grandair

Par Exemple (56)

Artiste comédien, Jules Dramé fait partie des pionniers du théâtre à Thiès. Ayant bénéficié de la formation de ses aînés, il met, aujourd’hui, son expérience au service des jeunes talents qui émergent dans la cité du Rail. Son rêve, voir Thiès étrenner une salle de spectacle moderne pour permettre aux acteurs de mieux bénéficier du boom que le théâtre a connu dans la région.

A Thiès, les troupes théâtrales ont émergé et ont étendu leurs tentacules à Dakar et dans le reste du Sénégal. La plupart des téléfilms diffusés à la télévision sont produits par des troupes thiéssoises dont Soleil Levant, Janxène, Royoukaay... Si les artistes de la cité du Rail ont réussi cette percée, c’est grâce à un travail réalisé à la base pendant des années pour dénicher les talents. Parmi ceux qui ont écrit cette histoire, figure Jules Dramé, artiste comédien, membre de la troupe Janxène de Thiès.

Fringant avec ses 53 ans, Jules Dramé capitalise une trentaine d’années d’expérience dans le domaine du théâtre. « J’ai pratiqué ce métier très jeune. J’ai commencé dans mon quartier avec notre Association sportive et culturelle. Je venais regarder les répétitions parce que mon frère était président de la Commission culturelle de mon Asc. Dans l’après-midi, les gens allaient à l’école de Diakhao pour faire les répétitions, et j’y assistais », confie-t-il. Il ajoute : « Un jour, les encadreurs ont eu des absents, j’ai alors dit au metteur en scène que je pouvais interpréter le rôle. Quand ils m’ont donné ma chance, je l’ai saisie ».

L’apprentissage du métier dans son quartier natal va se poursuivre à l’école. « Quand je suis parti à l’école Coly Diop (ex-camp Faidherbe), j’ai crée une troupe », explique-t-il. Jules Dramé réussit à allier les études à son penchant. Il parvient, après ses études primaires, à décrocher un diplôme d’électricien.

Mais, la passion de la scène l’emporte sur l’envie d’exercer comme technicien. Il est visiblement influencé par son entourage. « J’ai des frères qui sont aussi des artistes », fait-il remarquer. Jules Dramé va gravir les échelons en côtoyant des grands. Il intègre Calome, une troupe créée par feu Sa Daro Mbaye. Il a interprété le rôle de Canasse dans le film « Le pari de l’ancien » de Sada Weïndé Ndiaye. C’était en 2003. Il a également joué dans « Ngol-Ngol », une pièce de Mbaye Gana Kébé diffusée par la Rts en 2003. L’artiste thiessois a également participé à la foire de Caen, en 2000, avec un groupe de sa ville jumelée depuis des décennies à la ville normande, en France. « Canasse le fou m’a beaucoup marqué. C’est une pièce d’actualité qui parle des Saltigués par rapport à la pluie », confie-t-il.

Le comédien révélera ensuite ses talents d’artiste grâce à Janxène. Depuis plus d’une décennie, il est dans les productions de cette troupe qui regroupe de ténors de la comédie au Sénégal, à savoir Ndiamé Sène, Serigne Ngagne, etc.

Jules Dramé a pu jouer ces différents rôles grâce aux nombreuses sessions de formation auxquelles il a participé. « Nous avons été formés par de grands metteurs en scène du Sénégal dont Seyba Traoré et Mamadou Diop », explique-t-il. Aujourd’hui, il tente d’inculquer l’expérience acquise à la jeune génération. « Pendant plusieurs années, il y a eu un encadrement. Il y a une jeune génération qui a démarré en faisant du théâtre scolaire. Actuellement, ce sont ces gens qui sont venus encadrer les plus jeunes. Nous organisons beaucoup de sessions de formation », dit-il. « La formation porte sur plusieurs volets dont l’écriture et la mise en scène. Plusieurs paramètres sont pris en compte. Cela permet aux comédiens d’engranger de l’expérience pour être compétitifs », souligne-t-il. Jules Dramé estime que la formation est la clé du succès. « Nous avons commencé par nous former au niveau des Asc. Nous avons renforcé nos formations dans les écoles. Nous avons beaucoup travaillé avec les Asc. Nous avons longtemps été dans l’ombre pour travailler sur le théâtre populaire. C’est cette expérience que vous voyez actuellement sur le plan national. Les comédiens de Thiès ont eu à recevoir plusieurs formations tant au niveau de Thiès qu’ailleurs », fait-t-il remarquer.

« Dans les années 80, nous avions les journées du parrain dans les écoles. A cette époque, les gens formaient des troupes théâtrales dans les collèges d’enseignement. Pendant la même période, chaque Asc devait produire une troupe théâtrale. Et chaque nuit, nous nous retrouvionst pour faire des compétitions », ajoute-t-il. Selon M. Dramé, des journées pédagogiques artistiques étaient également organisées. « Chaque dimanche, de 9 heures à 17 h, les comédiens venaient pour participer à la formation durant laquelle des talents étaient dénichés. Pendant les spectacles, nous arrivions à détecter certains talents », souligne-t-il.

Les jeunes artistes comme Meless, Magnoukh et Combé ont été détectés grâce à ces Jpa. « Ce sont des jeunes qui ont fréquenté les Jpa. Ils sont actuellement dans la troupe Royoukaay où ils cartonnent », indique-t-il. C’est pourquoi Jules Dramé est d’avis que si Thiès réussit à jouer les premiers rôles dans le théâtre au Sénégal, c’est parce qu’il y a eu des formations. « Les premières troupes qui ont pu tirer leur épingle du jeu ont été formées. Avec leur succès, il y a eu un foisonnement de troupes théâtrales. C’est le boom du théâtre à Thiès », se réjouit-il.

Après plus d’une trentaine d’années d’expérience, Jules Dramé ne cache pas sa fierté de voir la cité du Rail émerger dans le domaine du théâtre. Cette fierté le pousse à se concentrer uniquement dans le développement de son métier. Depuis trois ans, il a tourné le dos à 30 ans de carrière d’arbitre fédéral de football. Actuellement, son quotidien est rythmé par le théâtre. « Je me suis marié par le biais du théâtre. J’ai fondé une famille par le biais du théâtre, j’entretiens ma famille par le biais du théâtre. Ce n’est pas le grand financement, mais on s’est sort bien », indique-t-il. Vice-président de l’Association des artistes et comédiens du Sénégal (Arcos) et initiateur du Festival de théâtre du rail (Fesrail), il pense que sa satisfaction sera plus grande lorsque Thiès étrennera des infrastructures modernes permettant aux artistes de pratiquer pleinement leur art.

Par Babacar Dione et Diégane Sarr

D’une urbanité exquise que l’on ne retrouve que chez ceux qui ont un long commerce avec la prestigieuse culture islamique, d’une surprenante érudition qui fait voler en éclats les barrières entre la gnose mystique et la connaissance de ce monde, Chérif Atkhana Aïdara, président de la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh, est un exemple de civilité, d’humilité et d’amabilité. Sa vaste connaissance, ses analyses pertinentes des tourments qui secouent notre monde contemporain, lui valent l’admiration de tous ceux qui le côtoient.

Chérif Atkhana Aïdara n’est point ce rédempteur insensible aux angoisses qui habitent ceux dont il a la tâche d’orienter les âmes vers Dieu. Ce n’est pas non plus un homme qui se situe dans un univers éthéré, méprisant les contradictions de ce bas monde. Son extrême sensibilité au devenir des âmes fait de lui un homme au plus haut point touché par les problèmes que vivent quotidiennement les fidèles khadres. Pour lui, l’islamique, en plus d’être la voie du salut, est une morale de tous les jours. Il est un comportement, une conduite que l’on doit adopter même dans ses actes les plus anodins.

Pour faire passer un tel message dans les esprits de tous ses contemporains, Chérif Atkhana Aïdara ne ménage pas son temps. Son bloc-notes est plein de dates pour des conférences qu’il tient partout où les fidèles interpellent sa science pour mieux suivre les voies qui mènent à Dieu. Il parcourt inlassablement le pays comme un pâtre pour y semer la bonne graine. Fidèle à l’esprit de Cheikhna Cheikh Saadbouh, il définit avec la méticulosité d’un exégète averti des textes coraniques, les comportements que doit adopter le fidèle hanté par la noble obsession de servir Allah et uniquement Lui. C’est avec la même dévotion que Chérif Atkhana Aïdara s’occupe de la préparation de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale de la Khadriya qui sera marquée, en juillet 2017, par la commémoration du centenaire du rappel à Dieu de Cheikhna Cheikh Saadbouh.

En tant qu’activité phare de cette importante rencontre internationale, la célébration du centenaire de la disparition du saint homme de Nimzatt sera l’occasion de mettre en exergue la pertinence et le caractère intemporel du message de Cheikhna Cheikh Saadbouh, de celui des saints et des savants musulmans, mais du soufisme qui est un facteur de résolution des problèmes de toute nature auxquels font face nos sociétés modernes. Un autre grand dossier fait travailler Chérif Atkhana Aïdara : le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul, la capitale de la Khadriya au Sénégal. Le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul a été conçu par la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh. Les plans architecturaux et les documents de mise en œuvre ont été remis aux autorités gouvernementales sénégalaises.

L’engagement du président Macky Sall qui, depuis son avènement à la magistrature suprême en 2012, a lancé un programme national de modernisation des villes religieuses est fortement salué par Chérif Atkhana Aïdara qui attend que Ngoumba Guéoul bénéficie de cette heureuse initiative. Présentement, le guide religieux n’a de souci que le succès de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale dont l’objectif est de donner les réponses de l’Islam face aux enjeux du monde, de célébrer le centenaire de Cheikhna Cheikh Saadbouh et de concrétiser la modernisation de Ngoumba Guéoul. L’ouverture de cette importante rencontre est prévue à Dakar les 8 et 9 juillet et la clôture en Mauritanie, les 12 et 13 juillet 2017.

Par Cheikh Aliou AMATH

Il fait partie de ces bonnes gens qui, par modestie, refusent d’être au-devant de la scène et travaillent, par bonté, à faire braquer, sur d’autres individus, tous les projecteurs. Dr Mouhamed Habiboulah Sy, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est de cette race d’hommes. Chez cet éducateur, cet érudit du Coran et ce pédagogue aguerri, la transmission des connaissances islamiques est un sacerdoce.

« Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame », dit l’adage. Aussi, derrière un grand élève, on trouve un grand maître. Ce qui s’applique convenablement au Dr Mouhamed Habiboulah Sy. Le nom ne vous dit certainement pas grand-chose. Normal. L’homme n’a jamais été au-devant de la scène. Dans la plus grande discrétion, il s’est, depuis de longues années, évertué à servir son pays. Son champ d’évolution est celui de la transmission du savoir. Dr Sy est un spécialiste des sciences de l’éducation qui s’est toujours occupé à inculquer aux jeunes un solide savoir. Son système, fondé sur la rigueur, le suivi et l’application, a produit, jusqu’ici, des élèves de qualité.

Parmi les potaches instruits par Dr Mouhamed Habiboulah Sy, il y a Mouhamed Moujtada Diallo, récemment consacré champion du monde de récital du Coran en Malaisie. Ce maître hors normes, de taille moyenne et de teint noir, entretient bien sa longue barbe. Le visage avenant, il nous reçoit dans le bureau qu’il occupe dans son établissement de la banlieue dakaroise. Beaucoup d’ouvrages en langue arabe sont entassés dans l’office. Ici, on est en contact permanent avec la connaissance. D’ailleurs, la quête de connaissance et, ensuite, sa vulgarisation sont la raison d’exister des Sy. « En choisissant le chemin de la transmission des connaissances, je n’ai fait que suivre les pas de mes aïeuls », révèle-t-il.

Un parcours honorable
Dr Mouhamed Habiboulah Sy est né en 1969 à Diattar (département de Podor) dans le Fouta. Son grand-père s’appelle Thierno Hamidouh Diattar Sy. « Ce dernier a considérablement contribué à la formation des fils et petit-fils de Cheikh Oumar Foutiyou Tall. Il a ainsi encadré Thierno Mountaga Tall et Thierno Maddani Tall, entre autres Tall », renseigne-t-il. Il a, lui-même, été initié par son père à Diattar avant de se rendre à Galloya pour poursuivre ses études auprès de Thierno Cheikhou Kane. Suite au rappel à Dieu de son maître, il est pris en charge par le fils du défunt formateur, Thierno Mamada Kane. C’est ici qu’il maîtrisa le Coran avant de se rendre en Mauritanie dans le but de toujours perfectionner ses connaissances.

Dans ce pays ami du Sénégal, il intègre l’institut des études coraniques, y passe deux ans et décroche un diplôme spécialisé en Education. Toujours déterminé à acquérir de nouvelles connaissances, il se rend à l’université islamique de Médine en Arabie Saoudite. C’est là qu’il décroche son baccalauréat et sa maîtrise. Il prend la direction du Soudan où il décroche son doctorat en Sciences de l’éducation. C’est en 1997 qu’il décide de se lancer dans l’enseignement, en fondant sa propre école. « Au début, je n’avais que quatre élèves, toutes des filles », se rappelle-t-il. Il n’avait pas suffisamment de moyens et comptait sur ses propres fonds qui n‘étaient guère très substantiels.

« A mes débuts, j’étais confronté à plusieurs difficultés. J’avais du mal à honorer les frais de loyer, à subvenir à mes propres besoins. Mais, j'ai tenu bon », souligne-t-il. C’est petit à petit que le cercle des élèves s’est élargi, en passant de quatre à quinze, puis à vingt élèves. La qualité de l’enseignement dispensé fait la publicité de l’établissement qui attire de plus en plus d’élèves. Des chefs religieux, très connus, décident également d’y envoyer leurs enfants. « Cet intérêt amène davantage de parents à inscrire leurs garçons ou filles dans mon école », se souvient Dr Mouhamed Habiboulah Sy dont l’école se trouvait alors entre Diacksao et Diamaguène, en banlieue dakaroise.

La consécration
C’est quand l’effectif a atteint le nombre de 100 élèves que Dr Mouhamed Habiboulah Sy a commencé à trouver son indépendance financière. Il est désormais en mesure de mettre dans de meilleures conditions les apprenants. Alors, il s’achète un terrain à Sicap Mbao et y construit son école qui, pour l’internat seulement, reçoit plus de 1.500 pensionnaires. L’établissement fait travailler une quarantaine de personnes toutes rémunérées. Ici, tout élève mémorise d’abord le Coran et poursuit le cursus en franco-arabe jusqu’à l’obtention du baccalauréat. « L’année passée, l’école a enregistré 96% de taux de réussite au Cfee, 92% au Bfem et 70% au baccalauréat. L’on a passé une entente avec les universités dans des pays comme le Maroc, la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Egypte. Cela fait déjà dix ans que les pensionnaires de l’école prennent part à des concours internationaux », informe Dr Sy.

Selon le chef d’établissement, la demande est aujourd’hui supérieure au nombre de places disponibles. C’est pourquoi, il lance un appel au gouvernement ainsi qu’aux bonnes volontés pour l’aider à la délocalisation de l’établissement dans un endroit plus vaste, comme Diamniadio. Dr Mouhamed Habiboulah Sy invite les parents d’élèves à orienter leurs enfants vers l’apprentissage de la religion cumulé au système français.

« Cette donne leur permet de connaître leur religion et de s’ouvrir aux enjeux du monde », conseille-t-il avant de souligner que « le choix porté sur Mouhamed Moujtada Diallo dans le cadre des concours n’est point hasardeux. C’est un élève qui a toujours su se surpasser ». D’ailleurs, fait-il savoir, autant pour le baccalauréat arabe que français, il s’est classé deuxième de son centre.

En organisant des sorties pédagogiques pour les élèves, Dr Mouhamed Habiboulah Sy s’est imposé le devoir de faire saisir aux pensionnaires de son établissement que l’instruction et la formation leur sont indispensables s’ils tiennent à être des citoyens imbus des problèmes qui se posent à leur pays, des sujets décidés à mettre leurs connaissances au service de la communauté nationale, des personnes libres, conscientes de leurs droits et de leurs devoirs, respectueuses de la loi et ayant le sens des responsabilités.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 16:15

Inconnu au bataillon il y a quelques années, Gaoussou Guèye est devenu un fervent défenseur de la pêche artisanale, qu’il considère comme un parent pauvre du secteur. Acteur très engagé et soucieux du devenir des communautés côtières, son combat pour le compte de la transparence dans le secteur l’a propulsé aux devants de la scène. Parti de rien, Gaoussou Guèye qui a mis en place l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche maritime (Aprapam) a été porté à la tête de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa). Son plus grand défi : rendre plus visible le secteur de la pêche artisanale et gagner le combat de la transparence et de la bonne gouvernance.

Quand il débarquait à Mbour vers la fin des années 80, il n’avait jamais réalisé qu’il deviendrait un acteur incontournable de la pêche artisanale. Mais l’étoile de Gaoussou Guèye a brillé d’un gros éclat. En feuilletant le livre de son passé, l’on se rend compte qu’il avait flirté avec la pêche, mais cette idylle n’avait pas trop duré.

Gaoussou Guèye a démarré sa carrière par la navigation. « J’ai roulé ma bosse un peu partout. J’ai participé à la mise en forme de plateformes en Angola, à Port-Gentil, à Pointe Noire. J’ai ensuite un peu touché à la pêche. J’ai fait des pays comme la Guinée, la Sierra Leone, la Guinée Bissau et autres », renseigne-t-il. C’est par la suite qu’il a atterri à Mbour, mais ce n’était point pour travailler dans la pêche. Il y était pour ses activités professionnelles. Gaoussou Guèye gérait une station d’essence, mais les choses n’ayant pas marché comme il le souhaitait, il s’est tourné vers le mareyage. Ainsi s’ouvre un nouveau chapitre de sa vie. « Les débuts n’ont pas été faciles. Fort heureusement, des commandants de bateau que je connaissais et qui habitaient Mbour m’avaient mis en relation avec leurs familles, leurs amis », rappelle-t-il.

Chemin faisant, Gaoussou Guèye s’est intégré dans ce monde complexe. Constatant que les acteurs du secteur n’étaient pas organisés, il s’est engagé à changer la donne et les organiser de sorte qu’ils aient une structure qui défendrait leurs intérêts. « C’est ainsi que j’ai créé un Gie après mon adhésion à la fédération communale des mareyeurs, filiale de la fédération nationale des mareyeurs. De fil en aiguille, on a continué et j’ai trouvé qu’au niveau des organisations professionnelles ce n’était pas trop organisé. Il y avait trop de problèmes crypto personnels, on défendait plutôt des intérêts individuels que l’intérêt général », explique-t-il. Conscient que les organisations professionnelles avaient failli à leur mission, qu’elles ne jouaient pas le véritable rôle qui était le leur, Gaoussou Guèye a entrepris avec des amis qui n’étaient pas du monde de la pêche de créer une association de la société pour aider les communautés côtières.

Nouveau président de la Caopa
« Je me suis rendu compte que quand on discutait sur les accords de pêche, les acteurs n’étaient pas souvent d’accord. Ils n’assistaient pas aux tables de négociation, ne connaissaient rien des accords. Il fallait donc que les choses changent », indique-t-il.

L’année 2010 marque donc la création de l’Aprapam qui regroupe des scientifiques, des économistes, des professionnels de la pêche et de la communication qui partagent les objectifs d’aider les communautés côtières à améliorer leurs conditions de vie, mais aussi à mieux apprécier les ressources et d’en faire un usage qui garantit la durabilité, à s’impliquer dans la mise en œuvre des politiques de pêche et d’en tirer des retombées bénéfiques entre autres.

