grandair

Par Exemple (63)

Pape Mouhamed Camara est l’incarnation d’un dandy moderne qui cultive le bien-être. Economiste mathématicien de formation, c’est pourtant dans l’interprétation qu’il se fait le plus remarqué auprès de l’ancien Président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade.

Qui disait l’âge c’est dans la tête ? Pape Mouhamed Camara tient bien dans ses 70 piges. Il affiche une forme peu commune pour son âge. On lui donne nettement moins. Lui attribue, sa bonne mine «à des années de pratique assidue de différents arts martiaux». Un look bien entretenu, une démarche certes lente, mais méticuleuse. Une voix pondérée, pleine de sagesse reçoit, pour immédiatement mettre à l’aise le visiteur. Un étrange mélange de rigueur zen et de tchatche espiègle se dégage du comportement de ce monsieur qui susurrait dans l’oreille du Président de la République, Abdoulaye Wade. Il faisait alors à la fois office de ministre conseiller et interprète. C’est dans un bureau décoré avec retenue qu’il nous reçoit en cette fin de matinée. L’homme maîtrise plusieurs langues : français, anglais, espagnol, chinois, russe, arabe, portugais, japonais, amharique, bulgare… Aujourd’hui, il est le coordonnateur d’un programme de PhD au centre diplomatique situé sur la route de Ouakam, une antenne du centre diplomatique de Paris.

Ce neveu d’Ousmane Diagne, (un ancien magistrat), issu d’une famille d’enseignants, a très tôt pris goût à la quête des connaissances. Il aimait à pousser les limites en allant au-delà des cours qui sont restitués à l’école. Cette curiosité l’amène à flirter d’avec toutes les langues, à sa portée. Cette donne lui confère aujourd’hui la capacité d’en manier plusieurs à la fois. Il effectue son cursus élémentaire et secondaire au Sénégal. Puis, se rend en Guinée ; accompagné de sa maman et y boucle le cycle secondaire. Baccalauréat en poche, il revient à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), pour les études supérieures. Il est orienté à la Faculté des Sciences Economiques et Juridiques. Il se spécialise en économie privée et en management option mathématiques. Dans le corps professoral, en quatrième année, se trouve un enseignant spécialement venu des Usa, de l’université Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ce dernier ne maniait guère la langue de Molière. Il était évidemment plus à l’aise dans celle de Shakespeare. Cette donne constituait un énorme frein dans sa détermination à transmettre du savoir à ses étudiants, qui, pour l’essentiel, ne comprennent pas l’anglais. Sur recommandation de ses collègues de classe, Mouhamed Camara, accepte de jouer les interprètes. Parmi ses condisciples figurent feu Djibo Leity Kâ, Abdoulaye Diop Mactar, Fadel Dramé, Sadikh Diop, Fatah Diagne… tous devenus d’imminentes personnalités.

Pape fera office d’interprète un an durant, entre le professeur américain qui parle à peine français et des étudiants francophones. Après avoir bouclé sa Maîtrise, le jeune homme très ambitieux, veut se rendre à Columbia University (New York), une des plus prestigieuses au monde, afin d’y affiner davantage ses connaissances. Il lui fallait une recommandation. Il l’obtient de son professeur américain, ce qui lui ouvre les portes de Columbia University. Nous sommes en 1974. Il se propose «d’apprendre une filière pouvant aider les pays d’Afrique à se développer». Il se spécialise en «Buisness Inchanging Economy», une forme de macroéconomie, se rappelle-t-il. Il restera en tout, vingt six ans, à travailler pour des structures établies aux Usa. Il était toutefois courant qu’il revienne au Sénégal, dans le cadre de son travail. «Je ne restais pas plus de deux ans sans revenir au Sénégal». La majeure partie des projets, pour lesquels il travaillait, servaient en Afrique. C’est ce qui l’amène à visiter plusieurs pays du continent. Là, il accumule une grande expérience qui «complète son éducation académique», relève-t-il. Il a travaillé dans la structure qui a construit l’immeuble Trump Tower.

Au début, se souvient-il, j’étais «un monsieur quelconque». En fin d’année, une fête est organisée chez le président de la structure. Au jeu de ping pong, il aligne tout le monde. La fille du boss la remarque soulignant avoir déjà vu son visage quelque part. C’était en fait, dans le catalogue de l’Université Columbia. Le patron mis au courant, le change automatiquement de position. Son salaire passe du simple à huit fois plus. Quelques temps après, le Fonds monétaire donne suite favorable, à sa demande d’emploi. Son salaire passe de 11.000 à 61.0000 dollars. Le retour de Pape Mouhamed Camara dans son pays natal passe par la Senelec en 1996. Il a étroitement travaillé dans la confection du schéma directeur informatique de cette structure publique. Mais, Pape Mouhamed est plus connu par le grand public, pour son rôle d’interprète auprès d’Abdoulaye Wade. Leur première rencontre a lieu à l’Ucad.

L’homme qui murmurait dans l’oreille du président
Me Wade, alors jeune professeur et lui étudiant. Il est alors charmé par ce professeur qui déjà à l’époque dispensait «les cours en rétro-projecteur ». Il venait toujours bien habillé, à bord de sa Mustang, évoquait ses amis tels que Samuel Chang. La fascination est déjà au rendez-vous. Quelques années plus tard, élu Chef d’Etat, le Président Wade cherchait un profil pour diriger l’Université du Futur. C’est là qu’il est contacté pour le rencontrer. En plus de ce travail, il est nommé chargé de mission à la Présidence de la République. Plus tard, il est nommé conseiller spécial, avant d’être promu ministre conseiller, «très actif» relève-t-il, auprès du Chef de l’Etat. Ce dernier, dit-il, lui propose de faire désormais partie, de sa délégation, dans tous ses voyages. La première traduction a lieu lors d’une rencontre avec une délégation américaine. Camara faisant office d’interprète montre toute l’étendue de sa maitrise des langues.

Le Président Wade découvre émerveillé une des facettes cachées de son conseiller. C’est ainsi qu’à chaque fois qu’une délégation venait au Palais de la République, il faisait appel aux services de Camara. De fil en aiguille, il devenait un des interprètes attitrés du Chef de l’Etat. Il retient un «homme aux connaissances étendues et au génie rare». L’homme qui a fait le tour du monde avec Me Abdoulaye Wade dit prier «pour la paix des cœurs».

Il incombe aux hommes de faire de la réalité ce qu’ils désirent. La première perspective du développement réside dans la paix, souligne t-il. On peut le croire, lui qui a côtoyé pas mal de cultures et fait le tour du monde.

Oumar BA

Il y a ceux que la passion aveugle et d’autres qu’elle fait gravir la cime des éloges justes. Fatou Fall, employée de la Société sénégalaise de Presse et de publications (Sspp) « Le Soleil », est de cette dernière catégorie. Elle satisfait son amour de l’élégance à travers la couture, le stylisme et son complexe Fatitoo Fashion, son univers d’enchantement.

Fatou Fall, jeune femme à la silhouette fine, est d’une grâce naturelle. Tête bien faite, la native de Thiès ne s’est pas complu dans les avantages de la nature si généreuse avec elle. Car, Fatou est une belle créature, de carnation claire, de taille noble, d’une attirance certaine. Sa force réside plutôt dans ses vertus, sa simplicité, son ardeur sincère et sa foi en l’effort prolongé ; cette abnégation qui lui désherbe des allées de triomphe dans l’univers professionnel et de l’élégance. Elle s’échine à faire la fierté de ses supérieurs du service commercial de la Société sénégalaise de Presse et de publications (Sspp) « Le Soleil », où elle travaille depuis quelques berges, et fait son petit bonhomme de chemin dans la couture et le stylisme, ses passions de tous les temps.

Ses inclinations innocentes à Louga, dans ses différents établissements scolaires, où un de ses professeurs se plaisait à l’appeler « la mondaine », s’avèrent aujourd’hui prémonitoires. Fatou Fall a le goût raffiné et aime le partager. « J’aime les choses quand elles sont belles sans forcément être artificielles », confie-t-elle de sa voix douce et pudique. Les festivités à l’école étaient l’exutoire à sa passion. A l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb), en plus d’être une bonne étudiante, elle séduit son monde en y étant élue miss Ugb en première année.

Elle y décroche une licence en gestion des entreprises. « Malgré mon amour pour les études, il me fallait trouver des sources de revenus. Ma personnalité, attachée à l’autonomie, m’y obligeait », dit-elle, fière, les yeux derrière des lunettes Ray ban. Direction Dakar, terre de ses premiers éclats. Ici, Fatou obtient un stage au Soleil. Mais, cela n’apaise point sa passion pour la couture qui lui fait oublier son attrait pour l’aérien qui n’enthousiasme pas, de toute façon, sa « prévenante et affectueuse mère ». Le mannequinat, qui lui traversait l’esprit de temps en temps, non plus. Dans sa famille, elle est la seule à se mouvoir dans cet univers du raffinement.

Habileté magique !
Elle travaille d’abord en sous-traitance avec des tailleurs chargés de mettre en application son imagination fertile et brillante et en profite pour apprendre la coupe et quelques ficelles du métier qui lui sont d’une grande utilité aujourd’hui. Convaincue par les éloges dont font l’objet ses créations, elle se décide à acheter sa première machine et à employer un couturier pour se donner une plus grande marge de manœuvre…et de bénéfices ! « Non ! Ce n’est pas une question d’argent. Mon imagination créatrice avait besoin d’espace, d’autonomie pour se stimuler. La couture est pour moi moins un métier qu’une passion. J’y cherche épanouissement. C’est mon champ de respiration après une journée de labeur. Je trouve satisfaction dans celle que ressentent mes clients après livraison », confie celle qui aime présenter, de temps en temps, ses vêtements dans son corps de rêve.

Fatou Fall, qui ne se donne aucune limite dans sa quête du beau, si ce n’est celle de sa morale, est aujourd’hui à la tête d’un complexe, « Fatitoo Fashion », aux Hlm Grand Yoff, qui emploie cinq couturiers ; espace où le traditionnel, le moderne et les articles (chaussures, collier, boucle d’oreille, coiffure, tissu…) ajoutent à la magie de son admirable habileté. « Fatitoo Fashion », planète de ses prouesses artistiques, de l’exaltation de la splendeur, « est un embryon de ce que la couture, le stylisme, disons l’élégance, représentent à mes yeux. Je tire fierté des appréciations positives de ceux qui me font confiance mais j’éprouve un pincement au cœur quand je vois que les Sénégalais ne se sont pas appropriés le made in Sénégal. Ils préfèrent encore, même si c’est de la camelote, investir dans le prêt à porter fabriqué sous d’autres cieux. L’expertise locale est à valoriser car de belles choses se font ici ». Plainte légitime d’une gracieuse âme…célibataire.

Avis aux audacieux mâles : Fatou Fall a le sourire charmant et la répartie habile et affable !

Alassane Aliou MBAYE

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée aujourd’hui, votre magazine « Grand air » dresse le profil de femmes d’influence qui, au Sénégal, agissent sur le cours des événements, pèsent sur les décisions et s’offrent en exemples à leurs compatriotes. Pas forcément très médiatisées, elles évoluent, pour la plupart, dans le monde des affaires et partagent le même souci : la promotion de la femme.

Par Sidy DIOP

MOUSSOUKORO DIOP, INGENIEUR INFORMATIQUE ACTIVISTE DU DIGITAL
Moussoukoro DiopIngénieur en informatique, digital manager de fonction, Founder & Ceo de l’agence digitale africaine « Digital Mousso », membre du Réseau des blogueurs du Sénégal, Moussoukoro s’active dans plusieurs domaines pour faire bouger les lignes.

Après son baccalauréat S2, obtenu à la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée, Moussoukoro s’est spécialisée dans l’informatique.

En mars 2015, elle a été élue parmi les femmes digitales de l’année.

Dans le Forbes Afrique du mois de juin 2015, elle a été citée comme une des rares femmes d’Afrique de l’Ouest à innover dans le domaine du digital.

Activiste, elle a participé à l’organisation du 1er forum Africtivistes à Dakar, à plusieurs combats au Sénégal comme le 23 juin, #NonAuMur, #SenStopEbola, #AfricaSaysNo, #BringBackOurgirls, etc. Elle est, aujourd’hui, très engagée dans la scolarisation des jeunes filles, la lutte contre les maltraitances subies par les femmes et pour une meilleure formation des femmes sur les réseaux sociaux et leur meilleure implication dans les Tic.

SARAH DIOUF : LA MODE À L’HEURE DE LA MIXITÉ
Photographe, rédactrice en chef, chef d’entreprise, styliste, directrice artistique de Tongoro Studio… l’éclectisme de Sarah Diouf impressionne. En effet, cette jeune parisienne d’origine sénégalaise fait partie de cette nouvelle génération d’afro-descendants qui essayent de participer à l’essor du continent africain au niveau culturel et artistique.

Née à Paris, elle a longtemps vécu dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan. De retour à Paris, elle fait ses études dans une Business school et se consacre à la communication. En 2009, elle lance Ghubar Magazine (www.ghubar-magazine.com), magazine de mode digital qui valorise en même temps l’image de la beauté noire. Sarah remporte pour son travail de fondatrice & rédactrice en chef un Cosmopolitan Style awards en 2010. Jamais fatiguée, elle se consacre à l’agence Spread360 pour laquelle elle apporte son expertise en matière de mode et de l’univers des médias. En mai 2014, elle est nominée au Women4Africa dans la catégorie « International media woman ». Inspirée par les success story de Asos ou NastyGal, elle lance sa propre marque de vêtements : Tongoro. Un label qui prône la mixité entre mode africaine et mode occidentale. Début 2015, elle lance un autre magazine : Le magazine Noir, magazine de mode, beauté & lifestyle africain.

AISSA DIONE, STYLISTE : DE FIL EN AIGUILLE
Aissa DionneReconnue pour son travail et sa ténacité, Aïssa Dione est une femme condamnée à la réussite ! Du national à l’international, elle avale tout sur son passage et prouve que l’entrepreneuriat, même risqué, finit toujours par payer tant qu’on a une conviction aussi profonde que notre être. Chic et élégante, cette femme de 66 ans est designer et artiste formée aux Beaux-arts à Paris. Franco-sénégalaise, elle rallie ses deux cultures à son art et apporte ainsi sa touche personnelle dans toutes ses créations. Ses études artistiques lui permettent de vivre de ses tableaux qu’elle crée et vend en faisant du porte-à-porte. Ce culot finit par la mener vers ce qui est devenue, aujourd’hui, une entreprise florissante, Aïssa Dione Tissu, fondée en 1992. Elle se révolte que l’Afrique envoie de bonnes choses et récupère les textiles usés via des associations comme Emmaüs.

Elle s’agace du manque d’intérêt que le peuple sénégalais a pour ses propres produits. Elle refuse le scepticisme des financiers qui ne croient pas au développement du textile au Sénégal. Bien que cette filière ait disparu depuis trois décennies, elle ne s’avoue pas vaincu. Elle persiste et signe qu’en donnant la possibilité aux ouvriers tisserands, ils peuvent relancer le secteur du textile en Afrique de l’Ouest en utilisant le savoir-faire postcolonial qui est le tissage traditionnel d’origine mandjaque.

Aïssa Dione est avant tout une femme très engagée dans ce qu’elle fait. Elle travaille pour le Sénégal et l’Afrique tout entière. Grâce à ses tissus et ses meubles contemporains, elle a conquis les plus grands couturiers et décorateurs du monde. Elle est reconnue dans le milieu international du luxe et de la décoration haut de gamme. Ses produits se vendent aussi bien bon marché que dans des showrooms new-yorkais, parisiens, ou encore au Siao de Ouagadougou. Les grandes maisons, telles que Hermès, le Metropolitan Museum of Art, Fendi ou encore Christian Lacroix lui ont passé commande. Elle est nommée championne du textile sénégalais et a son portrait dressé par Forbes.

AÏSHA DEME, FONDATRICE D’AGENDAKAR.COM : LE WEB AU SERVICE DE L’ART
Aïsha Dème a été nommée à la 4ème Assemblée générale annuelle (Aga) de l’organisation panafricaine qui s’est tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 10 novembre. L’une des membres fondateurs de l’organisation, Aïsha a précédemment siégé au conseil de la Miaf en tant que vice-présidente de 2014 à 2016. Elle faisait également partie du premier comité de gestion de l’organisation créée en 2012. De plus, elle a travaillé étroitement avec le Comité de Contenu établi en 2015. Aïsha Dème possède une vaste expérience dans le secteur des médias et des arts. En tant que gestionnaire culturel, son expertise est largement reconnue au Sénégal. En 2009, elle a cofondé Agendakar.com, la première plateforme web dédiée aux arts et à la culture dans le pays. Elle a travaillé avec des organisations comme la Biennale de Dakar, Amnesty international, Oxfam et Save the children.

Après avoir obtenu un diplôme en informatique à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar, Aïsha Dème a été employée de banque pendant 5 ans. Mais, elle décida de s’éloigner du secteur bancaire pour se lancer dans la promotion des arts. Elle a également fait une Maîtrise en communication. Le Miaf a été fondé en 2013 au Kenya pour prendre en charge le projet Music In Africa, initié en 2011 par la Fondation Siemens avec le Goethe-Institut et des partenaires de toute l’Afrique. La mission de l’organisation est de soutenir le secteur de la musique africaine en favorisant l’échange de connaissances et en créant des opportunités et des capacités pour ceux qui opèrent dans le secteur.

FRANCINE AWA PIPIEN, PROFESSION : INFLUENCEUSE
Francine PipienFrancine Awa Pipien a grandi entre Kaolack et Dakar. Après son Bac, elle est allée étudier à Paris. Après des expériences dans le digital en agence chez Performics (Publicis) et dans le label de musique Jive Epic (Sony Music), elle a travaillé 5 années avec la chaine d’informations Africa24. De retour au Sénégal, en 2014, elle partage désormais son temps entre le monde de la musique​ (Responsable et coordinatrice du projet Excuse my wolof 2 de l’artiste Nix) et des médias​ ​(Country manager du média AfrikMag Sénégal (Afrimediawe). À moyen terme, elle souhaite mettre en place un projet qui mêlera « média » et « création de contenu ». L’idée part d’une conviction très claire : « Nous, Africains, sommes devant la responsabilité de nous réapproprier notre parole et de raconter nos propres histoires selon nos codes, nos vécus et nos visions ».

BINETA DIOP, PRESIDENTE DE L’ONG « FEMMES AFRICA SOLIDARITE » : UNE COMBATTANTE POUR LE DROIT DES FEMMES
Elle est la fondatrice et présidente de l’Ong « Femmes africa solidarité » (Fas). Elle a initié de nombreux programmes en faveur de la paix dont une initiative sur les femmes, la paix et la sécurité qui a aboutit à la création d’un important mouvement de femmes en Afrique de l’Ouest, le « Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix » (Marwopnet) qui fut récompensé par le Prix des droits de l’Homme de l’Assemblée générale des Nations unies en 2003. Bineta Diop a dirigé des équipes d’observation électorale dans des pays post-conflits comme au Liberia ainsi que des missions de solidarité en faveur des femmes en situation de crise comme ce fut le cas en Guinée. Elle a facilité le dialogue pour la paix entre les femmes, notamment durant le processus de négociation de la paix au Burundi et en République démocratique du Congo (Rdc). Elle a aussi joué un rôle déterminant dans l’adoption du principe de parité entre les sexes par la Commission de l’Union africaine en 2003 ; ce qui a permis la nomination de 5 commissaires féminins ainsi que l’adoption du Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, relatif aux droits des femmes (Maputo – 2003) et de la « Déclaration solennelle pour l’égalité de genre en Afrique » (juillet 2004). En 2011, le Times Magazine l’a classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde et, en 2012, l’University of peace (Up) lui a décerné le titre de Docteur « honoris causa » dans le domaine des études de la paix internationale. Elle figure aussi parmi « ceux qui dirigent et construisent » « Le Forum des 100 personnalités qui font la Suisse » publié par l’Hebdo.


ADAMA NDIAYE DITE ADAMA PARIS : PAPESSE DES BLACK FASHION WEEK
Adama ParisEn créant, en 2002, la Dakar fashion week, Adama Ndiaye, 38 ans, est devenue l’une des principales figures de la mode sur le continent. Depuis 2010, elle organise des Black fashion weeks à Montréal, Prague, Bahia et Paris.

