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Les Gens (57)

Icône du raffinement africain, quinquagénaire élégante, Reni Folawiyo est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, Londres ou New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart est rentrée au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe.
Elle tente vaille que vaille de sensibiliser ses clients fortunés et les curieux qui se précipitent dans sa bulle de luxe et d’art à ce « made in Africa » haut de gamme. Une sorte d’évangélisation que Reni Folawiyo entreprend comme une sociologue de terrain qui observe l’évolution des mœurs et la mutation de cette mégapole dont nul ne sait plus vraiment combien d’habitants y vivent.

Lagos est une sorte de synthèse désordonnée de la multitude de rapports économiques décryptant ce « décollage » de l’Afrique. Il y a cette bourgeoisie débordante de pétrodollars parfois détournés des caisses publiques, une élite besogneuse et entrepreneunante, une classe moyenne émergente et beaucoup de gens qui vivent avec moins d’un dollar par jour.
Un patchwork qui intrigue les grandes marques occidentales, désireuses de profiter d’une croissance de près de 6 % et d’un marché vaste de 184 millions d’habitants. Toutefois, dans le secteur de la mode, seuls Hugo Boss et Ermenegildo Zegna ont franchi le pas. Et, en ce début d’année 2016, la première économie d’Afrique se révèle fragilisée par la chute des cours des matières premières.

Lemondeafrique

Un article paru l’an dernier sur Forbes, « Ten Young African Millionaires To Watch » mettait en lumière dix Africains, millionnaires en dollars, malgré leur jeunesse (ils sont tous dans la vingtaine ou la trentaine). Curieusement, sept d’entre eux (70% de l’échantillon donc) ont fait fortune en partie ou totalement dans les nouvelles technologies.

Jason Njoku, 32 ans, Nigeria
Chimiste de formation, il fonde en 2010 iROKO, une société spécialisée dans la distribution en ligne de contenus de divertissement nigérians (films Nollywood, musique nigériane et africaine, etc.). Il est aujourd’hui à la tête de Spark, qu’il définit lui même comme « une compagnie qui crée des compagnies ».

Mark Shuttleworth, 39 ans, Afrique du Sud
Mark est le fondateur et principal financeur de Ubuntu. A 22 ans, il fonde Thwate, une société de sécurité internet qu’il revendra plus tard à VeriSign pour… 575 millions de dollars! Il est aujourd’hui à la tête d’un fond d’investissement, Knife Capital.

Justin Stanford, 29 ans, Afrique du Sud
Il quitte le lycée pour fonder sa première start-up à l’age de 18 ans. Il est aujourd’hui à la tête de ESET Southern Africa, qui représente exclusivement ESET dans 20 pays d’Afrique, et de 4DI Privaca, une compagnie spécialisée dans la sécurité informatique.

Vinny Lingham, 34 ans, Afrique du Sud
Ce jeune sud-africain basé à San Francisco a fait fortune en fondant Yola, une compagnie spécialisée dans la création et l’hébergement de sites web. Il dirige aujourd’hui Gyft, qui propose des services de cartes de vœux virtuels sur mobile.

Kamal Budhabatti, 37 ans, Kenya
Il est le fondateur et le CEO de CraftSilicon qui propose des logiciels bancaires, de microfinance ou de paiements mobile et électronique avec plus de 200 clients en en Afrique et en dehors du continent.

Michael Macharia, 37 ans, Kenya
Fondateur de la SSII Seven Seas Technologies qu’il a lancée à 25 ans et qu’il dirige, il est à la base comptable de formation.

Ashish Thakkar, 31 ans, Ouganda
EN 1996, à 15 ans, il se lance dans le commerce d’ordinateurs. Il est aujourd’hui à la tête de Mara Group, un conglomérat opérant dans les technologies de l’information, les services hôteliers, l’industrie, etc., et qui emploie plus de 7000 personnes.

Visage de madone, jambes vertigineuses, sourire irrésistible : née au Burundi, remarquée en Belgique, le mannequin a tout d’un grand Top model.

Elle parle français, anglais, néerlandais, allemand, chinois, swahili et kirundi. Elle mesure 1,80 m, pèse 55 kg. 37 000 followers sur Instagram. Ses mensurations : 83-58-89. À 25 ans, Leila Ndabirabe s’impose comme le premier top model originaire du Burundi depuis l’iconique princesse Esther Kamatari dans les années 1970. Même si sa ville de cœur est Bruxelles, où sa famille s’est installée lorsque Leila avait 10 ans.

C’est dans les rues de la capitale belge qu’elle est repérée par un talent scout. Elle a 16 ans, un bon âge pour commencer les castings. Après avoir obtenu son bac, Leila Nda fait des débuts de modèle au sein de l’agence Imm, dirigée par l’ex-mannequin et dénicheuse de talents Carine Caillieret… Tout en étudiant le droit à l’Université libre de Bruxelles. « En Afrique, être belle, c’est avoir des formes. Je n’en ai pas ! J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose. J’ai bataillé dur pour prendre du poids. Quand je suis arrivé en Europe, on m’a dit que j’étais mince et belle […].

La beauté dépend de l’endroit où l’on se trouve. » Cependant, sa silhouette longiligne ne l’empêche pas d’être désignée Miss Union africaine en 2012. Malgré sa timidité et son manque de confiance en elle, elle est vite repérée par les plus grandes maisons de mode, et se retrouve propulsée dans le réseau de cette industrie où tout le monde se connaît, et où il faut éviter le moindre impair.

Élève brillante doublée d’un bon petit soldat, Leila met un point d’honneur à se montrer toujours sous son meilleur jour, belle et professionnelle. En quelques mois, elle foule près de 40 podiums. Marc Jacobs, Victoria Beckham, Versace, Gucci, Bottega Veneta, Roberto Cavalli, Rodarte, Oscar de la Renta ou encore Hugo Boss… Résultat, elle fait la « une », en septembre 2014, du numéro mode du Elle belge. Aujourd’hui, elle est l’une des tops les plus influents du monde.

Dans les newcomers, s’illustre notamment la jeune Dilone, tout droit venue de Long Island, qui remet l’afro-américain au goût du jour. Mais le passeport occidental n’est plus un sésame indispensable. De nombreux modèles nés en Afrique tiennent la dragée haute dans les castings. Parmi les plus connues Leila Nda donc, mais aussi l’Angolaise Maria Borges, les Soudanaises Akuol de Mabior et Ajak Deng, la Tunisienne Hanaa Ben Abdesslem, la Kenyane Malaika Firth, la Tanzanienne Herieth Paul…

Source : Afrique magazine

Elle a à peine 35 ans et le monde littéraire parisien est à ses pieds. Le premier roman de Leïla Slimani, «Dans le jardin de l’ogre», concourrait déjà pour le prix de Flore. Son second ouvrage, «Chanson douce», a tout simplement obtenu le plus connu des grands prix français, le Goncourt. Une surprise sans en être une. Au petit jeu des pronostics, beaucoup sacraient déjà Yasmina Reza, Adélaïde de Clermont-Tonnerre ou Ivan Jablonka, qui se sont tout trois vu décerner les autres grandes récompenses de l’année (respectivement le Renaudot, le grand prix de l’Académie française et le Médicis). Leïla Slimani faisait figure d’outsider, mais, à l’instar du jeune Gaël Faye (qui a eu, lui, le prix du Roman Fnac), cette Franco-marocaine était toujours dans la course. Le jury a fini par la choisir à six voix contre deux pour Gaël Faye et son «Petit pays».

«Chanson douce» avait tous les atouts pour l’emporter. «Le bébé est mort.» Ainsi débute ce livre, qui se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme une analyse implacable sur les rapports de domination et sur la misère sociale qui en découle. Le bébé en question et sa grande sœur ont été assassinés par leur nourrice, Louise. Peu à peu, au fil des pages, Leïla Slimani dévoile les motivations profondes, la colère, la haine accumulée par cette nounou en apparence dévouée, discrète, volontaire. Une «perle» dont le lecteur peine à comprendre l’acte qu’elle a commis. Il y verra plus clair après les 240 pages d’un roman tendu, à la limite du malaise.

Exploratrice des noirceurs de l’âme humaine
Leïla Slimani est partie à la recherche du moment de bascule, ce trouble qui pousse une personne à un acte dont on l’a pensait incapable. Avec son premier roman («Dans le jardin de l’ogre» qui a pour thème la nymphomanie féminine), l’auteure avait déjà montré son appétence pour les zones grises, celles qu’on préférerait ignorer. Dans «Chanson douce», elle prend le temps de détailler l’ampleur de la tragédie, les raisons du passage à l’acte. Son style est toutefois précis, direct. La Franco-marocaine ne se perd pas en considérations psychologiques et livre un roman plutôt dense, sur le plan narratif, qui rappelle «Le journal d’une femme de chambre», un roman d’Octave Mirbeau maintes fois transposé au théâtre (et récemment adapté au cinéma avec Léa Seydoux et Vincent Lindon).

