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Par Exemple (28)

Observateur passionné de l’homme, de son comportement et son environnement, dans quel autre métier que la photographie Matar Ndour aurait-il pu faire ressortir sa sensibilité artistique et culturelle qui s’est manifestée d’abord dans la sculpture et la confection des calebasses. Photographe à la vocation culturelle, il nous plonge dans un univers rempli d’émotions et de rites culturels.

Les photos de Matar Ndour sont une rencontre heureuse d’un photographe avec son monde aux valeurs et réalités aussi différentes les unes les autres. Dans son objectif, des minorités aux patrimoines de plus en plus menacés, pour les transposer dans la photographie afin que le temps fugitif ne les classe dans les tiroirs de l’oubli.

En dehors d’un contenu humain et mobilier, sa maison se confondrait à une galerie d’exposition de photographie. Au seuil de la porte d’entrée, des photos de personnes en mouvement joliment floutées vous accueillent. Un flou désiré et maîtrisé. Dans le salon, pareil décor. Portraits et photoreportages s’entremêlent et éclipsent tout autre décor qu’il soit en fleurs ou en mobilier. Immersion dans le milieu d’un photographe aux œuvres remplies d’histoires de minorités ethniques.

« Exposition à domicile »
Les quatre coins de son salon portent les empreintes de son obsession culturelle, artistique et esthétique envers les minorités ethniques du pays. Dans son « exposition à domicile », il a décidé de transposer la cérémonie de « Nianetioural » en pays Bédik, notamment à Batantata. Une festivité de femmes mariées qui a lieu tous les quatre ans et au cours de laquelle elles chantent, dansent et pleurent, s’interrogeant sur leur devenir d’ici la prochaine fête. Seraient-elles divorcées entre-temps ? Seraient-elles mortes ? Autant de questions auxquelles seul le Dieu de l’univers pourra répondre. Le grand portraitiste, lui, ce qu’il peut faire, c’est arrêter ses moments de sensualité et d’émotion dans le temps et dans l’espace en mettant le focus sur une dame dont la coiffure témoigne son statut de femme mariée. S’appuyant d’une main sur son bambou, symbole de la longévité et de la fertilité qu’elle déposera dans le bois sacré, elle figure dans un plan de film à hauteur d’homme. Des points focaux sur son visage pris de profil, sur les concessions et sur son bambou. Des éléments constitutifs dans son viseur pour donner une écriture à chaque élément. Lecture agréable d’une image qui raconte des vies, des valeurs dans un contexte particulier culturellement. À côté, un autre portrait d’une vieille Bédik qui, avec son piercing d’épine de porc-épic au nez, arbore ses boucles d’oreilles et ses colliers en perles qui se perpétuent de génération en génération. « Les femmes qui ont cette épine au nez sont des épouses de chasseurs qui, quelque part, ont fait un exploit », renseigne l’écrivain-photographe. La recherche, un souci qui a guidé son travail de tous les jours. En effet, l’homme aux images parlantes se détache du « goorgorlu » ou de l’amateur de la photo.

Une sensibilité culturelle qui demeure
Sa sensibilité culturelle, il va la traquer durant des années sur chacun de ses clichés, mettant variablement l’accent sur des sujets qui vont en harmonie avec sa volonté acharnée de préserver certaines valeurs culturelles rares voire en disparition. En effet, son actuel projet ethno-photographique s’articule autour des signes et symboles. « Dans nos sociétés africaines, en particulier au Sénégal, tout est signes, symboles et codes tant au niveau des coiffures, des parures que de l’accoutrement. Les couleurs, les démarches, les positions des arbres, des concessions, également », remarque-t-il. Focus à nouveau sur les Bédik, les Bassari, les Cognagui, avec des régions cibles comme Tambacounda et Kolda. Mais également sur la haute Casamance et la moyenne Casamance, la partie sud-est pour des recherches sur les différents cycles initiatiques et sur la royauté. Travaillant avec un socio-anthropologue aiguisant sa sensibilité, enfin l’onomastique, notamment la science des noms dans son objectif, fait ressortir l’effet de la colonisation islamique qui est venue remettre en question celui de la tradition. Lui même est une victime. Matar n’est-il pas son nom arabe au lieu de son Ndiaga ceddo.

A l’école de la rue, le style se veut personnel
Trente ans dans la recherche photographique, par conséquent dans le quotidien de l’homme et tout ce qui a trait à son environnement, le portraitiste diourbellois s’impose d’abord dans le domaine de la photographie industrielle, d'architecture, de la mode et du sport. Un début qui s’éclipse au profit d’une approche personnelle. Il porte ainsi son regard sur les villes de Rufisque, Gorée et Saint-Louis, ainsi que sur des pans significatifs du patrimoine culturel sénégalais, son ambition de tous les jours. Une passion de la photo qui a fini par prendre le dessus sur ses études de comptabilité. Un amour qui, pourtant, avait débuté par un malheureux concours de circonstances, notamment la mort d’un cousin photographe sur qui il avait récupéré l’appareil.

Dans l’œil de la presse étrangère
Un mort qui engendre un photographe vivant débordant de talents avec des projets qui tapent dans l’œil d’organes de presse étrangers. En collaboration avec des journaux locaux et étrangers, notamment avec Libération, Jeune Afrique, Panapress, 7 week-end, il a exposé dans pas mal de galeries et rencontres internationales telles que les 5es Rencontres de la photographie de Bamako ou le festival Breton « Les Arts dînent à l'huile ». Son livre intitulé « La lutte sénégalaise, Sunu cossan », puise dans le sport national en insistant sur la dimension très plastique.

En dehors de ses qualités de grand portraitiste, Matar Ndour est également un photojournaliste. En tant que photographe qui, avant tout, a l’art de transmettre des émotions, ses rencontres avec autrui, plus que l’image, il capte des moments de vie. C’est ainsi qu’il a promené son regard sur des villes de la banlieue de Dakar pour transposer la débrouillardise de ses habitants des zones populaires. Rufisque, l’ancienne ville coloniale où tradition et modernité s'entrecroisent sans pour autant se confronter, témoigne sur son projet « Portrait d’une ville ». Parmi les photos de ce reportage, une qui authentifie le reste des entrepôts du premier port du Sénégal. Le wharf de Rufisque, témoin du commerce bordelais et nantais, revit à travers ses œuvres, chez-lui.

Par Marame Coumba SECK

Dans le royaume du Mandé, ses ancêtres étaient les maîtres proclamés dans la maîtrise et l’enseignement du Coran. Dans l’univers de la photo, il se veut roi. Mandémory de son nom d’artiste, est un photodidacte qui se détache de cette pléthore de professionnels de la photographie par un style rare qui se rapproche du reportage sans trop verser dans l’institutionnel.

Fougueux, spontané, avec une forte dose de suffisance, il exprime sa pensée sans détour. D’ailleurs, à l’entendre aborder les sujets d’actualité, on a du mal à lui coller l’étiquette d’un artiste féru de photographie mais plutôt celle d’un engagé qui fait le procès de son pays. Cette audace sous son béret noir rappelant le Ché en fait, pour son interlocuteur, un révolutionnaire. Effusion de mots. Convictions cerclées. Un look qui lui va si bien pour contenir sa chevelure abondante et jamais arrangée. Il se débarrasse rarement de son couvre-chef.

Sauf en reportage où ses cheveux blancs le mettent à l’abri de l’homme de la rue à la colère incontrôlable qui ne souhaiterait pas figurer dans son objectif. Autant en apporte le droit d’aînesse dans l’exercice de son métier.

Mandémory, une vie, un champ de prédilection, la photographie. Rien que la photo. Une passion d’enfance qui avait fini par prendre une forme professionnelle. D’ailleurs, ceux qui ont connu ce grand amoureux des bandes dessinées qui fréquentait régulièrement les salles de cinéma dans sa tendre enfance lui avaient tracé une trajectoire de peintre, cinéaste ou photographe. Au lycée, il cède à l’image en s’achetant un appareil pour faire des photos qu’il allait développer dans les laboratoires professionnels. En effet, avec son premier appareil photo Instamatic Kodac, une gamme destinée au grand public, il s’improvise photographe. Sur sa pellicule, son environnement défile bien synchronisée avec la rotation des évènements qui l’entourent. A quatorze ans, son métier va consister désormais à fixer les moments dans le temps et dans l’espace avec ses appareils successifs, en particulier son Lubitel et son 6x6, entre autres. Ses photos évoquent l’environnement dans lequel il a grandi, par conséquent son enfance.

Boubacar Touré devient un photographe complet avec une sensibilité et une créativité à jamais égalées. Photodidacte, il a appris tout seul cet art visuel. En l’absence d’une académie de formation, son style s’est voulu personnel avec un genre photographique pas très courant. En effet, il n’y avait aucune perception conventionnelle de la profession. Pour dire vrai, c’était le cadet de ses soucis jusqu’à ce qu’il eût accès à des bouquins, des manuels, à des revues pour s’imprégner de ce grand monde de la photo. Son objectif se limitait à faire ce dont il avait envie, la photo. Avec son style propre qui se rapproche du reportage sans pour autant être trop institutionnel, le roi du Mandé, dans l’univers de la photo, avait décidé de reproduire son environnement immédiat. Avec sa démarche photographique dépourvue de tout artifice, il joue en harmonie avec les objets qui doivent figurer dans son 24x36, notamment son cadre photographique. Dans son Guédiawaye, il essayait d’être le témoin de ce qui se passait à travers son appareil photo. A partir du laid, il produit quelque chose de plastique. « Je suis tellement habitué à mon environnent que quand je vais à Paris ou à New york, j’ai du mal à photographier leurs paysages. C’est comme si on me sortait de l’eau pour m’exposer à l’air libre », soutient ce natif de Gueule Tapée, plus précisément à Nimzat Baye Gaïndé, actuel Hlm 5.

Le photographe si proche, si loin
Depuis longtemps, on s’est plaint du manque d'images d'Afrique en dehors de celles véhiculées par les médias occidentaux ou celles proposées dans les cartes postales. Pourtant, le continent recèle une part importante de photographes professionnels capables, de par leur sensibilité, de faire preuve de créativité dans leur prise de vue. Et Boubacar Touré en est un. A l’ère du numérique, est photographe qui veut, mais rare sont ceux qui possèdent le don de Mandémory qui se nourrit de cet art visuel et qui le pratique avec beaucoup de tact. A soixante ans, il suffit qu’il débarque dans un lieu pour concevoir un sujet clé en main. Grand portraitiste et un des précurseurs de la photographie africaine, il est un témoin privilégié de l'évolution de sa société. Dans son métier livré aux lois du secteur informel, il ne s’adapte point. Son style reste le même bien qu’il épouse l’actualité.

Ses photos correspondent plus à une norme internationale. En effet, le photographe avait exclu les journaux locaux qui ne correspondaient pas à sa démarche. Au dessus de la presse nationale, il fallait faire un travail artistique pour voir le jour. Du travail axé sur la recherche pour réussir ce challenge. Un coup de pouce de la presse culturelle dans les années 1990 pour taper dans l’œil des patrons de presse internationaux. Cette dernière l’a aussi aidé dans la campagne de revendication pour faire admettre l’appartenance de la photo aux arts visuels. Commençant par des travaux industriels, il s’était davantage concentré dans la création. Un style fait d'angles de prises de vue inhabituels dégageant des plans aux perspectives contradictoires.

Il avait ainsi commencé à taquiner les genres portraits et reportages. Désormais, il fait beaucoup dans la mise en scène et moins dans la publicité, décidant, en effet, de reproduire tout ce qui avait trait aux travaux de l’homme et son environnement. Il avait pris goût à photographier les groupes ethniques. Au Sénégal, les Bassari, les Bedik et les Diolas ont été sur son champ photographique ainsi que les Timis en Sierra Léone.

Des travaux qui ont donné naissance à de multiples expositions à Dakar, Saint-Louis, Bamako.
 
La consécration
En 1992, la publication de ses œuvres par la « Revue noire » avait permis aux gens vivant à l’étranger de voir ce qui se passe du côté de l’Afrique. Dans la classe des photodidactes, sa première exposition a lieu en 1986 à Gorée, sur le thème des "Fous de Dakar". Des œuvres qui figurent de plus en plus dans des galeries internationales, un regard qui commence à se peaufiner, des d’ambitions photographiques qui s’internationalisent. En collectif, son monde de photographes s’organise. Sur la lancée, des photographes de Dakar étaient invités, pour la première fois, à Bamako, pour montrer leurs travaux. Reconnaissance d’une entreprise longuement mûrie, il fallait s’exprimer de la manière la plus intellectuelle possible. Au lendemain de la dévaluation du FCfa, il avait décidé de traiter cette nouvelle réalité économique. Mais, comment transposer une réalité aussi abstraite dans la photographie ? Des visuels savants pour faire accepter son sujet. Le quotidien des petits travailleurs de Bamako dans son objectif. Conciliant le côté exotique au labeur du boulot, son nom avait fait la Une des journaux de la presse étrangère. Si cette mesure d’austérité économique avait réduit la valeur des monnaies, elle avait fait la fortune de l’homme. « Exposées, mes photos étaient courues par la presse présente à Bamako pour couvrir les rencontres. D’un coup, j’étais devenu millionnaire. La pige était chère dans un journal français. Par exemple, quand « Télérama » me prenait trois photos, j’avais un million de FCfa en poche, deux photos pour « le Monde », 600.000 FCfa sur un plateau. Ainsi de suite », sourit l’artiste. Ayant des sujets à faire sur l’Afrique comme la pêche artisanale, entre autres, Mandémory était devenu le Monsieur qui se trouvait dans pas mal de carnets d’adresses de chefs de rédaction.

A tout seigneur, tout honneur
Débordant de talent, il a raflé pas mal de prix sur le plan national comme international. Auteur du projet « Une ville en décrépitude », en 2006, une de ses photos reportage intitulée « Ville capitale d’Afrique », exposée à New-York, faisait partie des dix meilleures photos aux Etats-Unis. Faisant partie, en un moment, des trois meilleurs photographes du continent, son expérience photographique est très dense. Lauréat du premier prix de la catégorie magazine des fusils awards en photojournalisme, Boubacar Touré a été primé par la fondation Phillippe Boucher.

Nominé par « National géographique », il avait cependant boudé devant l’obligation d’écrire ses textes en anglais. Chef du service photo de la « Pana », il claque la porte quelques mois après. Il n’est pas à l’aise au sein des institutions. D’ailleurs, il considère que s’il est devenu un raté de la photo, c’est parce qu’il n’a pas voulu de la politique.

Par Marame Coumba Seck

Auteur, compositeur et interprète passionnée de musique, Agsila, de son nom de scène, fait partie désormais de la nouvelle génération montante de l’afro jazz avec un opus de quatre titres sur le marché.

Dans un vêtement à manches courtes dont le body lui arrive à peine jusqu’au nombril, elle laisse découvrir une minceur qui lui donne tous les atouts d’un mannequin de renommée. Ndèye Rokhaya Diop s’inspire de sa mère, une grande créatrice pour dessiner ses tenues de scène. Noire jusqu’au bout des ongles, son corps est le résumé de toutes les particularités de la femme africaine, à l’exception de son nez fin et pointu. Sinon elle en a tout : peau d’une noirceur d’ébène, de longs cheveux qui lui tombent sur la figure.

« Agsil d’Afrique », (bienvenu en terre africaine) dont la contraction Agsila lui colle bien à la peau au point d’en faire son nom de scène. « Si je devais renaître, je me nommerais ainsi », laisse-t-elle entendre. Une belle fleur qui éclot avec un opus, « Femme d’Afrique », des plus prometteurs. Une œuvre aux paroles profondes et engagées. Émouvante et authentique, c’est une sommité de sonorités. Du jazz, de l’afro et un peu de blues avec un éventail de genres musicaux africains allant de la rumba congolaise au tusagana. Ce qu’elle appelle « un mélange d’Afrique » et qui donne à son œuvre musicale une touche d’originalité. « Je compose à la guitare en m’inspirant de toutes les harmonies d’Afrique. En effet, je chante dans plusieurs langues africaines, peule, lingala, zoulou et en wolof car je rêve d’une Afrique unie non pas en comptant sur la politique uniquement mais aussi grâce à la culture », ambitionne cette nouvelle diva.

Dans son souci d’une unité africaine, elle veut faire de ce continent, enfanté dans la douleur, un pôle d’attraction. Ceci grâce au génie de la culture, en particulier de la musique. Un combat qu’elle a débuté à l’école et qui est, aujourd’hui, transposé dans sa passion de toujours, la musique. Sensible à l’histoire et au passé spirituel, elle avait embrassé une carrière en tourisme, un moyen pour elle de faire découvrir ce qui nous reste de l’Afrique vraie, notamment les vestiges. Elle avait consacré son mémoire d’étude intitulé « Tourisme et archéologie » dans ce projet. Une trajectoire d’intellectuelle qui finit sur la scène musicale où elle décline et déclame son amour pour son continent à travers son titre, « Tee noo boolo », une mélodie qui appelle à l’unité de la terre d’origine dont elle vante les valeurs et qui possèderait dans ses propres racines, les remèdes de ses propres maux. A travers des percussions traditionnelles accompagnées d’instruments acoustiques, ses prières s’inspirent de la rumba romantique congolaise.

La belle voix des femmes
Dans sa ballade musicale, elle va en croisade contre le sexisme, la discrimination et les violences faites aux femmes. « Mousso anga wouli kéléla », « Femme, c’est le jour du combat ». Un titre engagé avec une forte dose de slaming à travers lequel elle invite les femmes à lever la voix car leurs éloges se font dans les chants et écrits mais la réalité reste pleurs et cris. Des femmes qu’elle encourage à s’affirmer sans repentances. Et le seul moyen d’y parvenir pour elle, c’est la quête du savoir, clé de sa victoire. En effet, en tant que femme engagée, elle partage sa vision des choses et sa philosophie de la vie à travers Amai, l’histoire d’une femme qui, abandonnée par son mari, cultive la terre pour nourrir ses enfants. Une plaidoirie teintée de compassion sur une musique alliant guitare jazzy et flûte peule. « Ce morceau est un hommage émouvant aux femmes d’Afrique, en particulier les femmes du monde rural », dédie-t-elle. Au-delà des complaintes, cet album nourrit l’espoir et incite au courage tout comme « Simba » qui épouse la forme du conte pour remettre en question les différences liés aux castes.

