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Par Exemple (56)


Décidément, un Modou Lô peut en cacher un autre. Si le chouchou des Parcelles assainies s’est fait un nom grâce à ses kilos de muscles à force de s’empoigner et de cogner dans l’arène, l’autre Modou Lô, lui, est champion dans un tout autre domaine : la culture du riz. Dans tout le Walo, ses performances agricoles et rizicoles retentissement à l’image des victoires du gladiateur de l’arène nationale.

En fond sonore, le ronronnement d’une pompe irrigant les périmètres rizicoles se fait entendre. Des hommes aux muscles saillants s’affairent autour de la pompe. Ils sont chargés de l’irrigation d’un immense champ étendu sur plus de 100 hectares. Une propriété qu’exploite Modou Lo. Né en 1952 à Gaya, le village d’Elhadji Malick Sy, localité située à la sortie de Dagana, il a quitté son patelin à l’âge de 22 ans, après le décès de son père. Modou Lo a fait le tour du Sénégal, muni d’une détermination indéfectible, travaillant à la sueur de son front. « Je venais souvent à Ross Béthio, mais c’est en 1989 que je m’y suis installé de manière permanente. A l’époque, j’étais établi à Nder près du Lac de Guiers, où je faisais de la pêche et de l’agriculture », souligne-t-il, sur un brin nostalgique.

Modou a longtemps cherché sa voie, ce qui l’a amené à être un « touche à tout ». Il a été tour à tour transporteur, pêcheur pendant presque 35 ans dans le lac de Guiers, et commerçant. C’est en 1989 qu’il se lance dans la riziculture. A l’époque, il faisait également office de prestataire de service, car louant du matériel agricole (tracteurs, moissonneuses-batteuses, niveleuses etc.). Tous les domaines de l’agriculture l’intéressent. « Puisque nous n’avons pas des diplômes nous permettant d’avoir un travail salarié bien rémunéré, nous n’avons que la force de nos bras pour tirer notre épingle du jeu et se faire une place dans la société. C’est pourquoi nous faisons tous les boulots », se justifie-t-il. S’il est bien connu dans les autres domaines, aujourd’hui, c’est grâce à la culture du riz que Modo Lô s’est fait un nom. Considéré comme un bienfaiteur ici, notamment par les femmes qui ne manquent jamais l’occasion de lui rendre hommage, pour tout ce qu’il fait. « Peut-être qu’aujourd’hui, Dieu a fait que j’ai plus de chances qu’elles et de moyens, donc il est tout a fait normal que je leur apporte mon aide, je cherche la félicité », sert-il comme toute réponse, face à la reconnaissance des femmes.

De 7 à 300 ha
Les choses ont bien évolué depuis 1989. A l’époque, il avait commencé avec un champ de 7 ha. Il procède alors à la mise en valeur de l’exploitation, avec ses économies. Modou avait hérité le champ de son oncle qui était atteint par le poids de l’âge. « Chaque année, j’étends le périmètre jusqu’au jour où le Cnca a accepté de me financer, je suis resté longtemps sans avoir de financement parce que cette banque n’avait pas trop confiance aux Gie qui ne remboursaient pas toujours les prêts qu’on leur accordait », se souvient-il. Heureusement pour lui, en venant au Cnca, il disposait d’une garantie et a pu bénéficier d’un prêt de 4 millions pour démarrer. Depuis, chaque année, la confiance entre lui et cet établissement bancaire s’agrandit. Modou Lo exploite actuellement 300 ha. La Cnca lui a financé l’exploitation des 200 ha, les 100 ha sont financés par ses propres moyens. En contre-saison, les rendements sont plus importants, on note, au minimum, entre 7 et 8 tonnes ou 9 à l’hectare, en hivernage, ça retombe jusqu’à 5 à 6, c’est selon, souligne-t-il.

Qui pouvait alors imaginer que la riziculture se développerait à ce point et qu’il y aura cet engouement, qu’on lui connaît aujourd’hui. Modou est resté constant. Il a toujours cru au travail. « J’ai toujours cru que l’homme ne s’accomplit que par et dans le travail et quel que soit le métier, on aura toujours ce que Dieu nous a réservé », souligne-t-il.