Parent pauvre de la pêche, le secteur artisanal a trouvé en la personne de Gaoussou Guèye un fervent défenseur. « La pêche, c’est dans mon sang. Toutes mes discussions tournent autour au tour de la pêche. Je ne parle que de pêche. Je ne peux pas faire autre chose que défendre le secteur de la pêche. Je suis tout le temps braqué sur la pêche surtout artisanale qui joue un rôle extrêmement important dans notre pays. Non seulement c’est un facteur de stabilité sociale, ça créé des emplois et contribue beaucoup à la sécurité alimentaire », confie-t-il. Et la préservation des ressources demeure l’un de ses plus grands combats. « Il doit y avoir de la transparence dans la pêche et il faut un cadre exclusivement réservé à ce secteur », note-t-il.

En 2011, la Caopa a organisé au Sénégal un séminaire ouest-africain sur le thème de la transparence dans les pêches maritimes en Afrique afin d’examiner les problèmes causés par le manque de transparence dans le secteur et d’élaborer des stratégies pour améliorer l’accès du public à l’information. Les recommandations de cette rencontre ont été améliorées et c’est sur cette base que la Fiti (Initiative pour la Transparence des Pêches) a été créée, indique M. Guèye. Récemment à Bali, en Malaisie, la Fiti s’est structurée et Gaoussou Guèye fait partie des 15 membres du Conseil d’administration.

Son engagement et sa détermination lui ont valu son élection en novembre dernier à Lomé, au Togo, à la tête de la Caopa pour un mandat de trois ans renouvelable une seule fois. Il a été choisi à l’unanimité par les membres des 24 pays. Il remplace à ce poste le Mauritanien, Sid’ Ahmed Ibn Abeid qui a épuisé ses deux mandats. « C’est un honneur et une satisfaction que 24 pays, à l’unanimité, disent que c’est un Sénégalais qui va être leur président. C’est un grand challenge et je ne peux pas le réussir seul. Je sollicite le soutien de tous pour réussir cette mission, car il reste beaucoup de travail à faire », indique Gaoussou Guèye qui occupait le poste de secrétaire général de cette organisation interprofessionnelle. L’un des challenges du nouveau président, c’est d’organiser une année africaine de la pêche artisanale pour rendre beaucoup plus visible ce secteur qui, au-delà de ses aspects socio-économiques, est extrêmement important, mais aussi de relever les grands défis du secteur, notamment les enjeux de sécurité alimentaire, de la création d’emplois et de la gestion de la ressource halieutique pour une meilleure durabilité.

La pêche, un métier noble
Aujourd’hui, soutient M. Guèye, la pêche artisanale est invisible parce que les gens croient qu’il n’y a que la pêche industrielle qui débarque dans nos pays. Les débarquements de la pêche industrielle ne font que 20 %. La pêche artisanale est un secteur qui gagnerait, selon Gaoussou Guèye, qui gagnerait à être davantage organisé. Et à l’en croire, l’Aprapam et de la Caopa y travaillent. « Au lieu d’avoir des pléthores d’organisations professionnelles, qui ont une mission commune, à savoir la préservation de la ressource, il faut une mobilisation des forces, avoir des organisations professionnelles fortes, structurées qui soient autonomes pour régler leur quotidien sans tendre la main », relève Gaoussou Guèye qui est convaincu que la transparence est un élément essentiel pour gérer la pêche. Selon lui, il faut promouvoir la cogestion, la surveillance participative pour améliorer le système de gestion des pêcheries dans nos pays. « Nous devons vers une bonne pratique de pêche et chacun doit engager sa responsabilité pour la préservation de cette ressource, mais aussi la protection des océans », relève-t-il en plaidant pour un changement de comportement notoire au niveau des pêcheurs, décideurs politiques et entreprises qui jonchent le littoral.

Que du chemin parcouru depuis ! Mais Gaoussou ne regrette pas le chemin choisi. « Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde. Je vais continuer à défendre les communautés côtières, la pêche artisanale et le secteur de la pêche dans son ensemble », assure-t-il.

Pour le président de l’Aprapam et de la Caopa, il n’y a pas de métier plus noble que la pêche. « Quand le pêcheur quitte son domicile pour aller en mer, il reste des heures sans voir personne, mais il garde toujours espoir de pouvoir capturer du poisson. Il est enthousiaste quand il réussit et ramène ses prises pour pouvoir le mettre à la disposition de ses concitoyens. Dès qu’il vient quand quelqu’un qu’il connait, il lui donne du poisson. Cette générosité, on ne le trouve ailleurs que dans la pêche », relève-t-il. De l’avis de Gaoussou Guèye, les pêcheurs méritent toute la considération du monde. « Ils ne comprennent pas et ne savent peut-être pas lire le français, mais ils ont des connaissances extraordinaires », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL

Mariée à un Européen depuis plus de 7 ans, Mbissine Sarr a échappé aux échecs qui caractérisent la plupart des mariages mixtes dans le département de Mbour. De son union avec son mari, sont nés un enfant de 3 ans et une situation sociale reluisante.

Mbissine Sarr n’est pas comme les autres filles de son village, Pointe Sarène. Au moment où les autres peinent à joindre les deux bouts, elle ne se plaint pas. Elle roule à bord d’une rutilante 4X4. Mieux, elle habite dans une belle maison équipée de toutes les commodités dont une piscine. Pourtant, il y a quelques années, elle était juste employée comme femme de ménage dans une résidence. Aujourd’hui, sa vie a basculé vers le luxe. Le bonheur. Et cela grâce à une rencontre qu’elle a faite. «  J’ai rencontré mon mari là où je travaillais. Il y passait ses vacances. Quand on s’est connu, pendant trois ans, nous sommes sortis en tant qu’amoureux. Cette relation a abouti à un mariage », explique-t-elle avec un air de fierté.

A Pointe Sarène, Mbissine Sarr suscite l’admiration. « Elle a eu la chance de rencontrer un Blanc qui est très généreux. C’est un homme qui n’est pas raciste et qui accepte de l’aider », confie, une femme âgée de la cinquantaine. « Il y a des filles qui choisissent des Sénégalais qui ne peuvent pas s’occuper d’elles. On ne doit pas faire une distinction entre un mari blanc ou un noir. L’essentiel est d’avoir une union stable », ajoute notre interlocutrice. L’admiration envers Mbissine est vite constatée par le visiteur qui pénètre dans ce paisible village peuplé de pêcheurs et de cultivateurs. Quand, à bord de sa rutilante 4X4, elle stationne à côté du domicile de ses parents, les regards sont fixés sur ses faits et gestes. Le voisinage s’empresse d’échanger avec elle. Une ambiance cordiale s’installe. Mais Mbissine Sarr semble garder la tête sur les épaules. Ses échanges avec ses amis sont empreints de respect et d’humilité. Ils portent sur les tâches quotidiennes opérées par les femmes du village. Preuve de la simplicité dont elle fait montre, Mbissine Sarr porte sur le dos un nourrisson sous de regard de la mère de celui-ci.

Né en 1982, Mbissine Sarr est la fille d’un notable bien respecté dans ce village situé en bordure de mer. Elle a suivi ses études primaires dans son village natal jusqu’ au cours élémentaire deuxième année. « J’ai quitté l’école très tôt. Je n’aimais pas les études », justifie-t-elle. Restée à la maison, Mbissine Sarr a appris à exercer les tâches domestiques. Pour monnayer ses connaissances, elle n’est pas partie loin. Comme nombre de jeunes habitantes de la Petite côte, elle est restée dans son village. Elle se fait employer comme domestique dans une résidence qui accueille des touristes occidentaux. « L’homme qui est mon mari m’a trouvée dans cette résidence. Nous avons débuté une relation amoureuse », se souvient-elle.
La relation entre les deux nouveaux amoureux durera trois ans, malgré la différence d’âge. Les deux ont une différence d’âge de 25 ans. «  Mon mari a 60 ans. Mais son âge ne me gêne pas. Je l’aime c’est tout. Il m’aime aussi », se défend Mbissine. La jeune de Pointe Sarène se targue d’avoir presque « sénégalisé » son mari. «  Il mange des plats de chez nous. Il s’adapte à notre environnement », explique-t-elle. «  Ce matin, je lui ai demandé ce que nous devons préparer pour le déjeuner, elle m’a répondu qu’il n’a pas de choix. Il goutera tout ce que nous préparerons », explique-t-elle.

Mbissine Sarr est visiblement avantagée par son physique. De teint clair et de taille élancée, elle est bien moulée dans un jean qui laisse apparaître ses formes généreuses. La mine joviale, elle a su se forger une place dans la modernité tout en n’oubliant pas les valeurs traditionnelles auxquelles s’accroche son village natal. A titre d’exemple, elle raconte avec un air de fierté, les tournois de lutte traditionnelle organisés dans sa contrée. C’est manifestement pour récompenser cela que, C.L ne lésine pas sur les moyens pour faire plaisir à son épouse. Les commodités sont nombreuses : voiture, maison équipée, etc. La native de Pointe Sarène ne perd pas de vue ce soutien. «  Il m’aide beaucoup. Je ne regrette pas de l’avoir épousé. Mon mari s’occupe bien de moi », dit-elle, la mine joviale.

Les échecs de mariages mixtes enregistrés ailleurs ne découragent pas la native de Pointe Sarène. « Je remercie le bon Dieu. Mon ménage se porte bien. Nous avons choisi de nous marier parce que nous nous aimons », martèle-t-elle. Notre interlocutrice rejette toute motivation financière dans cette relation qui a été visiblement bénie par les parents. « Quand ta fille fait son choix, il faut le respecter. Qu’elle ait choisie de se marier avec un Blanc ou pas, l’essentiel est qu’elle soit heureuse. Que ce mariage réussisse », témoigne M. Sarr, père de Mbissine Sarr. A Pointe Sarène, au moins 5 couples mixtes sont dénombrés. « L’important est d’avoir un mari qui vous aime et qui vous respecte », fait remarquer Mbissine. Pourtant, si ça ne dépendait que de quelques membres de l’entourage de la native de Pointe Sarène, l’heureux élu aurait été un Sénégalais bon teint. « Un parent m’avait mis en garde en ces termes : ne t’engages pas dans ce mariage. Tous les Européens qui viennent ici ne sont pas sérieux », se souvient-elle. Mais, a poursuivi Mbissine Sarr, « j’ai foncé parce que je savais que mon mari m’aime beaucoup. J’avais beaucoup d’espoir en lui ».

Du mariage entre Mbissine Sarr et C.L est né un garçon âgé de trois ans. Une famille est fondée. La jeune Mbissine Sarr peut bien afficher le sourire de faire partie des exceptions des mariages mixtes.

Diégane Sarr et Babacar Dione

Mbaye Guèye, ancienne gloire de la lutte sénégalaise, a marqué son époque. L’homme, toute sa carrière durant, a drainé de nombreuses foules acquises à sa cause. Aujourd’hui, il savoure tranquillement une retraite bien méritée.

Assis sous un arbre, le buste droit et les jambes écartées, le corps reste athlétique malgré le poids de l’âge. Les années d’efforts fournis au bord des plages pour se muscler ou maintenir la forme ont laissé quelques petites séquelles. Le premier « Tigre de Fass » a de beaux restes. La génération qui l’a vu lutter apprécie son courage légendaire et sa détermination sans faille. L’autre génération, celle qui ne l’a pas vu batailler, n’en demeure pas moins attachée aux prouesses du premier « Tigre de Fass ».
Mbaye Guèye a, malgré les années qui passent, gardé sa bonne réputation de lutteur légendaire. C’est parce qu’au fond l’homme ne s’est véritablement jamais tenu à l’écart des arènes. Comment y parvenir ? Difficile ! Chez les Guèye, la lutte est un legs qui se transmet de génération à génération. « Mon grand-père était, à son époque, un très grand lutteur craint de tous. Il a fait mordre la poussière à tous ceux qui ont osé se frotter à lui dans une arène », témoigne-t-il. Comme son aîné, il a, lui aussi, marqué son temps autant dans les « mbapatt « (combats de lutte populaire) que dans l’arène nationale. L’autre « Tigre » de la famille se nomme Moustapha Guèye, petit frère de Mbaye Guèye. C’est dire que chez les Guèye, la lutte est dans le sang.

Après avoir tenu en haleine les amateurs de lutte pendant plusieurs années, Mbaye Guèye profite présentement d’une retraite bien méritée. Il tient actuellement domicile en banlieue dakaroise, plus précisément à Fass Mbao. Ici, il est devenu un notable, un sage à qui on fait continuellement appel pour échanger sur divers sujets. Il se montre d’ailleurs particulièrement disponible dès lors qu’il s’agit de prodiguer des conseils ou donner des orientations aux jeunes. « Mbaye est d’une disponibilité marquante. Il est tout le temps prêt à vous accorder de son temps », témoigne un de ses voisins.

Il reste l’un des lutteurs qui aura le plus marqué les générations des années 1970-1980. Il a à son actif près de 80 combats en deux décennies dans l’arène. A l’époque, un lutteur ne pouvait pas se permettre de rester plus de six mois sans se frotter à un adversaire. « C’était une question d’honneur », se souvient-il. Et dire qu’en son temps les cachets étaient nettement moindres par rapport à ceux d’aujourd’hui. En 1973, un des combats de Mbaye Guèye avait défrayé la chronique. Pour cause, le lutteur avait empoché la « rondelette » somme d’un million de FCfa pour affronter Saa Ndiambour. 

« Une énorme somme à l’époque », se souvient-il. A l’occasion, le stade avait fait le plein. Certains n’ont d’ailleurs pas pu y avoir accès. Les gradins étaient archi pleins. Les lutteurs venaient ainsi de percevoir le premier cachet d’un million de FCfa, mais le promoteur pouvait également être fier d’avoir organisé une telle confrontation. Chacun a su, au final, tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, un cachet pourrait avoisiner la centaine de millions par lutteur. « A chacun sa génération. A chaque génération sa chance », relativise t-il.

Tigre de Fass
Le sobriquet de « Tigre de Fass » colle encore à la peau de Mbaye Guèye. Mais, au fait, d’où vient ce surnom ? « C’est un journaliste du quotidien national « Le Soleil » qui m’avait surnommé ainsi au sortir d’un combat âprement disputé », se souvient-il. Ce jour-là, Mbaye Guèye, bien que blessé, a lutté jusqu’au bout, ne se laissant guère déstabiliser par ses blessures. Il finira vainqueur de cette légendaire confrontation, avec à la prime le surnom de « Tigre » qu’il trainera honorablement jusqu’à la fin de sa carrière. Il fait, sans doute, partie des anciens champions de lutte qui auront le plus marqué leur temps.

C’est en 1964 que le « Tigre de Fass » débute sa carrière dans les « mbapatt ». Là, Mbaye Guèye se fait remarquer. Sa technique, son endurance, sa détermination marquent plus d’un. Son nom fera le tour du pays avant qu’il ne décide même d’intégrer l’arène nationale. C’est en 1964 qu’il intègre l’arène nationale. Il en ressort en 1970 pour aller honorer son service militaire. Après sa durée légale, il signe son retour dans l’arène au grand bonheur des nombreux amateurs. « Mbaye Guèye était un combattant charismatique. Vous pouviez ne pas le supporter, mais vous tombiez forcément sous son charme. Il était en quelque sorte irrésistible », témoigne James Seck, un incorrigible amateur de lutte.

Agé aujourd’hui de 50 ans, James assure avoir assisté à la plupart des combats du premier des trois « Tigres de Fass ». De Mbaye Guèye, il ne garde que de bons souvenirs. Parmi les mémorables souvenirs, James évoque les confrontations contre Moussa Diamé, Souleymane Diaw et Double Less. Justement, il s’est frotté à deux reprises au dernier de la liste. Dans la première confrontation, il s’est retrouvé avec une défaite. Le second combat a eu lieu en 1977. Il est resté sans verdict.

Par Oumar Ba

Famara Ndour, après 25 ans, à braver la mer- ou à la dompter- avec ses bateaux, parle toujours de la voile avec une touchante passion. La navigation à la voile, plus qu’un banal parcours le long des étendues d’eau, c’est sa vie, sa préoccupation quotidienne qui l’arrime à Foundiougne depuis toujours. Il en est, ici, à la fois le précurseur et le promoteur. Il se donne comme exaltante mission d’y développer ce sport nautique pour donner à ses concitoyens la chance de vivre ses joies infinies et ses aventures fabuleuses.

C’est comme si Famara Ndour était condamné à braver la mer ; lui, le « petit » Sèrère qui s’ennuyait à Foundiougne à assister un oncle dans un petit commerce pour ne pas tomber dans le désœuvrement après l’arrêt de ses études et les tentatives pour être enrôlé dans l’armée. Ses infortunes agissaient sur son fabuleux destin. Un matin, en effet, au hasard des rencontres, un homme blanc, français de nationalité, interrompt la routine dans laquelle il croupissait. Fabrice, alors jeune navigateur français, veut acheter une cassette audio « originale » de Youssou Ndour après qu’il l’a cherchée vainement à Dakar. Dame fortune le mène chez Famara où il en reste une seule. Les deux bonhommes ont un bon feeling. On s’invite à manger. « Il venait d’arriver à Foundiougne avec son bateau. Il se plaisait à venir papoter à la boutique de mon oncle que je tenais pour juste m’occuper. Un jour, il me confie son voilier parce que devant se rendre en France pour deux mois et me propose un salaire de 30.000 FCfa par mois. Ce qui était une aubaine pour moi qui n’avais pas de revenus », se souvient-il, heureux d’avoir eu du pot. On est alors en 1989. Pour la première fois, le natif de Foundiougne met les pieds dans un voilier. « C’était un challenger », se rappelle-t-il. C’est le début de « l’odyssée » marine. La passion devient, de jour en jour, plus ardente. Après la première remontée sur Dakar avec Fabrice de retour au Sénégal, elle devient brûlante. Il passe un mois au Cercle de Voile de Dakar et perce davantage cet univers. De temps en temps, lui et son nouvel ami s’offrent quelques sorties pour parcourir les bolongs du Saloum, de la Casamance et quelques traversées vers les îles du Cap vert… ; ce qui l’accoutume à la pratique si bien que le tandem ne se quitte plus.

Après un énième voyage en France, Fabrice, accompagné de sa copine, sa future épouse, l’invite à faire une sortie en mer pour se rendre en Casamance. « Cela a été une expérience à la fois difficile et enrichissante pour mon apprentissage de la voile », confie Famara. Ce jour-là, la mer est agitée, le vent de face complice de leur infortune. Le moteur et les voiles les enlisent dans la misère. Néanmoins, Famara ne faiblit pas devant l’adversité. Un bateau contacté grâce à la bande des très hautes fréquences (Vhf) les sort de la galère temporairement en les remorquant pendant trois tours d’horloge pour les larguer à Djifer. Béa, la dame de cette périlleuse aventure tombe malade. Comble d’infortune, Famara doit ramener le voilier seul à Foundiougne pour permettre au couple de ne pas rater son vol. L’expérience est concluante. Un mental se forge.

