiration divine ». A l’époque, se souvient-il, l’endroit était une décharge non occupée et où les populations venaient déverser des ordures. Il décide alors d’agir. Il prend volontairement les devants. Sidi parvient à convaincre quatre de ses amis. Ensemble, ils viennent quotidiennement balayer l’endroit, l’entourent de grilles et font appliquer une défense. Désormais, les populations sont strictement interdites de jeter des ordures sur ces lieux « remplis d’histoires ». Le matin, Sidi est au travail, l’après-midi, il veille à l’endroit. Des années durant, il va mener cette activité, dans un élan purement volontariste et désintéressé.

C’est à travers une circonstance les plus hasardeuses qu’un homme vient vers lui. « Il avait bonne mine et dégageait une allure réconfortante », se souvient Sidi. L’homme s’approche, salue et se met à poser des questions. « Il m’a d’abord signifié que l’endroit était une propriété militaire », se rappelle Sidi. Il explique à son interlocuteur venu de nulle part qu’il était simplement mû par le désir de restaurer cet endroit historique qui, à défaut de soins, risque de sombrer dans l’oubli. Séduit par cette initiative, l’homme qui, en réalité, est un commandant de l’armée, le convoque le lendemain. Comme convenu, il se retrouve dans un bureau au camp militaire de Thiaroye avec des hauts gradés. « Les militaires ont unanimement salué l’initiative et ont pris séance tenante une décision. J’ai été nommé gardien officiel des cimetières de Thiaroye », se rappelle-t-il. Cette nomination va davantage accroitre la détermination du volontaire. Désormais, c’est toute la journée durant qu’il reste sur les lieux. Quid de ses dépenses quotidiennes ? L’homme préfère s’en remettre à Dieu en comptant souvent sur des bienfaiteurs touchés par son acte.

Les autorités, mises au courant, se rapprochent. Parmi les hommes qui ont joué un rôle déterminant pour que cet endroit rempli d’histoires et de symboles à plus d’un titre ne soit oublié, figure en bonne place Me Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal. En effet, selon les témoignages de Sidi Diop, Me Wade avait plusieurs fois dépêché son chef de protocole, afin qu’il vienne s’enquérir auprès du gardien ce qu’il fallait faire. Après information, le ministre de la Défense de l’époque, Abdoulaye Baldé, est également venu sur les lieux. Avec l’intérêt des autorités, l’endroit est totalement réfectionné. Des murs sont construits, les tombes restaurées, des fleurs plantées et un musée historique mis à la disposition des visiteurs. Me Abdoulaye Wade viendra plusieurs fois sur les lieux. Récemment en visite au Sénégal, François Hollande, président de la République françaises, a remis à Macky Sall une copie des archives françaises sur Thiaroye, un geste salué par le président sénégalais au nom du devoir de mémoire. « Nous sommes ici sans ressentiments, pour reconnaître et rappeler notre histoire commune, afin que vive la mémoire des tirailleurs et qu’elle soit préservée de l’oubli », avait dit Macky Sall. Soixante-dix ans après la fusillade de Thiaroye, François Hollande a fait le déplacement pour exprimer la dette de la France : « Je voulais réparer une injustice parce que les évènements qui ont eu lieu ici sont tout simplement épouvantables, insupportables. Et la France se grandit chaque fois qu’elle est capable de porter un regard lucide sur son passé », disait-il.

« Ce jour-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mon émotion m’a fait verser de chaudes larmes. Il me revenait alors à l’esprit tout le parcours effectué pour que cet endroit soit enfin reconnu », souligne Sidi Diop. A lui seul, il a contribué à la restauration d’un pan historique de tout un continent, réalisant ainsi le rêve de plusieurs générations, celui de pouvoir se remémorer sur cet endroit rempli d’histoires. A notre tour, nous lui demandons quel est son plus grand vœu. Sans rechigner, Sidi affirme vouloir rencontrer la Première dame du Sénégal !

Par Oumar BA

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Il a le front dégagé, l’allure courtoise et la démarche juvénile. En ce samedi, il porte un costume marron aux rayures grises, assorti d’une chemise et d’un pantalon. Son physique svelte pousserait à facilement lui conférer moins que son âge. Cheikh Diop est né le 1er janvier 1953 à Gandeck, dans un village situé à Bambey. Il est issu d’une famille paysanne. Son père était tailleur à ses heures perdues, durant la saison sèche notamment. Il est issu d’une large famille, «sociale et ouverte où tous les membres vivent en parfaite harmonie dans ce qu’il convient d’appeler concession familiale ». Son père avait quatre épouses. Il est le seul lettré de la famille. Ou du moins, il est le seul à avoir fréquenté l’école française, les autres ont fait l’école coranique ou ne sont pas du tout instruits, relève t-il. Le petit Cheikh accède à l’école par le biais de son homonyme Cheikh Sène, un riche commerçant établi à Bambey qui s’est essentiellement occupé de son encadrement. Appartenant à une famille paysanne aux revenus modestes, il n’envisageait pas de faire de longues études. Une fois le brevet en poche, il s’oriente alors vers l’enseignement professionnel, pour pouvoir très rapidement s’insérer et ainsi venir en aide à sa famille. C’est ainsi qu’il fera le centre de qualification industrielle de Dakar, avec un cycle qui lui a permis de sortir avec le niveau de technicien supérieur. Il est, dès sa sortie, embauché par la firme pétrolière Shell Sénégal. Nous sommes en 1974. Shell était venue demander les meilleurs de la promotion, souligne-t-il. Étant entendu qu’il était deuxième de celle-ci, c’est donc naturellement qu’ils ont fait appel à ses services.

Au début, il s’occupait du dépôt des hydrocarbures au port, ensuite dans les stations services. C’est alors que les autorités de Shell, convaincues par son abnégation, décident de l’amènent faire des études en France. Il se rend à l’institut des Pétroles de Roy Ma Maison situé à Paris. A son retour, il est nommé directeur adjoint d’une des firmes du groupe chargée notamment de la manutention, plus précisément dans l’unité qui s’occupe de l’aviation. Une jeunesse mouvementée l’a souvent propulsé Cheikh Diop au-devant de la scène politique. Il se dit à cet égard « révolutionnaire né », soulignant avoir toujours contesté « l’ordre établi » qui avait tendance « à exclure une certaine classe ». Tout ce qui n’entrait pas dans le moule conventionnel l’attirait. C’est ce qui a motivé en quelque sorte à écourter ses études. Nous sommes en 1968, il est exclu de l’école secondaire pour avoir notamment dirigé des mouvements de grève, mais il est quand même revenu après des négociations. Plus de peur que de mal ! Son passé militant l’a conduit à adhérer très jeune au RND, parti dirigé par le professeur Cheikh Anta Diop. Il était alors fasciné par les pistions contradictoires prises par le professeur face au tout-puissant Président Léopold Sedar Senghor. Il était fasciné par la démarche de l’homme, son ouverture d’esprit et sa culture. Il adhère alors au parti comme un des membres fondateurs. Nous sommes vers les années 1970. « Le parti n’étant pas reconnu par le pouvoir en place, il a fallu se battre pour une reconnaissance de celui-ci », relève-t-il. C’est donc dans la clandestinité qu’ils vont au tout début mener leurs activités. Plus tard, il quitte cette formation politique en vue de participer à la création d’une autre. C’est avec Me Babacar Niang qu’ils forment le PNLP. Un homme qu’il a su côtoyer « aimer et adopter », alors qu’ils étaient tous deux militants au sein du parti RND. Il dit devoir en partie à cet homme ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ensemble, ils décident de quitter le RND. Une sortie qui a coïncidé avec l’arrivée du président Abdou Diouf à la tête du pays. Avec l’arrivée d’Abdou Diouf, il relève « une sorte d’accalmie dans la démarche de son ancien parti ». C’est comme qui dirait que le Professeur Cheikh Anta Diop voulait plus en découdre avec Senghor qu’avec le système, relève-t-il. Une manière pour lui de justifier la création du PNLP. Il sera alors responsable des jeunes du parti nouvellement crée.

Premiers pas dans le syndicalisme
En 1968, le Sudes, à l’époque organisation syndicale la plus représentative du pays, a été cassé en plusieurs morceaux par le gouvernement. Le RND, organisation politique qui naturellement aspire à prendre le pouvoir, met alors en orbite un schéma pour s’accaparer certaines franges de cette organisation syndicale dissoute. Cette mission est alors confiée à Me Babacar Niang. Au terme des réflexions, le RND demande à ses militants d’adopter une démarche de « contre-pouvoir ». Un syndicalisme exclusivement axé sur la défense des intérêts des travailleurs est alors partout crié. L’objectif était de mettre sur pied un cadre de lutte performant. C’est, dit Cheikh Diop, durant ces négociations que le virus du « syndicalisme » l’a piqué. Il est alors fasciné par les idées révolutionnaires.

Les conclusions des commissions sociales avaient donné des recommandations aux militants du RND leur demandant d’aller militer dans les grandes centrales en leur insufflant leur idéologie du syndicalisme. C’est à travers cette recommandation qu’il adhère à la CNTS. En 1986, il est nommé délégué du personnel des agents maîtrises et cadres. C’est par ce biais qu’il accède à la tête du syndicat de pétrole, après de « farouches luttes », en 1994, se rappelle-t-il. Il prône alors un «syndicalisme libre, de contre-pouvoir ». Il voulait surtout restaurer un cadre de lutte beaucoup actif et dynamique. La CNTS regroupait à l’époque essentiellement les mouvements ouvriers. Cette ligne syndicale va petit à petit s’avérer très payante. Son cercle de sympathisants ira croissant. Il dit avoir choisi de faire du syndicalisme contre un avenir prometteur dans le secteur du pétrole. Si certains pensent que l’alternance a donné un nouveau souffle à son mouvement syndical, il s’en défend en soulignant au passage que ceci « était faux ». Il quitte la CNTS/FC parce que, dit-il, il ne voulait pas se conformer aux textes. Ce qui, dit-il, va créer une scission. Tout citoyen a le droit d’avoir des convictions politique et syndicale. Car, souligne-t-il, les deux sont difficilement dissociables. Il suffit, selon lui, de juste savoir faire la part des choses. Les relations entre capitale et travail ont généré des idéologies politiques. Ceux qui étaient proches du capital s’appelaient « capitalistes ». Ceux qui étaient proches ou alliés du travail étaient appelés socialistes. Ces idéaux sont les dérivées des courants politiques, informe Cheikh Diop.

Cohabitation avec le pouvoir
Les événements de 1968 ont donné une nouvelle vision du syndicalisme à Léopold Sedar Senghor. Il avait alors prôné la cohabitation avec le mouvement syndical. « Lorsque le mouvement syndical s’est impliqué dans les mouvements estudiantins, le pouvoir était alors dans la rue », se souvient-il. Au sortir de ces événements, le président poète décide d’intégrer le mouvement syndical dans la gestion du pouvoir. C’est là que la CNTS est créée et également intégrée dans le parti au pouvoir. C’est pourquoi, il avait crée le concept de «participation responsable». Ensuite, Abdou Diouf s’est à son tour inscrit dans la continuité. Abdoulaye Wade, en s’inspirant de Senghor, a également voulu s’aligner dans une perspective d’un syndicalisme «autonome». Il n’avait cependant pas un véritable ancrage dans le mouvement syndical. Il n’a, dès lors, pas réussi ce que Senghor était parvenu à faire, constate Cheikh Diop. L’émiettement des mouvements syndicaux constitue un fléau qui gangrène les organisations syndicales. Mais, ce n’est pas le seul, souligne Cheikh. Il relève en effet qu’aujourd’hui, le mouvement syndical est confronté à deux fléaux. Il y a, d’une part, l’émiettement des forces syndicales et la désunion des entités du mouvement syndicale, d’autre part. Tous les corps d’élites ne sont pas affilés aux centrales syndicales excepté le Saes. Ce qui, selon lui, affaiblit la force des organisations syndicales. Il en appelle à une réunification du mouvement syndical. Audace dans l’organisation des luttes pour amener le patronat à absorber le passif des travailleurs, voilà son créneau. Il demande par exemple « une minimum vieillesse » pour le maçon, le cultivateur, le mécanicien qui, au même titre que les autres et toute leur vie durant, ont travaillé.

Par Oumar BA

C’est un tailleur comme mille et autres. Seulement, Mass Faye a ceci de particulier, il offre une panoplie de sur-mesures qui frise le couronnement. Ce qui lui confère une clientèle autant exigeante que fidèle. Autre particularité, Mass est un pur produit de la banlieue qui, malgré un business relativement fleurissant, refuse d’aller s’installer ailleurs.

Mass Faye a l’allure d’un quelconque. Pantalon super cent, chemise violet, petite silhouette, teint noir, il flirte avec la cinquantaine. L’habit ne fait décidément pas le moine, mais Mass n’aime certainement pas se glisser dans les costumes, on le constate vite. Des costumes, il préfère plutôt les confectionner. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire un détour à Pikine Icotaf. Ici, le tailleur a finit de s’installer depuis bientôt dix ans. Auparavant, c’est à Guinaw Rail qu’il menait son activité de tailleur. Maintenant cela fait des années qu’il s’active dans la couture. Ses spécialités restent les costumes, chemises et tailleurs. Un choix murement réfléchi alors qu’il était encore en apprentissage.

A la base, Mass dit qu’il voulait devenir footballeur. Toutefois, sa famille n’était pas des plus aisées. Il fallait, dès lors, se serrer la ceinture et s’orienter dans un domaine qui pourrait rapporter dans un délais relativement court. C’est ainsi qu’il se tourne vers l’apprentissage des métiers. Il choisit alors la couture. Mass est formé à Dakar, précisément à Ouagou Niayes, sous les yeux vigilants de son maitre, Daouda Bèye, plus connu sous le nom de David Diop, ciseau d’or. L’apprentissage va lui prendre en tout dix ans. Une fois la formation bouclée, Mass se refuse de travailler pour « autrui ». Les moyens faisant défaut, il va, dans un premier temps, se contenter d’une machine qu’il installe chez lui. Ses premiers clients sont évidemment constitués du cercle restreint de ses connaissances immédiates. De fil en aiguille, son savoir-faire fait le tour des foyers. Sa clientèle s’en grossit et d’autres personnes viennent sur recommandations. Les revenus qu’il commence à accumuler lui permettent d’ouvrir une première boutique de couture. Nous sommes en 1998. Mass ouvre son premier atelier. C’est en 2007 qu’il décide de venir s’installer à Pikine Icotaf. Dans les produits qu’il propose figurent principalement des costumes sur-mesures. Il présente également des chemises. Bien qu’il soit plus facile de confectionner des boubous. Mass s’est fait un point d’honneur à se consacrer exclusivement aux costumes qui exigent plus de temps d’applications et de savoir-faire. Sa clientèle est aussi variée que diverses. Il compte parmi celle-ci des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des étudiants, mais également des personnes simplement « attirées par les belles choses », souligne-t-il.

Sur-mesure
Les habits confectionnés par Mass Faye ont ce cachet de rétablir une silhouette plus imposante, pincée au niveau de la taille, façonnée par le costume et le pantalon qui se superposent à l’envi. Le client, une fois servi, adopte alors une imposante allure produite par un costume moderne. Le jeu du paraître ne saurait, en conséquence, le laisser indifférent. Mass s’exprime à travers une signature personnelle, mais en respectant l’étiquette, le bon goût imposé par la couture sur-mesure.

Pour lui, « être bien habillé, c’est affirmer que l’on sait se mettre en valeur et tenir son rang. C’est également la recherche d’un plaisir que l’on poursuit à travers l’art de vivre. Le plaisir est une notion extrêmement importante au sein de la société et symbolise un équilibre, une harmonie », relève-t-il. Les tissus, Mass Faye se les approvisionne en ville, chez les Libanais, ou à Colobane, au marché « Gambie ». Dans l’atelier, on trouve des modèles divers. Concernant le prix, il est fixé selon le modèle. Ainsi, la fourchette est comprise, pour les ensembles costumes, à partir de 70.000 FCfa, voire plus. Les pantalons sont vendus entre 9.000 FCfa et 15.000 FCfa. Chose curieuse, malgré une clientèle qui ne cesse de s’agrandir, Mass préfère rester en banlieue. Une des recommandations de son formateurs, assure-t-il. Ce dernier lui avait clairement dit : « Quelque soit l’endroit où tu t’installe, peu importe. Le plus important est de confectionner des vêtements de qualité. Partant, soit sûr que les clients viendront te trouver où que tu sois ». Un peu chauvin, Mass refuse de quitter sa banlieue natale.