Certes tout le monde ne connaît pas le même succès que Modou, mais l’agriculture est en train de nourrir certains de ses hommes. « Dire qu’on est agriculteur est devenu une fierté », avoue-t-il. En plus de nourrir son homme, la riziculture a des effets économiques qui se font également sentir chez de nombreux travailleurs. Des emplois, Modou Lo en a créés des dizaines. «Nous faisons appel au service de presque 30 personnes, des emplois permanents. Ces jeunes habitent dans les périmètres rizicoles : ils nettoient, font les semis. Durant la récolte, on prend quelques saisonniers pour les renforcer », informe-t-il.

Ses enfants et ses neveux sont tous dans l’agriculture, son fils aîné notamment. Au fort moment de l’émigration clandestine, l’idée leur avait effleuré la tête d’embarquer dans des pirogues, mais ils ont renoncé. « En voyant aujourd’hui que ceux qui étaient partis n’avaient pas plus réussi qu’eux, ils n’ont pas regretté leur choix de rester au Sénégal et d’exploiter la terre et d’en tirer une richesse. Ils croient tous en l’agriculture. Je les encadre, les accompagne et chacun a son périmètre rizicole », se targue-t-il. Ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années ? Aux hommes voués à la réussite, peu importe le parcours… «Je n’ai jamais fait les bancs », relève fièrement Modou Lo comme pour confirmer l’adage.

De nos envoyés spéciaux El Hadj Ibrahima THIAM, Oumar BA (textes)

Journaliste-critique d’art, documentariste, scénariste, de son vrai nom Ababacar Diop fait partie des rares journalistes spécialisés en culture notamment en ethnomusicologie. Au beau milieu de Bordeaux, ce pensionné du l’art, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Warango », découvre le cinéma africain. De là est née sa passion pour l’art, en particulier le cinéma.

Baba et son chapeau, c’est comme l’homme et son ombre. Il s’en sépare rarement. D’ailleurs, en le confondant à un des collègues de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (Issic). Tout sourire, ce dernier répond dans un style taquin : «  Je ne suis pas Baba mais si vous voyez un homme avec son chapeau sachez bien que c’est le signal de son arrivée ».

Du couloir sombre des locaux qui abrite cet institut, une silhouette moyenne, le chapeau rabattu sur le visage, s’apprête à s’y engouffrer. Quand on parle de Baba, on voit son chapeau. Mais, quand on parle de ce journaliste, on pense également à la critique d’art.

Un des pionniers de la crique d’art après Ali Kheury Ndao et ponctuellement Bara Diouf, sa vocation de toujours est d’évaluer des films. Avec sa sensibilité d’ethnographe, il en dégage des sens mêmes cachés. Président sortant de la Fédération africaine de la critique littéraire (Facc), il a toujours milité pour le renforcement de la critique cinématographique sur le continent africain qu’il considère balbutiante ou inexistante dans certains pays.

Dans son bureau exigu, on a une revue de l’art sénégalais, surtout du cinéma. Que de documents sur l’actualité culturelle. Baba, un homme, deux passions : le journalisme et le cinéma.

Par un concours de circonstances, il rencontre le cinéma africain à Bordeaux où il était parti pour des études de droit. Travaillant dans les années 70 sur son mémoire de maîtrise « Cinéma et la société », il s’est imprégné du septième art. Au festival du cinéma africain qui se déroulait près de la banlieue bordelaise, il découvre les figures emblématiques du cinéma africain à l’instar de Sembène Ousmane. Dans cette industrie du cinéma, est né un journaliste-critique d’art. Le premier festival mondial du cinéma sur l’île de Madère en 1983, avec les réalisateurs de la planète chez lui. Dans un contexte où le journalisme politique dominait dans le paysage médiatique, il a choisi la presse culturelle et en fait son domaine de prédilection. Il accentue ainsi ses travaux universitaires sur la culture.

« L’art nous permet de voir le beau là où les gens y voient de laid »
Audacieux ou indécent ? Non, il voit le beau là où les gens y voient de laid. « Une femme nue ne me gène pas car je n’y vois pas l’élément sexuel mais une esthétique », atteste ce scénariste qui est à la base de plusieurs films : « Maël » d’Amadou Thior, « Picc mi » de Mansour Sora Wade, etc. Loin du sensationnel, il pousse des réflexions sur ce que représente ce corps féminin par rapport à ceux des hommes qui croient le dominer alors qu’ils ne dominent que son enveloppe. « Warango », un hebdomadaire dont il était le rédacteur en chef, s’est inscrit sous cet angle.