La mer, espace de rencontres
Par la suite, Fabrice cédant devant l’insistance de sa femme, reste deux ans en France pour se construire un plus gros bateau. Il fait cadeau au jeune féru de la navigation de plaisance du petit bateau. C’est son premier voilier. Le « toubab » l’incite alors d’en user dès qu’il y a du vent et d’en faire jouir des touristes pour en tirer gain. « Et c’est grâce à cela que je me suis marié, j’ai construit ma maison, fait de belles rencontres, voyagé pour découvrir plusieurs endroits », jubile-t-il fier d’avoir joint l’utile à l’agréable. 17 ans après, il s’achète un petit bateau de course en remplacement du premier. Il s’offre ensuite un Sangria, choisi à Dakar parmi les nombreux bateaux délaissés par leurs propriétaires, acheté à un bon prix et conduit à la voile de Dakar au Saloum par un Famara téméraire qui entreprenait sa première navigation hauturière en solo.

La mer est le point de convergence des amoureux de la voile. On y noue des relations viscérales. La « flamme » des eaux assiègent leurs esprits et nourrissent leurs âmes. Un matin, Famara y croise, en train de naviguer, une petite française d’une grande famille de plaisanciers à qui a appartenu son nouveau joyau, le Sangria. Cette dernière en a été bouleversée. Ses propos, ses effusions devrait-on dire, sont un éloge à l’audace de l’enfant de Foundiougne : « Regardez bien ce petit voilier qui navigue à quelques encablures de Skol. Il a trois propriétaires remarquables, ce joli petit bateau : premièrement, c’est un Sangria, un bateau de grande série qui a le même architecte que notre Jurançon, un cousin donc, une silhouette que nous connaissons bien. Secondairement, il est manœuvré par deux Noirs et zéro Blanc, ce que nous n’avions jamais vu jusqu’à ce jour. Troisièmement, il marche au près, c’est-à-dire de manière pointue contre le vent et nous avons le plaisir d’observer plusieurs virements de bord qui marquent une véritable maîtrise de la voile occidentale et une longue pratique. Un petit mystère pour nous ». Le marin de Foundiougne se meut allègrement donc dans un univers préconçu pour des êtres d’ailleurs !

Le précurseur
Marquée et rassurée par la personnalité de Famara et sa passion pour la voile, et devant se rendre en France, comme Fabrice, il y a quelques années, elle lui confie son bateau et lui fait cadeau d’un « bijou » de famille à son retour : un instrument de navigation provenant du bateau fétiche de sa maman. « Ce personnage étonnant aura été l’un des rares hommes dans ce pays qui nous aura rendu service sans rien attendre de nous, sans chercher à en tirer un avantage, une bonne affaire, sur le champ ou plus tard », témoigne-t-elle, heureuse d’échanger sur sa passion à des milliers de kilomètres de chez elle, dans une petite commune perdue dans le Sine-Saloum.

Les sports nautiques sont considérés, au Sénégal, comme la marotte de la sphère des gens opulents eu égard à la cherté de la logistique. Toutefois, Famara Ndour essaie, depuis quelques années, à les promouvoir dans son patelin, avec les moyens du bord et au détriment parfois de ses économies. « Il est nécessaire de partager mon savoir et le bonheur que procure cette pratique ». Il s’échine à donner corps à cette ambition. Aujourd’hui, il dispose de quelques bateaux (dont un qui s’appelle Youssou Ndour pour faire un clin d’œil à l’histoire) qui lui permettent d’initier des personnes à la voile afin de trouver des relais au sein de la population.

En collaboration avec un Italien qui a un club de voile à Ndangane, il compte s’investir davantage dans la formation des jeunes. Grâce aussi à des amis, il attend 17 bateaux pour donner plus de marge à cette pratique dont il est le précurseur à Foundiougne. « La priorité, c’est la formation des formateurs, des futurs moniteurs. Car, c’est un vaste chantier que je ne saurais entreprendre seul. Nous devons profiter de ce plan d’eau pour former les champions de demain », souligne-t-il tout en espérant que les pouvoirs publics y participeront. L’attribution d’un espace, par simple indication de leur probable champ d’intervention, leur serait utile ; celui occupé actuellement est un domaine privé. En attendant, Famara entretient sa passion et ses bateaux même s’il faut se priver de quelques plaisirs.

Par Alassane Aliou MBAYE

Il a soixante-six ans. On lui en donnerait beaucoup plus. Il a la voix peu audible, la démarche chancelante mais Abdoulaye Diop trouve toujours la force de faire ce qui donne sens à son existence : monter sur les planches. Et cela jusqu’au dernier souffle de vie.

Tout est clair dans sa tête. Le théâtre, c’est son cheval de bataille. Il est d’une cohérence presque fascinante sans laquelle on le confondrait à un illuminé des temps nouveaux, avec son accoutrement de scène -celui des miséreux d’une pièce théâtrale-. Dans une grande maison, à Khombole, Abdoulaye Diop trimbale sa longiligne carcasse et son visage ridé en quête de vies à raconter. La sienne n’est pourtant pas sans intérêt. C’est le genre de personnage choyé par tous et ami de personne. Qui, dans sa solitude, voit le film de son existence se dérouler avec regret et amertume. Mais, lui n’a pas encore eu le temps de regarder le sien pour en avoir. Son art, il le conjugue au présent parce que « le théâtre, c’est un sacerdoce, chez moi, une chance de servir mon peuple. Et ça, ce n’est pas une chose qu’on arrête de faire », sort-il mollement de sa bouche « dépeuplée » de ses dents. Celles qui lui restent sont brunies par l’abus de tabac.

Son défunt père, guérisseur et maître coranique, aurait voulu qu’il choisît « une vie plus gratifiante ». S’il ne dépendait que du pater familias, cet encadreur et directeur artistique n’aurait jamais connu l’enseignement en français. C’est son parrain qui l’inscrit à l’école 1 de Khombole où il obtient son Cepe pour poursuivre ses études au lycée Malick Sy de Thiès. Dans cet établissement, en classe de quatrième, son prof d’espagnol, celui qu’il appelle toubab bi (le blanc) lui fait découvrir ses prédispositions pour l’art dramatique « après avoir brillamment accompagné de mimiques une chanson ». La référence du théâtre khombolois est née au détriment des études qu’il arrête en classe de Seconde. Il intègre la troupe Dahwatoul Islam, la plus significative de Khombole ; Islam, une manière peut-être pour rassurer les censeurs de la localité. Avec la compagnie communale qu’il quitte en 2004, Abdoulaye participe, à plusieurs reprises, à la semaine de la jeunesse et de la culture. De cette expérience, cet homme dur d’oreille se montre plus engagé pour des causes utiles à sa communauté. « Je suis le premier à avoir écrit une pièce théâtrale sur le Sida avec la collaboration de l’Organisation non gouvernementale Aprosor », se souvient-il fier. Lui et ses partenaires se produisaient dans des cours de maisons ou d’écoles, dans des rues à l’occasion des séances de lutte ou pendant la période des « Nawetaan ». Sa progéniture semble être attirée par la scène. « Mafille est la plus talentueuse », précise-t-il, ses yeux rouges illuminés de fierté. Celui qui n’a jamais eu de production filmée ne rase pas les murs pour avoir choisi un métier trop longtemps jugé dégradant. Autrement, « j’aurais dissuadé toute ma famille de s’y aventurer », jure-t-il. Chez lui, tout le monde est comédien. Seule la femme qui lui reste y a échappé. L’acteur au frêle corps souvent drapé dans des boubous traditionnels n’aime pas se lamenter. Il se contente de ce que la nature lui a donné. Que les pouvoirs soient indifférents à ce qu’il fait ne l’empêche pas de faire ce qui le passionne.

Ces donneurs de leçons-là !
Il est également trop vieux pour se préoccuper de ce que disent les gens à propos du métier qu’il a choisi. Le théâtre nourrit-il son homme ? « La question est malposée », selon lui. « C’est un sacerdoce, une révolution culturelle pour changer les mentalités et les adapter ». Son jeune frère, Serigne Abdou Diop, son clone, parle de lui, conquis par sa ténacité : « Les gens éprouvaient de la gêne à faire du théâtre mais lui, il ne s’est jamais préoccupé des médisances ». Encore moins de ceux qui prétendent pouvoir lui apprendre son art.

Il y a un épisode de son parcours qu’Abdoulaye raconte avec beaucoup de fierté. « Des gens ont voulu m’apprendre un métier que je fais depuis des décennies ». Il fait allusion à un ancien metteur en scène de la troupe nationale dramatique du théâtre Daniel Sorano. Ce dernier, dans le cadre du programme du Centre de lecture et d’animation culturelle (Clac), était chargé d’animer un séminaire de formation sur la mise en scène. « Au bout de quelques minutes, j’ai quitté la salle, n’y trouvant aucun intérêt. Ce n’était pas ma conception du théâtre », proteste-t-il. Aux explications d’un autre ponte sur l’écriture théâtrale, il n’accorde non plus aucune importance. Ce ne sont pas eux qui lui ont permis d’écrire son chef-d’œuvre sur le conservatisme traditionnel et le conflit générationnel que « malheureusement un de mes amis se plaît à plagier et à s’attribuer », dénonce l’homme à la barbichette et aux cheveux poivre et sel.

Abdoulaye ne donne pas l’air de vouloir trop s’épancher sur les retombées financières. En tout cas, pas autant que sur sa passion. Le théâtre, de son propre aveu, il n’en tire que la satisfaction d’avoir rendu service à sa communauté. Pour nourrir sa famille, le natif de Khombole s’est essayé à beaucoup de métiers. Il a été tisserand à la société textile sénégalaise, veilleur de nuit au centre de santé. Mais, « c’était plus du bénévolat », précise-t-il. La star des comédiens khombolois aurait également hérité de son père des dons de guérisseurs. Il n’en ferait toutefois pas un gagne-pain. « Un acteur culturel doit être généreux », justifie cet ancien militant de l’Union progressiste sénégalaise (Ups). L’homme aux multiples décorations a également adhéré à Aj/Pads (And-jeuf/Parti africain pour la démocratie le socialisme). Après la fissure du parti, il rejoint le fils de Khombole, Mamadou Diop Decroix. « Mais la politique et moi, c’est un mauvais casting. Je me vois plus comme acteur de développement au-dessusde la mêlée », dit-il. Il fourmille d’idées et d’initiatives. Grâce à son engagement, à son obstination, Abdoulaye a été conseiller municipal en 1972. Ce n’est rien à côté de la joie que lui a procurée son art.

Par Alassane Aliou MBAYE

Abdou Aziz Sall, de son nom d’artiste Maha Lahi, est de ceux qui ne rompent jamais l’effort sur le chemin de l’accomplissement de leur destin. Cette atypique créature n’envisage l’épanouissement que dans le style musical auquel il s’identifie, le reggae, par la cadence et le sens. Par la spiritualité et l’engagement en faveur de l’aventure collective.

Son épouse s’appelle Fatou Ndiaye. Comme sa mère. Elle est son ombre qui lui rappelle le chemin parcouru et les horizons illimités à découvrir ensemble. L’ange gardien à la carnation claire est celle qui l’a aimé et choyé au beau milieu de la tempête. Elle est sa manageuse officieuse qui répond aux appels. Maha Lahi risquerait de tenir le téléphone à l’envers ! De toute façon, ça le laisse de marbre ! Il est de ces êtres qui ne subissent pas le temps et ne vivent que pour accomplir leur « destinée ». Il y a, dans la vie de « l’ex » Abdou Aziz Sall, de petites étrangetés aussi fascinantes que les saillies charmantes et égayantes de son imagination ; celle-là qui lui permet de tenir en haleine une assistance tout au long de ses exquises divagations.

Le quadragénaire, né à Kaolack, a bourlingué et trimé pour se fabriquer un destin dans un style musical, le reggae, qu’il a embrassé au détour d’un voyage en Gambie et d’une découverte d’un morceau du chanteur jamaïcain, Luciano. Après des études interrompues en classe de troisième aux cours moyens et secondaires, il s’essaie à plusieurs métiers. Mais, le cœur n’y était pas. En sus, « mon père et ma mère avaient divorcé », rappelle-t-il en guise de justification. Il tâte le ballon rond dans le « nawetaan » et s’égare un peu. La musique le ramène dans le « giron de la normalité ». Abdoul Aziz Sall imite des ténors de la musique sénégalaise : Thione Seck, Youssou Ndour, Omar Pène. Il s’y plait. L’envie de tracer sa propre voie devient irrépressible. Une prestation du Groupe de rap Daara-J le stimule.

En 1996, des amis et lui fondent un groupe, le « Black roots ». Leur premier morceau « Boolo len » révèle leur talent poétique et artistique. La formation fait long feu. Les membres investissent d’autres univers. L’enfant de Kaolack, lui, poursuit le rêve et s’ancre dans le reggae. « La Gambie m’avait déjà inoculé le virus du reggae. J’avais fini par m’identifier à cette musique par le message qu’elle formule et le rythme qu’elle déploie », confie l’homme aux dreadlocks interminables au-dessus desquels « plastronne » un chapeau « Cabral ». En 1998, le groupe Rapadio fait une entrée fracassante sur la scène musicale sénégalaise et sonne le glas d’une certaine forme de musique et d’artistes « doucereux ». Maha Lahi, reclus à Foundiougne, trouve refuge dans la spiritualité auprès de son nouveau guide religieux « Baye Fall », Moussa Diagne. Il y rencontre son épouse et se réconcilie avec la musique. « Au début, je voulais me lancer dans le cantique. Cependant, mon guide, convaincu de mon amour pour le reggae, m’a incité à m’accrocher à ce rêve nourri depuis des années », se souvient-il, les yeux, derrière des lunettes à verres correcteurs, scintillant de fierté. Doit-on attendre moins d’un fils de Muchacho, célèbre percussionniste qui a accompagné Thione Seck, Afriando et African Salsa ?

La désillusion
A son retour à Kaolack, tout au début des années 2000, il crée le Majal Gui et s’offre une petite notoriété grâce aux belles mélodies distillées. Sa rencontre avec le groupe de rap Keur Gui booste sa carrière naissante. Celle avec l’animateur J-Man de la Radio Dounya lui permet de louer Cheikh Ahmadou Bamba et de rappeler le drame du Diola à travers deux titres qui lui ont valu d’être reconnu par le public. Malgré ces éclairs de génie, Maha Lahi se morfond dans ses satisfactions d’amour-propre. Pour répondre aux sceptiques qui le trouvaient peu ambitieux et l’affublaient de sobriquets pour sa longue « hibernation », il sort « Juum ngen » (vous vous trompez). Certains esprits narquois lui suggéraient même de faire un duo avec le chanteur Pape Thiopet ! Suprême offense pour un reggae man !

Les quolibets, si tant est qu’ils existent encore, sont certainement devenus moins incommodants. Maha Lahi a fait du chemin. Le concours télévisé, « L’Afrique a un incroyable talent », auquel il a participé récemment, l’a mis sous une source lumineuse qui l’a fait découvrir au monde. Le début a été aussi prometteur que la désillusion qu’il y a connue par la suite. « Un ami de mon père m’a informé du casting après lequel j’ai été choisi parmi une flopée d’artistes. Je l’ai su tardivement et les formalités pour le voyage en ont rajouté à mon stress. N’eut été ma femme, je serai passé à côté de ce rendez-vous. C’était mon baptême de l’air. J’avais tellement peur. Le jour de mon passage, ma guitare m’a joué un mauvais tour. Je me suis débrouillé avec celle que l’on m’a prêtée. Ma performance s’en est ressentie et j’ai été éliminé à cause d’une fausse note. Cet épisode m’a particulièrement affecté surtout quand j’ai pensé à toutes les personnes qui ont cru en moi », se rappelle-t-il, amer. La pilule a été d’autant plus difficile à avaler qu’un membre du jury, Fally Ipupa, l’a traité de « pleurnichard » quand il a voulu raconter son infortune. Pour la narrer à ceux qui daigneront l’écouter, il sort le morceau « Les chiens aboient » comme pour faire un clin d’œil au célèbre reggae man de la Côte d’Ivoire, terre de sa mésaventure. Le précurseur du reggae à Foundiougne ferme la page et embrasse un immense horizon avec ses promesses de belles mélodies, de rythmes et de vies. Dans cet album à venir, il chante les femmes, des existences difficiles et possibles, exalte des valeurs, confère une acception à sa spiritualité qui va au-delà des petites appartenances. Son message, accoté à la réalité de l’humain, se veut universel. Le langage ésotérique qu’il affectionne n’est qu’une autre « disposition » des mots, une autre expression des sentiments indéfinissables. En cela, il transcende les temps et les espaces. Maha Lahi, à la charnière entre le temporel et le spirituel, suit sa route qui dessert plusieurs univers de saveurs quoique parsemés d’embûches.

Par Alassane Aliou MBAYE

La démarche est peu altière, la voix timide, presque monotone. Mamadou Ndiaye est né à Fambine dans la communauté rurale de Djirnda. Ici, on n’apprend pas à fabriquer des pirogues. Elles peuplent cet univers et dictent aux mômes ses diverses formes. Après avoir cherché fortune dans la pêche, le quinquagénaire se souvient qu’il savait « usiner » ces embarcations légères. En 2000, il investit le créneau et trouve en Foundiougne une terre d’accueil de choix. La pêche y est la principale activité. Dans son « atelier » de fortune, une tente toisant une large étendue d’eau, s’abritent deux imposantes pirogues que Mamadou Ndiaye fabrique seul. « Je n’ai pas d’apprenti pour me seconder dans le travail », confie-t-il en pointant son index malmené par le bois, la scie, la perceuse et autres matériels obsolètes… vers deux ouvrages.

Le coût de réalisation de celui de sept mètres est de 300.000 FCfa. Il en faut presque quatre fois plus pour réaliser une œuvre de 15 mètres. « Malheureusement, travaillant seul, je perds beaucoup de temps à en achever une. Il arrive que cela dure quatre mois ou une année. En sus, je ne dispose pas de suffisamment de moyens pour acheter des outils plus performants.
Parfois, c’est le client qui ne dispose pas de fonds nécessaires à la fabrication. Je suis alors obligé de suivre sa cadence », regrette celui dont les deux frères exercent également le métier de charpentier. Espère-t-il juste que la modernisation des pirogues artisanales annoncée avec la création de celles en fibres de verre ne les privera pas de cette source de revenus qui est un symbole de la transmission des savoir-faire dans son patelin.

Par Alassane Aliou MBAYE

Le tourisme dans le Delta du Saloum a fait naître des vocations dans cette zone qui regorge d’atouts impressionnants. Mamadou Dieng, un des fils du terroir, a choisi d’embrasser le métier de guide touristique avant d’opter plus tard pour l’ornithologie. Après plus de vingt ans de carrière, il garde toujours la même passion de son métier qui lui a presque tout donné.

Être guide touristique ne s’improvise pas. C’est un métier qui demande une formation et une grande culture générale. Mais on peut aussi devenir guide par passion. Et Mamadou Dieng, à force de côtoyer le milieu touristique, en a attrapé le virus. C’était vers le début des années 1980. À l’époque, il allait monnayer sa sueur dans les bars et restaurants de la localité pour soutenir sa famille et acheter des fournitures pour ses frères et sœurs. Puis, la passion ne l’a plus lâché.

« J’ai aimé cette expérience qui m’a permis de connaître beaucoup de gens et de bien maîtriser la culture de la localité ». Mamadou Dieng, qui a décidé de se jeter dans la mare, a laissé tomber ses études pour faire une formation de guide. Au début, il travaillait dans un établissement hôtelier, mais le guide étant à la merci de la demande, Mamadou Dieng qui connaît tous les coins et recoins de la zone a préféré être autonome et travailler en free-lance. Ce métier, reconnait-il, est très exigeant.

« Depuis des années, je passe mon temps à accompagner des touristes et à les assister au cours d’excursions ou de randonnées au niveau des sites naturels, à leur fournir les informations à caractère naturel, historique, géographique, économique ou social sur les localités visitées. C’est un travail qui nécessite des heures de travail, beaucoup de déplacements et exigeant parfois de travailler à tout temps, mais quand on est passionné, on ne s’arrête jamais », fait-il savoir.