Critiquée en France pour son supposé communautarisme, la styliste laisse dire : « La Black fashion week, c’est d’abord une histoire de culture, pas de couleur. D’ailleurs, la mode n’a pas de couleur ».
Née à Kinshasa de parents sénégalais, Adama Ndiaye a attrapé le virus de la mode alors qu’elle débutait, en France, une carrière dans la banque. À 23 ans, elle crée sa ligne de vêtements, qu’elle baptise du surnom que lui donne sa famille : « Adama Paris ».

Adepte d’une tendance « afropolitaine » métissant l’enracinement africain et les cultures urbaines occidentales, celle qui partage sa vie entre Los Angeles, Paris et Dakar multiplie les initiatives : elle a créé les Trophées de la mode africaine et lancé, en avril 2014, Fashion Africa Tv, la première chaîne de télévision africaine 100 % mode.

AMY SARR FALL, DIRECTRICE D’INTELLIGENCES MAGAZINE : L’INTELLIGENTE
Titulaire d’une double Licence en communication internationale et en administration des affaires internationales, Amy Sarr Fall est la première femme à diriger une entreprise de presse.

Directrice de publication d’Intelligences Magazine qu’elle a monté en 2010, elle a organisé la cérémonie de consécration inédite des 50 Femmes sénégalaises leaders d'exception et la tournée du leadership féminin qui la conduira auprès des femmes rurales du pays. Plus récemment, elle a organisé la Grande rentrée citoyenne au Grand théâtre qui a permis de mobiliser plus de 1800 jeunes, dans l'esprit de promouvoir les valeurs de la citoyenneté et de l'excellence. Mais, si Amy Sarr Fall est réellement populaire, elle excelle dans sa capacité à décrocher des interviews de grandes personnalités : Le Dalaï Lama, Abdoulaye Wade, Jacob Zuma, Michaëlle Jean, etc.

KHADY DIOR NDIAYE, DIRECTRICE GENERALE DE CITIBANK COTE D’IVOIRE : LE CHARME DE LA BANQUIÈRE
Khady Dior NdiayeCette Sénégalaise a été à la tête d’une des banques internationales les plus prestigieuses de la place de Dakar : Citibank Sénégal. Diplômée de la Georgetown university school of foreign services, titulaire d’un Bachelor en commerce international et économie et d’un Executive Mba de Hec Paris, elle démarre sa carrière dans l’institution américaine en 1997 avec Citibank Côte d’Ivoire, à Abidjan, où elle est recrutée comme trader. Par la suite, elle occupe plusieurs fonctions au sein du département de la trésorerie. En 2008, elle est nommée directrice de l’exploitation avec comme responsabilités la gestion du portefeuille de Citi Côte d’Ivoire et des relations avec la clientèle. En 2011, elle s’installe au Sénégal où elle prend en charge la direction du département des services transactionnels. Un an plus tard, fin 2012, elle est nommée directrice générale de Citibank Sénégal, leader dans l’émission d’obligations.
Elle occupe, depuis mars 2017, le poste de responsable pays de Citi en Côte d’Ivoire, en plus de ses fonctions de directeur régional Afrique de l’Ouest et centrale.

AGNES NDIOGOYE : LE SOURIRE DE L’ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE
« Ce n’est pas facile de diriger des hommes, des femmes et des ados. Les caractères ne sont pas les mêmes et il faut gérer les humeurs ». Mais, Agnès Ndiogoye se sent parfaitement à l’aise dans son travail. « Je n’ai rien que je ne mérite pas. Ce n’est pas surprenant, j’ai gravi les échelons pour en arriver là », explique-t-elle. Elle est la première femme nommée à la tête de la Direction de la Maison d’arrêt et de correction de Saint-Louis, la première femme lieutenant et la première femme inspectrice (le grade le plus élevé) de l’administration pénitentiaire. Elle n’en est pas arrivée là grâce à un joli brushing ou des hauts talons. Elle a dû persévérer deux fois plus que ses camarades hommes. Devenue tour à tour première femme à accéder au poste de contrôleur, ensuite lieutenant, avant de devenir inspecteur, elle a dirigé, pendant longtemps, la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6. Elle connait bien l’univers carcéral pour avoir servi à Rebeuss, à la Maf et maintenant à Saint-Louis où elle trône à la tête de la Mac. Son expertise est même connue hors de nos frontières. En 2009, elle a participé à l’élaboration des règles sur les femmes en détention à Bangkok. Elle a récemment terminé un stage pratique de 21 jours à l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire (Enap) de France. Agnès est une femme de caractère qui mène ses agents et ses détenus avec une main de fer dans un gant de velours.

EVELYNE TALL, DG ADJOINTE D’ECOBANK : THE BOSS
Evelyne TallSon profil peu courant (Licence en anglais et diplôme de l’École d’administration et de direction des affaires à Paris) ne l’a pas empêchée de devenir, en janvier 2012, numéro deux du groupe Ecobank. C’est à cette native de Saint-Louis, au Sénégal, que les directeurs généraux des 33 filiales rendent compte. C’est elle qui veille au maintien des bonnes relations avec les autorités politiques et financières de chaque pays d’implantation.

Depuis 2012,  Evelyne Tall est le numéro deux d’Ecobank, plus grand réseau bancaire d’Afrique subsaharienne avec une présence dans 36 pays. Après dix-sept années chez Citibank à Dakar, elle a rejoint le groupe en 1998 avant d’en gravir patiemment les échelons.

Directrice générale adjointe au Mali, puis directrice générale pour le Mali et le Sénégal, elle a ensuite supervisé la région Afrique de l’Ouest francophone avant de se hisser au poste de directrice générale adjointe. L’intégration économique du continent, indépendamment des aires linguistiques ou monétaires, conformément à l’ambition panafricaine du groupe ; mais aussi la bancarisation et l’éducation financière des populations, afin de permettre aux Pme-Pmi de « présenter des dossiers bankable », sont ses priorités.

ANTA BABACAR NGOM BATHILY, DIRECTRICE GENERALE DE SEDIMA GROUP : L’HÉRITIÈRE
Sa position ne laisse personne indifférent autant par le paradoxe que constitue sa jeunesse, son statut de femme et chef d’une grande entreprise de 33 milliards de FCfa de chiffre d’affaires. Autant d’atouts qui doivent lui servir à accomplir sa mission : celle de faire de l’entreprise familiale une multinationale.

Sedima Group est leader sur le marché sénégalais de l’aviculture. Avec plus 40 ans d’existence, le groupe est aussi actif dans l’immobilier, le bâtiment et, depuis 2014, dans la minoterie. Anta Babacar est née et a grandi dans la ferme familiale de Malika, aux côtés de son père, Babacar Ngom, président-fondateur de Sedima Group. Auprès de ce guide et mentor, elle a très tôt acquis les valeurs intrinsèques du management. Diplômée en Master 1 en économie à York university de Toronto, elle obtient un Master 2 en management international de projets et Ntic à Paris Dauphine. Enfin, elle valide son Executive Mba en communication à Sciences Po Paris.

Forte de ces expériences, elle rentre au pays pour rejoindre l’entreprise familiale où elle gravit, un à un, les échelons pour encore se former et répondre au mieux à ses exigences managériales. Nominée par Forbes Afrique parmi les leaders africains de moins de 30 ans en 2015, Mme Bathily a aussi été citée, par Choiseul, parmi les 100 futurs leaders économiques. En 2016, le Medef lui décerne un Business awards lors du Sommet France-Afrique à Bamako. Elle a démarré le plus grand abattoir de la sous-région, abattant 4.000 poulets/heure, via un projet d’intégration avec les éleveurs locaux. Elle lance, toujours en 2016, le projet Sedima Mali, comme début du déploiement dans le reste de l’Afrique.

Mme Bathily ambitionne de faire coter en Bourse le groupe Sedima, gage, dit-elle, du modèle de réussite de l’entreprise familiale, devenue grande, à l’image des grands groupes occidentaux.

NAYE BATHILY, BUREAU DES RELATIONS EXTERIEURES DE LA BM : UNE FILLE DE GAUCHISTE À HARVARD
Naye Bathily« J’ai débarqué aux États-Unis sans parler un mot d’anglais, sans connaître personne ». Aujourd’hui, Nayé Bathily compte parmi les 100 personnalités africaines les plus importantes (classement NewAfrican 2017). « Je suis une Africaine qui vit en Europe, qui a étudié en Amérique, qui voyage en Asie, qui voyage partout… J’ai été au Brésil récemment ». Née à Birmingham (Royaume-Uni), elle a vécu son enfance à Dakar « dans une famille très militante et engagée ». Son père, le Professeur d’université Abdoulaye Bathily, est alors un farouche opposant au pouvoir sénégalais. Formée à Harvard, au sein de la Kennedy school of government, l’équivalent de l’Ena française, elle y préparea un Master of public administration. Son cursus initial aurait pu la destiner à une carrière bancaire exclusivement dédiée au secteur privé, mais sa vocation, elle le sait, est de travailler pour le secteur public. Parmi ses camarades d’études, de futurs acteurs de la transformation du continent africain ou d’autres contrées qui sont devenus gouverneur de Kaduna au Nigeria ou ministre dans le gouvernement de la Jamaïque.

Depuis trois ans, Nayé Bathily dirige, à Paris, le département de la Banque mondiale chargé des relations avec les Parlements des pays du monde entier qui sollicitent une aide financière. La Banque a, en effet, pris conscience que l’aide ne passait plus désormais par les seuls gouvernements. Dans de nombreux pays, les prêts et les opérations de financement conclus avec les institutions internationales doivent être ratifiés par les Parlements. « On ne peut même pas parler d’aide, mais de partenariat ! Dans un monde interconnecté, aider l’Afrique, c’est s’aider soi-même », défend-elle.

Par Sidy DIOP

Last modified on jeudi, 08 mars 2018 09:49

Le professeur Mandiomé Thiam séduit par sa trajectoire digne des meilleurs éloges et par son attachante humilité ; lui qui pouvait tirer un plaisir narcissique des compliments d’ici et d’ailleurs.

Ce professeur titulaire des universités, en Archéologie-préhistoire, le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans ce champ d’exploration, est l’exemple de l’universitaire dévoué pour la recherche, pour l’enseignement, son univers de performances.

Le professeur Mandiomé Thiam est empli d’une grande passion pour ce qui fait de lui une personnalité marquante de la « coterie » des intellectuels du Sénégal : l’archéologie et la préhistoire, son univers de quête et de prouesses. Sa trajectoire est un récit de persévérance dans lequel le personnage principal se fabrique un destin qui ne hantait pas encore, au début des années 1980, le sommeil des mômes de Nganda, son royaume d’insouciance, niché dans la région de Kaffrine. Dans ce patelin du Saloum, il obtient son certificat d’études primaires avant de poursuivre son cursus scolaire au Collège d’enseignement de Kaffrine et au Lycée Gaston Berger où il décroche le baccalauréat en 1980. « Influencé par un grand-frère normalien », il est ensuite orienté au département d’histoire et de géographie de l’Université de Dakar. Sous la direction d’Adama Diop et de l’anthropologue belge Guy Thilmans, il soutient, en 1985, son mémoire de maîtrise portant sur une étude craniométrique. Piste peu explorée à l’époque. Le bonhomme, d’une touchante convivialité, a le goût de l’inédit, se plait à sortir des sentiers battus pour s’engouffrer dans le « cosmos » des belles rencontres dont est féru le chercheur. L’étude de la préhistoire ne faisait qu’exciter son imagination et surtout son enthousiasme. « Comprendre les origines, saisir les tendances lourdes et le discours de Cheikh Anta Diop, au-delà de tout esprit révolutionnariste, me tenaient particulièrement à cœur. Mes convictions profondes m’ont mené vers la préhistoire », confie-t-il, la voix presque rocailleuse.

En même temps qu’il rédigeait son mémoire de maîtrise, l’entreprenant jeune homme avait pris l’option d’intégrer l’Ecole normale supérieure pour se construire un avenir dans l’enseignement. Mandiomé Thiam est affecté en tant que professeur d’Histoire-Géographie et d’Instruction civique au Collège Ousmane Diop Coumba Pathé de Dakar (ex-Soumbédioune).

Une autre opportunité, celle qui lui désherbait l’allée de son rendez-vous avec l’excellence, s’offre à lui quand Cheikh Anta Diop décide de mettre en place un diplôme d’études approfondies (Dea) en préhistoire-archéologie, en 1986. « Le défunt Ibnou Diagne, un préhistorien, m’a conseillé de m’inscrire en Dea préhistoire-égyptologie. Malheureusement, les cours n’ont pas pu démarrer car Cheikh Anta Diop est décédé un vendredi alors que les enseignements devaient commencer le samedi. Cela a été un choc. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à faire une demande de bourse pour poursuivre mes études en France », se souvient-il, les yeux perdus derrière ses lunettes à verres correcteurs.

Et même le sort, ironique, lui accordait ses faveurs : « Un jour, faisant quelques achats sur l’avenue William Ponty, je suis passé, par hasard ou par intuition peut-être, devant la direction des bourses qui s’y trouvait à l’époque. A la personne qui m’interpelle sur l’objet de ma visite, J’ai dit que je suis un étudiant du département d’histoire ayant déposé une demande de bourse pour la France. Il m’indique alors qu’une seule a été accordée. Et c’était moi ! ». La suite est un conte de grâce.

Reconnaissance d’ici et d’ailleurs
En France, le professeur Yoro Fall le met en relation avec un historien français, Jean Devisse, alors au Centre de recherches africaines. Celui-ci accepte de diriger sa thèse tout en l’orientant vers la poterie, la céramique. En 1991, il soutient une thèse unique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne sur ce thème : « La céramique au Sénégal : archéologie et histoire ». Frais émoulu de cette université française, il décide de revenir au Sénégal où après « deux ans de galère et d’instabilité », il est affecté au lycée John F. Kennedy « en attendant un poste budgétaire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar », indique-t-il, la mimique pleine de familiarité.

C’est en 1997 qu’il est recruté comme vacataire au département d’histoire. Quatre ans plus tard, il devient assistant stagiaire. Persévérant comme une âme bourlingueuse, celui qui a été le chef du département d’histoire accède respectivement, en 2004 et en 2011, aux grades de maître assistant et de maître de conférences. Il est admis, par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, à celui de professeur titulaire des universités en 2017 ; le seul que compte le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar dans le domaine Archéologie-préhistoire. Il n’en tire pas une fierté pompeuse mais mesure le long chemin de privation, de labeur acharné. De doute ? « Non, cela ne m’a jamais habité. Juste quelques moments de vide », souligne-t-il, armé de la foi de ceux que les horizons incertains ne rebutent point. La reconnaissance des pairs vaut bien des sacrifices. Grâce à sa réputation de sérieux chercheur, il conquiert l’estime de l’« ailleurs ». Il anime, en 2009, une conférence sur le thème « État des connaissances sur les cultures néolithiques dans l’espace sénégambien », au Musée d’Art préhistorique de Macao au Portugal. Du 16 au 30 juin 2013, il est professeur invité au master Technique, Patrimoine, Territoire de l’Industrie : histoire, valorisation, didactique. Mandiomé est lauréat d’une bourse Erasmus Mundus Master in « Quaternary and Prehistory » de l’Union européenne (Professeur invité du 1er mai au 31 juillet 2009 de quatre Universités italienne, portugaise et française).

S’il n’est pas dans les amphithéâtres ou occupé à encadrer des étudiants en master et en thèse sur les questions archéologiques, ethnoarchéologiques et patrimoniales, le « copain » des apprenants s’évade à travers la lecture ou la marche pour « entretenir un corps sexagénaire » que l’enthousiasme des premiers éclats du chercheur habite encore.

Alassane Aliou MBAYE

Ousmane Dia, artiste plasticien, excelle dans l’art de façonner les métaux. Il aime les assembler en de compositions qui défient les lois de l’équilibre. Son motif de prédilection demeure la chaise : « Le siège du pouvoir et de l’autorité, mais aussi le symbole de l’hospitalité ».

Ousmane n’a pas l’accoutrement d’un artiste. Il porte un costume gris assorti d’une chemise orange. Une sérénité ponctuée d’un sourire éternellement accroché aux lèvres se dégage de son visage. L’homme est avenant ; en atteste sa chaleureuse poignée de main. Point de dreadlocks ; il a la tête rasée. Ousmane Dia dit Odia est plasticien. Ce Sénégalais âgé de 46 ans et natif de Tambacounda vit entre Genève et le Sénégal depuis vingt ans. Formé à l’Ecole nationale des Beaux Arts de Dakar, c’est après l’obtention de son diplôme qu’il se rend en Suisse, à l'École Supérieure des Arts Visuels de Genève pour, dit-il, y passer « un diplôme post-grade » obtenu en 2001. Ousmane capitalise une trentaine d’années dans le monde de l’art. Tout jeune, il ressentait déjà une sorte de manie le poussant à s’exprimer à travers des dessins. Les représentations picturales ont de tout temps constitué une attirance pour lui. C’est d’ailleurs ce qui faisait qu’à l’école, il était souvent désigné dès lors qu’il s’agissait de produire des représentations au tableau. Il se targuait alors du statut de dessinateur « accrédité », pour ainsi dire. La tâche de décoration lui revenait exclusivement en charge. Toutefois, le véritable déclic provient de Jacob Yakouba, un artiste de talent très connu, originaire de Tamba. Le jeune garçon aimait reproduire les œuvres de ce grand artiste. De passage à Tambacounda, il est parti le voir afin de lui montrer les œuvres qu’il avait faites de lui. Ce dernier loue son talent et lui recommande d’aller à l’Ecole des Beaux Arts de Dakar afin d’y subir une formation. « C’est Jacob qui m’a véritablement encouragé à emprunter une voie d’artiste. Il m’a même proposé son appui financier », se souvient-il, très reconnaissant. La formation est générale à Dakar ; lui, très ambitieux, veut se spécialiser dans la sculpture et consent à des études très poussées dans ce domaine. « Or, au Sénégal, la possibilité de passer un diplôme post-grade était inexistante », affirme-t-il. Très passionné, le jeune homme s’oriente vers les écoles d’autres pays. C’est ainsi qu’il postule à différents établissements en France, au Pays-Bas et en Suisse. Il est accepté dans ces trois pays mais décide de se rendre en Suisse, sur les conseils de Joseph Yakouba, informe-t-il. Aujourd’hui, en plus d’être artiste, Ousmane est professeur d’art visuel. S’il n’est pas à l’école pour enseigner, le professeur se renferme dans son atelier imprégné dans son « univers de création ».

Dans ses représentations, Ousmane évoque beaucoup la politique et l’actualité internationale. Quand Nicolas Sarkozy, ancien président de la République Française, avait tenu son discours à Dakar, affirmant que le « noir n’était pas suffisamment entré dans l’histoire», il s’est senti «choqué » et a décidé de faire une performance dans ce sens. Il choisit la Sorbonne à Paris pour la riposte. « J’ai représenté le malheureux discours de Sarkozy sur une immense toile posée par terre. Il y avait beaucoup d’Ambassadeurs à la rencontre. Une fois la toile par terre, j’ai demandé à l’assistance de marcher dessus pour marquer son désaccord. Tout le monde s’est exécuté, en signe de protestations », se remémore-t-il. Il venait ainsi de prendre sa revanche.

La chaise, son objet de prédilection
Un objet de prédilection revient toujours dans les représentations d’Ousmane : il s’agit de la chaise. « C’est un symbole de pouvoir, mais aussi d’hospitalité. Hospitalité, dans le sens où quand on reçoit quelqu’un, la première chose à faire, c’est de lui proposer de s’asseoir. C’est aussi une source de pouvoir dans la mesure où la chaise peut marquer le statut social de la personne. Par exemple, dans un gouvernement, la chaise du président de la République diffère de celle du Premier ministre, laquelle n’est pas identique à celle des ministres, vice-versa, jusqu’à la plus petite échelle », affirme-t-il. La chaise marque le statut social, il y a en même temps l’idée du trône. Il travaille aussi sur la multiplication des objets. Dans cette perspective, il fait souvent appel au fer à béton. Une manière de montrer la solidité qui doit caractériser un pouvoir soutenu par le peuple, évoque-t-il sourire aux lèvres.

Ousmane ne se cantonne pas exclusivement à ses représentations. En moyenne, il revient tous les trois mois au Sénégal. Dans l’idée de réunir les peuples artistiques, il a créée une association qui regroupe des artistes suisses et sénégalais. L’objectif est de construire un pont entre des créateurs issus de ces deux pays. « C’est également une manière de permettre aux artistes de Tamba de pouvoir éclore ». Il est courant qu’il amène dans ce sens des artistes suisses au Sénégal et même parfois des artistes sénégalais en Suisse. « L’association se veut d’être un coup de pousse pour les jeunes tournés aux arts plastiques et visuels ». Il en appelle à une politique plus encadrée afin de faire rayonner l’art visuel au Sénégal. Présentement, Ousmane Dia réalise sa première exposition au Sénégal à la Galerie nationale de Dakar. Le vernissage a eu lieu le 30 janvier dernier. L’exposition s’est poursuivie jusqu’au 17 février. Pour cette exposition, il a décidé de travailler sur l’Article 10 de la Constitution du Sénégal.