Le Goncourt permet à la jeune femme d’entrer dans la cour des grands. Un double honneur tant le prix consacre plus souvent des personnes plus âgées et des hommes. «Je ne m’y attendais pas, je me préparais à ne rien avoir pour ne pas être déçue», a expliqué la jeune romancière à la presse, après être arrivée dans une énorme cohue au restaurant Drouant, où est traditionnellement annoncé ce prix. Elle a dédié sa récompense à ses parents et étreint son compatriote, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, Goncourt en 1987 et juré.

Par Oumar BA

À 34 ans, Mmusi Maimane a été élu à la tête de l’Alliance démocratique (Da), première force d’opposition en Afrique du Sud et considérée par le pouvoir comme un «parti blanc». Une ascension fulgurante pour un jeune homme parti de Soweto. Mais qui est-il vraiment ?

Mmusi Maimane est né le 6 juin 1980 à Dobsonville, un township de Soweto, épicentre de la lutte anti-apartheid. Ses parents y vivent encore. Mais, le garçon, diplômé en psychologie et titulaire de deux Maîtrises – une en Administration publique et une en Théologie – a préféré poser ses valises depuis quelques années à Johannesburg. Mais, «c’est à Soweto qu’il a passé l’essentiel de sa vie, insiste-t-on sur le site internet de l’Alliance démocratie (Da, première force d’opposition en Afrique du Sud). Par le sacrifice, le travail acharné et la volonté de saisir les opportunités qui lui étaient offertes, il a construit une impressionnante carrière dans les affaires et s’est également consacré aux diverses actions communautaires.»

Polyglotte et éloquent – en dehors de l’anglais, il parle couramment sept langues nationales sud-africaines -, Mmusi Maimane est avant tout un entrepreneur (il a notamment créé une société de conseil en gestion ). Toutefois, cela ne l’a pas empêché de soutenir quelques Ong engagées notamment dans la lutte contre le Vih, selon la Da. Et à Johannesburg, on peut souvent apercevoir Mmusi Maimane en train de prêcher à Liberty Church. C’est même dans cette église évangélique que les chemins du pasteur ont croisé, fin 90, ceux de Natalie, son épouse, qui est Blanche. Deux enfants – une fille et un garçon – sont nés de leur mariage qui fête cette année ses noces d’étain. Début mai pourtant, le site sud-africain News24 affirme avoir reçu un mail anonyme faisant étant d’un scandale sexuel au sein de la Da. «Des hommes prenaient leurs collègues féminins comme des jouets sexuels», selon l’auteure de la dénonciation qui dit avoir été elle-même une victime de ce «passe-temps favori» de ses camarades masculins du parti. Celui-ci dément. Trop tard, la twittosphère sud-africaine s’enflamme : hashtag DASexScandal. Obligeant la femme de Mmusi Maimane de monter au créneau pour réaffirmer sa confiance à son homme sur le même réseau social.

Parmi les hommes les plus stylés d’Afrique du Sud
Dans l’entourage politique de Mmusi Maimane, le démenti est également formel. Celui que l’on surnomme affectueusement le «Barack Obama de Soweto», cité parmi les 50 hommes les plus stylés d’Afrique du Sud en 2014, par la version sud-africaine du magazine GQ, n’aurait rien à voir avec le prétendu scandale sexuel au sein de sa formation politique. Lui qui se bat contre la politique du président Jacob Zuma, qu’il n’hésite pas à traiter publiquement de “voleur” et de “corrompu”. Mmusi Maimane dont les parents se reconnaissent encore dans les idées du Congrès national africain (Anc) est, en effet, un déçu de ce parti au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994. Une déception qui atteint son paroxysme avec la démission forcée, le 21 septembre 2008, de Thabo Mbeki, alors président de la République. Ce dernier, soupçonné d’interférences politiques dans l’instruction judiciaire d’une affaire de corruption dans laquelle Jacob Zuma serait impliqué, était désavoué par l’Anc après le prononcé d’un non-lieu par la justice sud-africaine.

L’année suivante, Mmusi Maimane décide de rejoindre la Da. Helen Zille, alors leader de cette formation politique longtemps considérée comme «parti blanc», le prend sous son aile. En 2001, c’est lui qui est désigné tête de liste de sa formation politique aux municipales à Johannesburg.

Et en 2014, l’étoile montante de Da gravit une autre étape en se présentant aux élections provinciales dans la même circonscription. La même année, il devient le chef du groupe parlementaire de son parti à l’Assemblée nationale, et de surcroît chef de l’opposition sud-africaine. Rien ne semble, aujourd’hui, pouvoir arrêter l’ascension du jeune loup de la politique sud-africaine.

Par Oumar BA

Il s’est imposé comme l’un des hommes de confiance d’Ibrahim Boubacar Keïta. Ministre des Affaires étrangères depuis avril 2014, Abdoulaye Diop, 50 ans, a été maintenu à son poste stratégique après l’éviction de Moussa Mara de la primature, en janvier 2015. Ce poids lourd du gouvernement malien a été l’un des artisans de la signature de l’accord de paix d’Alger, approuvé en juin 2015 par les groupes rebelles du nord du Mali.

Durant les longs mois qu’ont duré les négociations, cet ancien ambassadeur aux États-Unis (de 2003 à 2009) a multiplié les voyages et les rencontres avec les différents protagonistes de la crise malienne pour faire entendre la voix de Bamako. Après ce premier succès – qui doit désormais être concrétisé sur le terrain –, ce diplomate longiligne au contact facile devrait s’attaquer en 2016 à un autre chantier important : l’organisation du prochain sommet Afrique-France prévu en janvier 2017 à Bamako. Avant sa nomination au Ministère des Affaires Étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération international, Abdoulaye Diop a également occupé plusieurs postes au Mali et à l’international. Il a été successivement coordonnateur de la Cellule d’appui à l’Ordonnateur national du Fonds européen de développement (ACP-EU), à la Direction de la Coopération internationale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de 1992 à 1998, puis conseiller à l’Ambassade du Mali auprès de la Belgique et de l’Union européenne de 1998 à 1999.

Abdoulaye Diop a également été conseiller du Ministre des Affaires étrangères du Mali et de la Coopération internationale, Chargé des questions politiques et diplomatiques de 1999 à 2000 avant d’être nommé conseiller diplomatique des présidents Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré entre 2001 et 2003. En 2003, Abdoulaye Diop occupe le poste d’ambassadeur du Mali aux États-Unis avec une juridiction qui couvre le Brésil, le Chili, le Mexique, le Pérou et l’Uruguay. Un poste qu’il qui quittera en 2009 pour une carrière de fonctionnaire international. Abdoulaye Diop s’est démarqué par son leadership en diplomatie à travers la mise en œuvre d’un plan stratégique pour l’Ambassade du Mali aux États-Unis et une gestion proactive des relations bilatérales et multilatérales entre le Mali et les États-Unis, l’Amérique latine et les institutions Bretton Woods.

Particulièrement intéressé par les questions économiques, et plus particulièrement le développement agricole, Abdoulaye Diop a joué un rôle actif dans la signature du contrat entre le Mali et le Millenium Challenge Corporation (MCC), d’un montant total d’environ 461 millions de dollars destinées à booster la productivité agricole et développer l’accès aux marchés régionaux et internationaux. Dans le même registre, il a initié un plaidoyer actif pour élever l’agriculture, le développement rural et la sécurité alimentaire en tant que haute priorité sur l’agenda de l’aide au développement à Washington D.C.

Par Marame Coumba SECK

Loza Maléombho est la nouvelle étoile montante du stylisme africain. La jeune femme a vu son nom propulser sur la scène internationale lors de la diffusion du clip « Formation » de la chanteuse américaine Beyoncé. 25 millions. C’est le nombre de vues qu’a totalisé le clip « Formation » de la chanteuse Beyoncé dévoilé le 6 février. C’est là, dans le décor et le cadre très ethniques de ce clip, qu’une des créations de Loza Maléombho, styliste ivoirienne, est venue se glisser alors qu’on ne l’y attendait pas. À 3 minutes 24 secondes de la vidéo, le personnage à gauche de la chanteuse porte une création de la collection « Zaouli » Printemps/été 2016 de Loza. Alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, une des nombreuses stylistes de la chanteuse la contacte et lui demande de fournir deux prototypes pour le prochain clip de Beyoncé. « Beaucoup de créateurs sont sollicités par Beyoncé pour ses vidéos, donc d’expérience je sais que cela ne signifie pas forcément que l’on sera retenu », avance-t-elle. Alors depuis que le clip est diffusé, Loza avoue l’avoir regardé plusieurs fois d’affilée. Pour la modéliste, créer est un engagement, une prise de position claire contre le racisme qui prévaut aux États-Unis notamment. Ayant grandi entre les États-unis et la Côte d’ivoire, son art est influencé par les deux cultures.