Ce marié et père de famille est né en 1967. Comme tout travailleur, il nourrit l’ambition d’étendre son business. Pour ce faire, il veut, bien entendu, se trouver un endroit plus grand, toujours en banlieue. L’objectif, c’est d’avoir la possibilité de former d’autres jeunes qui, à leur tour, vont perpétuer son savoir-faire, souligne-t-il. A cet effet, Mass est ouvert à toutes sortes de collaboration pouvant découler sur un tel projet. D’autant plus que, note-t-il, souligne, en banlieue, les tentations sont diverses. Les jeunes peuvent facilement emprunter le mauvais chemin, déplore le tailleur. Avec ce métier, ils parviendront à gagner dignement leur vie, tout en étant utile à la nation. Mass Faye est de ces rares tailleurs qui plaident pour la formation des générations futures. Il demande ainsi aux apprentis tailleurs de faire montre de patience. « C’est dans la patience et la persévérance qu’on arrive à acquérir dignement le savoir-faire très complexe du métier », affirme-t-il.

Chez cette jeune génération, la mode est plus que jamais une exigence. Elle est placée au cœur des préoccupations. Et le désir reste le même, imposer son identité tout en restant conforme aux codes vestimentaires. Sûr qu’elle sera bien servie chez Mass, ce tailleur qui ne badine point avec la « mesure ».

Par Oumar BA

Certaines personnes ne sont pas taillées pour une vie faite de routine et de calme. C’est le cas d’Abdoulaye Diallo, fondateur de la maison d’édition Harmattan Sénégal. Gérer une entreprise et être un bon père qui se réveille le matin pour s’occuper de sa famille, ça remplit bien les journées. Ce n’est pas assez pour un professeur d’université qui, entre la recherche et les cérémonies de dédicaces de livres, travaille toujours à donner plus d’amplitude à son occupation d’éditeur.

Dans son boubou prêt-du-corps à deux pièces qui ne le gène guère dans ses déplacements, il explore tous les recoins de l’entreprise pour nous la faire visiter. Une petite réorganisation avec l’arrivée d’un nouveau matériel d’impression. Les éditions se trouvent désormais au quatrième étage laissant la grande salle du rez-de-chaussée à l’imprimerie. L’harmattan s’est associé à deux autres partenaires pour se lancer dans l’impression à la demande avec un investissement initial de trois cents millions. « On a la possibilité, aujourd’hui, de faire un livre, un seul, au lieu d’en imprimer cinq cents, avec la même qualité que ceux qui sont faits en France. Cela veut dire que chaque livre imprimé est une œuvre déjà vendue », renseigne le doctorant en histoire moderne et contemporaine qui, à l'avenir, pourra contourner le grand stock de livres invendus. Mutation d’une entreprise qui s’est adaptée aux avancées technologiques pour satisfaire la demande dans un pays où aller en librairie n’est pas dans la culture des apprenants, en dehors des rentrées scolaires et universitaires. En effet, tous les ouvrages en vente dans les rayons de la librairie de l’Harmattan sont également disponibles en version électronique.

Devant la porte de son bureau qui donne sur un petit couloir pas bien éclairé, un monsieur d’un âge mûr attend. Venu pour déposer un livre à compte d’auteur, il ne pourra pas bénéficier des apports de ce nouveau matériel technique. Sans informatique et sciences du numérique ni aucune norme éditoriale, l’ouvrage ne sera pas imprimé.

De Point E à Amitié, son siège actuel, le parcours d’Harmattan Sénégal et de son fondateur n’a pas été un long fleuve tranquille. De la « censure bleue » des œuvres d’une génération d’écrivains récalcitrants assoiffés d’une seconde alternance à la cherté de l’édition en passant par la difficulté de percer le marché des manuels scolaires, la plupart de ses publications avaient fait les frais d’un régime hostile à la critique. A chaque période, ses difficultés, ses défis, ses contradictions mais aussi ses passionnés et ses résistants. Il y avait cru et y croit encore. La vie d’Abdoulaye Diallo est un combat pour la promotion du livre.

Un féru du livre
S’il n’est pas littéraire par sa formation initiale, il n’en est pas moins un amoureux du livre. Abdoulaye Diallo est un historien dans l’univers des bouquins. De la littérature. Un amour qui date des années de lycée et qui avait pris forme entre les meubles de bibliothèques à étagères du centre culturel français. Et il l’a nourri aujourd’hui, par le biais de la maison d’édition Harmattan Sénégal qui, selon lui, n’est point une filiale française. Sinon une société de droit sénégalais avec des actionnaires à majorité sénégalaise. Fondée en 2009, elle s’est enrichie de nouvelles collections avec un rythme de parution prolifique. En effet, l’enseignant-chercheur s’est attaché à l’idée de donner forme aux travaux de ses pairs et aux intellectuels à l’imagination fertile. Une idée qu’il a nourrie depuis l’université. Étudiant indocile qui ne buvait pas les paroles d’un brillant professeur, il a été choqué de voir un certain M. Admaillou remettre en cause toutes les théories qu’il avait apprises. Etaient-elles des hypothèses de recherche ou des savoirs déjà avérés ? Un nihiliste lui avait répondu en ces termes : « Jeune homme ! Je comprends votre question qui ne me surprend guère. Avant de faire ce cours, j’ai fait le tour de vos bibliothèques et je me suis rendu compte que vous travaillez sur la base d’une documentation qui n’est plus d’actualité. En France, elle n’est plus enseignée depuis longtemps », avait-il laissé entendre. Un vrai choc émotionnel au sortir duquel il avait décidé d’aller à la quête du savoir, surtout documentaire. Au beau milieu de Paris l’année suivante, il se redécouvre. A la main, une bibliographie dont il fallait s’imprégner. Sur cette dernière, soixante pour cent des ouvrages étaient écrits par les professeurs qu’ils avaient en face de lui. Alors que chez lui, deux ou trois de ses enseignants étaient les seuls à publier un livre. Pour cette Afrique des chercheurs qui cherchent sans les publier à grande échelle, il voulait donner un coup de pouce pour mettre à jour leurs travaux.

Aventure éditoriale
De passage à l’Harmattan de France, pour se former au métier du livre, une passion pour lui, il avait fini responsable du département Afrique de la maison d’édition L’Harmattan en 2006, plus particulièrement au service fabrication. Parti avec l’idée de faire quelque chose dans le livre pour son pays, le petit démissionnaire d’un poste en France était à la recherche d’une voie dans l’édition africaine, en particulier sénégalaise. Avec l’idée de création d’une maison d’édition nationale voire sous régionale, ce Sénégalais d’origine guinéenne avait bénéficié du fond de la librairie de la maison mère et d’un prêt pour voler de ses propres ailes. Avec le soutien d’intellectuels locaux comme le professeur Ousmane Sène du Warc, il n’a pas été seul dans cette aventure éditoriale.

A quarante et un an avec une grande expérience dans le domaine, le directeur de la maison d’édition Harmattan Sénégal, Abdoulaye Diallo peine encore à percer le marché des manuels scolaires. Un nouveau défi qu’il compte relever avec l’aide des autorités compétentes. « C’est avec les manuels scolaires qu’on aurait pu vendre les livres à des tarifs très abordables. Nous faisons de bons livres mais ils sont chers. En effet, l’Etat doit permettre aux éditeurs d’imprimer et d’éditer des livres à bas prix. A l’harmattan, si l’on avait des manuels scolaires d’un ou deux titres, ce serait un marché à milliards », se désole-t-il.

Diplômé de la galère
En un jour de février 2008, il avait publié « Les diplômes de la galère : de l’Afrique à la jungle française ». Un témoignage brûlant, poignant et drôle à l’endroit de tous les élèves et étudiants appelés à poursuivre leurs études en France. Dans la peau de Bouba, un étudiant sénégalais qui, arrivé à Paris après un véritable parcours du combattant, a compris que la France dont il a tant rêvé n'existait qu'en Afrique et dans la tête des Africains. Paris, la ville pour qui le savoir a de la valeur, l’avait pris dans ses bras mais l’homme de Paris raciste et parfois injuste l’avait plongé dans un inconfort. Après avoir soutenu son mémoire de DEA, il était sorti major de sa promotion. Avec une seule bourse qui, de fait, lui revenait, il doit faire face à la discrimination de son école doctorale qui en décide autrement en l’octroyant à un fils du pays. Il ne supporte pas cette injustice et refuse d’entamer les travaux pour la réalisation de sa thèse. Plongé dans une éternelle lecture, il tombe sur une œuvre de Natalie Zemon Davis, historienne américaine d’origine juive intitulée « Women on margins », un ouvrage qui lui rappelle son propre parcours. Tombé sous le charme de cette femme à qui l’Amérique xénophobe et discriminatoire n’a rien offert, il décide de reprendre ses études. Son amour pour la lecture a, en effet, porté ses fruits. Travaillant tantôt comme agent de propreté dans les cinémas tantôt comme manutentionnaire, il sert au bout de trois ans son dernier repas doctoral qui, selon les membres du jury, était consistant.

Enseignant aujourd’hui l’histoire politique, moderne et contemporaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il est aussi le concepteur du « monde des livres », une émission pour et par les intellectuels qui vise à redonner au livre sa place dans le paysage médiatique qui met plus l’accent sur les débats politiques voire politiciens.

Marame Coumba Seck

Me Assane Dioma Ndiaye est l’un des avocats les plus médiatisés du Sénégal. Connu pour son engagement dans la défense des droits humains, il n’en demeure pas moins adepte des « gros dossiers ». La notoriété du président de la Ligue sénégalaise des droits humains transcende les frontières sénégalaises. Découverte d’un homme qui dit tout le temps s’engager « pour défendre la cause des sans voix ».

C’est l’histoire d’un jeune apprenant qui s’inspire d’une référence et l’assume pleinement. Chose plutôt rare par ces temps. Souvent, les hommes cachent, en effet, leurs  « individus rois » derrière un « je n’ai besoin de personne » quand on leur demande leurs références admirées, les exemples auxquels ils s’identifient, ceux à qui ils aspirent ressembler. Ce n’est point le cas de ce jeune étudiant en Droit rencontré à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Amadou a déjà fait son choix : il veut être avocat à l’image de Me Assane Dioma Ndiaye. La précision est importante à ses yeux. Il suit l’homme depuis quelques années et a fini par prendre cause pour lui.

Pas besoin d’arpenter longtemps les couloirs du Palais de justice de Dakar pour entendre évoquer « sa capacité à prendre plusieurs dossiers à la fois ». Réfléchis par toi-même, remets en cause le point de vue dominant, il ne renferme pas toujours la vérité, voilà ce qui pourrait être le devise de Me Assane Dioma Ndiaye.

On l’observe dans l’un des rares moments de pause, un visage bien garni, couvert sur un teint d’ébène, laisse entrevoir un physique en embonpoint. Il dépasse le mètre quatre vingt. Habillé d’un costume, comme c’est souvent le cas chez lui, il ne manque pas de s’arrêter ici et là pour de brefs échanges avec ses collègues. Me Assane Dioma Ndiaye dit, entre autres, avoir voulu être avocat parce que c’est un métier où « même si on fait face aux plus puissants, on peut quand même espérer gagner à force de travail et de persévérance ». Pas d’esprit de revanchard ni d’ambitions mondaines. Non, c’est autre chose. C’est la passion du challenge plutôt que du triomphe. L’amour de la défense et du défi relevé. Une belle rage donc !

Me Assane Dioma Ndiaye est un homme occupé. C’est parce qu’il est sur plusieurs fronts à la fois. Avocat de profession, il n’en demeure pas moins très engagé pour la cause des droits humains. Il s’est plus d’une fois illustré en prenant la défense de victimes. Il s’est, par exemple, constitué partie civile dans l’affaire Hissene Habré du nom de l’ex président du Tchad. Cette affaire n’est qu’une parmi tant d’autres. Passionné du droit, déjà très jeune, Assane Dioma Ndiaye a toujours rêvé arborer un jour cette robe noire dans le but de « défendre la cause des sans voix ». A la base, c’est la fibre humaniste qui a prévalu et guidait les pas d’un rêve, lequel n’a fait que se consolider au fil des années. Enfant studieux à l’école, il s’est toujours donné les moyens pour figurer parmi les premiers de la classe. A cet égard, son curriculum vitae est très expressif : « Il obtient en 1981 son baccalauréat avec la mention « Très Bien » et est le major du centre », lit-on dessus. Une fois le baccalauréat en poche, le jeune Assane pouvait bel et bien aller poursuivre ses études en Occident, comme cela était d’usage à l’époque. Il a tout simplement préféré rester dans son pays. « Je ne voyais pas la nécessité d’aller poursuivre mes études ailleurs, d’autant plus que l’époque l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar figurait parmi les meilleures au monde », souligne-t-il. C’est là donc qu’il passe tout son cursus universitaire jusqu’à l’obtention du Diplôme d’étude approfondies (Dea) en Droit.

Homme de défis
Me Assane Dioma Ndiaye est réputé endosser des dossiers où tout semble flou au début. Que d’improbabilités. Un adepte du risque, en d’autres termes. « C’est à l’image d’un footballeur sur un terrain de jeu. Il doit se dire que tant que le match est en cours, il est nécessaire de se donner à fond pour atteindre son objectif. Avec Assane, c’est pareil. Il a horreur de perdre, voilà pourquoi une fois engagé, il se donne tous les moyens nécessaires pour remporter un procès », témoigne un de ses confrères. « Un avocat gagne bien sa vie suivant sa carrière, ses objectifs. Selon la spécialité, on peut beaucoup voyager. Ce n'est pas monotone, car les dossiers sont divers et variés. C’est un métier passionnant, guidé par l’envie de défendre la cause des autres », dit-il.

Malgré un travail où il passe le plus clair de son temps à défendre des causes, Me Ndiaye se refuse de juger les autres. L’image lui est devenue familière : tous les jours, il voit des ombres furtives qui descendent des fourgonnettes de l’administration pénitentiaire pour rejoindre le box des accusés afin de connaitre le sort que la justice leur réserve. Certains s’engouffrent à nouveau dans ces voitures, car étant maintenus dans les liens de détention. D’autres, au contraire, recouvrent la liberté. C’est le quotidien des tribunaux.

Cette réalité est devenue une routine des habitués du barreau. Pour autant, Me Ndiaye traine cette réputation de ne jamais s’avouer vaincu d’avance. Quelque soit la complexité du dossier, il est prêt à l’endosser pour faire triompher la justice, témoigne un jeune avocat qui a eu à effectuer son stage dans le cabinet de cet avocat émérite. Il aime briser les résistances, les positions établies avec cet acharnement qui fait qu’aucune difficulté ne le décourage. Il a ce côté révolutionnaire, résume-t-il.

Me Assane Dioma Ndiaye est né le 13 Août 1961 à Kaolack. Il fait ses études primaires entre 1968-1975 à l’école régionale de Diourbel. Il passe son cycle secondaire au collège Saint Gabriel de Thiès. Comme susmentionné, il obtient son baccalauréat en 1981 et passe ses études supérieures à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ou il sort avec un Dea en Droit privé, option judiciaire. Me Ndiaye est, en 1988, lauréat au Concours d’aptitude à la profession d’avocat (Capa). Il est aussi président de l’Organisation nationale des droits de l’Homme du Sénégal (Ondh) et directeur de la Justice internationale. Depuis 2010, il est coordonnateur de la Ligue sénégalaise des droits humains (Lsdh). En 2014, il devient membre permanent du Comité de discipline de la Cour pénale internationale.

C’est un avocat vif. Il s’engage à défendre un dossier selon qu’il juge qu’une des parties a été lésée. Il n’appartient à aucun clan, si ce n’est celui qu’il consent à défendre corps et âme. « Il sait combien la justice permet aux individus d’échapper au déterminisme, de faire face aux régimes totalitaires, de s’ériger pour rétablir l’ordre normal des choses », ajoute son confrère avocat. Assane Dioma Ndiaye fait partie des rares personnes à avoir dénoncé haut et fort la situation qui prévalait en Gambie, alors qu’un certain Yahya Jammeh en était encore le dirigeant. Après le départ du pouvoir de ce dernier, il fait encore partie de ceux qui réclament justice. Un procès en vue ? Wait and see !