« Sur le plan démocratique, le Sénégal, un des rares pays à n’avoir jamais connu de coup d’Etat, figure parmi les exemples », se targue-t-il. Suffisant, à ses yeux, pour chanter fièrement la démocratie sénégalaise. « Il est assez déplorable de constater que depuis quelque temps les gens croient foncièrement devoir s’adonner à la  casse pour se faire entendre, dans le cadre d’une marche par exemple », déplore l’artiste. Ces biens appartiennent en réalité au peuple et non au pouvoir en place.

Et pourtant l’Article 10 de la Constitution du Sénégal encadre tout cela : « Chacun a le droit de s’exprimer, de diffuser librement ses idées, par la parole, par la plume, par l’image, par la marche pacifique, pourvue que l’exercice de ces droits ne porte atteinte ni à l’honneur, ni à la considération d’autrui et ni à l’ordre public ». Plusieurs Sénégalais ignorent le contenu de cet article 10, au regret d’Ousmane. C’est une manière de montrer aux compatriotes qu’ils ont un texte sur lequel ils peuvent s’appuyer pour exprimer leurs désaccords de manière pacifique et légale, rappelle l’artiste.

Oumar BA

Abdou Khafor Touré dit refuser les compromis. Il ne veut non plus pas jouer la victime. L’homme dit défendre une posture ouverte et transfrontalière et cela même en politique.

Notre première rencontre avec Abdou Khafor Touré a lieu dans l’enceinte de la Chambre de commerce de Dakar, à l’occasion de la cérémonie de lancement d’un logiciel des Petites et moyennes entreprises (Pme). L’ancien libéral, ex porte-parole de la fédération des cadres libéraux est depuis quelques temps nommé Directeur technique des opérations au Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip). M. Touré remplace à ce poste Idrissa Diabira actuel Directeur général de l’Agence de développement et d’encadrement des Pme (Adepme), société qui a organisé la rencontre. Sa présence se justifie donc doublement. D’une part, il est le remplaçant de l’initiateur de la cérémonie, d’autre part, ils sont désormais frères de Parti. Abdou Khafor Touré, sans nous connaître, nous reçoit le visage empreint d’un sourire. Il nous serre chaleureusement la main, sans même pour autant déceler nos véritables intentions. En politique aguerri donc, il ne se focalise pas sur les préjugés. Il sait pertinemment devoir compter sur le soutien de tout le monde, pour pouvoir se mettre au devant de la scène. Sur ce plan, la leçon est bien sue. Il a le visage carré, le teint d’ébène, un sourire naturel qui laisse entrevoir des dents toutes blanches. Sa taille est imposante, sa corpulence développée. Il affiche on pourrait le dire, la bonne mine.

Abdou en est convaincu. Il fait partie de cette génération qui, sous peu, portera le legs de la politique sénégalaise. Son âge relativement jeune lui permet de sereinement et valablement se lancer dans cette perspective. Son parcours politique aussi. Pourtant, Abdou Khafor Toure n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche. Il a vu le jour dans la banlieue dakaroise où il passe le plus clair de son enfance. Il est ce qu’on pourrait appeler un « boy Guédiawaye». Nous sommes en 1974 lorsqu’il vient au monde. Il se définit comme «un fils du Sénégal ». Normal, serait-on tenté de croire, vu qu’il est sénégalais. Non, à travers cette précision Abdou Khafor Touré attire l’attention sur le fait qu’il a vécu « dans plusieurs localités du Sénégal ». Né  à Dakar, il a passé une partie de son enfance à Ziguinchor. Il a également vécu à Joal, Mbacke entre autres. «C’est parce que mon père était fonctionnaire de l’Etat. Au gré de ses affectations, il se déplaçait souvent avec sa famille. Cette situation m’a permis de vivre dans plusieurs localités», se réjouit t-il.

Très jeune déjà Abdou Khafor Touré était actif dans les mouvements estudiantins. Il est délégué de l’Amicale des étudiants à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. C’est dans cette prestigieuse Université qu’il obtient d’ailleurs sa licence en Histoire. Une fois la licence en poche, il se rend en France. Là, il intègre sur concours l’Institut d’Administration des Entreprises de Tours (Iae). Il en ressort avec le Master en gestion des entreprises. Il a également passé un diplôme à Science Po de Paris. C’est au sein de l’Ucad de Dakar qu’il côtoie des personnes comme Aliou Sow, ancien ministre sous Wade, Yankhouba Diattara, leader au Parti Rewmi, Mamadou Lamine Keita, ancien ministre sous Wade.

« Nous avions cette fibre commune de nous lever devant ce que nous jugions arbitraire. Ensemble, nous avons mené plusieurs combats de principes au sein de l’Ucad en tant que étudiants », relève t-il. Les compères vont d’ailleurs se retrouver au sein du Parti démocratique Sénégalais (Pds). Ensemble, ils cheminent d’abord, pour la conquête du pouvoir. Ensemble, ils ont également occupé des postes stratégiques, dans le gouvernement libéral.

Orateur né
Le Sénégal de la politique a découvert cet homme sous les couleurs du Pds. Son Parti était alors au pouvoir. Cette posture ne l’empêchait guère d’aller là ou on a besoin de lui, pour «débattre de la marche du pays ». Il est propulsé à la tête de l’Agence Nationale pour l’Emploi des Jeunes (Anej) et connaît sa première fulgurance gouvernementale. Il fera indubitablement partie des jeunes cadres du Pds qui auront le plus marqué à travers leur présence médiatique. En débatteur prévenu, il a cette approche de toujours asseoir son argumentaire sur des chiffres, résultats et prévisions, au cours des discussions. Il n’a pas la trempe de ces politiques qui mobilisent à chaque meeting. Sa force se trouve sur son argumentaire. Il l’a d’ailleurs très tôt compris. Cette donne l’amenait à ne point hésiter dés lors qu’il s’agit d’aller débattre. Il le faisait bien déjà alors qu’il était au pouvoir. Il l’a mieux fait une fois qu’il s’est retrouvé dans l’opposition. Khafor a donc su exister à travers le petit écran. Mais, d’où lui vient cette capacité à souvent être à l’aise sur un plateau ? Lui informe avoir par le passé milité dans les organisations de société civile. Il se rappelle avoir par exemple été dans l’organisation Forum Civil alors dirigé par Mouhamadou Mbodj.

Abdou Khafor Touré après avoir claqué la porte du Parti Démocratique Sénégalais (Pds) confiait dans les colonnes de l’Observateur du 03 mai 2016 les raisons de sa démission. «Après quatre ans, nous nous sommes rendu compte, la mort dans l’âme, qu’il y a de l’immobilisme dans le parti (Pds). Il y a un refus du changement et aujourd’hui, le Pds qui devait être la locomotive de l’opposition en est le wagon », soulignait-il. Balayant «les ambitions carriéristes» qu’on lui prête, il assure de la sincérité de sa démarche. «Je sers à la marche de mon pays quelque soit l’endroit et la station occupée », souligne t-il. Sur la table du bureau d’un de ses anciens camarades du Pds trône une photo personnalisée où les deux anciens compagnons de Parti se laissent immortaliser un moment de pur partage. Petite trace d’un long compagnonnage, dit-il, préférant garder l’anonymat. «On ne s’est pas parlé depuis qu’il a quitté notre navire», jure t-il.

Pourraient-ils retravailler ensemble un jour? «Je ne pense pas, ça serait difficile. Je ne me vois pas de nouveau travailler avec ceux qui m’ont abandonnés.» Puis, il regarde au mur l’image, et lance, sans amertume: «elle était belle cette photo, quand même !» Fin de partie ?

Oumar BA

Au fil des années, Amy Sarr Fall s’est faite un nom dans le paysage médiatique sénégalais. Découverte du parcours d’une jeune femme atypique qui ne cesse d’agrandir son cercle de sympathisants.

Il y a deux catégories de personnes, les causantes, jamais à court d’idées et d’emportements. Et puis, il y a les pudiques : moins elles en livrent, mieux elles se portent. Amy Sarr Fall, fondatrice de l’agence de communication « Mondialcom », appartient à la seconde catégorie. Elle est comme on l’imaginait : accueillante, communicative, démonstrative, sans façon, mais réservée par moment. Aucune surprise, ce qui ne veut pas dire que c’est une déception. Amy Sarr Fall est discrète quand il s’agit de parler de sa vie « personnelle », disponible pour parler de « comment améliorer la vie des couches vulnérables ». Dans l’exercice, elle se distingue par sa retenue. Pas de coups de gueule intempestifs, pas de lamentations, pas de joies déplacées. Des mots sensés, un sujet maîtrisé, une voix suave et posée. Au premier abord, un discret mécanisme semble se déclencher chez elle. Son regard timide se fige. Elle semble effrayée par l’ombre d’une impalpable menace que personne ne peut identifier. Cela ne dure que le temps d’un battement de cils, et c’est comme si cette « militante des œuvres sociales », comme elle aime à se nommer est habituée à affronter les projecteurs. Elle ne s’inquiète point de se retrouver livrée à la curiosité tranquille d’un voisinage qui lui était il y a quelques minutes encore méconnu. Amy Fall donne le sentiment qu’elle se réfugie dans un monde où « les coups bas sont exclus » ou « on pense exclusivement de bien d’autrui, jusqu’à preuve du contraire ». Le bail des paniques résilié, tout va pour le mieux. Les réponses sont ouvragées, sérieuses, précises. Des évitements ou plutôt de « la prudence », il y en a aussi. Au détour des échanges, le rire sonne parfois haut et clair. Amy Fall qui refuse de dévoiler son âge « au risque que cela constitue de frein » dans la perception qu’on a d’elle, dit qu’elle est l’aînée d’une fratrie composée de trois enfants : elle, un petit frère et une petite sœur. La famille « nucléaire », dirait-on.

Militante du monde
Amy se voit plutôt comme l’archétype d’une jeune animée par l’unique fibre militante qui défend la cause de la classe des plus démunis. Elle est devenue un exemple de cette génération où la gloire se conquiert à travers rencontres, œuvres sociales, mais également sur Internet. Et oui, elle capitalise sur son compte Facebook plus d’un million de « Likes ». Des personnes qui la suivent quotidiennement. « C’est réconfortant sentimentalement, je me suis rendu compte que je faisais partie de la vie des gens, au bout de ces ans passés à me préoccuper de leur sort », se réjouit-elle, avant d’ajouter « le meilleur reste à venir ».

Des pays, des civilisations et des perceptions différentes du monde, Amy en aura connu beaucoup. Après avoir bouclé son cursus scolaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat au Sénégal au Lycée international Bilingue Ouest African College, elle se rend en France pour continuer ses études supérieures. Elle étudie à l’Université américaine de Paris située dans le septième arrondissement de la capitale française qui regroupe plus de 100 nationalités et à peu prés 1000 étudiants où elle obtient sa double licence et une maîtrise en communication globale en administration des Affaires Internationales.

L’environnement était assez particulier car là bas se retrouvent essentiellement des fils de… Pourtant, la dame dit se sentir très respectée malgré qu’il y avait encore cette curiosité autour de l’Afrique. « L’image qu’ils ont de l’Afrique est celui d’un continent très démuni », note t-elle. De fait, quand ils vous abordent, c’est comme s’ils partaient vers l’inconnu, poursuit-elle. Cette stigmatisation qui était partie pour être un inconvénient sera vite transformée en avantage par la jeune étudiante. « Je dégageais l’image bâtie sur un socle sûr de valeurs sénégalaises. Je persistais au fil des années dans la sincérité de ce que je suis », note-t-elle. Je m’étais de fait étiquetée « Amy from Sénégal », se souvient t-elle. Quand elle faisait campagne pour le bureau des étudiants on l’appelait « Amy from Sénégal ». C’était devenu une sorte d’identité. Le nom est resté ancré. Cette approche était une manière pour elle d’affirmer certes sa différence, mais également de réclamer sa fierté, à travers ses origines.

Dans cette prestigieuse école essentiellement fréquentée par des fils de richards qui se garaient en « porches » ou « Lamborghini », elle prenait son bus ou son métro. « Je ne pouvais pas me permettre de lorgner ce luxe quand je sais d’où je viens. Un pays sous développé où les gens ont du mal à joindre les deux bouts, où des personnes décèdent à défaut de pouvoir s’offrir une ordonnance salvatrice qui ne coûte pas grand chose ». Elle se dit alors qu’il fallait étudier et redoubler d’efforts. « Le but n’était pas de perdre ma revanche sur la vie en m’offrant le même luxe, mais plutôt de retourner au pays pour servir », précise-t-elle.

Au détour de la discussion évoquant sa grand-mère paternelle et non moins homonyme, elle a tenu à rendre un hommage à une « femme d’ombre et d’abnégation ». « Je suis la petite fille d’une femme rurale qui a perdu la vie en voulant donner la vie. Elle vivait dans un village où chaque matin, elle s’adonnait aux travaux champêtres. Quand on me raconte des anecdotes, car je ne l’ai pas connue, je me rends compte que c’est une personne très généreuse. J’essaye de marcher sur ses pas sans la connaitre », souligne-t-elle.

Musulmane, elle s’intéresse à la spiritualité mais croit beaucoup en l’homme, « qui constitue le remède de son prochain ». « J’ai cessé de croire à l’attentisme en me disant que l’Etat va tout faire à notre place, surtout que nous trainons beaucoup de retards par rapport à l’Occident », souligne-t-elle. Un exemple, lorsqu’il s’est agi de délocaliser Mariama Bâ, cette « école d’excellence », elle se souvient s’être personnellement impliquée avec d’autres amis afin cette « école historique » reste à Gorée. L’homme est le remède de l’homme, uni nous parvenons toujours à nos fins, répète-t-elle.

Début d’une carrière
Après ses études, Amy se retrouve aux Etats-Unis. Elle est admise dans une entreprise d’IT comme chargée de communication et d’expansion des activités du groupe dans le tri-state-Erea. Elle se destine alors à une belle carrière dans la communication travaille avec de « prestigieuses boites américaines » ce qui lui « permet de découvrir l’Amérique dans sa profondeur en faisant le tour des 52 Etats », informe-t-elle. Contre toute attente, quelques années plus tard, elle fait le voyage inverse et retourne au Sénégal, pour tenter sa chance dans la communication. Elle crée sa propre structure de communication « Mondialcom » et lance son magazine « Intelligence », puis « Ambitions ». Son ascension bâtie « sur du vide » est en train de se cimenter. Elle ne semble plus craindre l’adversité, ni se laisser déstabiliser par les revers. Se prononçant sur les motivations qui l’ont poussé à s’invertir dans la communication, Amy note aimer le contact avec des gens.

« Je pouvais, à mon retour, travailler dans de grandes structures, les propositions ne manquaient pas et les salaires étaient plutôt bons. Mais, je voulais également m’adonner à des actions sociales, voilà pourquoi j’ai choisi de travailler pour mon propre compte ». Et la politique ? « La politique c’est bien, mais la presse devrait plus s’intéresser aux questions sociales ou à défaut que le traitement de l’actualité politique soit le lieu pour permettre aux uns et aux autres d’instaurer des échanges constructifs », affirme-t-elle. Selon Amy Sarr Fall, le sensationnel est très présent dans le traitement médiatique de notre pays. Celle qui mène souvent des interviews avec les plus puissants de ce monde tient à masquer ses préférences. On ne saura rien non plus pour son vote en 2012. « Je pense que je n’ai pas besoin de m’engager politiquement pour servir mon pays. Je suis déjà en train de le faire. Quand on aime son pays, on ne se préoccupe pas du futur, on agit juste sur le présent, à partir des moyens dont nous disposons ». Que nous réserve son discours à l’avenir ? Wait and see !

Oumar BA

Artiste comédien, Jules Dramé fait partie des pionniers du théâtre à Thiès. Ayant bénéficié de la formation de ses aînés, il met, aujourd’hui, son expérience au service des jeunes talents qui émergent dans la cité du Rail. Son rêve, voir Thiès étrenner une salle de spectacle moderne pour permettre aux acteurs de mieux bénéficier du boom que le théâtre a connu dans la région.

A Thiès, les troupes théâtrales ont émergé et ont étendu leurs tentacules à Dakar et dans le reste du Sénégal. La plupart des téléfilms diffusés à la télévision sont produits par des troupes thiéssoises dont Soleil Levant, Janxène, Royoukaay... Si les artistes de la cité du Rail ont réussi cette percée, c’est grâce à un travail réalisé à la base pendant des années pour dénicher les talents. Parmi ceux qui ont écrit cette histoire, figure Jules Dramé, artiste comédien, membre de la troupe Janxène de Thiès.

Fringant avec ses 53 ans, Jules Dramé capitalise une trentaine d’années d’expérience dans le domaine du théâtre. « J’ai pratiqué ce métier très jeune. J’ai commencé dans mon quartier avec notre Association sportive et culturelle. Je venais regarder les répétitions parce que mon frère était président de la Commission culturelle de mon Asc. Dans l’après-midi, les gens allaient à l’école de Diakhao pour faire les répétitions, et j’y assistais », confie-t-il. Il ajoute : « Un jour, les encadreurs ont eu des absents, j’ai alors dit au metteur en scène que je pouvais interpréter le rôle. Quand ils m’ont donné ma chance, je l’ai saisie ».

L’apprentissage du métier dans son quartier natal va se poursuivre à l’école. « Quand je suis parti à l’école Coly Diop (ex-camp Faidherbe), j’ai crée une troupe », explique-t-il. Jules Dramé réussit à allier les études à son penchant. Il parvient, après ses études primaires, à décrocher un diplôme d’électricien.

Mais, la passion de la scène l’emporte sur l’envie d’exercer comme technicien. Il est visiblement influencé par son entourage. « J’ai des frères qui sont aussi des artistes », fait-il remarquer. Jules Dramé va gravir les échelons en côtoyant des grands. Il intègre Calome, une troupe créée par feu Sa Daro Mbaye. Il a interprété le rôle de Canasse dans le film « Le pari de l’ancien » de Sada Weïndé Ndiaye. C’était en 2003. Il a également joué dans « Ngol-Ngol », une pièce de Mbaye Gana Kébé diffusée par la Rts en 2003. L’artiste thiessois a également participé à la foire de Caen, en 2000, avec un groupe de sa ville jumelée depuis des décennies à la ville normande, en France. « Canasse le fou m’a beaucoup marqué. C’est une pièce d’actualité qui parle des Saltigués par rapport à la pluie », confie-t-il.

Le comédien révélera ensuite ses talents d’artiste grâce à Janxène. Depuis plus d’une décennie, il est dans les productions de cette troupe qui regroupe de ténors de la comédie au Sénégal, à savoir Ndiamé Sène, Serigne Ngagne, etc.

Jules Dramé a pu jouer ces différents rôles grâce aux nombreuses sessions de formation auxquelles il a participé. « Nous avons été formés par de grands metteurs en scène du Sénégal dont Seyba Traoré et Mamadou Diop », explique-t-il. Aujourd’hui, il tente d’inculquer l’expérience acquise à la jeune génération. « Pendant plusieurs années, il y a eu un encadrement. Il y a une jeune génération qui a démarré en faisant du théâtre scolaire. Actuellement, ce sont ces gens qui sont venus encadrer les plus jeunes. Nous organisons beaucoup de sessions de formation », dit-il. « La formation porte sur plusieurs volets dont l’écriture et la mise en scène. Plusieurs paramètres sont pris en compte. Cela permet aux comédiens d’engranger de l’expérience pour être compétitifs », souligne-t-il. Jules Dramé estime que la formation est la clé du succès. « Nous avons commencé par nous former au niveau des Asc. Nous avons renforcé nos formations dans les écoles. Nous avons beaucoup travaillé avec les Asc. Nous avons longtemps été dans l’ombre pour travailler sur le théâtre populaire. C’est cette expérience que vous voyez actuellement sur le plan national. Les comédiens de Thiès ont eu à recevoir plusieurs formations tant au niveau de Thiès qu’ailleurs », fait-t-il remarquer.