Jadis, contemplateur du corps féminin, aujourd’hui, il s’intéresse aux rapports entre la ville et ceux qui l’habitent. Autrement, comment les cinéastes perçoivent la ville. Un projet qui l’amène à accentuer ses recherches sur la sociologie linguistique du bâtiment. Spécialisé en ethnomusicologie, il a animé sur les ondes de la Sud Fm des émissions comme « Café des arts », « Le temps de vivre », la chronique « Le ramadan de Tons ».

Pour la presse écrite, il a fait presque tous les journaux. De son stage au « Soleil » à ses expériences de journaliste à « Afrique nouvelle », « Africa », « Souka magazine », « 52 l’hebdo »,  quotidien « Sud », en passant par la rédaction du journal de la Biennale de Dakar, il signe des critiques sur « Senciné », un magazine qui sort tous les trois mois.

Ce journaliste au sourire facile est également un documentariste. Il dispense des cours en Histoire du cinéma et documentaire à l’Université Gaston Berger (UGB). Son autre talent caché, c’est son sens de l’humour et de la caricature.

Marame Coumba Seck

S’il est vrai que le travail permet à l’homme de s’enrichir, il lui permet également de tenir tête au temps. A 56 ans, Mansour Mbaye Madiaga paraît encore jeune. Il reste toujours le bel homme au teint noir qui faisait rêver les dames dans les pièces théâtrales. Ce qui a changé, c’est les rôles qu’il incarnait. « Soro », bon père, bon mari élégant et éloquent devient subitement un père « Zora », cynique et autoritaire. En tournage, il soutient que ses deux prochaines séries en cours resteront dans la logique de départ.

Se levant automatiquement de la chaise où il était assis, il sort de la salle les larmes aux yeux.Quel contraste entre ce qu’il est et ce qu’il incarne. « Père Zora », un homme cynique, audacieux et menaçant, capable de tout pour arriver à tout dans « wiri wiri ». Ces traits de caractère transposés dans la réalité donnent un homme sensible qui aborde quelques événements de sa vie avec beaucoup d’émotion. Ce qui en reste est peut-être la fougue dans son parler. « Les rôles que je joue, je les emprunte pour la plupart à mon vécu, dans le passé comme dans le présent », avoue cet artiste qui a fait une grande partie de sa carrière à « Daray Kocc ». Mais comme le disait le poète libanais Khalil Gibrane, nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit. Aube ensoleillé pour Madiaga qui se dévoile au beau milieu de ces rabatteurs et de vigiles plus vigilants de la Société de gestion des abattoirs du Sénégal (Sogas) à cette période où les rumeurs sur la vente de la viande d’âne sur le marché grossissent comme un ânon qui est en âge de croissance. Voué à dépister le mal de cœur des téléspectateurs qui ont peut-être les mêmes penchants que lui par le rire où il les ravitaille également en viande.

Connu plus sous sa veste d’artiste comédien, son principale activité est la boucherie. Dans sa tenue de travail, Mansour Mbaye Madiaga dit Soro aborde son parcours avec beaucoup de fierté. Tambour major, puis rabatteur, il s’est converti en artiste et finit par trouver une place auprès du scénariste sénégalais Cheikh Tidiane Diop à qui il doit son succès

« Tout ce que j’ai, je le dois au théâtre »
A-t-on l’habitude de dire que le tambour peut raconter l’histoire des hommes de génération à génération, en l’absence de tout support d’écritures. S’il en est ainsi, il est aussi capable de changer le cours d’un destin. « J’ai été un bon tambour major jusqu’au jour où Cheikh Tidiane Diop m’a remarqué et a décidé de me mettre à la tête du ballet », rappelle cet éminent artiste qui apparaît pour la première fois dans la pièce théâtrale « Sama allumette » de la troupe « Daraay Cocc ». La première leçon qu’il a apprise dans cette école est le culte du travail.

« Cheikh posait une condition pour rester dans sa formation : un boulot d’abord. En effet, je suis venu faire le rabattage devant les portes de cette société », renseigne ce chevillard qui est aujourd’hui actionnaire dans cette structure d’autorégulation.