Collaboration avec Solange Knowles
Loza semble avoir conquis toute la famille Knowles car déjà en février 2015, la jeune femme de 30 ans avait fait parler d’elle lorsque la sœur de Beyoncé l’a mise en avant dans la série « Black Designer Spotlight » sur Saint Heron, une compilation de 11 artistes indépendants qui se veut un espace d’expression d’art et de musique, produit par le label de Solange Knowles. La styliste est aussi connue pour son répertoire d’auto-portraits sur Instagram appelé « Alien Edits » où elle pose, la tête parée d’objets et d’animaux de tous genres. Cette série à succès lui vaut d’ailleurs d’être suivie par des milliers de fans sur les réseaux sociaux.

Customisation de vêtements
Même si elle n’envisageait pas d’en faire un métier, Loza dessinait ses uniformes scolaires et quelques robes de sa mère dès son plus jeune âge. Titulaire d’un diplôme en infographie et animation à l’université des beaux-arts de Philadelphie, c’est à la fin de son parcours universitaire que l’intérêt pour la mode s’impose, plus fort que jamais. Elle entreprend alors de réaliser des stages qui conforteront ses connaissances et son goût pour le domaine artistique. La jeune femme souhaite, à travers ses créations, exprimer son identité construite entre l’Amérique et l’Afrique, et sa fierté d’être « Black ».

Projets futurs
La jeune styliste ne compte pas s’arrêter là. Loza Maléombho voudrait sortir de sa zone de confort et se frotter à de nouveaux défis. Elle aimerait s’aventurer dans la création de lignes de vêtements pour homme, enfants et dans la décoration, particulièrement dans l’habillage de meubles. « Il me faut aussi miser davantage sur le développement durable et l’autonomie de la femme, deux éléments qui constituent la philosophie même de ma marque », avance-t-elle, bien déterminée à apporter sa touche dans l’univers africain du design et de la mode.
Par Oumar BA

Jeune chef d’entreprise, Magatte Wade est l’un de ces nouveaux visages qui captent la lumière. Il est vrai qu’elle a tout pour attirer l’attention. «Africaine, jeune, belle, intelligente et pleine d’énergie », explique un participant au New York Forum for Africa. Magatte Wade, 36 ans, a récemment figuré dans le classement Forbes des vingt jeunes africaines les plus influentes.
Née au Sénégal, elle séduit les trois Afrique, la francophone, l’anglophone et la « roots ». D’origine sénégalaise, Magatte a étudié en France et « défend la culture française », avant d’aller vivre aux États-Unis où elle a appris tous les codes de la culture d’outre-Atlantique. Et d’être devenue une fervente supportrice de la culture d’entreprise et du « branding ». Un mot qu’elle répète avec ravissement. Comme un talisman contre les mauvaises fortunes. Identité complexe, elle défend en français, en anglais ou en wolof une Afrique qui doit éviter de perdre son âme.

C’est en allant aux racines de sa culture que Magatte Wade a créé sa première entreprise : Adina World Beat. Une entreprise qui vend des boissons africaines aux États-Unis. Ainsi, le bissap bio (cette boisson à base de fleur d’hibiscus) a fait son apparition dans des supermarchés américains. Selon une étude des Nations unies, Adina réalise un chiffre d’affaires de 3 millions de dollars et emploie 25 personnes. A cela s’ajoute des centaines de femmes qui fournissent des fleurs d’hibiscus à la société de Magatte au Sénégal.

Américaine, Magatte l’est sans doute beaucoup, mais en même temps elle reste très Sénégalaise, imprégnée de la culture soufie de la confrérie mouride. Elle vibre pour un autre projet : créer au Sénégal une école où l’accent serait mis sur la créativité et l’épanouissement des élèves.

« Le Sénégal a perdu une grande partie de sa créativité culturelle. Il faut aider les jeunes à retrouver cette créativité. 10 % des profits de Tiossano seront consacrés à cette mission. Pourquoi pas une formation au design au Sénégal, comme cela existe aux États-Unis ? » explique-t-elle encore, avant de se lancer dans l’évocation d’un autre de ses projets pour le Sénégal.
Magatte veut aider à créer, en Afrique, une génération de « global leaders ». Son enthousiasme est contagieux. «The sky is the limit» en version wolof. Elle devient intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer tout ce que l’Afrique peut faire. Tout ce que l’Afrique va faire et qui va la faire sortir du sous-développement. Elle en oublie la pendule qui tourne.

Oumar Ba

Installé depuis 2002 au Sablon, le quartier bruxellois des antiquaires, Didier Claes est l’un des rares marchands d’art africain métis au monde. Sa spécialité ? Les œuvres originaires d’Afrique centrale, auxquelles il souhaite rendre leurs lettres de noblesse. Ces objets de « l’art classique africain », que l’on trouve dans son espace d’exposition, sont répertoriés et proviennent de collections privées. Et ce dynamique galeriste, né à Kinshasa il y a 44 ans d’une mère congolaise et d’un père belge qui travaillait pour l’ex-Institut des musées nationaux du Zaïre, mêle passion, travail, courage et…chance : « Le travail entraîne la chance et la passion fait le reste. L’expérience, la réputation et le sérieux se construisent au fil du temps et des épreuves ».

En plus de son activité de galeriste, Didier Claes est, entre autres, membre de la Chambre belge des experts en œuvres d’art et du Syndicat national français des antiquaires. Ce n’est donc pas un hasard si, depuis deux ans, il est aussi vice-président de la Brafa, la prestigieuse foire européenne d’art et d’antiquités de Bruxelles. Lors de son édition 2015, durant la dernière semaine de janvier, ce vaste musée éphémère où sont échangées des œuvres de toutes sortes – tableaux, mobilier, bijoux, livres anciens, photographies… –, a reçu 55.000 visiteurs et réuni 126 exposants, parmi lesquels neuf spécialisés dans l’art africain.

Sur son stand, l’atmosphère est feutrée. Présentée avec soin, chaque pièce retient l’attention par sa finesse ou son originalité. Le maître des lieux est en parfaite adéquation avec son époque et ses ambitions. Élégant, souriant et plein d’allant, cet esthète passionné est également un fin stratège quand il est question d’art. Ainsi, en bonne place, trône une plaque décorative du Bénin datant de la fin du XVIe siècle qui provient du palais royal du royaume du Bénin, dans le sud de l’actuel Nigeria. « Il y a deux types d’art africain : celui de la forêt et l’art de cour dont provient cette plaque. Les collectionneurs préfèrent celui de la forêt, le vrai, sauvage, dur, que j’appelle aussi "précontact", datant d’avant la rencontre avec les Blancs », explique Didier Claes.

« L’avenir de l’art est en Afrique », estime le curateur. Il est évident pour lui que le continent se dotera de plus en plus de musées et de galeries. « Des Africains me disent : "On nous a volés !" Et moi de leur répondre que si l’on veut avancer, on ne peut plus s’appesantir là-dessus. Il faut faire le deuil de tout cela et abandonner ces discours inutiles. Aujourd’hui, la vraie bêtise serait de refuser de progresser. Je pense que dans vingt ans, l’Afrique sera plus puissante que l’Europe ».

Omar Blondin Diop, est né le 18 septembre 1946 à Niamey et est décédé le 11 mai 1973 dans les geôles de l’île de Gorée. Blondin a fait ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand à Paris et a poursuivi ses études universitaires comme normalien à l’École normale supérieure de Saint-Cloud d’où il sortira diplômé. Un jeune  au potentiel énorme qui était donc promis à un brillant avenir.  Une phrase avait l’habitude d’être chantonnée un peu partout à cette époque «Omar Blondin Diop, le normalien de Saint-Cloud».  Intellectuel brillant, Blondin Diop était également membre du mouvement contestataire post-soixante-huitard.

À Dakar, il continue dans cette logique révolutionnaire, fervent militant anticolonialiste.  Pour avoir protesté contre des travaux démesurés pour une visite de Georges Pompidou à Dakar, qui ne devait pas  durer  plus de 2 heures, les frères d’Omar  auraient  le 15 janvier 1971   été  arrêtés la même semaine. Blondin depuis le Mali, décide de venir secourir ses frères, mais il sera interpellé. Le 23 mars 1972, il est inculpé pour «terrorisme» et pour espionnage comme agent étranger et condamné par un tribunal spécial à 3 ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Il est emprisonné à la prison de l’île de Gorée.  L’histoire retiendra le parcours de ce grand homme malgré son jeune âge, « Omar Blondin Diop, le normalien de Saint-Cloud ».