« Dans les années 80, nous avions les journées du parrain dans les écoles. A cette époque, les gens formaient des troupes théâtrales dans les collèges d’enseignement. Pendant la même période, chaque Asc devait produire une troupe théâtrale. Et chaque nuit, nous nous retrouvionst pour faire des compétitions », ajoute-t-il. Selon M. Dramé, des journées pédagogiques artistiques étaient également organisées. « Chaque dimanche, de 9 heures à 17 h, les comédiens venaient pour participer à la formation durant laquelle des talents étaient dénichés. Pendant les spectacles, nous arrivions à détecter certains talents », souligne-t-il.

Les jeunes artistes comme Meless, Magnoukh et Combé ont été détectés grâce à ces Jpa. « Ce sont des jeunes qui ont fréquenté les Jpa. Ils sont actuellement dans la troupe Royoukaay où ils cartonnent », indique-t-il. C’est pourquoi Jules Dramé est d’avis que si Thiès réussit à jouer les premiers rôles dans le théâtre au Sénégal, c’est parce qu’il y a eu des formations. « Les premières troupes qui ont pu tirer leur épingle du jeu ont été formées. Avec leur succès, il y a eu un foisonnement de troupes théâtrales. C’est le boom du théâtre à Thiès », se réjouit-il.

Après plus d’une trentaine d’années d’expérience, Jules Dramé ne cache pas sa fierté de voir la cité du Rail émerger dans le domaine du théâtre. Cette fierté le pousse à se concentrer uniquement dans le développement de son métier. Depuis trois ans, il a tourné le dos à 30 ans de carrière d’arbitre fédéral de football. Actuellement, son quotidien est rythmé par le théâtre. « Je me suis marié par le biais du théâtre. J’ai fondé une famille par le biais du théâtre, j’entretiens ma famille par le biais du théâtre. Ce n’est pas le grand financement, mais on s’est sort bien », indique-t-il. Vice-président de l’Association des artistes et comédiens du Sénégal (Arcos) et initiateur du Festival de théâtre du rail (Fesrail), il pense que sa satisfaction sera plus grande lorsque Thiès étrennera des infrastructures modernes permettant aux artistes de pratiquer pleinement leur art.

Par Babacar Dione et Diégane Sarr

D’une urbanité exquise que l’on ne retrouve que chez ceux qui ont un long commerce avec la prestigieuse culture islamique, d’une surprenante érudition qui fait voler en éclats les barrières entre la gnose mystique et la connaissance de ce monde, Chérif Atkhana Aïdara, président de la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh, est un exemple de civilité, d’humilité et d’amabilité. Sa vaste connaissance, ses analyses pertinentes des tourments qui secouent notre monde contemporain, lui valent l’admiration de tous ceux qui le côtoient.

Chérif Atkhana Aïdara n’est point ce rédempteur insensible aux angoisses qui habitent ceux dont il a la tâche d’orienter les âmes vers Dieu. Ce n’est pas non plus un homme qui se situe dans un univers éthéré, méprisant les contradictions de ce bas monde. Son extrême sensibilité au devenir des âmes fait de lui un homme au plus haut point touché par les problèmes que vivent quotidiennement les fidèles khadres. Pour lui, l’islamique, en plus d’être la voie du salut, est une morale de tous les jours. Il est un comportement, une conduite que l’on doit adopter même dans ses actes les plus anodins.

Pour faire passer un tel message dans les esprits de tous ses contemporains, Chérif Atkhana Aïdara ne ménage pas son temps. Son bloc-notes est plein de dates pour des conférences qu’il tient partout où les fidèles interpellent sa science pour mieux suivre les voies qui mènent à Dieu. Il parcourt inlassablement le pays comme un pâtre pour y semer la bonne graine. Fidèle à l’esprit de Cheikhna Cheikh Saadbouh, il définit avec la méticulosité d’un exégète averti des textes coraniques, les comportements que doit adopter le fidèle hanté par la noble obsession de servir Allah et uniquement Lui. C’est avec la même dévotion que Chérif Atkhana Aïdara s’occupe de la préparation de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale de la Khadriya qui sera marquée, en juillet 2017, par la commémoration du centenaire du rappel à Dieu de Cheikhna Cheikh Saadbouh.

En tant qu’activité phare de cette importante rencontre internationale, la célébration du centenaire de la disparition du saint homme de Nimzatt sera l’occasion de mettre en exergue la pertinence et le caractère intemporel du message de Cheikhna Cheikh Saadbouh, de celui des saints et des savants musulmans, mais du soufisme qui est un facteur de résolution des problèmes de toute nature auxquels font face nos sociétés modernes. Un autre grand dossier fait travailler Chérif Atkhana Aïdara : le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul, la capitale de la Khadriya au Sénégal. Le projet de modernisation de Ngoumba Guéoul a été conçu par la Fondation Cheikhna Cheikh Saadbouh. Les plans architecturaux et les documents de mise en œuvre ont été remis aux autorités gouvernementales sénégalaises.

L’engagement du président Macky Sall qui, depuis son avènement à la magistrature suprême en 2012, a lancé un programme national de modernisation des villes religieuses est fortement salué par Chérif Atkhana Aïdara qui attend que Ngoumba Guéoul bénéficie de cette heureuse initiative. Présentement, le guide religieux n’a de souci que le succès de la deuxième édition de la Conférence islamique internationale dont l’objectif est de donner les réponses de l’Islam face aux enjeux du monde, de célébrer le centenaire de Cheikhna Cheikh Saadbouh et de concrétiser la modernisation de Ngoumba Guéoul. L’ouverture de cette importante rencontre est prévue à Dakar les 8 et 9 juillet et la clôture en Mauritanie, les 12 et 13 juillet 2017.

Par Cheikh Aliou AMATH

Il fait partie de ces bonnes gens qui, par modestie, refusent d’être au-devant de la scène et travaillent, par bonté, à faire braquer, sur d’autres individus, tous les projecteurs. Dr Mouhamed Habiboulah Sy, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est de cette race d’hommes. Chez cet éducateur, cet érudit du Coran et ce pédagogue aguerri, la transmission des connaissances islamiques est un sacerdoce.

« Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame », dit l’adage. Aussi, derrière un grand élève, on trouve un grand maître. Ce qui s’applique convenablement au Dr Mouhamed Habiboulah Sy. Le nom ne vous dit certainement pas grand-chose. Normal. L’homme n’a jamais été au-devant de la scène. Dans la plus grande discrétion, il s’est, depuis de longues années, évertué à servir son pays. Son champ d’évolution est celui de la transmission du savoir. Dr Sy est un spécialiste des sciences de l’éducation qui s’est toujours occupé à inculquer aux jeunes un solide savoir. Son système, fondé sur la rigueur, le suivi et l’application, a produit, jusqu’ici, des élèves de qualité.

Parmi les potaches instruits par Dr Mouhamed Habiboulah Sy, il y a Mouhamed Moujtada Diallo, récemment consacré champion du monde de récital du Coran en Malaisie. Ce maître hors normes, de taille moyenne et de teint noir, entretient bien sa longue barbe. Le visage avenant, il nous reçoit dans le bureau qu’il occupe dans son établissement de la banlieue dakaroise. Beaucoup d’ouvrages en langue arabe sont entassés dans l’office. Ici, on est en contact permanent avec la connaissance. D’ailleurs, la quête de connaissance et, ensuite, sa vulgarisation sont la raison d’exister des Sy. « En choisissant le chemin de la transmission des connaissances, je n’ai fait que suivre les pas de mes aïeuls », révèle-t-il.

Un parcours honorable
Dr Mouhamed Habiboulah Sy est né en 1969 à Diattar (département de Podor) dans le Fouta. Son grand-père s’appelle Thierno Hamidouh Diattar Sy. « Ce dernier a considérablement contribué à la formation des fils et petit-fils de Cheikh Oumar Foutiyou Tall. Il a ainsi encadré Thierno Mountaga Tall et Thierno Maddani Tall, entre autres Tall », renseigne-t-il. Il a, lui-même, été initié par son père à Diattar avant de se rendre à Galloya pour poursuivre ses études auprès de Thierno Cheikhou Kane. Suite au rappel à Dieu de son maître, il est pris en charge par le fils du défunt formateur, Thierno Mamada Kane. C’est ici qu’il maîtrisa le Coran avant de se rendre en Mauritanie dans le but de toujours perfectionner ses connaissances.

Dans ce pays ami du Sénégal, il intègre l’institut des études coraniques, y passe deux ans et décroche un diplôme spécialisé en Education. Toujours déterminé à acquérir de nouvelles connaissances, il se rend à l’université islamique de Médine en Arabie Saoudite. C’est là qu’il décroche son baccalauréat et sa maîtrise. Il prend la direction du Soudan où il décroche son doctorat en Sciences de l’éducation. C’est en 1997 qu’il décide de se lancer dans l’enseignement, en fondant sa propre école. « Au début, je n’avais que quatre élèves, toutes des filles », se rappelle-t-il. Il n’avait pas suffisamment de moyens et comptait sur ses propres fonds qui n‘étaient guère très substantiels.

« A mes débuts, j’étais confronté à plusieurs difficultés. J’avais du mal à honorer les frais de loyer, à subvenir à mes propres besoins. Mais, j'ai tenu bon », souligne-t-il. C’est petit à petit que le cercle des élèves s’est élargi, en passant de quatre à quinze, puis à vingt élèves. La qualité de l’enseignement dispensé fait la publicité de l’établissement qui attire de plus en plus d’élèves. Des chefs religieux, très connus, décident également d’y envoyer leurs enfants. « Cet intérêt amène davantage de parents à inscrire leurs garçons ou filles dans mon école », se souvient Dr Mouhamed Habiboulah Sy dont l’école se trouvait alors entre Diacksao et Diamaguène, en banlieue dakaroise.

La consécration
C’est quand l’effectif a atteint le nombre de 100 élèves que Dr Mouhamed Habiboulah Sy a commencé à trouver son indépendance financière. Il est désormais en mesure de mettre dans de meilleures conditions les apprenants. Alors, il s’achète un terrain à Sicap Mbao et y construit son école qui, pour l’internat seulement, reçoit plus de 1.500 pensionnaires. L’établissement fait travailler une quarantaine de personnes toutes rémunérées. Ici, tout élève mémorise d’abord le Coran et poursuit le cursus en franco-arabe jusqu’à l’obtention du baccalauréat. « L’année passée, l’école a enregistré 96% de taux de réussite au Cfee, 92% au Bfem et 70% au baccalauréat. L’on a passé une entente avec les universités dans des pays comme le Maroc, la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Egypte. Cela fait déjà dix ans que les pensionnaires de l’école prennent part à des concours internationaux », informe Dr Sy.

Selon le chef d’établissement, la demande est aujourd’hui supérieure au nombre de places disponibles. C’est pourquoi, il lance un appel au gouvernement ainsi qu’aux bonnes volontés pour l’aider à la délocalisation de l’établissement dans un endroit plus vaste, comme Diamniadio. Dr Mouhamed Habiboulah Sy invite les parents d’élèves à orienter leurs enfants vers l’apprentissage de la religion cumulé au système français.

« Cette donne leur permet de connaître leur religion et de s’ouvrir aux enjeux du monde », conseille-t-il avant de souligner que « le choix porté sur Mouhamed Moujtada Diallo dans le cadre des concours n’est point hasardeux. C’est un élève qui a toujours su se surpasser ». D’ailleurs, fait-il savoir, autant pour le baccalauréat arabe que français, il s’est classé deuxième de son centre.

En organisant des sorties pédagogiques pour les élèves, Dr Mouhamed Habiboulah Sy s’est imposé le devoir de faire saisir aux pensionnaires de son établissement que l’instruction et la formation leur sont indispensables s’ils tiennent à être des citoyens imbus des problèmes qui se posent à leur pays, des sujets décidés à mettre leurs connaissances au service de la communauté nationale, des personnes libres, conscientes de leurs droits et de leurs devoirs, respectueuses de la loi et ayant le sens des responsabilités.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 juin 2017 16:15

Inconnu au bataillon il y a quelques années, Gaoussou Guèye est devenu un fervent défenseur de la pêche artisanale, qu’il considère comme un parent pauvre du secteur. Acteur très engagé et soucieux du devenir des communautés côtières, son combat pour le compte de la transparence dans le secteur l’a propulsé aux devants de la scène. Parti de rien, Gaoussou Guèye qui a mis en place l’Association pour la promotion et la responsabilisation des acteurs de la pêche maritime (Aprapam) a été porté à la tête de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa). Son plus grand défi : rendre plus visible le secteur de la pêche artisanale et gagner le combat de la transparence et de la bonne gouvernance.

Quand il débarquait à Mbour vers la fin des années 80, il n’avait jamais réalisé qu’il deviendrait un acteur incontournable de la pêche artisanale. Mais l’étoile de Gaoussou Guèye a brillé d’un gros éclat. En feuilletant le livre de son passé, l’on se rend compte qu’il avait flirté avec la pêche, mais cette idylle n’avait pas trop duré.

Gaoussou Guèye a démarré sa carrière par la navigation. « J’ai roulé ma bosse un peu partout. J’ai participé à la mise en forme de plateformes en Angola, à Port-Gentil, à Pointe Noire. J’ai ensuite un peu touché à la pêche. J’ai fait des pays comme la Guinée, la Sierra Leone, la Guinée Bissau et autres », renseigne-t-il. C’est par la suite qu’il a atterri à Mbour, mais ce n’était point pour travailler dans la pêche. Il y était pour ses activités professionnelles. Gaoussou Guèye gérait une station d’essence, mais les choses n’ayant pas marché comme il le souhaitait, il s’est tourné vers le mareyage. Ainsi s’ouvre un nouveau chapitre de sa vie. « Les débuts n’ont pas été faciles. Fort heureusement, des commandants de bateau que je connaissais et qui habitaient Mbour m’avaient mis en relation avec leurs familles, leurs amis », rappelle-t-il.

Chemin faisant, Gaoussou Guèye s’est intégré dans ce monde complexe. Constatant que les acteurs du secteur n’étaient pas organisés, il s’est engagé à changer la donne et les organiser de sorte qu’ils aient une structure qui défendrait leurs intérêts. « C’est ainsi que j’ai créé un Gie après mon adhésion à la fédération communale des mareyeurs, filiale de la fédération nationale des mareyeurs. De fil en aiguille, on a continué et j’ai trouvé qu’au niveau des organisations professionnelles ce n’était pas trop organisé. Il y avait trop de problèmes crypto personnels, on défendait plutôt des intérêts individuels que l’intérêt général », explique-t-il. Conscient que les organisations professionnelles avaient failli à leur mission, qu’elles ne jouaient pas le véritable rôle qui était le leur, Gaoussou Guèye a entrepris avec des amis qui n’étaient pas du monde de la pêche de créer une association de la société pour aider les communautés côtières.

Nouveau président de la Caopa
« Je me suis rendu compte que quand on discutait sur les accords de pêche, les acteurs n’étaient pas souvent d’accord. Ils n’assistaient pas aux tables de négociation, ne connaissaient rien des accords. Il fallait donc que les choses changent », indique-t-il.

L’année 2010 marque donc la création de l’Aprapam qui regroupe des scientifiques, des économistes, des professionnels de la pêche et de la communication qui partagent les objectifs d’aider les communautés côtières à améliorer leurs conditions de vie, mais aussi à mieux apprécier les ressources et d’en faire un usage qui garantit la durabilité, à s’impliquer dans la mise en œuvre des politiques de pêche et d’en tirer des retombées bénéfiques entre autres.

Parent pauvre de la pêche, le secteur artisanal a trouvé en la personne de Gaoussou Guèye un fervent défenseur. « La pêche, c’est dans mon sang. Toutes mes discussions tournent autour au tour de la pêche. Je ne parle que de pêche. Je ne peux pas faire autre chose que défendre le secteur de la pêche. Je suis tout le temps braqué sur la pêche surtout artisanale qui joue un rôle extrêmement important dans notre pays. Non seulement c’est un facteur de stabilité sociale, ça créé des emplois et contribue beaucoup à la sécurité alimentaire », confie-t-il. Et la préservation des ressources demeure l’un de ses plus grands combats. « Il doit y avoir de la transparence dans la pêche et il faut un cadre exclusivement réservé à ce secteur », note-t-il.

En 2011, la Caopa a organisé au Sénégal un séminaire ouest-africain sur le thème de la transparence dans les pêches maritimes en Afrique afin d’examiner les problèmes causés par le manque de transparence dans le secteur et d’élaborer des stratégies pour améliorer l’accès du public à l’information. Les recommandations de cette rencontre ont été améliorées et c’est sur cette base que la Fiti (Initiative pour la Transparence des Pêches) a été créée, indique M. Guèye. Récemment à Bali, en Malaisie, la Fiti s’est structurée et Gaoussou Guèye fait partie des 15 membres du Conseil d’administration.

Son engagement et sa détermination lui ont valu son élection en novembre dernier à Lomé, au Togo, à la tête de la Caopa pour un mandat de trois ans renouvelable une seule fois. Il a été choisi à l’unanimité par les membres des 24 pays. Il remplace à ce poste le Mauritanien, Sid’ Ahmed Ibn Abeid qui a épuisé ses deux mandats. « C’est un honneur et une satisfaction que 24 pays, à l’unanimité, disent que c’est un Sénégalais qui va être leur président. C’est un grand challenge et je ne peux pas le réussir seul. Je sollicite le soutien de tous pour réussir cette mission, car il reste beaucoup de travail à faire », indique Gaoussou Guèye qui occupait le poste de secrétaire général de cette organisation interprofessionnelle. L’un des challenges du nouveau président, c’est d’organiser une année africaine de la pêche artisanale pour rendre beaucoup plus visible ce secteur qui, au-delà de ses aspects socio-économiques, est extrêmement important, mais aussi de relever les grands défis du secteur, notamment les enjeux de sécurité alimentaire, de la création d’emplois et de la gestion de la ressource halieutique pour une meilleure durabilité.

La pêche, un métier noble
Aujourd’hui, soutient M. Guèye, la pêche artisanale est invisible parce que les gens croient qu’il n’y a que la pêche industrielle qui débarque dans nos pays. Les débarquements de la pêche industrielle ne font que 20 %. La pêche artisanale est un secteur qui gagnerait, selon Gaoussou Guèye, qui gagnerait à être davantage organisé. Et à l’en croire, l’Aprapam et de la Caopa y travaillent. « Au lieu d’avoir des pléthores d’organisations professionnelles, qui ont une mission commune, à savoir la préservation de la ressource, il faut une mobilisation des forces, avoir des organisations professionnelles fortes, structurées qui soient autonomes pour régler leur quotidien sans tendre la main », relève Gaoussou Guèye qui est convaincu que la transparence est un élément essentiel pour gérer la pêche. Selon lui, il faut promouvoir la cogestion, la surveillance participative pour améliorer le système de gestion des pêcheries dans nos pays. « Nous devons vers une bonne pratique de pêche et chacun doit engager sa responsabilité pour la préservation de cette ressource, mais aussi la protection des océans », relève-t-il en plaidant pour un changement de comportement notoire au niveau des pêcheurs, décideurs politiques et entreprises qui jonchent le littoral.

Que du chemin parcouru depuis ! Mais Gaoussou ne regrette pas le chemin choisi. « Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seconde. Je vais continuer à défendre les communautés côtières, la pêche artisanale et le secteur de la pêche dans son ensemble », assure-t-il.

Pour le président de l’Aprapam et de la Caopa, il n’y a pas de métier plus noble que la pêche. « Quand le pêcheur quitte son domicile pour aller en mer, il reste des heures sans voir personne, mais il garde toujours espoir de pouvoir capturer du poisson. Il est enthousiaste quand il réussit et ramène ses prises pour pouvoir le mettre à la disposition de ses concitoyens. Dès qu’il vient quand quelqu’un qu’il connait, il lui donne du poisson. Cette générosité, on ne le trouve ailleurs que dans la pêche », relève-t-il. De l’avis de Gaoussou Guèye, les pêcheurs méritent toute la considération du monde. « Ils ne comprennent pas et ne savent peut-être pas lire le français, mais ils ont des connaissances extraordinaires », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL

Mariée à un Européen depuis plus de 7 ans, Mbissine Sarr a échappé aux échecs qui caractérisent la plupart des mariages mixtes dans le département de Mbour. De son union avec son mari, sont nés un enfant de 3 ans et une situation sociale reluisante.

Mbissine Sarr n’est pas comme les autres filles de son village, Pointe Sarène. Au moment où les autres peinent à joindre les deux bouts, elle ne se plaint pas. Elle roule à bord d’une rutilante 4X4. Mieux, elle habite dans une belle maison équipée de toutes les commodités dont une piscine. Pourtant, il y a quelques années, elle était juste employée comme femme de ménage dans une résidence. Aujourd’hui, sa vie a basculé vers le luxe. Le bonheur. Et cela grâce à une rencontre qu’elle a faite. «  J’ai rencontré mon mari là où je travaillais. Il y passait ses vacances. Quand on s’est connu, pendant trois ans, nous sommes sortis en tant qu’amoureux. Cette relation a abouti à un mariage », explique-t-elle avec un air de fierté.