Par Oumar BA

A soixante-dix ans, sa présence sur la scène théâtrale n’est plus à démontrer. Un après-midi de dimanche, loin des planches de Dianiel Sorano et des séances de casting, il fait ses prestations chez sa deuxième devenue première car la devancière n’est plus. Sous une couverture, pour se protéger du froid, il nous reçoit. L’odeur de l’encens embaume la chambre plongée dans un clair-obscur. « Goor », comme on l’appelle familièrement, nous invite, d’un signe de la main, à nous asseoir.

Nous l’avons connu à travers le petit écran, notamment dans les téléfilms de la célèbre troupe « Daraay Kocc » dirigée par feu Cheikh Tidiane Diop et dans l’adaptation télévisée des planches du caricaturiste T.T.Fons, un portrait ironique mais juste de la société sénégalaise, par le réalisateur Moussa Sène Absa. Dans la peau du « Goorgorlu », un débrouillard au quotidien, il a fait rire plusieurs générations. Au moment des vicissitudes qu’a connues et connaît encore le théâtre, il tient encore. Entre spots publicitaires et dramatiques de moins en moins, avec  « Baye Eli », l’adage wolof « Goorgorlu moy takha done goor » revêt de l’évidence.

Entre la réalité et le monde virtuel des fils interconnectés des images, l’homme d’humour exceptionnel, avec son argot lébou qui lui est propre, apporte autant à sa posture de comédien. Sauf que chez mère Lô, sa deuxième, son nom à l’état civil demeure. Plus connu sous le pseudonyme de « Baye Eli » qu’il arbore enfin comme un nom de scène, ce diminutif d’Elimane est né de la pièce théâtrale « Quatre vieillard dans le vent » avec la troupe « Daraay kocc ». Des surnoms, il en a beaucoup. Avec son béret de petit écolier turbulent et sautant en hauteur, il était appelé « Boy para ». « Quelle que soit la hauteur d’un mur je m’y mettais pour ensuite sauter », conte l’artiste-comédien.

Une vie de comédien
Face à la fureur et la folie du monde, le rire est un exutoire, un refus contre l’angoisse. Cela, le comédien l’a bien compris. Déjà sur les planches à l’âge de sept ans, le clown est presque né avec la fibre artistique. En effet, il a très tôt quitté les bancs de l’école pour le septième art. Sa première apparition sur le petit écran, notamment dans « Liberté I » de Sembène Ousmane comme figurant, date des années 1960. Saut générationnel, mais aussi matériel et financier. Les cachets, en pièces sonnantes de 300 ou 600 FCfa la nuit, qui lui permettaient de dispenser ses parents d’un devoir écrasant, se comptent désormais en billets. Un esprit entrepreneur qui l’a habité dès le bas âge.

« A mon retour de cinéma, je reprenais les scènes des films en y ajoutant mon « feeling ». Notre maison étant le dépotoir des filets de pêche, j’en prenais pour créer ma propre salle de théâtre avec l’aide de quelques bambous. Ce qui me permettait de collecter des pièces de cinq FCfa par individu », renseigne l’artiste. Son père, au début, s’était opposé à sa carrière d’artiste. Un manteau qui, selon ce dernier, n’allait pas bien dans la peau d’un Lébou qui devait plutôt affronter les vagues et non pas le grand public. Une hostilité qui avait demeuré jusqu’au festival de Carthage de Tunisie. Son fils enfin dans les airs dans un avion spécial. La bénédiction en main !

Intégrant en 1980 la troupe « Daraay Kocc », sortie des flancs de « Diamano Tey » de feu Abdoulaye Seck, on le retrouve dans « Quatre vieillards dans le vent », « Seybi dou am », « un Dg peut en cacher un autre », un « Baye Eli » aussi à l’aise dans la peau d’un Imam, d’un Don Juan, d’un « Goorgorlu » que dans celle de l’oncle négociateur des mariages impossibles « Apolo ». Ancien militaire, même au sein de l’armée, il avait continué d’arborer sa veste de comédien. Affecté au génie militaire de Bargny, il a joué dans les compétitions inter-corps.

Du théâtre de conscientisation, on assiste de plus en plus à des séries qui sont presque une imitation des télénovélas dans lesquels tout est permis : insultes, mots déplacés. Des comportements qui, selon le comédien, a fait que le théâtre n’a plus une forte audience. « Quand tu interpelles quelqu’un pour lui donner une partie de toi, tu ne dois point insulter car c’est comme si tu l’insultes lui-même. En effet, le théâtre est une œuvre d’homme et doit être filtrée avant d’être diffusée au risque de ne pas être consommée par le grand public », défend le septuagénaire qui soutient que certains jeunes ne font plus le théâtre par passion mais, pour être, exister, faire le buzz, avoir des fans et s’enrichir.

« Baye Ganar »
Dans un sous-vêtement, l’artiste est encore dans ses œuvres. Dans son spectacle à domicile, il nous emmène dans l’imagination d’un féru de « ganar » qui faisait trembler les gallinacés turbulents, indociles qui avaient déserté le poulailler. Une fois repérés, ils allaient finir, le week-end, dans les ventres de jeunes polissons qui bravaient les profondeurs de la nuit pour quelques bons morceaux de viande blanche. « Dans ce paysage touffu des anciens quartiers de Colobane Hock, on creusait un trou à l’intérieur duquel on mettait du bois. Le poulet était bien emballé puis introduit dans ce four circonstanciel. A l’aube, il est déterré. Pour le reste, je n’ai besoin de vous le dire», lance-t-il dans un éclat de rire.

Ce que vous ignorez, chahute le comédien, c’est que le sous-vêtement d’un vrai amoureux du poulet lui arrive à peine au nombril. Un amour d’enfance du coq qui est resté en lui et qu’il transpose dans ses pièces théâtrales. Ainsi, avec « Goorgorlu » c’est la tyrannie du rire. A son contact, il vous offre un concentré de rire et d’émotion dont on sort l’esprit léger et le sourire aux lèvres. Ancien chauffeur de la Poste à la retraite, il mène aujourd’hui une vie paisible dans sa famille.

Par Marame Coumba SECK

Abdoulaye Lam, nouvel amir de l’association Jama Atou Ibadour Rahmane (jir), est de ces âmes dont le cheminement laisse penser qu’elles étaient dans une éternelle divagation, dans de vaines espérances. Il a construit son paradigme, son univers de valeurs en faisant fi de ce que la société du paraître conçoit comme modèle de réussite et comme accès à la plénitude. Son inclination pour la connaissance, sa quête de légitimité (pas celle-là pompeuse), et par-dessus tout, son attachement à l’Islam, aiguillent son existence. Ils l’aiguillonnent, devait-on dire. Son parcours au sein de l’association, qu’il dirige aujourd’hui, est aussi la marque de son engagement pour sa communauté. Au service de l’humain. Tout court.

Une barbichette ! Et elle ne pousse presque jamais ! Et pourtant, la caricature veut que la barbe soit longue chez ceux qu’on appelle, ici, les « Ibadou » ! Son visage n’est encombré que de ses lunettes à verres correcteurs que ses mains -si elles ne manient pas ses gadgets électroniques-ajustent de temps en temps. Un bonnet bien discret, comme le boubou dont il s’est enveloppé, recouvre des cheveux poivre et sel. Abdoulaye Lam, quinquagénaire bien sur ses jambes, est un homme à la charnière de deux époques : celle qui, par les valeurs humaines, cultive la nostalgie et le tumultueux temps présent l’exhortant à œuvrer dans le cheminement collectif. Le bonhomme est ainsi. Il est sous la foi de son propre serment qui se confond avec la morale religieuse. Pouvait-il en être autrement pour cette âme nourrie, très jeune, dans les principes du Coran afin de suivre le chemin de la vertu ?

Abdoulaye Lam a été très tôt envoyé chez son grand père et parrain, Serigne Sam Ndiaye, à Koungheul pour être initié à la lecture du livre sacré musulman. Il s’éloigne ensuite du giron familial. Le village de Niassene Walo, dans le département de Nioro du Rip, fondé par le grand père du marabout Ibrahima Niass, accueille le jeune homme. Il y fait trois ans avant de retourner chez son père. C’est auprès de celui-ci qu’il a appris une très bonne partie du livre saint avant de retourner à Niassène Walo pour étudier la langue arabe. A l’Ecole Serigne Mourtada Mbacké de Kaolack, le Saloum Saloum féru de couscous décroche son certificat arabe. « Je suis de la première promotion de cet établissement », se souvient-il de sa voix bien posée. Le brevet, il l’obtient à l’établissement El Hadj Abdoulaye Niass.

Frais émoulu de l’école, le jeune garçon de 17 ans est poussé par ses ambitions à Ziguinchor moins d’un an après le premier incident du conflit casamançais. Insouciance de jeunesse ou outrancière bravade ? Décret divin sans doute pour rester fidèle à son jargon de spiritualité. Ici, c’est Dieu qui éprouve. Point barre ! L’arabisant, lui, s’affranchit de la peur ambiante et mène son commerce. Il se permet même quelques « incursions » en Gambie et en Guinée Bissau pour satisfaire sa clientèle. Son travail à la Sonacos, à la Sonar et les cours qu’il dispensait dans certains établissements du sud semblaient, de toute évidence, moins périlleux.

De la Mauritanie à la Jordanie
A Ziguinchor, Abdoulaye Lam se fabrique un destin dans le monde professionnel. Il y fait aussi des rencontres déterminantes dans son itinéraire associatif. Persuasif contradicteur, il aimait à embarrasser les membres de la Jama Atou Ibadour Rahman (Jir) lors de leurs rencontres. « A l’époque, je ne militais pas à la Jir mais ses membres me permettaient d’assister à beaucoup de leurs rencontres. Et je ne me privais pas d’apporter la contradiction parce que les discussions étaient assez ouvertes ».se rappelle-t-il, sourire presque narquois. La suite est moins railleuse. En 1988, celui qui jouait les trouble-fête entre dans les rangs des « Mbokk » (frères). « Je dis souvent, sous le ton de la boutade, que mon histoire avec la Jir, c’est 33 ans de fréquentation et 29 ans d’adhésion ». Et une régulière montée en puissance.

Passionné d’études, l’éternel apprenant se rend en Mauritanie, en 1992, et s’inscrit à l’Université saoudienne. Il y décroche une maîtrise en 1996, approfondit ses connaissances en droit islamique, en transactions financières, en sciences politiques sous l’angle islamique et explore les pratiques cultuelles… Après un passage à l’internat franco-arabe de Sebikotane, Annûr, le « baroudeur » s’engage dans une nouvelle aventure. La Jordanie est la nouvelle terre d’accueil de cette insatiable âme en perpétuelle quête de savoir. Il se spécialise dans la jurisprudence islamique et ses fondements. Il s’en est suivi quatre années de « galère » loin de sa petite famille et à se gorger de la nourriture que le Ciel a bien voulue le gratifier. « Et quelquefois, je me suffisais juste de remplir le ventre et me replongeais dans ce qui m’avait mené sous ces cieux, les études. Elles étaient le ressort de mon opiniâtreté ». Il y produit un travail de fin d’études dont l’intitulé est « les règles juridiques islamiques concernant les nantis ». Ces acquis lui permettent de mettre son expertise au service d’institutions financières et de certaines écoles supérieures islamiques.

A son retour au Sénégal, Abdoulaye Lam est reçu au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure, en 2003, d’où il sort avec le certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire. Comme dans sa jeunesse, l’enseignant continue de « bourlinguer » au gré des affectations. Toutefois, « ces déplacements n’ont point entamé mon militantisme. Partout où je suis passé, j’ai essayé de me rapprocher des cellules locales de la Jir ». L’ancien vice-président des jeunes de la section de Ziguinchor a milité à Kaolack où il a été chargé de la prédication (en tant que vice-président), à Sebikotane et à Diamegueune. Sur le plan national, il a été membre de la commission formation et prédication. Il est élu, en 2012, premier vice-amir de la Jir chargé de la formation avant qu’il ne soit porté, en 2017, à la tête de cette association religieuse.

Le défi est énorme. Il est exaltant. Le nouvel amir décline ses ambitions en s’accotant aux textes et à l’organigramme de la Jir qui définissent les priorités et les actions à entreprendre.

Serigne Abdoul Ahad Mbacké et la Jir
Il compte inscrire les siennes autour du thème du dernier congrès : « plus de spiritualité et d’actions pour la paix et le développement ». Autrement dit, œuvrer pour le devenir collectif et soumettre les actions à l’éthique. « La Jir n’est pas un parti politique encore moins une association qui cultive une autarcie intellectuelle. Toutes les questions qui engagent la société nous interpellent », tient-il à dire, convaincu de la pertinence des options prises par la Jir. La « légende » voudrait aussi que les « barbus aux courts frocs » (encore une extrapolation de style à l’en croire) fussent les anticonformistes sous les cieux sénégalais où l’Islam confrérique est le plus répandu. Amir Lam en rit et ouvre une page d’histoire : « Avant la création de la Jir, une délégation est allée exposer l’idée à Serigne Abdoul Ahat Mbacké. Il a salué l’initiative et a été le premier à y mettre son franc. Il en a été ainsi avec Serigne Hady Touré de Fasse Touré. A Diacksao, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, recevant la direction, a affirmé que les objectifs de la Jir sont en parfaite cohérence avec ceux qu’il avait consignés dans un de ses poèmes. A l’occasion des fêtes religieuses aussi, nous jouons notre partition sans faire du tintamarre. Cette image négative n’est pas fidèle à la réalité et à nos statuts ». Il y est préconisé, en effet, de prêcher la tolérance ; éloquente réponse dans une période fiévreuse où la religion des musulmans est assimilée à la barbarie, est accusée de développer l’intolérance. L’imam itinérant, brillant orateur, s’attachera à dissiper les incompréhensions…avec certainement quelques versets du Coran, sa source d’inspiration. Savoir en saisir le sens est sa « plus grande fierté ».

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Last modified on lundi, 13 février 2017 15:58

Sollicité pour son approche originale de célébrer les mariages, l’officier d’état civil, Mamadou Diop,  a su marquer les couples passés par ses services, au fil des années. Ses cérémonies sont très courues à l’hôtel de ville de Dakar et au centre principal de l’état civil de la Sicap Amitié II.

Samedi. Il est 16h. Nous sommes  dans la salle de délibération de l’hôtel de ville de Dakar. L’endroit est rempli. Des hommes et femmes en grande toilette occupent les chaises. Ils sont venus assister à la célébration d’un mariage. Le jeune couple est là. L’officier d’état civil  prend la parole. Il rappelle aux mariés les droits et devoirs que renferme le mariage. L’assistance est silencieuse, conférant à l’évocation une solennité marquante.  

Le buste droit, Mamadou Diop,  l’officier d’état civil, assis dans un fauteuil, est en costume.  Il débute la cérémonie. La solennité du moment est étonnante et la sensation ressentie assez étrange. Mamadou Diop a ce don de capter l’attention de son public. Un discours sur mesure, simple, accessible et marquant par le choix des mots. Se basant sur le Code de la Famille, il est maître dans l’art de réunir des conjoints « pour le meilleur et pour le pire ». La mythique salle de délibération où il célèbre les unions est un lieu haut d’histoires. Là, au fil des années, est abritée la célébration des mariages que Diop a conduite avec un rare bonheur.

Il parle haut d’une voix limpide. Il capte l’attention.  Il célèbre l’idéal d’une vie tout en sacrifiant à la logique de l’émotion.  Il a cette manie de rendre le scénario émouvant, vivant, marquant et surtout inoubliable. A la suite de la célébration du mariage, l’officier d’état civil est congratulé et félicité de tout bord. Certains échangent avec lui leurs coordonnées de téléphone pour nouer une relation suivie. D’autres le félicitent avec déférence. Et pourtant, en temps normal, les éloges ne doivent point lui revenir. Pour cause, il n’a fait que son travail  qui consiste à célébrer des mariages. Toutefois, il a cette particularité de les célébrer, ce qui l’amène à capter à son honneur, une attention  toute particulière.