Autre chose que son métier d’artiste lui a apporté dans sa vie, la marche de ses activités de boucher. « Les clients, en me voyant, venaient toujours acheter auprès de moi », s’en glorifie-t-il. D’ailleurs, c’est grâce à cet art qu’il a pu également accéder à la Sogas et en devenir un des actionnaires. « Les enfants du directeur de la Sogas à l’époque m’avaient reconnu en tant qu’artiste. En effet, il avait demandé à leur père me de donner une autorisation pour pouvoir y travailler. C’était dans les années 1980. Ainsi, le directeur m’avait appelé avant de me demander de lui apporter mes pièces d’identité », témoigne cet artiste.

Acteur principal de la pièce « une Sénégalaise à Paris », une série qui parle des conditions difficiles des femmes en dehors de leur pays puis dans « Minetou » traitant la question des castes, il commence à se faire une place dans le cœur des Sénégalais qui, tous les mardis, se retrouvaient devant le petit écran. Après le décès du fondateur de Daraay Kocc, il décide de former la troupe « Diam » de Pikine, son lieu d’habitation. De cette formation sont nées « Borom Keur » et « Kou diay sa ker yendou ci naathie bi », des pièces qui s’inscrivent sur la même logique des thématiques abordées par son maître : corriger les mœurs par le rire.

Par Marame Coumba Seck

Last modified on lundi, 30 mai 2016 17:01

Président de l’Alliance pour le développement et l’amélioration des races (Adam), qui regroupe près d’un millier de membres et sympathisants, Abou Kâne a une vision globale et une ambition pour l’élevage : exporter le Ladoum hors de nos frontières.

Une scène détonante. C’était lors du dernier Salon de l’agriculture tenu à Paris Expo Porte de Versailles, en France, du 25 février au 5 mars derniers. Alors que nombre de visiteurs sont occupés à contempler les 360 races animales, les vaches charolaises ou montbéliardes, les moutons, chèvres et autres volailles de l’Hexagone, une affiche suscite la curiosité.

Fièrement fixé dans le stand du ministère de l’Elevage et des Productions animales, le poster de « Boy sérère » accroche les regards. La foule se presse autour de la photo pour scruter, examiner et comparer ce mouton aux mensurations impressionnantes. Emerveillement non dissimulé. Roulement de questions sur cette race de mouton qui n’envie rien aux races à viande de la France. « Le Ladoum est d’autant plus extraordinaire que les Français ou Européens n’auraient jamais accepté qu’une race africaine puisse atteindre ces performances  zootechniques et génétiques. Ici, il n’y a pas de moutons d’une telle envergure », confiait alors Abou Kâne, le propriétaire du bélier.

« Boy sérère » est un super bélier de race « ladoum » qui a été le champion du concours « Khar bi » en 2012. Ses étonnantes mensurations (une hauteur de 110 cm au garrot et une longueur de 153 cm) et ses capacités de reproducteur ont bouleversé l’élevage ovin au Sénégal. Il a été, pendant de longues années, la vitrine du travail d’amélioration de la race ovine réalisée par El Hadj Omar Kâne dit Abou.  Gestionnaire comptable de formation, opérateur économique et éleveur, Abou est, aujourd’hui, une référence dans le milieu de l’élevage. A Sicap Mbao, dans la bergerie Galoya qu’il a créée en 1999, les visiteurs ne se lassent jamais de contempler ses bêtes à la stature imposante. Ici, le slogan de la bergerie « Belle bête » n’est pas usurpée. Ses jeunes employés ont des journées bien remplies : tamisage du sol pour enlever les excréments des bêtes, alimentation, lavage… Des journées de dur labeur qui donnent des résultats appréciables. « J’ai atteint mes premiers objectifs en créant une souche et en améliorant ce que j’avais en 1999 pour disposer, aujourd’hui, de ma propre lignée qui est fortement prisée et donne, aujourd’hui, les meilleurs résultats », se félicite Abou Kâne.

L’histoire de cet éleveur de moutons avec ces bêtes prisées démarre très tôt dans le cercle familial. En bons Halpulaars, ses parents ont toujours élevé des moutons dans la maison.

Mais c’est en 1997 qu’il se lance dans l’aventure de l’élevage avec une brebis métisse « touabir » et « bali-bali » offerte par sa mère. Il achète sa première brebis « ladoum » la même année et acquiert une trentaine de sujets métis qu’il garde dans son champ de Keur Ndiaye Lô. Le sort s’acharne alors sur son projet, car ses moutons lui sont volés. La passion est pourtant plus forte que la résignation. Il repart du bon pied en 1999 avec un couple offert par son frère et une brebis encore mise à sa disposition par sa mère. C’est l’année où il aménage à Mbao pour sécuriser son projet. C’est le début de l’aventure de la bergerie Galoya.