Et chaque saison, Mamadou Dieng se donne à fond pour donner raison aux visiteurs d’avoir choisi la destination Sine Saloum pour découvrir ses merveilles naturelles incommensurables. Avec le temps, il est devenu un acteur incontournable du secteur. Et il continue de faire affaire avec beaucoup d’établissements hôteliers qui font souvent appel à ses services. Selon lui, un bon guide touristique doit avoir une oreille très attentive et une bonne compréhension des demandes de sa clientèle. La connaissance de la localité, de son histoire et de sa culture est aussi nécessaire, précise-t-il.

Le travail de guide étant saisonnier, Mamadou Dieng s’est trouvé une autre occupation pour meubler son emploi du temps et avoir d’autres sources de revenus. Depuis quelques années, il combine sa passion avec son travail de restaurateur. « Avant, j’avais investi dans la quincaillerie parce que la demande en matériaux de construction devenait très forte. Mais avec la construction du Centre d’interprétation de Toubacouta et les infrastructures connexes, je me suis dit, pourquoi ne pas investir dans la restauration. C’est ce que j’ai fait et aujourd’hui, je ne le regrette pas », indique-t-il. Son restaurant ne désemplit pas et le guide qu’il est a même créé des emplois.

Formation les guides touristiques
Avec l’industrie touristique qui se modernise de plus en plus, le guide a besoin d’être mieux encadré, soutient-il. C’est ainsi que le Conseil régional de Fatick a jugé opportun de former les guides touristiques de toute la zone pour les doter des bonnes pratiques et aussi d’améliorer la qualité de leurs prestations. Et Mamadou Dieng a opté pour l’ornithologie. « Le fait qu’il n’y ait pas d’ornithologue dans la zone m’a poussé à opter pour cette branche. Je me suis donc spécialisé dans l’étude des oiseaux, l’analyse de leur comportement, le rôle et leur évolution au sein d’écosystèmes ».

Cette option, dit-il, lui a permis d’élargir sa clientèle et de profiter davantage de son activité. À son avis, ce métier nécessite de la patience, mais surtout une passion. C’est ce qui fait, selon lui, que les ornithologues ne sont pas très peu nombreux à Toubacouta. « Nous sommes 12 guides à Toubacouta, dont deux ornithologues, et des années de travail m’ont permis de réaliser mon rêve. C’est un métier très payant. Si on a quelques clients, on est peinard. Et quand on tombe sur des touristes nobles, aisés, ils paient très bien », indique-t-il.

Pour Mamadou Dieng âgé aujourd’hui de la cinquantaine, le métier de guide est le plus beau métier de l’industrie touristique. « Tout le patrimoine que j’ai aujourd’hui, c’est le métier qui me l’a donné. Grâce à mon travail de guide, j’ai acheté un véhicule, construit ma maison et je cultive mon champ. Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seule seconde », fait-il savoir.
Aujourd’hui, fait remarquer M. Dieng, on ne peut pas parler de tourisme, sans parler de guide. « C’est lui qui détient les clés d’une destination. Et il est grand temps de donner à ce métier ses lettres de noblesse ». Et comme bon nombre de ses collègues, il attend toujours que sa licence lui soit délivrée pour pouvoir exercer librement sa profession.

Par Samba Oumar FALL

Enfant, on a tous un rêve. Mais une fois devenu adulte, il arrive de changer de trajectoire. Morane Sall qui ambitionnait de devenir aviateur s’est retrouvé ingénieur informaticien. Et ce jeune ambitieux veut transmettre son virus en mettant en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies à Mbour, au Sénégal et dans la sous-région.

De l’école des garçons de Foundiougne à l’École supérieure de commerce et d’informatique (Esti) de Casablanca, le jeune Morane Sall a parcouru du chemin. Pour devenir ingénieur en informatique. Pourtant, l’ancien camarade de classe du président Macky Sall à l’élémentaire, dans la classe de monsieur Demba Diop, ne se voyait pas informaticien. Comme beaucoup de gamins, il ambitionnait de piloter avions et hélicoptères ou d’être médecin pour sauver des vies. Mais le destin en a décidé autrement. Suite au départ à la retraite de son père qui travaillait et logeait à la préfecture de Foundiougne, le jeune Morane Sall débarque à Mbour avec sa famille et élit domicile au quartier Thiocé-est. Après son cursus secondaire au lycée Malick Sy de Thiès où il décroche son baccalauréat, il est orienté à la faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec comme option, la physique et la chimie.

Mais le jeune Morane va très vite changer de trajectoire avec l’ouverture au département de mathématiques de la licence en informatique. Il s’intéresse de plus en plus à ce domaine. « C’est en développant mes premiers programmes en langage PASCAL que j’ai été piqué par le virus de l’informatique. C’est alors qu’avec la session unique de 1993, j’ai décidé de trouver une inscription dans une école d’ingénieur au Maroc pour tenter ma chance », explique-t-il.

C’est ainsi qu’en 1993, il atterrit à Casablanca et intègre l’Esci et suit pendant trois ans une formation d’ingénieur, option Réseaux et Télécoms. Une fois son diplôme en poche, il décroche son premier emploi à la Société Telesystems de Casablanca après avoir bouclé un stage de fin de cycle sur le thème : « Mise en œuvre des configurations pour la connexion Internet ». Alors qu’il avait la possibilité de s’épanouir pleinement au Maroc, Morane Sall choisit rentrer au bercail et se mettre au service de sa nation. L’ingénieur informaticien a mis son expertise au service de plusieurs entreprises. Aujourd’hui, Morane Sall est le responsable informatique de l’Agence de développement municipal (Adm). « Je suis arrivé à l’Adm en 2014 comme consultant individuel pour l’accompagnement de l’agence à la mise en œuvre de la sécurité informatique. À la suite de cette mission, j’en ai fait une autre pour la gestion du réseau informatique. Par la suite, après la validation du poste de Responsable informatique par l’Assemblée générale de l’Adm, mon recrutement a été effectué après un appel à candidature », renseigne-t-il.

Travailler avec les jeunes et les femmes
Sa contribution dans le développement de Mbour ? « Je peux le mesurer par les actions que j’ai menées pour l’épanouissement de la jeunesse, mais également l’autonomisation des femmes et la recherche de financements », indique-t-il.

Pour mieux concrétiser ses ambitions pour sa ville, Morane Sall qui se dit marqué par ses retrouvailles avec le Président Macky Sall à la faculté des sciences après plusieurs années de séparations a embrassé la politique. « Je suis venu naturellement à la politique, compte tenu de mon environnement familial. Mon ambition, c’est d’être dans des positions me permettant de mieux participer au développement de Mbour et à l’émergence du Sénégal », fait-il savoir.

Des projets, Morane Sall en a à la pelle. « Je veux mettre en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies dans la Petite Côte, mais aussi au Sénégal et dans la sous-région. J’ambitionne également de travailler avec les jeunes et les femmes pour la maîtrise de l’élaboration de projets, leurs financements et leur mise en œuvre ». Au niveau national, Morane Sall compte bien travailler à la mise en œuvre et à la réussite du Pse et de la deuxième phase de l’Acte 3 de la décentralisation par la mise en place de territoires solidaires, résilients et connectés.

Par Samba Oumar FALL

Originaire de Soum, une nouvelle commune difficile à placer sur la carte du Sénégal, Abibou Ngom fait partie de cette catégorie de jeunes qui ont réussi, malgré les rigueurs et les vicissitudes de la vie, à prendre leur destin en main. Recruté comme volontaire de l’éducation, son ambition, loin d’être démesurée, l’a amené à se battre pour devenir, bien des années plus tard, administrateur civil. Actuel chef des Services administratifs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), ex-Institut français d’Afrique noire, cet enfant du Loog veut être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de son Soum natal.

Comme beaucoup de jeunes Sénégalais, Abibou Ngom a toujours rêvé de devenir un cadre pour contribuer au développement de son terroir et sortir les siens de la routine quotidienne. Son rêve s’est réalisé au prix de beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Issu de Soum, une localité très enclavée, perdue dans le département de Foundiougne, et dans laquelle toutes les commodités n’étaient pas réunies, Abibou Ngom qui a toujours cru en son étoile, s’est battu pour se frayer un passage sur le long chemin de la réussite.

La plus grande partie de son cursus scolaire, a été faite entre Soum, Foundiougne et Fatick. Après le baccalauréat littéraire (A3) obtenu en 1995, au lycée Coumba Ndoffene Diouf de Fatick, l’ancien pensionnaire de l’école publique mixte de Soum devenue école Babacar Ndéné Diop, rejoint l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) où il obtient une licence en histoire en 1998. La même année, il est recruté comme volontaire de l’éducation. La détermination en bandoulière, des perspectives vont s’ouvrir pour l’enfant du Loog qui réussit, en 2000, au concours d’entrée à l’École normale supérieure (Ens). Il sort major à l’examen du certificat d’aptitude à l’enseignement moyen en Histoire et géographie et soutient un mémoire de maîtrise en histoire la même année. Professeur d’histoire et de géographie au lycée de Bambey de 2001 à 2006, il est ensuite mis en position de stage en 2007 pour l’obtention du certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire à la Fastef (ex-Ens). Abibou Ngom qui a pris goût à la réussite passe la même année au concours de l’École nationale d’administration (Ena). Il est même major au concours d’entrée de la section administration générale centrale et territoriale.

Aujourd’hui, Abibou Ngom est le chef des services administratifs de l’Ifan et se la joue modeste. « C’est un poste administratif comme les autres, mais je dois signaler que j’ai d’illustres prédécesseurs à ce poste. Il s’agit, entre autres, de Mahady Diallo et Nafy Ngom Keita devenus des Inspecteurs généraux d’État », indique-t-il.

Passionné d’histoire et de recherches, Abibou Ngom l’a toujours été, lui qui est allé jusqu’à consacrer son mémoire à Soum. « Pour mieux s’investir dans sa localité, il faut d’abord la connaître et la faire connaître aux personnes qui peuvent être amenées à y mener des activités. Ce mémoire est un travail de recherche dont l’objectif est de mettre à la disposition de tous les acteurs du développement et des décideurs des outils pour éclairer leurs décisions », indique-t-il. Abibou Ngom ne s’est pas arrêté là. Il a publié un livre intitulé : « L’autorité administrative face aux conflits à caractère religieux : le cas de Soum ». Cet ouvrage traite de la complexité des conflits à caractère religieux qui, selon l’auteur, constituent des menaces à l’ordre public et à la cohésion sociale. Et il envisage de publier un autre livre sur l’histoire générale de la commune de Soum. « Les éléments de base étant déjà disponibles, il me reste juste de les mettre en cohérence. L’objectif est de contribuer à une meilleure connaissance de la localité, car je suis convaincu que les terroirs méritent une grande attention par rapport aux actes que l’on pose, aux décisions que l’on pourrait prendre », soutient-il.

Comme Babacar Ndéné Diop, qui a rendu énormément de services à la population de Soum en menant des démarches pour l’édification d’une école dans son village d’alors, Abibou Ngom souhaite, lui aussi, apporter sa contribution au développement de sa localité. Et il compte bien s’investir et y investir. Mieux, il s’est engagé à être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de sa chère commune.

Abibou Ngom qui n’a jamais renié ses origines, entrevoit un avenir radieux pour sa localité dont le développement est, dit-il, freiné par son enclavement. « Avec le port de Foundiougne et les deux bateaux, Aguene et Diambogne, qui vont assurer la liaison Ziguinchor-Foundiougne, le pont de Foundiougne qui doit relier les deux rives du Saloum et la piste de production que constitue la boucle du Loog qui finira par être bitumée, de grands espoirs sont permis », assure-t-il. « Même le pétrole est au large de nos côtes. Je pense sincèrement que nous avons devant nous un avenir radieux. Toutefois, la question de l’approvisionnement en eau potable doit être rapidement réglée. C’est une urgence capitale ». La solution passe, selon lui, par le transfèrement d’eau. Il a ainsi invité l’État à prendre des mesures urgentes dans ce sens pour être prévenant.

Samba Oumar FALL

Son visage a traversé le temps. Cela fait déjà bientôt seize ans qu’il est présent sur la scène pour défendre les droits des travailleurs. Il est ce qu’on pourrait appeler un « avocat » sans robe noire.

En cette après-midi de mardi, Mody Guiro nous a conviés à son bureau sis au siège de la Cnts. A l’entrée, un homme au teint clair, taille moyenne habillé d’un boubou jaune, nous attend. Sa voix est limpide, mais à peine audible. Chose rarissime, Mody fait partie de ces syndicalistes qui ne s’expriment pas en élevant le ton. L’essentiel est de se faire comprendre par son interlocuteur et cela quel que soit l’enjeu, relève-t-il. Mody Guiro est né le 17 novembre 1951 à Kayes au Mali. Il a connu une enfance assez mouvementée dans le sens où son père, garde républicain, était souvent affecté à travers les différentes contrées du Sénégal. Son boulot consiste à défendre la cause des travailleurs afin de les inscrire dans une perspective de respect de leurs droits. Cette approche ne lui interdit point d’appeler également ces mêmes travailleurs à s’acquitter de leurs devoirs. Mody Guiro est le secrétaire national de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) depuis 2001.

Il a grandi à Kaolack où il a effectué ses études primaires. Dans le cadre de son travail, son père a été affecté à Gossas ou encore à Kédougou, deux endroits où le petit Mody a passé le plus clair de son enfance. Il a fait ses études secondaires au Lycée technique André Peytavin. Les déplacements de son père au gré des affections lui seront par la suite très utiles. En effet, il se rappelle avoir, à partir de cette approche, noué une certaine relation avec les différentes populations sénégalaises; ce qui lui sera par la suite très utile. Cet accès tôt établi lui a permis de mieux vivre avec les gens et surtout de comprendre leur démarche.

Côté étude, il est titulaire d’un CAP électricien. Son père n’ayant pas les moyens de financer ses études, il décide, très jeune, d’intégrer le marché de l’emploi. Il est alors recruté dans une importante société pétrolière de la place. Cette dernière va l’envoyer en France. Il étudie d’abord à l’Institut Français du Pétrole. Nous sommes en 1974. Puis, il se rend à Pau à la Société Nationale des Pétroles Aquitaine. De retour au Sénégal, il travaille comme technicien, électro-pneumaticien spécialisé en contrôle atomicien. Ensuite, il quitte cette entreprise pour aller travailler à l’institut des mines de Taïba. Il y va que comme contre-maître, instrumentiste. C’est là qu’il sera justement piqué par le « virus syndical ». Sur place, il trouve, dit-il, « beaucoup d’expatriés qui contrôlaient essentiellement l’entreprise. Ces gens avaient fini d’installer un climat fait d’exploitations. Les travailleurs étaient lésés dans bien des domaines ». Cette situation le pousse à rejoindre les rangs dans le but de mener « des combats de principe ». Sur place, un embryon de résistance s’était déjà naturellement formé et le jeune Guiro ne se fait point prier « pour plonger», en vue de renforcer l’équipe contestataire.

La formation, un pilier essentiel du syndicalisme
Un engagement qui ne sera pas dénué de risques, se souvient-il. Il souligne qu’en face, les dirigeants de l’entreprise ne restent pas les bras croisés. Mody Guiro ne se laisse pour autant guère impressionner. Son passé de « militant communiste » lui sera d’utilité, se rappelle-t-il. « J’avais déjà eu par le passé à me frotter à d’autres, ce ne sont pas ces gens-là qui allaient me faire abandonner, d’autant que je m’engageais pour une cause juste et noble », tranche-t-il.

A la lumière de ce qu’ils ont trouvé sur place, ils décident, avec d’autres collègues, de changer les responsables de l’instance syndicale. Le premier combat ne sera pas de tout repos, se souvient-il, d’autant plus que le dirigeant de la société avait quelques connaissances au plus haut sommet de l’Etat. Un homme relativement puisant donc. Chemin faisant, ils informent le Secrétaire général de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) de l’époque, feu Madia Diop, qui avait déjà mené des combats similaires pour le renouveau syndical. « Nous avons fait le déplacement à Dakar pour rencontrer Madia Diop et lui faire part de la situation qui prévalait au sein de notre entreprise », souligne-t-il. Sur place, ils ont retenu la convocation d’une séance extraordinaire de renouvellement des bases. C’est ainsi que 1400 travailleurs ont été conviés. Tous ont chacun déboursé de leur poche 1200 F. Le renouvellement des instances intervient de fait. Il est intégré dans le bureau au poste d’adjoint et, six mois plus plus tard, il est nommé délégué. Ensuite, il sera nommé secrétaire régional de l’Union des syndicats de Thiès. A tour de rôle, il va échelonner les postes avant de devenir secrétaire au niveau national. Toutes ces étapes ont été franchies avec un encadrement basé sur une formation et une éducation syndicale sur tous les plans. Il a ainsi été à tour de rôle formé en économie politique, droit du travail, santé et sécurité. « La confédération avait à l’époque un programme d’éducation et de formation en partenariat avec des instituts établis dans d’autres pays, notamment le syndicat français. Plusieurs leaders syndicaux de la Cnts sont passés par là, afin d’être formés dans plusieurs domaines. Ceci leur permettait de maîtriser la structuration et le système de fonctionnement des relations professionnelles », se souvient-il. La formation était un pilier essentiel pour ceux qui aspiraient à défendre les intérêts des travailleurs. C’est dans ce cadre que Guiro, à l’image d’autres collègues, visite plusieurs pays. Ce qui lui permet de s’enquérir de ce qui se passait dans les pays de l’Est, notamment à Moscou et en Tekoslovaquie. Là, il découvre combien le mouvement syndical était ancré sur des règles bien établies. Cette même approche de formation va le mener jusque dans les pays asiatiques, notamment au Japon et en Chine. « Madia Diop voulait qu’en tant que jeune syndicaliste, nous sachions ce qui se faisait ailleurs », affirme-t-il. Dans ce même cadre de cursus syndical, il se rend aux USA. Il apprend à se familiariser avec les mécanismes de l’organisation internationale du travail. Il dit y avoir très tôt appris à servir dans la discipline et la rigueur. Dans cette même trajectoire, il sera membre du Conseil économique et social au Sénégal, du Cena et président de conseil d’administration.

Il se rappelle avoir été un enfant fougueux. Aujourd’hui, encore les séquelles sont restées malgré le temps qui passe. Il se définit comme « un homme véritablement nerveux ». Il essaye quand même de maîtriser cette nervosité en contrôlant ses émotions. Toutefois, souligne-t-il, cette nervosité peut être exprimée dans des circonstances particulières. « Dans les négociations antérieures, feu Madia Diop était souvent celui qui tempérait, il faisais monter la pression dès lors que l’interlocuteur refusait de se plier en faisant quelques concessions », se rappelle-t-il. Aux jeunes qui veulent un jour intégrer le mouvement syndical, il demande d’aller se former. Toutefois, reconnaît-il, à l’époque il était plus facile de bénéficier de formations. La crise économique n’en était pas aussi vivace. Il invite responsables et délégués syndicaux à davantage s’outiller. Il informe que cette approche permet d’avoir un syndicat fort et en mesure de relever les défis. Au vue des différents cursus des leaders syndicaux, il a l’impression de voir plusieurs d’entre eux bruler les étapes. Les procédures ne sont pas à la portée de tous. Elles requièrent un minimum de connaissances pour pouvoir valablement s’y imprégner. La négociation ne s’improvise pas, elle s’apprend, dit-il.