Assister à un mariage célébré par Mamadou Diop ne laisse personne indifférent, tant l’homme a cette capacité de rendre solennels ces moments forts  dans la vie d’un couple. Cette manière de célébrer les mariages lui a permis de nouer pas mal de relations qui ont évolué au fil des années. Et pas n’importe lesquelles. Mamadou Diop, né en 1957 à Wack Ngouna dans le Saloum, a fait ses études entre son village  et la commune de Nioro du Rip. Des études qu’il dit avoir interrompues  afin de se consacrer à sa famille. Fils unique, il était tenu d’assister sa mère dans les travaux.  Il se rappelle d’ailleurs avoir aidé sa maman dans toutes les  tâches domestiques. C’est en 1981 qu’il a commencé à travailler. Il atterrit à la Sonadis. Là, Mamadou va acquérir beaucoup de connaissances  qui lui seront, par la suite, très utiles. 

Une solennité qui marque à jamais
Après la Sonadis, il débarque au bureau d’études de la Sotrac avant d’intégrer, comme commis, l’office d’état civil de Dakar. C’est Mamadou Diop, alors maire de Dakar, qui fera appel à ses services au niveau de l’état civil. Nous sommes en 2000. A force de persévérance et de travail, il parvient à gravir les échelons pour devenir officier  d’état civil à part entière.  Sa nomination est intervenue sous le magistère de Pape Diop. C’est en 2003 qu’il hérite de la célébration des mariages.  Il trouve sur place une dame du nom de Fatoumata Dieng, c’est elle qui guide ses premiers pas, dans la célébration des mariages. Obnubilé par le travail, il assure n’avoir pas  pris de congés depuis 2001.

La solennité que revêt la célébration des mariages semble à ses yeux s’inscrire dans la norme.  « Tous les officiers d’état  civil se valent », déclare-t-il en signe de solidarité avec les membres de sa corporation.  Toutefois,  souligne-t-il, il  est tout le temps animé par l’amour dans ce qu’il fait. Ce qui l’amène à toujours chercher les mots justes pour rendre inoubliables ces moments forts dans la vie d’un couple.  « S’agissant des discours tenus, certains sont préparés d’avance, d’autres par contre sont tout simplement improvisés », note-t-il.  Quand il s’agit d’un mariage où il veut véritablement marquer la solennité, il sort un discours « fétiche ». Chose curieuse, ça marche à tous les coups. Il s’en suit des prières, un échange de numéros de téléphone, etc.  

« Le discours est longuement préparé », affirme-t-il. Mamadou Diop qui ne se lasse pas d’écrire, de réécrire dans le but de perfectionner davantage ce fameux discours.  Il avoue avoir beaucoup lu beaucoup d’ouvrages littéraires pour maitriser les techniques rédactionnelles.  Au fil des années, plusieurs célébrations de mariages l’auront marqué. Par exemple, celle de la fille de l’ambassadeur Bruno Diatta. Si lui, M. Diop, a été en pèlerinage à la Mecque, c’est en partie grâce à cette fille dont il a célébré son mariage.  Le père, Bruno Diatta, marqué par la solennité du moment, a su maintenir les liens avec l’officier d’état civil. C’est ainsi qu’en 2008, il lui a fait bénéficier d’un billet à la Mecque, lui permettant ainsi de voir se réaliser un grand rêve.

L’architecte Pierre Atepa Goudiaby, le colonel Kane des douanes sénégalaises, Me Adama Guèye, le Premier ministre Souleymane Ndené Ndiaye, l’actuel  président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse et l’ancien président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, lui ont manifesté leur amitié. « Nos relations sont mêmes familiales. Il ne se passe rien chez lui sans qu’ils ne soient au courant », souligne Mamadou Diop qui est d’avis que « les mariés, souvent jeunes et fougueux, ont besoin d’être accompagnés par les parents, invités cependant à jamais s’immiscer dans l’intimité des époux ».  Selon lui, il faut laisser une marge de manœuvre aux deux conjoints afin que la communication prévale. « Beaucoup de mariages volent en éclats parce qu’il y a défaut de communication », regrette l’officier d’état civil.

Par Oumar BA

Quarante huit heures de coaching d’équipe devant un directeur général et son comité de direction. De manière ludique, elle les fait parler pour trouver la voie. Des niveaux élevés avec une expérience avérée, ils peuvent parler de choses dont elle ignore. Mais, les mots, il faudra les expliquer de manière à ce qu’elle les comprenne. La seule matière qui guide cet exercice est la volonté de travailler ensemble, le souci d’avancer. C’est au sortir du coaching d’équipe qu’elle nous a reçus.

En cette période d’instabilité climatique, avec une chaleur infernale la journée et un petit froid le soir, elle arbore un wax bleu assorti de quelques motifs qui lui va à merveille. Avec une belle démarche, le sourire aux lèvres, elle nous accueille chaleureusement dans son cabinet de Sacré-Cœur Montagne. Un lieu soigneusement entretenu avec un décor très sobre, sans ces ornements superflus. Un souci de simplicité qui, dans son corps, relève plus du naturel. Point de dépigmentation, ni trop de maquillage, encore moins d’extravagance dans le port vestimentaire.

Dans son corps se confondent beauté, raffinement et éloquence. De contact facile, Amy Rose Konaté séduit par sa loquacité qui est l’expression de son aptitude à parler facilement avec beaucoup d’agrément. Elle se définit comme une personne qui adore le coaching et en fait sa profession. D’abord, dans le marketing-communication, après un passage à l’Ensut (Ecole nationale supérieure de technologie) devenue Esp (Ecole supérieure polytechnique) où elle s’est imprégnée des techniques de marketing, elle fait ses débuts dans la presse privée, plus particulièrement à Dakar Soir.

Le coaching, une communication silencieuse
Du développement financier, la consultante a procédé à celui de la personne. Amoureuse de la communication, elle quitte le métier en disant « je n’y reviendrai plus ». En très bonne commerciale, elle n’avait pas apprécié d’être considérée, par les hommes, comme l’emballage du produit. Elle se rend à Montpellier pour le site d’ingénierie, puis à Paris. Elle se dessine un autre plan de carrière avec de nouvelles possibilités d’offres. Pour elle, le coaching est là pour amener la personne à des performances. Comme dans le marketing, elle découvre, à nouveau, la communication dans le coaching. Mais ici, celle-ci est silencieuse.D’ailleurs, pour situer la frontière entre la communication, son métier de départ, et le coaching, elle ironise :

« Le coaching, c’est de la communication, car étant des entretiens au cours desquels le coach amène le coaché à réfléchir sur lui. Et quand il rentre en lui-même, il réfléchit et sort ses forces. A la différence du marketing, dans cette communication, on apprend à se taire sur les difficultés des autres ». Comme la maïeutique socratique, sa technique fait accoucher les esprits qui, entenaillés entre les problèmes au quotidien, le stress, entre autres, ont du mal à mettre en valeur leur talent. En effet, son offre est destinée aux entreprises ou à leurs personnels.

Directrice de publication de « Dynamique » magazine, une tribune dont l’aventure a débuté en 2009, elle avait décidé d’accompagner l’idée du changement qu’elle a toujours prôné à travers les pages de ce périodique. Elle n’aime pas trop aborder cette expérience dans la presse.

Dissonance entre la presse et son métier
La conduite du changement étant, de même que l’information, quelque chose de permanent, de général et d’universel, elle voulait inclure l’une dans l’autre. En charge de l’édito, dans un monde en mutations perpétuelles, elle rappelait, dans chaque numéro, l’importance des hommes dans l’évolution de la société.

Consciente que la presse ne va pas avec le coaching, elle a décidé d’arrêter la publication du magazine. « Le confidentiel ne va pas avec le public. En effet, j’avais demandé à l’équipe d’aller sans moi parce que je n’étais pas en mesure d’exercer convenablement mon métier. Et c’est ce dernier qui me permettait de faire le magazine et non pas le contraire. Ce qu’on gagnait dans la presse n’étant pas significatif, j’avais décidé d’arrêter », renseigne le coach. Dualité entre confidence et mise à nu des informations, son œuvre n’a duré que huit mois (avril-décembre 2016). Selon elle, une autre personne va prendre le relais en maintenant le même titre et l’équipe.

Par Marame Coumba SECK

Il aurait pu être musicien, footballeur ou encore écrivain. Mais avec sa plume alerte et fertile, Mamadou Cissé a préféré aller étoffer la grande équipe de journalistes qui ont fait les beaux jours du quotidien national « le Soleil ». Pendant quarante longues années et quelles que soient les conditions, il s’est battu pour assumer pleinement sa mission et faire toujours briller ses rayons partout où il a servi.

Au début, il avait une réelle passion pour l’écriture. Tel un magicien des mots, ce créateur d’imaginaires se plaisait à coucher ses vers sur des bouts de papier et à créer des histoires fantasmagoriques. Mais le jeune Mamadou Cissé qui avait un véritable don pour l’écriture a atterri dans la presse, précisément au quotidien national « le Soleil ». Rien ne le prédestinait à une telle carrière, tellement il avait l’embarras du choix. Il aurait pu devenir musicien, ça n’aurait étonné personne. Il avait très tôt pris goût à la musique si bien qu’à 13 ans, il pinçait déjà sur les cordes de sa guitare. Et a été initié par son grand frère. « Je vivais dans le même appartement que Marc Keïta, un grand guitariste à Kaolack, mais j’ai eu à jouer avec Pascal Dieng qui a évolué à Africando. J’ai aussi joué au Penc de Kaolack », raconte l’artiste en herbe qui avait aussi joué avec Hilaire Chabi, Ndongo Mbaye, Éric Mbacké Ndoye. Qu’il devînt un grand footballeur n’aurait également surpris personne. Le jeune Mamadou Cissé a évolué au Real de Bamako. Le talentueux footballeur qu’il était s’est révélé au cours d’un grand tournoi et les membres du comité d’organisation lui ont proposé de l’amener au Real. « Ils m’ont laissé de l’argent pour que je les rejoigne plus tard. Sur le chemin de Bamako, j’ai fait une escale à Kayes pour voir ma tante. L’équipe locale a voulu me retenir. Mais un mois plus tard, les dirigeants du Real sont venus me récupérer. Ça a coïncidé avec le départ de Salif Keïta pour la France. Je l’ai remplacé et jouais comme avant-centre. Les Maliens m’appelaient « Gorgui », nom qu’ils donnaient aux Sénégalais. Après deux années, je suis retourné au pays ».

L’histoire s’est arrêtée là. Né à Léona, l’un des plus anciens quartiers de Kaolack, Mamadou Cissé a fait ses études au lycée Gaston Berger (Valdiodio Ndiaye) avant de travailler à l’industrie de recherche pour les huiles et oléagineux, à la station de Darou, comme agent technique de laboratoire. En 1976, il débarque à Dakar et travaille tour à tour à la Siparco, puis à la Sifav, une société de fabrique de plaques minéralogiques. Débordant d’inspiration, le jeune Cissé se met alors à écrire une pièce dramatique : « les diamants du Kilimandjaro ». Miracle, il remporte le deuxième prix d’un concours organisé par RFI. « J’ai proposé la pièce à la Rts à la suite d’une audience avec Joe Sané, mais on n’a pas pu trouver d’accord », regrette-t-il.

20 longues années de pige
C’est en février 1978, que Mamadou Cissé débarque au Soleil, notamment au bureau de Kaolack, le seul bureau régional à l’époque. Dans un milieu si souvent fermé aux débutants, il réussit à se faire une place aux côtés de Sammy Chopin qui était le chef de bureau à l’époque, et un quatuor de pigistes composé de Saliou Fatma Lo, Cheikh Diakhao, Mbaye Diop et Serigne Assane Fall. Son premier papier, il s’en souvient comme de sa première chemise. « Mon papier s’intitulait « Mama Malado, la doyenne de Léona a 116 ans » et était repris par Rfi. J’avais dressé le portrait de cette dame et avait exposé la recette de sa longévité ». Et voilà lancé le reporter qui, durant sa longue et exaltante carrière, fit des reportages vivants sur les « ndioganes » dans le Saloum, Malem Hodar, les royaumes du Saloum, à Kahone, l’île de Couyong, le Ngoyane…

Il faut aimer le métier de journaliste pour l’exercer. C’est cette philosophie qui a guidé Mamadou Cissé. Doté d’une belle plume, d’une bonne culture générale, d’une grande vivacité et d’un goût de l’enquête, il avait tout pour réussir. Même s’il a fait sa formation sur le tas. Pendant 20 ans, il a travaillé comme pigiste. « C’est à la suite d’une mission internationale en Gambie avec le coup d’État qui a marqué ce pays que j’ai été intégré et embauché par Alioune Dramé. Malheureusement, il est remplacé quelques jours après par Ibrahima Gaye qui a tout remis en cause. Il a argué que la situation financière défavorable ne plaidait pas en faveur de mon recrutement. Certains agents ont, par la suite, été repêchés, pas moi », se rappelle-t-il avec amertume. Passé cet épisode, l’espoir était revenu au galop. « Quelque temps après, Ibrahima Gaye m’a appelé et m’a assuré qu’il me recruterait une fois que la situation financière se redresserait. Mais en attendant, il m’avait confié le bureau de Kaolack en tant que pigiste. En 1997, il a tenu sa promesse et m’a recruté comme chef du bureau de Kaolack ». Travailleur dévoué, infatigable et très productif, Mamadou Cissé sera affecté en 2001 à Louga. Trois ans plus tard, il rejoint la rédaction centrale, à Dakar et intègre le service politique. Quatre mois plus tard, il est promu chef de service par intérim en remplacement de feu Abdoulaye Sèye, nommé directeur de la radio Sénégal. « Après trois ans au service politique, j’ai été nommé, en 2007, grand reporter avec comme point d’ancrage la banlieue (Pikine, Rufisque, Guédiawaye, Sangalkam). Après les élections de 2007, j’ai été affecté à Fatick comme chef de bureau, puis à Kaolack en 2008 comme coordinateur de la zone centre ».

Une carrière bien remplie
En 2015, Mamadou Cissé est promu rédacteur en chef délégué. Il a eu la chance, au cours de sa carrière, de connaître des générations de journalistes : Ibrahima Mansour Mboup, Edouard Diatta, Amadou Fall, Abdallah Faye, Sammy Chopin, Abdoulaye Ba, Djib Diédhiou, Badara Diouf, Saliou Fatma Lo, El Bachir Sow, Babacar Khalifa Ndiaye, Habib Demba Fall et tant d’autres encore qui ont fait la gloire du quotidien national.

Marqué par la noblesse du métier, Mamadou Cissé a aussi noué beaucoup de relations avec les plus hautes personnalités de l’État, mais aussi les paysans les plus pauvres. « Quand on occupe un poste aussi important que le service politique du Soleil, on rencontre beaucoup de personnalités. J’ai beaucoup voyagé avec le président Abdoulaye Wade et Macky Sall avant qu’il n’accède à la Magistrature suprême. J’ai aussi rencontré beaucoup d’anciens chefs d’État », laisse-t-il entendre. Toute sa carrière durant, Mamadou Cissé a essayé de se démarquer par son professionnalisme, son humanisme et son sens du devoir bien fait. « J’ai surtout évité de faire du tort à nos interlocuteurs parce que le journaliste dispose d’une arme redoutable et quand il l’utilise d’une mauvaise manière, il peut nuire. J’ai toujours fait attention à ne pas blesser les gens parce que je disposais d’un outil que les autres n’avaient pas », confesse-t-il.

40 ans au service du Soleil
De l’idylle entre le Soleil et Mamadou Cissé, on peut retenir une fidélité et une loyauté à toute épreuve. Amadou Fall, ancien Directeur des rédactions en témoigne : « Mamadou Cissé est un bourreau de travail. Il l’a été avec talent, sérieux, rigueur et abnégation, partout où il a été amené à exercer son métier de journaliste, jusqu’à son départ à la retraite. Au siège du journal, mais surtout en régions, dans de difficiles conditions vécues et transcendées sans désemparer, il s’est investi, avec courage et détermination. Il a fait montre d’un franc patriotisme d’entreprise, en des temps de très fortes turbulences… ».