A Pointe Sarène, Mbissine Sarr suscite l’admiration. « Elle a eu la chance de rencontrer un Blanc qui est très généreux. C’est un homme qui n’est pas raciste et qui accepte de l’aider », confie, une femme âgée de la cinquantaine. « Il y a des filles qui choisissent des Sénégalais qui ne peuvent pas s’occuper d’elles. On ne doit pas faire une distinction entre un mari blanc ou un noir. L’essentiel est d’avoir une union stable », ajoute notre interlocutrice. L’admiration envers Mbissine est vite constatée par le visiteur qui pénètre dans ce paisible village peuplé de pêcheurs et de cultivateurs. Quand, à bord de sa rutilante 4X4, elle stationne à côté du domicile de ses parents, les regards sont fixés sur ses faits et gestes. Le voisinage s’empresse d’échanger avec elle. Une ambiance cordiale s’installe. Mais Mbissine Sarr semble garder la tête sur les épaules. Ses échanges avec ses amis sont empreints de respect et d’humilité. Ils portent sur les tâches quotidiennes opérées par les femmes du village. Preuve de la simplicité dont elle fait montre, Mbissine Sarr porte sur le dos un nourrisson sous de regard de la mère de celui-ci.

Né en 1982, Mbissine Sarr est la fille d’un notable bien respecté dans ce village situé en bordure de mer. Elle a suivi ses études primaires dans son village natal jusqu’ au cours élémentaire deuxième année. « J’ai quitté l’école très tôt. Je n’aimais pas les études », justifie-t-elle. Restée à la maison, Mbissine Sarr a appris à exercer les tâches domestiques. Pour monnayer ses connaissances, elle n’est pas partie loin. Comme nombre de jeunes habitantes de la Petite côte, elle est restée dans son village. Elle se fait employer comme domestique dans une résidence qui accueille des touristes occidentaux. « L’homme qui est mon mari m’a trouvée dans cette résidence. Nous avons débuté une relation amoureuse », se souvient-elle.
La relation entre les deux nouveaux amoureux durera trois ans, malgré la différence d’âge. Les deux ont une différence d’âge de 25 ans. «  Mon mari a 60 ans. Mais son âge ne me gêne pas. Je l’aime c’est tout. Il m’aime aussi », se défend Mbissine. La jeune de Pointe Sarène se targue d’avoir presque « sénégalisé » son mari. «  Il mange des plats de chez nous. Il s’adapte à notre environnement », explique-t-elle. «  Ce matin, je lui ai demandé ce que nous devons préparer pour le déjeuner, elle m’a répondu qu’il n’a pas de choix. Il goutera tout ce que nous préparerons », explique-t-elle.

Mbissine Sarr est visiblement avantagée par son physique. De teint clair et de taille élancée, elle est bien moulée dans un jean qui laisse apparaître ses formes généreuses. La mine joviale, elle a su se forger une place dans la modernité tout en n’oubliant pas les valeurs traditionnelles auxquelles s’accroche son village natal. A titre d’exemple, elle raconte avec un air de fierté, les tournois de lutte traditionnelle organisés dans sa contrée. C’est manifestement pour récompenser cela que, C.L ne lésine pas sur les moyens pour faire plaisir à son épouse. Les commodités sont nombreuses : voiture, maison équipée, etc. La native de Pointe Sarène ne perd pas de vue ce soutien. «  Il m’aide beaucoup. Je ne regrette pas de l’avoir épousé. Mon mari s’occupe bien de moi », dit-elle, la mine joviale.

Les échecs de mariages mixtes enregistrés ailleurs ne découragent pas la native de Pointe Sarène. « Je remercie le bon Dieu. Mon ménage se porte bien. Nous avons choisi de nous marier parce que nous nous aimons », martèle-t-elle. Notre interlocutrice rejette toute motivation financière dans cette relation qui a été visiblement bénie par les parents. « Quand ta fille fait son choix, il faut le respecter. Qu’elle ait choisie de se marier avec un Blanc ou pas, l’essentiel est qu’elle soit heureuse. Que ce mariage réussisse », témoigne M. Sarr, père de Mbissine Sarr. A Pointe Sarène, au moins 5 couples mixtes sont dénombrés. « L’important est d’avoir un mari qui vous aime et qui vous respecte », fait remarquer Mbissine. Pourtant, si ça ne dépendait que de quelques membres de l’entourage de la native de Pointe Sarène, l’heureux élu aurait été un Sénégalais bon teint. « Un parent m’avait mis en garde en ces termes : ne t’engages pas dans ce mariage. Tous les Européens qui viennent ici ne sont pas sérieux », se souvient-elle. Mais, a poursuivi Mbissine Sarr, « j’ai foncé parce que je savais que mon mari m’aime beaucoup. J’avais beaucoup d’espoir en lui ».

Du mariage entre Mbissine Sarr et C.L est né un garçon âgé de trois ans. Une famille est fondée. La jeune Mbissine Sarr peut bien afficher le sourire de faire partie des exceptions des mariages mixtes.

Diégane Sarr et Babacar Dione

Mbaye Guèye, ancienne gloire de la lutte sénégalaise, a marqué son époque. L’homme, toute sa carrière durant, a drainé de nombreuses foules acquises à sa cause. Aujourd’hui, il savoure tranquillement une retraite bien méritée.

Assis sous un arbre, le buste droit et les jambes écartées, le corps reste athlétique malgré le poids de l’âge. Les années d’efforts fournis au bord des plages pour se muscler ou maintenir la forme ont laissé quelques petites séquelles. Le premier « Tigre de Fass » a de beaux restes. La génération qui l’a vu lutter apprécie son courage légendaire et sa détermination sans faille. L’autre génération, celle qui ne l’a pas vu batailler, n’en demeure pas moins attachée aux prouesses du premier « Tigre de Fass ».
Mbaye Guèye a, malgré les années qui passent, gardé sa bonne réputation de lutteur légendaire. C’est parce qu’au fond l’homme ne s’est véritablement jamais tenu à l’écart des arènes. Comment y parvenir ? Difficile ! Chez les Guèye, la lutte est un legs qui se transmet de génération à génération. « Mon grand-père était, à son époque, un très grand lutteur craint de tous. Il a fait mordre la poussière à tous ceux qui ont osé se frotter à lui dans une arène », témoigne-t-il. Comme son aîné, il a, lui aussi, marqué son temps autant dans les « mbapatt « (combats de lutte populaire) que dans l’arène nationale. L’autre « Tigre » de la famille se nomme Moustapha Guèye, petit frère de Mbaye Guèye. C’est dire que chez les Guèye, la lutte est dans le sang.

Après avoir tenu en haleine les amateurs de lutte pendant plusieurs années, Mbaye Guèye profite présentement d’une retraite bien méritée. Il tient actuellement domicile en banlieue dakaroise, plus précisément à Fass Mbao. Ici, il est devenu un notable, un sage à qui on fait continuellement appel pour échanger sur divers sujets. Il se montre d’ailleurs particulièrement disponible dès lors qu’il s’agit de prodiguer des conseils ou donner des orientations aux jeunes. « Mbaye est d’une disponibilité marquante. Il est tout le temps prêt à vous accorder de son temps », témoigne un de ses voisins.

Il reste l’un des lutteurs qui aura le plus marqué les générations des années 1970-1980. Il a à son actif près de 80 combats en deux décennies dans l’arène. A l’époque, un lutteur ne pouvait pas se permettre de rester plus de six mois sans se frotter à un adversaire. « C’était une question d’honneur », se souvient-il. Et dire qu’en son temps les cachets étaient nettement moindres par rapport à ceux d’aujourd’hui. En 1973, un des combats de Mbaye Guèye avait défrayé la chronique. Pour cause, le lutteur avait empoché la « rondelette » somme d’un million de FCfa pour affronter Saa Ndiambour. 

« Une énorme somme à l’époque », se souvient-il. A l’occasion, le stade avait fait le plein. Certains n’ont d’ailleurs pas pu y avoir accès. Les gradins étaient archi pleins. Les lutteurs venaient ainsi de percevoir le premier cachet d’un million de FCfa, mais le promoteur pouvait également être fier d’avoir organisé une telle confrontation. Chacun a su, au final, tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, un cachet pourrait avoisiner la centaine de millions par lutteur. « A chacun sa génération. A chaque génération sa chance », relativise t-il.

Tigre de Fass
Le sobriquet de « Tigre de Fass » colle encore à la peau de Mbaye Guèye. Mais, au fait, d’où vient ce surnom ? « C’est un journaliste du quotidien national « Le Soleil » qui m’avait surnommé ainsi au sortir d’un combat âprement disputé », se souvient-il. Ce jour-là, Mbaye Guèye, bien que blessé, a lutté jusqu’au bout, ne se laissant guère déstabiliser par ses blessures. Il finira vainqueur de cette légendaire confrontation, avec à la prime le surnom de « Tigre » qu’il trainera honorablement jusqu’à la fin de sa carrière. Il fait, sans doute, partie des anciens champions de lutte qui auront le plus marqué leur temps.

C’est en 1964 que le « Tigre de Fass » débute sa carrière dans les « mbapatt ». Là, Mbaye Guèye se fait remarquer. Sa technique, son endurance, sa détermination marquent plus d’un. Son nom fera le tour du pays avant qu’il ne décide même d’intégrer l’arène nationale. C’est en 1964 qu’il intègre l’arène nationale. Il en ressort en 1970 pour aller honorer son service militaire. Après sa durée légale, il signe son retour dans l’arène au grand bonheur des nombreux amateurs. « Mbaye Guèye était un combattant charismatique. Vous pouviez ne pas le supporter, mais vous tombiez forcément sous son charme. Il était en quelque sorte irrésistible », témoigne James Seck, un incorrigible amateur de lutte.

Agé aujourd’hui de 50 ans, James assure avoir assisté à la plupart des combats du premier des trois « Tigres de Fass ». De Mbaye Guèye, il ne garde que de bons souvenirs. Parmi les mémorables souvenirs, James évoque les confrontations contre Moussa Diamé, Souleymane Diaw et Double Less. Justement, il s’est frotté à deux reprises au dernier de la liste. Dans la première confrontation, il s’est retrouvé avec une défaite. Le second combat a eu lieu en 1977. Il est resté sans verdict.

Par Oumar Ba

Famara Ndour, après 25 ans, à braver la mer- ou à la dompter- avec ses bateaux, parle toujours de la voile avec une touchante passion. La navigation à la voile, plus qu’un banal parcours le long des étendues d’eau, c’est sa vie, sa préoccupation quotidienne qui l’arrime à Foundiougne depuis toujours. Il en est, ici, à la fois le précurseur et le promoteur. Il se donne comme exaltante mission d’y développer ce sport nautique pour donner à ses concitoyens la chance de vivre ses joies infinies et ses aventures fabuleuses.

C’est comme si Famara Ndour était condamné à braver la mer ; lui, le « petit » Sèrère qui s’ennuyait à Foundiougne à assister un oncle dans un petit commerce pour ne pas tomber dans le désœuvrement après l’arrêt de ses études et les tentatives pour être enrôlé dans l’armée. Ses infortunes agissaient sur son fabuleux destin. Un matin, en effet, au hasard des rencontres, un homme blanc, français de nationalité, interrompt la routine dans laquelle il croupissait. Fabrice, alors jeune navigateur français, veut acheter une cassette audio « originale » de Youssou Ndour après qu’il l’a cherchée vainement à Dakar. Dame fortune le mène chez Famara où il en reste une seule. Les deux bonhommes ont un bon feeling. On s’invite à manger. « Il venait d’arriver à Foundiougne avec son bateau. Il se plaisait à venir papoter à la boutique de mon oncle que je tenais pour juste m’occuper. Un jour, il me confie son voilier parce que devant se rendre en France pour deux mois et me propose un salaire de 30.000 FCfa par mois. Ce qui était une aubaine pour moi qui n’avais pas de revenus », se souvient-il, heureux d’avoir eu du pot. On est alors en 1989. Pour la première fois, le natif de Foundiougne met les pieds dans un voilier. « C’était un challenger », se rappelle-t-il. C’est le début de « l’odyssée » marine. La passion devient, de jour en jour, plus ardente. Après la première remontée sur Dakar avec Fabrice de retour au Sénégal, elle devient brûlante. Il passe un mois au Cercle de Voile de Dakar et perce davantage cet univers. De temps en temps, lui et son nouvel ami s’offrent quelques sorties pour parcourir les bolongs du Saloum, de la Casamance et quelques traversées vers les îles du Cap vert… ; ce qui l’accoutume à la pratique si bien que le tandem ne se quitte plus.

Après un énième voyage en France, Fabrice, accompagné de sa copine, sa future épouse, l’invite à faire une sortie en mer pour se rendre en Casamance. « Cela a été une expérience à la fois difficile et enrichissante pour mon apprentissage de la voile », confie Famara. Ce jour-là, la mer est agitée, le vent de face complice de leur infortune. Le moteur et les voiles les enlisent dans la misère. Néanmoins, Famara ne faiblit pas devant l’adversité. Un bateau contacté grâce à la bande des très hautes fréquences (Vhf) les sort de la galère temporairement en les remorquant pendant trois tours d’horloge pour les larguer à Djifer. Béa, la dame de cette périlleuse aventure tombe malade. Comble d’infortune, Famara doit ramener le voilier seul à Foundiougne pour permettre au couple de ne pas rater son vol. L’expérience est concluante. Un mental se forge.

La mer, espace de rencontres
Par la suite, Fabrice cédant devant l’insistance de sa femme, reste deux ans en France pour se construire un plus gros bateau. Il fait cadeau au jeune féru de la navigation de plaisance du petit bateau. C’est son premier voilier. Le « toubab » l’incite alors d’en user dès qu’il y a du vent et d’en faire jouir des touristes pour en tirer gain. « Et c’est grâce à cela que je me suis marié, j’ai construit ma maison, fait de belles rencontres, voyagé pour découvrir plusieurs endroits », jubile-t-il fier d’avoir joint l’utile à l’agréable. 17 ans après, il s’achète un petit bateau de course en remplacement du premier. Il s’offre ensuite un Sangria, choisi à Dakar parmi les nombreux bateaux délaissés par leurs propriétaires, acheté à un bon prix et conduit à la voile de Dakar au Saloum par un Famara téméraire qui entreprenait sa première navigation hauturière en solo.

La mer est le point de convergence des amoureux de la voile. On y noue des relations viscérales. La « flamme » des eaux assiègent leurs esprits et nourrissent leurs âmes. Un matin, Famara y croise, en train de naviguer, une petite française d’une grande famille de plaisanciers à qui a appartenu son nouveau joyau, le Sangria. Cette dernière en a été bouleversée. Ses propos, ses effusions devrait-on dire, sont un éloge à l’audace de l’enfant de Foundiougne : « Regardez bien ce petit voilier qui navigue à quelques encablures de Skol. Il a trois propriétaires remarquables, ce joli petit bateau : premièrement, c’est un Sangria, un bateau de grande série qui a le même architecte que notre Jurançon, un cousin donc, une silhouette que nous connaissons bien. Secondairement, il est manœuvré par deux Noirs et zéro Blanc, ce que nous n’avions jamais vu jusqu’à ce jour. Troisièmement, il marche au près, c’est-à-dire de manière pointue contre le vent et nous avons le plaisir d’observer plusieurs virements de bord qui marquent une véritable maîtrise de la voile occidentale et une longue pratique. Un petit mystère pour nous ». Le marin de Foundiougne se meut allègrement donc dans un univers préconçu pour des êtres d’ailleurs !

Le précurseur
Marquée et rassurée par la personnalité de Famara et sa passion pour la voile, et devant se rendre en France, comme Fabrice, il y a quelques années, elle lui confie son bateau et lui fait cadeau d’un « bijou » de famille à son retour : un instrument de navigation provenant du bateau fétiche de sa maman. « Ce personnage étonnant aura été l’un des rares hommes dans ce pays qui nous aura rendu service sans rien attendre de nous, sans chercher à en tirer un avantage, une bonne affaire, sur le champ ou plus tard », témoigne-t-elle, heureuse d’échanger sur sa passion à des milliers de kilomètres de chez elle, dans une petite commune perdue dans le Sine-Saloum.

Les sports nautiques sont considérés, au Sénégal, comme la marotte de la sphère des gens opulents eu égard à la cherté de la logistique. Toutefois, Famara Ndour essaie, depuis quelques années, à les promouvoir dans son patelin, avec les moyens du bord et au détriment parfois de ses économies. « Il est nécessaire de partager mon savoir et le bonheur que procure cette pratique ». Il s’échine à donner corps à cette ambition. Aujourd’hui, il dispose de quelques bateaux (dont un qui s’appelle Youssou Ndour pour faire un clin d’œil à l’histoire) qui lui permettent d’initier des personnes à la voile afin de trouver des relais au sein de la population.

En collaboration avec un Italien qui a un club de voile à Ndangane, il compte s’investir davantage dans la formation des jeunes. Grâce aussi à des amis, il attend 17 bateaux pour donner plus de marge à cette pratique dont il est le précurseur à Foundiougne. « La priorité, c’est la formation des formateurs, des futurs moniteurs. Car, c’est un vaste chantier que je ne saurais entreprendre seul. Nous devons profiter de ce plan d’eau pour former les champions de demain », souligne-t-il tout en espérant que les pouvoirs publics y participeront. L’attribution d’un espace, par simple indication de leur probable champ d’intervention, leur serait utile ; celui occupé actuellement est un domaine privé. En attendant, Famara entretient sa passion et ses bateaux même s’il faut se priver de quelques plaisirs.

Par Alassane Aliou MBAYE

Il a soixante-six ans. On lui en donnerait beaucoup plus. Il a la voix peu audible, la démarche chancelante mais Abdoulaye Diop trouve toujours la force de faire ce qui donne sens à son existence : monter sur les planches. Et cela jusqu’au dernier souffle de vie.

Tout est clair dans sa tête. Le théâtre, c’est son cheval de bataille. Il est d’une cohérence presque fascinante sans laquelle on le confondrait à un illuminé des temps nouveaux, avec son accoutrement de scène -celui des miséreux d’une pièce théâtrale-. Dans une grande maison, à Khombole, Abdoulaye Diop trimbale sa longiligne carcasse et son visage ridé en quête de vies à raconter. La sienne n’est pourtant pas sans intérêt. C’est le genre de personnage choyé par tous et ami de personne. Qui, dans sa solitude, voit le film de son existence se dérouler avec regret et amertume. Mais, lui n’a pas encore eu le temps de regarder le sien pour en avoir. Son art, il le conjugue au présent parce que « le théâtre, c’est un sacerdoce, chez moi, une chance de servir mon peuple. Et ça, ce n’est pas une chose qu’on arrête de faire », sort-il mollement de sa bouche « dépeuplée » de ses dents. Celles qui lui restent sont brunies par l’abus de tabac.

Son défunt père, guérisseur et maître coranique, aurait voulu qu’il choisît « une vie plus gratifiante ». S’il ne dépendait que du pater familias, cet encadreur et directeur artistique n’aurait jamais connu l’enseignement en français. C’est son parrain qui l’inscrit à l’école 1 de Khombole où il obtient son Cepe pour poursuivre ses études au lycée Malick Sy de Thiès. Dans cet établissement, en classe de quatrième, son prof d’espagnol, celui qu’il appelle toubab bi (le blanc) lui fait découvrir ses prédispositions pour l’art dramatique « après avoir brillamment accompagné de mimiques une chanson ». La référence du théâtre khombolois est née au détriment des études qu’il arrête en classe de Seconde. Il intègre la troupe Dahwatoul Islam, la plus significative de Khombole ; Islam, une manière peut-être pour rassurer les censeurs de la localité. Avec la compagnie communale qu’il quitte en 2004, Abdoulaye participe, à plusieurs reprises, à la semaine de la jeunesse et de la culture. De cette expérience, cet homme dur d’oreille se montre plus engagé pour des causes utiles à sa communauté. « Je suis le premier à avoir écrit une pièce théâtrale sur le Sida avec la collaboration de l’Organisation non gouvernementale Aprosor », se souvient-il fier. Lui et ses partenaires se produisaient dans des cours de maisons ou d’écoles, dans des rues à l’occasion des séances de lutte ou pendant la période des « Nawetaan ». Sa progéniture semble être attirée par la scène. « Mafille est la plus talentueuse », précise-t-il, ses yeux rouges illuminés de fierté. Celui qui n’a jamais eu de production filmée ne rase pas les murs pour avoir choisi un métier trop longtemps jugé dégradant. Autrement, « j’aurais dissuadé toute ma famille de s’y aventurer », jure-t-il. Chez lui, tout le monde est comédien. Seule la femme qui lui reste y a échappé. L’acteur au frêle corps souvent drapé dans des boubous traditionnels n’aime pas se lamenter. Il se contente de ce que la nature lui a donné. Que les pouvoirs soient indifférents à ce qu’il fait ne l’empêche pas de faire ce qui le passionne.