Elle est consciente que le féminisme est un « extrémisme », mais qui « permet de rétablir un équilibre social ». Cependant, ses textes engagés à l’allure poétique se nourrissent d’amour, de la générosité chantés dans divers langues avec quelques notes en français et en anglais. Des sentiments qui s’élèvent au dessus des différences comme elle l’affirme dans « Evumulu » (le vent de l’amour), un morceau intime de cet opus chanté en bulu, une langue camerounaise.

Etant née et ayant grandi entre Pikine et Malika, elle a commencé à taquiner la musique à l’âge de sept ans. Ecrivant des textes qu’elle offrait au grand public de la rue, dans les chorales, elle avait pris goût au gospel. Une passion d’artiste qui était bien perçue par ses parents même si ces derniers accordaient une grande importance à ses études. Son père, amateur de musique classique, l’avait aidée pour y mettre de la forme. Malgré ses études de droit à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et sa licence en Gestion touristique, cette titulaire d’un baccalauréat littéraire s’est choisie une voie d’artiste-compositeur. En effet, avec ses deux sœurs jumelles, elle crée en 2009, son groupe « Fiat lux », (que la lumière soit). Une union qui vole en éclat après quelques années de compagnonnage, ses sœurs préférant retourner à leurs études la laissant seule avec ses rêves de carrière musicale. Elle entre dans l’orchestre national du Sénégal où elle suit une formation renforcée par des cours de guitare et de chant au Centre culturel Douta Seck. Depuis, elle ne cesse d’écrire des chansons, affirmant sa démarche d’une artiste à la carrière solo pour s’exprimer librement avec des paroles tirées des scènes de la vie mais aussi des bruits environnants.

Par Marame Coumba Seck Par Marame Coumba Seck

Combattant devant l’éternel, Mody Sy a des convictions qu’il dit être prêt à défendre au « prix de sa vie ». Cet ancien du Pds devenu responsable de l’Apr a marqué de son empreinte l’histoire politique du Sénégal.

Il paraît que le regard ne ment pas. Celui de ceux qui reviennent de loin et droit, il vous fixe pour ne plus vous quitter. Si le regard de Mody Sy n’intimide point, force est de reconnaître qu’il sort du lot. Il a une expression unique indescriptible à la limite. Habile, l’homme parle sans hésiter. Il se tait parfois en l’espace d’une seconde, se rappelle puis continue son récit. 

Le rendez-vous a été pris de longue date. C’est que Mody Sy, président du Conseil d’administration de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), coordinateur de l’Alliance pour la République à Matam est un homme très sollicité. S’il ne s’affaire pas aux questions courantes de sa société, il reçoit à longueur de journée des militants ou à défaut se rend dans sa base politique à Matam. La poids de l’âge (71 ans) n’a pas pu tempérer son ardeur politique.

En ce mercredi, son habillement caractérisé par sa simplicité sort cependant de l’ordinaire, boubou traditionnel ample et suffisamment amidonné, il débarque tout sourire. Désolé de vous avoir fait attendre, c’est parce que mon calendrier est trop chargé, s’excuse-t-il.

Il commande un café à la secrétaire, avant de décliner son parcours, avec un enthousiasme ponctué toutefois de sagesse et de retenue. C’est que l’homme a connu un chemin qui sort de l’ordinaire. Ce qui l’amène d’ailleurs à ne point oublier. Un œil critique sur les faits et gestes des politiques « qui ne croient en rien », des risques, il en a pris lui, mu par le seul souci « de défendre son pays ».

L’homme trouvé dans son immense bureau, précieusement rangé et méthodiquement décoré, affiche la frimousse sereine. Les personnes âgées sont souvent pressées, a-t-on tendance à dire. Ce n’est décidément pas le cas de Mody Sy. Il parle doucement et prend la peine de bien choisir ses mots. C’est que, rappelle-t-il, certains de ses « choix », lui ont, par le passé, fait vivre des pires moments de sa vie. « Désormais, avant de faire quoi que ce soit, je réfléchis », rigole-t-il, le sourire bien en vue. Seulement, tout est écrit d’avance et nulle ne peut échapper à son destin, s’empresse-t-il de souligner. Plus sérieusement, il dit ne regretter aucun de ses choix et va jusqu’à « pleinement, les assumer tous ». Cet homme qui s’est depuis rassasié a pourtant marqué de son empreinte l’histoire politique du Sénégal. Très actif durant sa jeunesse, cette posture lui a, à bien des égards, valu autant de moments de bonheur que de déboires. «Ce sont les risques de l’engagement », relève-t-il.

Pourtant, rien ne semblait destiner à la politique ce fils de Matam, ancien ingénieur qui « gagnait bien sa vie », en France. Il a vendu son expertise dans plusieurs sociétés françaises. Il a tout d’abord travaillé à la Régie nationale des usines Renault, au service moteur. Ensuite, cap à la société Marcel Dassault au service Développement et Fabrication. Puis, l’ingénieu ratterrit à Matta, une société spécialiséedans l’armement. C’est à Sisem, une société qui confectionne des ordinateurs, qu’il boucle sa carrière. Mody Sy et la politique, c’est une longue histoire mêlée d’amour et de déceptions. Tout est parti d’un jour de 1973. Une rencontre d’avec un homme qui sera très déterminant dans son existence. Un certain Abdoulaye Wade qui venait fraîchement de créer un parti de « contribution ».

« Avant de militer au Parti démocratique Sénégalais (Pds), j’avais rencontré Abdoulaye Wade à l’aéroport Roissy Charles De Gaulle (Paris). Cette rencontre est même antérieure à la création du Pds. Je lui ai clairement signifié mon désaccord vis-à-vis du mot contribution, mais j’étais cependant dans les dispositions de m’opposer». Il milite alors dans l’opposition. Et c’est parti pour une idylle politique qui va durer des années. Mody Sy travaille dans un premier temps à massifier le Parti nouvellement créé dans la diaspora. «C’était difficile de faire de la politique à l’époque. Les gens n’avaient pas encore cette culture d’opposition, presque tout le monde était avec le parti au pouvoir », se rappelle-t-il. L’abnégation et la détermination finiront, petit à petit, à faire rallier des personnes qui adhèrent à la cause du Pds.

Les années de braises
Mody Sy est élu député en 1993 et sera arrêté avant même qu’il ait eu le temps d’aller siéger à l’Assembléenationale. Son séjour carcéral va, en tout, durer 14 mois. A l’occasion, l’homme dit avoir subi toutes sortes de tortures. Pour se tirer d’affaire, on lui demande alors de simplement « mouiller » Abdoulaye Wade, alors figure de proue et chef de file de l’opposition. Au prix de sa vie, Mody Sy refuse de porter des accusations contre son leader, «à tort» de surcroît. Il passera, pour cela, de sales moments. Arrêté dans le cadre d’une enquête, il sera, dit-il, torturé à «friser le trépas». «Si je ne l’ai pas connu, j’ai vraiment frôlé la mort et je sais ce que c’est l’agonie».

On lui fait alors passer dans un appareil Zezere, une machine qui sert à faire sauter des roches de mines. Un appareil de 5.000 volts sans aucune intensité. «Ça ne tue pas, mais ce n’est vraiment pas drôle, cela fait trop mal », relève-t-il. 3h du matin, il est menotté pour subir le supplice de l’épervier. «Ils m’ont mis un bâton sous les genoux et un bras dessous », se rappelle-t-il. Puis, il est projeté à la renverse. C’est seulement après que les décharges sont venues s’ajouter au supplice. Une autre fois, c’est près de la mer que le calvaire a lieu. «Ils ont creusé untrou pour m’y enterrer à la manière des morts, mais ils ont pris le soin de ne pas enfouir ma tête », se rappelle-t-il avec cette injonction, qui rencontrait tout le temps son refus : «accuse Abdoulaye Wade et on te relâche ».

La consécration
Aujourd’hui encore, malgré les années qui passent, c’est avec une voix teintée d’émotion qu’il se remémore de ces moments «sombres» de sa vie. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’homme dit pourtant ne nourrir aucun regret. «Au-delà d’Abdoulaye Wade, je défendais la vérité, pour ma génération et celle qui allait suivre. J’ai accepté de subir cette violence pour sauver mon parti. J’ai subi pour un opposant qui, durant 20 ans, disait incarner les valeurs de la démocratie. J’étais prêt à mourir pour mon peuple».

Son compagnonnage d’avec le Pds, parti qu’il dit avoir défendu «corps et âme » et au péril de sa vie va pourtant s’effriter et même se rompre à la faveur d’incompréhensions. «J’ai, par la suite, subi plusieurs injustices au sein de mon parti.Avec le frère Ousmane Ngom, nous avons fini par claquer la porte», se rappelle-t-il. Le retour se fera après que Abdoulaye Wade accède au pouvoir, mais rien n’y fait, «les choses s’étaient gâtées, impossible dans ces situations, de recoller les morceaux», souligne-t-il.

C’est quand Macky Sall décide de créer son parti que Mody Sy reprend enfin goût à la politique. Il croit en l’homme et se retrouve totalement dans son programme. Il ne se fait alors guère prier pour rejoindre les rangs de l’Apr. Une nouvelle page s’ouvre avec son lot de combats. Mais l’homme n’a pas peur des défis et en bon combattant, il sait parfaitement jouer le rôle d’un « conciliateur des foules ».Même processus, il est investi coordonnateur du parti nouvellement créé à Matam et se fait l’honneur d’accompagner le futur président de la République en Europe pour une tournée dans la diaspora. Plus que jamais déterminés, les membres de l’Apr initient des tournées nationales. Il est persuadé que Macky Sall est « le meilleur président qu’a jamais connu le Sénégal ». Parole d’ancien ou de partisan ? Lui jure avoir dépassé « l’âge de raconter des salades ». Il campe : «Macky Sall a suffisamment de compétences et de vision, pour amener le Sénégal au-delà même de nos attentes», réitère-t-il. Il jette, en outre, la pierre à ceshommes politiques « qui ont manqué de courage et de vision, lorsqu’il fallait s’engager». L’homme a du mal à composer avec l’hypocrisie. Ce qu’il dit, il le puise au plus profond de lui... Sans langue de bois, il lâche cependant«sans rancune, aucune».

Par Oumar BA

Responsable politique à Guédiawaye, adjointe au maire et présidente des femmes de l’Apr dans cette localité, elle est, depuis 2012, la présidente du conseil d’administration de la Lonase.

Jeune, le succès et la réussite n'ont pas attendu les années de maturité pour visiter Néné Fatoumata Tall. Adjointe au maire de Guédiawaye et présidente des femmes de l’Alliance pour la République (Apr) dans cette localité, à vingt neuf ans, elle dirige le conseil d’Administration de la loterie nationale sénégalaise (Lonase). D’ailleurs, elle périphrase Pierre Corneille qui fait dire à Rodrigue, dans Le Cid, « aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ».

Belle, Fatoumata Néné Tall ne l’est pas moins. D’une grande jovialité, sans maquillage, elle parait plus jeune qu’à l’écran et ses photos. Bonne patronne, bonne voisine. A bord de son véhicule, elle fait la remarque à des messieurs arrêtés devant une porte. « Aujourd’hui, vous êtes bien garés », chahute-t-elle. Tout en s’invitant, dès sa descente de la voiture, dans la discussion du personnel de sa maison qui abordait la question de la polygamie, le sujet de prédilection de certains hommes.

En cette après midi de mercredi, elle rompt avec l’atmosphère des bureaux. Point de costumes tailleurs ni de grands boubous comme elle a l’habitude d’en mettre dans ses activités publiques. Elle se veut femme au foyer. Dans une robe de soie marron assortie de motifs bleus, elle revient du supermarché. D’ailleurs, sur le ton de la dérision, elle laisse entendre : « Responsable politique déjà, c’est très difficile, femme au foyer, plus encore, administrateur, c’est terrible. Quand on y ajoute les études, c’est mortel ». Une manière de résumer sa situation actuelle. En effet, quatre lieux qui s’imposent à elle, le bureau, Guédiawaye, sa base politique, chez elle et à l’université où elle suit une formation en business d’administration.

Success story
Dans le cercle des intellectuels de l’alternance dirigé au temps par Isma Dioum, sa carrière politique s’était dessinée grâce à son militantisme. Un mouvement au sein du parti démocratique sénégalais (Pds) qui a fait long feu. C’est grâce à Alioune Badara Cissé qu’elle avait connu son leader politique, Macky Sall. Victime de la loi Sada Ndiaye, qu’elle qualifie de « mal nécessaire », en 2008, elle était juste une militante à la quête d’un mentor politique. « Mackyste » fondamentale, elle ne tarit pas d’éloges sur son leader. Celui pour qui elle avait défié vents et marées pour la tenue des élections en 2012. Sa témérité de jeune politique l’avait poussé devant les journalistes et de la communauté internationale à brandir sa pancarte devant le président Obasanjo à qui elle signifiait qu’un report des élections ne sera pas accepté. Le destin prend encore des raccourcis inattendus pour la faire briller. 2012, enfin, Macky Sall au palais de la République.

En effet, après un passage à la Convergence des jeunes républicains (Cojer), elle avait migré vers les femmes de l’Apr de Guédiawaye, une localité à forte densité humaine où se trouve sa base politique, notamment à Golf Sud. En 2014, lors de l’assemblée générale pour y structurer l’Apr, elle est choisie pour diriger les femmes de la localité. Guédiawaye brille à l’Apr depuis l’arrivée du frère du président, maire de ce département qu’elle seconde. Un succès qu’elle met au compte d’une bonne vision politique, d’un programme adéquat et d’une proximité à la base. Sept cents bourses et demi bourses aux élèves et étudiants de Guédiawaye, cent millions de FCfa pour l’autonomisation des femmes des cinq communes de la ville à travers le ministère de la Micro-finance, de quoi séduire un électorat pour se maintenir à la mairie. « En plus, Guédiawaye en chantier. On est en train de réfectionner des écoles, de construire des mosquées et de réhabiliter des églises », résume-t-elle comme bilan.

Démocratie familiale
Un père socialiste, actif dans le Parti socialiste, et une fille « apériste », qu’est-ce que cela donne ? Une démocratie familiale au-delà du « Benno » des deux partis. Son père n’avait pas vu d’un bon œil son compagnonnage avec Macky, un produit de l’école du Pape du « Sopi » qui, pour lui, est aux antipodes des valeurs républicaines. Mais, le destin a gommé ces aspérités. N’est-ce pas Macky Sall qui a couronné la tête de sa fille qui était prédestinée à exercer le métier de son père, le journalisme. Une vocation qui était orientée par la suite vers le tourisme. Un diplôme supérieur de technicien en tourisme, puis un Master en Administration des affaires, sa carrière politique l’a propulsée à la présidence du conseil d’administration de la Lonase. L’administration et la politique, deux domaines différents bien que liés. Toutefois, elle sait les dissocier.

Etant une réussite féminine, elle appelle les politiques à revoir la place des femmes dans cette sphère, qui se limite le plus souvent à la mobilisation et à l’accueil, afin de les faire accéder aux postes de responsabilité pour plus d’avis.

Par Marame Coumba SECK

Sénégalais de nationalité espagnole, il se dit citoyen du monde et migrant à la fois. Le président d’Horizon sans frontières, une organisation non gouvernementale qui milite pour la défense, l’orientation et la réintégration des migrants, Boubacar Sèye, fait de ce combat un idéal de vie.

Fougueux. Bouillant. Réactif. Le caractère fait l’homme. Le combat de Boubacar Sèye, c’est l’intégration des migrants quelles que soient leurs appartenances ou leurs couleurs. Et il le plaide avec une lumière dans les yeux qui en dit long sur son attachement à cette cause. En cette matinée de mercredi 16 novembre 2016, il est encore dans ses œuvres. Avec la volonté prêtée à l’Allemagne de rapatrier les Sénégalais établis dans son territoire, la presse fait la queue devant sa porte pour recueillir son avis. Son téléphone n’en finit pas de sonner. Le président d’Horizon sans frontières ne veut laisser aucun détail lui échapper sur cette nouvelle qui, pour le moment, ne prend que la forme d’une rumeur.

« Le rapatriement, s’il n’est pas volontaire, est une violation de l’article 3 et 5 de la déclaration universelle des droits de l’homme », une phrase qui est revenue plusieurs fois dans ses réactions. Ses mots interpellent l’Etat qu’il met face à ses responsabilités, notamment sa mission régalienne de protection de ses citoyens partout où ils trouvent.

Passé migratoire
Son engagement pour la défense et l’intégration des immigrants n’est point le fruit d’un hasard. Depuis l’Espagne où il s’était établi durant des années, il fut un jour victime d’un rejet identitaire. « Ayant l’habitude de faire du vélo le dimanche avec ma fille sur une piste réservée aux cyclistes, une femme s’était rapprochée pour me dire de rentrer chez moi. De retour à la maison, ma fille ne cessait de demander à sa mère pourquoi papa devrait rentrer et cela avait suscité en moi une grande tristesse. Depuis ce jour, j’ai décidé de me battre. C’est ce qui a motivé, en grande partie, mon combat», raconte-il. Récit d’une vie en terre étrangère, loin de son pays natal avec des frustrations qui ont donné, par la suite, naissance à Horizon sans frontières, une Ong qui s’est dressée contre les discours populistes, sources de racisme et de rejet des immigrants.