Mamadou Cissé qui a consacré 40 ans de sa vie au service de l’astre national y a laissé des empreintes indélébiles. Malgré la précarité du travail dans les régions et l’énormité de la tâche, il s’est tué pour toujours être au rendez-vous et faire briller encore et toujours le soleil. Aujourd’hui, son nom est gravé en lettres d’or dans le registre de l’histoire du Soleil. « De février 1978 à novembre 2016, j’ai toujours essayé d’être correct avec nos interlocuteurs, juste avec les confrères qui nous vouent un très grand respect et une très grande considération. Ils me considéraient comme leur doyen », soutient Cissé qui se réjouit de n’avoir jamais été démenti ni rectifié durant sa carrière.

Aujourd’hui, Mamadou Cissé qui a travaillé sous les ordres de Bara Diouf, Alioune Dramé, Ibrahima Gaye, El Hadji Kassé, Mamadou Sèye et Cheikh Thiam a le sentiment d’avoir bien accompli sa mission. … « Cheikh Thiam a beaucoup fait sur le plan de la gestion. Les journalistes ont beaucoup gagné avec la stabilité de la boite. Il l’a rendu crédible sur le plan financier et logistique ».

Journaliste chevronné, Mamadou Cissé a consacré toute sa vie au service du Soleil. Et novembre 2016 a marqué la fin de cette longue aventure. Pour l’enfant de Léona, il n’y a rien de plus terrible qu’une vie sans le « Soleil ». « C’est difficile de travailler, mais c’est réconfortant quand on mesure tout le travail accompli et qu’on juge satisfaisant ».

Pour Amadou Fall, Mamadou Cissé a été et demeure un être entier, altruiste et reconnaissant. « Il a toujours été remarquable par sa sincérité et sa loyauté dans ses rapports avec l’autre. Son comportement à mon égard, et à celui de nombreux autres proches, conforte les mots de Tahar Ben Gelloum faisant « L’Éloge de l’amitié » : « Penser à l’autre, savoir être présent quand il le faut, avoir les mots et les gestes qu’il faut, faire preuve de constance dans la fidélité, c’est cela l’amitié, et c’est rare », soutient M. Fall qui classe Mamadou Cissé dans le lot de « ces précieux amis qui ne font plus légion ».

Pour l’heure, Cissé ne songe pas encore à sa reconversion. « Beaucoup de gens me sollicitent, mais on ne peut pas quitter le soleil et faire autre chose. Le journalisme de terrain n’est pas fait pour une personne âgée, car c’est un métier très contraignant », indique-t-il. Selon lui, il y a un temps pour travailler et un autre pour se reposer. Et il compte bien se reposer dans son cher quartier de Dialégne, entouré de sa famille et de ses proches qui l’ont soutenu dans sa longue et exaltante mission de journaliste.

Par Samba Oumar FALL

Dessinateur-caricaturiste, Alfonse Mendy alias T.T Fons fait partie des pionniers dans la bande dessinée ouest-africaine, en particulier sénégalaise. À travers son œuvre « Gorgorlu » présentée au grand public d’abord sous forme de planches puis adaptée à la télévision, il a peint le portrait de la débrouille quotidienne dans la société sénégalaise. À soixante ans, il se consacre à son atelier Fons spécialisé dans le graphisme et la communication visuelle.

Il n’échappe pas à la fantaisie artistique. En vrai homme d’art, il arbore son nom de scène T.T. Fons, une contraction de Tonton Alfonse. Un pseudonyme né des mouvements de jeunes catholiques, « cœur voyant, âme voyante », à l’image des scouts et des éclaireurs. « Tonton Alfonse comme signature me paraissait longue. J’ai retenu en effet les deux T pour avoir T.T. Fons », explique le bédéiste. Une désignation qui, quelques années plus tard, va effacer à l’état civil son nom. D’ailleurs ceux qui le chercheront sous son vrai nom auront du mal à le retrouver. Sudiste d’origine, il a beau balbutier ses premiers mots en mandiack, on a du mal à lui coller sa vraie identité ethnique. La moustache bien taillée, sa petite silhouette se confond à la peau d’un sérère à la noirceur éternelle.

Amoureux des bandes dessinées, dans sa petite enfance, le petit Alfonse s’imprègne de quelques planches classiques à l’instar de Roméo ou d’Ombrax pour enrichir son expression au préalable. Ayant les prédispositions d’un dessinateur, il s’y cherche et s’y trouve. En effet, il a pu trouver sa place dans le cercle restreint des dessinateurs ouest-africains, en particulier sénégalais des années 80.

Du passe-temps au gagne pain
Par un heureux concours de circonstances, l’étudiant en deuxième année en sciences économiques fut sélectionné dans un concours de dessin organisé à l’époque par le journal satirique le « Politicien » de feu Mame Less Dia conçu à l’image du Canard enchaîné, un journal français qui use de la satire pour interpréter les informations politiques. Il sort premier lauréat parmi une dizaine de candidats sélectionnés. À l’image de Mame Less Dia, Alfonse Mendy fait partie des pionniers de la presse satirique ouest-africaine après un passage au canard enchaîné où il était envoyé en stage. « J’avais une notion du dessin mais la caricature en tant que telle, c’est au canard que je l’ai apprise », précise M. Mendy.

Quand le journaliste use de sa plume pour informer le grand public, lui, il prend le crayon, l’encre de Chine ou le feutre pour jouer sa partition. En effet, avec une forte dose de dérision, il interprète l’actualité par le dessin. Editorialiste-dessinateur au journal satirique le « Politicien », il avait une place primordiale.

Informer par le dessin
Ses dessins comme ceux des ses pairs illustraient les papiers ou se substituaient parfois à eux. « Le dessin complète ou apporte un plus au papier. En plus, l’espace d’un journal satirique est très petit pour contenir toute l’information nationale et internationale. Par conséquent, il faut des dessins expressifs pour le compenser », soutient le caricaturiste qui avait cheminé avec le « Politicien » jusqu’en 1987, année au cours de laquelle il a quitté ce journal qui fut la première aventure de presse satirique en Afrique de l’Ouest.

En collaboration avec d’autres caricaturistes, ils ont lancé le « cafard libéré », un périodique satirique. Renaissance de cafards qui se sont libérés des chaines du « Politicien » pour créer un hebdomadaire d'informations générales en langue française qui interprète l’information en tenant compte de sa dimension sociale. A l’image des canards en France, les cafards se confondent au quotidien des Sénégalais avec des titres recherchés : « Gorgui nous cher la vie », « on ne riz plus dans nos provinces rurales », « Guiro remporte haut le tournoi de la Cnts », l’opposition vole dans les plumes du ngour », etc. Des titres qui témoignent de leur indépendance dans le traitement imagé de l’information. En effet, de la flambée des prix des denrées de première nécessité aux querelles de borne fontaine de l’opposition et du pouvoir en passant par les scandales financiers, ils tournaient tout en dérision. Pour certains, ce périodique est le père de l’irrévérence à l’extrême. Sous son crayon et au fil des pages de ses deux dernières BD « Goorgoorlu et la dévaluation », « Goorgoorlu, la fin du PAS », « Goorgoorlu survivant de la dévaluation », « Goorgoorlu : Le cauchemar ». En effet, T.T. Fons parvient à témoigner des évolutions les plus significatives de la société sénégalaise.

Un des collaborateurs célèbres, T.T. Fons avait créé à la fin des années 80 une B.D. populaire dans ce périodique. D’ailleurs, son nom se substitue au héros de cette bande dessinée humoristique qui est un débrouillard auquel s’identifie le père de famille sénégalais. Né et grandi dans la banlieue dakaroise, en sa personne de « Goorgoorlu », il trouve les « ingrédients » dans son quotidien et son milieu immédiat. Présentées d’abord sous forme de planches dans le cafard libéré, ses bandes dessinées ont été regroupées dans des albums puis éditées aux Editions Clairafrique à partir de 1991 avant de faire l’objet d’une adaptation télévisée après la fermeture de l’hebdo.

Fertilité productive et sécheresse économique
Diffusées sur les écrans de la chaîne nationale grâce à une coproduction de la RTS, du réalisateur Moussa Sène Absa et de lui-même, les sketchs scénarisés en langue locale avaient battu tous les records d'audience. T.T. Fons a réussi son pari de transposer dans le monde des images un cliché juste de la société urbaine sénégalaise confrontée à la débrouille quotidienne. « Avec cette œuvre, nous sommes allés à Cannes, notamment au « Mute Tv Commercials ». Et c’était bien parti pour que le produit pût avoir une audience internationale », se désole l’auteur qui estime ne pas avoir tiré les marrons du feu. Au retour de Cannes, Matar Sylla quitte la Rts, emportant l’idée de ce projet. Un arrêt brusque qui a valu un sevrage brutal aux téléspectateurs.

Sans ornements excessifs graphiques, il poursuivit la publication de ses dessins, en couleurs cette fois, dans l'hebdomadaire sénégalais Nouvel Horizon. Vu le succès de Gorgorlu, il voulait assurer la relève en lançant sur fonds propres Gormag, un projet qui, après neuf parutions, est tombé à l’eau. « C’était une manière de promouvoir la bande dessinée en donnant la possibilité à d’autres dessinateurs de s’exprimer », renseigne-t-il. Tournant le dos à la presse depuis 2001, T.T. Fons se consacre aujourd’hui à sa propre structure, Ateliers Fons, spécialisée dans le graphisme et la communication visuelle. Membre du Jury pour les Prix Africa e Mediterraneo 2007-2008, il a été invité au dernier Festival International de la BD à Alger en 2009 pour superviser les travaux relatifs à la collection d’un l'album collectif « La BD conte l'Afrique » publié en septembre 2009 par les éditions Dalimen.

Dans un pays aux nombreuses sensibilités politique, sociale, culturelle et religieuse, le champ de la liberté d’expression est restreint. Et il en est bien conscient. « Ce qu’un caricaturiste européen ou d’un autre pays africain peut se permettre, le caricaturiste sénégalais ne peux pas l’oser. « Ce n’est ni une autocensure ni un manque de courage. En tant que fruit d’une culture, on trouve les moyens de dire ce qu’on veut dire sans pour autant heurter son prochain », défend le journaliste-caricaturiste.

Par Marame Coumba Seck

Observateur passionné de l’homme, de son comportement et son environnement, dans quel autre métier que la photographie Matar Ndour aurait-il pu faire ressortir sa sensibilité artistique et culturelle qui s’est manifestée d’abord dans la sculpture et la confection des calebasses. Photographe à la vocation culturelle, il nous plonge dans un univers rempli d’émotions et de rites culturels.

Les photos de Matar Ndour sont une rencontre heureuse d’un photographe avec son monde aux valeurs et réalités aussi différentes les unes les autres. Dans son objectif, des minorités aux patrimoines de plus en plus menacés, pour les transposer dans la photographie afin que le temps fugitif ne les classe dans les tiroirs de l’oubli.

En dehors d’un contenu humain et mobilier, sa maison se confondrait à une galerie d’exposition de photographie. Au seuil de la porte d’entrée, des photos de personnes en mouvement joliment floutées vous accueillent. Un flou désiré et maîtrisé. Dans le salon, pareil décor. Portraits et photoreportages s’entremêlent et éclipsent tout autre décor qu’il soit en fleurs ou en mobilier. Immersion dans le milieu d’un photographe aux œuvres remplies d’histoires de minorités ethniques.

« Exposition à domicile »
Les quatre coins de son salon portent les empreintes de son obsession culturelle, artistique et esthétique envers les minorités ethniques du pays. Dans son « exposition à domicile », il a décidé de transposer la cérémonie de « Nianetioural » en pays Bédik, notamment à Batantata. Une festivité de femmes mariées qui a lieu tous les quatre ans et au cours de laquelle elles chantent, dansent et pleurent, s’interrogeant sur leur devenir d’ici la prochaine fête. Seraient-elles divorcées entre-temps ? Seraient-elles mortes ? Autant de questions auxquelles seul le Dieu de l’univers pourra répondre. Le grand portraitiste, lui, ce qu’il peut faire, c’est arrêter ses moments de sensualité et d’émotion dans le temps et dans l’espace en mettant le focus sur une dame dont la coiffure témoigne son statut de femme mariée. S’appuyant d’une main sur son bambou, symbole de la longévité et de la fertilité qu’elle déposera dans le bois sacré, elle figure dans un plan de film à hauteur d’homme. Des points focaux sur son visage pris de profil, sur les concessions et sur son bambou. Des éléments constitutifs dans son viseur pour donner une écriture à chaque élément. Lecture agréable d’une image qui raconte des vies, des valeurs dans un contexte particulier culturellement. À côté, un autre portrait d’une vieille Bédik qui, avec son piercing d’épine de porc-épic au nez, arbore ses boucles d’oreilles et ses colliers en perles qui se perpétuent de génération en génération. « Les femmes qui ont cette épine au nez sont des épouses de chasseurs qui, quelque part, ont fait un exploit », renseigne l’écrivain-photographe. La recherche, un souci qui a guidé son travail de tous les jours. En effet, l’homme aux images parlantes se détache du « goorgorlu » ou de l’amateur de la photo.

Une sensibilité culturelle qui demeure
Sa sensibilité culturelle, il va la traquer durant des années sur chacun de ses clichés, mettant variablement l’accent sur des sujets qui vont en harmonie avec sa volonté acharnée de préserver certaines valeurs culturelles rares voire en disparition. En effet, son actuel projet ethno-photographique s’articule autour des signes et symboles. « Dans nos sociétés africaines, en particulier au Sénégal, tout est signes, symboles et codes tant au niveau des coiffures, des parures que de l’accoutrement. Les couleurs, les démarches, les positions des arbres, des concessions, également », remarque-t-il. Focus à nouveau sur les Bédik, les Bassari, les Cognagui, avec des régions cibles comme Tambacounda et Kolda. Mais également sur la haute Casamance et la moyenne Casamance, la partie sud-est pour des recherches sur les différents cycles initiatiques et sur la royauté. Travaillant avec un socio-anthropologue aiguisant sa sensibilité, enfin l’onomastique, notamment la science des noms dans son objectif, fait ressortir l’effet de la colonisation islamique qui est venue remettre en question celui de la tradition. Lui même est une victime. Matar n’est-il pas son nom arabe au lieu de son Ndiaga ceddo.

A l’école de la rue, le style se veut personnel
Trente ans dans la recherche photographique, par conséquent dans le quotidien de l’homme et tout ce qui a trait à son environnement, le portraitiste diourbellois s’impose d’abord dans le domaine de la photographie industrielle, d'architecture, de la mode et du sport. Un début qui s’éclipse au profit d’une approche personnelle. Il porte ainsi son regard sur les villes de Rufisque, Gorée et Saint-Louis, ainsi que sur des pans significatifs du patrimoine culturel sénégalais, son ambition de tous les jours. Une passion de la photo qui a fini par prendre le dessus sur ses études de comptabilité. Un amour qui, pourtant, avait débuté par un malheureux concours de circonstances, notamment la mort d’un cousin photographe sur qui il avait récupéré l’appareil.

Dans l’œil de la presse étrangère
Un mort qui engendre un photographe vivant débordant de talents avec des projets qui tapent dans l’œil d’organes de presse étrangers. En collaboration avec des journaux locaux et étrangers, notamment avec Libération, Jeune Afrique, Panapress, 7 week-end, il a exposé dans pas mal de galeries et rencontres internationales telles que les 5es Rencontres de la photographie de Bamako ou le festival Breton « Les Arts dînent à l'huile ». Son livre intitulé « La lutte sénégalaise, Sunu cossan », puise dans le sport national en insistant sur la dimension très plastique.

En dehors de ses qualités de grand portraitiste, Matar Ndour est également un photojournaliste. En tant que photographe qui, avant tout, a l’art de transmettre des émotions, ses rencontres avec autrui, plus que l’image, il capte des moments de vie. C’est ainsi qu’il a promené son regard sur des villes de la banlieue de Dakar pour transposer la débrouillardise de ses habitants des zones populaires. Rufisque, l’ancienne ville coloniale où tradition et modernité s'entrecroisent sans pour autant se confronter, témoigne sur son projet « Portrait d’une ville ». Parmi les photos de ce reportage, une qui authentifie le reste des entrepôts du premier port du Sénégal. Le wharf de Rufisque, témoin du commerce bordelais et nantais, revit à travers ses œuvres, chez-lui.

Par Marame Coumba SECK

Dans le royaume du Mandé, ses ancêtres étaient les maîtres proclamés dans la maîtrise et l’enseignement du Coran. Dans l’univers de la photo, il se veut roi. Mandémory de son nom d’artiste, est un photodidacte qui se détache de cette pléthore de professionnels de la photographie par un style rare qui se rapproche du reportage sans trop verser dans l’institutionnel.