Dès le début, Abou Kâne opte pour l’amélioration de nos races locales. « J’ai une approche scientifique de l’élevage », confie-t-il. Le premier jalon est un travail de documentation pour faire des croisements génétiques. « Car », reconnait-il, « le Ladoum, au début, est du Touabir amélioré ». Il opte alors pour le métissage, malgré les critiques  des « puristes » qui lui reprochent de « souiller » le Ladoum. Il se bouche les oreilles et introduit des « Bali-Bali », de grosses bêtes au potentiel génétique très appréciable. Un travail de longue haleine qui finit par donner des résultats reconnus par l’ensemble de la communauté des éleveurs de Ladoum. « La lignée de mes moutons actuels englobe, aujourd’hui, une bonne partie des champions au Sénégal. Ils sont pourtant d’origine bali-bali », se réjouit-il. Comme pour confirmer ses dires, l’essentiel des champions primés lors de la neuvième édition du Salon international de l’élevage (Saladam), tenu au Cices, en janvier dernier, sont issus de sa bergerie. « Je me suis beaucoup investi dans l’élevage, au point de négliger parfois ma famille. Je peux donc vous dire que ces résultats sont le fruit d’un travail difficile », assure le propriétaire de la bergerie Galoya.

Président de l’Alliance pour le développement et l’amélioration des races (Adam), qui regroupe près d’un millier de membres et sympathisants, Abou Kâne a une vision globale de l’élevage. Il sait que le problème de ce secteur, au Sénégal, est que nos races locales ont des mensurations modestes et ne produisent pas beaucoup de viande. D’où la nécessité de les croiser avec les « Ladoum » pour améliorer leurs performances. C’est son combat à la tête de son association qui est parvenue à convaincre les autorités d’acheter des géniteurs pour les mettre à la disposition des éleveurs aux quatre coins du Sénégal. Avec l’Adam, l’organisation des foires régulières et des concours, grâce au soutien des autorités étatiques, alliées à une forte médiatisation de l’élevage « ladoum », un grand engouement est suscité pour cette race de mouton. Quelques spécimens s’échangent, aujourd’hui, à coups de dizaines de millions de nos francs. « Le mouton ladoum n’est pas comme les autres. Ce n’est pas une question de viande mais de semence. Nos moutons sont des améliorateurs génétiques. C’est ce qui explique le renchérissement des prix des grands reproducteurs », explique M. Kâne. Il tient cependant à tempérer : « Les Ladoum qui sont chers à ce niveau ne représentent qu’1 %. La mévente est d’ailleurs le principal danger qui guette le Ladoum ».

Il reste, aujourd’hui, à exporter le « Ladoum ». Déjà Maliens et Mauritaniens viennent en acheter au Sénégal pour améliorer leur cheptel. Abou Kâne souhaite pourtant aller plus loin dans ce domaine. Il espère profiter de la vitrine du Salon de l’agriculture à Paris pour exposer et vendre le label sénégalais du « ladoum ». « Nous espérons pouvoir y participer l’année prochaine par la grâce de Dieu ».

En attendant, Abou n’est pas peu fier de ses sujets. Sa bergerie est, à elle seule, un salon de l’élevage. Et avec c’est le sourire aux lèvres qu’il évoque les sujets qui lui ont le plus donné satisfaction. Sa grande femelle Aïcha, qui porte le nom de sa fille. « L’essentiel des champions primés, aujourd’hui, sont ses descendants », lâche-t-il. « Boy sérère », qu’il surnomme « le Yékini des moutons ». « C’est le meilleur mâle jamais produit au Sénégal.

Des gens ont gagné des millions rien qu’en faisant saillir leurs femelles par ce champion », sourit-il. Enfin, « Magistrat », le dernier champion primée au Salon international de l’élevage.

« C’est l’un des rares mâles au Sénégal qui présente toutes les caractéristiques d’un bon géniteur ». Assis dans une salle attenante aux box de sa bergerie, son téléphone ne cesse de sonner. La demande pour ses produits est très forte.

Par Sidy DIOP

Last modified on vendredi, 27 mai 2016 15:40

La quarantaine entamée, Abdoulaye Seydou Sow est l’un des hommes politiques les plus en vue dans la capitale du Ndoucoumane. Cette notoriété, il le doit, en partie, à son engagement précoce dans le mouvement sportif, associatif et politique. Cet administrateur civil sorti en 2015 de l’Ecole nationale d’administration a, dès l’âge de 17 ans, commencé son militantisme politique au Pds.