Quelques souvenirs qui font resurgir un passé de migrant aux mouvements tumultueux dans l’espace européen. En effet, face à un système universitaire qui ne rassure point dans le années 1990, il décide d’aller poursuivre ses études en dehors du pays. Admis à l’Université Pasteur de Strasbourg, ce professeur de mathématique avait bénéficié d’une préinscription pour faire les mathématiques appliquées. Sans visa, il est aussitôt expulsé vers la Côte d’Ivoire où il est resté dix ans avant de rejoindre encore l’Europe du fait de la guerre qui a secoué le pays des éléphants en 2000. L’oiseau migrateur reprend, en effet, son envol vers d’autres destinations, à la recherche d’une meilleure vie. Sans maison d’accueil en France, il fait le tour des hôtels jusqu’à épuisement de son portefeuille. Direction le sud de l’Italie où il n’avait qu’une seule possibilité, la vente à la sauvette. Le jeune Boubacar avait décidé de remonter sur Milan, une ville cosmopolite mais très chère. Par un heureux concours de circonstance, il est admis dans une école française comme prestataire. Juste de quoi payer sa chambre d’hôtel. Face à un train de vie intenable, il migre à nouveau vers l’Espagne, un pays dans lequel il a pu s’intégrer car en un mois il obtient la nationalité. Trilingue (il parle le français, l’anglais et l’italien), il est recruté dans une station de ski comme traducteur auprès des touristes. Sauf que tout ce qu’il savait dire dans la langue de son pays d’accueil était : « stoy despuerto hacer el trabajo » (je suis disposé à faire ce travail). Des souvenirs d’une témérité passée qui lui arrachent quelques sourires. Après une immersion dans la langue espagnole, il crée ses propres entreprises de télécommunication et de transfert d’argent.

Orphelin de mère et garçon unique dans une famille modeste, il ne fallait pas rentrer bredouille. D’ailleurs, en abordant cet épisode de sa vie, on sent perler une grande émotion. Sa voix tremble et il finit par plonger dans un silence absolu. Il a suffi d’aborder à nouveau le sort des migrants mis aux bancs des accusés pour le sortir de cet inconfort émotionnel. En effet, face à une Europe qui s’érige en forteresse, avec des barricades juridico-politiques et physiques qui font de ses frontières des lieux de souffrance des migrants voire des cimetières, il appelle les Etats, en particulier africains, à réadapter leurs politiques de migration en tenant compte de la complexité, de la globalité et de la transversalité du phénomène.

Revenu depuis 2006 au Sénégal pour relancer le débat autour de ces flux qui constituent aujourd’hui l’un des plus grands défis auxquels les Etats sont confrontés, il laisse derrière lui, en Europe, une famille métissée et intégrée, à l’abri des fureurs migratoires.

Par Marame Coumba Seck

Dans une atmosphère de connectivité, il se taille un succès phénoménal. Journaliste-blogueur et entrepreneur Web, ce talentueux publisher élargit de plus en plus ses domaines de compétence en multimédia, épousant l’évolution du digital.

Dans le quartier chic de Sacré-Cœur 3, une plaque sur la devanture d’un bâtiment donne sur une petite ruelle où les véhicules se dérobent aux regards. Au service technique de « Seneweb », tout se veut digital. Dans le silence des bureaux aux portes fermées, seule la lumière des ordinateurs permet d’identifier les visages figés devant les écrans. Dans ce clair-obscur, la concentration est au maximum. On est dans l’univers de l’hyper connectivité. A chacun sa machine. Sa connexion. A la salle technique, lieu de définition de l’architecture et de la graphie du site, les deux administrateurs Web submergés de travail ne lèvent la tête que pour répondre aux salutations des gens qui s’invitent dans leur cercle restreint. Le publisher, notamment le gestionnaire de contenu, un accro d’Internet avec un style de rappeur vient leur présenter sa nouvelle portraitiste.

Dans cet environnement d’addiction à Internet, le jeune Basile Niane est intarissable sur les enjeux du Net, en particulier de la vidéo, le leadership de demain et l’avenir de la nouvelle génération. Il en est sûr, le Web est pourvoyeur d’opportunités multiples. « L’avenir, c’est la vidéo, que ce soit dans le journalisme ou sur Internet. Les gens n’ont plus envie de lire. Ils se focalisent de plus en plus sur les vidéos mobiles », alerte cet accro du digital.

Travaillant dans cette plateforme devenue, au fil du temps, un portail dont il est le gestionnaire de contenus, il essaie de satisfaire les besoins d’un public jeune plus orienté vers les informations sensationnelles, par conséquent le people. En effet, du sexe, du sang et de la drogue, tout ce qui sort de l’ordinaire, servis sur un plateau doré. Jeune comme l’est la majorité de la population sénégalaise, il n’en est pas moins sensible aux besoins des cent mille visiteurs quotidiens qui parcourent les pages de « Seneweb ». « Le Web évolue vers le buzz », soutient-il. Cent articles par jour pour satisfaire la demande des internautes, de quoi avoir le Sénégal dans le Web.

Tout se passe sur la toile
« J’ai l’habitude d’entendre de la bouche de ma femme : va rejoindre ta première épouse, ma machine elle veut dire », confie Basile Niane. Marié tout d’abord à cette dernière, tout ou presque dans sa vie se passe sur la toile. L’ordinateur et lui, c’est une histoire d’amour motivée, en partie, par la « fortune » digitale qui la dépouille de sa sociabilité. « Ma machine m’a tout donné, la voiture, là où j’habite. Si j’ai fait le tour du monde, c’est grâce à elle. Bref, tout ce que j’ai, c’est Internet », se satisfait ce citoyen de la communauté du Net. Impossible de la répudier. « Peut-être à l’autre bout de la terre », suppose-t-il. Et qui sait ? Même là-bas, tout peut être digital. Il suffit d’y penser seulement pour être branché.

Ancien coordonnateur du Réseau des blogueurs du Sénégal et membre fondateur de la plateforme « sunu2012.sn. » (Le hashtag sunu2012 qui a été utilisé sur twitter durant les élections de 2012 au Sénégal), le jeune entrepreneur vit d’Internet, par conséquent, de blogging et de youtube. Dans cet espace virtuel, son travail consiste à aider des gens à mettre du contenu. Son entreprise, « socialnetlink.org », première plateforme au Sénégal qui ne parle que des technologies, est devenue un label avec un personnel constitué principalement de jeunes, journalistes, blogueurs et de communicants. Très jeune, Basile Niane pourvoie des emplois grâce au génie du Web, Youtube, paniers des contenus comme « Dudu fait des vidéos ». Primée au concours de Word Summit Awards (Wsa) organisé par les Etats-Unis à Singapour pour encourager ses bons contenus, il s’oriente de plus en plus vers le data journalisme, autrement le journalisme de données. En effet, il a tapé dans l’œil des chefs d’entreprise, de militants d’Ong et des institutions, en l’occurrence l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) pour la simplification de leurs rapports techniques, mais également la gestion de leurs contenus.

Une vie de Tec
Sorti de l’Institut supérieur d’entreprenariat et de gestion (Iseg), il a fait un passage à la radio Océan Fm puis à la 2Stv avant de rejoindre la Rts, en particulier l’émission Kinkéliba en tant chroniqueur Tech. Après trois ans d’expérience au Triangle sud, il décide de se consacrer entièrement au digital. Meilleur blogueur du Sénégal dans la catégorie Tic en 2014 par l’incubateur Ctic Dakar aux Jambar Tech Awards, puis sélectionné en 2011, dans le top 20 des meilleurs blogueurs francophones au concours Mondoblog de Radio France Internationale (Rfi), il obtient en 2016, une certification en Communication et Marketing digitale avec Google. Une nouvelle parure pour entrer pleinement dans le monde du virtuel.

Vivre d’Internet, un objectif qu’il s’est fixé depuis qu’il a touché à l’ordinateur pour la première fois à l’âge de onze ans. L’année de son premier certificat dactylographique. Il est devenu depuis un magnat du Net. « Je n’ai jamais connu une autre activité professionnelle à part mon exercice sur le Net », renseigne ce fils très digital qui a été influencé par un père qui utilisait beaucoup Internet et des frères qui ont suivi une formation en maintenance informatique. De là, est née sa passion pour les technologies de l’information et de la communication. Une vocation certes couronnée de succès et de notoriété, mais qui le dépouille de toute sa sociabilité. Toujours derrière son écran fixe ou mobile, le Net devient son principal lieu de rencontre avec certains parents et amis. « On se capte sur facebook ou wathsapp », des mots familiers dans la bouche d’un blogueur comme lui. D’où la fragmentation de ses relations humaines avec les autres. « Parfois, on oublie même que nous sommes des humains. D’ailleurs, combien de fois levons-nous la tête pour regarder autour de nous », s’interroge M. Niane.

Par Marame Coumba SECK

Directrice nationale de la petite enfance et de la case des tout-petits, la mairesse de Diarére et coordonnatrice de le Convergence des jeunes de l’Alliance pour la République (Cojer) est présentée comme une « makyste fondamentale ». Itinéraire d’une jeune dame dont la carrière syndicale et politique a ouvert les portes de la Direction de la petite enfance.

Une carrière syndicale qui s’efface, faisant place à une aventure politique qui commence, couronnée par une nomination à la direction de la petite enfance. En trois ans, la fibre syndicale s’est épaissie, laissant la place à une corde politique plus solide. Thérèse Faye Diouf, « mackyste fondamentale » prompte à dégainer contre les contempteurs de son mentor, refuse pourtant l’étiquette de « répondeur automatique » qui lui colle à la peau.

En effet, depuis le campus universitaire où elle nourrissait l’ambition de voir la « victime » de la loi Sada Ndiaye occuper le fauteuil du Palais, ses compagnons la qualifiaient de « rêveuse ». Certains forts en thème la serinaient de certitudes sorties de leurs augures : « Macky Sall ne sera jamais président ». Elle s’accrochait alors à ses espoirs et s’engageait en faveur du futur successeur de Me Wade. Elle lance, avec des amis, le mouvement « Diom », jeunesse ouverte à Macky Sall pour la restauration de la justice. Une persévérante, cette jeune dame haute comme trois pommes.

Cette Mouskendou (femme forte en djola) est membre fondatrice de l’Alliance pour la République (Apr). Coordonnatrice de la Convergence des jeunesses républicaines (Cojer), Thérèse Faye est, ou presque, la première femme qui est à la tête d’un mouvement de jeunes. Carrefour des chocs, d’ambitions et d’alliances conjoncturelles pour accompagner les têtes couronnées.

Son père, un gendarme, n’avait pas vu d’un bon œil son entrée en politique. Mais soutenir Macky Sall, fils du terroir est un devoir pour tout Fatickois. Les lignes d’alliance entre l’ex-Premier ministre et l’ancienne présidente du mouvement des élèves et étudiants de la région de Fatick se sont dessinées lors de leur première rencontre à la primature. Un engagement politique pour Macky Sall qui s’affirme, d’abord, dans le Parti démocratique sénégalais (Pds). « Soutenir le président Macky Sall », soutient-elle, « est un sacerdoce pour moi ». Elle ajoute, des perles de lumière dans les yeux : « C’est ma référence, je n’aurai plus de leader politique à part lui car c’est lui qui m’inspire dans mes actions politiques ».

Victime de la loi Sada Ndiaye
Après un passage à la cellule de communication du Pds, elle débarque à l’Assemblée nationale le 4 novembre 2008 comme assistante administrative après l’obtention d’une licence en sociologie. Deux jours après, la loi Sada Ndiaye est votée, emportant sur son passage, amis et collaborateurs de l’ancien président de cette institution qui allait devenir le quatrième président de la République quatre années plus tard. Mais la fille de Diarère est maintenue à son poste bien qu’orpheline de son mentor.

Cependant, le destin prend les raccourcis les plus inattendus pour faire briller une personne. Malgré un bébé de six mois, elle est accusée de fomenter un coup d’Etat contre le président Wade avec d’autres amis qui s’employaient à formaliser l’installation du mouvement des élèves étudiants à l’Université de Bambey. Une accusation qui projette une vive lumière sur cette femme frêle et ambitieuse. L’arrivée au pouvoir de son parti sonne comme une victoire contre tous les coups tordus de l’ancien régime contre Macky Sall et les siens. En avril 2012, cette titulaire d’une maîtrise en Sociologie et d’un master en sciences politiques à la faculté des sciences juridiques et politiques se retrouve à la tête de la direction de la Petite enfance et de la case des tout-petits.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on mercredi, 23 novembre 2016 16:37

Il demeure dans l’anonymat mais abat un travail titanesque au nom de la défense de l’environnement. Ce biologiste de formation a fini de saisir l’incontournable nécessité d’ «assainir » la relation de l’homme d’avec son milieu. Dans l’espoir de faire comprendre à tout le monde cette exigence, Rito s’active.

Une terrasse, un café à deux autour d’une table et il se met à parler avec une passion déconcertante. La défense de l’environnement, c’est sa vie, son choix, son sacerdoce. Il est, comme il aime à se nommer, un citoyen «ordinaire» qui cherche à attirer l’attention sur un phénomène «extraordinaire» : le rapport de l’homme à l’environnement. Comment donc ce « boy Sicap » s’est, du jour au lendemain, retrouvé défenseur acharné de la nature ?

Rito Lopez Dias âgé aujourd’hui de 36 ans a grandi à Dakar dans les Sicap, plus précisément à Dieuppeul 4. Il obtient son bac à l’âge de 19 ans à Yallah Sourène Série S2. Une fois le baccalauréat en poche, il bénéficie d’une bourse des Iles du Cap-Vert. Il se rend alors au Maroc pour y poursuivre ses études supérieures en biologie et géologie. L’influence des études scientifiques va certainement déterminer ce choix. « Déjà au lycée, j’aimais bien tout ce qui avait trait aux sciences naturelles et à la géologie. C’était le cours qui retenait le plus mon attention », se remémore-t-il.

Ce premier périple vers le Maroc va apprendre au jeune homme à s’ouvrir. Le contact avec d’autres cultures d’autres personnes sera très déterminant. Après un cursus de deux ans, il décroche son Deug. Ces deux ans de pratique vont également permettre à Rito de comprendre la relation qu’il y a entre l’environnement et la biologie. Une fois le Deug en main, Rito postule pour une université française. C’est à Perpignan qu’il pose finalement ses valises. Là, il s’initie à la Biologie générale et à l’étude de la terre. Ensuite, il apprend les différentes sciences de l’environnement. Ce qui va lui permettre de saisir « l’interaction entre les plantes et les êtres vivants », note-t-il.

Une fois le master en biologie en poche, il décide de rentrer au bercail dans le but « d’apporter sa pierre à l’édifice ». Il avait surtout fini de comprendre qu’en Europe, il n’était pas «chez soi». Il était alors primordial de revenir au pays d’autant plus qu’ici, les enjeux environnementaux ne sont pas suffisamment compris par les populations. Avec les expériences accumulées ça et là, il finit par saisir combien l’étude de la biologie était liée à la vie de tous les jours. Il avait fini d’assimiler comment une plante s’épanouie, comment elle parvient à se reproduire. Il privilégie dès lors le savoir-faire au savoir tout court. «Je n’arrivais plus à retrouver l’équilibre en France, j’ai alors décidé de retourner au Sénégal. Comme une dette, je me devais de revenir chez moi, après tant d’années d’apprentissage et de pratique », relève-t-il.

Une fois au Sénégal, Rito décide, avec d’autres amis, de fonder une association pour la promotion de l’énergie solaire et la valorisation de l’éolienne. Avec deux autres amis, ils sont animés par les mêmes motivations. A cet effet, un programme pédagogique est en ligne de mire. L’objectif, c’est d’aller dans les écoles afin d’inculquer la mentalité citoyenne sur les enjeux de l’environnement aux enfants. «Nous voulions faire saisir aux enfants l’importance de l’acte citoyen. Il s’agit de leur parler du cadre de vie en passant par les énergies renouvelables. Des gestes de tous les jours à la limite anodins tel qu’éteindre une lampe quant on sort d’une pièce», affirme t-il. Mission : faire saisir aux enfants la réalité et les enjeux environnementaux. Tel était leur cheval de bataille.

Premier constat de l’équipe ? La réalité est qu’on n’arrivait pas à instaurer dans l’éducation la notion d’éco-citoyen. L’équipe s’acharne alors à déterminer la véritable signification et surtout les enjeux qui y sont liés. La bande d’écolos est convaincue de la nécessité de passer par l’éducation environnementale, «un préalable pour faire passer le message» ; ce qui est nécessaire pour instaurer l’éveil des consciences, souligne Rito.

L’environnement, une économienouvelle
Les grandes puissances ont compris que l’environnement constitue une économie nouvelle. Ils essayent de l’instaurer. Or, pour parler d’économie verte, il faudrait d’abord passer par la transition des consciences, amener les gens à mesurer l’impact, les enjeux et la nécessité afin d’y accorder une importance. «Pourtant, plus que les autres, c’est l’Afrique qui ressent aujourd’hui les effets directs du changement climatique », souligne Rito. Comment la population peut-elle assimiler ces enjeux si on ne lui donne pas des notions terre à terre, concrètes, se demande-t-il ? La première solution consiste à procéder à l’éducation environnementale, l’éveil des consciences. Il est primordial de ne pas faire du coq à l’âne. Il est nécessaire de mesurer les impacts, les véritables je veux dire, souligne-t-il de manière catégorique. Il préconise aux uns et aux autres de chercher à comprendre ce qui les entoure d’abord, avant même d’évoquer les ajustements à proprement dits. L’éveil des consciences avant toute chose.

Il s’agit ni plus ni moins de montrer ces gestes simples qui permettent de vivre mieux dans la gestion des déchets et avec de l’énergie renouvelable. Rito et ses amis ne sont pas contentés à se cantonner dans la théorie. Dans le cadre de la marche de leur association, ils ont déroulé un programme pédagogique environnemental. «Nous nous sommes toujours dits, point d’évolution environnementale, si les consciences ne sont pas éveillées. Il faut d’abord montrer le lien qu’il y a entre le changement climatique et le vécu quotidien des populations », relève-t-il.