Par Oumar BA

Parler d’une mode africaine fait sourire plus d’un. Pourtant, elle est là, présente de plus en plus sur les podiums internationaux. Une des références de la haute couture africaine actuelle, en particulier sénégalaise, elle intègre, en effet, le milieu de la mode. Le monde de la créativité s’ouvre à elle. Deux ateliers de haute couture à sa possession, l’un à Milan, l’autre à Dakar, Kiné Dione n’est pas novice dans le domaine.

Se définissant comme une passionnée de la mode, la styliste sénégalaise est à la conquête des podiums de hautes coutures. Pour la première fois au Fashion week de Paris, cette créatrice de mode a séduit plus qu’un parmi les passionnés de la couture. Atelier Dione qui débarque dans la capitale française avec une collection dénommée Printemps-été : du style avec un mélange de culture d’origine sénégalaise, allongé avec la touche européenne.

Une marque africaine principalement centralisée sur l’élégance. Fruit d’une curiosité infantile d’une fille qui a vu le jour dans l’univers de la mode, son amour de la couture a porté ses fruits.

Après Paris, elle nourrit de nouvelles ambitions pour devenir une internationale.

Par Marame Coumba SECK

Déclaré vainqueur à l'issue de l'élection présidentielle du 1er décembre, le candidat désigné de l'opposition, après l'arrestation de son leader historique Ousainou Darboe, a su mettre un terme aux vingt deux ans de règne de Yahya Jammeh.

Adama Barrow, actuel président de la République de la Gambie, est né en 1965 à Mankamang Kunda, un petit village situé à quelques kilomètres de Basse Santu, à l’extrême ouest de la Gambie. En 1996, il rejoint les rangs du Parti démocrate unifié (Udp). Au début des années 2000, il s’installe à Londres pour suivre une formation en immobilier. Après l’obtention de son diplôme et de retour dans son pays natal, il crée sa propre agence immobilière en 2006, grâce à laquelle il fera fortune.

Adama Barrow a promis de garantir l’indépendance du système judiciaire, dans un pays longtemps miné par la corruption. Il a également promis une plus grande liberté des médias et de la société civile. La désignation d’Adama Barrow en tant que candidat à la présidentielle relève pourtant d'un hasardeux concours de circonstances. En temps normal, Yahya Jammeh aurait dû faire face à Ousainu Darboe, l’opposant qui, à trois reprises, n’a pas réussi à le battre par les urnes.

Mais, l'opposant purgeait, avec d'autres camarades, une peine de 3 ans de prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée réclamant la dépouille d’Ebrima Solo Krummah, cadre de l'Udp décédé dans les geôles gambiennes. En l'absence de ce leader charismatique, Adama Barrow s'est porté candidat à la primaire de la coalition d'opposition qui a décidé d'organiser un congrès pour désigner un candidat unique pour la présidentielle de 2016.

Oumar BA

Un livre intitulé  « Fixing Africa », signé Tidiane Tall  gratuitement disponible sur le Net, a bénéficié de plus de 300.000 téléchargements et 3.000 mails de réactions. Derrière ce livre, s’assume un panafricaniste patenté.

Après avoir surfé sur la vague de la nouvelle économite des années 2000 avec une start-up, E-spirituality.com, emportée avec tant d’autres par la chute du Nasdaq, Tidiane Tall opère un retour au « B to C », entendu dans le jargon américain comme « back to consulting ». Il passe un temps chez Roland Berger comme consultant en stratégie, puis s’établit sur l’axe Addis Abeba–Dubaï, l’axe Afrique-Moyen-Orient-Asie, l’axe du futur. Parmi ses nouveaux clients, le premier gestionnaire privé de terminaux dans la région. Tidiane est chargé de « reprofiler » le marketing du groupe dans ses orientations internationales. Il s’agit aussi de refonder la stratégie commerciale pour un autre groupe de renommée. Même mission avec le Somalien Dahab Shiil, leader du transfert d’argent dans la Corne de l’Afrique, devant Western Union. Au passage, cette société vient d’obtenir une licence pour une banque islamique à Djibouti qui ouvrira au mois de novembre prochain.

De toutes ses expériences de consulting et d’entreprenariat, Tidiane Tall tire une conclusion. Que valent donc les 53 plans de promotion des 53 pays africains à l’échelle monde ? Mais, il va plus loin que l’interrogation et émet une proposition dans son livre intitulé  « Fixing Africa » (réparer l’Afrique), qui tranche par l’audace et son parti pris panafricain. Le Malien propose, avec la force de l’argument, de passer de 53 Etats africains malades et fatigués à quatre super-Etats qui compteront chacun dans les vingt premiers Pib du monde.

Panafricaniste, M. Tall explique l’échec du développement par la fragmentation de l’unité africaine. Certains lecteurs, adeptes de la théorie du complot, ont douté du caractère « gratuit » de l’ouvrage.  Parmi les nombreuses réactions, il y a effectivement beaucoup de détracteurs qui lui prêtent des intentions cachées. La gratuité a été confondue avec l’altruisme ou l’affairisme.

On l’a suspecté de chercher à s’attirer la sympathie du guide libyen, héraut du panafricanisme. Les réactions les plus encourageantes viennent des moins de vingt-cinq ans, sans doute plus optimistes et nés avec les nouvelles possibilités offertes par les révolutions technologiques et numériques.

Loin de se décourager, Tidiane Tall a mis en branle son association Africa 2030 sur le même mode de l’internet et du marketing viral. Sans se décourager et avec le même optimisme qui anima son arrière grand-père, El Haj Omar Tall, parti du Fouta Toro et qui a réussi à refonder l’empire du Mali à partir des roitelets faibles et corrompus, Tidiane Tall espère un jour voir l’Africain se déplacer de Bamako à Mogadiscio et du Cap au Caire avec la même facilité qu’un américain en Amérique.

Par Oumar BA

Il détonne mais l’homme n’est pas pour autant exhibitionniste. Elhadji Mouhamed Seck, plus connu sous le nom de Momo Seck, est présentateur à la 2Stv. Il est dans l’équipe de la matinale et s’occupe plus spécifiquement de la rubrique découverte. L’homme âgé  de 33 ans, marié  et père de deux enfants,  poursuit son petit bonhomme de chemin,  dans le monde de l’audiovisuel.  Les habitués des matinales de la 2Stv le connaissent bien. Il a su se faire une place à travers ses revues de titres dont lui seul a le secret. Dans son style de parcourir les Unes des journaux, une particularité se dégage,  sa façon notamment de prononcer le quotidien national Le Soleil. « Le Soleil Yénékay », fulmine-t-il chaque matin,  avec une voix qui a le dont de capter les téléspectateurs. Son succès conforte cette génération montante d’animateurs qui ont réussi à créer leur propre style. Il dit puiser son énergie et son inspiration dans ses meilleures « sources de fierté ». Une véritable graine de bonne humeur.

Et pourtant, c’est un concours de pur hasard, le plus inespéré qui l’amènent à la 2 Stv. Un soir,  se souvient-il,  alors qu’il était sur Facebook, comme à son habitude,  en train de partager des histoires, blagues et autres,  alors Pa Assane Seck qui était à l’époque à la 2Stv lui propose  un passage à la matinale alors présentée par Ya Awa Ndoye.  Muni d’une de ses histoires ou blagues dont lui seul a le secret, il se présente sur le plateau, le lendemain même.  Après deux apparitions, les responsables de la 2Stv sont satisfaits de sa prestation et décident au passage de le garder.  Une nouvelle page s’ouvre dans la vie de celui qui dit avoir toujours été attiré par la communication. Depuis qu’il a  intégré la 2Stv, il note qu’énormément de choses ont changé dans sa vie. Il souligne avoir, par exemple, perdu son anonymat. Hormis la célébrité, le fait de sortir sur le petit écran lui apporte énormément d’opportunités professionnelles. La télévision  constitue une vitrine qui a su booster son autorité et son aura. Depuis, son téléphone ne cesse de sonner. Il se dit obliger de le mettre en mode silence quand il discute avec les personnes.  « Le Soleil Yénékay »  reste un slogan qui lui colle à la peau et dont il dit être très fier.

Par Oumar BA

En quarante-deux années d’une carrière ininterrompue, le Malien Mamadou Koné dit Super Koné, l’homme de 69 ans, aura vu passer devant son objectif pas moins de 818 chefs d’Etat, rois, princes et chefs de gouvernement.

