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Les Gens (82)

Jean-Godefroy Bidima est spécialiste de la théorie critique de l’école de Francfort, ancien directeur de programme du Collège  international de philosophie de Paris et professeur titulaire de l’université Tulane à la Nouvelle-Orléans où il occupe la chaire Yvonne-Arnoult. Bioéthique, anthropologie du droit, éthique médicale, esthétique, économie…, ses champs de réflexion sont nombreux et vastes. Penseur extrêmement fécond, ce philosophe camerounais de 58 ans s’efforce de lire notre monde à travers ses imaginaires et les rapports asymétriques de domination qui le structurent. Au fil de ses recherches, il forge une œuvre solide qui appréhende les réalités africaines et globales à travers les non-dits, déconstruit les faux-semblants et interroge les interstices et les marges. Auteur de « L’Art négro-africain » (éd. PUF, « Que sais-je ? », 1997) et « La Philosophie négro-africaine » (éd. PUF, « Que sais-je ? », 1995), Jean-Godefroy Bidima a créé le concept de « traversée » largement repris depuis par des penseurs plus connus comme son compatriote Achille Mbembe, afin de  dire « de quels pluriels une histoire déterminée est faite ». Plus qu’une idée-force, il manifeste l’envie de déceler le multiple et le divers.

Rama Thiaw : Caméra au poing

18 Nov 2016
931 times

Primé à la Berlinale en mars, le documentaire de 110 minutes de cette réalisatrice sénégalaise sur le mouvement citoyen « Y’en a marre » confirme un vrai talent : celui de Rama Thiaw, 38 ans, une battante à l’esprit rebelle qui a grandi entre la Mauritanie, la banlieue dakaroise de Pikine et la France. Elle y a étudié l’économie à la Sorbonne et le cinéma à Saint-Denis, avant de s’emparer d’une caméra et de sujets de société qui lui tiennent à cœur. Mère en France d’un garçon prénommé Kaya – en hommage à Bob Marley –, elle revendique ses origines populaires et africaines. Remarquée dès 2011 grâce à « Boul Fallé », un documentaire sur l’engouement des jeunes pour la lutte traditionnelle au Sénégal, Thiaw assume une manière très personnelle de filmer, s’attardant avec poésie sur les corps des lutteurs dans leur ballet, qu’elle voit comme l’incarnation d’un espoir : « Redevenir ce que nous sommes, de nobles guerriers. »

Son dernier film, déjà culte au Sénégal au moment de son tournage, s’intitule « The revolution won’t be televised » (« La révolution ne sera pas télévisée »), un titre inspiré par Gil Scott Heron, poète africain-américain (1949-2011) et l’un des parrains du hip-hop. Un paradoxe, aussi, car les images montrent des caméras et des objectifs braqués sur les trois camarades de lutte, Thiat et Kilifeu (deux rappeurs du groupe Keur Gui) et leur ami journaliste Fadel Barro, fondateurs en janvier 2011 du mouvement « Y’en a marre ». Leur mobilisation visait à empêcher le président Abdoulaye Wade de se maintenir au pouvoir, en faisant modifier la Constitution, comme cela arrive en toute impunité sous d’autres cieux.

Rama Thiaw rythme le début de son film d’images d’archives, retraçant avec précision le film des événements. Où l’on voit la rue s’enflammer, littéralement, dans des scènes de colère qu’elle contribue à fixer dans les mémoires, des morceaux d’anthologie qui ont inspiré les jeunes bien au-delà des frontières du Sénégal – au Burkina Faso et en République démocratique du Congo (Rdc) notamment.

En filigrane, la réalisatrice filme aussi la valse médiatique autour du mouvement. Entouré dès le départ de jeunes journalistes européens fascinés, « Y’en a marre », dont on comprend comment le leadership s’est construit dans des périodes de tension intense, n’a été reconnu par la diplomatie occidentale que sur le tard, en 2013, une fois la bataille finie, par les visites officielles de Barack Obama et du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Son sujet s’est imposé à elle avec la force de l’évidence : « Je n’ai jamais rencontré des artistes aussi intègres, si intègres que les filmer est devenu forcément nécessaire, ne serait-ce que pour me dire que je ne rêvais pas », dit-elle. Le documentaire, qui fait le tour des festivals de la planète, a été montré à Milan, Buenos Aires, Toronto, Munich, Varsovie, Bruxelles, Seattle, Durban et Lausanne au mois d’août. En mélomane engagée, Rama Thiaw ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Son prochain projet, qui promet de faire couler de l’encre, porte sur le reggae en Afrique : d’Abidjan à Johannesburg, l’histoire d’une passion et d’une force positive, comme elle.