Ces donneurs de leçons-là !
Il est également trop vieux pour se préoccuper de ce que disent les gens à propos du métier qu’il a choisi. Le théâtre nourrit-il son homme ? « La question est malposée », selon lui. « C’est un sacerdoce, une révolution culturelle pour changer les mentalités et les adapter ». Son jeune frère, Serigne Abdou Diop, son clone, parle de lui, conquis par sa ténacité : « Les gens éprouvaient de la gêne à faire du théâtre mais lui, il ne s’est jamais préoccupé des médisances ». Encore moins de ceux qui prétendent pouvoir lui apprendre son art.

Il y a un épisode de son parcours qu’Abdoulaye raconte avec beaucoup de fierté. « Des gens ont voulu m’apprendre un métier que je fais depuis des décennies ». Il fait allusion à un ancien metteur en scène de la troupe nationale dramatique du théâtre Daniel Sorano. Ce dernier, dans le cadre du programme du Centre de lecture et d’animation culturelle (Clac), était chargé d’animer un séminaire de formation sur la mise en scène. « Au bout de quelques minutes, j’ai quitté la salle, n’y trouvant aucun intérêt. Ce n’était pas ma conception du théâtre », proteste-t-il. Aux explications d’un autre ponte sur l’écriture théâtrale, il n’accorde non plus aucune importance. Ce ne sont pas eux qui lui ont permis d’écrire son chef-d’œuvre sur le conservatisme traditionnel et le conflit générationnel que « malheureusement un de mes amis se plaît à plagier et à s’attribuer », dénonce l’homme à la barbichette et aux cheveux poivre et sel.

Abdoulaye ne donne pas l’air de vouloir trop s’épancher sur les retombées financières. En tout cas, pas autant que sur sa passion. Le théâtre, de son propre aveu, il n’en tire que la satisfaction d’avoir rendu service à sa communauté. Pour nourrir sa famille, le natif de Khombole s’est essayé à beaucoup de métiers. Il a été tisserand à la société textile sénégalaise, veilleur de nuit au centre de santé. Mais, « c’était plus du bénévolat », précise-t-il. La star des comédiens khombolois aurait également hérité de son père des dons de guérisseurs. Il n’en ferait toutefois pas un gagne-pain. « Un acteur culturel doit être généreux », justifie cet ancien militant de l’Union progressiste sénégalaise (Ups). L’homme aux multiples décorations a également adhéré à Aj/Pads (And-jeuf/Parti africain pour la démocratie le socialisme). Après la fissure du parti, il rejoint le fils de Khombole, Mamadou Diop Decroix. « Mais la politique et moi, c’est un mauvais casting. Je me vois plus comme acteur de développement au-dessusde la mêlée », dit-il. Il fourmille d’idées et d’initiatives. Grâce à son engagement, à son obstination, Abdoulaye a été conseiller municipal en 1972. Ce n’est rien à côté de la joie que lui a procurée son art.

Par Alassane Aliou MBAYE

Abdou Aziz Sall, de son nom d’artiste Maha Lahi, est de ceux qui ne rompent jamais l’effort sur le chemin de l’accomplissement de leur destin. Cette atypique créature n’envisage l’épanouissement que dans le style musical auquel il s’identifie, le reggae, par la cadence et le sens. Par la spiritualité et l’engagement en faveur de l’aventure collective.

Son épouse s’appelle Fatou Ndiaye. Comme sa mère. Elle est son ombre qui lui rappelle le chemin parcouru et les horizons illimités à découvrir ensemble. L’ange gardien à la carnation claire est celle qui l’a aimé et choyé au beau milieu de la tempête. Elle est sa manageuse officieuse qui répond aux appels. Maha Lahi risquerait de tenir le téléphone à l’envers ! De toute façon, ça le laisse de marbre ! Il est de ces êtres qui ne subissent pas le temps et ne vivent que pour accomplir leur « destinée ». Il y a, dans la vie de « l’ex » Abdou Aziz Sall, de petites étrangetés aussi fascinantes que les saillies charmantes et égayantes de son imagination ; celle-là qui lui permet de tenir en haleine une assistance tout au long de ses exquises divagations.

Le quadragénaire, né à Kaolack, a bourlingué et trimé pour se fabriquer un destin dans un style musical, le reggae, qu’il a embrassé au détour d’un voyage en Gambie et d’une découverte d’un morceau du chanteur jamaïcain, Luciano. Après des études interrompues en classe de troisième aux cours moyens et secondaires, il s’essaie à plusieurs métiers. Mais, le cœur n’y était pas. En sus, « mon père et ma mère avaient divorcé », rappelle-t-il en guise de justification. Il tâte le ballon rond dans le « nawetaan » et s’égare un peu. La musique le ramène dans le « giron de la normalité ». Abdoul Aziz Sall imite des ténors de la musique sénégalaise : Thione Seck, Youssou Ndour, Omar Pène. Il s’y plait. L’envie de tracer sa propre voie devient irrépressible. Une prestation du Groupe de rap Daara-J le stimule.

En 1996, des amis et lui fondent un groupe, le « Black roots ». Leur premier morceau « Boolo len » révèle leur talent poétique et artistique. La formation fait long feu. Les membres investissent d’autres univers. L’enfant de Kaolack, lui, poursuit le rêve et s’ancre dans le reggae. « La Gambie m’avait déjà inoculé le virus du reggae. J’avais fini par m’identifier à cette musique par le message qu’elle formule et le rythme qu’elle déploie », confie l’homme aux dreadlocks interminables au-dessus desquels « plastronne » un chapeau « Cabral ». En 1998, le groupe Rapadio fait une entrée fracassante sur la scène musicale sénégalaise et sonne le glas d’une certaine forme de musique et d’artistes « doucereux ». Maha Lahi, reclus à Foundiougne, trouve refuge dans la spiritualité auprès de son nouveau guide religieux « Baye Fall », Moussa Diagne. Il y rencontre son épouse et se réconcilie avec la musique. « Au début, je voulais me lancer dans le cantique. Cependant, mon guide, convaincu de mon amour pour le reggae, m’a incité à m’accrocher à ce rêve nourri depuis des années », se souvient-il, les yeux, derrière des lunettes à verres correcteurs, scintillant de fierté. Doit-on attendre moins d’un fils de Muchacho, célèbre percussionniste qui a accompagné Thione Seck, Afriando et African Salsa ?

La désillusion
A son retour à Kaolack, tout au début des années 2000, il crée le Majal Gui et s’offre une petite notoriété grâce aux belles mélodies distillées. Sa rencontre avec le groupe de rap Keur Gui booste sa carrière naissante. Celle avec l’animateur J-Man de la Radio Dounya lui permet de louer Cheikh Ahmadou Bamba et de rappeler le drame du Diola à travers deux titres qui lui ont valu d’être reconnu par le public. Malgré ces éclairs de génie, Maha Lahi se morfond dans ses satisfactions d’amour-propre. Pour répondre aux sceptiques qui le trouvaient peu ambitieux et l’affublaient de sobriquets pour sa longue « hibernation », il sort « Juum ngen » (vous vous trompez). Certains esprits narquois lui suggéraient même de faire un duo avec le chanteur Pape Thiopet ! Suprême offense pour un reggae man !

Les quolibets, si tant est qu’ils existent encore, sont certainement devenus moins incommodants. Maha Lahi a fait du chemin. Le concours télévisé, « L’Afrique a un incroyable talent », auquel il a participé récemment, l’a mis sous une source lumineuse qui l’a fait découvrir au monde. Le début a été aussi prometteur que la désillusion qu’il y a connue par la suite. « Un ami de mon père m’a informé du casting après lequel j’ai été choisi parmi une flopée d’artistes. Je l’ai su tardivement et les formalités pour le voyage en ont rajouté à mon stress. N’eut été ma femme, je serai passé à côté de ce rendez-vous. C’était mon baptême de l’air. J’avais tellement peur. Le jour de mon passage, ma guitare m’a joué un mauvais tour. Je me suis débrouillé avec celle que l’on m’a prêtée. Ma performance s’en est ressentie et j’ai été éliminé à cause d’une fausse note. Cet épisode m’a particulièrement affecté surtout quand j’ai pensé à toutes les personnes qui ont cru en moi », se rappelle-t-il, amer. La pilule a été d’autant plus difficile à avaler qu’un membre du jury, Fally Ipupa, l’a traité de « pleurnichard » quand il a voulu raconter son infortune. Pour la narrer à ceux qui daigneront l’écouter, il sort le morceau « Les chiens aboient » comme pour faire un clin d’œil au célèbre reggae man de la Côte d’Ivoire, terre de sa mésaventure. Le précurseur du reggae à Foundiougne ferme la page et embrasse un immense horizon avec ses promesses de belles mélodies, de rythmes et de vies. Dans cet album à venir, il chante les femmes, des existences difficiles et possibles, exalte des valeurs, confère une acception à sa spiritualité qui va au-delà des petites appartenances. Son message, accoté à la réalité de l’humain, se veut universel. Le langage ésotérique qu’il affectionne n’est qu’une autre « disposition » des mots, une autre expression des sentiments indéfinissables. En cela, il transcende les temps et les espaces. Maha Lahi, à la charnière entre le temporel et le spirituel, suit sa route qui dessert plusieurs univers de saveurs quoique parsemés d’embûches.

Par Alassane Aliou MBAYE

La démarche est peu altière, la voix timide, presque monotone. Mamadou Ndiaye est né à Fambine dans la communauté rurale de Djirnda. Ici, on n’apprend pas à fabriquer des pirogues. Elles peuplent cet univers et dictent aux mômes ses diverses formes. Après avoir cherché fortune dans la pêche, le quinquagénaire se souvient qu’il savait « usiner » ces embarcations légères. En 2000, il investit le créneau et trouve en Foundiougne une terre d’accueil de choix. La pêche y est la principale activité. Dans son « atelier » de fortune, une tente toisant une large étendue d’eau, s’abritent deux imposantes pirogues que Mamadou Ndiaye fabrique seul. « Je n’ai pas d’apprenti pour me seconder dans le travail », confie-t-il en pointant son index malmené par le bois, la scie, la perceuse et autres matériels obsolètes… vers deux ouvrages.

Le coût de réalisation de celui de sept mètres est de 300.000 FCfa. Il en faut presque quatre fois plus pour réaliser une œuvre de 15 mètres. « Malheureusement, travaillant seul, je perds beaucoup de temps à en achever une. Il arrive que cela dure quatre mois ou une année. En sus, je ne dispose pas de suffisamment de moyens pour acheter des outils plus performants.
Parfois, c’est le client qui ne dispose pas de fonds nécessaires à la fabrication. Je suis alors obligé de suivre sa cadence », regrette celui dont les deux frères exercent également le métier de charpentier. Espère-t-il juste que la modernisation des pirogues artisanales annoncée avec la création de celles en fibres de verre ne les privera pas de cette source de revenus qui est un symbole de la transmission des savoir-faire dans son patelin.

Par Alassane Aliou MBAYE

Le tourisme dans le Delta du Saloum a fait naître des vocations dans cette zone qui regorge d’atouts impressionnants. Mamadou Dieng, un des fils du terroir, a choisi d’embrasser le métier de guide touristique avant d’opter plus tard pour l’ornithologie. Après plus de vingt ans de carrière, il garde toujours la même passion de son métier qui lui a presque tout donné.

Être guide touristique ne s’improvise pas. C’est un métier qui demande une formation et une grande culture générale. Mais on peut aussi devenir guide par passion. Et Mamadou Dieng, à force de côtoyer le milieu touristique, en a attrapé le virus. C’était vers le début des années 1980. À l’époque, il allait monnayer sa sueur dans les bars et restaurants de la localité pour soutenir sa famille et acheter des fournitures pour ses frères et sœurs. Puis, la passion ne l’a plus lâché.

« J’ai aimé cette expérience qui m’a permis de connaître beaucoup de gens et de bien maîtriser la culture de la localité ». Mamadou Dieng, qui a décidé de se jeter dans la mare, a laissé tomber ses études pour faire une formation de guide. Au début, il travaillait dans un établissement hôtelier, mais le guide étant à la merci de la demande, Mamadou Dieng qui connaît tous les coins et recoins de la zone a préféré être autonome et travailler en free-lance. Ce métier, reconnait-il, est très exigeant.

« Depuis des années, je passe mon temps à accompagner des touristes et à les assister au cours d’excursions ou de randonnées au niveau des sites naturels, à leur fournir les informations à caractère naturel, historique, géographique, économique ou social sur les localités visitées. C’est un travail qui nécessite des heures de travail, beaucoup de déplacements et exigeant parfois de travailler à tout temps, mais quand on est passionné, on ne s’arrête jamais », fait-il savoir.

Et chaque saison, Mamadou Dieng se donne à fond pour donner raison aux visiteurs d’avoir choisi la destination Sine Saloum pour découvrir ses merveilles naturelles incommensurables. Avec le temps, il est devenu un acteur incontournable du secteur. Et il continue de faire affaire avec beaucoup d’établissements hôteliers qui font souvent appel à ses services. Selon lui, un bon guide touristique doit avoir une oreille très attentive et une bonne compréhension des demandes de sa clientèle. La connaissance de la localité, de son histoire et de sa culture est aussi nécessaire, précise-t-il.

Le travail de guide étant saisonnier, Mamadou Dieng s’est trouvé une autre occupation pour meubler son emploi du temps et avoir d’autres sources de revenus. Depuis quelques années, il combine sa passion avec son travail de restaurateur. « Avant, j’avais investi dans la quincaillerie parce que la demande en matériaux de construction devenait très forte. Mais avec la construction du Centre d’interprétation de Toubacouta et les infrastructures connexes, je me suis dit, pourquoi ne pas investir dans la restauration. C’est ce que j’ai fait et aujourd’hui, je ne le regrette pas », indique-t-il. Son restaurant ne désemplit pas et le guide qu’il est a même créé des emplois.

Formation les guides touristiques
Avec l’industrie touristique qui se modernise de plus en plus, le guide a besoin d’être mieux encadré, soutient-il. C’est ainsi que le Conseil régional de Fatick a jugé opportun de former les guides touristiques de toute la zone pour les doter des bonnes pratiques et aussi d’améliorer la qualité de leurs prestations. Et Mamadou Dieng a opté pour l’ornithologie. « Le fait qu’il n’y ait pas d’ornithologue dans la zone m’a poussé à opter pour cette branche. Je me suis donc spécialisé dans l’étude des oiseaux, l’analyse de leur comportement, le rôle et leur évolution au sein d’écosystèmes ».

Cette option, dit-il, lui a permis d’élargir sa clientèle et de profiter davantage de son activité. À son avis, ce métier nécessite de la patience, mais surtout une passion. C’est ce qui fait, selon lui, que les ornithologues ne sont pas très peu nombreux à Toubacouta. « Nous sommes 12 guides à Toubacouta, dont deux ornithologues, et des années de travail m’ont permis de réaliser mon rêve. C’est un métier très payant. Si on a quelques clients, on est peinard. Et quand on tombe sur des touristes nobles, aisés, ils paient très bien », indique-t-il.

Pour Mamadou Dieng âgé aujourd’hui de la cinquantaine, le métier de guide est le plus beau métier de l’industrie touristique. « Tout le patrimoine que j’ai aujourd’hui, c’est le métier qui me l’a donné. Grâce à mon travail de guide, j’ai acheté un véhicule, construit ma maison et je cultive mon champ. Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas une seule seconde », fait-il savoir.
Aujourd’hui, fait remarquer M. Dieng, on ne peut pas parler de tourisme, sans parler de guide. « C’est lui qui détient les clés d’une destination. Et il est grand temps de donner à ce métier ses lettres de noblesse ». Et comme bon nombre de ses collègues, il attend toujours que sa licence lui soit délivrée pour pouvoir exercer librement sa profession.

Par Samba Oumar FALL

Enfant, on a tous un rêve. Mais une fois devenu adulte, il arrive de changer de trajectoire. Morane Sall qui ambitionnait de devenir aviateur s’est retrouvé ingénieur informaticien. Et ce jeune ambitieux veut transmettre son virus en mettant en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies à Mbour, au Sénégal et dans la sous-région.

De l’école des garçons de Foundiougne à l’École supérieure de commerce et d’informatique (Esti) de Casablanca, le jeune Morane Sall a parcouru du chemin. Pour devenir ingénieur en informatique. Pourtant, l’ancien camarade de classe du président Macky Sall à l’élémentaire, dans la classe de monsieur Demba Diop, ne se voyait pas informaticien. Comme beaucoup de gamins, il ambitionnait de piloter avions et hélicoptères ou d’être médecin pour sauver des vies. Mais le destin en a décidé autrement. Suite au départ à la retraite de son père qui travaillait et logeait à la préfecture de Foundiougne, le jeune Morane Sall débarque à Mbour avec sa famille et élit domicile au quartier Thiocé-est. Après son cursus secondaire au lycée Malick Sy de Thiès où il décroche son baccalauréat, il est orienté à la faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec comme option, la physique et la chimie.

Mais le jeune Morane va très vite changer de trajectoire avec l’ouverture au département de mathématiques de la licence en informatique. Il s’intéresse de plus en plus à ce domaine. « C’est en développant mes premiers programmes en langage PASCAL que j’ai été piqué par le virus de l’informatique. C’est alors qu’avec la session unique de 1993, j’ai décidé de trouver une inscription dans une école d’ingénieur au Maroc pour tenter ma chance », explique-t-il.

C’est ainsi qu’en 1993, il atterrit à Casablanca et intègre l’Esci et suit pendant trois ans une formation d’ingénieur, option Réseaux et Télécoms. Une fois son diplôme en poche, il décroche son premier emploi à la Société Telesystems de Casablanca après avoir bouclé un stage de fin de cycle sur le thème : « Mise en œuvre des configurations pour la connexion Internet ». Alors qu’il avait la possibilité de s’épanouir pleinement au Maroc, Morane Sall choisit rentrer au bercail et se mettre au service de sa nation. L’ingénieur informaticien a mis son expertise au service de plusieurs entreprises. Aujourd’hui, Morane Sall est le responsable informatique de l’Agence de développement municipal (Adm). « Je suis arrivé à l’Adm en 2014 comme consultant individuel pour l’accompagnement de l’agence à la mise en œuvre de la sécurité informatique. À la suite de cette mission, j’en ai fait une autre pour la gestion du réseau informatique. Par la suite, après la validation du poste de Responsable informatique par l’Assemblée générale de l’Adm, mon recrutement a été effectué après un appel à candidature », renseigne-t-il.

Travailler avec les jeunes et les femmes
Sa contribution dans le développement de Mbour ? « Je peux le mesurer par les actions que j’ai menées pour l’épanouissement de la jeunesse, mais également l’autonomisation des femmes et la recherche de financements », indique-t-il.

Pour mieux concrétiser ses ambitions pour sa ville, Morane Sall qui se dit marqué par ses retrouvailles avec le Président Macky Sall à la faculté des sciences après plusieurs années de séparations a embrassé la politique. « Je suis venu naturellement à la politique, compte tenu de mon environnement familial. Mon ambition, c’est d’être dans des positions me permettant de mieux participer au développement de Mbour et à l’émergence du Sénégal », fait-il savoir.

Des projets, Morane Sall en a à la pelle. « Je veux mettre en place une structure de dimension internationale pour impulser les nouvelles technologies dans la Petite Côte, mais aussi au Sénégal et dans la sous-région. J’ambitionne également de travailler avec les jeunes et les femmes pour la maîtrise de l’élaboration de projets, leurs financements et leur mise en œuvre ». Au niveau national, Morane Sall compte bien travailler à la mise en œuvre et à la réussite du Pse et de la deuxième phase de l’Acte 3 de la décentralisation par la mise en place de territoires solidaires, résilients et connectés.

Par Samba Oumar FALL

Originaire de Soum, une nouvelle commune difficile à placer sur la carte du Sénégal, Abibou Ngom fait partie de cette catégorie de jeunes qui ont réussi, malgré les rigueurs et les vicissitudes de la vie, à prendre leur destin en main. Recruté comme volontaire de l’éducation, son ambition, loin d’être démesurée, l’a amené à se battre pour devenir, bien des années plus tard, administrateur civil. Actuel chef des Services administratifs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), ex-Institut français d’Afrique noire, cet enfant du Loog veut être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de son Soum natal.