Madia, le maître
Dans sa trajectoire de syndicaliste, un homme a joué un rôle déterminant : il s’agit de Madia Diop. « Madia était un grand leader. Il a eu à vivre plusieurs expériences politique et économique qui seront déterminantes dans l’histoire du pays. Bien qu’il était politique (il était membre du Parti socialiste), Madia Diop est resté syndicaliste jusqu’à sa mort. A titre d’exemple, des travailleurs ont été plus d’une fois iniquités pour leur appartenance politique et, bien qu’il était militant du parti au pouvoir, Madia Diop a vigoureusement combattu pour eux, au nom de la liberté syndicale », témoigne-t-il sur un homme qui l’aura beaucoup marqué. Mody Guiro ne fait pas partie des syndicalistes qui pensent qu’Etat et syndicat doivent se regarder en chien de faïence.

Au contraire, « l’Etat est le régulateur des activités économiques. Le gouvernement, bien qu’étant employeur, est aussi responsable de la politique nationale », souligne-t-il. Cette situation doit amener les uns et les autres à asseoir un bon climat d’échanges qui seraient fructueux pour les uns et les autres. D’ailleurs, précise t-il, le temps que nous passons dans le secteur privé est plus important que celui passé avec le gouvernement. Il n’est pas également permis à tous les syndicats de pouvoir négocier avec l’Etat car il y a des critères d’approche et de sélection pour cela. Parmi ces critères figurent la représentativité syndicale. Il y a des éléments de mesure spécifiques qui veillent à cela, estime-t-il. Mody Guiro envisage-t-il de faire de la politique ? « Je pense qu’en tant que citoyen nous avons le droit d’avoir des opinions politiques. En ce qui me concerne, si je devrais faire de la politique, je vais d’abord me départir de ma fonction syndicale », relève-t-il.

Par Oumar BA

En l’absence de perspective d’emplois à Missirah, Mme Siga Diouf Fall s’est tournée vers le mareyage, activité qu’exercent beaucoup de femmes dans ce village de pêcheurs situé à 12 km de Toubacouta. Cette bonne dame affiche sa fierté d’avoir intégré ce métier et, aujourd’hui, elle n’est obsédée que par le poisson qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Au lieu de s’adonner à la transformation des produits qui occupent la majorité des femmes de Missirah regroupées au sein d’une union locale, Mme Siga Diouf Fall a choisi la voie du mareyage. Sa passion pour ce métier, elle la raconte avec émotion. Selon elle, tout a commencé avec le décès de son premier époux. « Après mon veuvage, je suis restée trois années de suite à ne rien faire. J’avais trois enfants, dont deux garçons et une fille, que je devais nourrir », explique-t-elle. Cette période, elle l’a vécu difficilement. Jusqu’à ce que sa sœur qui s’active, elle aussi, dans le secteur, lui conseille de se lancer dans le mareyage. C’était en 2010. « Elle me procure une caisse et me prête un petit fonds de roulement pour me permettre de démarrer. Ensemble, nous nous rendons au ponton et elle me met en rapport avec les piroguiers auprès de qui j’ai commencé à acheter les poissons que j’acheminais ensuite vers le marché », indique-t-elle.

Ainsi, lancée dans l’activité de mareyage, Siga Diouf Fall découvre une nouvelle vie. Difficile au début, mais au fur et à mesure, elle a fini par s’adapter et l’habitude aidant, elle fait la connaissance d’acteurs travaillant dans le secteur de la pêche.

« Ce n’est pas bien facile en tant que femme de se lancer dans une telle activité qui naguère était beaucoup plus adaptée aux hommes. Cela demande beaucoup de courage, d’efforts. C’est tout un processus allant de l’achat de produits jusqu’à la vente en passant par la mise en caisse et la conservation avec de la glace qu’il faut toujours avoir à côté au risque de voir les produits pourrir ».

Pour autant, Mme Fall n’a jamais montré des signes de découragement, sa sœur étant à ses côtés pour mieux la pousser à persévérer. « Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu de m’avoir donné les forces de surmonter autant de difficultés après le décès de mon défunt mari et le soutien de ma sœur que je remercie d’avoir eu l’idée de m’encourager à me lancer dans le mareyage », souligne-t-elle.

À 35 ans, Siga Diouf Fall se dit « obsédée » par cette activité devenue, pour elle, une chance saisie pour se reconvertir et nourrir sa progéniture, même si, reconnait-elle, ça n’a pas été bien facile au début. Dans son nouveau métier, la chance lui a souri à nouveau. Elle a rencontré un homme et convolé avec lui.

« Mon actuel mari évolue aussi dans le milieu. Je l’ai rencontré pour la première fois au ponton de Missirah. C’est ce qui m’a encore davantage encouragé à m’investir dans cette activité. Je me suis alors organisée dans la commercialisation en convoyant des produits dans les marchés de Sokone et de Karang deux fois par semaine, mais aussi dans les autres marchés hebdomadaires comme Passy », explique t-elle.

Tous les soirs, jusqu’à des heures avancées de la nuit, le ponton de Missirah regorge de monde dont une majorité de femmes qui s’activent pour gagner dignement leur vie. Des destins s’y nouent et comme Siga Diouf Fall, beaucoup de femmes, bercées par la brise et l’odeur du poisson, s’y sont construit une nouvelle vie qu’elles croquent à belles dents.

M. SAGNE et S. O. FALL (photo : N. S. SAMB)

L’apparence est trompeuse, dit l’adage. Maël Thiam, premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) en est peut-être une illustration. Derrière le discours politique de l’administrateur de l’Alliance pour la République (Apr), se cache un homme au parcours atypique. Découverte !

Au fil des ans, l’homme s’est forgé une carrière et une réputation honorable dans le microcosme des affaires. D’autant qu’il a eu à entreprendre dans divers domaines. Il est donc avant tout un commercial dans l’âme. Justement, les hommes d’affaires trainent la bonne réputation d’être à cheval sur le temps. Ne dit-on pas que le temps c’est de l’argent ? Seulement, entre le monde des affaires et celui de la politique, il suffit de franchir un pas. Ce pas, Maël Thaim l’a bien franchi. Pour autant, ses rendez-vous ne sont pas minutés. Il a fallu attendre plus que le temps convenu, pour enfin lui mettre la main dessus, « retenu » qu’il était, par d’exigeants camarades de parti. Faute de frappe, habitude….allez savoir ! Courtois, mais ferme, il nous conduit doucement, après avoir pris connaissance de notre identité, vers son bureau sis à la Vdn, plus exactement au siège du parti Alliance pour la République (Apr). C’est que Maël Thiam est l’administrateur du parti au pouvoir. Il est également premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Ce mercredi, il est habillé en boubou traditionnel aux couleurs de son parti. Pure coïncidence ?

Maël Thaim est né en 1962 à Louga. Il y passe une petite partie de son enfance. Nous sommes en 1964 lorsque sa famille déménage à Pikine, soit deux ans après sa naissance. C’est à Pikine qu’il fera tout son cursus primaire. A tour de rôle, il va habiter dans différents quartiers de la banlieue dakaroise, d’abord Thiaroye ensuite à Guinaw Rail. En classe de Cm2, le jeune Maël se présente au concours, pour intégrer le prytanée militaire. Il le réussit et y effectuera tout son parcours secondaire, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, dans cette prestigieuse école où les plus doués étaient sélectionnés, pour y recevoir un enseignement de qualité, doublé de la rigueur militaire. Cette approche en dit long. En effet, il rappelle n’être jamais sorti du lot des premiers en classe. « La raison est la chose la mieux partagée et l’intelligence n’a pas de frontières », dit-il, mettant en touche ce préjugé qui voudrait que les meilleurs soient issus ailleurs, qu’en banlieue. Au prytanée militaire déjà, il se souvient avoir très tôt développé un leadership naturel. Alors qu’il était en classe de troisième secondaire, le petit Maël se voit confier « l’honorable tâche » de coordonner les activités scolaires, d’ordre sportif ou culturel. Dans ce cadre, il était également chargé de diriger même les élèves de terminale, qui se trouvent être ses aînés.

«Au prytanée militaire, les élèves sont soumis à un régime stricte. Ce qui installe un climat de rigueur et d’organisation, où tout est minutieusement calculé. Tout le monde était tenu de se conformer au règlement et à la hiérarchie. En plus des cours classiques, les élèves suivaient une formation militaire : manipulation des armes avec le montage et le démontage, du tir, la topographie, le combat. Tout ceci était évalué dans le cadre d’examen », se rappelle-t-il. Cette approche militaire va forcement faire naître des tentations. Il se rappelle ainsi avoir, en un moment voulu, s’engager comme militaire dans l’armée de l’air. Ce vœu ne s’est malheureusement pas réalisé.

Un footballeur passionné
Maël est un homme multifacettes. Il fut un footballeur passionné du ballon rond. Cet amour l’amènera notamment à jouer aux Navétanes à Pikine. Après l’obtention de son baccalauréat en série C (S1) avec mention Bien, il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Toutefois, précise-t-il, l’Ucad n’a jamais figuré parmi ses plans d’études supérieures. D’ailleurs, se rappelle-t-il, il avait passé un concours pour aller boucler ses études en Allemagne. Concours, qu’il dit avoir réussi avec brio. Et curieusement, lorsqu’il a fallu recevoir la bourse, son nom ne figurait plus sur la liste définitive. Il va à la place « sans en avoir fait la demande gratuitement recevoir une bourse à l’Université de Dakar ». Il choisit la filière Médecine-Pharmacie. Il suivra des cours deux ans durant à l’Ucad. Ensuite, il se rend en France. Pour la petite histoire, c’est feu le Khalife général des Tidianes Serigne Mansour Sy Borom Darra-Ji qui va lui payer son billet, pour le voyage en France. Il se chargera également de son hébergement une fois sur place. Là, le jeune Maël suit des études en Sciences économiques jusqu’au troisième cycle. Après les études, il ouvre son propre cabinet. Au passage, il s’adonnera régulièrement au football, en première série. Ce qui lui permettra de gagner quelques revenus dans sa passion. Ensuite, il passe l’examen du diplôme d’entraîneur. M. Maël Thiam dispose, en effet, du diplôme de reconnaissance d’entraîneur délivré par la Fédération française de football (Fff). D’ailleurs, il sera entraîneur de l’As Durban. Il se rappelle avoir, dans ce cadre, joué contre Marseille, St Étienne, Monaco. Il sera ensuite désigné comme sélectionneur du Sporting Lyonnais dans le cadre d’un tournoi international à Orléans. Il sera, par la suite, coopter par un autre club comme entraîneur général et qui avait l’ambition de monter en division supérieure. En même temps, il avait un cabinet de consultance en finance, un restaurant et un institut de beauté. Par ailleurs, il était membre de Sos racisme, responsable de la commission Anti Le Pen. Il se rappelle que ce poste lui a valu beaucoup de débats télévisés en France. Fodé Sylla viendra plus tard. Des moments d’âpres luttes qui ont laissé des séquelles, mêmes physiques, précise-t-il.

Le retour au bercail
Dans le cabinet où il était associé avec un certain François Le Roux, ancien banquier du Crédit agricole, ensemble, ils vendront beaucoup de produits financiers tels que la loi Malraux, la loi Ponce ou la loi Menuri, se souvient-il. En 1998, il décide de revenir au Sénégal. Les autorités de l’époque lui demandent alors de réfléchir sur la reconversion des anciens militaires. Il va, dans ce cadre, rédiger un programme qui était ancré dans une nouvelle association, à l’effet d’intégrer les jeunes qui ont fait deux ans dans l’armée, avant de se retrouver dans le civil. Le programme va d’ailleurs être muté en société.

En 2000, Me Abdoulaye Wade est élu président de la République du Sénégal. Ce dernier lui demande, dit-il, en présence de Sidy Kounta et d’Idrissa Seck, de « l’aider à démanteler le Parti socialiste qui venait tout juste de perdre le pouvoir ». Il refuse la mission consistant à ruiner le Ps, parce que, dit-il, il n’a jamais été membre de ce parti, donc n’ayant pas suffisamment d’arguments pour le détruire. En plus de cette mission, d’autres lui seront confiées, parmi celle-ci « travailler sur l’image du président de la République nouvellement élu ». La rupture est intervenue lorsque, dit-il, Me Abdoulaye Wade, une fois au pouvoir, lui demanda d’adhérer complètement au Pds. Ce qu’il refusa.

Alors, il ira au Burkina pour y développer ses activités professionnelles. Sur place, il trouve un pays essentiellement tourné vers la culture bureaucratique. « A l’époque, il n’y avait pas 2.000 entreprises au Burkina. Il fallait mettre en place une stratégie pour booster l’entreprenariat », souligne-t-il. Il mettra au point un institut de formation professionnelle en entreprenariat au Burkina. Titillé très tôt par « la volonté d’être différent », il va très vite taper dans l’œil de ses camardes de parti. « Maël est un sanguin qui peut suffoquer de colères quand on le pousse à bout. Mais, c’est aussi un affectif qui sait communiquer avec tout un chacun. Il a cette capacité d’écoute qui lui a permis de conquérir la sympathie d’une multitude de personnes. C’est un cadet qui sait se comporter en grand frère, quand il s’agit de prodiguer des conseils et autres », témoigne un de ses camardes de parti qui préfère garder l’anonymat. C’est en décembre 2008, sur demande de l’homme d’affaires Harouna Dia, qu’il décide de venir soutenir le candidat Macky Sall. Ce compagnonnage les mènera jusqu’à la conquête du pouvoir. Aujourd’hui encore, c’est lui l’administrateur de l’Apr.

Par Oumar BA

Il se définit comme la « bouche de l’Afrique ». Une bouche qui, à l’aide de ses deux mains, est au service de la tradition orale écrite. Ecrivain, conteur et poète, cet homme de lettes compte à son nom plusieurs pièces de théâtre. Entre l’oralité et l’écriture, ce traditionniste se complaint dans le fonctionnement technique des traditions bien qu’il porte la langue française, une de ses passions.

Le soleil qui s’est retiré du côté de la Corniche Ouest laissant la place à un clair-obscur aux lueurs crépusculaires rosâtres. Au même moment, l’écrivain s’est isolé au centre culturel Blaise Senghor, l’univers de production et de conception de ses textes. Structure d’animation et de production culturelle, quand il y est, il oublie le temps, les lourdeurs de ses responsabilités mais aussi ses angoisses et détresses, a-t-il fait savoir. Cette vitrine culturelle est également le lieu de ses rendez-vous. Secrétaire général de l’Association des conteurs du Sénégal dont le siège y est logé, il y organise ses spectacles. D’ailleurs, dans quinze jours, l’enfant de Cocci sera encore sur scène pour quelques prestations.

Seul devant une table, dans une confusion de bruits émanant des baffles, des « Jimbés » sur lesquels tapent des mains d’individus aux doigts agiles avec des regards jetés dans le vide, on le distingue parmi une pléthore d’individus par son écharpe dont il ne se sépare presque pas. Au-delà d’une bande d’étoffe mystique qui n’est point un accessoire qu’est-ce qui se cache derrière ? De l’art et de l’esthétique, selon l’homme de lettres qui en fait également une signature. Fonctionnelle dans ses prestations, chacune parmi elles le lie à quelqu’un ou à un évènement. « Je les conçois selon une dimension et une taille. Elles ont un rapport avec chacune de mes journées et des évènements », renseigne-t-il sur sa bande d’étoffe tricotée puis portée autour de son cou. « A l’occasion de la Francophonie par exemple, j’étais habillé en noir et blanc. Une écharpe blanche sur un habit noir sur lequel du fil blanc. Une représentation du continent qui porte le monde dans sa blancheur. Un contraste qui me permettait d’avoir une bonne introduction », illustre l’écrivain.

Aujourd’hui, moins lourde et en couleur blanche, elle tombe sur le dos vers la gauche et non pas sur la poitrine. Une manière de souhaiter le paradis à un parent décédé.
A travers sa silhouette moyenne, il porte la beauté des costumes traditionnels africains. Une manière d’être utile à son pays en faisant la promotion du consommé local. Un choix vestimentaire qui ne relève guère du hasard. Affecté par le discours d’un blanc qui, dans un boubou, disait être déguisé, il avait considéré l’être à chaque fois qu’il s’était mis dans un costume. Et ce fut un divorce entre lui et ses tenues modernes. « Mais, ce qui m’a poussé vraiment à cesser de mette des costumes relève d’une mésaventure que j’ai eu à l’aéroport de Paris. Au sein de ce dernier, on nous avait demandé d’enlever nos ceintures. En effet, je me suis senti nu car, dans ma culture, on n’enlève pas son « Guénio », conte le Niambour-Niambour. Plus jamais une ceinture à l’Occidentale. Et la manière d’y parvenir était de porter ses tenues bien faites par l’artisanat local.

Entre l’oralité et l’écriture
Né dans le Niambour à la lisière du Cadior et le Baol avec un long séjour dans le Saloum, il manie bien la langue de Kocc. Auprès d’une grand-mère manding qui la parlait à merveille, il a aussi baigné dans une euphorie linguiste où il avait de grands griots à l’instar de Moury Mbaye, El Hadji Mor Mbaye, le géant. En effet, l’enfant de Cocci, un village dans la région de Louga, une ville aux portes du Sahel, enclavée entre la région historique du Djolof à l’Est, le Walo au Nord, le Cayor au sud, avait très tôt le verbe facile. Zone de contact et un point de rencontre de groupes ethniques, il s’est enrichi de ce patrimoine culturel. Il y respire une plénitude qu’aucune notoriété ne peut donner. La récompense de plusieurs décennies de recherches par lesquelles il s’est laissé absorber par les contes, mythes et épopées, des genres dont il se sent serviteur.

Autodidacte dans l’écriture wolof, ce descendant de « sacs à paroles », notamment de Leyti Guissé, historiographe et de Samba Coumba Kalado, l’auteur de l’hymne de Niani, est un vrai défenseur de cette langue locale qui fédère.

Traditionniste comme il se dénomme, il a toujours essayé de comprendre le fonctionnement technique des traditions, leurs valeurs sociologiques et anthropologiques. Ayant fait son doctorat en littérature orale, toutes ses recherches sont axées sur le patrimoine, en particulier sur la tradition orale. Une manière pour ce spécialiste de la sémiotique des danses africaines de partager l’Afrique. En effet, il s’était réinscrit à l’Ucad pour faire son Diplôme d’études approfondies (DEA) en Littérature africaine écrite, un mémoire en littérature comparé et une thèse en littérature orale.

En contact avec le français très tôt par le biais de la lecture, cet homme de lettres qui s’est autoproclamé la bouche de l’Afrique, compte à son nom plusieurs ouvrages d’expression française. Enseignant la littérature française, une de ses passions, il a longtemps porté la langue de Molière.

Rédempteur du conte
Auteur de « Contes et légendes », une émission qui conte l’Afrique et animée depuis dix-sept ans sur la Radio Sénégal internationale, devenue un lieu de rendez-vous avec les adeptes grâce à lui. Le conte survit bien que dans des supports modernes. « En tant qu’art social, le conte a perdu du terrain mais, en tant qu’art artistique ou spectacle, il se porte très bien », s’est-il satisfait. En effet, des contes des cases, il a laissé aux enfants ceux d’une ère nouvelle qui parlent d’ordinateurs, d’internet, ses atouts et ses méfaits entre autres phénomènes de la modernité. De cet esprit est né le « talisman brisé » comme conte radiophonique sur une commande de Radio France internationale, « l’or du sage »… Cependant, que cherche cet écrivain dans ce genre littéraire ancestral ? L’humanité, dit-il. Dans une société dématérialisée où les rapports entre les uns et les autres deviennent matériels avec la fragmentation des liens qui sont plus sur Facebook ou autres supports électroniques, il y met le caractère humain de nos sociétés et y sanctionne des attitudes négatives.