Son œuvre semble peu africaine mais constitue pourtant l’une des plus importantes et des plus significatives du renouveau de la pensée critique du continent. Résolument inscrite dans les traditions philosophiques occidentales, la réflexion de Kwame Anthony Appiah puise sa source dans son  histoire  familiale et son double héritage culturel, ghanéen et britannique. Le cosmopolitisme n’est pas seulement une question théorique, c’est une éthique et une pratique pour celui qui a grandi au Ghana avant de  mener ses études supérieures en Angleterre et de s’installer aux Etats-Unis, où il a enseigné dans les plus prestigieuses universités. Ainsi qu’il le raconte, Appiah s’est toujours efforcé d’obéir au vade-mecum de son père : « Souvenez-vous que vous êtes des citoyens du  monde, et travaillez à le  quitter meilleur que vous ne l’aurez trouvé. » La pratique africaine de la philosophie, telle qu’il la mène combine l’étude historique, l’analyse conceptuelle et l’approche anthropologique, mais surtout illumine des questions centrales pour la philosophie occidentale. Concilier le singulier et l’universel, le différent et l’en-commun, c’est refuser les assignations identitaires. Cette démarche, Kwame Anthony Appiah en a fait sienne.

De la libération de l’Afrique à l'abandon du Franc Cfa, l'idéologue africain installé au Sénégal prêche un souverainisme du continent africain aux quatre coins du monde. Partout où il passe, Kemi Seba séduit, irrite. Fiché S, interdit de conférence en Allemagne, contrôlé systématiquement aux aéroports, il est dans le viseur des autorités européennes et se présente volontiers comme un persécuté de l’establishment. Originaire de la région de Strasbourg, où il a très tôt été confronté au racisme, il a transformé sa douleur en art de la provocation. Dans les années 2000, il fonde la Tribu Ka, collectif dissous par le gouvernement français en 2006 pour « apologie de la suprématie noire ». Il affiche, avec fierté, son antisionisme et sa proximité avec la fachosphère de l’Hexagone, alors incarnée par Dieudonné et Alain Soral, et fera en tout quatre mois de prison ferme.

Il s’investit ainsi pleinement dans le combat de son « ami » Biram Ould Dah Abeid, président de l’Ong Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira), figure de proue du militantisme antiesclavagiste en Mauritanie, régulièrement dans le collimateur de Nouakchott. Pour donner corps à ses ambitions, il lance une Ong, Urgences panafricanistes, qui souhaite apporter une aide médicale et scolaire sur les terrains de conflit en Afrique et ainsi faire contrepoids aux Ong occidentales.

Après avoir publié trois essais (Supra Négritude en 2013, Black Nihilism en 2014 et Obscure Époque en 2016) et animé, pendant deux ans, une chronique dans un talk-show au Sénégal, où il vit désormais, Kemi Seba est parvenu à populariser ses idées panafricanistes et anti-impérialistes dans la région. Inlassablement, il dénonce les deux maux qui gangrènent, selon lui, les sociétés civiles africaines : le « colonialisme exogène des Ong et des chancelleries occidentales » et « celui, endogène, des ploutocrates africains ».

Il profite de son aura médiatique pour inscrire son combat dans une tendance fédératrice : celle du souverainisme. Pour Kemi Seba, Gbagbo est un cas d’école : « Je garde une distance critique par rapport à lui. Mais sa place n’est pas à La Haye. J’ai l’impression que la justice internationale ne concerne que les pauvres », explique-t il dans les colonnes de Jeune Afrique. Pour lui, la libération de Gbagbo n’est pas une question d’idolâtrie, mais une question de souveraineté africaine !

Le franc Cfa, perçu comme un instrument de domination économique, en prend au passage pour son grade. Des arguments qui font mouche à chaque fois. Il cite Cheikh Anta Diop, Patrice Lumumba, Thomas Sankara et revendique une double filiation avec Marcus Garvey, chantre jamaïcain de l’union mondiale des Noirs, et René Guénon, penseur franco-égyptien qui lui a « permis de comprendre la profondeur du drame capitaliste ». Formé pendant sa jeunesse au sein de la branche française de la Nation of Islam (Noi), il a conservé les techniques oratoires qui ont fait le succès de l’organisation politico-religieuse américaine. Chacun de ses discours est un véritable prêche. Et ses jeunes auditeurs boivent ses paroles.