Fougueux, spontané, avec une forte dose de suffisance, il exprime sa pensée sans détour. D’ailleurs, à l’entendre aborder les sujets d’actualité, on a du mal à lui coller l’étiquette d’un artiste féru de photographie mais plutôt celle d’un engagé qui fait le procès de son pays. Cette audace sous son béret noir rappelant le Ché en fait, pour son interlocuteur, un révolutionnaire. Effusion de mots. Convictions cerclées. Un look qui lui va si bien pour contenir sa chevelure abondante et jamais arrangée. Il se débarrasse rarement de son couvre-chef.

Sauf en reportage où ses cheveux blancs le mettent à l’abri de l’homme de la rue à la colère incontrôlable qui ne souhaiterait pas figurer dans son objectif. Autant en apporte le droit d’aînesse dans l’exercice de son métier.

Mandémory, une vie, un champ de prédilection, la photographie. Rien que la photo. Une passion d’enfance qui avait fini par prendre une forme professionnelle. D’ailleurs, ceux qui ont connu ce grand amoureux des bandes dessinées qui fréquentait régulièrement les salles de cinéma dans sa tendre enfance lui avaient tracé une trajectoire de peintre, cinéaste ou photographe. Au lycée, il cède à l’image en s’achetant un appareil pour faire des photos qu’il allait développer dans les laboratoires professionnels. En effet, avec son premier appareil photo Instamatic Kodac, une gamme destinée au grand public, il s’improvise photographe. Sur sa pellicule, son environnement défile bien synchronisée avec la rotation des évènements qui l’entourent. A quatorze ans, son métier va consister désormais à fixer les moments dans le temps et dans l’espace avec ses appareils successifs, en particulier son Lubitel et son 6x6, entre autres. Ses photos évoquent l’environnement dans lequel il a grandi, par conséquent son enfance.

Boubacar Touré devient un photographe complet avec une sensibilité et une créativité à jamais égalées. Photodidacte, il a appris tout seul cet art visuel. En l’absence d’une académie de formation, son style s’est voulu personnel avec un genre photographique pas très courant. En effet, il n’y avait aucune perception conventionnelle de la profession. Pour dire vrai, c’était le cadet de ses soucis jusqu’à ce qu’il eût accès à des bouquins, des manuels, à des revues pour s’imprégner de ce grand monde de la photo. Son objectif se limitait à faire ce dont il avait envie, la photo. Avec son style propre qui se rapproche du reportage sans pour autant être trop institutionnel, le roi du Mandé, dans l’univers de la photo, avait décidé de reproduire son environnement immédiat. Avec sa démarche photographique dépourvue de tout artifice, il joue en harmonie avec les objets qui doivent figurer dans son 24x36, notamment son cadre photographique. Dans son Guédiawaye, il essayait d’être le témoin de ce qui se passait à travers son appareil photo. A partir du laid, il produit quelque chose de plastique. « Je suis tellement habitué à mon environnent que quand je vais à Paris ou à New york, j’ai du mal à photographier leurs paysages. C’est comme si on me sortait de l’eau pour m’exposer à l’air libre », soutient ce natif de Gueule Tapée, plus précisément à Nimzat Baye Gaïndé, actuel Hlm 5.

Le photographe si proche, si loin
Depuis longtemps, on s’est plaint du manque d'images d'Afrique en dehors de celles véhiculées par les médias occidentaux ou celles proposées dans les cartes postales. Pourtant, le continent recèle une part importante de photographes professionnels capables, de par leur sensibilité, de faire preuve de créativité dans leur prise de vue. Et Boubacar Touré en est un. A l’ère du numérique, est photographe qui veut, mais rare sont ceux qui possèdent le don de Mandémory qui se nourrit de cet art visuel et qui le pratique avec beaucoup de tact. A soixante ans, il suffit qu’il débarque dans un lieu pour concevoir un sujet clé en main. Grand portraitiste et un des précurseurs de la photographie africaine, il est un témoin privilégié de l'évolution de sa société. Dans son métier livré aux lois du secteur informel, il ne s’adapte point. Son style reste le même bien qu’il épouse l’actualité.

Ses photos correspondent plus à une norme internationale. En effet, le photographe avait exclu les journaux locaux qui ne correspondaient pas à sa démarche. Au dessus de la presse nationale, il fallait faire un travail artistique pour voir le jour. Du travail axé sur la recherche pour réussir ce challenge. Un coup de pouce de la presse culturelle dans les années 1990 pour taper dans l’œil des patrons de presse internationaux. Cette dernière l’a aussi aidé dans la campagne de revendication pour faire admettre l’appartenance de la photo aux arts visuels. Commençant par des travaux industriels, il s’était davantage concentré dans la création. Un style fait d'angles de prises de vue inhabituels dégageant des plans aux perspectives contradictoires.

Il avait ainsi commencé à taquiner les genres portraits et reportages. Désormais, il fait beaucoup dans la mise en scène et moins dans la publicité, décidant, en effet, de reproduire tout ce qui avait trait aux travaux de l’homme et son environnement. Il avait pris goût à photographier les groupes ethniques. Au Sénégal, les Bassari, les Bedik et les Diolas ont été sur son champ photographique ainsi que les Timis en Sierra Léone.

Des travaux qui ont donné naissance à de multiples expositions à Dakar, Saint-Louis, Bamako.
 
La consécration
En 1992, la publication de ses œuvres par la « Revue noire » avait permis aux gens vivant à l’étranger de voir ce qui se passe du côté de l’Afrique. Dans la classe des photodidactes, sa première exposition a lieu en 1986 à Gorée, sur le thème des "Fous de Dakar". Des œuvres qui figurent de plus en plus dans des galeries internationales, un regard qui commence à se peaufiner, des d’ambitions photographiques qui s’internationalisent. En collectif, son monde de photographes s’organise. Sur la lancée, des photographes de Dakar étaient invités, pour la première fois, à Bamako, pour montrer leurs travaux. Reconnaissance d’une entreprise longuement mûrie, il fallait s’exprimer de la manière la plus intellectuelle possible. Au lendemain de la dévaluation du FCfa, il avait décidé de traiter cette nouvelle réalité économique. Mais, comment transposer une réalité aussi abstraite dans la photographie ? Des visuels savants pour faire accepter son sujet. Le quotidien des petits travailleurs de Bamako dans son objectif. Conciliant le côté exotique au labeur du boulot, son nom avait fait la Une des journaux de la presse étrangère. Si cette mesure d’austérité économique avait réduit la valeur des monnaies, elle avait fait la fortune de l’homme. « Exposées, mes photos étaient courues par la presse présente à Bamako pour couvrir les rencontres. D’un coup, j’étais devenu millionnaire. La pige était chère dans un journal français. Par exemple, quand « Télérama » me prenait trois photos, j’avais un million de FCfa en poche, deux photos pour « le Monde », 600.000 FCfa sur un plateau. Ainsi de suite », sourit l’artiste. Ayant des sujets à faire sur l’Afrique comme la pêche artisanale, entre autres, Mandémory était devenu le Monsieur qui se trouvait dans pas mal de carnets d’adresses de chefs de rédaction.

A tout seigneur, tout honneur
Débordant de talent, il a raflé pas mal de prix sur le plan national comme international. Auteur du projet « Une ville en décrépitude », en 2006, une de ses photos reportage intitulée « Ville capitale d’Afrique », exposée à New-York, faisait partie des dix meilleures photos aux Etats-Unis. Faisant partie, en un moment, des trois meilleurs photographes du continent, son expérience photographique est très dense. Lauréat du premier prix de la catégorie magazine des fusils awards en photojournalisme, Boubacar Touré a été primé par la fondation Phillippe Boucher.

Nominé par « National géographique », il avait cependant boudé devant l’obligation d’écrire ses textes en anglais. Chef du service photo de la « Pana », il claque la porte quelques mois après. Il n’est pas à l’aise au sein des institutions. D’ailleurs, il considère que s’il est devenu un raté de la photo, c’est parce qu’il n’a pas voulu de la politique.

Par Marame Coumba Seck

Auteur, compositeur et interprète passionnée de musique, Agsila, de son nom de scène, fait partie désormais de la nouvelle génération montante de l’afro jazz avec un opus de quatre titres sur le marché.

Dans un vêtement à manches courtes dont le body lui arrive à peine jusqu’au nombril, elle laisse découvrir une minceur qui lui donne tous les atouts d’un mannequin de renommée. Ndèye Rokhaya Diop s’inspire de sa mère, une grande créatrice pour dessiner ses tenues de scène. Noire jusqu’au bout des ongles, son corps est le résumé de toutes les particularités de la femme africaine, à l’exception de son nez fin et pointu. Sinon elle en a tout : peau d’une noirceur d’ébène, de longs cheveux qui lui tombent sur la figure.

« Agsil d’Afrique », (bienvenu en terre africaine) dont la contraction Agsila lui colle bien à la peau au point d’en faire son nom de scène. « Si je devais renaître, je me nommerais ainsi », laisse-t-elle entendre. Une belle fleur qui éclot avec un opus, « Femme d’Afrique », des plus prometteurs. Une œuvre aux paroles profondes et engagées. Émouvante et authentique, c’est une sommité de sonorités. Du jazz, de l’afro et un peu de blues avec un éventail de genres musicaux africains allant de la rumba congolaise au tusagana. Ce qu’elle appelle « un mélange d’Afrique » et qui donne à son œuvre musicale une touche d’originalité. « Je compose à la guitare en m’inspirant de toutes les harmonies d’Afrique. En effet, je chante dans plusieurs langues africaines, peule, lingala, zoulou et en wolof car je rêve d’une Afrique unie non pas en comptant sur la politique uniquement mais aussi grâce à la culture », ambitionne cette nouvelle diva.

Dans son souci d’une unité africaine, elle veut faire de ce continent, enfanté dans la douleur, un pôle d’attraction. Ceci grâce au génie de la culture, en particulier de la musique. Un combat qu’elle a débuté à l’école et qui est, aujourd’hui, transposé dans sa passion de toujours, la musique. Sensible à l’histoire et au passé spirituel, elle avait embrassé une carrière en tourisme, un moyen pour elle de faire découvrir ce qui nous reste de l’Afrique vraie, notamment les vestiges. Elle avait consacré son mémoire d’étude intitulé « Tourisme et archéologie » dans ce projet. Une trajectoire d’intellectuelle qui finit sur la scène musicale où elle décline et déclame son amour pour son continent à travers son titre, « Tee noo boolo », une mélodie qui appelle à l’unité de la terre d’origine dont elle vante les valeurs et qui possèderait dans ses propres racines, les remèdes de ses propres maux. A travers des percussions traditionnelles accompagnées d’instruments acoustiques, ses prières s’inspirent de la rumba romantique congolaise.

La belle voix des femmes
Dans sa ballade musicale, elle va en croisade contre le sexisme, la discrimination et les violences faites aux femmes. « Mousso anga wouli kéléla », « Femme, c’est le jour du combat ». Un titre engagé avec une forte dose de slaming à travers lequel elle invite les femmes à lever la voix car leurs éloges se font dans les chants et écrits mais la réalité reste pleurs et cris. Des femmes qu’elle encourage à s’affirmer sans repentances. Et le seul moyen d’y parvenir pour elle, c’est la quête du savoir, clé de sa victoire. En effet, en tant que femme engagée, elle partage sa vision des choses et sa philosophie de la vie à travers Amai, l’histoire d’une femme qui, abandonnée par son mari, cultive la terre pour nourrir ses enfants. Une plaidoirie teintée de compassion sur une musique alliant guitare jazzy et flûte peule. « Ce morceau est un hommage émouvant aux femmes d’Afrique, en particulier les femmes du monde rural », dédie-t-elle. Au-delà des complaintes, cet album nourrit l’espoir et incite au courage tout comme « Simba » qui épouse la forme du conte pour remettre en question les différences liés aux castes.

Elle est consciente que le féminisme est un « extrémisme », mais qui « permet de rétablir un équilibre social ». Cependant, ses textes engagés à l’allure poétique se nourrissent d’amour, de la générosité chantés dans divers langues avec quelques notes en français et en anglais. Des sentiments qui s’élèvent au dessus des différences comme elle l’affirme dans « Evumulu » (le vent de l’amour), un morceau intime de cet opus chanté en bulu, une langue camerounaise.

Etant née et ayant grandi entre Pikine et Malika, elle a commencé à taquiner la musique à l’âge de sept ans. Ecrivant des textes qu’elle offrait au grand public de la rue, dans les chorales, elle avait pris goût au gospel. Une passion d’artiste qui était bien perçue par ses parents même si ces derniers accordaient une grande importance à ses études. Son père, amateur de musique classique, l’avait aidée pour y mettre de la forme. Malgré ses études de droit à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et sa licence en Gestion touristique, cette titulaire d’un baccalauréat littéraire s’est choisie une voie d’artiste-compositeur. En effet, avec ses deux sœurs jumelles, elle crée en 2009, son groupe « Fiat lux », (que la lumière soit). Une union qui vole en éclat après quelques années de compagnonnage, ses sœurs préférant retourner à leurs études la laissant seule avec ses rêves de carrière musicale. Elle entre dans l’orchestre national du Sénégal où elle suit une formation renforcée par des cours de guitare et de chant au Centre culturel Douta Seck. Depuis, elle ne cesse d’écrire des chansons, affirmant sa démarche d’une artiste à la carrière solo pour s’exprimer librement avec des paroles tirées des scènes de la vie mais aussi des bruits environnants.

Par Marame Coumba Seck Par Marame Coumba Seck

Combattant devant l’éternel, Mody Sy a des convictions qu’il dit être prêt à défendre au « prix de sa vie ». Cet ancien du Pds devenu responsable de l’Apr a marqué de son empreinte l’histoire politique du Sénégal.

Il paraît que le regard ne ment pas. Celui de ceux qui reviennent de loin et droit, il vous fixe pour ne plus vous quitter. Si le regard de Mody Sy n’intimide point, force est de reconnaître qu’il sort du lot. Il a une expression unique indescriptible à la limite. Habile, l’homme parle sans hésiter. Il se tait parfois en l’espace d’une seconde, se rappelle puis continue son récit. 

Le rendez-vous a été pris de longue date. C’est que Mody Sy, président du Conseil d’administration de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), coordinateur de l’Alliance pour la République à Matam est un homme très sollicité. S’il ne s’affaire pas aux questions courantes de sa société, il reçoit à longueur de journée des militants ou à défaut se rend dans sa base politique à Matam. La poids de l’âge (71 ans) n’a pas pu tempérer son ardeur politique.

En ce mercredi, son habillement caractérisé par sa simplicité sort cependant de l’ordinaire, boubou traditionnel ample et suffisamment amidonné, il débarque tout sourire. Désolé de vous avoir fait attendre, c’est parce que mon calendrier est trop chargé, s’excuse-t-il.

Il commande un café à la secrétaire, avant de décliner son parcours, avec un enthousiasme ponctué toutefois de sagesse et de retenue. C’est que l’homme a connu un chemin qui sort de l’ordinaire. Ce qui l’amène d’ailleurs à ne point oublier. Un œil critique sur les faits et gestes des politiques « qui ne croient en rien », des risques, il en a pris lui, mu par le seul souci « de défendre son pays ».

L’homme trouvé dans son immense bureau, précieusement rangé et méthodiquement décoré, affiche la frimousse sereine. Les personnes âgées sont souvent pressées, a-t-on tendance à dire. Ce n’est décidément pas le cas de Mody Sy. Il parle doucement et prend la peine de bien choisir ses mots. C’est que, rappelle-t-il, certains de ses « choix », lui ont, par le passé, fait vivre des pires moments de sa vie. « Désormais, avant de faire quoi que ce soit, je réfléchis », rigole-t-il, le sourire bien en vue. Seulement, tout est écrit d’avance et nulle ne peut échapper à son destin, s’empresse-t-il de souligner. Plus sérieusement, il dit ne regretter aucun de ses choix et va jusqu’à « pleinement, les assumer tous ». Cet homme qui s’est depuis rassasié a pourtant marqué de son empreinte l’histoire politique du Sénégal. Très actif durant sa jeunesse, cette posture lui a, à bien des égards, valu autant de moments de bonheur que de déboires. «Ce sont les risques de l’engagement », relève-t-il.