Dramaturge, il est à l’origine des pièces de théâtre comme « les Néons d’ébènes » traitant les incendies de marché publié à Athéna édition et « Sénégalités : paroles africaines » qui aborde la question des mariages entre personnes d’âge différent, le sida et le mariage, la virginité, la question de l’homosexualité dans le cercle des femmes. Selon l’ancien directeur de la compagnie du théâtre Daniel Sorano, un autre intitulé « Sacrée jumelle » est en cours de conception. Un coup de projecteur sur l’Albinisme qui sera bientôt édité.

Au pilier de la culture
D’un père infirmier chef de poste et en même temps comédien qui était au centre des activités culturelles à Thiamène où il était affecté, il avait hérité de la fibre de cet homme de culture. Ainsi, il a baigné dans l’Univers des « Simbs » (carnaval de faux lions) et du « Taxuran ». Président du bureau fédéral des foyers ruraux Cocci, Sakal, Ngéoul Darou Mousti, à dix-huit ans, il a été à la tête des mouvements associatives. Entraîneur pendant dix ans de l’équipe de foot de Cocci, à Louga Montagne, un quartier omnisport, lieu de concentration des meilleurs basketteurs, handballeurs et footballeurs de la ville, il s’imprégna lui-même de tous ces sports. Une pension qui, aujourd’hui, se résume à aller à la plage et regarder les gens jouer au football. Grand admiratif des grands records de Federer, de la constance de Nadal mais de l’humanisme des sœurs Williams, il prône un sport plus humain.

Marame Coumba SECK

La vie est parfois simple. Sidi Diop, un homme d’approche ordinaire, a pourtant participé à la restauration d’un grand édifice historique : le cimetière des tirailleurs situé à Thiaroye. Découverte d’un héros qui cultive la discrétion.

Des rangées de 202 sépultures anonymes sont séparées par une allée en terre-plein dans ce cimetière militaire de Thiaroye, situé dans la banlieue de Dakar, où sont inhumés les tirailleurs sénégalais tués dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, selon une version officielle. Le corps des tirailleurs, formé de soldats de colonies françaises d’Afrique, comprenait notamment des Sénégalais, des Soudanais (actuels Maliens), des Voltaïques (aujourd’hui Burkinabè), des Ivoiriens. Ceux qui déménagent souvent trimbalent des cartons qu’ils finissent par ne plus ouvrir. Leur passé est là, à portée de main, pas vraiment encombrant. Ils ont fini par s’y faire. Leur souci est ailleurs. Leur propre personne n’est même pas au centre de leur préoccupation. Il est difficile de croire qu’une telle catégorie de personnes existe encore. Et pourtant, il suffit de faire un tour au cimetière de Thiaroye et d’écouter le récit de Sidi Diop pour se rendre compte que cette trempe d’individu existe bel et bien.

Sidi mettrait bien au placard la saga familiale. Ce qui l’intéresse, c’est de mettre en avant l’histoire du Sénégal, de la valoriser, de la restituer. De son enfance, à Pikine, à l’adolescence, ce fils d’un cultivateur et d’une femme au foyer né en 1952 se retrouve gardien et conservateur d’un cimetière rempli d’histoires. De quoi Sidi Diop est-il le nom ? En apparence, il est simplement habillé, mais affiche aussi une élégance discrète. Ce qui impose d’emblée un ton posé, réfléchi. Il ne manie point la langue de Molière. C’est dans un wolof brut qu’il parle avec des mots précieusement choisis.

La « méconnaissance de l’Afrique, souvent résumée à des clichés », n’a évidemment pas échappé à ce gardien de cimetière, plus engagé qu’il ne veut le dire, d’aller au-delà du commun des habitants de cette bourgade tranquille qu’est Thiaroye. Son grand-père a surement combattu avec les forces françaises aux côtés des tirailleurs, dit-il. A l’image de la plupart des Africains du reste. « Il y a 70 ans, l’armée française faisait feu, près de Dakar, sur des tirailleurs sénégalais réclamant leurs soldes », raconte t-il. Au petit matin du 1er décembre 1944, dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, l’armée française réprime dans le sang le mouvement de protestation de tirailleurs sénégalais (un terme qui désigne des soldats originaires de plusieurs régions de l’Afrique occidentale française). Alors que ces hommes réclament le paiement de leurs soldes, correspondant à leurs années de captivité par les Allemands en France, durant la Seconde Guerre mondiale, leurs frères d’armes ouvrent le feu, faisant plusieurs morts.

« Des tirailleurs sénégalais ont été prisonniers de guerre pendant quatre ans en France à partir de 1940. Après la libération, l’armée les fait rentrer à Dakar en 1944. Ils doivent alors toucher leur solde, le salaire pour les militaires. Ils arrivent en novembre et avant de retourner dans leur pays d’origine, ils sont regroupés à Thiaroye, un camp militaire qui existait depuis la Première Guerre mondiale. Ils sont en voie de démobilisation, mais il semble que l’armée n’a pas l’intention de payer les restants. Il y a un mouvement de protestation de la part des tirailleurs qui refusent de repartir chez eux. Ces hommes seront alors collectivement fusillés. Leurs corps seront enfouis dans des fosses communes situées quelque part à Thiaroye », raconte-t-il. De bouche-à-oreille, de génération en génération, l’histoire a été contée. Toutefois, il ne restait pas grand chose de la mémoire de ces braves militaires.

Un engagement volontariste
Devant cette incertitude, un homme méconnu du grand public a pourtant joué un rôle déterminant. Sidi Diop dit avoir été animé par une « inspiration divine ». A l’époque, se souvient-il, l’endroit était une décharge non occupée et où les populations venaient déverser des ordures. Il décide alors d’agir. Il prend volontairement les devants. Sidi parvient à convaincre quatre de ses amis. Ensemble, ils viennent quotidiennement balayer l’endroit, l’entourent de grilles et font appliquer une défense. Désormais, les populations sont strictement interdites de jeter des ordures sur ces lieux « remplis d’histoires ». Le matin, Sidi est au travail, l’après-midi, il veille à l’endroit. Des années durant, il va mener cette activité, dans un élan purement volontariste et désintéressé.

C’est à travers une circonstance les plus hasardeuses qu’un homme vient vers lui. « Il avait bonne mine et dégageait une allure réconfortante », se souvient Sidi. L’homme s’approche, salue et se met à poser des questions. « Il m’a d’abord signifié que l’endroit était une propriété militaire », se rappelle Sidi. Il explique à son interlocuteur venu de nulle part qu’il était simplement mû par le désir de restaurer cet endroit historique qui, à défaut de soins, risque de sombrer dans l’oubli. Séduit par cette initiative, l’homme qui, en réalité, est un commandant de l’armée, le convoque le lendemain. Comme convenu, il se retrouve dans un bureau au camp militaire de Thiaroye avec des hauts gradés. « Les militaires ont unanimement salué l’initiative et ont pris séance tenante une décision. J’ai été nommé gardien officiel des cimetières de Thiaroye », se rappelle-t-il. Cette nomination va davantage accroitre la détermination du volontaire. Désormais, c’est toute la journée durant qu’il reste sur les lieux. Quid de ses dépenses quotidiennes ? L’homme préfère s’en remettre à Dieu en comptant souvent sur des bienfaiteurs touchés par son acte.

Les autorités, mises au courant, se rapprochent. Parmi les hommes qui ont joué un rôle déterminant pour que cet endroit rempli d’histoires et de symboles à plus d’un titre ne soit oublié, figure en bonne place Me Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal. En effet, selon les témoignages de Sidi Diop, Me Wade avait plusieurs fois dépêché son chef de protocole, afin qu’il vienne s’enquérir auprès du gardien ce qu’il fallait faire. Après information, le ministre de la Défense de l’époque, Abdoulaye Baldé, est également venu sur les lieux. Avec l’intérêt des autorités, l’endroit est totalement réfectionné. Des murs sont construits, les tombes restaurées, des fleurs plantées et un musée historique mis à la disposition des visiteurs. Me Abdoulaye Wade viendra plusieurs fois sur les lieux. Récemment en visite au Sénégal, François Hollande, président de la République françaises, a remis à Macky Sall une copie des archives françaises sur Thiaroye, un geste salué par le président sénégalais au nom du devoir de mémoire. « Nous sommes ici sans ressentiments, pour reconnaître et rappeler notre histoire commune, afin que vive la mémoire des tirailleurs et qu’elle soit préservée de l’oubli », avait dit Macky Sall. Soixante-dix ans après la fusillade de Thiaroye, François Hollande a fait le déplacement pour exprimer la dette de la France : « Je voulais réparer une injustice parce que les évènements qui ont eu lieu ici sont tout simplement épouvantables, insupportables. Et la France se grandit chaque fois qu’elle est capable de porter un regard lucide sur son passé », disait-il.

« Ce jour-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mon émotion m’a fait verser de chaudes larmes. Il me revenait alors à l’esprit tout le parcours effectué pour que cet endroit soit enfin reconnu », souligne Sidi Diop. A lui seul, il a contribué à la restauration d’un pan historique de tout un continent, réalisant ainsi le rêve de plusieurs générations, celui de pouvoir se remémorer sur cet endroit rempli d’histoires. A notre tour, nous lui demandons quel est son plus grand vœu. Sans rechigner, Sidi affirme vouloir rencontrer la Première dame du Sénégal !

Par Oumar BA

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Cheikh Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts/Force du Changement), est connu pour son engament syndical. Derrière cet homme souvent décrit comme combatif se cache un parcours aussi atypique qu’improbable. Qui disait qu’entre politique et syndicalisme, il suffit de faire un pas ?

Il a le front dégagé, l’allure courtoise et la démarche juvénile. En ce samedi, il porte un costume marron aux rayures grises, assorti d’une chemise et d’un pantalon. Son physique svelte pousserait à facilement lui conférer moins que son âge. Cheikh Diop est né le 1er janvier 1953 à Gandeck, dans un village situé à Bambey. Il est issu d’une famille paysanne. Son père était tailleur à ses heures perdues, durant la saison sèche notamment. Il est issu d’une large famille, «sociale et ouverte où tous les membres vivent en parfaite harmonie dans ce qu’il convient d’appeler concession familiale ». Son père avait quatre épouses. Il est le seul lettré de la famille. Ou du moins, il est le seul à avoir fréquenté l’école française, les autres ont fait l’école coranique ou ne sont pas du tout instruits, relève t-il. Le petit Cheikh accède à l’école par le biais de son homonyme Cheikh Sène, un riche commerçant établi à Bambey qui s’est essentiellement occupé de son encadrement. Appartenant à une famille paysanne aux revenus modestes, il n’envisageait pas de faire de longues études. Une fois le brevet en poche, il s’oriente alors vers l’enseignement professionnel, pour pouvoir très rapidement s’insérer et ainsi venir en aide à sa famille. C’est ainsi qu’il fera le centre de qualification industrielle de Dakar, avec un cycle qui lui a permis de sortir avec le niveau de technicien supérieur. Il est, dès sa sortie, embauché par la firme pétrolière Shell Sénégal. Nous sommes en 1974. Shell était venue demander les meilleurs de la promotion, souligne-t-il. Étant entendu qu’il était deuxième de celle-ci, c’est donc naturellement qu’ils ont fait appel à ses services.

Au début, il s’occupait du dépôt des hydrocarbures au port, ensuite dans les stations services. C’est alors que les autorités de Shell, convaincues par son abnégation, décident de l’amènent faire des études en France. Il se rend à l’institut des Pétroles de Roy Ma Maison situé à Paris. A son retour, il est nommé directeur adjoint d’une des firmes du groupe chargée notamment de la manutention, plus précisément dans l’unité qui s’occupe de l’aviation. Une jeunesse mouvementée l’a souvent propulsé Cheikh Diop au-devant de la scène politique. Il se dit à cet égard « révolutionnaire né », soulignant avoir toujours contesté « l’ordre établi » qui avait tendance « à exclure une certaine classe ». Tout ce qui n’entrait pas dans le moule conventionnel l’attirait. C’est ce qui a motivé en quelque sorte à écourter ses études. Nous sommes en 1968, il est exclu de l’école secondaire pour avoir notamment dirigé des mouvements de grève, mais il est quand même revenu après des négociations. Plus de peur que de mal ! Son passé militant l’a conduit à adhérer très jeune au RND, parti dirigé par le professeur Cheikh Anta Diop. Il était alors fasciné par les pistions contradictoires prises par le professeur face au tout-puissant Président Léopold Sedar Senghor. Il était fasciné par la démarche de l’homme, son ouverture d’esprit et sa culture. Il adhère alors au parti comme un des membres fondateurs. Nous sommes vers les années 1970. « Le parti n’étant pas reconnu par le pouvoir en place, il a fallu se battre pour une reconnaissance de celui-ci », relève-t-il. C’est donc dans la clandestinité qu’ils vont au tout début mener leurs activités. Plus tard, il quitte cette formation politique en vue de participer à la création d’une autre. C’est avec Me Babacar Niang qu’ils forment le PNLP. Un homme qu’il a su côtoyer « aimer et adopter », alors qu’ils étaient tous deux militants au sein du parti RND. Il dit devoir en partie à cet homme ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ensemble, ils décident de quitter le RND. Une sortie qui a coïncidé avec l’arrivée du président Abdou Diouf à la tête du pays. Avec l’arrivée d’Abdou Diouf, il relève « une sorte d’accalmie dans la démarche de son ancien parti ». C’est comme qui dirait que le Professeur Cheikh Anta Diop voulait plus en découdre avec Senghor qu’avec le système, relève-t-il. Une manière pour lui de justifier la création du PNLP. Il sera alors responsable des jeunes du parti nouvellement crée.

Premiers pas dans le syndicalisme
En 1968, le Sudes, à l’époque organisation syndicale la plus représentative du pays, a été cassé en plusieurs morceaux par le gouvernement. Le RND, organisation politique qui naturellement aspire à prendre le pouvoir, met alors en orbite un schéma pour s’accaparer certaines franges de cette organisation syndicale dissoute. Cette mission est alors confiée à Me Babacar Niang. Au terme des réflexions, le RND demande à ses militants d’adopter une démarche de « contre-pouvoir ». Un syndicalisme exclusivement axé sur la défense des intérêts des travailleurs est alors partout crié. L’objectif était de mettre sur pied un cadre de lutte performant. C’est, dit Cheikh Diop, durant ces négociations que le virus du « syndicalisme » l’a piqué. Il est alors fasciné par les idées révolutionnaires.

Les conclusions des commissions sociales avaient donné des recommandations aux militants du RND leur demandant d’aller militer dans les grandes centrales en leur insufflant leur idéologie du syndicalisme. C’est à travers cette recommandation qu’il adhère à la CNTS. En 1986, il est nommé délégué du personnel des agents maîtrises et cadres. C’est par ce biais qu’il accède à la tête du syndicat de pétrole, après de « farouches luttes », en 1994, se rappelle-t-il. Il prône alors un «syndicalisme libre, de contre-pouvoir ». Il voulait surtout restaurer un cadre de lutte beaucoup actif et dynamique. La CNTS regroupait à l’époque essentiellement les mouvements ouvriers. Cette ligne syndicale va petit à petit s’avérer très payante. Son cercle de sympathisants ira croissant. Il dit avoir choisi de faire du syndicalisme contre un avenir prometteur dans le secteur du pétrole. Si certains pensent que l’alternance a donné un nouveau souffle à son mouvement syndical, il s’en défend en soulignant au passage que ceci « était faux ». Il quitte la CNTS/FC parce que, dit-il, il ne voulait pas se conformer aux textes. Ce qui, dit-il, va créer une scission. Tout citoyen a le droit d’avoir des convictions politique et syndicale. Car, souligne-t-il, les deux sont difficilement dissociables. Il suffit, selon lui, de juste savoir faire la part des choses. Les relations entre capitale et travail ont généré des idéologies politiques. Ceux qui étaient proches du capital s’appelaient « capitalistes ». Ceux qui étaient proches ou alliés du travail étaient appelés socialistes. Ces idéaux sont les dérivées des courants politiques, informe Cheikh Diop.

Cohabitation avec le pouvoir
Les événements de 1968 ont donné une nouvelle vision du syndicalisme à Léopold Sedar Senghor. Il avait alors prôné la cohabitation avec le mouvement syndical. « Lorsque le mouvement syndical s’est impliqué dans les mouvements estudiantins, le pouvoir était alors dans la rue », se souvient-il. Au sortir de ces événements, le président poète décide d’intégrer le mouvement syndical dans la gestion du pouvoir. C’est là que la CNTS est créée et également intégrée dans le parti au pouvoir. C’est pourquoi, il avait crée le concept de «participation responsable». Ensuite, Abdou Diouf s’est à son tour inscrit dans la continuité. Abdoulaye Wade, en s’inspirant de Senghor, a également voulu s’aligner dans une perspective d’un syndicalisme «autonome». Il n’avait cependant pas un véritable ancrage dans le mouvement syndical. Il n’a, dès lors, pas réussi ce que Senghor était parvenu à faire, constate Cheikh Diop. L’émiettement des mouvements syndicaux constitue un fléau qui gangrène les organisations syndicales. Mais, ce n’est pas le seul, souligne Cheikh. Il relève en effet qu’aujourd’hui, le mouvement syndical est confronté à deux fléaux. Il y a, d’une part, l’émiettement des forces syndicales et la désunion des entités du mouvement syndicale, d’autre part. Tous les corps d’élites ne sont pas affilés aux centrales syndicales excepté le Saes. Ce qui, selon lui, affaiblit la force des organisations syndicales. Il en appelle à une réunification du mouvement syndical. Audace dans l’organisation des luttes pour amener le patronat à absorber le passif des travailleurs, voilà son créneau. Il demande par exemple « une minimum vieillesse » pour le maçon, le cultivateur, le mécanicien qui, au même titre que les autres et toute leur vie durant, ont travaillé.

Par Oumar BA

C’est un tailleur comme mille et autres. Seulement, Mass Faye a ceci de particulier, il offre une panoplie de sur-mesures qui frise le couronnement. Ce qui lui confère une clientèle autant exigeante que fidèle. Autre particularité, Mass est un pur produit de la banlieue qui, malgré un business relativement fleurissant, refuse d’aller s’installer ailleurs.

Mass Faye a l’allure d’un quelconque. Pantalon super cent, chemise violet, petite silhouette, teint noir, il flirte avec la cinquantaine. L’habit ne fait décidément pas le moine, mais Mass n’aime certainement pas se glisser dans les costumes, on le constate vite. Des costumes, il préfère plutôt les confectionner. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire un détour à Pikine Icotaf. Ici, le tailleur a finit de s’installer depuis bientôt dix ans. Auparavant, c’est à Guinaw Rail qu’il menait son activité de tailleur. Maintenant cela fait des années qu’il s’active dans la couture. Ses spécialités restent les costumes, chemises et tailleurs. Un choix murement réfléchi alors qu’il était encore en apprentissage.