Source : Jeune Afrique

Ce Sénégalais, descendant de Bouna Alboury Ndiaye, s’est fait une place en or dans le business de la Nba. Il fait office d’intermédiaire pour les contrats des Français du basket américain.

Bouna Ndiaye a réussi sa vie : pour ses 50 ans, il a reçu une Rolex. Ce n'était pas une promesse gratuite. Il a de quoi s’offrir un tel privilège, l’homme fait office d’intermédiaire dans l'export de joueurs français à la Nba. Bouna Ndiaye débarque adolescent en France, en provenance du Sénégal, avec quatre frères et sœurs et sa mère, petite-fille d'un colon français. Le père, entrepreneur et diplomate, est resté au pays. Contrairement à la plupart des jeunes de banlieue, les études lui tentent. Pour financer son cursus en économie d'entreprise, il nettoie les ¬avions à Roissy et organise des soirées sur le campus.

Son sourire enjôleur et un sens certain du contact tissent les premiers réseaux. Bouna était très présent dans le phénomène Streetball des années 1990. Il avait un côté grand-frère pour les joueurs de banlieue parisienne. Bien qu’il soit toujours obnubilé par le basket, il fut un joueur modeste, en -deuxième division, avec un salaire de 8.000 francs français par mois. Avec ComSport, l'idée est de dénicher les joueurs à fort potentiel pour les développer jusqu'en Nba. A force de détermination et d’abnégation, la planche à billets finit par chauffer. De quoi offrir à cet élastique de 2,16 m la plus grosse fiche de paie du sport français : plus de 23 millions d'euros annuels. Total des nouveaux contrats : 371 millions de dollars. Le pactole ne passe pas inaperçu, même dans une ère d'opulence née de droits télé. Au passage, une commission de 4 % et de sacrés galons pour l'agent, négociateur à sang-froid mais mine de gamin réjoui une fois apposée la signature en bas de page. Si Tony Parker est démarché en vain, l'escouade finit par prendre forme. Ndiaye passe en force, en attaquant la puissante association des joueurs Nba. Mais le rêve américain passe par une licence. Pour l'obtenir, un numéro de Sécu local est impératif. Derrière sa réussite, se cache des moments caractéristiques de rudes épreuves.

Bouna s'est souvent fait plaquer. En 2005, la draft, foire aux jeunes joueurs appelés à intégrer le grand monde, dessine un autre tournant. Le départ le plus douloureux ? Celui de Ronny Turiaf, à l'orée d'un contrat de 17 millions de dollars. Pour mieux s'affranchir, Ndiaye s’est installé à Dallas avec sa femme et ses enfants. C'est là-bas qu'il avait placé son premier joueur. Vingt ont suivi. En tête de gondole, Nicolas Batum, pris en main à 16 ans, dont la trajectoire exponentielle a permis de lever les doutes sur le savoir-faire du chaperon. Dans le landerneau français, les jalousies bruissent mais jamais publiquement. Quarante ans qu'il n'était pas retourné à Linguère, 300 km au nord-est de Dakar. On l'a accueilli avec égards, pas tant pour saluer son succès que sa généalogie. Il a envie de perpétuer la trace familiale, projette d'y construire une école. Autour, il y aura des terrains de basket.

Mohammed Dewji est un entrepreneur tanzanien qui a transformé l'héritage familial en un groupe diversifié. Mohammed Dewji dirige un groupe qui réalise près de 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Un ancien groupe de négoce dont il a hérité et qu’il a transformé notamment dans l’industrie, la téléphonie, l’électronique et qui possède une trentaine d’usine dans son pays, la Tanzanie.

Mohammed Dewji a mis quelques années avant de s’imposer comme un patron incontournable. Ces dernières années, il est devenu l’un des dirigeants les plus en vue d’Afrique : depuis 2012, il enchaîne les récompenses. En 2014, il fait notamment partie du classement des dix personnalités africaines les plus puissantes. La même année, il intègre le top 100 des jeunes leaders économiques dans le monde. L’année suivant, il est nommé dirigeant de l’année par African Business Magazine. Si Mohammed Dewji réussit, d’ici à 2018, à atteindre les 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, il pourrait rapidement rejoindre les plus grands du continents.