Le rêve de jeunesse de Super Koné le destinait à une carrière de guitariste dans la capitale du Soudan français, l’ancien nom du Mali avant les indépendances africaines. Il a dû renoncer face au veto d’un père intransigeant. C’est finalement la télévision scolaire, lancée aux débuts des années 1970, qui offre à ce grand gaillard au physique de catcheur son premier emploi en tant qu’assistant réalisateur.

De retour à Bamako, la «ville aux trois caïmans» en bambara, Super Koné s’essaie à la photographie en autodidacte. Il obtient, grâce à la bienveillance des gardes et du protocole présidentiel, l’autorisation de « squatter » le palais de Koulouba, sur les hauteurs de la capitale, pour réaliser les photos de cérémonies officielles : audiences du chef de l’Etat, visites de présidents étrangers, lettres de créance. La qualité de ses clichés le distingue très vite des photographes officiels qui manifestent vite leur jalousie. Son tempérament de baroudeur l’aide à faire le dos rond face aux sarcasmes.

Il réalise le portrait de l’écrivain Amadou Hampâté Bâ, l’auteur de « L’Etrange Destin de Wangrin », après celui de Banzoumana Cissoko, père de l’hymne national malien, et connaît sa première heure de gloire en 1975 avec la sortie aux Editions populaires du Mali de son livre « Coiffures traditionnelles et modernes du Mali ». Il gagne ses premiers millions de francs CFA, mais surtout une immense notoriété avec le succès commercial et professionnel de son hommage à la beauté de la femme malienne.

Le photographe malien, que la maladie empêchait par la suite  de se déplacer, aura ensuite été le portraitiste de la deuxième génération des dirigeants africains incarnée par le Zaïrois Mobutu Sesse Seko, le Guinéen Lansana Conté, le Sénégalais Abdou Diouf. Après les pères présidents, Super Koné aura photographié les fils : Eyadema et Faure Gnassingbé, Omar et Ali Bongo, Hassan II et Mohammed VI. De sa longue carrière, il a tiré des liens très personnels avec certains chefs d’Etat, dont le Sénégalais Abdou Diouf, le Congolais Denis Sassou-Nguesso ou le Tchadien Idriss Déby.

En quatre décennies, Super Koné a vendu des  portraits de chefs africains à de prestigieuses agences telles l’AFP, Sipa, Sigma et bien d’autres. Mais son business le plus rentable aura été les albums des activités officielles des chefs d’Etat. Au soir de sa carrière, le plus ancien photographe de chefs d’Etat africains  se bat pour  sortir  de ses archives un album d’hommage à Félix Houphouët-Boigny assorti d’une centaine de témoignages de personnalités.

Par Oumar BA

Expert de l’éducation, il a capitalisé plus deux décennies d’expériences dans le secteur aussi bien formel que non formel. Focus sur le parcours d’un infatigable militant de l’éducation pour tous et de la promotion des langues locales.

Ayant capitalisé plusieurs années d’expérience dans l’alphabétisation depuis son Nguidjilone natal, notamment dans l’Association culturelle Fedde Pinal, au cabinet de l’alphabétisation et des langues nationales avec le projet ‘’Papa’’ d’Enda Graf, il est aujourd’hui à la tête de la coordination nationale des opérateurs en alphabétisation tout comme à la Coalition africaine pour l’alphabétisation. Fervent militant de l’éducation pour tous, il plaide pour la réintégration des exclus du système mais aussi pour la promotion des langues nationales. Un combat qu’il défend si bien dans les institutions nationales comme internationales avec un coup de pouce d’artistes comme El Hadji Baaba Maal. « C’est avec un plaidoyer fort qu’on peut influencer les décideurs pour une meilleure prise en compte des questions éducatives dans la définition et la mise en œuvre des politiques », défend Silèye Gorbal Sy. Si le sous-secteur de l’alphabétisation, en effet, est un champ ouvert à des initiatives diverses, on le doit bien à l’homme de la stratégie du « faire-faire » qui, depuis la rencontre africaine sur l’alphabétisation tenue à Bamako en 2007, tient à ce qu’on attribue 3 % du budget de l’éducation à l’alphabétisation et à l’éducation non formelle.

S’adapter aux technologies nouvelles
Au-delà de l’enseignement traditionnel consistant à acquérir des connaissances de base, ce Halpoular né d’une famille d’instituteurs prône une alphabétisation qui épouse l’évolution technique des sociétés, notamment celles de l’information et de la Communication.

Très au fait des innovations dans l’alphabétisation sur le plan sous-régional, régional et international, à la suite d’une mission au Canada, il a mis en place en partenariat avec un Canadien, une structure dénommée ‘’Boîte à innovations’’ pour mieux alphabétiser et à moindre coût, à travers les technologies de l’information et de la communication. Des moyens grâce auxquels il compte construire un monde instruit. Pour faire bien passer son message de plaidoyer, Silèye Gorbal Sy développe des partenariats avec des Institutions nationales comme l’Assemblée nationale et le Conseil économique, social et environnemental mais aussi dans les institutions internationales comme le Parlement européen où il défend farouchement l’envoi et le maintien des filles à l’école.

Par Marame Coumba Seck

Omar Victor Diop est un afro-optimiste convaincu. Ce photographe sénégalais est sollicité de toutes parts. Il est né en 1980 en France. Son travail est plébiscité de Dakar à Paris, en passant par Arles. Il a 32 ans quand il annonce à sa famille que le seul objectif qui compte désormais pour lui, c’est la photographie. Conçue en 2014, la série Diaspora le place définitivement sur orbite. Pour la première fois, Omar Victor Diop se met en scène en incarnant des personnages célèbres ou oubliés de la diaspora africaine du XVe au XIXe siècle, période où les seules formes d’interaction entre l’Europe et l’Afrique semblaient se résumer à l’esclavage et la colonisation. C’est que son succès a été fulgurant. A peine deux mois après avoir commencé la photographie, il expose aux Rencontres de Bamako en 2011. Tout va très vite après : Biennale de Dakar, Rencontres d’Arles, galerie André Magnin. Depuis, il est devenu la coqueluche des collectionneurs internationaux. Au point que le groupe de spiritueux Pernod Ricard lui a demandé de réaliser les photos de ses employés basés en Afrique pour son rapport annuel 2015-2016. Il s’inspire aussi bien des portraitistes de studio africains que des superpositions d’étoffes et des photographes de mode. Sans oublier un penchant pour la culture hip-hop et le R & B. Il résulte de ses photos un mélange assez pop, empruntant l’imagerie africaine et les codes visuels de la mode. Peu d’improvisation, beaucoup de préparation, tel est d’emblée son mode opératoire.

Ce qui l’occupe en ce moment, c’est l’histoire des mouvements de revendication en Afrique et dans la diaspora, de la révolte des Tirailleurs sénégalais, en 1944, aux marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965, moment marquant de la lutte pour les droits civiques des Noirs américains. Sans oublier « les soulèvements actuels d’une génération qui se bat pour préserver la démocratie des ambitions des présidents éternels. » S’il séduit, aujourd’hui, un public plus vaste que les aficionados d’art africain. Il veut faire le portrait d’une génération africaine dynamique.

Par Oumar BA

Grand producteur à ses heures perdues, l’honorable député Cheikh Tidiane Ndiaye, est affectueusement surnommé : « Monsieur Agriculture » à l’Assemblée nationale. Le représentant du peuple est formel : « le Sénégal ne se développera qu’avec l'agriculture, la pêche et l'élevage ».

Rencontré à Mboro, il a bien voulu nous promener dans l’une de ses exploitations de la zone.  Le champ que nous visitons se situe dans le village de Kheur Allé Gueye à un (1) kilomètre dés que vous bifurquez à gauche venant de Mboro, pour prendre la direction de Diogo-Fass Boye. Déjà sur les lieux au petit matin du dimanche 25 septembre 2016, Le député Cheikh Tidiane Ndiaye nous accueille avec enthousiasme. « C’est l’une de mes exploitations dans la zone et elle est seulement de 3ha mais que j’ai hérité des champs de mon père ». Le champ ne regorge que d’arbres fruitiers. Des corossols, manguiers, citronniers, des cocotiers nés à gogo, des anacardiers, entre autres qui contrastent avec d’autres cultures maraichères puisque selon l’honorable député, « le maraichage fait aussi partie de mon domaine d’activité et pour ce faire, j’ambitionne de produire cette année beaucoup de pommes de terre, d'oignons et même de l'arachide de contre saison. Nous avons de l'eau pour du riz, mais notre problème dans la zone c'est la prolifération du Tipha et dans certaines zone le sel fait ses effets sur le développement de cultures. Dans mes autres champs c’est presque le même paysage mais, il ya dans un champ où le citronnier est plus exploité avec plus de 450 pieds, l’arachide et le manioc. Je fais aussi de l'élevage et vous avez vu les vaches et l'herbe fourragère ».  