A la base, Mass dit qu’il voulait devenir footballeur. Toutefois, sa famille n’était pas des plus aisées. Il fallait, dès lors, se serrer la ceinture et s’orienter dans un domaine qui pourrait rapporter dans un délais relativement court. C’est ainsi qu’il se tourne vers l’apprentissage des métiers. Il choisit alors la couture. Mass est formé à Dakar, précisément à Ouagou Niayes, sous les yeux vigilants de son maitre, Daouda Bèye, plus connu sous le nom de David Diop, ciseau d’or. L’apprentissage va lui prendre en tout dix ans. Une fois la formation bouclée, Mass se refuse de travailler pour « autrui ». Les moyens faisant défaut, il va, dans un premier temps, se contenter d’une machine qu’il installe chez lui. Ses premiers clients sont évidemment constitués du cercle restreint de ses connaissances immédiates. De fil en aiguille, son savoir-faire fait le tour des foyers. Sa clientèle s’en grossit et d’autres personnes viennent sur recommandations. Les revenus qu’il commence à accumuler lui permettent d’ouvrir une première boutique de couture. Nous sommes en 1998. Mass ouvre son premier atelier. C’est en 2007 qu’il décide de venir s’installer à Pikine Icotaf. Dans les produits qu’il propose figurent principalement des costumes sur-mesures. Il présente également des chemises. Bien qu’il soit plus facile de confectionner des boubous. Mass s’est fait un point d’honneur à se consacrer exclusivement aux costumes qui exigent plus de temps d’applications et de savoir-faire. Sa clientèle est aussi variée que diverses. Il compte parmi celle-ci des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des étudiants, mais également des personnes simplement « attirées par les belles choses », souligne-t-il.

Sur-mesure
Les habits confectionnés par Mass Faye ont ce cachet de rétablir une silhouette plus imposante, pincée au niveau de la taille, façonnée par le costume et le pantalon qui se superposent à l’envi. Le client, une fois servi, adopte alors une imposante allure produite par un costume moderne. Le jeu du paraître ne saurait, en conséquence, le laisser indifférent. Mass s’exprime à travers une signature personnelle, mais en respectant l’étiquette, le bon goût imposé par la couture sur-mesure.

Pour lui, « être bien habillé, c’est affirmer que l’on sait se mettre en valeur et tenir son rang. C’est également la recherche d’un plaisir que l’on poursuit à travers l’art de vivre. Le plaisir est une notion extrêmement importante au sein de la société et symbolise un équilibre, une harmonie », relève-t-il. Les tissus, Mass Faye se les approvisionne en ville, chez les Libanais, ou à Colobane, au marché « Gambie ». Dans l’atelier, on trouve des modèles divers. Concernant le prix, il est fixé selon le modèle. Ainsi, la fourchette est comprise, pour les ensembles costumes, à partir de 70.000 FCfa, voire plus. Les pantalons sont vendus entre 9.000 FCfa et 15.000 FCfa. Chose curieuse, malgré une clientèle qui ne cesse de s’agrandir, Mass préfère rester en banlieue. Une des recommandations de son formateurs, assure-t-il. Ce dernier lui avait clairement dit : « Quelque soit l’endroit où tu t’installe, peu importe. Le plus important est de confectionner des vêtements de qualité. Partant, soit sûr que les clients viendront te trouver où que tu sois ». Un peu chauvin, Mass refuse de quitter sa banlieue natale.

Ce marié et père de famille est né en 1967. Comme tout travailleur, il nourrit l’ambition d’étendre son business. Pour ce faire, il veut, bien entendu, se trouver un endroit plus grand, toujours en banlieue. L’objectif, c’est d’avoir la possibilité de former d’autres jeunes qui, à leur tour, vont perpétuer son savoir-faire, souligne-t-il. A cet effet, Mass est ouvert à toutes sortes de collaboration pouvant découler sur un tel projet. D’autant plus que, note-t-il, souligne, en banlieue, les tentations sont diverses. Les jeunes peuvent facilement emprunter le mauvais chemin, déplore le tailleur. Avec ce métier, ils parviendront à gagner dignement leur vie, tout en étant utile à la nation. Mass Faye est de ces rares tailleurs qui plaident pour la formation des générations futures. Il demande ainsi aux apprentis tailleurs de faire montre de patience. « C’est dans la patience et la persévérance qu’on arrive à acquérir dignement le savoir-faire très complexe du métier », affirme-t-il.

Chez cette jeune génération, la mode est plus que jamais une exigence. Elle est placée au cœur des préoccupations. Et le désir reste le même, imposer son identité tout en restant conforme aux codes vestimentaires. Sûr qu’elle sera bien servie chez Mass, ce tailleur qui ne badine point avec la « mesure ».

Par Oumar BA

Certaines personnes ne sont pas taillées pour une vie faite de routine et de calme. C’est le cas d’Abdoulaye Diallo, fondateur de la maison d’édition Harmattan Sénégal. Gérer une entreprise et être un bon père qui se réveille le matin pour s’occuper de sa famille, ça remplit bien les journées. Ce n’est pas assez pour un professeur d’université qui, entre la recherche et les cérémonies de dédicaces de livres, travaille toujours à donner plus d’amplitude à son occupation d’éditeur.

Dans son boubou prêt-du-corps à deux pièces qui ne le gène guère dans ses déplacements, il explore tous les recoins de l’entreprise pour nous la faire visiter. Une petite réorganisation avec l’arrivée d’un nouveau matériel d’impression. Les éditions se trouvent désormais au quatrième étage laissant la grande salle du rez-de-chaussée à l’imprimerie. L’harmattan s’est associé à deux autres partenaires pour se lancer dans l’impression à la demande avec un investissement initial de trois cents millions. « On a la possibilité, aujourd’hui, de faire un livre, un seul, au lieu d’en imprimer cinq cents, avec la même qualité que ceux qui sont faits en France. Cela veut dire que chaque livre imprimé est une œuvre déjà vendue », renseigne le doctorant en histoire moderne et contemporaine qui, à l'avenir, pourra contourner le grand stock de livres invendus. Mutation d’une entreprise qui s’est adaptée aux avancées technologiques pour satisfaire la demande dans un pays où aller en librairie n’est pas dans la culture des apprenants, en dehors des rentrées scolaires et universitaires. En effet, tous les ouvrages en vente dans les rayons de la librairie de l’Harmattan sont également disponibles en version électronique.

Devant la porte de son bureau qui donne sur un petit couloir pas bien éclairé, un monsieur d’un âge mûr attend. Venu pour déposer un livre à compte d’auteur, il ne pourra pas bénéficier des apports de ce nouveau matériel technique. Sans informatique et sciences du numérique ni aucune norme éditoriale, l’ouvrage ne sera pas imprimé.

De Point E à Amitié, son siège actuel, le parcours d’Harmattan Sénégal et de son fondateur n’a pas été un long fleuve tranquille. De la « censure bleue » des œuvres d’une génération d’écrivains récalcitrants assoiffés d’une seconde alternance à la cherté de l’édition en passant par la difficulté de percer le marché des manuels scolaires, la plupart de ses publications avaient fait les frais d’un régime hostile à la critique. A chaque période, ses difficultés, ses défis, ses contradictions mais aussi ses passionnés et ses résistants. Il y avait cru et y croit encore. La vie d’Abdoulaye Diallo est un combat pour la promotion du livre.

Un féru du livre
S’il n’est pas littéraire par sa formation initiale, il n’en est pas moins un amoureux du livre. Abdoulaye Diallo est un historien dans l’univers des bouquins. De la littérature. Un amour qui date des années de lycée et qui avait pris forme entre les meubles de bibliothèques à étagères du centre culturel français. Et il l’a nourri aujourd’hui, par le biais de la maison d’édition Harmattan Sénégal qui, selon lui, n’est point une filiale française. Sinon une société de droit sénégalais avec des actionnaires à majorité sénégalaise. Fondée en 2009, elle s’est enrichie de nouvelles collections avec un rythme de parution prolifique. En effet, l’enseignant-chercheur s’est attaché à l’idée de donner forme aux travaux de ses pairs et aux intellectuels à l’imagination fertile. Une idée qu’il a nourrie depuis l’université. Étudiant indocile qui ne buvait pas les paroles d’un brillant professeur, il a été choqué de voir un certain M. Admaillou remettre en cause toutes les théories qu’il avait apprises. Etaient-elles des hypothèses de recherche ou des savoirs déjà avérés ? Un nihiliste lui avait répondu en ces termes : « Jeune homme ! Je comprends votre question qui ne me surprend guère. Avant de faire ce cours, j’ai fait le tour de vos bibliothèques et je me suis rendu compte que vous travaillez sur la base d’une documentation qui n’est plus d’actualité. En France, elle n’est plus enseignée depuis longtemps », avait-il laissé entendre. Un vrai choc émotionnel au sortir duquel il avait décidé d’aller à la quête du savoir, surtout documentaire. Au beau milieu de Paris l’année suivante, il se redécouvre. A la main, une bibliographie dont il fallait s’imprégner. Sur cette dernière, soixante pour cent des ouvrages étaient écrits par les professeurs qu’ils avaient en face de lui. Alors que chez lui, deux ou trois de ses enseignants étaient les seuls à publier un livre. Pour cette Afrique des chercheurs qui cherchent sans les publier à grande échelle, il voulait donner un coup de pouce pour mettre à jour leurs travaux.

Aventure éditoriale
De passage à l’Harmattan de France, pour se former au métier du livre, une passion pour lui, il avait fini responsable du département Afrique de la maison d’édition L’Harmattan en 2006, plus particulièrement au service fabrication. Parti avec l’idée de faire quelque chose dans le livre pour son pays, le petit démissionnaire d’un poste en France était à la recherche d’une voie dans l’édition africaine, en particulier sénégalaise. Avec l’idée de création d’une maison d’édition nationale voire sous régionale, ce Sénégalais d’origine guinéenne avait bénéficié du fond de la librairie de la maison mère et d’un prêt pour voler de ses propres ailes. Avec le soutien d’intellectuels locaux comme le professeur Ousmane Sène du Warc, il n’a pas été seul dans cette aventure éditoriale.

A quarante et un an avec une grande expérience dans le domaine, le directeur de la maison d’édition Harmattan Sénégal, Abdoulaye Diallo peine encore à percer le marché des manuels scolaires. Un nouveau défi qu’il compte relever avec l’aide des autorités compétentes. « C’est avec les manuels scolaires qu’on aurait pu vendre les livres à des tarifs très abordables. Nous faisons de bons livres mais ils sont chers. En effet, l’Etat doit permettre aux éditeurs d’imprimer et d’éditer des livres à bas prix. A l’harmattan, si l’on avait des manuels scolaires d’un ou deux titres, ce serait un marché à milliards », se désole-t-il.

Diplômé de la galère
En un jour de février 2008, il avait publié « Les diplômes de la galère : de l’Afrique à la jungle française ». Un témoignage brûlant, poignant et drôle à l’endroit de tous les élèves et étudiants appelés à poursuivre leurs études en France. Dans la peau de Bouba, un étudiant sénégalais qui, arrivé à Paris après un véritable parcours du combattant, a compris que la France dont il a tant rêvé n'existait qu'en Afrique et dans la tête des Africains. Paris, la ville pour qui le savoir a de la valeur, l’avait pris dans ses bras mais l’homme de Paris raciste et parfois injuste l’avait plongé dans un inconfort. Après avoir soutenu son mémoire de DEA, il était sorti major de sa promotion. Avec une seule bourse qui, de fait, lui revenait, il doit faire face à la discrimination de son école doctorale qui en décide autrement en l’octroyant à un fils du pays. Il ne supporte pas cette injustice et refuse d’entamer les travaux pour la réalisation de sa thèse. Plongé dans une éternelle lecture, il tombe sur une œuvre de Natalie Zemon Davis, historienne américaine d’origine juive intitulée « Women on margins », un ouvrage qui lui rappelle son propre parcours. Tombé sous le charme de cette femme à qui l’Amérique xénophobe et discriminatoire n’a rien offert, il décide de reprendre ses études. Son amour pour la lecture a, en effet, porté ses fruits. Travaillant tantôt comme agent de propreté dans les cinémas tantôt comme manutentionnaire, il sert au bout de trois ans son dernier repas doctoral qui, selon les membres du jury, était consistant.

Enseignant aujourd’hui l’histoire politique, moderne et contemporaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il est aussi le concepteur du « monde des livres », une émission pour et par les intellectuels qui vise à redonner au livre sa place dans le paysage médiatique qui met plus l’accent sur les débats politiques voire politiciens.

Marame Coumba Seck

Me Assane Dioma Ndiaye est l’un des avocats les plus médiatisés du Sénégal. Connu pour son engagement dans la défense des droits humains, il n’en demeure pas moins adepte des « gros dossiers ». La notoriété du président de la Ligue sénégalaise des droits humains transcende les frontières sénégalaises. Découverte d’un homme qui dit tout le temps s’engager « pour défendre la cause des sans voix ».

C’est l’histoire d’un jeune apprenant qui s’inspire d’une référence et l’assume pleinement. Chose plutôt rare par ces temps. Souvent, les hommes cachent, en effet, leurs  « individus rois » derrière un « je n’ai besoin de personne » quand on leur demande leurs références admirées, les exemples auxquels ils s’identifient, ceux à qui ils aspirent ressembler. Ce n’est point le cas de ce jeune étudiant en Droit rencontré à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Amadou a déjà fait son choix : il veut être avocat à l’image de Me Assane Dioma Ndiaye. La précision est importante à ses yeux. Il suit l’homme depuis quelques années et a fini par prendre cause pour lui.

Pas besoin d’arpenter longtemps les couloirs du Palais de justice de Dakar pour entendre évoquer « sa capacité à prendre plusieurs dossiers à la fois ». Réfléchis par toi-même, remets en cause le point de vue dominant, il ne renferme pas toujours la vérité, voilà ce qui pourrait être le devise de Me Assane Dioma Ndiaye.

On l’observe dans l’un des rares moments de pause, un visage bien garni, couvert sur un teint d’ébène, laisse entrevoir un physique en embonpoint. Il dépasse le mètre quatre vingt. Habillé d’un costume, comme c’est souvent le cas chez lui, il ne manque pas de s’arrêter ici et là pour de brefs échanges avec ses collègues. Me Assane Dioma Ndiaye dit, entre autres, avoir voulu être avocat parce que c’est un métier où « même si on fait face aux plus puissants, on peut quand même espérer gagner à force de travail et de persévérance ». Pas d’esprit de revanchard ni d’ambitions mondaines. Non, c’est autre chose. C’est la passion du challenge plutôt que du triomphe. L’amour de la défense et du défi relevé. Une belle rage donc !

Me Assane Dioma Ndiaye est un homme occupé. C’est parce qu’il est sur plusieurs fronts à la fois. Avocat de profession, il n’en demeure pas moins très engagé pour la cause des droits humains. Il s’est plus d’une fois illustré en prenant la défense de victimes. Il s’est, par exemple, constitué partie civile dans l’affaire Hissene Habré du nom de l’ex président du Tchad. Cette affaire n’est qu’une parmi tant d’autres. Passionné du droit, déjà très jeune, Assane Dioma Ndiaye a toujours rêvé arborer un jour cette robe noire dans le but de « défendre la cause des sans voix ». A la base, c’est la fibre humaniste qui a prévalu et guidait les pas d’un rêve, lequel n’a fait que se consolider au fil des années. Enfant studieux à l’école, il s’est toujours donné les moyens pour figurer parmi les premiers de la classe. A cet égard, son curriculum vitae est très expressif : « Il obtient en 1981 son baccalauréat avec la mention « Très Bien » et est le major du centre », lit-on dessus. Une fois le baccalauréat en poche, le jeune Assane pouvait bel et bien aller poursuivre ses études en Occident, comme cela était d’usage à l’époque. Il a tout simplement préféré rester dans son pays. « Je ne voyais pas la nécessité d’aller poursuivre mes études ailleurs, d’autant plus que l’époque l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar figurait parmi les meilleures au monde », souligne-t-il. C’est là donc qu’il passe tout son cursus universitaire jusqu’à l’obtention du Diplôme d’étude approfondies (Dea) en Droit.

Homme de défis
Me Assane Dioma Ndiaye est réputé endosser des dossiers où tout semble flou au début. Que d’improbabilités. Un adepte du risque, en d’autres termes. « C’est à l’image d’un footballeur sur un terrain de jeu. Il doit se dire que tant que le match est en cours, il est nécessaire de se donner à fond pour atteindre son objectif. Avec Assane, c’est pareil. Il a horreur de perdre, voilà pourquoi une fois engagé, il se donne tous les moyens nécessaires pour remporter un procès », témoigne un de ses confrères. « Un avocat gagne bien sa vie suivant sa carrière, ses objectifs. Selon la spécialité, on peut beaucoup voyager. Ce n'est pas monotone, car les dossiers sont divers et variés. C’est un métier passionnant, guidé par l’envie de défendre la cause des autres », dit-il.

Malgré un travail où il passe le plus clair de son temps à défendre des causes, Me Ndiaye se refuse de juger les autres. L’image lui est devenue familière : tous les jours, il voit des ombres furtives qui descendent des fourgonnettes de l’administration pénitentiaire pour rejoindre le box des accusés afin de connaitre le sort que la justice leur réserve. Certains s’engouffrent à nouveau dans ces voitures, car étant maintenus dans les liens de détention. D’autres, au contraire, recouvrent la liberté. C’est le quotidien des tribunaux.

Cette réalité est devenue une routine des habitués du barreau. Pour autant, Me Ndiaye traine cette réputation de ne jamais s’avouer vaincu d’avance. Quelque soit la complexité du dossier, il est prêt à l’endosser pour faire triompher la justice, témoigne un jeune avocat qui a eu à effectuer son stage dans le cabinet de cet avocat émérite. Il aime briser les résistances, les positions établies avec cet acharnement qui fait qu’aucune difficulté ne le décourage. Il a ce côté révolutionnaire, résume-t-il.

Me Assane Dioma Ndiaye est né le 13 Août 1961 à Kaolack. Il fait ses études primaires entre 1968-1975 à l’école régionale de Diourbel. Il passe son cycle secondaire au collège Saint Gabriel de Thiès. Comme susmentionné, il obtient son baccalauréat en 1981 et passe ses études supérieures à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ou il sort avec un Dea en Droit privé, option judiciaire. Me Ndiaye est, en 1988, lauréat au Concours d’aptitude à la profession d’avocat (Capa). Il est aussi président de l’Organisation nationale des droits de l’Homme du Sénégal (Ondh) et directeur de la Justice internationale. Depuis 2010, il est coordonnateur de la Ligue sénégalaise des droits humains (Lsdh). En 2014, il devient membre permanent du Comité de discipline de la Cour pénale internationale.

C’est un avocat vif. Il s’engage à défendre un dossier selon qu’il juge qu’une des parties a été lésée. Il n’appartient à aucun clan, si ce n’est celui qu’il consent à défendre corps et âme. « Il sait combien la justice permet aux individus d’échapper au déterminisme, de faire face aux régimes totalitaires, de s’ériger pour rétablir l’ordre normal des choses », ajoute son confrère avocat. Assane Dioma Ndiaye fait partie des rares personnes à avoir dénoncé haut et fort la situation qui prévalait en Gambie, alors qu’un certain Yahya Jammeh en était encore le dirigeant. Après le départ du pouvoir de ce dernier, il fait encore partie de ceux qui réclament justice. Un procès en vue ? Wait and see !

Par Oumar BA

A soixante-dix ans, sa présence sur la scène théâtrale n’est plus à démontrer. Un après-midi de dimanche, loin des planches de Dianiel Sorano et des séances de casting, il fait ses prestations chez sa deuxième devenue première car la devancière n’est plus. Sous une couverture, pour se protéger du froid, il nous reçoit. L’odeur de l’encens embaume la chambre plongée dans un clair-obscur. « Goor », comme on l’appelle familièrement, nous invite, d’un signe de la main, à nous asseoir.