Parmi les cent personnalités du classement Forbes des personnalités africaines les plus riches, Mohammed Dewji fait figure d’exception. A seulement 40 ans, il cumule une fortune de 1,1 milliard de dollars. Assez pour être l’un des 23 milliardaires que compte l’Afrique. Surtout, il est le plus jeune de ce classement. « L’une des figures de proue de cette nouvelle génération d’entrepreneurs africains », résume Le Monde. Malgré son jeune âge, Mohammed Dewji a déjà un CV impressionnant : depuis 2011, il est à la tête de l’entreprise familiale, MeTL. Une entreprise qu’il a métamorphosée depuis son arrivée. Depuis sa prise de fonctions à la présidence du groupe, il en a fait le plus gros conglomérat de Tanzanie, avec des statistiques extraordinaires : il a notamment multiplié par quarante le chiffre d’affaires de la société. Ce dernier dépasse le milliard de dollars depuis désormais deux ans. Et c’est loin d’être fini… D’ici à 2018, Mohammed Dewji veut «passer de 24 000 à 100 000 employés. » Surtout, il veut encore multiplier par cinq le chiffre d’affaires du conglomérat. Un objectif qui pourrait être atteint, tant l’internationalisation de MeTL est en marche.

Car son conglomérat est bien plus qu’une société tanzanienne. Mohammed Dewji voit plus grand que le marché de son pays : MeTL exporte déjà ses produits dans huit pays de la sous-région. Dans tous les secteurs : savons, détergents, textile, huiles de cuisine. En tout, le milliardaire est à la tête de 25 sociétés et possède plusieurs dizaines de marques. Le tout, produit dans une trentaine d’usines un peu partout dans le pays. Il est loin le temps où Mohammed Dewji était encore sur les bancs de la Georgetown University, aux Etats-Unis. Ce n’était pourtant qu’en 1998.

Alek Wek a su donner un nouveau souffle à l'univers de la mode. Défiant les préjugés, elle s'impose comme l'une des premières africaines à faire la couverture de magazines occidentaux réputés. Elle ravit les grandes maisons et marques. Elle est également investie dans de nombreuses associations humanitaires. 

Après ses premiers pas dans la musique, Alek Wek intègre le monde de la mode et est élue en 1997 « Mannequin de l'année» par MTV. Elle est le premier top africain à apparaître en couverture du magazine « Elle », la même année. Repérée par de nombreuses marques, sa carrière décolle et elle pose pour des publicités. Alek est également très sollicitée sur les podiums et elle défile pour Shiatzy Chen, John Galliano, Chanel, Donna Karan, Calvin Klein, parmi d'autres. Dès lors, elle s'investit énormément au sein d'associations humanitaires : porte-parole de Médecins sans frontières au Soudan, membre du Comité américain pour les réfugiés, elle est très attachée à son pays d'origine.

Elle vit aujourd'hui à New York avec son conjoint Riccardo Sala. Elle est la septième d'une famille de neuf enfants. Alek Wek est née au Soudan. Elle y vit un véritable drame lorsque la guerre civile éclate dans son pays. Elle assiste à des enlèvements, à la destruction de son village et fuit vers la capitale avec sa famille. Malheureusement, son père, blessé, est transporté à l'hôpital et meurt peu après. Alek Wek décide de partir rejoindre l'une de ses sœurs installée à Londres, en 1991, en compagnie de sa mère et d'une  autre sœur. Les autres membres de la famille trouveront refuge plus tard au Canada ou en Australie. En 1995, alors qu'elle se promène à Londres, Alek Wek est repérée par l'agence Models 1. Elle commence à apparaître dans des clips vidéo de Tina Turner et de Janet Jackson, nous sommes en 1997. Plus tard, elle crée une ligne de sacs baptisée « Wek 1933 », en hommage à son père né cette année-là.

Elle a été choisie pour figurer dans le juré du prix de la mode africaine, à Johannesburg.