Comme beaucoup de jeunes Sénégalais, Abibou Ngom a toujours rêvé de devenir un cadre pour contribuer au développement de son terroir et sortir les siens de la routine quotidienne. Son rêve s’est réalisé au prix de beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Issu de Soum, une localité très enclavée, perdue dans le département de Foundiougne, et dans laquelle toutes les commodités n’étaient pas réunies, Abibou Ngom qui a toujours cru en son étoile, s’est battu pour se frayer un passage sur le long chemin de la réussite.

La plus grande partie de son cursus scolaire, a été faite entre Soum, Foundiougne et Fatick. Après le baccalauréat littéraire (A3) obtenu en 1995, au lycée Coumba Ndoffene Diouf de Fatick, l’ancien pensionnaire de l’école publique mixte de Soum devenue école Babacar Ndéné Diop, rejoint l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) où il obtient une licence en histoire en 1998. La même année, il est recruté comme volontaire de l’éducation. La détermination en bandoulière, des perspectives vont s’ouvrir pour l’enfant du Loog qui réussit, en 2000, au concours d’entrée à l’École normale supérieure (Ens). Il sort major à l’examen du certificat d’aptitude à l’enseignement moyen en Histoire et géographie et soutient un mémoire de maîtrise en histoire la même année. Professeur d’histoire et de géographie au lycée de Bambey de 2001 à 2006, il est ensuite mis en position de stage en 2007 pour l’obtention du certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire à la Fastef (ex-Ens). Abibou Ngom qui a pris goût à la réussite passe la même année au concours de l’École nationale d’administration (Ena). Il est même major au concours d’entrée de la section administration générale centrale et territoriale.

Aujourd’hui, Abibou Ngom est le chef des services administratifs de l’Ifan et se la joue modeste. « C’est un poste administratif comme les autres, mais je dois signaler que j’ai d’illustres prédécesseurs à ce poste. Il s’agit, entre autres, de Mahady Diallo et Nafy Ngom Keita devenus des Inspecteurs généraux d’État », indique-t-il.

Passionné d’histoire et de recherches, Abibou Ngom l’a toujours été, lui qui est allé jusqu’à consacrer son mémoire à Soum. « Pour mieux s’investir dans sa localité, il faut d’abord la connaître et la faire connaître aux personnes qui peuvent être amenées à y mener des activités. Ce mémoire est un travail de recherche dont l’objectif est de mettre à la disposition de tous les acteurs du développement et des décideurs des outils pour éclairer leurs décisions », indique-t-il. Abibou Ngom ne s’est pas arrêté là. Il a publié un livre intitulé : « L’autorité administrative face aux conflits à caractère religieux : le cas de Soum ». Cet ouvrage traite de la complexité des conflits à caractère religieux qui, selon l’auteur, constituent des menaces à l’ordre public et à la cohésion sociale. Et il envisage de publier un autre livre sur l’histoire générale de la commune de Soum. « Les éléments de base étant déjà disponibles, il me reste juste de les mettre en cohérence. L’objectif est de contribuer à une meilleure connaissance de la localité, car je suis convaincu que les terroirs méritent une grande attention par rapport aux actes que l’on pose, aux décisions que l’on pourrait prendre », soutient-il.

Comme Babacar Ndéné Diop, qui a rendu énormément de services à la population de Soum en menant des démarches pour l’édification d’une école dans son village d’alors, Abibou Ngom souhaite, lui aussi, apporter sa contribution au développement de sa localité. Et il compte bien s’investir et y investir. Mieux, il s’est engagé à être dans tous les combats collectifs pour le développement harmonieux, la défense des intérêts des populations et du beau cadre de vie de sa chère commune.

Abibou Ngom qui n’a jamais renié ses origines, entrevoit un avenir radieux pour sa localité dont le développement est, dit-il, freiné par son enclavement. « Avec le port de Foundiougne et les deux bateaux, Aguene et Diambogne, qui vont assurer la liaison Ziguinchor-Foundiougne, le pont de Foundiougne qui doit relier les deux rives du Saloum et la piste de production que constitue la boucle du Loog qui finira par être bitumée, de grands espoirs sont permis », assure-t-il. « Même le pétrole est au large de nos côtes. Je pense sincèrement que nous avons devant nous un avenir radieux. Toutefois, la question de l’approvisionnement en eau potable doit être rapidement réglée. C’est une urgence capitale ». La solution passe, selon lui, par le transfèrement d’eau. Il a ainsi invité l’État à prendre des mesures urgentes dans ce sens pour être prévenant.

Samba Oumar FALL

Son visage a traversé le temps. Cela fait déjà bientôt seize ans qu’il est présent sur la scène pour défendre les droits des travailleurs. Il est ce qu’on pourrait appeler un « avocat » sans robe noire.

En cette après-midi de mardi, Mody Guiro nous a conviés à son bureau sis au siège de la Cnts. A l’entrée, un homme au teint clair, taille moyenne habillé d’un boubou jaune, nous attend. Sa voix est limpide, mais à peine audible. Chose rarissime, Mody fait partie de ces syndicalistes qui ne s’expriment pas en élevant le ton. L’essentiel est de se faire comprendre par son interlocuteur et cela quel que soit l’enjeu, relève-t-il. Mody Guiro est né le 17 novembre 1951 à Kayes au Mali. Il a connu une enfance assez mouvementée dans le sens où son père, garde républicain, était souvent affecté à travers les différentes contrées du Sénégal. Son boulot consiste à défendre la cause des travailleurs afin de les inscrire dans une perspective de respect de leurs droits. Cette approche ne lui interdit point d’appeler également ces mêmes travailleurs à s’acquitter de leurs devoirs. Mody Guiro est le secrétaire national de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) depuis 2001.

Il a grandi à Kaolack où il a effectué ses études primaires. Dans le cadre de son travail, son père a été affecté à Gossas ou encore à Kédougou, deux endroits où le petit Mody a passé le plus clair de son enfance. Il a fait ses études secondaires au Lycée technique André Peytavin. Les déplacements de son père au gré des affections lui seront par la suite très utiles. En effet, il se rappelle avoir, à partir de cette approche, noué une certaine relation avec les différentes populations sénégalaises; ce qui lui sera par la suite très utile. Cet accès tôt établi lui a permis de mieux vivre avec les gens et surtout de comprendre leur démarche.

Côté étude, il est titulaire d’un CAP électricien. Son père n’ayant pas les moyens de financer ses études, il décide, très jeune, d’intégrer le marché de l’emploi. Il est alors recruté dans une importante société pétrolière de la place. Cette dernière va l’envoyer en France. Il étudie d’abord à l’Institut Français du Pétrole. Nous sommes en 1974. Puis, il se rend à Pau à la Société Nationale des Pétroles Aquitaine. De retour au Sénégal, il travaille comme technicien, électro-pneumaticien spécialisé en contrôle atomicien. Ensuite, il quitte cette entreprise pour aller travailler à l’institut des mines de Taïba. Il y va que comme contre-maître, instrumentiste. C’est là qu’il sera justement piqué par le « virus syndical ». Sur place, il trouve, dit-il, « beaucoup d’expatriés qui contrôlaient essentiellement l’entreprise. Ces gens avaient fini d’installer un climat fait d’exploitations. Les travailleurs étaient lésés dans bien des domaines ». Cette situation le pousse à rejoindre les rangs dans le but de mener « des combats de principe ». Sur place, un embryon de résistance s’était déjà naturellement formé et le jeune Guiro ne se fait point prier « pour plonger», en vue de renforcer l’équipe contestataire.

La formation, un pilier essentiel du syndicalisme
Un engagement qui ne sera pas dénué de risques, se souvient-il. Il souligne qu’en face, les dirigeants de l’entreprise ne restent pas les bras croisés. Mody Guiro ne se laisse pour autant guère impressionner. Son passé de « militant communiste » lui sera d’utilité, se rappelle-t-il. « J’avais déjà eu par le passé à me frotter à d’autres, ce ne sont pas ces gens-là qui allaient me faire abandonner, d’autant que je m’engageais pour une cause juste et noble », tranche-t-il.

A la lumière de ce qu’ils ont trouvé sur place, ils décident, avec d’autres collègues, de changer les responsables de l’instance syndicale. Le premier combat ne sera pas de tout repos, se souvient-il, d’autant plus que le dirigeant de la société avait quelques connaissances au plus haut sommet de l’Etat. Un homme relativement puisant donc. Chemin faisant, ils informent le Secrétaire général de la Confédération des travailleurs du Sénégal (Cnts) de l’époque, feu Madia Diop, qui avait déjà mené des combats similaires pour le renouveau syndical. « Nous avons fait le déplacement à Dakar pour rencontrer Madia Diop et lui faire part de la situation qui prévalait au sein de notre entreprise », souligne-t-il. Sur place, ils ont retenu la convocation d’une séance extraordinaire de renouvellement des bases. C’est ainsi que 1400 travailleurs ont été conviés. Tous ont chacun déboursé de leur poche 1200 F. Le renouvellement des instances intervient de fait. Il est intégré dans le bureau au poste d’adjoint et, six mois plus plus tard, il est nommé délégué. Ensuite, il sera nommé secrétaire régional de l’Union des syndicats de Thiès. A tour de rôle, il va échelonner les postes avant de devenir secrétaire au niveau national. Toutes ces étapes ont été franchies avec un encadrement basé sur une formation et une éducation syndicale sur tous les plans. Il a ainsi été à tour de rôle formé en économie politique, droit du travail, santé et sécurité. « La confédération avait à l’époque un programme d’éducation et de formation en partenariat avec des instituts établis dans d’autres pays, notamment le syndicat français. Plusieurs leaders syndicaux de la Cnts sont passés par là, afin d’être formés dans plusieurs domaines. Ceci leur permettait de maîtriser la structuration et le système de fonctionnement des relations professionnelles », se souvient-il. La formation était un pilier essentiel pour ceux qui aspiraient à défendre les intérêts des travailleurs. C’est dans ce cadre que Guiro, à l’image d’autres collègues, visite plusieurs pays. Ce qui lui permet de s’enquérir de ce qui se passait dans les pays de l’Est, notamment à Moscou et en Tekoslovaquie. Là, il découvre combien le mouvement syndical était ancré sur des règles bien établies. Cette même approche de formation va le mener jusque dans les pays asiatiques, notamment au Japon et en Chine. « Madia Diop voulait qu’en tant que jeune syndicaliste, nous sachions ce qui se faisait ailleurs », affirme-t-il. Dans ce même cadre de cursus syndical, il se rend aux USA. Il apprend à se familiariser avec les mécanismes de l’organisation internationale du travail. Il dit y avoir très tôt appris à servir dans la discipline et la rigueur. Dans cette même trajectoire, il sera membre du Conseil économique et social au Sénégal, du Cena et président de conseil d’administration.

Il se rappelle avoir été un enfant fougueux. Aujourd’hui, encore les séquelles sont restées malgré le temps qui passe. Il se définit comme « un homme véritablement nerveux ». Il essaye quand même de maîtriser cette nervosité en contrôlant ses émotions. Toutefois, souligne-t-il, cette nervosité peut être exprimée dans des circonstances particulières. « Dans les négociations antérieures, feu Madia Diop était souvent celui qui tempérait, il faisais monter la pression dès lors que l’interlocuteur refusait de se plier en faisant quelques concessions », se rappelle-t-il. Aux jeunes qui veulent un jour intégrer le mouvement syndical, il demande d’aller se former. Toutefois, reconnaît-il, à l’époque il était plus facile de bénéficier de formations. La crise économique n’en était pas aussi vivace. Il invite responsables et délégués syndicaux à davantage s’outiller. Il informe que cette approche permet d’avoir un syndicat fort et en mesure de relever les défis. Au vue des différents cursus des leaders syndicaux, il a l’impression de voir plusieurs d’entre eux bruler les étapes. Les procédures ne sont pas à la portée de tous. Elles requièrent un minimum de connaissances pour pouvoir valablement s’y imprégner. La négociation ne s’improvise pas, elle s’apprend, dit-il.

Madia, le maître
Dans sa trajectoire de syndicaliste, un homme a joué un rôle déterminant : il s’agit de Madia Diop. « Madia était un grand leader. Il a eu à vivre plusieurs expériences politique et économique qui seront déterminantes dans l’histoire du pays. Bien qu’il était politique (il était membre du Parti socialiste), Madia Diop est resté syndicaliste jusqu’à sa mort. A titre d’exemple, des travailleurs ont été plus d’une fois iniquités pour leur appartenance politique et, bien qu’il était militant du parti au pouvoir, Madia Diop a vigoureusement combattu pour eux, au nom de la liberté syndicale », témoigne-t-il sur un homme qui l’aura beaucoup marqué. Mody Guiro ne fait pas partie des syndicalistes qui pensent qu’Etat et syndicat doivent se regarder en chien de faïence.

Au contraire, « l’Etat est le régulateur des activités économiques. Le gouvernement, bien qu’étant employeur, est aussi responsable de la politique nationale », souligne-t-il. Cette situation doit amener les uns et les autres à asseoir un bon climat d’échanges qui seraient fructueux pour les uns et les autres. D’ailleurs, précise t-il, le temps que nous passons dans le secteur privé est plus important que celui passé avec le gouvernement. Il n’est pas également permis à tous les syndicats de pouvoir négocier avec l’Etat car il y a des critères d’approche et de sélection pour cela. Parmi ces critères figurent la représentativité syndicale. Il y a des éléments de mesure spécifiques qui veillent à cela, estime-t-il. Mody Guiro envisage-t-il de faire de la politique ? « Je pense qu’en tant que citoyen nous avons le droit d’avoir des opinions politiques. En ce qui me concerne, si je devrais faire de la politique, je vais d’abord me départir de ma fonction syndicale », relève-t-il.

Par Oumar BA

En l’absence de perspective d’emplois à Missirah, Mme Siga Diouf Fall s’est tournée vers le mareyage, activité qu’exercent beaucoup de femmes dans ce village de pêcheurs situé à 12 km de Toubacouta. Cette bonne dame affiche sa fierté d’avoir intégré ce métier et, aujourd’hui, elle n’est obsédée que par le poisson qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

Au lieu de s’adonner à la transformation des produits qui occupent la majorité des femmes de Missirah regroupées au sein d’une union locale, Mme Siga Diouf Fall a choisi la voie du mareyage. Sa passion pour ce métier, elle la raconte avec émotion. Selon elle, tout a commencé avec le décès de son premier époux. « Après mon veuvage, je suis restée trois années de suite à ne rien faire. J’avais trois enfants, dont deux garçons et une fille, que je devais nourrir », explique-t-elle. Cette période, elle l’a vécu difficilement. Jusqu’à ce que sa sœur qui s’active, elle aussi, dans le secteur, lui conseille de se lancer dans le mareyage. C’était en 2010. « Elle me procure une caisse et me prête un petit fonds de roulement pour me permettre de démarrer. Ensemble, nous nous rendons au ponton et elle me met en rapport avec les piroguiers auprès de qui j’ai commencé à acheter les poissons que j’acheminais ensuite vers le marché », indique-t-elle.

Ainsi, lancée dans l’activité de mareyage, Siga Diouf Fall découvre une nouvelle vie. Difficile au début, mais au fur et à mesure, elle a fini par s’adapter et l’habitude aidant, elle fait la connaissance d’acteurs travaillant dans le secteur de la pêche.

« Ce n’est pas bien facile en tant que femme de se lancer dans une telle activité qui naguère était beaucoup plus adaptée aux hommes. Cela demande beaucoup de courage, d’efforts. C’est tout un processus allant de l’achat de produits jusqu’à la vente en passant par la mise en caisse et la conservation avec de la glace qu’il faut toujours avoir à côté au risque de voir les produits pourrir ».

Pour autant, Mme Fall n’a jamais montré des signes de découragement, sa sœur étant à ses côtés pour mieux la pousser à persévérer. « Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu de m’avoir donné les forces de surmonter autant de difficultés après le décès de mon défunt mari et le soutien de ma sœur que je remercie d’avoir eu l’idée de m’encourager à me lancer dans le mareyage », souligne-t-elle.

À 35 ans, Siga Diouf Fall se dit « obsédée » par cette activité devenue, pour elle, une chance saisie pour se reconvertir et nourrir sa progéniture, même si, reconnait-elle, ça n’a pas été bien facile au début. Dans son nouveau métier, la chance lui a souri à nouveau. Elle a rencontré un homme et convolé avec lui.

« Mon actuel mari évolue aussi dans le milieu. Je l’ai rencontré pour la première fois au ponton de Missirah. C’est ce qui m’a encore davantage encouragé à m’investir dans cette activité. Je me suis alors organisée dans la commercialisation en convoyant des produits dans les marchés de Sokone et de Karang deux fois par semaine, mais aussi dans les autres marchés hebdomadaires comme Passy », explique t-elle.

Tous les soirs, jusqu’à des heures avancées de la nuit, le ponton de Missirah regorge de monde dont une majorité de femmes qui s’activent pour gagner dignement leur vie. Des destins s’y nouent et comme Siga Diouf Fall, beaucoup de femmes, bercées par la brise et l’odeur du poisson, s’y sont construit une nouvelle vie qu’elles croquent à belles dents.

M. SAGNE et S. O. FALL (photo : N. S. SAMB)

L’apparence est trompeuse, dit l’adage. Maël Thiam, premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) en est peut-être une illustration. Derrière le discours politique de l’administrateur de l’Alliance pour la République (Apr), se cache un homme au parcours atypique. Découverte !

Au fil des ans, l’homme s’est forgé une carrière et une réputation honorable dans le microcosme des affaires. D’autant qu’il a eu à entreprendre dans divers domaines. Il est donc avant tout un commercial dans l’âme. Justement, les hommes d’affaires trainent la bonne réputation d’être à cheval sur le temps. Ne dit-on pas que le temps c’est de l’argent ? Seulement, entre le monde des affaires et celui de la politique, il suffit de franchir un pas. Ce pas, Maël Thaim l’a bien franchi. Pour autant, ses rendez-vous ne sont pas minutés. Il a fallu attendre plus que le temps convenu, pour enfin lui mettre la main dessus, « retenu » qu’il était, par d’exigeants camarades de parti. Faute de frappe, habitude….allez savoir ! Courtois, mais ferme, il nous conduit doucement, après avoir pris connaissance de notre identité, vers son bureau sis à la Vdn, plus exactement au siège du parti Alliance pour la République (Apr). C’est que Maël Thiam est l’administrateur du parti au pouvoir. Il est également premier vice-président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Ce mercredi, il est habillé en boubou traditionnel aux couleurs de son parti. Pure coïncidence ?

Maël Thaim est né en 1962 à Louga. Il y passe une petite partie de son enfance. Nous sommes en 1964 lorsque sa famille déménage à Pikine, soit deux ans après sa naissance. C’est à Pikine qu’il fera tout son cursus primaire. A tour de rôle, il va habiter dans différents quartiers de la banlieue dakaroise, d’abord Thiaroye ensuite à Guinaw Rail. En classe de Cm2, le jeune Maël se présente au concours, pour intégrer le prytanée militaire. Il le réussit et y effectuera tout son parcours secondaire, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, dans cette prestigieuse école où les plus doués étaient sélectionnés, pour y recevoir un enseignement de qualité, doublé de la rigueur militaire. Cette approche en dit long. En effet, il rappelle n’être jamais sorti du lot des premiers en classe. « La raison est la chose la mieux partagée et l’intelligence n’a pas de frontières », dit-il, mettant en touche ce préjugé qui voudrait que les meilleurs soient issus ailleurs, qu’en banlieue. Au prytanée militaire déjà, il se souvient avoir très tôt développé un leadership naturel. Alors qu’il était en classe de troisième secondaire, le petit Maël se voit confier « l’honorable tâche » de coordonner les activités scolaires, d’ordre sportif ou culturel. Dans ce cadre, il était également chargé de diriger même les élèves de terminale, qui se trouvent être ses aînés.

«Au prytanée militaire, les élèves sont soumis à un régime stricte. Ce qui installe un climat de rigueur et d’organisation, où tout est minutieusement calculé. Tout le monde était tenu de se conformer au règlement et à la hiérarchie. En plus des cours classiques, les élèves suivaient une formation militaire : manipulation des armes avec le montage et le démontage, du tir, la topographie, le combat. Tout ceci était évalué dans le cadre d’examen », se rappelle-t-il. Cette approche militaire va forcement faire naître des tentations. Il se rappelle ainsi avoir, en un moment voulu, s’engager comme militaire dans l’armée de l’air. Ce vœu ne s’est malheureusement pas réalisé.