Abdoulaye Seydou Sow est un homme politique qui compte dans la capitale du Ndoucoumane. Né au début des années 70 à Kaffrine, ce leader très populaire dans son fief, a très tôt chopé le virus de la politique. C’est à l’âge de 17 ans qu’il intègre les rangs du Parti démocratique sénégalais alors que beaucoup de jeunes prenaient la carte du parti au pouvoir de l’époque, le Ps. Lui, il était déjà fasciné par le leader de la formation libérale. Son entrée dans ce parti a été facilitée par l’ancien député de la localité, Oumar Diouf. «J’ai intégré le Pds en 1987 sous la houlette de l’ancien député Oumar Diouf. A l’époque, il y avait un désir profond de changement. On courait derrière le cortège de Me Wade », confie cette frêle silhouette qui a récemment rejoint les rangs de l’Alliance pour la République (Apr). La politique, une activité qui le fascine.

«Kaffrine était une localité pauvre. On était obligé de se battre, chaque jour, pour changer le cours de la vie. Il fallait un engagement pour renverser l’ordre préétabli. Les jeunes avaient besoin de stade, on s’est battu. On a organisé une marche en août 88 », rappelle-t-il. Les secousses intervenues au sein du Pds vers la fin des années 90 avec le départ de quelques responsables comme Ousmane Ngom ont poussé le longiligne administrateur civil à se rapprocher du Ps. Courtisé par le puissant premier secrétaire du Ps de l’époque, il quitte le parti de Me Wade et crée un mouvement de soutien à Ousmane Tanor Dieng. «Ousmane Tanor Dieng m’avait demandé de l’accompagner. C’est dans ce cadre que j’ai créé un mouvement dénommé Jeunesse sursaut. J’ai refusé de rejoindre le Parti libéral sénégalais (créé par Ousmane Ngom)», martèle M. Sow tout en précisant qu’il n’était pas un militant du Ps.  Son compagnonnage avec l’homme fort du Ps ne sera que de courte durée ; car avec l’arrivée du Pds au pouvoir en 2000, il retourne dans la maison du pape du Sopi. Modou Diagne Fada, responsable des jeunesses libérales de l’époque, l’avait convaincu de reprendre ses activités au sein du parti. « Avec quelques responsables, nous avons implanté le Pds à Kaffrine puisqu’il ne représentait pas 10% de l’électorat à l’époque dans cette partie. En 2007, nous avons été la première formation politique dans la région en termes de poids», renseigne celui que certains proches appellent affectueusement Laye Sow. Avant d’embrasser la carrière d’administrateur civil, Abdoulaye Sow a enseigné, pendant dix ans. Après son bac A3 obtenu en 1991 au Lycée technique Cheikh Ahmadou Bamba de Diourbel, il intègre la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad. Mais pour des raisons familiales, en deuxième année, il décide de se lancer dans l’enseignement. Il réussit le concours de l’Ecole de formation des instituteurs (Efi) et fut affecté à Kolda pour la formation. Son parchemin en poche, il est envoyé dans le département de Kaffrine.

Engagement précoce
Par la suite, il est chargé de cours de Français au Cem Babacar Cobar Ndao de Kaffrine entre 1993 et 2002. Avec l’avènement de la première Alternance politique en 2000, il quitte les classes en 2002 pour devenir attaché de cabinet du ministre de la Jeunesse de l’époque, Aliou Sow. Après avoir fait le cycle B de l’Ena, M. Sow est affecté au ministère de l’Assainissement puis au département de la Jeunesse où il coordonne le projet «Asc jeunes». Malgré la chute de Me Wade en 2012, il a continué à défendre le parti jusqu’au jour où, avec des responsables comme Fada, ils ont réclamé la réorganisation du Pds. Se sentant marginalisé, il met ses activités en veilleuse dans la formation libérale avant de se décider à répondre favorablement aux appels du président Macky Sall. Après avoir consulté sa base et reçu son aval, il rejoint l’Apr à la veille du Référendum de mars dernier. D’ailleurs, le chouchou des Kaffrinois dit avoir largement contribué à la victoire du Oui dans le Ndoucoumane. Aujourd’hui, il n’a qu’une ambition : faire de l’Apr, la première formation politique dans la région. «J’ai reçu l’aval de ma base. C’est pourquoi, j’ai décidé de rejoindre l’Apr. Je compte travailler pour faire du parti, la première force politique dans la commune, le département», dit-il.