Le cadre de vie inclut tout ce qui nous entoure : l’eau, les arbres, les plantes, l’utilisation de l’énergie. Ce programme environnemental a été déroulé dans dix écoles du primaire au lycée. Il faut noter cependant que ce sont les privés catholiques qui ont le plus adhéré à la cause. « Nous avons initié des visites pédagogiques avec les élèves, leur avons montré comment on mettait en place des jardins respectueux de la nature. Des clubs environnementaux ont également été mis en place. L’objectif est de montrer aux élèves comment rendre meilleur leur cadre de vie, tout en devenant des citoyens respectueux de la nature », relève t-il.

Le management des énergies renouvelables est la clef de voute. Des systèmes de fertilisation naturelle sont également mis en avant. «Nous encourageons le traitement des déchets afin de voir comment on pourrait quantifier ici au Sénégal la typologie d’ordures dont nous disposons ». Des visites vertes ont également été initiées. L’équipe sera cependant vite confrontée à un manque de logistique. «Nous comptions sur nos propres moyens. Après deux ans d’activité sans soutien, nous avons dû arrêter», se désole Rito. Parmi les catastrophes environnementales qui existent dans le monde figure en bonne place la décharge de Mbeubeuss. D’autres parts, les conduites d’eaux usées qui ne respectent toutes les normes constituent de véritables entraves pour l’environnement, affirme Rito. Il est persuadé que l’homme a un véritable problème avec son environnement, pour parer à cela, il propose des solutions locales pour ce « désordre » qu’il dit «global».

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 10:19

Bouillants comme une marmite qui mitonne. Chez les Dias, l’adage « tel père, tel fils » se revêt des oripeaux de l’évidence. Le père, Jean-Paul Dias Mendes, plus connu sous le nom de Jean-Paul Dias, a longtemps été le « bad boy » de la politique sénégalaise. Aux côtés de Me Wade dans sa longue lutte contre le pouvoir socialiste, Dias n’hésitait jamais à user de gros mots pour porter le coup qui fait mal au cœur du Ps. Le fils suit la voie tracée par son père, mais ses cibles sont multiples.

Le leader du Bloc des centristes Gaïndé (Bcg), Jean-Paul Dias, est un homme au parcours politique tumultueux. Allié puis adversaire d’Abdoulaye Wade, alors chef de l’opposition, M. Dias l’a rejoint après l’avènement de l’Alternance. Son retour à la « maison du père » est récompensé par l’octroi du poste de Directeur général de l’Institut de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres). L’expérience tourne court, laissant un goût amer à ce Sénégalais né de parents d’origine cap-verdienne dans le quartier administratif du Plateau de Dakar. Le leader du Bcg avait voulu revoir à la hausse ses émoluments et se doter d’un parc automobile jugé « indécent » par le Conseil d’administration de l’Ipres. Ce bras de fer avec les administrateurs de l’Institut de prévoyance lui coûte son poste. Il s’en suit une brouille avec le régime du président Wade qui lui a valu une première incarcération en avril 2006, pour avoir refusé de déférer à une convocation de la Division des investigations criminelles. Jean-Paul Dias qui assistait à la cérémonie de Chemin de Croix à la cathédrale de Dakar est cueilli par la Dic à sa sortie. Un acte qui n'a pas été du goût de la communauté chrétienne du Sénégal. Cette indignation est perceptible dans un communiqué de « Présence chrétienne » rendu public. « C'est là une injure et une provocation à l'endroit de la communauté catholique », déclare l'association dirigée par Théodore Ndiaye, car le commissaire Assane Ndoye et ses hommes ne semblaient pas se soucier de la sacralité du vendredi saint. D'ailleurs, l'association chrétienne ne croit pas que l'acte posé par la Dic soit innocent, si même il n'est pas calculé. Et l'accusation est à peine voilée. « Ce n'est pas pure coïncidence que cette arrestation ait lieu ce vendredi et à la cathédrale et au moment où l'Eglise du Sénégal accueille la Croix pèlerine qui vient de Rome, première étape africaine ». Le 9 août de la même année, il sera violemment interpellé, à nouveau, en son domicile au petit matin et incarcéré sous prétexte que des doutes existeraient relativement à sa nationalité sénégalaise. Son domicile est saccagé, sa femme bastonnée. Cette affaire provoqua, aussi, une levée de bouclier populaire d'autant que son fils, Barthélemy, sera appréhendé dans la même période et déporté à Tambacounda.

C’est en 1987 que M. Dias adhère au Parti démocratique sénégalais (Pds) de Me Abdoulaye Wade, alors principal opposant au régime de Diouf. Il se voit confier, par Me Wade, la charge de lancer le journal de parti « Sopi », dont il sera le directeur de publication en 1988. En cette année particulièrement agitée sur le plan politique, suite aux violences post-électorales et l’arrestation du leader du Pds, « Sopi » atteint parfois un tirage de 50.000 exemplaires.

En avril 1991, Jean-Paul Dias entre au gouvernement de majorité présidentielle élargie de Habib Thiam, en tant que ministre de l’Intégration économique africaine, en même temps que l’opposant Abdoulaye Wade, et ses camarades Ousmane Ngom et Aminata Tall. En octobre 1992, à quelques mois des élections législatives et présidentielles de 1993, à l’instar des autres ministres du Pds, M. Dias abandonne son portefeuille. Au sein du Pds où il a occupé successivement les fonctions de trésorier, secrétaire à l’information puis à l’économie générale, ses relations avec son leader se détériorent au lendemain des joutes électorales de 1993. Exclu du Pds en 1995, il fonde le Bloc des citoyens Gaïndé devenu l’année suivante Bloc des centristes Gaïndé (Bcg). A la tête de son nouveau parti, il devient le seul élu comme conseiller municipal de sa formation politique dans la ville de Dakar, lors des élections locales de 1996. La même situation se produit aux législatives de mai 1998 où, en tant que tête de liste du Bcg, il est l’unique député centriste. A l’Assemblée nationale, Dias n’adhère à aucun groupe parlementaire, se distinguant comme un député à part. Une position qui s’est notamment confirmée, lorsqu’en août 1998, il refuse de suivre les députés de l’opposition dans leur vote contre la Déclaration de politique générale du Premier ministre Mamadou Lamine Loum. Lors de la présidentielle de 2000, M. Dias décide d’apporter son soutien au candidat socialiste, Abdou Diouf, à travers une structure dénommée Convergence patriotique. Ce regroupement réunissait, entre autres, le Parti libéral sénégalais (Pls) de Me Ousmane Ngom, le Parti africain de l’indépendance (Pai) de Majemouth Diop et le Parti démocratique sénégalais/rénovation (Pds/R) du professeur Serigne Diop.

Bon sang ne ment pas
Il faut croire que Jean-Paul Dias a insufflé son amour de la politique et sa hargne à son fils Barthélémy, secrétaire général des jeunesses socialistes et maire d'arrondissement de Mermoz-Sacré-Cœur. Dias père est, en effet, marié depuis 1974 avec Christiane Lopes, Professeur d'enseignement secondaire, ancienne capitaine de l'Équipe du Sénégal de basket-ball féminin, championne d'Afrique aux Jeux panafricains de Lagos (1973). Christiane Lopes Dias a été censeur du lycée de jeunes filles John Kennedy, puis conseiller au cabinet du ministre de l'Education nationale du Sénégal. Il est le père de 3 enfants. Sa fille aînée Virginie Dias Tagnon est cadre supérieure au sein du Groupe L'Oréal (Paris), Barthélemy Dias est le second, tandis que la cadette, Josépha Dias Kendeck est chasseur de têtes dans un cabinet de recrutement à Londres.

Fils unique, Barthélémy est père de deux enfants nés d’une mère noire américaine. Derrière ses lunettes noires qui font penser à la Cosa Nostra italienne, une photocopie conforme de son père. Ils se ressemblent trop. Du moins physiquement. Il a tout de son père : la verve, la virulence et l’opposition au régime de Wade.

Barthélémy, pour chaque affaire ou presque, enfonce le clou. Il aime attiser le feu. Son verbe est fracassant. Dans l’affaire qui a mis sa famille au-devant de la scène en août 2006, il est la source du tumulte : le père en détention dans les locaux de la Division des investigations criminelles (Dic), la mère blessée lors de l’intervention musclée de la police dans la demeure familiale, la maison saccagée. Il est celui par qui arrive le scandale. Il se braque sur le président de la République en toutes circonstances pour dire l’innommable. Ses attaques répétées contre Gorgui braquent le pouvoir contre les Dias. Il refuse de déférer à la convocation de la Dic qu’il traduit par « Division des illusions et des confusions ».

Pourtant, quand Dias-fils revient au pays en 2004, après un long séjour aux Etats-Unis où il a poursuivi ses études, rien ne laissait présager chez lui un avenir politique aussi orageux. Il est resté une année à chercher à vivre de son métier, en tant que diplômé en « Business-Management option Transport », pour lequel il a traîné sa bosse au pays de l’Oncle de Sam. Ce qu’il réussit puisque ses activités professionnelles l’ont rendu financièrement indépendant de sa famille. Mais son destin le poursuit et très vite le jeune Dias n’a plus envie de rester passif « face aux promesses non tenues du régime de Abdoulaye Wade ». D’où le sens d’un engagement politique avec un programme rond : « Déboulonner Wade ». Pour lui, il n’y a rien qui soit possible à partir des théories développées dans des « salons ennuyeux et inefficaces ». Le Bloc des centristes Gaïndé est tout près de lui. Il est d’un père dont le nom renvoie au compagnonnage tumultueux avec Me Wade. Il s’engage dans le Bcg ? Non, il pose ses baluchons et ses idées chez les anciens ennemis de papa. Barthélémy choisit de cheminer avec le Parti socialiste (Ps). Il crée, avec la bénédiction de la direction du parti, « Convergence socialiste », un mouvement de soutien affilié et non intégré au Ps.

« Sa fougue juvénile », ses prises de position iconoclastes et ses déclarations incendiaires ne dérangent pas, pour autant, le Parti socialiste post-alternance assagi par la défaite du 19 mars. Son père respecte son choix. Normal, son propre père était… socialiste.

Le leader du parti le Front national de salut public « Mome saa rew » ne fait pas dans la langue de bois. Il se dit nationaliste et l’assume pleinement autant dans sa démarche, ses actes que son propos. Malick est décidément un père Noël qui n’aime pas distribuer des cadeaux.

À la perspective d’une rencontre avec « Malick Noël Seck », quelques idées reçues d’avance sur le caractère fougueux de notre hôte nous avaient laissé dubitatif. Nous nous sommes laissé, comme pour la plupart, entrainer dans un flot de préjugés rien qu’à y penser. Ce père Noël qui, dit-on, ne distribue point de jouets à tout bout de champ, nous avait-on prévenu. Pour faire court, disons-le, il est l’opposé de ce que nous pensions. Il affiche une apparence assez stricte certes et le port léger en ce dimanche, jour de repos. Un sous-vêtement blanc assorti d’un jean noir quelconque. Relaxe donc ! Côté gabarit ? Ce n’est pas un colosse à véritablement dire, mais il n’est pas petit non plus. Il tient bien dans son corps.

Une grande maison précieusement décorée par des fleurs minutieusement choisies et amoureusement entretenues. « C’est une des passions de ma mère. Elle adore prendre soin de ses fleurs qui contribuent à embellir sa vie », note Malick dans un brin de sourire. Le père est un ancien diplomate qui a servi au Sénégal et à l’étranger.

« Réfléchir pour soi-même, essayer de comprendre, remettre en cause le point de vue dominant tant que celui-ci ne constitue pas le meilleur », voilà les devises qui animent Malick Noël Seck. Il aime briser les résistances, les positions établies. Avec cet acharnement, aucune difficulté ne le décourage. Pas d’esprit de revanche cependant ni d’ambition mondaine, non plus, assure-t-il. C’est autre chose. « La passion du challenger plutôt que du trophée. L’amour de la défense de la « patrie » est un perpétuel défi chez lui. Une jolie rage donc. « C’est juste que j’ai mes convictions qui diffèrent de celles de la plupart des gens », relève-t-il. « Il y a du militaire chez cet homme politique. Il est exigeant, rigoureux, pénible à la limite dès lors qu’il s’agit d’aller au front afin de mener des combats de principe », note un de ses anciens compagnons du Parti socialiste. Malick, malgré l’apparence, traine la réputation d’avoir « un grand respect des personnes et un sens aigu des relations humaines ». Il compte beaucoup d’amis et entretient des relations fraternelles. Il est plutôt taquin de nature et aime détendre l’atmosphère. C’est quand il s’agit de défendre des principes que Malick manifeste une rigueur à friser l’insolence pour certains », note cette connaissance qui exige l’anonymat. Ceux qui le décrivent sous les traits d’un homme violent ne connaissent vraiment pas l’homme, souligne-t-il.

Malick Noël s’exprime avec aisance, dénonce sans notes. Il maîtrise son sujet et dégage une cohérence dans sa ligne de conduite.

Un combattant dans les idées
Il a très tôt compris qu’il ne fallait pas se perdre dans les dissensions internes et qu’il valait mieux s’exprimer à l’extérieur, si « on arrive plus à accorder les violons dans la même organisation politique ». La liberté de ton en bandoulière, il n’hésite pas à couper les ponts. Traditionnellement rangé dans la bande de ceux qui critiquent avec la dernière énergie, Malick traine le comportement du cogneur idéologique. Lui dit être plutôt adepte de l’échange contradictoire.

Malick a douze ans lorsque son papa est affecté en France, à l’Unesco plus précisément. Toute la famille plie bagages, destination le pays de Marianne. Le gamin qui vient alors de débarquer ne mettra pas beaucoup de temps à trouver ses marques. « Tout de suite, je me suis fait des amis. Les enfants de mon âge m’avaient très bien accueilli. Vous savez, à cet âge, l’être humain ne connaît pas encore la méchanceté, les préjugés et le racisme. On accepte autrui comme il est », souligne-t-il, le visage serein.

Il a fait l’école du Plateau puis les Maristes jusqu’en sixième secondaire. Le collège se déroule en France, puis le lycée, ensuite les études supérieures. Il est titulaire d’un baccalauréat B option économie. Malick apprend la gestion et se spécialise en comptabilité. Il a travaillé en Autriche dans une boite spécialisée dans les montages de grands projets. Dès que l’occasion se présente, il ne se fait guère prier pour rejoindre les siens au Sénégal, nous sommes en 1997. « J’avais besoin de maintenir ce contact fusionnel avec autant les membres de ma famille que mes amis d’enfance. Au fond, je crois que cela m’a beaucoup aidé à ne point oublier d’où je venais », souligne-t-il.

Découvert par le grand public en 2012, Malick Noël Seck assure s’être engagé en politique, bien avant cette date, en 2003 plus exactement. « D’ailleurs, j’ai été pour la première fois en taule en 2008 pour avoir osé marcher contre les coupures d’électricité devenues récurrentes à cette période », se souvient-il. Lui et quatre de ses autres camarades socialistes sont ainsi arrêtés. L’affaire était passée presqu’inaperçue dans les médias. « Juste un média de la presse écrite avait relaté l’affaire évoquant l’incarcération de cinq jeunes socialistes », se rappelle Malick.

Le politique engagé
Il finit par jeter son dévolu sur le Parti socialiste qui venait, deux ans plus tôt, de perdre le pouvoir. « Le choix n’était point hasardeux. Cette formation venait de perdre le pouvoir après l’avoir contrôlé quarante années durant. Son intégration sera non seulement facilitée par son engagement mais également son compagnonnage d’avec son ami d’enfance Barthélemy Dias, actuel maire de Mermoz Sacré-Cœur. « Avec Barth, nous avons grandi ensemble, notre amitié date de l’enfance. Lui était déjà très tôt dans la perspective de se lancer un jour dans la politique, l’influence paternelle aidant certainement », note-t-il. Le duo fera très mal au pouvoir en place de l’époque. Leur posture radicale leur vaudra d’ailleurs, à deux reprises, des séjours carcéraux. Le duo « Barth-Noël » est né au grand dam du pouvoir libéral. Des « incompréhensions » auront raison de ce compagnonnage.

« Nous n’avions plus la même vision politique des choses. Chacun est parti de son côté. Mais, cela n’a, en aucun cas, mit en péril notre fraternité. Barthélemy reste et demeurera à jamais un frère », note Malick Noël. Sans rancœur aucune donc ? Il sourit et répond : « Non, la rancœur appartient aux faibles. Toutefois, nous sommes des hommes et devons rester libres ».

Par Oumar BA

On a l’habitude de dire que le travail scientifique est une réalisation commune et non pas l'œuvre d'un cavalier seul. A lui seul, il a su adapter la science à son milieu. N’est-ce pas lui qui a traduit les mathématiques en wolof pour plus d’accessibilité. Sakhir Thiam, une vie, un combat, l’enseignement. Mathématicien, linguiste et musicien, il se consacre aujourd’hui à la gestion de son Université Dakar-Bourguiba en dehors de son sport-business, l’hippisme.

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme, interrogez plutôt sa vie et vous saurez ce qu’il est ». Cet adage servirait bien à celui qui veut revisiter sa trajectoire pour mieux le connaître et le faire connaître au grand public. Des mathématiques à la linguistique en passant par la musique, Professeur Sakhir Thiam aime maîtriser son sujet. Autre qualité de ce poète et musicien, la communication. C’est un homme au verbe facile avec une bonne maîtrise de la langue de « Kocc », mais également celle de Molière. D’où une parfaite adresse. D’ailleurs, le rencontrer vous fait courir le risque d’être séduit à tel point d’en oublier l’essentiel. Dans l’ombre de cet innovateur qui a fait bouger les lignes dans tous les domaines, on a toujours de la matière pour remplir de longues pages de notions scientifiques, linguistiques et musicales.

Son vaste bureau, avec quelques box, s’accorderait parfaitement à son écurie de chevaux située à la périphérie de Dakar. Trophées, instruments musicaux et supports pédagogiques y rivalisent d’éclat. Une sorte de fourre-tout qui fait ressortir nombre de ses qualités.