Mais aujourd’hui, le souhait du député Cheikh Tidiane Ndiaye est de voir « éradiquée cette plante du Typha avec l'appui du ministre de l'Agriculture. Par ailleurs, nous demandons un encadrement du ministère de la Pêche pour la production de poissons dans nos vallées ce qui nous permettra d’exploiter de manière optimale les nombreuses potentialités que regorge la zone des Niayes ».

En tout cas, l’honorable député estampillé « Monsieur agriculture de l’Assemblée nationale », a bien suivi la ligne tracée par feu son père Ngalgou Ndiaye, qui fut selon lui, « le premier acheteur d'arachide dans le département de Tivaouane ». Il fut aussi un ancien député, et Président du conseil rural de Darou. Ce qui lui fait dire que, comme vous le constatez, je ne fais que suivre les pas de feu mon père. Je saisis cette occasion pour remercier le ministre de l'Agriculture, Papa Abdoulaye Seck pour son soutien au monde rural qui en a tant besoin. Car, le Sénégal se développera qu’avec l'agriculture, la pêche et l'élevage ».

 

Ses mots dans sa bouche courent comme elle dans la vie ; Angélique Kidjo ne tient pas en place, bondit, saute, rit à gorge déployée. « C’est ma joie instinctive, ma force positive, j’aime cet éparpillement, s’amuse-t-elle. J’ai tout pris de ma mère. À 88 ans, elle court et danse avec deux prothèses aux genoux ! » Qui peut arrêter ce Niagara vital ? Personne… Pas même Jean Hébrail, son bassiste de mari, le père de sa fille, Naïma (âgée aujourd’hui de 22 ans), compositeur et arrangeur de nombre de ses chansons, son alter ego, son complice de toujours qu’elle a rencontré un beau jour de 1985, dans une école de jazz parisienne.

Le fait d’être née le 14 juillet 1960 à Cotonou, au Bénin, sous le signe de l’éruption révolutionnaire française en quelque sorte, y est peut-être pour quelque chose… En tout cas, durant son enfance, Angélique la tornade fatiguera gentiment Papa, employé des postes, Maman, femme d’affaires avertie, et neuf frères et sœurs. Un milieu familial bien structuré et une scolarité quelconque qui s’effacera bientôt derrière sa passion pour la musique. Elle débute réellement à l’adolescence, dans un groupe monté par un de ses frères, les Sphinx. Choc radical. « Chanter, c’est une véritable transformation de votre être, avoue-t-elle. C’est comme un interrupteur qui déclenche une lumière quand on monte sur scène. »

Elle va s’imposer très vite comme une des grandes show-women d’Afrique, une madame 100 000 volts armée d’une voix impérieuse, entre technique de chant traditionnel et phrasé jazzy, une mini-James Brown en robe qui chanterait en fon ou en yoruba. Un premier album, Pretty, produit par la vedette camerounaise Ekambi Brillant, la consacre star en son pays en 1981. Et elle continuera de bondir, Angélique ! En 1983, elle s’enfuit pour Paris, elle étouffe dans le Bénin marxiste-léniniste de Mathieu Kérékou. En France, elle est découverte par Chris Blackwell, le producteur anglais ancien mentor de Bob Marley, qui la signe chez Island Records où elle se bâtit un début de carrière internationale au fil de quatre albums afro-funk et d’un succès, « Agolo ». De bondir et même de rebondir ! Car voilà notre Angélique partant, en 1998, à la découverte de l’Amérique ! Elle s’installe avec mari et enfant à New York. « C’était plus pratique d’y résider, se justifie-t-elle, puisque Columbia, ma nouvelle maison de disques, y était basée ».

Elle saura s’ouvrir les portes dorées du méga-show-biz local. Elle confrontera son feeling à ceux d’Alicia Keys, Carlos Santana, Peter Gabriel, Ziggy Marley, Gilberto Gil ou Branford Marsalis, pour ne citer que quelques-unes de ses collaborations. Virevoltant d’un soul-rock tropical (dont une version peu convaincante du « Voodoo Chile » de Jimi Hendrix, dans Oremi en 1998) à de l’afro-brésilien (Black Ivory Soul en 2002). Sautant d’une expérience salsa (Oyaya! en 2004) à un son vaudou new-look avec l’album Djin Djin (contenant une splendide version du Boléro de Ravel) en 2007. Pour enfin aboutir à cette récente incursion dans le monde du classique… Neuf albums « américains » au total, parsemés de hauts et de bas, conséquence logique d’une chanteuse risque-tout, qui pratique le grand brassage global au risque de se voir accusée d’occidentalisation excessive. « C’était un défi pour moi, rétorque-t-elle, que d’imposer aux États-Unis une autre vision de la musique africaine. » Et ce défi, elle l’a relevé haut la main puisqu’elle s’est offert le luxe de décrocher deux Grammys dans la catégorie du meilleur album de musique du monde : en 2007 pour Djin Djin et en 2014 pour Eve. Performance jamais réalisée auparavant par un artiste du continent ! Elle est désormais Miss Africa aux yeux de beaucoup de médias américains, participe aux plus grands concerts de la planète comme celui du lancement de la Coupe du monde de football 2010, à Johannesburg.

Et sa formidable énergie, elle va la mettre, cette fois-ci, au service de l’autre, notamment de l’émancipation féminine, son grand combat : « Les femmes font l’Afrique. Quand l’une d’entre elles est éduquée, c’est toute une collectivité qui progresse… Il faut instaurer une réelle égalité avec les hommes », écrit-elle dans son autobiographie, Spirit Rising (Harper Design, 2014). Nommée ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef en 2002, elle sillonne le continent. Et comme rien n’épuise la volcanique citoyenne, elle a également fondé en 2007 sa propre association, nommée Batonga. Le principe : fournir à des jeunes filles issues de familles démunies uniformes, matériel scolaire et tutorat afin qu’elles poursuivent des études secondaires et supérieures. Une des 50 icônes du continent pour la Bbc. « La première diva africaine », selon Time Magazine. Une des 100 femmes les plus influentes au monde d’après The Guardian… Les qualificatifs élogieux à son propos pleuvent. « L’essentiel, c’est que je sois Africaine 24 heures sur 24, coupe-t-elle, et que lorsque je n’aurai plus cette énergie, je mourrai ! », lâche-t-elle, prête à rebondir ailleurs.

Par Oumar BA

Il détonne, l’homme n’est pas pour autant exhibitionniste. Il est plutôt un anti-conformiste en quête d’une liberté et souhaite paradoxalement s’affranchir du regard des autres. Né à Yaoundé, son arrivée en France a littéralement changé sa perception du monde… Le tout lui a permis de produire un étrange et passionnant premier roman, « Le Moabi Cinéma », écrit entre deux tournées.

Blick Bassy voulait aller plus loin dans les thèmes abordés. Son roman « Le Moabi Cinéma » parle de l’émigration, des mirages de l’Occident, de son attraction illusoire auprès des jeunes Africains. Il pensait même en faire un film au départ, et pouvoir de fait toucher un public plus large. Il dénonce cette appréhension des jeunes Africains à croire qu’il n’y a rien à faire dans leur pays, que le « paradis » et la réussite sont ailleurs. Ces jeunes, tant qu’ils n’obtiennent pas de visa, sont désœuvrés. On leur impose alors un modèle de réussite basé sur un autre environnement, un autre système de société. Le fait d’avoir migré l’a fait réaliser combien il était difficile de s’en sortir en Europe. C’est qu’il veut dire aux jeunes à travers cette fiction : l’avenir est en Afrique, regardez ce que vous avez, agissez, réveillez-vous ! Il faut revaloriser les terres, la culture. Et arrêter ces dangereux discours qui idéalisent l’Occident, à cause desquels des milliers d’Africains risquent et perdent la vie chaque année.

Son père fut à tour de rôle catholique, protestant, Nouvelle église de Dieu, baptiste… il changeait de religion à chaque fois qu’un scandale éclatait au sein de l’une d’elles. De fait, Blick Bassy a été baptisé sept fois ! Plus jeune, il a par exemple refusé à trois reprises une bourse d’études pour l’Europe et les États-Unis. Le rêve de tous les jeunes ! À l’époque, pour son père, soit il était malade mental, soit on lui avait jeté un sort ! Il avait même appelé un prêtre pour le faire exorciser.