Abdoulaye Sow, c’est également un engagement dans le mouvement associatif et sportif local puis national. Il a été président de l’Orcav de Kaolack (jusqu’en 2008, Kaffrine faisait partie de cette région) et premier délégué de Kaffrine à l’Oncav. Avec des amis comme le pharmacien Moustapha Diop, il est parvenu à faire renaître l’Asc Kaffrine en la faisant progresser jusqu’en ligue 2. Premier président de la ligue de Kaffrine, membre du Comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Sow dirige actuellement la ligue de football amateur. Eloquent,  Abdoulaye Sow, un des vice-présidents de la Fsf,  dit avoir chopé le virus de la politique et ne pense pas arrêter un jour. «J’ai chopé le virus de la politique. Je suis un passionné. C’est pourquoi, j’ai évité soigneusement de faire administration territoriale à l’Ena.

La vie est une lutte permanente pour changer les conditions de vie des populations. Je ne pense pas arrêter un jour», précise-t-il non sans dire qu’il ne fait pas partie de ceux qui vivent de la politique. Abdoulaye Sow est retourné en 2013 à l’Ena après avoir été recalé en 2011. Sorti en 2015 comme administrateur civil, le Kaffrinois est, depuis, mis à la disposition de la présidence de la République. «C’est  un homme de défis, compétent, ouvert, très engagé pour la cause de son terroir, un amoureux du sport», confie Bourama Sadio, un professeur d’anglais qui chemine depuis 1994 avec ce monogame, père de trois enfants. « Abdoulaye Sow est généreux, il aime sa ville. Il ne pense que pour le développement de Kaffrine», renchérit El Hadji Ndiaye, le président des communicateurs traditionnels de Kaffrine. Très apprécié par la jeunesse, il est régulièrement sollicité pour parrainer des activités sportives et culturelles organisées dans son terroir.

Par Aliou KANDE

Last modified on mercredi, 25 mai 2016 13:08

Les autres s’attendrissent davantage sur son sort que lui n’en fait état. La fatalité pour Madiagne Fall, non-voyant plein de vie, n’est ni une prédestination, ni une fragilité qui inhibe et étouffe les esprits portés par leur seule volonté de conquérir leur dignité d’être humain. Sa vie en est une poignante illustration. Jeune élève, il s’est battu pour gagner le respect de ses camarades et de ses encadreurs. En France, pour poursuivre ses études, le Thiéssois s’est armé de courage pour que l’investissement de l’Etat du Sénégal sur sa personne ne soit vain. A la Direction de l’enseignement élémentaire du ministère de l’Education nationale depuis 2014, l’expert en administration s’échine à lui être utile.

Qu’il peut être insolite de se faire guider par un handicapé visuel déboulant un escalier ! Madiagne Fall est d’une exquise sensibilité. La longue canne qu’il trimbale languit d’oisiveté. Lui sert-elle juste, chaque matin, de « fidèle compagnon » de chemin pour se rendre au ministère de l’Education nationale où se trouve son bureau au premier étage d’un des bâtiments. C’est ici, éclairé par un esprit alerte et une détermination touchante, que le bonhomme ébauche ses projets, nourrit ses ambitions pour son pays et ensoleille une vie loin de la paralysante bulle embuée dans laquelle on confine les corps affligés par la nature.

Madiagne fait fi de son infortune pour ne pas être objet de compassion et d’exutoire pour des âmes en quête de repentance et de grâce. Cette foi viscérale en son étoile ne découle pas d’un orgueil –peut-être un tout petit peu- mais d’une intime conviction : « On n’est handicapé que par soi-même. Je ne ferai jamais partie d’une association de handicapés qui entonne l’hymne de la misère, de l’indignité ».