Une vie au service de l’enseignement
Le professeur Sakhir Thiam est un innovateur animé par l’envie de faire bouger les choses. Il fait partie des premiers à envisager l’enseignement à distance avant qu’il ne soit devenu une tendance. Ses cours filmés, agrémentés de musique puis projetés dans des salles de cinéma sont un bel hommage à la technologie. Son esprit sémillant lui permet, parfois, de trouver des idées géniales qui, malheureusement, se retrouvent entre d’autres mains ? L’Université virtuelle africaine (Uva), une de ses idées majeures, s’est retrouvée dans l’escarcelle d’autres investisseurs.

Agrégé de mathématiques  de l'Université de Paris, puis Docteur en économie théorique des Universités Paris VI et Paris IX, cet ancien ministre de l’Enseignement supérieur a été au début et à la fin des bouleversements notés dans l’enseignement supérieur au Sénégal. Après son vaste chantier de traduction des sciences exactes, notamment les mathématiques en Wolof, il a été à la base de l’intégration des langues nationales dans l’enseignement supérieur au Sénégal et en Afrique. Directeur de l’Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation (Ineade), il crée dans les années 1995 sa propre université.

Président de l’Université Dakar-Bourguiba, il a voulu en faire une alternative pour répondre au problème lancinant du chômage des diplômés de l’enseignement supérieur et à leur massification à travers un enseignement supérieur professionnel. En effet, il a créé de rapports clairs avec le monde du travail en promouvant des filières qui répondent aux besoins de ce dernier. L’Udb est aujourd’hui un carrefour d’étudiants venus d’horizons différents à la recherche d’une formation qualifiante.

Science et musique, la parfaite harmonie
Si sa casquette de scientifique est la plus apparente, le professeur Thiam garde des cordes moins connues à son arc. Il est, en effet, un grand musicien. Auteur, compositeur, cet artiste est l’auteur de l’hymne de la Coupe d’Afrique des nations (Can) de 1992, intitulé « Bukkuw » et interprété par les Ouzettes.
Un des fondateurs et chef d’orchestre de Xalam I créé dans les années 1960, il avait interprété musicalement et en wolof, en 2012, les réformes du code électoral qui avaient, selon les autorités compétentes, subi l’usure du temps. Des aptitudes acquises après un passage à l’école des beaux arts.

Hippisme rentable
Ayant grandi dans l’environnent des chevaux, ce linguiste s’enrichit du wolof authentique parlé par les palefreniers venus de l’intérieur du pays. Des capacités linguistiques renforcées après son passage au Daara Mor Cissé Mbaye de Diourbel. A côté de ces derniers, il a appris à monter au cheval même s’il n’a « jamais été brillant à cause de ses longues jambes ». Son amour pour la race équine s’est renforcé depuis, encouragé par les exploits de ses chevaux qui en sont à leur 18ème grand prix du chef de l’Etat. L’hippisme pour ce passionné est un sport-business qui appelle une privatisation de la société hippique.

Par Marame Coumba SECK

Le journalisme mène, décidément, à tout. Jadis journaliste, Madior Sylla est parti de la presse pour épouser une carrière diplomatique. De l’information, il passe à la Communication avant d’atterrir, aujourd’hui, à la gestion des carrières et des compétences à la Bceao Sénégal.

Quand on le rencontre seize années après, il vous ramène toujours au journalisme, notamment à la présentation du journal télévisé. S’il n’est plus l’homme des plateaux de 20 h de la Radio télévision sénégalaise (Rts), il n’en est pas moins élégant. Dans un costume gris assorti d’une cravate rouge, il a une démarche de playboy. Vif, plein d’entrain, le milieu des affaires semble l’avoir rajeuni. Ceux qui croient à un Madior Sylla rattrapé par le temps, avec des cheveux grisonnants seront surpris par l’éternelle jeunesse de ce journaliste qui crevait l’écran, il n’y a guère. Présentateur vedette dans les années 90 à la Rts qui, jusqu’en 2000, avait le monopole de l’information, par conséquent du débat « fécond », il est depuis juillet 2012, à la direction de gestion des carrières et des compétences de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) dont il était le chargé de la Communication de 2000 à 2005.

Du journalisme à la communication, la frontière est mince. La différence réside dans le fait que la communication, bien qu’informative, vise à convaincre un public. La pratique des deux fait de lui un interlocuteur expressif et convaincant à la fois. Le risque de le rencontrer, c’est d’être hypnotisé par sa voix captivante au point d’en oublier l’essentiel. Une belle voix qui, pourtant, n’a pas pu faire une longue carrière à la radio. Il était devenu, peu d’années après son intégration à la Rts, le présentateur vedette du Jt de 20h, grâce à la confiance et l’encadrement de sa hiérarchie qui avait vu en lui quelques prédispositions d’un bon présentateur. La mise, toujours correcte, ne l’a pas emporté sur son souhait de ressembler à des voix célèbres comme Ibrahima Ndiaye, Mbaye Sidy Mbaye, Ahmad Bachir Kounta, Sokhna Dieng, entre autres.

Sauter le pas pour changer de voie
S’il fait fantasmer, le travail de présentateur n’est pourtant pas de tout repos. En effet, ce sortant du Centre d’études des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (Cesti) s’est reconverti, après une dizaine d’année d’exercice journalistique. « En toute liberté » il en est venu, « sans détour », il en est sorti. Ces deux intitulés d’émissions qu’il a animées jadis, résument en quelque sorte sa carrière. Face à une profession prenante où l’on s’épanouit à peine, une passion qui se partage, de nouvelles ambitions professionnelles qui ressurgissent, l’ancien directeur de la coopération du Sénégal pour l’Asie et le Moyen Orient songea à se reconvertir. Une reconversion mûrie dans le temps. Une spécialisation en Relations internationales dans un premier temps, un diplôme d’études approfondies (Dea) en diplomatie ensuite. De quoi épouser un autre corps de métier. « Journaliste, les questions internationales étaient au cœur de mes préoccupations. Lorsqu’il a fallu donner une autre tournure à ma carrière, il était tout a fait naturel d’épouser ce corps de métier », déduit-il.

De nouvelles aptitudes, de nouvelles ambitions et de nouvelles possibilités. Par un heureux concours de circonstances, son nouveau plan de carrière avait coïncidé avec une période où la Bceao procédait à un concours pour recruter des spécialistes en communication. Depuis mars 2000, il est devenu agent de cette structure financière. En détachement auprès du gouvernement du Sénégal en septembre 2005, il a été successivement chargé de la Communication de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence islamique (Anoci) puis, plus tard, du ministère de la Coopération internationale et de l’Aménagement du territoire auprès du ministre d’Etat Karim Wade. Le départ de ce dernier à son poste le fait retourner à la Bceao. « Quand on est journaliste, on le reste pour toute la vie », soutient le journaliste-diplomate. Une impression pour revisiter un passé qui, grâce à quelques supports audiovisuels, retrace une dizaine d’années à la télévision. D’ailleurs, M. Sylla n’exclut pas, après sa retraite, de faire une tranche d’informations, mais en radio, sa passion de toujours.

Journaliste pour un jour, journaliste pour toujours
Bien qu’il ne soit plus dans ce métier, il s’intéresse à ce qui se passe de près et se désole du fait que le traitement de l’information devient de plus en plus accessoire. «Pour rester positif, le métier s’est amélioré. Le paysage médiatique s’est enrichi avec l’arrivée de nouvelles télévisons, des radios et des journaux. Mais, dans le traitement de l’information, on met plus l’accent sur des polémiques stériles », se désole cet ancien animateur d’émissions politiques.

Dans un contexte où est présentateur qui veut, cette voix célèbre dans une époque de monopolisation de l’information avec une seule chaine, la Rts, résume ses mots en la modestie et l’humilité. Quelques lettres salvatrices pour ses confrères pour bien exercer la profession.

Par Marame Coumba Seck

Adossé à un des fauteuils devant la porte de sa maison qui donne sur un balcon, il prend de l’air. Les rastas rabattus sur le visage, c’est un Awadi abattu par la fatigue que l’on retrouve cet après-midi à Sicap Amitié II. En période d’enregistrement, l’artiste n’a point de sommeil.

Une porte qui s’ouvre et se referme aussitôt. Un autre Awadi en sort cette fois avec les dreadlocks bien organisés, laissant découvrir son visage qui aussi, devient plus radieux. Du café et quelques boulets de cigarettes pour dominer cette lassitude. 

Les mêmes dominants, les mêmes dominés. Les mêmes fils de dominants dominent les fils des mêmes dominés. Ces paroles extraites de « Bourreau noir » le ramènent une vingtaine d’années ans en arrière. Leur sens est à chercher dans les événements de 1988 caractérisés essentiellement par une année scolaire invalide. 1994-2016, des années passent, la jeunesse n’y est plus, mais l’engagement politique demeure. Awadi, une vie, un destin, le rap engagé. En contact avec un autre rappeur, notamment Duggy Tee, leurs idéologies et leurs principes de vie prennent forme et donne le Positive Black Soul (Pbs), en 1989.

Pionnier du mouvement rap au Sénégal et plus largement en Afrique de l'Ouest, son premier succès avec ce groupe sera l’album « Boul Faalé », une expression de la rue sortie en 1994. Le contenu qu’il en donnait, « prends-toi en charge ». « Dans nos principes de vie que nous nous sommes donnés, c’est de croire à soi-même. Il peut se réaliser tout seul et pousser le groupe », soutient le Didier des Sicap.

Du fun à l’engagement
« Au début, le rap était pour nous une passion. On le faisait pour s’amuser. Autrement, se faire voir, avoir des copines, être les stars du collège », renseigne l’artiste. En contact avec de grands hommes de gauche, en lisant les discours de Thomas Sankara, de Cheikh Anta Diop, est née une conscience politique. Le discours change. Pourtant, Didier Awadi estime que le rap ne rime pas forcément avec l’engagement. « Il y a ceux qui ne sont pas engagés et je respecte leur position. C’est un devoir pour moi de m’engager. Je ne peux pas avoir le grand luxe, de lire des livres, d’aller à l’école, de pouvoir avoir une télévision, une radio. Bref, de savoir l’impact de tout ce qui se passe dans le monde dans ma vie. Comment mon pays et mon continent sont pris à la gorge. Et ne pas réagir, ce serai lâche et irresponsable », juge l’auteur du « Président d’Afrique ».

Même en solo, il fait bonheur à ses idéologies nationalistes. En octobre 2005, il sort sur le marché français l’album « Un autre monde est possible » qui est un vibrant plaidoyer pour des politiques plus humaines et une plus grande considération du tiers-monde. En novembre 2012, un autre titre « Ma Révolution » paraît au Sénégal et dans le monde.

Défenseur du panafricanisme
Né d’un père Béninois et d’une mère Cap-Verdienne, il se considère comme un Africain d’origine avec un visa sénégalais car la création Sénégal est presque française. Une manière d’alimenter son rêve des Etats-Unis d’Afrique. Comme il le disait dans son titre « Président d’Afrique », dans son rêve, on annule les visas, tous les pays d’Afrique sans ces derniers. L’Afrique avec ou sans visas, lui, il a déjà fait 42 pays de ce vaste et diversifié continent.
Défenseur du panafricanisme, il s’identifie à des figures emblématiques comme Thomas Sankara. « C’est tout ce qu’il a dit, c’est tout ce qu’il a fait, qui fait qu’on l’aime. Il s’est battu pour l’Afrique. Produire africain, manger africain et s’habille africain », défend cet animateur.
La plupart de ses modèles n’étant plus de ce monde, il porte le combat à travers un discours tranché avec quelques codes culturels qui viennent bousculer les limites entrainant peut-être une incompréhension entre l’élite politique et les autres rappeurs pour ne pas dire lui seul.

L’illusion « du fils à papa »
Tout le monde pensait que c’est un fils à papa. D’autres ont ravivé des rumeurs comme l’animateur est un fils de diplomate. Pourtant, il est né de deux parents enseignants et a grandi dans le pays. Ses études, il les a faites également au Sénégal. « C’est l’image que les gens ont des Sicap. Alors que pour moi, les Sicap, c’est vraiment la classe moyenne.
A l’âge de quatorze ans, il perd son papa. Mais, comme l’échec, dit-il, ne fait pas partie de son vocabulaire, il développa très tôt un esprit d’entrepreneur. Déjà au collège Sacré- Cœur, il était dans les affaires culturelles. D’ailleurs, ces premiers spectacles commencent dans cette école. Les tickets d’entrée à 300 FCfa, de quoi assurer son argent de poche pour ne pas fatiguer sa mère qui les a accompagnés lui et ses deux sœurs dans leurs choix.

Le style de son rap, il l’ignore. Pour lui, c’est juste un cri du cœur. Il n’est ni esclave de la rime ni des figures de style. « Ce que me dicte mon cœur est plus important que la règle grammaticale », lance-t-il. Le rap pour lui, c’est un outil très démocratique car c’est une musique révolutionnaire qui est là pour bousculer les codes.

Un album mbalakh en cours
En effet, il considère qu’on peut rapper même avec le mbalakh. D’ailleurs, l’artiste annonce la prochaine sortie de son album cent pour cent mbalakh qui est en cours d’enregistrement. Une nouveauté qu’il qualifie de Kef et non pas d’un virement. « Je suis né dedans, j’ai grandi dedans et j’ai envi de le faire », conclut l’artiste-producteur.

Amoureux de ce genre musical de par sa persécution, sa syncope, il rêva de faire un jour son « tassou ». Fruit d’un délire, il ne sera pas un mbalakh révolutionnaire mais « bou saf sap », chahute ce dernier. Awadi sous le tempo mbalakh, ça va surprendre, faire rire ou même choquer. Mais, les plus réfractaires, rassure-t-il, vont danser. Un autre album reggae en studio va sortir au mois d’octobre. Ce sera un concentré de reggae et de rap. Ce style, il l’appelle reggae up. Prix Découvertes Rfi 2003, avec l’album « Un autre monde est possible », d’autres horizons s’ouvrent à lui. Propriétaire d’une maison de disque internationale, l’homme d’affaires travaille avec Universal et désormais, avec le groupe Canal.

Il va y animer des émissions qui tournent autour de la musique et de la culture. Un autre projet est en cours, un film sur la vie Doudou Ndiaye Coumba Rose, commencé de son vivant et qu’il souhaite terminer bientôt.

Par Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 20 juillet 2016 14:08

Va-t-on l’appeler confrère ou autre chose ? Car il s’est autoproclamé journaliste qui use de l’humour pour rendre digeste l’information, aussi dramatique qu’elle soit. Le journalisme peut-être mène à tout. Mais tout mène-t-il au journalisme ? En tout cas Samba Sine alias Kouthia est devenu par la force des choses incontournable dans le paysage audiovisuel. Sacré lauréat aux « Sédars » puis au « micro d’or », il se définit comme le Roi de l’Humour au Sénégal.

Il est, de 18 heures à 19 heures, dans ses déguisements qui varient suivant les personnes et l’actualité. Aussi à l’aise dans une toge, dans une « marinière » que dans un costume « politique », il gesticule, danse, moque ses cibles du jour. L’objectif, informer les gens en les faisant rire.

Il n’est pas de l’époque classique où Molière se moque de tout pour corriger tout. Mais, il comprend le sens du rire aussi bien que celui-ci. La différence entre les deux, c’est que le premier use de la dérision pour corriger les mœurs, l’autre pour informer. D’ailleurs, on peut le nommer le journaliste-humoriste. En effet, il passe en revue l’actualité nationale en la dépouillant de son aspect sérieux pour lui donner une autre valeur, la subtilité.

Hommes politiques, acteurs sociaux, musiciens, lutteurs, juristes sont passés à la moulinette de son one-man-show télévisuel. Même les chefs religieux ne sont pas épargnés. Abbé Jean ne nous démentira pas. Pareil pour l’ex-Premier ministre Aminata Touré avec sa fameuse : « On accélère, on recule pas ». Le comédien se lance dans une danse frénétique, faite de petits pas rapides, en cercle, inspirée du slogan choc.

Mobilité ou instabilité : le combat pour le rire
Autres personnes qu’il tourne en dérision, la famille de l’ex-président Abdoulaye Wade. S’humectant du talc sur la peau, il reproduit le teint clair de Viviane Wade avec son fameux « lahou », todial, Karim depuis sa petite cellule de la prison de Reubeuss, Sindiély, le petit cœur à conquérir. Animant depuis 2011, l’émission « Kouthia Show », « le phénomène » des temps nouveaux est devenu une icône de la télévision sénégalaise.

L’humoriste a fait ses premiers pas dans les années 1990 à la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS). Dans l’émission « Le Petit Théâtre », il caricature des célébrités locales. Dans sa conquête du public, il se lance dans des aventures caractérisées par une mobilité professionnelle qu’on peut qualifier d’instable.
En effet, en 2002, une autre aventure resurgit, cette fois-ci, à la chaine de télévision Walfadjri. De la matière pour Samba Sine qui, depuis, a lancé « le concept du show ». Après neuf années d’exercices dans celle-ci, en 2011, il signe un contrat avec la Télévision Futurs Médias (TFM).
Le nom d’Abou Bilal, dit-il, m’a été attribué lors de mon voyage en Arabie Saoudite pour le pèlerinage à la Mecque.

L’oiseau baptiseur
« Ce jour-là, à Médine, je marchais sur le chemin où tous les grands soufis musulmans sont enterrés, j’ai ensuite entendu un oiseau qui m’a soufflé à l’oreille une directive : Quand tu retournes au Sénégal, il faut tout faire pour qu’on t’appelle par le nom d’Abou Bilal », avait-il confié à un journal de la place.

2014-2015 ont été des années de succès pour Samba Sine alias Kouthia. Ce qui lui a permis d’être une vedette incontestable à la Tfm. Hélas ! Satan est venu mettre du sable dans le couscous en pleine période de ramadan. A-t-il desserré l’étau divin qui l’empêche d’agiter les relations interindividuelles ?

En conflit avec son directeur de programme, il s’en va emportant toute la saveur du soir avec lui. Qui des téléspectateurs de cette chaîne n’a pas regretté les soirées animées par ce fils du Fouta où le rire est toujours sur les lèvres ? Ils le réclament et lui dénonce son traitement.