Un footballeur passionné
Maël est un homme multifacettes. Il fut un footballeur passionné du ballon rond. Cet amour l’amènera notamment à jouer aux Navétanes à Pikine. Après l’obtention de son baccalauréat en série C (S1) avec mention Bien, il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Toutefois, précise-t-il, l’Ucad n’a jamais figuré parmi ses plans d’études supérieures. D’ailleurs, se rappelle-t-il, il avait passé un concours pour aller boucler ses études en Allemagne. Concours, qu’il dit avoir réussi avec brio. Et curieusement, lorsqu’il a fallu recevoir la bourse, son nom ne figurait plus sur la liste définitive. Il va à la place « sans en avoir fait la demande gratuitement recevoir une bourse à l’Université de Dakar ». Il choisit la filière Médecine-Pharmacie. Il suivra des cours deux ans durant à l’Ucad. Ensuite, il se rend en France. Pour la petite histoire, c’est feu le Khalife général des Tidianes Serigne Mansour Sy Borom Darra-Ji qui va lui payer son billet, pour le voyage en France. Il se chargera également de son hébergement une fois sur place. Là, le jeune Maël suit des études en Sciences économiques jusqu’au troisième cycle. Après les études, il ouvre son propre cabinet. Au passage, il s’adonnera régulièrement au football, en première série. Ce qui lui permettra de gagner quelques revenus dans sa passion. Ensuite, il passe l’examen du diplôme d’entraîneur. M. Maël Thiam dispose, en effet, du diplôme de reconnaissance d’entraîneur délivré par la Fédération française de football (Fff). D’ailleurs, il sera entraîneur de l’As Durban. Il se rappelle avoir, dans ce cadre, joué contre Marseille, St Étienne, Monaco. Il sera ensuite désigné comme sélectionneur du Sporting Lyonnais dans le cadre d’un tournoi international à Orléans. Il sera, par la suite, coopter par un autre club comme entraîneur général et qui avait l’ambition de monter en division supérieure. En même temps, il avait un cabinet de consultance en finance, un restaurant et un institut de beauté. Par ailleurs, il était membre de Sos racisme, responsable de la commission Anti Le Pen. Il se rappelle que ce poste lui a valu beaucoup de débats télévisés en France. Fodé Sylla viendra plus tard. Des moments d’âpres luttes qui ont laissé des séquelles, mêmes physiques, précise-t-il.

Le retour au bercail
Dans le cabinet où il était associé avec un certain François Le Roux, ancien banquier du Crédit agricole, ensemble, ils vendront beaucoup de produits financiers tels que la loi Malraux, la loi Ponce ou la loi Menuri, se souvient-il. En 1998, il décide de revenir au Sénégal. Les autorités de l’époque lui demandent alors de réfléchir sur la reconversion des anciens militaires. Il va, dans ce cadre, rédiger un programme qui était ancré dans une nouvelle association, à l’effet d’intégrer les jeunes qui ont fait deux ans dans l’armée, avant de se retrouver dans le civil. Le programme va d’ailleurs être muté en société.

En 2000, Me Abdoulaye Wade est élu président de la République du Sénégal. Ce dernier lui demande, dit-il, en présence de Sidy Kounta et d’Idrissa Seck, de « l’aider à démanteler le Parti socialiste qui venait tout juste de perdre le pouvoir ». Il refuse la mission consistant à ruiner le Ps, parce que, dit-il, il n’a jamais été membre de ce parti, donc n’ayant pas suffisamment d’arguments pour le détruire. En plus de cette mission, d’autres lui seront confiées, parmi celle-ci « travailler sur l’image du président de la République nouvellement élu ». La rupture est intervenue lorsque, dit-il, Me Abdoulaye Wade, une fois au pouvoir, lui demanda d’adhérer complètement au Pds. Ce qu’il refusa.

Alors, il ira au Burkina pour y développer ses activités professionnelles. Sur place, il trouve un pays essentiellement tourné vers la culture bureaucratique. « A l’époque, il n’y avait pas 2.000 entreprises au Burkina. Il fallait mettre en place une stratégie pour booster l’entreprenariat », souligne-t-il. Il mettra au point un institut de formation professionnelle en entreprenariat au Burkina. Titillé très tôt par « la volonté d’être différent », il va très vite taper dans l’œil de ses camardes de parti. « Maël est un sanguin qui peut suffoquer de colères quand on le pousse à bout. Mais, c’est aussi un affectif qui sait communiquer avec tout un chacun. Il a cette capacité d’écoute qui lui a permis de conquérir la sympathie d’une multitude de personnes. C’est un cadet qui sait se comporter en grand frère, quand il s’agit de prodiguer des conseils et autres », témoigne un de ses camardes de parti qui préfère garder l’anonymat. C’est en décembre 2008, sur demande de l’homme d’affaires Harouna Dia, qu’il décide de venir soutenir le candidat Macky Sall. Ce compagnonnage les mènera jusqu’à la conquête du pouvoir. Aujourd’hui encore, c’est lui l’administrateur de l’Apr.

Par Oumar BA

Il se définit comme la « bouche de l’Afrique ». Une bouche qui, à l’aide de ses deux mains, est au service de la tradition orale écrite. Ecrivain, conteur et poète, cet homme de lettes compte à son nom plusieurs pièces de théâtre. Entre l’oralité et l’écriture, ce traditionniste se complaint dans le fonctionnement technique des traditions bien qu’il porte la langue française, une de ses passions.

Le soleil qui s’est retiré du côté de la Corniche Ouest laissant la place à un clair-obscur aux lueurs crépusculaires rosâtres. Au même moment, l’écrivain s’est isolé au centre culturel Blaise Senghor, l’univers de production et de conception de ses textes. Structure d’animation et de production culturelle, quand il y est, il oublie le temps, les lourdeurs de ses responsabilités mais aussi ses angoisses et détresses, a-t-il fait savoir. Cette vitrine culturelle est également le lieu de ses rendez-vous. Secrétaire général de l’Association des conteurs du Sénégal dont le siège y est logé, il y organise ses spectacles. D’ailleurs, dans quinze jours, l’enfant de Cocci sera encore sur scène pour quelques prestations.

Seul devant une table, dans une confusion de bruits émanant des baffles, des « Jimbés » sur lesquels tapent des mains d’individus aux doigts agiles avec des regards jetés dans le vide, on le distingue parmi une pléthore d’individus par son écharpe dont il ne se sépare presque pas. Au-delà d’une bande d’étoffe mystique qui n’est point un accessoire qu’est-ce qui se cache derrière ? De l’art et de l’esthétique, selon l’homme de lettres qui en fait également une signature. Fonctionnelle dans ses prestations, chacune parmi elles le lie à quelqu’un ou à un évènement. « Je les conçois selon une dimension et une taille. Elles ont un rapport avec chacune de mes journées et des évènements », renseigne-t-il sur sa bande d’étoffe tricotée puis portée autour de son cou. « A l’occasion de la Francophonie par exemple, j’étais habillé en noir et blanc. Une écharpe blanche sur un habit noir sur lequel du fil blanc. Une représentation du continent qui porte le monde dans sa blancheur. Un contraste qui me permettait d’avoir une bonne introduction », illustre l’écrivain.

Aujourd’hui, moins lourde et en couleur blanche, elle tombe sur le dos vers la gauche et non pas sur la poitrine. Une manière de souhaiter le paradis à un parent décédé.
A travers sa silhouette moyenne, il porte la beauté des costumes traditionnels africains. Une manière d’être utile à son pays en faisant la promotion du consommé local. Un choix vestimentaire qui ne relève guère du hasard. Affecté par le discours d’un blanc qui, dans un boubou, disait être déguisé, il avait considéré l’être à chaque fois qu’il s’était mis dans un costume. Et ce fut un divorce entre lui et ses tenues modernes. « Mais, ce qui m’a poussé vraiment à cesser de mette des costumes relève d’une mésaventure que j’ai eu à l’aéroport de Paris. Au sein de ce dernier, on nous avait demandé d’enlever nos ceintures. En effet, je me suis senti nu car, dans ma culture, on n’enlève pas son « Guénio », conte le Niambour-Niambour. Plus jamais une ceinture à l’Occidentale. Et la manière d’y parvenir était de porter ses tenues bien faites par l’artisanat local.

Entre l’oralité et l’écriture
Né dans le Niambour à la lisière du Cadior et le Baol avec un long séjour dans le Saloum, il manie bien la langue de Kocc. Auprès d’une grand-mère manding qui la parlait à merveille, il a aussi baigné dans une euphorie linguiste où il avait de grands griots à l’instar de Moury Mbaye, El Hadji Mor Mbaye, le géant. En effet, l’enfant de Cocci, un village dans la région de Louga, une ville aux portes du Sahel, enclavée entre la région historique du Djolof à l’Est, le Walo au Nord, le Cayor au sud, avait très tôt le verbe facile. Zone de contact et un point de rencontre de groupes ethniques, il s’est enrichi de ce patrimoine culturel. Il y respire une plénitude qu’aucune notoriété ne peut donner. La récompense de plusieurs décennies de recherches par lesquelles il s’est laissé absorber par les contes, mythes et épopées, des genres dont il se sent serviteur.

Autodidacte dans l’écriture wolof, ce descendant de « sacs à paroles », notamment de Leyti Guissé, historiographe et de Samba Coumba Kalado, l’auteur de l’hymne de Niani, est un vrai défenseur de cette langue locale qui fédère.

Traditionniste comme il se dénomme, il a toujours essayé de comprendre le fonctionnement technique des traditions, leurs valeurs sociologiques et anthropologiques. Ayant fait son doctorat en littérature orale, toutes ses recherches sont axées sur le patrimoine, en particulier sur la tradition orale. Une manière pour ce spécialiste de la sémiotique des danses africaines de partager l’Afrique. En effet, il s’était réinscrit à l’Ucad pour faire son Diplôme d’études approfondies (DEA) en Littérature africaine écrite, un mémoire en littérature comparé et une thèse en littérature orale.

En contact avec le français très tôt par le biais de la lecture, cet homme de lettres qui s’est autoproclamé la bouche de l’Afrique, compte à son nom plusieurs ouvrages d’expression française. Enseignant la littérature française, une de ses passions, il a longtemps porté la langue de Molière.

Rédempteur du conte
Auteur de « Contes et légendes », une émission qui conte l’Afrique et animée depuis dix-sept ans sur la Radio Sénégal internationale, devenue un lieu de rendez-vous avec les adeptes grâce à lui. Le conte survit bien que dans des supports modernes. « En tant qu’art social, le conte a perdu du terrain mais, en tant qu’art artistique ou spectacle, il se porte très bien », s’est-il satisfait. En effet, des contes des cases, il a laissé aux enfants ceux d’une ère nouvelle qui parlent d’ordinateurs, d’internet, ses atouts et ses méfaits entre autres phénomènes de la modernité. De cet esprit est né le « talisman brisé » comme conte radiophonique sur une commande de Radio France internationale, « l’or du sage »… Cependant, que cherche cet écrivain dans ce genre littéraire ancestral ? L’humanité, dit-il. Dans une société dématérialisée où les rapports entre les uns et les autres deviennent matériels avec la fragmentation des liens qui sont plus sur Facebook ou autres supports électroniques, il y met le caractère humain de nos sociétés et y sanctionne des attitudes négatives.

Dramaturge, il est à l’origine des pièces de théâtre comme « les Néons d’ébènes » traitant les incendies de marché publié à Athéna édition et « Sénégalités : paroles africaines » qui aborde la question des mariages entre personnes d’âge différent, le sida et le mariage, la virginité, la question de l’homosexualité dans le cercle des femmes. Selon l’ancien directeur de la compagnie du théâtre Daniel Sorano, un autre intitulé « Sacrée jumelle » est en cours de conception. Un coup de projecteur sur l’Albinisme qui sera bientôt édité.

Au pilier de la culture
D’un père infirmier chef de poste et en même temps comédien qui était au centre des activités culturelles à Thiamène où il était affecté, il avait hérité de la fibre de cet homme de culture. Ainsi, il a baigné dans l’Univers des « Simbs » (carnaval de faux lions) et du « Taxuran ». Président du bureau fédéral des foyers ruraux Cocci, Sakal, Ngéoul Darou Mousti, à dix-huit ans, il a été à la tête des mouvements associatives. Entraîneur pendant dix ans de l’équipe de foot de Cocci, à Louga Montagne, un quartier omnisport, lieu de concentration des meilleurs basketteurs, handballeurs et footballeurs de la ville, il s’imprégna lui-même de tous ces sports. Une pension qui, aujourd’hui, se résume à aller à la plage et regarder les gens jouer au football. Grand admiratif des grands records de Federer, de la constance de Nadal mais de l’humanisme des sœurs Williams, il prône un sport plus humain.

Marame Coumba SECK

La vie est parfois simple. Sidi Diop, un homme d’approche ordinaire, a pourtant participé à la restauration d’un grand édifice historique : le cimetière des tirailleurs situé à Thiaroye. Découverte d’un héros qui cultive la discrétion.

Des rangées de 202 sépultures anonymes sont séparées par une allée en terre-plein dans ce cimetière militaire de Thiaroye, situé dans la banlieue de Dakar, où sont inhumés les tirailleurs sénégalais tués dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, selon une version officielle. Le corps des tirailleurs, formé de soldats de colonies françaises d’Afrique, comprenait notamment des Sénégalais, des Soudanais (actuels Maliens), des Voltaïques (aujourd’hui Burkinabè), des Ivoiriens. Ceux qui déménagent souvent trimbalent des cartons qu’ils finissent par ne plus ouvrir. Leur passé est là, à portée de main, pas vraiment encombrant. Ils ont fini par s’y faire. Leur souci est ailleurs. Leur propre personne n’est même pas au centre de leur préoccupation. Il est difficile de croire qu’une telle catégorie de personnes existe encore. Et pourtant, il suffit de faire un tour au cimetière de Thiaroye et d’écouter le récit de Sidi Diop pour se rendre compte que cette trempe d’individu existe bel et bien.

Sidi mettrait bien au placard la saga familiale. Ce qui l’intéresse, c’est de mettre en avant l’histoire du Sénégal, de la valoriser, de la restituer. De son enfance, à Pikine, à l’adolescence, ce fils d’un cultivateur et d’une femme au foyer né en 1952 se retrouve gardien et conservateur d’un cimetière rempli d’histoires. De quoi Sidi Diop est-il le nom ? En apparence, il est simplement habillé, mais affiche aussi une élégance discrète. Ce qui impose d’emblée un ton posé, réfléchi. Il ne manie point la langue de Molière. C’est dans un wolof brut qu’il parle avec des mots précieusement choisis.

La « méconnaissance de l’Afrique, souvent résumée à des clichés », n’a évidemment pas échappé à ce gardien de cimetière, plus engagé qu’il ne veut le dire, d’aller au-delà du commun des habitants de cette bourgade tranquille qu’est Thiaroye. Son grand-père a surement combattu avec les forces françaises aux côtés des tirailleurs, dit-il. A l’image de la plupart des Africains du reste. « Il y a 70 ans, l’armée française faisait feu, près de Dakar, sur des tirailleurs sénégalais réclamant leurs soldes », raconte t-il. Au petit matin du 1er décembre 1944, dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, l’armée française réprime dans le sang le mouvement de protestation de tirailleurs sénégalais (un terme qui désigne des soldats originaires de plusieurs régions de l’Afrique occidentale française). Alors que ces hommes réclament le paiement de leurs soldes, correspondant à leurs années de captivité par les Allemands en France, durant la Seconde Guerre mondiale, leurs frères d’armes ouvrent le feu, faisant plusieurs morts.

« Des tirailleurs sénégalais ont été prisonniers de guerre pendant quatre ans en France à partir de 1940. Après la libération, l’armée les fait rentrer à Dakar en 1944. Ils doivent alors toucher leur solde, le salaire pour les militaires. Ils arrivent en novembre et avant de retourner dans leur pays d’origine, ils sont regroupés à Thiaroye, un camp militaire qui existait depuis la Première Guerre mondiale. Ils sont en voie de démobilisation, mais il semble que l’armée n’a pas l’intention de payer les restants. Il y a un mouvement de protestation de la part des tirailleurs qui refusent de repartir chez eux. Ces hommes seront alors collectivement fusillés. Leurs corps seront enfouis dans des fosses communes situées quelque part à Thiaroye », raconte-t-il. De bouche-à-oreille, de génération en génération, l’histoire a été contée. Toutefois, il ne restait pas grand chose de la mémoire de ces braves militaires.

Un engagement volontariste
Devant cette incertitude, un homme méconnu du grand public a pourtant joué un rôle déterminant. Sidi Diop dit avoir été animé par une « inspiration divine ». A l’époque, se souvient-il, l’endroit était une décharge non occupée et où les populations venaient déverser des ordures. Il décide alors d’agir. Il prend volontairement les devants. Sidi parvient à convaincre quatre de ses amis. Ensemble, ils viennent quotidiennement balayer l’endroit, l’entourent de grilles et font appliquer une défense. Désormais, les populations sont strictement interdites de jeter des ordures sur ces lieux « remplis d’histoires ». Le matin, Sidi est au travail, l’après-midi, il veille à l’endroit. Des années durant, il va mener cette activité, dans un élan purement volontariste et désintéressé.

C’est à travers une circonstance les plus hasardeuses qu’un homme vient vers lui. « Il avait bonne mine et dégageait une allure réconfortante », se souvient Sidi. L’homme s’approche, salue et se met à poser des questions. « Il m’a d’abord signifié que l’endroit était une propriété militaire », se rappelle Sidi. Il explique à son interlocuteur venu de nulle part qu’il était simplement mû par le désir de restaurer cet endroit historique qui, à défaut de soins, risque de sombrer dans l’oubli. Séduit par cette initiative, l’homme qui, en réalité, est un commandant de l’armée, le convoque le lendemain. Comme convenu, il se retrouve dans un bureau au camp militaire de Thiaroye avec des hauts gradés. « Les militaires ont unanimement salué l’initiative et ont pris séance tenante une décision. J’ai été nommé gardien officiel des cimetières de Thiaroye », se rappelle-t-il. Cette nomination va davantage accroitre la détermination du volontaire. Désormais, c’est toute la journée durant qu’il reste sur les lieux. Quid de ses dépenses quotidiennes ? L’homme préfère s’en remettre à Dieu en comptant souvent sur des bienfaiteurs touchés par son acte.

Les autorités, mises au courant, se rapprochent. Parmi les hommes qui ont joué un rôle déterminant pour que cet endroit rempli d’histoires et de symboles à plus d’un titre ne soit oublié, figure en bonne place Me Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal. En effet, selon les témoignages de Sidi Diop, Me Wade avait plusieurs fois dépêché son chef de protocole, afin qu’il vienne s’enquérir auprès du gardien ce qu’il fallait faire. Après information, le ministre de la Défense de l’époque, Abdoulaye Baldé, est également venu sur les lieux. Avec l’intérêt des autorités, l’endroit est totalement réfectionné. Des murs sont construits, les tombes restaurées, des fleurs plantées et un musée historique mis à la disposition des visiteurs. Me Abdoulaye Wade viendra plusieurs fois sur les lieux. Récemment en visite au Sénégal, François Hollande, président de la République françaises, a remis à Macky Sall une copie des archives françaises sur Thiaroye, un geste salué par le président sénégalais au nom du devoir de mémoire. « Nous sommes ici sans ressentiments, pour reconnaître et rappeler notre histoire commune, afin que vive la mémoire des tirailleurs et qu’elle soit préservée de l’oubli », avait dit Macky Sall. Soixante-dix ans après la fusillade de Thiaroye, François Hollande a fait le déplacement pour exprimer la dette de la France : « Je voulais réparer une injustice parce que les évènements qui ont eu lieu ici sont tout simplement épouvantables, insupportables. Et la France se grandit chaque fois qu’elle est capable de porter un regard lucide sur son passé », disait-il.

« Ce jour-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mon émotion m’a fait verser de chaudes larmes. Il me revenait alors à l’esprit tout le parcours effectué pour que cet endroit soit enfin reconnu », souligne Sidi Diop. A lui seul, il a contribué à la restauration d’un pan historique de tout un continent, réalisant ainsi le rêve de plusieurs générations, celui de pouvoir se remémorer sur cet endroit rempli d’histoires. A notre tour, nous lui demandons quel est son plus grand vœu. Sans rechigner, Sidi affirme vouloir rencontrer la Première dame du Sénégal !

Par Oumar BA


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