Pourtant, rien ne semblait destiner à la politique ce fils de Matam, ancien ingénieur qui « gagnait bien sa vie », en France. Il a vendu son expertise dans plusieurs sociétés françaises. Il a tout d’abord travaillé à la Régie nationale des usines Renault, au service moteur. Ensuite, cap à la société Marcel Dassault au service Développement et Fabrication. Puis, l’ingénieu ratterrit à Matta, une société spécialiséedans l’armement. C’est à Sisem, une société qui confectionne des ordinateurs, qu’il boucle sa carrière. Mody Sy et la politique, c’est une longue histoire mêlée d’amour et de déceptions. Tout est parti d’un jour de 1973. Une rencontre d’avec un homme qui sera très déterminant dans son existence. Un certain Abdoulaye Wade qui venait fraîchement de créer un parti de « contribution ».

« Avant de militer au Parti démocratique Sénégalais (Pds), j’avais rencontré Abdoulaye Wade à l’aéroport Roissy Charles De Gaulle (Paris). Cette rencontre est même antérieure à la création du Pds. Je lui ai clairement signifié mon désaccord vis-à-vis du mot contribution, mais j’étais cependant dans les dispositions de m’opposer». Il milite alors dans l’opposition. Et c’est parti pour une idylle politique qui va durer des années. Mody Sy travaille dans un premier temps à massifier le Parti nouvellement créé dans la diaspora. «C’était difficile de faire de la politique à l’époque. Les gens n’avaient pas encore cette culture d’opposition, presque tout le monde était avec le parti au pouvoir », se rappelle-t-il. L’abnégation et la détermination finiront, petit à petit, à faire rallier des personnes qui adhèrent à la cause du Pds.

Les années de braises
Mody Sy est élu député en 1993 et sera arrêté avant même qu’il ait eu le temps d’aller siéger à l’Assembléenationale. Son séjour carcéral va, en tout, durer 14 mois. A l’occasion, l’homme dit avoir subi toutes sortes de tortures. Pour se tirer d’affaire, on lui demande alors de simplement « mouiller » Abdoulaye Wade, alors figure de proue et chef de file de l’opposition. Au prix de sa vie, Mody Sy refuse de porter des accusations contre son leader, «à tort» de surcroît. Il passera, pour cela, de sales moments. Arrêté dans le cadre d’une enquête, il sera, dit-il, torturé à «friser le trépas». «Si je ne l’ai pas connu, j’ai vraiment frôlé la mort et je sais ce que c’est l’agonie».

On lui fait alors passer dans un appareil Zezere, une machine qui sert à faire sauter des roches de mines. Un appareil de 5.000 volts sans aucune intensité. «Ça ne tue pas, mais ce n’est vraiment pas drôle, cela fait trop mal », relève-t-il. 3h du matin, il est menotté pour subir le supplice de l’épervier. «Ils m’ont mis un bâton sous les genoux et un bras dessous », se rappelle-t-il. Puis, il est projeté à la renverse. C’est seulement après que les décharges sont venues s’ajouter au supplice. Une autre fois, c’est près de la mer que le calvaire a lieu. «Ils ont creusé untrou pour m’y enterrer à la manière des morts, mais ils ont pris le soin de ne pas enfouir ma tête », se rappelle-t-il avec cette injonction, qui rencontrait tout le temps son refus : «accuse Abdoulaye Wade et on te relâche ».

La consécration
Aujourd’hui encore, malgré les années qui passent, c’est avec une voix teintée d’émotion qu’il se remémore de ces moments «sombres» de sa vie. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’homme dit pourtant ne nourrir aucun regret. «Au-delà d’Abdoulaye Wade, je défendais la vérité, pour ma génération et celle qui allait suivre. J’ai accepté de subir cette violence pour sauver mon parti. J’ai subi pour un opposant qui, durant 20 ans, disait incarner les valeurs de la démocratie. J’étais prêt à mourir pour mon peuple».

Son compagnonnage d’avec le Pds, parti qu’il dit avoir défendu «corps et âme » et au péril de sa vie va pourtant s’effriter et même se rompre à la faveur d’incompréhensions. «J’ai, par la suite, subi plusieurs injustices au sein de mon parti.Avec le frère Ousmane Ngom, nous avons fini par claquer la porte», se rappelle-t-il. Le retour se fera après que Abdoulaye Wade accède au pouvoir, mais rien n’y fait, «les choses s’étaient gâtées, impossible dans ces situations, de recoller les morceaux», souligne-t-il.

C’est quand Macky Sall décide de créer son parti que Mody Sy reprend enfin goût à la politique. Il croit en l’homme et se retrouve totalement dans son programme. Il ne se fait alors guère prier pour rejoindre les rangs de l’Apr. Une nouvelle page s’ouvre avec son lot de combats. Mais l’homme n’a pas peur des défis et en bon combattant, il sait parfaitement jouer le rôle d’un « conciliateur des foules ».Même processus, il est investi coordonnateur du parti nouvellement créé à Matam et se fait l’honneur d’accompagner le futur président de la République en Europe pour une tournée dans la diaspora. Plus que jamais déterminés, les membres de l’Apr initient des tournées nationales. Il est persuadé que Macky Sall est « le meilleur président qu’a jamais connu le Sénégal ». Parole d’ancien ou de partisan ? Lui jure avoir dépassé « l’âge de raconter des salades ». Il campe : «Macky Sall a suffisamment de compétences et de vision, pour amener le Sénégal au-delà même de nos attentes», réitère-t-il. Il jette, en outre, la pierre à ceshommes politiques « qui ont manqué de courage et de vision, lorsqu’il fallait s’engager». L’homme a du mal à composer avec l’hypocrisie. Ce qu’il dit, il le puise au plus profond de lui... Sans langue de bois, il lâche cependant«sans rancune, aucune».

Par Oumar BA

Responsable politique à Guédiawaye, adjointe au maire et présidente des femmes de l’Apr dans cette localité, elle est, depuis 2012, la présidente du conseil d’administration de la Lonase.

Jeune, le succès et la réussite n'ont pas attendu les années de maturité pour visiter Néné Fatoumata Tall. Adjointe au maire de Guédiawaye et présidente des femmes de l’Alliance pour la République (Apr) dans cette localité, à vingt neuf ans, elle dirige le conseil d’Administration de la loterie nationale sénégalaise (Lonase). D’ailleurs, elle périphrase Pierre Corneille qui fait dire à Rodrigue, dans Le Cid, « aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ».

Belle, Fatoumata Néné Tall ne l’est pas moins. D’une grande jovialité, sans maquillage, elle parait plus jeune qu’à l’écran et ses photos. Bonne patronne, bonne voisine. A bord de son véhicule, elle fait la remarque à des messieurs arrêtés devant une porte. « Aujourd’hui, vous êtes bien garés », chahute-t-elle. Tout en s’invitant, dès sa descente de la voiture, dans la discussion du personnel de sa maison qui abordait la question de la polygamie, le sujet de prédilection de certains hommes.

En cette après midi de mercredi, elle rompt avec l’atmosphère des bureaux. Point de costumes tailleurs ni de grands boubous comme elle a l’habitude d’en mettre dans ses activités publiques. Elle se veut femme au foyer. Dans une robe de soie marron assortie de motifs bleus, elle revient du supermarché. D’ailleurs, sur le ton de la dérision, elle laisse entendre : « Responsable politique déjà, c’est très difficile, femme au foyer, plus encore, administrateur, c’est terrible. Quand on y ajoute les études, c’est mortel ». Une manière de résumer sa situation actuelle. En effet, quatre lieux qui s’imposent à elle, le bureau, Guédiawaye, sa base politique, chez elle et à l’université où elle suit une formation en business d’administration.

Success story
Dans le cercle des intellectuels de l’alternance dirigé au temps par Isma Dioum, sa carrière politique s’était dessinée grâce à son militantisme. Un mouvement au sein du parti démocratique sénégalais (Pds) qui a fait long feu. C’est grâce à Alioune Badara Cissé qu’elle avait connu son leader politique, Macky Sall. Victime de la loi Sada Ndiaye, qu’elle qualifie de « mal nécessaire », en 2008, elle était juste une militante à la quête d’un mentor politique. « Mackyste » fondamentale, elle ne tarit pas d’éloges sur son leader. Celui pour qui elle avait défié vents et marées pour la tenue des élections en 2012. Sa témérité de jeune politique l’avait poussé devant les journalistes et de la communauté internationale à brandir sa pancarte devant le président Obasanjo à qui elle signifiait qu’un report des élections ne sera pas accepté. Le destin prend encore des raccourcis inattendus pour la faire briller. 2012, enfin, Macky Sall au palais de la République.

En effet, après un passage à la Convergence des jeunes républicains (Cojer), elle avait migré vers les femmes de l’Apr de Guédiawaye, une localité à forte densité humaine où se trouve sa base politique, notamment à Golf Sud. En 2014, lors de l’assemblée générale pour y structurer l’Apr, elle est choisie pour diriger les femmes de la localité. Guédiawaye brille à l’Apr depuis l’arrivée du frère du président, maire de ce département qu’elle seconde. Un succès qu’elle met au compte d’une bonne vision politique, d’un programme adéquat et d’une proximité à la base. Sept cents bourses et demi bourses aux élèves et étudiants de Guédiawaye, cent millions de FCfa pour l’autonomisation des femmes des cinq communes de la ville à travers le ministère de la Micro-finance, de quoi séduire un électorat pour se maintenir à la mairie. « En plus, Guédiawaye en chantier. On est en train de réfectionner des écoles, de construire des mosquées et de réhabiliter des églises », résume-t-elle comme bilan.

Démocratie familiale
Un père socialiste, actif dans le Parti socialiste, et une fille « apériste », qu’est-ce que cela donne ? Une démocratie familiale au-delà du « Benno » des deux partis. Son père n’avait pas vu d’un bon œil son compagnonnage avec Macky, un produit de l’école du Pape du « Sopi » qui, pour lui, est aux antipodes des valeurs républicaines. Mais, le destin a gommé ces aspérités. N’est-ce pas Macky Sall qui a couronné la tête de sa fille qui était prédestinée à exercer le métier de son père, le journalisme. Une vocation qui était orientée par la suite vers le tourisme. Un diplôme supérieur de technicien en tourisme, puis un Master en Administration des affaires, sa carrière politique l’a propulsée à la présidence du conseil d’administration de la Lonase. L’administration et la politique, deux domaines différents bien que liés. Toutefois, elle sait les dissocier.

Etant une réussite féminine, elle appelle les politiques à revoir la place des femmes dans cette sphère, qui se limite le plus souvent à la mobilisation et à l’accueil, afin de les faire accéder aux postes de responsabilité pour plus d’avis.

Par Marame Coumba SECK

Sénégalais de nationalité espagnole, il se dit citoyen du monde et migrant à la fois. Le président d’Horizon sans frontières, une organisation non gouvernementale qui milite pour la défense, l’orientation et la réintégration des migrants, Boubacar Sèye, fait de ce combat un idéal de vie.

Fougueux. Bouillant. Réactif. Le caractère fait l’homme. Le combat de Boubacar Sèye, c’est l’intégration des migrants quelles que soient leurs appartenances ou leurs couleurs. Et il le plaide avec une lumière dans les yeux qui en dit long sur son attachement à cette cause. En cette matinée de mercredi 16 novembre 2016, il est encore dans ses œuvres. Avec la volonté prêtée à l’Allemagne de rapatrier les Sénégalais établis dans son territoire, la presse fait la queue devant sa porte pour recueillir son avis. Son téléphone n’en finit pas de sonner. Le président d’Horizon sans frontières ne veut laisser aucun détail lui échapper sur cette nouvelle qui, pour le moment, ne prend que la forme d’une rumeur.

« Le rapatriement, s’il n’est pas volontaire, est une violation de l’article 3 et 5 de la déclaration universelle des droits de l’homme », une phrase qui est revenue plusieurs fois dans ses réactions. Ses mots interpellent l’Etat qu’il met face à ses responsabilités, notamment sa mission régalienne de protection de ses citoyens partout où ils trouvent.

Passé migratoire
Son engagement pour la défense et l’intégration des immigrants n’est point le fruit d’un hasard. Depuis l’Espagne où il s’était établi durant des années, il fut un jour victime d’un rejet identitaire. « Ayant l’habitude de faire du vélo le dimanche avec ma fille sur une piste réservée aux cyclistes, une femme s’était rapprochée pour me dire de rentrer chez moi. De retour à la maison, ma fille ne cessait de demander à sa mère pourquoi papa devrait rentrer et cela avait suscité en moi une grande tristesse. Depuis ce jour, j’ai décidé de me battre. C’est ce qui a motivé, en grande partie, mon combat», raconte-il. Récit d’une vie en terre étrangère, loin de son pays natal avec des frustrations qui ont donné, par la suite, naissance à Horizon sans frontières, une Ong qui s’est dressée contre les discours populistes, sources de racisme et de rejet des immigrants.

Quelques souvenirs qui font resurgir un passé de migrant aux mouvements tumultueux dans l’espace européen. En effet, face à un système universitaire qui ne rassure point dans le années 1990, il décide d’aller poursuivre ses études en dehors du pays. Admis à l’Université Pasteur de Strasbourg, ce professeur de mathématique avait bénéficié d’une préinscription pour faire les mathématiques appliquées. Sans visa, il est aussitôt expulsé vers la Côte d’Ivoire où il est resté dix ans avant de rejoindre encore l’Europe du fait de la guerre qui a secoué le pays des éléphants en 2000. L’oiseau migrateur reprend, en effet, son envol vers d’autres destinations, à la recherche d’une meilleure vie. Sans maison d’accueil en France, il fait le tour des hôtels jusqu’à épuisement de son portefeuille. Direction le sud de l’Italie où il n’avait qu’une seule possibilité, la vente à la sauvette. Le jeune Boubacar avait décidé de remonter sur Milan, une ville cosmopolite mais très chère. Par un heureux concours de circonstance, il est admis dans une école française comme prestataire. Juste de quoi payer sa chambre d’hôtel. Face à un train de vie intenable, il migre à nouveau vers l’Espagne, un pays dans lequel il a pu s’intégrer car en un mois il obtient la nationalité. Trilingue (il parle le français, l’anglais et l’italien), il est recruté dans une station de ski comme traducteur auprès des touristes. Sauf que tout ce qu’il savait dire dans la langue de son pays d’accueil était : « stoy despuerto hacer el trabajo » (je suis disposé à faire ce travail). Des souvenirs d’une témérité passée qui lui arrachent quelques sourires. Après une immersion dans la langue espagnole, il crée ses propres entreprises de télécommunication et de transfert d’argent.

Orphelin de mère et garçon unique dans une famille modeste, il ne fallait pas rentrer bredouille. D’ailleurs, en abordant cet épisode de sa vie, on sent perler une grande émotion. Sa voix tremble et il finit par plonger dans un silence absolu. Il a suffi d’aborder à nouveau le sort des migrants mis aux bancs des accusés pour le sortir de cet inconfort émotionnel. En effet, face à une Europe qui s’érige en forteresse, avec des barricades juridico-politiques et physiques qui font de ses frontières des lieux de souffrance des migrants voire des cimetières, il appelle les Etats, en particulier africains, à réadapter leurs politiques de migration en tenant compte de la complexité, de la globalité et de la transversalité du phénomène.

Revenu depuis 2006 au Sénégal pour relancer le débat autour de ces flux qui constituent aujourd’hui l’un des plus grands défis auxquels les Etats sont confrontés, il laisse derrière lui, en Europe, une famille métissée et intégrée, à l’abri des fureurs migratoires.

Par Marame Coumba Seck

Dans une atmosphère de connectivité, il se taille un succès phénoménal. Journaliste-blogueur et entrepreneur Web, ce talentueux publisher élargit de plus en plus ses domaines de compétence en multimédia, épousant l’évolution du digital.