L’auteur est persuadé que la religion est l’un des principaux maux qui minent l’Afrique. Il écrit sans rechigner que l’esclavage, la colonisation, l’apport de l’Église a remplacé l’essence des croyances fondamentales, des dogmes et du modèle de société. « L’Europe nous a imposé une religion à laquelle elle ne croit plus elle-même aujourd’hui. Les églises sont désertées en France. Au Cameroun, la religion abrutit la population, et est devenue l’excuse : les gens ne sont pas responsables de leur vie, de leurs actes, tout est remis à la volonté de Dieu ! Donc, ils ne se prennent pas en main », dénonce t-il dans son livre.

Les pasteurs s’enrichissent en promettant aux malades, aux boiteux, aux aveugles de les guérir… comme dans la Bible. Ils sont tellement puissants, ils ont des chaînes de télévision, payent des acteurs de telenovelas brésiliennes pour être à leurs côtés, renforcer leur crédibilité, s’indigne-t-il au fil des pages. Les médias européens en ont également pris leur grade. « Ils parlent toujours de nos maux : guerres, famines, maladies… À l’inverse, sur le continent, on magnifie l’Europe. La difficulté d’obtenir un visa renforce cette envie de partir : le « paradis » est difficile à atteindre », lit-on. Dans le livre, le blanchiment de peau est présenté, là encore, au manque d’estime de soi, au passé colonial, à cette idéalisation de l’Occident. Il y a une absence cruelle de modèles, que nous devons créer, aller chercher dans notre histoire. Il faudrait que Peau noire, masques blancs, de Frantz Fanon, soit enseigné à l’école, préconise-t-il. Les conséquences pour la santé sont désastreuses : peau brûlée, cicatrices, odeurs, maladies…

Par Oumar BA

Nneka a grandi à Warri, dans le delta du Niger. Une partie de ses racines demeurent là-bas. Mais aussi en Allemagne, le pays d’origine de sa mère, où Nneka a étudié l’ethnologie. Lorsque son père, un architecte nigérian, se remarie, Nneka est confiée à sa belle-mère qui la force à vendre des oranges dans la rue. Élevée à la dure, elle est fréquemment « corrigée » par sa belle-famille. Loin de sa mère qui a quitté le Nigeria, Nneka se sent mal aimée. Pour soigner son « spleen », elle prend l’habitude d’écrire des chansons. Ses sources d’inspiration, elle les trouve dans le reggae, l’afrobeat, la soul et le blues. Ses idoles d’hier sont restées celles d’aujourd’hui : Bob Marley, Fela Kuti et Tracy Chapman. Sa musique se nourrit toujours des styles ayant bercé ses premiers accords de guitare. Le mot « love » revient, de façon obsessionnelle, dans ses chansons. Elle avoue qu’elle a le plus grand mal à le rencontrer, cet amour. Quand elle ne compose pas, la chanteuse se penche sur le sort des plus démunis. Elle a créé Rope, une Ong destinée à défendre les enfants et les femmes victimes de mauvais traitements en Afrique, et s’investit particulièrement dans cette cause en Sierra Leone et au Nigeria. Nneka s’engage aussi contre Boko Haram. Une chanson de son nouvel album est consacrée à la secte. Cette part d’elle qu’elle essaie toujours de fuir, mais vers laquelle elle finit toujours par revenir. Au fond, c’est là que Nneka trouve ce supplément d’âme qu’elle cherche si activement de Lagos à Paris. C’est dans ce refuge musical et uniquement là que Nneka peut faire semblant de croire que sa vie tient encore et toujours du « conte de fées ».

Par Oumar BA

Révélé au grand public dans « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? », le comédien congolais Pascal Nzonzi jouit d’une quarantaine d’années de carrière. Les mots, Pascal Nzonzi les aime, les délecte et les choisit avec soin. Derrière cette silhouette, se dégage une fierté renouvelée d’être africain.

Il a été seul sur scène avec « Cahier d’un retour au pays natal », d’Aimé Césaire. Il note que ce travail colossal l’a fait grandir. Il s’est isolé pendant un mois. « Pour entendre l’auteur me parler, saisir sa pensée, épouser son combat ». C’était un peu dangereux car plonger dans ce texte puissant vous amène très loin. Toutes ces souffrances du peuple noir dont il parle vous traversent. Comme s’il savait que si le comédien s’astreint à ne pas trahir un texte, l’homme, lui, ne doit pas se mentir à lui-même. Alors, les formules toutes prêtes, trop peu pour lui. Chaque parole est articulée, parfois chantée, avec ce timbre grave qui sied si bien à ceux qui ont grandi au théâtre. Ce fils d’agriculteur est né et élevé en Rdc. Il a grandi en Rdc, à Lutendele, un village au bord du fleuve Congo. À 18 ans, il découvre le théâtre à Brazzaville : il assiste à une pièce et comprend que sa place était peut-être là. Mais il est loin de se douter que cette activité pouvait constituer de métier ! Tout qu’il cherche, c’est perpétuer son amour des textes. Après avoir intégré le Théâtre National Congolais, il a l’opportunité de faire une formation à la Maison de la culture du Havre et découvre d’autres auteurs, modernes, contemporains… Puis, au Festival d’Avignon, il a joué Chant général, de Pablo Neruda. La salle était comble…Il sent alors la nécessité de franchir un palier. Peu importe la longueur de nos répliques, lorsque vous entrez en scène, vous êtes au centre de l’univers, se dit-il.

Le peu de comédiens noirs sur les écrans français serait, selon lui, inhérent au regard étriqué de la société. Une vision stéréotypée, ethnocentriste. Il ne croie pas au fait de « rendre visible » une minorité invisible : c’est un slogan, ça ne veut rien dire, à ses yeux. Il pense plutôt que les auteurs manquent d’inspiration, d’ouverture pour proposer autre chose aux acteurs noirs que des rôles de balayeurs, dictateurs ou dealers. Ce qu’on voit à la télévision, par exemple, n’est pas représentatif de la mixité culturelle de la France. Il s’est certes frustré, mais pas découragé. Il faut gagner sa place, travailler constamment même pour un petit rôle.

Dans ses déplacements, il ne se rend pas tout le temps en Rdc, mais beaucoup en Afrique de l’Ouest. C’est sa façon d’être Africain. «J’observe les mentalités, si différentes d’un pays à l’autre. Je m’intéresse à l’histoire. De grands guerriers de ces pays ont combattu les injustices, les invasions étrangères, l’esclavage. Nous n’avons pas courbé la tête comme certains le pensent ! Je suis fier d’avoir de tels ancêtres», souligne t-il. Quand il voit les masques africains dans les musées français, il dit avoir mal. Pourquoi ne sont-ils pas en Afrique ? Et on entend ces discours paternalistes qui prétendent que nous n’avons rien créé ? Mettre ces masques derrière des vitrines, c’est enfermer les esprits dont ils sont les intercesseurs. Leur fonction sacrée est transgressée.

C’est un triste constat: il n’y a pas d’industrie cinématographique. Où sont les salles de projection? Notre continent est riche, il y a des investisseurs, des hommes d’affaires… Pourquoi ne misent-ils pas sur ce domaine ? Il y a des écoles de footballeurs, on les entraîne et ils rejoignent ensuite des grands clubs en Europe. Pourquoi ne serait-ce pas pareil pour les acteurs ? Il faut créer des structures, former tous les corps de métier, produire des films. S’ils n’ont pas la possibilité de pratiquer leur métier, leur talent ne peut pas s’épanouir, relève-t-il.

Maître Gims n’a pas oublié d’où il vient. En décembre 2013, il est retourné dans sa ville natale, Kinshasa, pour s’y produire sur scène. Gandhi Djuna, son vrai nom à l’état civil, reste congolais, même si une procédure de naturalisation est en cours.