Par Oumar BA

Dans sa livraison n°597 du 09 au 15 novembre 2007, l’hebdomadaire Nouvel Horizon révèle que « l'Anoci a adoubé la Société Tse de Cheikh Amar pour la réalisation d'un projet immobilier de très grande envergure, qui sera implanté sur l'emprise de l'Aéroport international LSS de Dakar Yoff ». « Ce projet dit des villas présidentielles de l'Oci », poursuit l'hebdomadaire dakarois, « serait estimé autour de 15 milliards de FCfa. Il s'agit d'un complexe immobilier de plusieurs villas de très haut standing pour accueillir les grosses pointures politiques du prochain sommet de l'Oci, en mars 2 008 ». L'heureux bénéficiaire de ce projet qualifié de pharaonique par N.H. « a déjà obtenu des services de l'Etat toutes les autorisations requises pour la mise en valeur du vaste terrain qui lui a été attribué ».

Elu « Homme de l’année » par le jury des « Sedar » de Nouvel Horizon en 2008 et en 2010 – une première –, le patron de TSE-TRE est une belle réussite dans le monde des affaires sénégalais. Inconnu du grand public il n’y a guère longtemps, le frère d’Ameth occupe aujourd’hui une place enviable au box-office des célébrités sénégalaises. Pas un album (de mbalakh) ne sort aujourd’hui sans qu’une chanson ne lui soit dédiée. Youssou Ndour him self y est allé de sa chansonnette. Cheikh a cherché la notoriété, la célébrité et l’a obtenu. Le directeur général de Tracto Services Equipement (Tse) est donc un homme ambitieux qui doit, en grande partie, sa réussite à la première alternance sénégalaise.

Arrivé en France après le bac pour les besoins de ses études en 1991, il faisait de petits boulots pour pouvoir financer ses études commerciales. Son Bts commercial en poche, il créé une petite entreprise qui s’occupe de transit et vend aussi des voitures. En 2001, il lâche tout et rentre au pays sur demande du défunt Khalife des Mouride Serigne Saliou Mbacké, son marabout. Il se lance dans l’importation des matériels agricoles. Khelcom et quelques paysans lui servent de tremplin et l’ex-pensionnaire du lycée Delafosse en fait un filon qui lui permettra de créer en 2002 Tracto Services Equipement (Tse).

Depuis plus d’une dizaine d’années, il dirige Tracto services équipement (Tse), une société anonyme qui épaule les paysans en leur vendant des matériels agricoles importés d’Inde. Mais c’est surtout le coup de pouce de son marabout et du président Wade qui lui permet de décoller. Il fait la connaissance de Me Wade en 2003 lors d’une foire agricole. Ils se retrouveront à Touba où le marabout l’introduit auprès du Président. Wade multiplie les marchés pour son coreligionnaire en mouridisme. L’effet boomerang est positif.

Les agences de l’Etat lui font confiance aussi. L’heureux bénéficiaire du projet pharaonique des villas de l’Anoci a déjà obtenu des services de l’Etat toutes les autorisations requises pour la mise en valeur du vaste terrain qui lui a été attribué. Il revient à la charge en fournissant à l’État, plus exactement à Me Wade, les 510 tracteurs et les 800 motopompes qui avaient été réceptionnés en grande pompe au Cices (coût estimé de ces équipements : 16 milliards de FCfa). C’était le 8 février 2006.

Présent dans la riziculture, du nord au sud du Sénégal, Cheikh Amar se signale presque dans tous les secteurs touchant l’économie du pays. En 2010, il a multiplié sa présence dans certaines entreprises nationales. Récemment, il a été nommé Pca de Seniran auto après son entrée remarquable dans le capital de cette société. Lorsque le chef de l’Etat a été invité aux Usa pour rencontrer les investisseurs noirs américains, c’est Cheikh Amar qui a été désigné pour représenter le Sénégal et toute l’Afrique de l’Ouest. Après avoir lancé son entreprise TRE spécialisée dans l’immobilier, M. Amar est en train de finaliser son grand projet immobilier «Touba Almadies ».

Par Sidy DIOP

Le gymnase mal éclairé retentit du bruit mat des corps sur les tapis d'entraînement. La lutteuse sénégalaise Isabelle Sambou s'y prépare pour les jeux Olympiques de Rio (5-21 août), rêvant de médaille pour son pays où la lutte traditionnelle et ses champions masculins écrasent la concurrence. Entre une séance technique au Centre international de lutte olympique de Thiès, à 70 km au nord-est de Dakar, et une autre plus physique, Sambou (35 ans), neuf fois championne d'Afrique de lutte féminine dans la catégorie moins de 48 kg, se repose dans sa petite chambre en compagnie d'Evelyne, sa sœur cadette, elle aussi lutteuse. Les deux sœurs suivent sur leur téléviseur cathodique un combat masculin de lutte sénégalaise, dont les champions, dans sa version avec frappe, sont des idoles dans le pays.