Dans le quartier chic de Sacré-Cœur 3, une plaque sur la devanture d’un bâtiment donne sur une petite ruelle où les véhicules se dérobent aux regards. Au service technique de « Seneweb », tout se veut digital. Dans le silence des bureaux aux portes fermées, seule la lumière des ordinateurs permet d’identifier les visages figés devant les écrans. Dans ce clair-obscur, la concentration est au maximum. On est dans l’univers de l’hyper connectivité. A chacun sa machine. Sa connexion. A la salle technique, lieu de définition de l’architecture et de la graphie du site, les deux administrateurs Web submergés de travail ne lèvent la tête que pour répondre aux salutations des gens qui s’invitent dans leur cercle restreint. Le publisher, notamment le gestionnaire de contenu, un accro d’Internet avec un style de rappeur vient leur présenter sa nouvelle portraitiste.

Dans cet environnement d’addiction à Internet, le jeune Basile Niane est intarissable sur les enjeux du Net, en particulier de la vidéo, le leadership de demain et l’avenir de la nouvelle génération. Il en est sûr, le Web est pourvoyeur d’opportunités multiples. « L’avenir, c’est la vidéo, que ce soit dans le journalisme ou sur Internet. Les gens n’ont plus envie de lire. Ils se focalisent de plus en plus sur les vidéos mobiles », alerte cet accro du digital.

Travaillant dans cette plateforme devenue, au fil du temps, un portail dont il est le gestionnaire de contenus, il essaie de satisfaire les besoins d’un public jeune plus orienté vers les informations sensationnelles, par conséquent le people. En effet, du sexe, du sang et de la drogue, tout ce qui sort de l’ordinaire, servis sur un plateau doré. Jeune comme l’est la majorité de la population sénégalaise, il n’en est pas moins sensible aux besoins des cent mille visiteurs quotidiens qui parcourent les pages de « Seneweb ». « Le Web évolue vers le buzz », soutient-il. Cent articles par jour pour satisfaire la demande des internautes, de quoi avoir le Sénégal dans le Web.

Tout se passe sur la toile
« J’ai l’habitude d’entendre de la bouche de ma femme : va rejoindre ta première épouse, ma machine elle veut dire », confie Basile Niane. Marié tout d’abord à cette dernière, tout ou presque dans sa vie se passe sur la toile. L’ordinateur et lui, c’est une histoire d’amour motivée, en partie, par la « fortune » digitale qui la dépouille de sa sociabilité. « Ma machine m’a tout donné, la voiture, là où j’habite. Si j’ai fait le tour du monde, c’est grâce à elle. Bref, tout ce que j’ai, c’est Internet », se satisfait ce citoyen de la communauté du Net. Impossible de la répudier. « Peut-être à l’autre bout de la terre », suppose-t-il. Et qui sait ? Même là-bas, tout peut être digital. Il suffit d’y penser seulement pour être branché.

Ancien coordonnateur du Réseau des blogueurs du Sénégal et membre fondateur de la plateforme « sunu2012.sn. » (Le hashtag sunu2012 qui a été utilisé sur twitter durant les élections de 2012 au Sénégal), le jeune entrepreneur vit d’Internet, par conséquent, de blogging et de youtube. Dans cet espace virtuel, son travail consiste à aider des gens à mettre du contenu. Son entreprise, « socialnetlink.org », première plateforme au Sénégal qui ne parle que des technologies, est devenue un label avec un personnel constitué principalement de jeunes, journalistes, blogueurs et de communicants. Très jeune, Basile Niane pourvoie des emplois grâce au génie du Web, Youtube, paniers des contenus comme « Dudu fait des vidéos ». Primée au concours de Word Summit Awards (Wsa) organisé par les Etats-Unis à Singapour pour encourager ses bons contenus, il s’oriente de plus en plus vers le data journalisme, autrement le journalisme de données. En effet, il a tapé dans l’œil des chefs d’entreprise, de militants d’Ong et des institutions, en l’occurrence l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) pour la simplification de leurs rapports techniques, mais également la gestion de leurs contenus.

Une vie de Tec
Sorti de l’Institut supérieur d’entreprenariat et de gestion (Iseg), il a fait un passage à la radio Océan Fm puis à la 2Stv avant de rejoindre la Rts, en particulier l’émission Kinkéliba en tant chroniqueur Tech. Après trois ans d’expérience au Triangle sud, il décide de se consacrer entièrement au digital. Meilleur blogueur du Sénégal dans la catégorie Tic en 2014 par l’incubateur Ctic Dakar aux Jambar Tech Awards, puis sélectionné en 2011, dans le top 20 des meilleurs blogueurs francophones au concours Mondoblog de Radio France Internationale (Rfi), il obtient en 2016, une certification en Communication et Marketing digitale avec Google. Une nouvelle parure pour entrer pleinement dans le monde du virtuel.

Vivre d’Internet, un objectif qu’il s’est fixé depuis qu’il a touché à l’ordinateur pour la première fois à l’âge de onze ans. L’année de son premier certificat dactylographique. Il est devenu depuis un magnat du Net. « Je n’ai jamais connu une autre activité professionnelle à part mon exercice sur le Net », renseigne ce fils très digital qui a été influencé par un père qui utilisait beaucoup Internet et des frères qui ont suivi une formation en maintenance informatique. De là, est née sa passion pour les technologies de l’information et de la communication. Une vocation certes couronnée de succès et de notoriété, mais qui le dépouille de toute sa sociabilité. Toujours derrière son écran fixe ou mobile, le Net devient son principal lieu de rencontre avec certains parents et amis. « On se capte sur facebook ou wathsapp », des mots familiers dans la bouche d’un blogueur comme lui. D’où la fragmentation de ses relations humaines avec les autres. « Parfois, on oublie même que nous sommes des humains. D’ailleurs, combien de fois levons-nous la tête pour regarder autour de nous », s’interroge M. Niane.

Par Marame Coumba SECK

Directrice nationale de la petite enfance et de la case des tout-petits, la mairesse de Diarére et coordonnatrice de le Convergence des jeunes de l’Alliance pour la République (Cojer) est présentée comme une « makyste fondamentale ». Itinéraire d’une jeune dame dont la carrière syndicale et politique a ouvert les portes de la Direction de la petite enfance.

Une carrière syndicale qui s’efface, faisant place à une aventure politique qui commence, couronnée par une nomination à la direction de la petite enfance. En trois ans, la fibre syndicale s’est épaissie, laissant la place à une corde politique plus solide. Thérèse Faye Diouf, « mackyste fondamentale » prompte à dégainer contre les contempteurs de son mentor, refuse pourtant l’étiquette de « répondeur automatique » qui lui colle à la peau.

En effet, depuis le campus universitaire où elle nourrissait l’ambition de voir la « victime » de la loi Sada Ndiaye occuper le fauteuil du Palais, ses compagnons la qualifiaient de « rêveuse ». Certains forts en thème la serinaient de certitudes sorties de leurs augures : « Macky Sall ne sera jamais président ». Elle s’accrochait alors à ses espoirs et s’engageait en faveur du futur successeur de Me Wade. Elle lance, avec des amis, le mouvement « Diom », jeunesse ouverte à Macky Sall pour la restauration de la justice. Une persévérante, cette jeune dame haute comme trois pommes.

Cette Mouskendou (femme forte en djola) est membre fondatrice de l’Alliance pour la République (Apr). Coordonnatrice de la Convergence des jeunesses républicaines (Cojer), Thérèse Faye est, ou presque, la première femme qui est à la tête d’un mouvement de jeunes. Carrefour des chocs, d’ambitions et d’alliances conjoncturelles pour accompagner les têtes couronnées.

Son père, un gendarme, n’avait pas vu d’un bon œil son entrée en politique. Mais soutenir Macky Sall, fils du terroir est un devoir pour tout Fatickois. Les lignes d’alliance entre l’ex-Premier ministre et l’ancienne présidente du mouvement des élèves et étudiants de la région de Fatick se sont dessinées lors de leur première rencontre à la primature. Un engagement politique pour Macky Sall qui s’affirme, d’abord, dans le Parti démocratique sénégalais (Pds). « Soutenir le président Macky Sall », soutient-elle, « est un sacerdoce pour moi ». Elle ajoute, des perles de lumière dans les yeux : « C’est ma référence, je n’aurai plus de leader politique à part lui car c’est lui qui m’inspire dans mes actions politiques ».

Victime de la loi Sada Ndiaye
Après un passage à la cellule de communication du Pds, elle débarque à l’Assemblée nationale le 4 novembre 2008 comme assistante administrative après l’obtention d’une licence en sociologie. Deux jours après, la loi Sada Ndiaye est votée, emportant sur son passage, amis et collaborateurs de l’ancien président de cette institution qui allait devenir le quatrième président de la République quatre années plus tard. Mais la fille de Diarère est maintenue à son poste bien qu’orpheline de son mentor.

Cependant, le destin prend les raccourcis les plus inattendus pour faire briller une personne. Malgré un bébé de six mois, elle est accusée de fomenter un coup d’Etat contre le président Wade avec d’autres amis qui s’employaient à formaliser l’installation du mouvement des élèves étudiants à l’Université de Bambey. Une accusation qui projette une vive lumière sur cette femme frêle et ambitieuse. L’arrivée au pouvoir de son parti sonne comme une victoire contre tous les coups tordus de l’ancien régime contre Macky Sall et les siens. En avril 2012, cette titulaire d’une maîtrise en Sociologie et d’un master en sciences politiques à la faculté des sciences juridiques et politiques se retrouve à la tête de la direction de la Petite enfance et de la case des tout-petits.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on mercredi, 23 novembre 2016 16:37

Il demeure dans l’anonymat mais abat un travail titanesque au nom de la défense de l’environnement. Ce biologiste de formation a fini de saisir l’incontournable nécessité d’ «assainir » la relation de l’homme d’avec son milieu. Dans l’espoir de faire comprendre à tout le monde cette exigence, Rito s’active.

Une terrasse, un café à deux autour d’une table et il se met à parler avec une passion déconcertante. La défense de l’environnement, c’est sa vie, son choix, son sacerdoce. Il est, comme il aime à se nommer, un citoyen «ordinaire» qui cherche à attirer l’attention sur un phénomène «extraordinaire» : le rapport de l’homme à l’environnement. Comment donc ce « boy Sicap » s’est, du jour au lendemain, retrouvé défenseur acharné de la nature ?

Rito Lopez Dias âgé aujourd’hui de 36 ans a grandi à Dakar dans les Sicap, plus précisément à Dieuppeul 4. Il obtient son bac à l’âge de 19 ans à Yallah Sourène Série S2. Une fois le baccalauréat en poche, il bénéficie d’une bourse des Iles du Cap-Vert. Il se rend alors au Maroc pour y poursuivre ses études supérieures en biologie et géologie. L’influence des études scientifiques va certainement déterminer ce choix. « Déjà au lycée, j’aimais bien tout ce qui avait trait aux sciences naturelles et à la géologie. C’était le cours qui retenait le plus mon attention », se remémore-t-il.

Ce premier périple vers le Maroc va apprendre au jeune homme à s’ouvrir. Le contact avec d’autres cultures d’autres personnes sera très déterminant. Après un cursus de deux ans, il décroche son Deug. Ces deux ans de pratique vont également permettre à Rito de comprendre la relation qu’il y a entre l’environnement et la biologie. Une fois le Deug en main, Rito postule pour une université française. C’est à Perpignan qu’il pose finalement ses valises. Là, il s’initie à la Biologie générale et à l’étude de la terre. Ensuite, il apprend les différentes sciences de l’environnement. Ce qui va lui permettre de saisir « l’interaction entre les plantes et les êtres vivants », note-t-il.

Une fois le master en biologie en poche, il décide de rentrer au bercail dans le but « d’apporter sa pierre à l’édifice ». Il avait surtout fini de comprendre qu’en Europe, il n’était pas «chez soi». Il était alors primordial de revenir au pays d’autant plus qu’ici, les enjeux environnementaux ne sont pas suffisamment compris par les populations. Avec les expériences accumulées ça et là, il finit par saisir combien l’étude de la biologie était liée à la vie de tous les jours. Il avait fini d’assimiler comment une plante s’épanouie, comment elle parvient à se reproduire. Il privilégie dès lors le savoir-faire au savoir tout court. «Je n’arrivais plus à retrouver l’équilibre en France, j’ai alors décidé de retourner au Sénégal. Comme une dette, je me devais de revenir chez moi, après tant d’années d’apprentissage et de pratique », relève-t-il.

Une fois au Sénégal, Rito décide, avec d’autres amis, de fonder une association pour la promotion de l’énergie solaire et la valorisation de l’éolienne. Avec deux autres amis, ils sont animés par les mêmes motivations. A cet effet, un programme pédagogique est en ligne de mire. L’objectif, c’est d’aller dans les écoles afin d’inculquer la mentalité citoyenne sur les enjeux de l’environnement aux enfants. «Nous voulions faire saisir aux enfants l’importance de l’acte citoyen. Il s’agit de leur parler du cadre de vie en passant par les énergies renouvelables. Des gestes de tous les jours à la limite anodins tel qu’éteindre une lampe quant on sort d’une pièce», affirme t-il. Mission : faire saisir aux enfants la réalité et les enjeux environnementaux. Tel était leur cheval de bataille.

Premier constat de l’équipe ? La réalité est qu’on n’arrivait pas à instaurer dans l’éducation la notion d’éco-citoyen. L’équipe s’acharne alors à déterminer la véritable signification et surtout les enjeux qui y sont liés. La bande d’écolos est convaincue de la nécessité de passer par l’éducation environnementale, «un préalable pour faire passer le message» ; ce qui est nécessaire pour instaurer l’éveil des consciences, souligne Rito.

L’environnement, une économienouvelle
Les grandes puissances ont compris que l’environnement constitue une économie nouvelle. Ils essayent de l’instaurer. Or, pour parler d’économie verte, il faudrait d’abord passer par la transition des consciences, amener les gens à mesurer l’impact, les enjeux et la nécessité afin d’y accorder une importance. «Pourtant, plus que les autres, c’est l’Afrique qui ressent aujourd’hui les effets directs du changement climatique », souligne Rito. Comment la population peut-elle assimiler ces enjeux si on ne lui donne pas des notions terre à terre, concrètes, se demande-t-il ? La première solution consiste à procéder à l’éducation environnementale, l’éveil des consciences. Il est primordial de ne pas faire du coq à l’âne. Il est nécessaire de mesurer les impacts, les véritables je veux dire, souligne-t-il de manière catégorique. Il préconise aux uns et aux autres de chercher à comprendre ce qui les entoure d’abord, avant même d’évoquer les ajustements à proprement dits. L’éveil des consciences avant toute chose.

Il s’agit ni plus ni moins de montrer ces gestes simples qui permettent de vivre mieux dans la gestion des déchets et avec de l’énergie renouvelable. Rito et ses amis ne sont pas contentés à se cantonner dans la théorie. Dans le cadre de la marche de leur association, ils ont déroulé un programme pédagogique environnemental. «Nous nous sommes toujours dits, point d’évolution environnementale, si les consciences ne sont pas éveillées. Il faut d’abord montrer le lien qu’il y a entre le changement climatique et le vécu quotidien des populations », relève-t-il.

Le cadre de vie inclut tout ce qui nous entoure : l’eau, les arbres, les plantes, l’utilisation de l’énergie. Ce programme environnemental a été déroulé dans dix écoles du primaire au lycée. Il faut noter cependant que ce sont les privés catholiques qui ont le plus adhéré à la cause. « Nous avons initié des visites pédagogiques avec les élèves, leur avons montré comment on mettait en place des jardins respectueux de la nature. Des clubs environnementaux ont également été mis en place. L’objectif est de montrer aux élèves comment rendre meilleur leur cadre de vie, tout en devenant des citoyens respectueux de la nature », relève t-il.

Le management des énergies renouvelables est la clef de voute. Des systèmes de fertilisation naturelle sont également mis en avant. «Nous encourageons le traitement des déchets afin de voir comment on pourrait quantifier ici au Sénégal la typologie d’ordures dont nous disposons ». Des visites vertes ont également été initiées. L’équipe sera cependant vite confrontée à un manque de logistique. «Nous comptions sur nos propres moyens. Après deux ans d’activité sans soutien, nous avons dû arrêter», se désole Rito. Parmi les catastrophes environnementales qui existent dans le monde figure en bonne place la décharge de Mbeubeuss. D’autres parts, les conduites d’eaux usées qui ne respectent toutes les normes constituent de véritables entraves pour l’environnement, affirme Rito. Il est persuadé que l’homme a un véritable problème avec son environnement, pour parer à cela, il propose des solutions locales pour ce « désordre » qu’il dit «global».

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 10:19

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