Last modified on lundi, 18 juillet 2016 14:35

Lamine Diassé est le porte-étendard du costume au Sénégal. Spécialisé dans l’habillement européen, particulièrement dans le vêtement masculin, ce jeune couturier, styliste-créateur a fait de la qualité son credo et de la connaissance sa devise.

« Ce que je fais, c’est le sur-mesure ». Tout Lamine Diassé est dans ce souffle. S’émanciper de la facilité. Sortir de l’ordinaire sénégalais. Porter presque tout seul le fardeau de la perfection. Le stylisme sénégalais fonctionne en trompe l’œil. Dakar certes est une place forte de la mode africaine, mais les stylistes sénégalais aiment renifler le doux parfum de la facilité. Des défilés occasionnels, des médias complaisants, un public peu averti. Suffisant pour certains noms ronflants de la mode sénégalaise. Trop peu pour Lamine Diassé. L’ambition est le carburant qui chauffe ce cérébral de la mode.

Très jeune, Lamine Diassé a appris le métier de tailleur dans le tas. Il fera quelques piges chez le maître couturier Laye Diarra où il fait la connaissance du costume. Il y apprend à mesurer, à tracer, à couper. Responsable de production, il y réalise des costumes sur-mesure pour nombre de personnalités sénégalaises. Mais à force de ciseler l’étoffe, de dessiner des formes et de s’enfermer dans des mesures, le jeune Diassé est pris dans ce tourbillon de questions qui a façonné, avant lui, nombre de grands créateurs. Pourquoi la mode sénégalaise n’est pas normée comme en Europe ? Pourquoi le costume Smalto ou la chemise Hugo Boss sont si parfaits ? Quelles logiques se cachent derrière la production industrielle de vêtements ?
Pour trouver des réponses et donner plus d’amplitude à sa prometteuse carrière, Lamine Diassé décide de reprendre par là où il devait commencer : la formation. Il part en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (Aicp). Il rencontre ensuite à Paris Jean-Pierre Houée, expert de l’Aicp, qui lui apprend la conception du produit, les tracés de base et les secrets de la fabrication française. Ce dernier croit en son talent et le prend sous son aile protectrice.

Le chemin de la réussite
Il fait, en outre, plusieurs stages dans des maisons de couture réputées en France. C’est le chemin de la réussite. Le plus difficile certes, mais le meilleur. « Mon credo, c’est de comprendre tout de cette activité que j’ai choisie. Aujourd’hui, Dieu merci, j’ai compris », confie Diassé. Et d’expliquer sa démarche : « Si nous voulons aller à la conquête du monde, nous devons comprendre tout ce qu’il y a derrière le vêtement. Il y a des normes à respecter, des méthodes à appréhender, des techniques à assimiler ».
A la différence de nombre de stylistes qui consacrent leurs créations à la femme, Lamine Diassé n’a pas choisi la simplicité. Le costume est, en effet, différent de l’habit traditionnel parce qu’il requiert de la haute technicité. Tracés de base, patronages, gradations (évolution d’une taille par rapport à d’autres) répondent à des normes qui ne s’apprennent pas dans la rue. « Ces techniques ne sont pas enseignées en Afrique. C’est pourquoi j’ai dû faire plusieurs voyages et stages en Europe pour les assimiler. Le costume est un habit européen et l’Europe est jaloux de son savoir-faire », raconte Lamine.

C’est fort de son savoir que le styliste lance son label en 2005. « Dans un premier temps, je ne voulais pas ouvrir un atelier, j’étais plus attiré par la connaissance ». Lamine Diassé passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et le Net pour débusquer les secrets des grands créateurs européens. « Même dans ma famille, on a cru que je ne voulais pas travailler », confie-t-il. Pourtant, c’est une chose de comprendre, c’en est une autre d’expliquer. Lamine Diassé doit se battre avec des méthodes formelles dans un mode informel. En Afrique, avec un crayon et des ciseaux, on se proclame très vite styliste. « Il est extrêmement difficile d’expliquer à mes collègues que le vêtement, c’est de la géométrie, des formules, des fractions ». Du chinois dans un milieu où, le plus souvent, on se contente de découper des carrés pour en faire des boubous.

Incompréhension
Au début de l’aventure de Lamine Diassé couture (Ldc), la mécanique est grippée par l’incompréhension. Les gens sont dubitatifs. Pourquoi acheter un costume à partir de 200.000 francs alors qu’on peut se le procurer dans le prêt-à-porter à moins de 100.000 francs ? Même ceux qui en ont les moyens préfèrent, le plus souvent, passer leurs commandes à l’étranger. « Nous sommes des complexés qui préfèrent les produits étrangers. Nos dirigeants, pas tous heureusement, ont le complexe de s’habiller chez moi, d’aider un jeune qui a préféré la difficulté plutôt que l’immigration. J’ai souvent partagé des podiums de niveau mondial avec les plus grands stylistes africains, tels que Collé Sow Ardo, Alphadi, Diouma Diakhaté, et Laye Diarra qui respectent beaucoup la qualité de mon travail et la ligne de vêtements que je développe », regrette le styliste. Pour noyer son spleen, le jeune créateur s’enferme dans son monde intérieur. Il travaille chez lui, toutes les nuits, sur les tracés de base. « J’adore tracer », sourit-il. La principale difficulté, c’est que le costume sur-mesure cible l’élite. Pas le peuple.

« Je n’ai pas choisi le costume par hasard », consent Lamine, « c’est le produit le plus respecté au monde, qui ouvre toutes les portes. Dans la plus grande école de France, il faut payer six millions cinq cent mille francs Cfa pour devenir costumier. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5000 ou 6000 euros la pièce ». Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire, qui exploite les mêmes matières premières que ces grandes maisons de couture européennes est, pourtant, une aubaine pour tous ces gens qui dépensent des fortunes à l’étranger pour s’habiller. Certains ministres l’ont bien compris et commencent, timidement, à s’approvisionner chez lui. Le premier à s’approprier sa démarche est Abdoulaye Makhtar Diop.

Nommé ministre par Wade, l’actuel Grand serigne de Dakar qui a bien écouté le jeune styliste, lui commande quelques costumes pour le tester. Satisfait par la qualité de ses acquisitions, le ministre lui confie sa garde-robe pendant deux ans. « Je n’achèterai plus mes costumes à Londres », lui glisse-t-il entre deux essayages, le sourire ravi. Avant cette rencontre, le couturier fait la connaissance de Mansour Dieng, le patron d’Icône magazine et communicant bien introduit dans le club sélect des personnalités qui comptent dans ce pays. « Il a cru en moi et n’a pas hésité à m’encadrer dans ma communication et à me prodiguer des conseils très utiles. Il est devenu aujourd’hui mon manager », explique Lamine Diassé.

Partager son savoir
Pour Lamine Diassé, Abdoulaye Makhtar Diop a montré la voie : « Nous n’avons pas besoin de milliards comme cela se voit en politique, nous n’avons besoin que des commandes de l’Etat pour agrandir nos activités. Cela nous permettrait de participer à l’effort de développement en créant des emplois. Pourquoi ne pas nous permettre d’habiller le gouvernement, par exemple ? »

Au rayon des perspectives, le jeune styliste souhaite ouvrir une grande boutique en ville où les Sénégalais pourront acheter ses produits. Mais son rêve est d’ouvrir à Dakar une grande école de mode. « Si j’avais les grands moyens, je n’achèterais pas des immeubles ou de belles voitures pour m’enrichir davantage, j’ouvrirais un établissement de mode, une filière française, pour permettre à des jeunes de se former et aux professionnels de se perfectionner ». Il en est convaincu, pour révolutionner la mode sénégalaise et africaine, « il nous faut de grandes écoles pour enseigner les normes aux stylistes, les fondamentaux de l’industrie vestimentaire, la gestion de la production, les tailles (les normes conventionnelles du vêtement), etc. ». C’est le prix à payer pour être compétitif sur le marché mondial. Lamine Diassé en est conscient : « J’ai peur de mourir sans transmettre mes connaissances ».

Par Sidy DIOP

Peu connu dans les médias sénégalais, Ameth Amar fait la fierté des entrepreneurs sénégalais. Ce milliardaire à la discrétion légendaire règne sur un empire qui fait près de 40 milliards F Cfa de chiffre d’affaires par an. Son entreprise Nma Sanders étend ses tentacules en rachetant les Moulins Sentenac.

Ameth Amar est un homme pressé. Le temps passe très vite et les tâches sont multiples. Il n’est pas rare de le voir peupler les mondanités dakaroises, mais sa disponibilité cache un emploi du temps « surbooké ». Grand de taille, présence imposante, Ameth se dissimule derrière un corps qu’il voudrait soustraire au public qui l’oblige pourtant à s’afficher. De fait, le temps d’Ameth, c’est le temps du travail. Plus que la naissance, c’est à force de travail que l’homme s’impose aujourd’hui comme l’un des capitaines d’industrie les plus en vue de notre pays. On ne devient pas président directeur général de Nma Sanders, spécialiste dans les aliments de bétail et de minoterie, Pastami une usine de pâtes alimentaires sans ambition.

L’histoire commence dans les années 80 avec l’investissement d’Ameth Amar dans le transport maritime. L’homme aime investir et le retour sur investissement n’est pas maigrelet. Loin s’en faut. Les financements ne courent pourtant pas les rues. Il réussit, malgré les difficultés, à inaugurer en février 2001 l’unité industrielle de la Nouvelle Minoterie Africaine à Dakar pour produire de la farine panifiable et des aliments pour bovins et volailles. La route fut pourtant longue. C’est un ami qui lui vend l’usine à… 13 millions de nos francs. Un « tas de ferraille » qu’Ameth transforme en véritable bijou industriel. Pour ce faire, il s’adresse aux banques en quête de 500 millions. Niet des institutions financières en rogne contre les hommes d’affaires sénégalais plus préoccupés à se la couler douce qu’à bâtir de véritables entreprises performantes. Il parviendra, malgré tout, à trouver les financements nécessaires au lancement des activités de son usine.

Né à Mbacké, dans la région de Diourbel, il grandit à Dakar. A 22 ans, il fait des cours du soir en compabilité à l’Ecole Nationale Universitaire de Technologie (Ensut) de 18 h à 22 h, employé à L’Oncad pendant la matinée pour pouvoir payer ses études. Sa famille était loin d’être pauvre, mais les études n’y étaient pas la priorité. Le commerce l’emportait sur tout le reste. Le jeune Amar se découvre pourtant une fibre pour le gain. Ameth loue son vélo à ses petits camarades, et reverse les bénéfices dans l’achat de pigeons qu’il revendra par la suite.

Vient l’adolescence. Le Baol-baol emploie son temps libre en tenant la boutique de son oncle. Le soir, il écume les boîtes de nuit de la capitale, roule en R5, fréquente Thione Seck…la belle vie quoi ! Il dit : « à l’époque où le groupe Baobab était à la rue Jules Ferry, je sortais tout le temps. Cela m’empêchait de faire des économies. » Armé de son bagout et d’un culot d’enfer, le jeune homme se fait repérer par une société de pêche qui en fait son chef comptable en 1979. Capitaine dans l’âme, il démissionne de son poste, achète une vedette qui fait la navette entre le quai et les bateaux. En 1985, il achète deux camions qui transportent des containers, puis une grue pour faire des prestations de services. L’activité rapporte, mais le jeune homme d’affaires, comme nombre de personnes de son âge, aime la fête. Il roule en R5, sort tous les soirs, fréquente Thione Seck et s’éclate avec le « Baobab ». Résultat : toutes ses économies flambent.

Mais il faut croire que ce n’était là que péché de jeunesse. Aujourd’hui, le patron de la Nma emploie 350 personnes et pèse 32 milliards de FCfa. Un patron exemplaire qui, pour fidéliser ses employés, ne lésinent pas avec les moyens pour leur réussite sociale : formation continue pour les cadres en plus d’un pécule de 40 millions pour qu’ils s’achètent une maison, projet de construction d’une cité des ouvriers, etc.

Des pâtes, oui mais des Pastami
Spécialisée dans les farines boulangères et les aliments pour animaux, l’entreprise produit aujourd’hui 200 tonnes de farine de blé par jour. Il est loin, le temps où son Pdg était un petit opérateur sur le port de Dakar… Ameth Amar a aujourd’hui de nouvelles ambitions. Lancée il y a un an, sa nouvelle usine de pâtes alimentaires – Pastami –, dotée de machines italiennes, produit déjà 40 t de pâtes par jour, qui ont investi toutes les grandes surfaces de la capitale. Objectif ? Devenir aussi le fabricant de marques de grandes enseignes comme Casino. Où s’arrêtera-t-il ? Comme le groupe Glon, son partenaire français leader en nutrition animale, la Nouvelle Minoterie Africaine est concessionnaire Sanders pour toute l’Afrique de l’Ouest. Son ambition est de devenir une référence en Afrique afin d’occuper une grande place dans le marché national et de l’Uemoa (Union monétaire et économique ouest africaine).

Self made man au sens américain de l’expression, l’homme d’affaire qui a été porté à la tête de l’Association des industries meunières ouest-africaines (Aim- Uemoa) étale ses ambitions en rachetant Nma Sanders. Pour le moment, on ignore le montant de la transaction mais, il est sûr que Nma Sanders a mis sur la table une belle somme qui se compte en milliards FCfa. 

Par Sidy DIOP                                                                                                                                                                 Portrait rédigé grâce à une documentation sur le Web

 

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:52

La profession de journaliste cite son nom parmi les exemples. Jean Meissa Diop est un des plus grands chroniqueurs de la presse sénégalaise. Ancien directeur de publication de « Walf Grand-Place », un quotidien du groupe Walfadjri dont il est le concepteur, il est également un des pionniers de la presse culturelle au Sénégal.

« Danouy nox Damel dogga dem reeri wala danouy reer dogga dem nox Damel », (on va tuer le Damel avant d’aller prendre le dîner, ou bien ce sera le contraire), une devinette pour montrer qu’il acceptait de se joindre à ses confrères du quotidien national « Le Soleil » qui s’apprêtent à couper leur jeûne avant d’accorder à un des leurs un entretien. Son interlocuteur, aussi humoristique, lui répond : « Nanou reer ba paré doga nox Damel », sinon on peut en être privé.

Rire de tout jusqu’à l’excès, voilà un caractère qui se dégage au premier contact de Jean Meissa Diop, un des pionniers des journalistes culturels de la presse sénégalaise. Un humour qui transparaît bien, de manière subtile, dans les écrits de ce passionné des chroniques. De jungle qui a donné par la suite Post écoute dans Walf Quotidien, on peut le reconnaître à l’absence de toute signature à travers sa plume au style ironique recherché.

N’est-ce pas lui l’auteur des chroniques « Ce français si malmené dans les médias », une manière d’évaluer le niveau de cette langue qui, selon lui, se parle, s’écrit mais se porte mal dans les médias. Ce professionnel des médias est également l’auteur du « Journalisme mène vraiment à tout », une autre chronique qui montre comment ce métier aussi palpitant peut mener à la gloire, comme à la déchéance. À la promotion des causes nobles ou à celle du diable pour reprendre ses mots pour des maux.

Cette belle plume est un homme aux vocations contrariées. Son rêve de lycéen, c’était d’être un professeur de français. Mais, au contact avec la philosophie, cet ancien lauréat au concours général de philosophie révise ses ambitions.

Orienté contre son gré à la faculté de droit, un autre rêve ressurgit, la magistrature. Mais l’homme est incapable de changer le chemin que lui impose le destin. Ce destin qui parfois est une accumulation de paradoxes, l’a amené dans le fleuve d’un passé enfoui. Et finit par lui imposer le journalisme.

Mais, comme le disait Matias Malzieu, deux chemins peuvent mener au même château. Le magistrat n’est-ce pas celui qui se base sur la loi et une petite marge d’interprétation que lui confère celle-ci pour organiser la société, par conséquent la départir de tout ce qui peut mener à sa perte.

Gardien du temple
De même pour le journaliste qui, pour reprendre Albert Londres, journaliste français, porte la plume dans la plaie. Plume au sens de lumière et la plaie à celui des maux. Issu de la treizième promotion du Centre d’études des sciences et techniques de l’information et de la communication (Cesti), option presse écrite, l’animateur d’"Avis d’expert" sur « Walfadjri » fait partie de ces journalistes qui sont sortis à une période où l’Etat, principal employeur des journalistes, ne recrutait plus. Six mois sans travail, la création d’« Afrique nouvelle » vient à sa rescousse.

Mais, cet hebdomadaire catholique dura le temps d’un feu de paille et disparut après dix mois de parution. Ainsi, il tenta l’aventure à « Walfadjri » qui, en cette période de 1987, était encore hebdomadaire, puis paraît trois fois par semaine en 1993, avant de devenir quotidien en 1994. Resté fidèle à la ligne de ce dernier malgré une vague de départs à la recherche de bons salaires et d’autres expériences, Jean Meissa Diop y passe l’essentiel de sa carrière professionnelle.

26 ans dans cette boîte qu’il trouvait passionnante et professionnellement enrichissante. « Le reproche qu’on nous faisait, c’était de rester dans cette boîte à ne rien gagner au moment où il y avait les bons salaires et les bonnes expériences ailleurs », témoigne ce journaliste qui dit être attaché à la valeur des personnes qui y étaient. Au plan professionnel, il a aussi fait « Le Soleil ».

Comme les bons élèves font les bons maîtres, il se consacre actuellement à l’enseignement. Un des produits du Cesti, il a formé deux promotions sortantes de cette école. Il a également initié au journalisme des étudiants d’autres écoles comme l’Institut supérieur d’entreprenariat et de gestion (Iseg), l’Institut supérieur d’information (Isi) qui n’existe plus et, depuis 2011, l’Institut supérieur de l’information et de la communication (Isicom) où il dispense un cours de Collecte et de traitement de l’information.