Expert en administration
A l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes aveugles de Thiès où il a fait ses premières « humanités », le jeune garçon montre déjà des aptitudes particulières qui lui ouvrent un horizon moins embrumé que celui-là des mains en quête de pitance quotidienne, de pitié. Il n’en demande pas plus au Cem Amadou Coly Diop. Ici, il est le seul handicapé visuel grâce à la méthode braille. « Le petit chouchou » du collège y fait bonne impression grâce à ses résultats scolaires. Il remporte le prix du concours de la langue française organisé par l’Association des enseignants de lettres et s’engage dans l’équipe de génie en herbe de son établissement. Mais le jeune homme aux savoureuses anecdotes ne se fait pas trop d’illusions. Il doit fournir plus d’efforts que ses camarades pour exister en tant qu’élève. Autrement, il serait le petit intrus dans le monde des « voyants » en attendant que la rue soit plus clémente.

Malgré les petites flatteries des « cancres » de la classe, principalement de quelques filles, pour s’attirer sa sympathie, Big Madj, comme elles se plaisaient à l’appeler, se concentre sur ses études. « J’avais peur d’échouer et de rester toute ma vie à invoquer la fatalité. Aujourd’hui, j’aurai certainement été un peu plus attentionné », raille-t-il,  la paume de sa main « flânant » sur un visage gai. Au Lycée Malick Sy de Thiès où les adolescentes ont été moins pressantes, le potache s’ouvre les portes de la France après l’obtention de son baccalauréat en 2005.

Il s’inscrit à l’Université Aix-Marseille et en sort avec un diplôme d'études universitaires générales, option administration juridique. Malgré le dépaysement, il obtient sa licence en administration économique à l’Université de Nancy. C’est à celle de Saint-Etienne qu’il décroche une maîtrise en économie et management et un master en administration et entreprises avec la mention bien. « C’est le plus beau jour de ma vie. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui y croyaient », se souvient-il, heureux d’avoir étouffé quelques voix sceptiques.

En France, Madiagne ravive sa foi pour faire honneur à son vieux père, un religieux, et une mère très soucieuse de l’éducation de son fils et anxieuse à l’idée de le voir aller sous d’autres cieux poursuivre son rêve : exister en tant qu’être humain simplement. Il se lie d’amitié avec la communauté maghrébine qui « respecte la personne en fonction des valeurs qu’elle véhicule ». Bien que s’y plaisant, Madiagne, contrairement à d’autres camarades, décide de rentrer au Sénégal « pour, dit-il, servir mon pays et montrer une image plus reluisante de la personne handicapée ». En 2014, il est recruté à la Direction de l’enseignement élémentaire du ministère de l’Education nationale. Sa qualité d’expert en administration des systèmes de l’éducation et de la formation, des structures d’éducation pour déficients visuels et des instituts pour personnes handicapées lui confère « la légitimité de faire des propositions et de participer au débat », indique-t-il.

Un homme frustré
L’expérience accumulée à travers des voyages professionnels et interuniversitaires effectués au Canada, en Tunisie, en Suisse, au Maroc…, l’homme veut la mettre au service de l’Etat qui a financé ses études. « Hélas, je suis confiné dans un bureau comme un objet de vitrine pour peut-être servir d’emblème à l’éducation inclusive tant louée. J’utilise mes propres moyens pour trouver des informations me permettant de produire des documents dans le domaine de l’éducation ordinaire, inclusive et spéciale ». Madiagne ne quémande pas une place au soleil, ni ne convoite les honneurs. Exige-t-il juste la même considération dont jouissent ses collègues pour que l’équité professionnelle ne soit pas seulement une douce ritournelle pour enjoliver les discours. « Depuis deux ans, je ne participe à aucun projet intéressant en dehors du Cerpe en éducation inclusive. Alors que je pourrai être utile dans le Programme d’amélioration de l’apprentissage des mathématiques dans l’élémentaire par exemple », s’offusque-t-il. Le non-voyant ne tire aucune fierté à toucher sa paye sans la conscience d’avoir servi la communauté.

Pour ne pas plonger dans la mélancolie, le bonhomme, la trentaine dépassée, s’échine à produire des documents dont le plus récent porte cet intitulé : « Plan de promotion de l’éducation inclusive au Sénégal, 2016-2025 ». Il est articulé autour du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet). Madiagne bouillonne d’idées et d’initiatives mais il a besoin « d’être outillé pour tirer parti de son expertise car il est au fait de l’évolution des problématiques de l’éducation », témoigne un de ses collègues. Si ce témoignage éloquent ne dissipe pas son amertume, Big Maj peut se laisser choir dans les bras de sa brave et prévenante épouse en lui distillant certainement les notes d’Omar Pène et de Youssou Ndour dont il est féru.

Par Alassane Aliou MBAYE


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