Nous l’avons connu à travers le petit écran, notamment dans les téléfilms de la célèbre troupe « Daraay Kocc » dirigée par feu Cheikh Tidiane Diop et dans l’adaptation télévisée des planches du caricaturiste T.T.Fons, un portrait ironique mais juste de la société sénégalaise, par le réalisateur Moussa Sène Absa. Dans la peau du « Goorgorlu », un débrouillard au quotidien, il a fait rire plusieurs générations. Au moment des vicissitudes qu’a connues et connaît encore le théâtre, il tient encore. Entre spots publicitaires et dramatiques de moins en moins, avec  « Baye Eli », l’adage wolof « Goorgorlu moy takha done goor » revêt de l’évidence.

Entre la réalité et le monde virtuel des fils interconnectés des images, l’homme d’humour exceptionnel, avec son argot lébou qui lui est propre, apporte autant à sa posture de comédien. Sauf que chez mère Lô, sa deuxième, son nom à l’état civil demeure. Plus connu sous le pseudonyme de « Baye Eli » qu’il arbore enfin comme un nom de scène, ce diminutif d’Elimane est né de la pièce théâtrale « Quatre vieillard dans le vent » avec la troupe « Daraay kocc ». Des surnoms, il en a beaucoup. Avec son béret de petit écolier turbulent et sautant en hauteur, il était appelé « Boy para ». « Quelle que soit la hauteur d’un mur je m’y mettais pour ensuite sauter », conte l’artiste-comédien.

Une vie de comédien
Face à la fureur et la folie du monde, le rire est un exutoire, un refus contre l’angoisse. Cela, le comédien l’a bien compris. Déjà sur les planches à l’âge de sept ans, le clown est presque né avec la fibre artistique. En effet, il a très tôt quitté les bancs de l’école pour le septième art. Sa première apparition sur le petit écran, notamment dans « Liberté I » de Sembène Ousmane comme figurant, date des années 1960. Saut générationnel, mais aussi matériel et financier. Les cachets, en pièces sonnantes de 300 ou 600 FCfa la nuit, qui lui permettaient de dispenser ses parents d’un devoir écrasant, se comptent désormais en billets. Un esprit entrepreneur qui l’a habité dès le bas âge.

« A mon retour de cinéma, je reprenais les scènes des films en y ajoutant mon « feeling ». Notre maison étant le dépotoir des filets de pêche, j’en prenais pour créer ma propre salle de théâtre avec l’aide de quelques bambous. Ce qui me permettait de collecter des pièces de cinq FCfa par individu », renseigne l’artiste. Son père, au début, s’était opposé à sa carrière d’artiste. Un manteau qui, selon ce dernier, n’allait pas bien dans la peau d’un Lébou qui devait plutôt affronter les vagues et non pas le grand public. Une hostilité qui avait demeuré jusqu’au festival de Carthage de Tunisie. Son fils enfin dans les airs dans un avion spécial. La bénédiction en main !

Intégrant en 1980 la troupe « Daraay Kocc », sortie des flancs de « Diamano Tey » de feu Abdoulaye Seck, on le retrouve dans « Quatre vieillards dans le vent », « Seybi dou am », « un Dg peut en cacher un autre », un « Baye Eli » aussi à l’aise dans la peau d’un Imam, d’un Don Juan, d’un « Goorgorlu » que dans celle de l’oncle négociateur des mariages impossibles « Apolo ». Ancien militaire, même au sein de l’armée, il avait continué d’arborer sa veste de comédien. Affecté au génie militaire de Bargny, il a joué dans les compétitions inter-corps.

Du théâtre de conscientisation, on assiste de plus en plus à des séries qui sont presque une imitation des télénovélas dans lesquels tout est permis : insultes, mots déplacés. Des comportements qui, selon le comédien, a fait que le théâtre n’a plus une forte audience. « Quand tu interpelles quelqu’un pour lui donner une partie de toi, tu ne dois point insulter car c’est comme si tu l’insultes lui-même. En effet, le théâtre est une œuvre d’homme et doit être filtrée avant d’être diffusée au risque de ne pas être consommée par le grand public », défend le septuagénaire qui soutient que certains jeunes ne font plus le théâtre par passion mais, pour être, exister, faire le buzz, avoir des fans et s’enrichir.

« Baye Ganar »
Dans un sous-vêtement, l’artiste est encore dans ses œuvres. Dans son spectacle à domicile, il nous emmène dans l’imagination d’un féru de « ganar » qui faisait trembler les gallinacés turbulents, indociles qui avaient déserté le poulailler. Une fois repérés, ils allaient finir, le week-end, dans les ventres de jeunes polissons qui bravaient les profondeurs de la nuit pour quelques bons morceaux de viande blanche. « Dans ce paysage touffu des anciens quartiers de Colobane Hock, on creusait un trou à l’intérieur duquel on mettait du bois. Le poulet était bien emballé puis introduit dans ce four circonstanciel. A l’aube, il est déterré. Pour le reste, je n’ai besoin de vous le dire», lance-t-il dans un éclat de rire.

Ce que vous ignorez, chahute le comédien, c’est que le sous-vêtement d’un vrai amoureux du poulet lui arrive à peine au nombril. Un amour d’enfance du coq qui est resté en lui et qu’il transpose dans ses pièces théâtrales. Ainsi, avec « Goorgorlu » c’est la tyrannie du rire. A son contact, il vous offre un concentré de rire et d’émotion dont on sort l’esprit léger et le sourire aux lèvres. Ancien chauffeur de la Poste à la retraite, il mène aujourd’hui une vie paisible dans sa famille.

Par Marame Coumba SECK

Abdoulaye Lam, nouvel amir de l’association Jama Atou Ibadour Rahmane (jir), est de ces âmes dont le cheminement laisse penser qu’elles étaient dans une éternelle divagation, dans de vaines espérances. Il a construit son paradigme, son univers de valeurs en faisant fi de ce que la société du paraître conçoit comme modèle de réussite et comme accès à la plénitude. Son inclination pour la connaissance, sa quête de légitimité (pas celle-là pompeuse), et par-dessus tout, son attachement à l’Islam, aiguillent son existence. Ils l’aiguillonnent, devait-on dire. Son parcours au sein de l’association, qu’il dirige aujourd’hui, est aussi la marque de son engagement pour sa communauté. Au service de l’humain. Tout court.

Une barbichette ! Et elle ne pousse presque jamais ! Et pourtant, la caricature veut que la barbe soit longue chez ceux qu’on appelle, ici, les « Ibadou » ! Son visage n’est encombré que de ses lunettes à verres correcteurs que ses mains -si elles ne manient pas ses gadgets électroniques-ajustent de temps en temps. Un bonnet bien discret, comme le boubou dont il s’est enveloppé, recouvre des cheveux poivre et sel. Abdoulaye Lam, quinquagénaire bien sur ses jambes, est un homme à la charnière de deux époques : celle qui, par les valeurs humaines, cultive la nostalgie et le tumultueux temps présent l’exhortant à œuvrer dans le cheminement collectif. Le bonhomme est ainsi. Il est sous la foi de son propre serment qui se confond avec la morale religieuse. Pouvait-il en être autrement pour cette âme nourrie, très jeune, dans les principes du Coran afin de suivre le chemin de la vertu ?

Abdoulaye Lam a été très tôt envoyé chez son grand père et parrain, Serigne Sam Ndiaye, à Koungheul pour être initié à la lecture du livre sacré musulman. Il s’éloigne ensuite du giron familial. Le village de Niassene Walo, dans le département de Nioro du Rip, fondé par le grand père du marabout Ibrahima Niass, accueille le jeune homme. Il y fait trois ans avant de retourner chez son père. C’est auprès de celui-ci qu’il a appris une très bonne partie du livre saint avant de retourner à Niassène Walo pour étudier la langue arabe. A l’Ecole Serigne Mourtada Mbacké de Kaolack, le Saloum Saloum féru de couscous décroche son certificat arabe. « Je suis de la première promotion de cet établissement », se souvient-il de sa voix bien posée. Le brevet, il l’obtient à l’établissement El Hadj Abdoulaye Niass.

Frais émoulu de l’école, le jeune garçon de 17 ans est poussé par ses ambitions à Ziguinchor moins d’un an après le premier incident du conflit casamançais. Insouciance de jeunesse ou outrancière bravade ? Décret divin sans doute pour rester fidèle à son jargon de spiritualité. Ici, c’est Dieu qui éprouve. Point barre ! L’arabisant, lui, s’affranchit de la peur ambiante et mène son commerce. Il se permet même quelques « incursions » en Gambie et en Guinée Bissau pour satisfaire sa clientèle. Son travail à la Sonacos, à la Sonar et les cours qu’il dispensait dans certains établissements du sud semblaient, de toute évidence, moins périlleux.

De la Mauritanie à la Jordanie
A Ziguinchor, Abdoulaye Lam se fabrique un destin dans le monde professionnel. Il y fait aussi des rencontres déterminantes dans son itinéraire associatif. Persuasif contradicteur, il aimait à embarrasser les membres de la Jama Atou Ibadour Rahman (Jir) lors de leurs rencontres. « A l’époque, je ne militais pas à la Jir mais ses membres me permettaient d’assister à beaucoup de leurs rencontres. Et je ne me privais pas d’apporter la contradiction parce que les discussions étaient assez ouvertes ».se rappelle-t-il, sourire presque narquois. La suite est moins railleuse. En 1988, celui qui jouait les trouble-fête entre dans les rangs des « Mbokk » (frères). « Je dis souvent, sous le ton de la boutade, que mon histoire avec la Jir, c’est 33 ans de fréquentation et 29 ans d’adhésion ». Et une régulière montée en puissance.

Passionné d’études, l’éternel apprenant se rend en Mauritanie, en 1992, et s’inscrit à l’Université saoudienne. Il y décroche une maîtrise en 1996, approfondit ses connaissances en droit islamique, en transactions financières, en sciences politiques sous l’angle islamique et explore les pratiques cultuelles… Après un passage à l’internat franco-arabe de Sebikotane, Annûr, le « baroudeur » s’engage dans une nouvelle aventure. La Jordanie est la nouvelle terre d’accueil de cette insatiable âme en perpétuelle quête de savoir. Il se spécialise dans la jurisprudence islamique et ses fondements. Il s’en est suivi quatre années de « galère » loin de sa petite famille et à se gorger de la nourriture que le Ciel a bien voulue le gratifier. « Et quelquefois, je me suffisais juste de remplir le ventre et me replongeais dans ce qui m’avait mené sous ces cieux, les études. Elles étaient le ressort de mon opiniâtreté ». Il y produit un travail de fin d’études dont l’intitulé est « les règles juridiques islamiques concernant les nantis ». Ces acquis lui permettent de mettre son expertise au service d’institutions financières et de certaines écoles supérieures islamiques.

A son retour au Sénégal, Abdoulaye Lam est reçu au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure, en 2003, d’où il sort avec le certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire. Comme dans sa jeunesse, l’enseignant continue de « bourlinguer » au gré des affectations. Toutefois, « ces déplacements n’ont point entamé mon militantisme. Partout où je suis passé, j’ai essayé de me rapprocher des cellules locales de la Jir ». L’ancien vice-président des jeunes de la section de Ziguinchor a milité à Kaolack où il a été chargé de la prédication (en tant que vice-président), à Sebikotane et à Diamegueune. Sur le plan national, il a été membre de la commission formation et prédication. Il est élu, en 2012, premier vice-amir de la Jir chargé de la formation avant qu’il ne soit porté, en 2017, à la tête de cette association religieuse.

Le défi est énorme. Il est exaltant. Le nouvel amir décline ses ambitions en s’accotant aux textes et à l’organigramme de la Jir qui définissent les priorités et les actions à entreprendre.

Serigne Abdoul Ahad Mbacké et la Jir
Il compte inscrire les siennes autour du thème du dernier congrès : « plus de spiritualité et d’actions pour la paix et le développement ». Autrement dit, œuvrer pour le devenir collectif et soumettre les actions à l’éthique. « La Jir n’est pas un parti politique encore moins une association qui cultive une autarcie intellectuelle. Toutes les questions qui engagent la société nous interpellent », tient-il à dire, convaincu de la pertinence des options prises par la Jir. La « légende » voudrait aussi que les « barbus aux courts frocs » (encore une extrapolation de style à l’en croire) fussent les anticonformistes sous les cieux sénégalais où l’Islam confrérique est le plus répandu. Amir Lam en rit et ouvre une page d’histoire : « Avant la création de la Jir, une délégation est allée exposer l’idée à Serigne Abdoul Ahat Mbacké. Il a salué l’initiative et a été le premier à y mettre son franc. Il en a été ainsi avec Serigne Hady Touré de Fasse Touré. A Diacksao, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, recevant la direction, a affirmé que les objectifs de la Jir sont en parfaite cohérence avec ceux qu’il avait consignés dans un de ses poèmes. A l’occasion des fêtes religieuses aussi, nous jouons notre partition sans faire du tintamarre. Cette image négative n’est pas fidèle à la réalité et à nos statuts ». Il y est préconisé, en effet, de prêcher la tolérance ; éloquente réponse dans une période fiévreuse où la religion des musulmans est assimilée à la barbarie, est accusée de développer l’intolérance. L’imam itinérant, brillant orateur, s’attachera à dissiper les incompréhensions…avec certainement quelques versets du Coran, sa source d’inspiration. Savoir en saisir le sens est sa « plus grande fierté ».

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Last modified on lundi, 13 février 2017 15:58

Sollicité pour son approche originale de célébrer les mariages, l’officier d’état civil, Mamadou Diop,  a su marquer les couples passés par ses services, au fil des années. Ses cérémonies sont très courues à l’hôtel de ville de Dakar et au centre principal de l’état civil de la Sicap Amitié II.

Samedi. Il est 16h. Nous sommes  dans la salle de délibération de l’hôtel de ville de Dakar. L’endroit est rempli. Des hommes et femmes en grande toilette occupent les chaises. Ils sont venus assister à la célébration d’un mariage. Le jeune couple est là. L’officier d’état civil  prend la parole. Il rappelle aux mariés les droits et devoirs que renferme le mariage. L’assistance est silencieuse, conférant à l’évocation une solennité marquante.  

Le buste droit, Mamadou Diop,  l’officier d’état civil, assis dans un fauteuil, est en costume.  Il débute la cérémonie. La solennité du moment est étonnante et la sensation ressentie assez étrange. Mamadou Diop a ce don de capter l’attention de son public. Un discours sur mesure, simple, accessible et marquant par le choix des mots. Se basant sur le Code de la Famille, il est maître dans l’art de réunir des conjoints « pour le meilleur et pour le pire ». La mythique salle de délibération où il célèbre les unions est un lieu haut d’histoires. Là, au fil des années, est abritée la célébration des mariages que Diop a conduite avec un rare bonheur.

Il parle haut d’une voix limpide. Il capte l’attention.  Il célèbre l’idéal d’une vie tout en sacrifiant à la logique de l’émotion.  Il a cette manie de rendre le scénario émouvant, vivant, marquant et surtout inoubliable. A la suite de la célébration du mariage, l’officier d’état civil est congratulé et félicité de tout bord. Certains échangent avec lui leurs coordonnées de téléphone pour nouer une relation suivie. D’autres le félicitent avec déférence. Et pourtant, en temps normal, les éloges ne doivent point lui revenir. Pour cause, il n’a fait que son travail  qui consiste à célébrer des mariages. Toutefois, il a cette particularité de les célébrer, ce qui l’amène à capter à son honneur, une attention  toute particulière.

Assister à un mariage célébré par Mamadou Diop ne laisse personne indifférent, tant l’homme a cette capacité de rendre solennels ces moments forts  dans la vie d’un couple. Cette manière de célébrer les mariages lui a permis de nouer pas mal de relations qui ont évolué au fil des années. Et pas n’importe lesquelles. Mamadou Diop, né en 1957 à Wack Ngouna dans le Saloum, a fait ses études entre son village  et la commune de Nioro du Rip. Des études qu’il dit avoir interrompues  afin de se consacrer à sa famille. Fils unique, il était tenu d’assister sa mère dans les travaux.  Il se rappelle d’ailleurs avoir aidé sa maman dans toutes les  tâches domestiques. C’est en 1981 qu’il a commencé à travailler. Il atterrit à la Sonadis. Là, Mamadou va acquérir beaucoup de connaissances  qui lui seront, par la suite, très utiles. 

Une solennité qui marque à jamais
Après la Sonadis, il débarque au bureau d’études de la Sotrac avant d’intégrer, comme commis, l’office d’état civil de Dakar. C’est Mamadou Diop, alors maire de Dakar, qui fera appel à ses services au niveau de l’état civil. Nous sommes en 2000. A force de persévérance et de travail, il parvient à gravir les échelons pour devenir officier  d’état civil à part entière.  Sa nomination est intervenue sous le magistère de Pape Diop. C’est en 2003 qu’il hérite de la célébration des mariages.  Il trouve sur place une dame du nom de Fatoumata Dieng, c’est elle qui guide ses premiers pas, dans la célébration des mariages. Obnubilé par le travail, il assure n’avoir pas  pris de congés depuis 2001.

La solennité que revêt la célébration des mariages semble à ses yeux s’inscrire dans la norme.  « Tous les officiers d’état  civil se valent », déclare-t-il en signe de solidarité avec les membres de sa corporation.  Toutefois,  souligne-t-il, il  est tout le temps animé par l’amour dans ce qu’il fait. Ce qui l’amène à toujours chercher les mots justes pour rendre inoubliables ces moments forts dans la vie d’un couple.  « S’agissant des discours tenus, certains sont préparés d’avance, d’autres par contre sont tout simplement improvisés », note-t-il.  Quand il s’agit d’un mariage où il veut véritablement marquer la solennité, il sort un discours « fétiche ». Chose curieuse, ça marche à tous les coups. Il s’en suit des prières, un échange de numéros de téléphone, etc.  

« Le discours est longuement préparé », affirme-t-il. Mamadou Diop qui ne se lasse pas d’écrire, de réécrire dans le but de perfectionner davantage ce fameux discours.  Il avoue avoir beaucoup lu beaucoup d’ouvrages littéraires pour maitriser les techniques rédactionnelles.  Au fil des années, plusieurs célébrations de mariages l’auront marqué. Par exemple, celle de la fille de l’ambassadeur Bruno Diatta. Si lui, M. Diop, a été en pèlerinage à la Mecque, c’est en partie grâce à cette fille dont il a célébré son mariage.  Le père, Bruno Diatta, marqué par la solennité du moment, a su maintenir les liens avec l’officier d’état civil. C’est ainsi qu’en 2008, il lui a fait bénéficier d’un billet à la Mecque, lui permettant ainsi de voir se réaliser un grand rêve.

L’architecte Pierre Atepa Goudiaby, le colonel Kane des douanes sénégalaises, Me Adama Guèye, le Premier ministre Souleymane Ndené Ndiaye, l’actuel  président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse et l’ancien président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, lui ont manifesté leur amitié. « Nos relations sont mêmes familiales. Il ne se passe rien chez lui sans qu’ils ne soient au courant », souligne Mamadou Diop qui est d’avis que « les mariés, souvent jeunes et fougueux, ont besoin d’être accompagnés par les parents, invités cependant à jamais s’immiscer dans l’intimité des époux ».  Selon lui, il faut laisser une marge de manœuvre aux deux conjoints afin que la communication prévale. « Beaucoup de mariages volent en éclats parce qu’il y a défaut de communication », regrette l’officier d’état civil.

Par Oumar BA

AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.