Soucieux d’un journalisme bien fait, ses chroniques et ses analyses ont souvent porté sur la profession de journaliste, sa responsabilité morale et juridique, sa formation, ses dérives. Cet enseignant en éthique et déontologie reprend ainsi la formule célèbre du chroniqueur français Jean-Claude Guillebaud, qui enseigne à ses étudiants que « pour bien pratiquer le journalisme, il faut le haïr » ; le haïr quand il peut vous mener à des activités annexes de maître-chanteur, de concussionnaire… Toutes ses valeurs défendues lui ont valu de figurer parmi les neuf conseillers du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra).

Par Marame Coumba SECK

Last modified on vendredi, 24 juin 2016 13:34

Il est le directeur et fondateur d’icône Magazine qui vient de fêter ses dix ans. Diplômé en industrie, polygraphie et sciences éditoriales, Mansour Dieng fait partie des pionniers de la presse people au Sénégal. L’ancien directeur de « Thiof » magazine intervient également dans la consultance.

Du flair, il n’en manque pas. Depuis le fauteuil où il est assis, le pouce et l’index tantôt autour de la bouche, tantôt entre les deux tempes, cet habitué des lieux de fréquentation des célébrités lance tout sourire : « Renard passe l’Euro à la Terrasse ». Le sens caché de ce bout de mot est à chercher dans la direction de son regard. Ce regard discret qui guettait Hervé Renard, l’entraineur playboy et une Sénégalaise sous-entendu qui jouent la coupe d’Europe au restaurant la « Terrasse ». A la recherche perpétuelle de l’inédit pour un contenu buzz, de quoi servir sur un plateau doré les fidèles lecteurs d’icône magazine, fans de football. Le buzz, principale matière nourricière d’Icône qui, au début, était cent pour cent people. Le journalisme est d’homme, le flair est de Dieu, car relevant d’intuition qui ne s’apprend pas. Le fondateur d’Icône Magazine n’est pas journaliste de formation. Mais, en contact avec ces professionnels, il finit par en avoir des aptitudes.

Diplômé en industrie polygraphique, notamment en édition et livre, il fait partie de la première génération des monteurs sur ordinateur. Ce qui lui permet d’intégrer Soleil Nis après un passage au service technique. « Par le biais d’une coopération internationale, j’ai obtenu une bourse italienne me permettant de bénéficier d’une formation en édition et livre avant d’aller faire une formation en science éditoriale à l’Université Eib de Bordeaux », renseigne ce pensionné de l’édition qui soutient n’être que quand il écrit. Comme à tout seigneur, tout honneur, il signe, à chaque numéro, un éditorial, à la troisième page de son magazine. Des éditoriaux à travers lesquels, on sent nettement ses positions par rapport à l’actualité « dominante ». Les deux derniers ont porté successivement sur le blocus de la route transgambienne dont il salue la pertinence comme punition du régime de l’homme de Kanilay, Yaya Jammeh, et sur les accords de partenariat économique (Ape) qui, selon lui, pourraient mettre notre pays dans une situation inconfortable.

La passion de l’édition
Ecrivant dans « Yaya, le petit Dakarois » de Dakar matin déjà à l’école primaire puis dans « Bai des flashs », un journal lycéen de Blaise Diagne, il était tombé sous le charme, à 13 ans, de Paris match, un magazine people footballistique et nourrit l’ambition d’en créer un, un jour, à Dakar. Une ambition qui, plus tard, va être orientée vers la presse people après s’y être imprégné. « Lors de mon séjour en Italie, j’avais intégré le département français de « Vogue », un grand magazine people international. Et là, j’ai piqué le virus du journalisme people », explique l’ancien directeur de « Thiof » Magazine de Laye Bamba Diallo. Une influence qui l’a poussé à créer un médiapeople, le mannequinat. De son Italie où il était parti pour renforcer son expertise en édition, il investit ce milieu pour subvenir, dit-il, à ses besoins. Considérant ce premier comme n’étant pas vraiment people, il avait décidé de mettre en jour son propre magazine « Icône ».

L’ancien patron de techno édit, un cabinet de consultance en communication d’entreprise, a accompagné beaucoup d’entreprises sénégalaises pour concevoir de journaux d’entreprises. Directeur de publication de « Sucre contemporain » de la compagnie sucrière sénégalaise (Css), « Main courante », du ministère de l’Intérieur, il a édité également ceux du port autonome de Dakar, de l’Ecole nationale d’administration (Ena) etc.

Virement vers la presse politique
Flair journalistique certes, mais aussi, d’affaire. A la création d’Icône magazine, l’âge d’or de la presse people au Sénégal, Mansour Dieng avait opté pour un contenu cent pour cent people. D’ailleurs, c’est elle qui l’a fait connaître. Depuis l’histoire du mariage homosexuel de Mbao, les photos sont parues dans une de ses publications, son nom a même traversé des frontières. « J’ai reçu beaucoup de médias occidentaux qui ont pensé que c’était de l’inédit dans un pays musulman », témoigne cet éditorialiste qui informe avoir tiré 25.000 exemplaires grâce à cette information.

Les nouvelles buzz du showbiz, il en a toujours. Mais, de plus en plus, il y associe la politique. Un souci d’équilibre, son argument. Les derniers numéros en sont de parfaites illustrations. « Un produit a un cycle de vie, si vous faites les mêmes choses, ça va lasser les gens », soutient le patron de Senemédia. La politique, un monde qui a ses réalités. Il suffit de toucher à un homme « puissant » pour en payer le prix. En l’en croire, il a failli en être victime. « Un homme politique m’avait menacé de fermer mon magazine parce que j’avais écrit quelque chose sur lui. Pourtant, il parait jusqu’à présent sauf qu’il a essayé de m’asphyxier sur la plan économique », se rassure-t-il. A la banque, avoue-t-il, on lui avait refusé des découverts sur certaines choses. « Idem à l’imprimerie où l’on me demande également de payer 50% de la commande à la livraison et puis soldé », poursuit M. Dieng

Défenseur du « people clean »
Pour ce qui ont la bonne mémoire, ses premiers mots dans le premier numéro d’Icône était« je veux du people clean », c'est-à-dire un magazine qui parle de la réussite des gens et créer l’émulation chez les lecteurs. « Contrairement à la presse poubelle française dont s’inspirait celle qui était déjà en place », déclinait sa ligne éditoriale.

Ethique, il en parle tellement, peut être à l’excès. En l’entendre parler, on croit qu’on a un membre du tribunal des pairs. C’est l’auteur de cet éditorial au titre suivant : Sénégal : il faut déparasiter la presse.

Mais que devient cette « éthique » face à la logique marchande des journaux ? Bien qu’ayant brisé l’étau sur les sujets tabous, l’histoire des homosexuels de Mbao, le traitement des informations relatives à la vie privée (même si elles sont vraies) dans son magazine suscite une contradiction entre sa vision de l’éthique et le contenu de son journal.

Entre érosion des ventes et cherté de l’impression, il soutient qu’il ne reste que la publicité pour respirer. A défaut, c’est une presse loin d’être libre car enchaînée par des lobbies. Ceci ajouté au développement des technologies nouvelles de l’information et de la Communication, il dresse le constat suivant : «Chaque fois que Icône sort, je perds de l’argent ».

Par Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 22 juin 2016 14:59

Elu meilleur chef d’entreprise du Sénégal en 2006, récipiendaire du prix Cauris d’Or 2008, Cauris de l’intégration, Meissa Ngom dirige le groupe Chaka présent dans plusieurs pays d’Afrique et d’Europe avec plus de 600 collaborateurs. Une belle réussite pour cet ancien consultant en poste en France, rentré au Sénégal en 1994 pour fonder son groupe.

L’homme est discret. Ses amis confient que Meïssa Déguène Ngom n’aime pas faire briller sa tronche. Travailleur acharné, accroché à ses rêves comme un adolescent qui brode les fils de son avenir, le président fondateur du groupe Chaka préfère laisser parler ses œuvres. Et il y a à entendre pour qui sait écouter. Le film de son parcours est d’une éloquence qui confine à l’exaltation de la témérité. Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en informatique-électronique obtenu en France, il se fabrique une carapace dans les affaires en évoluant pendant quatre années dans le domaine du conseil au sein du Groupe Steria. Mais ce n’était pas la vie à laquelle il se prédestinait. Cela ne correspond pas à ses rêves. Non, ce qu’il veut, c’est bâtir. Confronter ses utopies à la réalité de leur temps. Il décide alors de rentrer à Dakar pour donner corps à sa vision de la vie ; de sa vie.

Chaka Computer, première marque du groupe, voit le jour en 1994, à Dakar. Mais ce premier jalon peine à contenir toute l’ambition de Meïssa Ngom qui, treize ans après l’installation de Vocalia, le premier serveur vocal dans le secteur bancaire d’Afrique de l’Ouest, fait du groupe Chaka le leader dans le domaine de l’informatique vocale dans toute la sous-région. Et s’impose sur le marché du transfert d’argent. Quelques mois après le lancement de Vocalia au Sénégal, puis dans la sous-région, les postes et les caisses d’épargne, convaincues de l’efficacité de ce nouveau système permettant aux clients de recueillir diverses informations sans être contraints de se déplacer, firent également appel à l’expertise de Chaka. L’évolution de l’entreprise prit alors un nouveau tournant. Mais ce n’est qu’à partir de 1997 que Chaka s’imposa réellement, après avoir remporté un appel d’offres international lancé par la Sonatel (Société nationale des télécommunications) face à deux concurrents de taille, Alcatel et Siemens, pour la mise en service d’une plateforme vocale servant à corriger les erreurs de numérotation. Quelques années plus tard, en 2002, après avoir été sollicité par Sentel (groupe Millicom International Cellular, deuxième opérateur de téléphonie mobile au Sénégal) pour l’installation d’un centre d’appel permettant la gestion des clients à distance, Meïssa Ngom crée Call Me. L’externalisation de la gestion des clients venait d’être introduite au Sénégal. Spécialisé dans l'outsourcing, la relation client à distance, le télémarketing et le conseil en CRM. Call Me, réussite continentale, s'exporte dans plusieurs pays africains (Côte d'Ivoire, Guinée, Bénin, Mali, Mauritanie). Aujourd’hui, Call Me compte dans son portefeuille quelques-unes des plus grandes entreprises sénégalaises (Société nationale des télécommunications, Société nationale d’électricité, Office national pour l’assainissement, Société des eaux, etc.) et sous-régionales, ainsi que quelques industries agroalimentaires et des opérateurs télécoms européens. Call Me est actuellement installée dans cinq pays (Sénégal, Mauritanie, Guinée, Côte d’Ivoire et Mali) et emploie des dizaines d’opérateurs multilingues (français, arabe, wolof, bambara…) spécialisés notamment dans le télémarketing, la télévente et l’accueil de clients.

Transfert d’argent
La troisième marque du groupe Chaka est née pratiquement à la même période que Call Me. Money Express opère dans le transfert d’argent. C’est, en effet, en 2002 que le Groupe Chaka conçoit le logiciel de transfert d’argent destiné aux réseaux de caisses d’épargne de l’Union Economique et Monétaire Ouest-africaine. En 2004, la société Money Express est juridiquement créée. Opérateur incontournable du transfert d’argent sur le continent africain, Money Express a acquis une expérience de près de dix ans qui lui a valu une accréditation auprès des autorités financières européennes. Fort d’une présence dans plus de 50 pays dont 24 en Afrique, Money Express est le premier réseau panafricain indépendant pour le transfert d’argent. L’activité de Money Express repose sur l’exploitation d’un logiciel développé en interne, dont elle est pleinement propriétaire. La société exploite un système de transfert électronique d’argent utilisant un Intranet sécurisé et se présente comme un « fournisseur, intermédiateur et intégrateur de solutions de transfert de fonds panafricain ». L’application Money Express effectue tous types de transactions : domestiques et internationales, en FCFA ou en devises, de cash à cash, de compte à cash, de cash à compte, de compte à compte et de carte à cash (transfert en ligne à l’aide d’une carte bancaire).

Money Express a été mise sur pied pour répondre à une demande de l’association des postes et caisses d’épargne de l’Uemoa, soucieuse de faire face à l’informel en sécurisant les transferts d’argent. Money Express est aujourd’hui établie dans une quarantaine de pays sur les cinq continents.

Elle compte parmi ses partenaires plusieurs établissements financiers dont la Banque islamique du Sénégal (BIS), la Banque de l’habitat du Sénégal (BHS), la Banque d’escompte et certaines sociétés internationales spécialisées dans le transfert d’argent (Coinstar Money Transfer, Ria Envia, Money Exchange, etc.). En 2002, le montant des transactions effectuées s’élevait à 500 millions de FCfa. En 2006, il était de 40 milliards de FCfa pour plus de 250 000 opérations. Actuellement, la base de données de Money Express est logée en France, mais un « back-up » sera prochainement placé dans un autre pays européen afin de parer tout incident susceptible de nuire au bon fonctionnement de la société. Le groupe Chaka a aujourd’hui un capital de 300 millions de FCfa. Il emploie environ 400 personnes dans différents pays. Toutes ses activités reposent sur l’ingénierie informatique et l’expertise d’une vingtaine d’ingénieurs africains qui conçoivent les logiciels et les installent. Le groupe Chaka propose des solutions bancaires, assure la sécurité des systèmes d’information et le couplage téléphonie-informatique. Dernier développement du groupe, Chaka Card Systems, centre de personnalisation moderne basé en Côte d'Ivoire, spécialisé dans le domaine de la monétique avec les solutions cartes bancaires.

Vive la Bourse !
Selon Samuel Maréchal, PDG de M&A Finance qui a accompagné l’introduction en bourse de la société, cette entrée en bourse lui permettra d’accéder à des outils de financements moins coûteux. Parallèlement à cette cotation, une augmentation de capital d’un montant de 2,8 millions d’euros dotera l’entreprise de moyens nécessaires à son ambition.

L’introduction en bourse de Money Express permettra à l’entreprise d’accéder, dans sa politique de développement, à des outils de financements moins coûteux. Il faut rappeler que les fonds d’investissements ne peuvent investir dans une entreprise que lorsqu’elle est cotée en bourse.

*Portrait rédigé grâce à
une abondante documentation
sur le Web.
Par Sidy DIOP

« Je vous ai envoyé le chargé des revendications et mon chauffeur, ils sont en route », une telle phrase dans la bouche d’un syndicaliste ne surprend personne. Gora Khouma, un homme, une vie pleine d’engagement syndical. Dans son bureau, les affiches d’images et les distinctions témoignent plus d’une vingtaine d’années de lutte dans le secteur du transport routier.

Une photo parmi tant d’autres attire l’attention, celle d’un car rapide jaune-bleu bien cadrée et soigneusement nettoyée. Est-ce un hasard si la prise même est valorisante parce qu’étant en contreplongée? Ce n’est point un hasard. Elle n’est que la représentation du réel. Après un départ négocié aux Industries chimiques du Sénégal (ICS) où il travaillait en 1992 comme machiniste, il a investi dans le secteur des transports en achetant ce dernier. Connu dans la circulation du fait de ses accrochages avec les policiers qui le mettait derrière les grilles bien que temporairement pour outrage à un agent en exercice, il commençait à se faire un nom dans le cercle restreints des transporteurs belliqueux de la route. « Je ne pouvais même pas concevoir de payer des amendes sans effraction », dit-il

Du siège conducteur au fauteuil syndical
Depuis son élection à la tête du Cntfc en 2005, Gora Khouma n’a jamais cessé de faire du bruit pour défendre les intérêts des transporteurs du Sénégal. Cet infatigable syndicaliste a été derrière beaucoup de grèves ou de préavis de grève lancés dans le but d’ « améliorer » les conditions de travail des transporteurs routiers. Un engagement syndical qui a le plus souvent porté ses fruits.

Si les transporteurs ont bénéficié d’une baisse de 5 FCfa sous le régime libéral puis de 100 FCfa sur le prix du gasoil sous l’actuel pouvoir, ils le doivent bien à cet homme dont l’engagement, dit-il lui-même, est inné. N’est-ce pas lui qui était chargé des revendications dans les mouvements de jeunes lycéens à Abdoulaye Sadji. Cet ancien chauffeur d’origine Lébou a également beaucoup contribué au renouvellement du parc automobile. Un autre combat, une autre réalisation : la création de Transvie, une mutuelle de santé financée par la Banque internationale du travail (BIT) pour tous les transporteurs routiers du Sénégal qui s’acquittent de leurs cotisations.

Cet activiste à la carrure de bûcheron ne recule devant rien. Une satisfaction ou rien. A un syndicat, celui de la Confédération nationale des transporteurs du Sénégal (CNTS) jusqu’à la fin des années 90, il nourrit une ambition de le révolutionner.

Il pose les premiers jalons pour un changement à la tête de cette centrale syndicale en organisant des rassemblements clandestins parce que n’étant pas autorisés. Parmi ces manifestations, un qui avait mal tourné lui a valu un emprisonnement de deux mois six jours.

Après une longue bataille, il y a eu les élections au sein de la centrale syndicale. Alassane Ndoye, son candidat qu’il a défendu avec beaucoup de courage, remporte les élections avec 34 voix d’écart. Il est nommé aussitôt chargé de l’administration centrale. Un compagnonnage qui va durer le temps d’une chandelle. En 2004, fin du mandat du bureau en place. Une autre ambition resurgit chez M. Khouma, une volonté d’occuper le poste de secrétariat. Son allié d’hier devient ainsi son adversaire d’aujourd’hui. Mais, à cause d’une rumeur faisant état de trente millions reçus du Président Wade pour remporter les élections syndicales, le congrès est reporté. Ne pouvant pas partager le même bureau avec son adversaire, l’ancien transporteur routier crée parallèlement en 2005 le Syndicat des travailleurs des transporteurs routiers du Sénégal (Sttrs) affilié à la CNTS dont il est le secrétaire général jusqu’à aujourd’hui. A trois mandats, il soutient qu’il est à son dernier et il va se retirer en 2019.

Au plan international, il occupe également des positions syndicales. Il est le coordonnateur de la Fédération internationale des transporteurs au Sénégal (ITF) et le vice-président de la Confédération des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest (Cescrao).