En 1988, son père, Djanana Djuna, musicien dans le groupe de rumba congolaise de Papa Wemba, fuyait Kinshasa et la dictature de Mobutu avec femme et enfants. Gims s’appelle encore Gandhi (du nom de l’idole de son géniteur) et n’a que deux ans. Mais, dès son arrivée en France, il est placé dans un centre social de Forges-les-Bains, dans l’Essonne, avec ses trois frères et sœurs. Leurs parents peuvent les récupérer uniquement le week-end et les emmènent où ils peuvent. Parfois chez des amis, parfois dans des squats. Pourtant, « plus Français que Gims ou Black M, c’est difficile à trouver, commente Laurent Rossi, directeur du label Jive Epic. Mais ils sont fiers de leurs racines : quand ils sont en Afrique, ils restent accessibles. Je n’ai jamais vu Gims refuser un autographe ou des photos, même après 2h30 de concert. Cela s’inscrit dans la tradition du show-business à l’ancienne, où l’on respecte énormément son public – et c’est l’une des clés de sa réussite. »

Son amour pour son continent natal n’est pas feint. En 2012, il chantait déjà dans « Sexion d’Assaut » : « Je ne suis qu’un Africain. Je veux marcher sur la lune mais l’avouer c’est m’humilier. Et tous les jours, mes frères meurent par centaines et par milliers. J’ai les cheveux crépus, je ne pourrais pas les gominer. » Gandhi grandit donc entre les coupures d’électricité, les visites de dealers, les expulsions. L’entrée au collège n’améliore pas sa situation : il dort dans la rue, dans des cages d’escalier, arrive en classe sans avoir fait ses devoirs. Mais il dessine et chante. De l’opéra, surtout. C’est un « enfant de la rue », comme il l’avouera plus tard, tout en ajoutant qu’il n’a jamais été « au mauvais endroit au mauvais moment ». Outre un bon sens qui l’empêche de tomber dans le trafic de drogue, sa persévérance et des (bonnes) rencontres l’aident à se forger un destin en or massif. C’est à l’école qu’il se lie d’amitié avec Maska, Barack Adama ou encore JR O Chrome, avec lequel il fondera Prototype 3015 puis, avec d’autres rappeurs du 19e arrondissement parisien, le collectif « Sexion d’Assaut » en 2002. Il se baptise « Le Fléau » avant de choisir à la fin des années 2000 le nom de Maître Gims – en référence aux mangas japonais qu’il affectionne. Après plusieurs mixtapes de haute qualité, le premier album officiel du groupe, L’École des points vitaux (2010) fait exploser sa carrière. Derrière ce succès, un soutien précieux : Badiri Diakité, alias Dawala. Arrivé du Mali à 11 ans sans parler un mot français, passionné de rap, ce dernier est un self-made-man qui a monté son label, Wati B. Il a veillé sur « Sexion d’Assaut » jusqu’à l’arrivée du label de Sony, Jive Epic, qui a signé en licence le groupe. Mais Dawala continue d’avoir plein pouvoir pour les décisions artistiques.

Parmi les chanteurs français les mieux payés
La tournée avec « Sexion d’Assaut » et le succès inattendu de son premier album solo, « Subliminal », vendu à 1 million d’exemplaires, le classe parmi les chanteurs français les mieux payés devant Johnny Hallyday. Gims frôle le burn-out. Il s’impose un break pour profiter de ses quatre enfants, élevés dans la religion qu’il a choisie à l’âge de 19 ans, l’Islam alors que ses parents sont chrétiens. Il recharge les batteries. « Je ne suis pas de ceux qui pensent que le rap devrait éternellement sentir le bitume, rester à jamais cloîtré dans un quartier à se plaindre », a écrit Gims sur les réseaux sociaux. Six millions d’abonnés sur Facebook, 1,67 sur Twitter, 1,1 million sur Instagram, 500 millions de streams vidéo et audio dans toute l’Europe de son dernier single (Est-ce que tu m’aimes ?), 1,2 milliard de vues sur l’ensemble de ses clips ! Maître Gims est une star. Alors que l’industrie du disque bat de l’aile, son second album, « Mon cœur avait raison », s’est vendu à 700.000 copies depuis 2015. En l’espace d’un mois, sa réédition bonus baptisée « À contre-cœur » s’est écoulée à 50.000 exemplaires. Et voilà qu’il prête sa voix au héros d’un nouveau jeu vidéo, Skylanders Imaginators. Rien que ça. Il prépare aussi une Bd et a déjà écrit ses mémoires, « Vise le soleil » (Fayard, 2015). Sa puissance vocale qui lui permet de toucher des gens qui ne seraient pas susceptibles d’aimer un rappeur. Dans ses concerts, on voit des enfants, de jeunes parents, des adolescents, des seniors… Mais il ne suscite pas la même sympathie qu’un Black M. On ne lui pardonnera pas de se laisser aller. C’est pour cette raison qu’il doit toujours avoir des titres qui surprendront le public.

Imany : La belle aux foulards

23 Nov 2016
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Répètera-t-elle le carton européen de son premier opus, The Shape of a Broken Heart, sorti en 2011 ? Son nouveau titre, dont le single « There Were Tears » a été dévoilé au public, est sensiblement plus orchestré, entre pop et variété, que les joyaux folk-soul épurés du disque précédent tels que le hit « You Will Never Know ». Son premier album, inspiré par ses peines de cœur, avait un feeling et un charme particuliers.

Ce qui lui a valu d’être disque de platine en France et en Pologne, et disque d’or en Italie, en Grèce et en Turquie. Depuis, Imany, de son vrai nom Nadia Mladjao, enchaîne les concerts, parle toujours d’amour dans ses chansons et lance aux filles des messages clairs, sur les scènes parisiennes où elle aime se produire, à la Bellevilloise, la Cigale ou le Trianon : « Si ça ne va pas, ne te change pas toi… Change de mec ! » Cette fille de militaire, née en 1979 à Martigues d’une famille d’origine comorienne, n’a jamais vraiment hésité à être elle-même. Elle a d’abord fait du saut en hauteur, pensé à des études d’histoire et au journalisme, avant de se faire repérer dans le métro parisien par une agence de mannequins. Partie à 19 ans à New York pour un contrat de trois semaines avec Calvin Klein, elle y restera sept ans, s’initiant au chant en marge des séances photo et des défilés. La bande-son de ses années new-yorkaises : Tracy Chapman, Lauryn Hill et Nina Simone. En 2008, lassée de « faire le cintre », elle quitte les podiums, et le petit studio de relooking qu’elle avait monté, pour revenir à Paris se lancer dans la chanson, avec sa sœur Fatou comme manager. Elle est vite repérée lors d’un gig dans un café parisien par Malick Ndiaye, patron du label sénégalo-parisien Think Zik!, qui produit aussi Ayo et Faada Freddy. Depuis ils ne se quittent plus – et se sont même mariés à Dakar.

Imany cultive son petit côté star inclassable et collectionne les succès tranquilles. Elle a ainsi signé, en 2013, la musique du film « Sous les jupes des filles», d’Audrey Dana, vu par 1,4 million de spectateurs en France. Une édition limitée de lunettes funky « Imany pour Alain Mikli » est sortie fin 2014. Et l’une de ses chansons, remixée en Russie, a été numéro 1 d’iTunes Russia début 2015, et sert de générique à une émission sur France 2.

La belle aux foulards comoriens régale avec ses conseils mode les pages people des magazines féminins, mais garde la tête sur les épaules. Elle a promis à ses fans de ne pas dévier de son cap folk et soul, pour céder aux tentations commerciales du R’n’B… En attendant la sortie de l’album, prévue en septembre, et les tournées qu’elle va enchaîner, Imany participe à des concerts pour récolter des fonds, en tant que marraine de l’association Endomind, pour lutter contre l’endométriose, une maladie encore mal connue qui atteint la fertilité des femmes. Et par-dessus tout, elle trace sa route. À son rythme.

Par Oumar BA

Sobel Ngom : Leader civique

21 Nov 2016
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Sobel Ngom est un jeune entrepreneur sénégalais de 25 ans qui a fait des études supérieures en communication à l’école supérieure de commerce Sup De Co à Dakar. Sobel a travaillé depuis 2010 pour une ONG internationale nommée ASHOKA en tant que responsable Afrique du programme Change Makers. A ce titre, il est chargé de bâtir et d’entretenir un réseau de plus de 2000 entrepreneurs à fort potentiel en Afrique. En 2011, il a rejoint l’équipe de People Input, la première agence digitale en Afrique Subsaharienne. Il devient le premier Community Manager à être reconnu sur le marché sénégalais, et est l’auteur du premier livre blanc faisant l’état des lieux des réseaux sociaux au Sénégal et au Cameroun. Particulièrement intéressé par les problématiques de développement et de politiques, Sobel a créé au sein de People Input, Social Marketing Agency dédié à l’accompagnement des ONG, des politiques et des acteurs de la vie publique et du développement pour lesquelles elle conçoit et elle met en œuvre des actions de marketing digital. Sobel est lui-même un entrepreneur et a lancé Social Change Factory, un centre de leadership civique pour les jeunes. Social Change Factory est le promoteur du grand show télévisé dédié à la jeunesse, la Voix des jeunes. En 2011, Sobel a été élu meilleur débatteur de l’année en remportant le concours national de débat, Débattons. Il a représenté le Sénégal au Young Africa Summit en 2012 et au forum mondial des politiques de jeunesse des Nations Unies en 2014. Son engagement en tant que leader de la jeunesse africaine a été reconnu en 2014. En effet, Sobel a été boursier de la première édition du programme Yali, Young African Leaders Initiative, du président Obama. Ses prises de position sont désormais célèbres car il s’est vu cité en référence par le président Obama à deux reprises lors d’allocutions officielles, notamment lors de la réunion de l’Union Africaine il y a quelques semaines. 

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