Par Marame Coumba SECK

Fallou Diop est un homme d’affaires qui prospère sur les bords de la lagune Ebrié. Son restaurant qui propose des spécialités sénégalaises et africaines est le plus couru à Abidjan.

Difficile de le rater à Treichville. Son nom est connu de tous dans ce quartier fortement habité par les ressortissants sénégalais. Fallou Diop est un restaurateur de renom à Abidjan. Son restaurant, « La Téranga », est un must pour nombre de cadres ivoiriens qui s’y retrouvent à la mi-journée pour recharger les accus. « Il vaut mieux appeler avant de venir », explique un jeune cadre d’une société de téléphonie de la place. A défaut, il faut prendre son mal en patience, en attendant que des places se libèrent. A 13 heures, impossible de trouver une table libre. C’est comme si tout Abidjan s’est passé le mot. Il faut dire qu’à « La Téranga », on en a pour son argent. Les spécialités sénégalaises et africaines qui y sont servies valent bien le détour. « Mon souci, c’est que tous mes clients sortent d’ici rassasiés », confie Fallou. Il n’est pas rare qu’une assiette vide repasse entre les mains des serveurs pour un second service. « Quand un client ne mange pas à sa faim dans un restaurant, cela laisse une mauvaise impression. Or, le but est qu’il revienne un autre jour », théorise ce gérant que rien, pourtant, ne destinait à la restauration.

Né à Mbacké-Baol, c’est dans un daara que le jeune Fallou a fait ses premières armes. Issu d’une famille de bijoutiers, c’est naturellement qu’il s’oriente vers ce métier après une formation diplômante. « J’ai commencé par travailler chez un parent bijoutier sans être payé. Mais comme je faisais bien mon travail, on me confiait des travaux rémunérés. Des parents établis en Côte d’Ivoire le convainquent alors à venir s’y établir. « Je voulais aller en Italie, mais on m’a encouragé à venir ici pratiquer mon métier », confie-t-il. On est en 1984. Il débarque à Treichville avec seulement 8.000 FCfa en poche et commence à travailler dans la bijouterie d’un proche parent. Un guêpier social dans lequel il ne gagne que des miettes. Mais le souvenir de sa famille restée dans son Baol natal est, pour lui, le carburant de son ambition. A force de travail, il parvient à s’installer à propre son compte. Il ouvre alors une bijouterie qui marche bien et commence à voyager pour acheter de l’or à revendre. C’est au cours de ces voyages qu’il se familiarise avec la restauration. « C’est en mangeant dans des restaurants au cours de mes voyages que l’idée m’est venue de me lancer dans ce domaine », lâche-t-il.

Aujourd’hui, Fallou est une personnalité bien connue sur les bords de la lagune Ebrié. Son restaurant est très prisé par bon nombre de Vip abidjanais. « Je dis un grand merci à la Côte d’Ivoire qui m’a accueilli, les bras ouverts, et m’a permis de me réaliser », dit-il, très bien introduit dans ce pays où il compte des relations bien placées dans toutes les couches de la société. A midi, la plupart de ses clients, des cadres et Vip, quittent le Plateau, traversent le pont pour venir manger à « La Téranga », à l’entrée de Treichville, à la sortie du pont qui le relie au Plateau, le quartier des affaires.

Pour mettre sa clientèle dans de meilleures conditions, Fallou a agrandi le local et l’a bien réaménagé. Des investissements qui lui ont coûté près de 80 millions de FCfa. Un investissement réalisé sur fonds propres. « Je n’ai jamais demandé un prêt à une banque ». Alors que c’est l’offre qui manque le moins, avec tous ces financiers qui viennent manger chez lui… « Je n’ai jamais tendu la main, je ne crois qu’au travail. Aux jeunes qui veulent me prendre comme modèle, je demande de ne jamais baisser les bras, de rester honnête, de ne pas voler, de persévérer dans l’effort. Inchallah, la réussite sera au rendez-vous ! ». Fervent mouride, le patron du restaurant sénégalais le plus réputé d’Abidjan n’a jamais coupé les ponts avec le Sénégal où il se rend plusieurs fois dans l’année, particulièrement à l’occasion de certains événements religieux à Touba. « Mon objectif est d’ouvrir un restaurant similaire à Dakar ». Un défi dans ses cordes.

Par Sidy DIOP


Décidément, un Modou Lô peut en cacher un autre. Si le chouchou des Parcelles assainies s’est fait un nom grâce à ses kilos de muscles à force de s’empoigner et de cogner dans l’arène, l’autre Modou Lô, lui, est champion dans un tout autre domaine : la culture du riz. Dans tout le Walo, ses performances agricoles et rizicoles retentissement à l’image des victoires du gladiateur de l’arène nationale.

En fond sonore, le ronronnement d’une pompe irrigant les périmètres rizicoles se fait entendre. Des hommes aux muscles saillants s’affairent autour de la pompe. Ils sont chargés de l’irrigation d’un immense champ étendu sur plus de 100 hectares. Une propriété qu’exploite Modou Lo. Né en 1952 à Gaya, le village d’Elhadji Malick Sy, localité située à la sortie de Dagana, il a quitté son patelin à l’âge de 22 ans, après le décès de son père. Modou Lo a fait le tour du Sénégal, muni d’une détermination indéfectible, travaillant à la sueur de son front. « Je venais souvent à Ross Béthio, mais c’est en 1989 que je m’y suis installé de manière permanente. A l’époque, j’étais établi à Nder près du Lac de Guiers, où je faisais de la pêche et de l’agriculture », souligne-t-il, sur un brin nostalgique.

Modou a longtemps cherché sa voie, ce qui l’a amené à être un « touche à tout ». Il a été tour à tour transporteur, pêcheur pendant presque 35 ans dans le lac de Guiers, et commerçant. C’est en 1989 qu’il se lance dans la riziculture. A l’époque, il faisait également office de prestataire de service, car louant du matériel agricole (tracteurs, moissonneuses-batteuses, niveleuses etc.). Tous les domaines de l’agriculture l’intéressent. « Puisque nous n’avons pas des diplômes nous permettant d’avoir un travail salarié bien rémunéré, nous n’avons que la force de nos bras pour tirer notre épingle du jeu et se faire une place dans la société. C’est pourquoi nous faisons tous les boulots », se justifie-t-il. S’il est bien connu dans les autres domaines, aujourd’hui, c’est grâce à la culture du riz que Modo Lô s’est fait un nom. Considéré comme un bienfaiteur ici, notamment par les femmes qui ne manquent jamais l’occasion de lui rendre hommage, pour tout ce qu’il fait. « Peut-être qu’aujourd’hui, Dieu a fait que j’ai plus de chances qu’elles et de moyens, donc il est tout a fait normal que je leur apporte mon aide, je cherche la félicité », sert-il comme toute réponse, face à la reconnaissance des femmes.

De 7 à 300 ha
Les choses ont bien évolué depuis 1989. A l’époque, il avait commencé avec un champ de 7 ha. Il procède alors à la mise en valeur de l’exploitation, avec ses économies. Modou avait hérité le champ de son oncle qui était atteint par le poids de l’âge. « Chaque année, j’étends le périmètre jusqu’au jour où le Cnca a accepté de me financer, je suis resté longtemps sans avoir de financement parce que cette banque n’avait pas trop confiance aux Gie qui ne remboursaient pas toujours les prêts qu’on leur accordait », se souvient-il. Heureusement pour lui, en venant au Cnca, il disposait d’une garantie et a pu bénéficier d’un prêt de 4 millions pour démarrer. Depuis, chaque année, la confiance entre lui et cet établissement bancaire s’agrandit. Modou Lo exploite actuellement 300 ha. La Cnca lui a financé l’exploitation des 200 ha, les 100 ha sont financés par ses propres moyens. En contre-saison, les rendements sont plus importants, on note, au minimum, entre 7 et 8 tonnes ou 9 à l’hectare, en hivernage, ça retombe jusqu’à 5 à 6, c’est selon, souligne-t-il.

Qui pouvait alors imaginer que la riziculture se développerait à ce point et qu’il y aura cet engouement, qu’on lui connaît aujourd’hui. Modou est resté constant. Il a toujours cru au travail. « J’ai toujours cru que l’homme ne s’accomplit que par et dans le travail et quel que soit le métier, on aura toujours ce que Dieu nous a réservé », souligne-t-il.

Certes tout le monde ne connaît pas le même succès que Modou, mais l’agriculture est en train de nourrir certains de ses hommes. « Dire qu’on est agriculteur est devenu une fierté », avoue-t-il. En plus de nourrir son homme, la riziculture a des effets économiques qui se font également sentir chez de nombreux travailleurs. Des emplois, Modou Lo en a créés des dizaines. «Nous faisons appel au service de presque 30 personnes, des emplois permanents. Ces jeunes habitent dans les périmètres rizicoles : ils nettoient, font les semis. Durant la récolte, on prend quelques saisonniers pour les renforcer », informe-t-il.

Ses enfants et ses neveux sont tous dans l’agriculture, son fils aîné notamment. Au fort moment de l’émigration clandestine, l’idée leur avait effleuré la tête d’embarquer dans des pirogues, mais ils ont renoncé. « En voyant aujourd’hui que ceux qui étaient partis n’avaient pas plus réussi qu’eux, ils n’ont pas regretté leur choix de rester au Sénégal et d’exploiter la terre et d’en tirer une richesse. Ils croient tous en l’agriculture. Je les encadre, les accompagne et chacun a son périmètre rizicole », se targue-t-il. Ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années ? Aux hommes voués à la réussite, peu importe le parcours… «Je n’ai jamais fait les bancs », relève fièrement Modou Lo comme pour confirmer l’adage.

De nos envoyés spéciaux El Hadj Ibrahima THIAM, Oumar BA (textes)

Journaliste-critique d’art, documentariste, scénariste, de son vrai nom Ababacar Diop fait partie des rares journalistes spécialisés en culture notamment en ethnomusicologie. Au beau milieu de Bordeaux, ce pensionné du l’art, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Warango », découvre le cinéma africain. De là est née sa passion pour l’art, en particulier le cinéma.

Baba et son chapeau, c’est comme l’homme et son ombre. Il s’en sépare rarement. D’ailleurs, en le confondant à un des collègues de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (Issic). Tout sourire, ce dernier répond dans un style taquin : «  Je ne suis pas Baba mais si vous voyez un homme avec son chapeau sachez bien que c’est le signal de son arrivée ».

Du couloir sombre des locaux qui abrite cet institut, une silhouette moyenne, le chapeau rabattu sur le visage, s’apprête à s’y engouffrer. Quand on parle de Baba, on voit son chapeau. Mais, quand on parle de ce journaliste, on pense également à la critique d’art.

Un des pionniers de la crique d’art après Ali Kheury Ndao et ponctuellement Bara Diouf, sa vocation de toujours est d’évaluer des films. Avec sa sensibilité d’ethnographe, il en dégage des sens mêmes cachés. Président sortant de la Fédération africaine de la critique littéraire (Facc), il a toujours milité pour le renforcement de la critique cinématographique sur le continent africain qu’il considère balbutiante ou inexistante dans certains pays.

Dans son bureau exigu, on a une revue de l’art sénégalais, surtout du cinéma. Que de documents sur l’actualité culturelle. Baba, un homme, deux passions : le journalisme et le cinéma.

Par un concours de circonstances, il rencontre le cinéma africain à Bordeaux où il était parti pour des études de droit. Travaillant dans les années 70 sur son mémoire de maîtrise « Cinéma et la société », il s’est imprégné du septième art. Au festival du cinéma africain qui se déroulait près de la banlieue bordelaise, il découvre les figures emblématiques du cinéma africain à l’instar de Sembène Ousmane. Dans cette industrie du cinéma, est né un journaliste-critique d’art. Le premier festival mondial du cinéma sur l’île de Madère en 1983, avec les réalisateurs de la planète chez lui. Dans un contexte où le journalisme politique dominait dans le paysage médiatique, il a choisi la presse culturelle et en fait son domaine de prédilection. Il accentue ainsi ses travaux universitaires sur la culture.

« L’art nous permet de voir le beau là où les gens y voient de laid »
Audacieux ou indécent ? Non, il voit le beau là où les gens y voient de laid. « Une femme nue ne me gène pas car je n’y vois pas l’élément sexuel mais une esthétique », atteste ce scénariste qui est à la base de plusieurs films : « Maël » d’Amadou Thior, « Picc mi » de Mansour Sora Wade, etc. Loin du sensationnel, il pousse des réflexions sur ce que représente ce corps féminin par rapport à ceux des hommes qui croient le dominer alors qu’ils ne dominent que son enveloppe. « Warango », un hebdomadaire dont il était le rédacteur en chef, s’est inscrit sous cet angle.

Jadis, contemplateur du corps féminin, aujourd’hui, il s’intéresse aux rapports entre la ville et ceux qui l’habitent. Autrement, comment les cinéastes perçoivent la ville. Un projet qui l’amène à accentuer ses recherches sur la sociologie linguistique du bâtiment. Spécialisé en ethnomusicologie, il a animé sur les ondes de la Sud Fm des émissions comme « Café des arts », « Le temps de vivre », la chronique « Le ramadan de Tons ».

Pour la presse écrite, il a fait presque tous les journaux. De son stage au « Soleil » à ses expériences de journaliste à « Afrique nouvelle », « Africa », « Souka magazine », « 52 l’hebdo »,  quotidien « Sud », en passant par la rédaction du journal de la Biennale de Dakar, il signe des critiques sur « Senciné », un magazine qui sort tous les trois mois.

Ce journaliste au sourire facile est également un documentariste. Il dispense des cours en Histoire du cinéma et documentaire à l’Université Gaston Berger (UGB). Son autre talent caché, c’est son sens de l’humour et de la caricature.

Marame Coumba Seck

S’il est vrai que le travail permet à l’homme de s’enrichir, il lui permet également de tenir tête au temps. A 56 ans, Mansour Mbaye Madiaga paraît encore jeune. Il reste toujours le bel homme au teint noir qui faisait rêver les dames dans les pièces théâtrales. Ce qui a changé, c’est les rôles qu’il incarnait. « Soro », bon père, bon mari élégant et éloquent devient subitement un père « Zora », cynique et autoritaire. En tournage, il soutient que ses deux prochaines séries en cours resteront dans la logique de départ.

Se levant automatiquement de la chaise où il était assis, il sort de la salle les larmes aux yeux.Quel contraste entre ce qu’il est et ce qu’il incarne. « Père Zora », un homme cynique, audacieux et menaçant, capable de tout pour arriver à tout dans « wiri wiri ». Ces traits de caractère transposés dans la réalité donnent un homme sensible qui aborde quelques événements de sa vie avec beaucoup d’émotion. Ce qui en reste est peut-être la fougue dans son parler. « Les rôles que je joue, je les emprunte pour la plupart à mon vécu, dans le passé comme dans le présent », avoue cet artiste qui a fait une grande partie de sa carrière à « Daray Kocc ». Mais comme le disait le poète libanais Khalil Gibrane, nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. Aube ensoleillé pour Madiaga qui se dévoile au beau milieu de ces rabatteurs et de vigiles plus vigilants de la Société de gestion des abattoirs du Sénégal (Sogas) à cette période où les rumeurs sur la vente de la viande d’âne sur le marché grossissent comme un ânon qui est en âge de croissance. Voué à dépister le mal de cœur des téléspectateurs qui ont peut-être les mêmes penchants que lui par le rire où il les ravitaille également en viande.

Connu plus sous sa veste d’artiste comédien, son principale activité est la boucherie. Dans sa tenue de travail, Mansour Mbaye Madiaga dit Soro aborde son parcours avec beaucoup de fierté. Tambour major, puis rabatteur, il s’est converti en artiste et finit par trouver une place auprès du scénariste sénégalais Cheikh Tidiane Diop à qui il doit son succès

« Tout ce que j’ai, je le dois au théâtre »
A-t-on l’habitude de dire que le tambour peut raconter l’histoire des hommes de génération à génération, en l’absence de tout support d’écritures. S’il en est ainsi, il est aussi capable de changer le cours d’un destin. « J’ai été un bon tambour major jusqu’au jour où Cheikh Tidiane Diop m’a remarqué et a décidé de me mettre à la tête du ballet », rappelle cet éminent artiste qui apparaît pour la première fois dans la pièce théâtrale « Sama allumette » de la troupe « Daraay Cocc ». La première leçon qu’il a apprise dans cette école est le culte du travail.

« Cheikh posait une condition pour rester dans sa formation : un boulot d’abord. En effet, je suis venu faire le rabattage devant les portes de cette société », renseigne ce chevillard qui est aujourd’hui actionnaire dans cette structure d’autorégulation.

Autre chose que son métier d’artiste lui a apporté dans sa vie, la marche de ses activités de boucher. « Les clients, en me voyant, venaient toujours acheter auprès de moi », s’en glorifie-t-il. D’ailleurs, c’est grâce à cet art qu’il a pu également accéder à la Sogas et en devenir un des actionnaires. « Les enfants du directeur de la Sogas à l’époque m’avaient reconnu en tant qu’artiste. En effet, il avait demandé à leur père me de donner une autorisation pour pouvoir y travailler. C’était dans les années 1980. Ainsi, le directeur m’avait appelé avant de me demander de lui apporter mes pièces d’identité », témoigne cet artiste.

Acteur principal de la pièce « une Sénégalaise à Paris », une série qui parle des conditions difficiles des femmes en dehors de leur pays puis dans « Minetou » traitant la question des castes, il commence à se faire une place dans le cœur des Sénégalais qui, tous les mardis, se retrouvaient devant le petit écran. Après le décès du fondateur de Daraay Kocc, il décide de former la troupe « Diam » de Pikine, son lieu d’habitation. De cette formation sont nées « Borom Keur » et « Kou diay sa ker yendou ci naathie bi », des pièces qui s’inscrivent sur la même logique des thématiques abordées par son maître : corriger les mœurs par le rire.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on lundi, 30 mai 2016 17:01

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