"Petite, je faisais de la lutte avec frappe dans le sable. Un jour, mes frères m'ont vue et m'ont dit : +Tu es forte, tu devrais faire de la lutte olympique+", raconte la jeune femme, originaire de Casamance, dans le sud du Sénégal. Elle commence par refuser, puis finit par s'essayer à cette variante de son sport, impliquant tout le corps pour faire tomber l'adversaire.

Avec son 1,52 m, elle se lance en 1999, à l'âge de 19 ans, et participe dès 2001 à sa première grande compétition. Cinq ans plus tard, elle devient championne d'Afrique pour la première fois. "La lutte traditionnelle, c'est dans les villes et les villages, alors qu'avec la lutte olympique, tu défends les couleurs de ton pays dans le monde", estime la lutteuse, les yeux brillants.

Aux Jeux de Londres en 2012, elle a ainsi obtenu la cinquième place, soit la meilleure performance africaine de tous les temps, hommes et femmes confondus. "On passe de la lutte traditionnelle à la lutte olympique pour une seule raison : se qualifier pour les Jeux. C'est pourquoi, ici, on met tout en place pour développer les structures et la préparation", explique Vincent Aka-Akesse, olympien à trois reprises en équipe de France et directeur du développement de la lutte en Afrique.

'Marche à franchir'
Depuis sa qualification en avril pour les Jeux de Rio, qui seront ses derniers, la préparation de la lutteuse s'est intensifiée. Accompagnée de lutteurs et d'entraîneurs internationaux, elle enchaîne trois séances par jour pour réaliser son rêve. Course à pied dès 07h00 du matin, entraînement technique en début d'après-midi, suivi de combats face aux meilleurs lutteuses et lutteurs du continent : le programme est exigeant. Les entraîneurs aussi. "Pour obtenir une médaille, il ne manque pas grand-chose. Il y a une toute petite marche à franchir. C'est la raison pour laquelle on a fait venir des entraîneurs d'Europe de l'Est. Ils ont une culture de la lutte et savent préparer ces grandes compétitions", ajoute Vincent Aka-Akesse.

Un entraîneur et un préparateur physique bulgares sont aux côtés de Sambou et des deux autres athlètes qualifiés pour Rio. Le premier, Nikolay Minchev, 36 ans de carrière, dont cinq à Thiès, participe aussi à ses tout derniers Jeux. "Isabelle est l'athlète la plus expérimentée du circuit. Elle a de très bons appuis, est très offensive et défend très bien. Tout est réuni pour qu'elle obtienne une médaille, peut-être en or, cet été", assure-t-il, tee-shirt aux couleurs de son pays sur le dos. Le second, Nick Stanchev, plus jeune, est arrivé mi-mai avec mannequins en mousse, cordes et poids de musculation. Un matériel de professionnel afin de préparer les meilleurs lutteurs du continent africain dans les mêmes conditions que leurs concurrents de pays plus développés.

Ambassadrice de l'Afrique
"Nous connaissons déjà ses adversaires, on a le temps de travailler stratégiquement sur chacune d'entre elles. Je leur répète toujours : vous vous entraînez pour battre les Russes, les Américaines, donc il faut voir ce qu'elles font, comment elles se préparent. C'est pour ça qu'on met les moyens", détaille Vincent Aka-Akesse.

"Les talents comme Isabelle sont présents en Afrique. Maintenant, il faut mettre en place une structure et un parcours d'excellence pour qu'ils puissent rivaliser avec les meilleurs", développe l'ancien lutteur.

Sa cinquième place à Londres a permis à la Sénégalaise de changer de dimension. En 2013, la Fédération internationale de lutte l'a nommée ambassadrice du Super 8, campagne qui promeut la participation féminine dans la lutte, puis en 2015, meilleure lutteuse africaine de la décennie.

Mais au Sénégal, être une femme dans ce sport essentiellement masculin est très mal perçu. "J'ai tout entendu : +Tu vas devenir un homme, tu ne trouveras pas de mari+", se souvient la lutteuse, qui souhaite fonder une famille après cet ultime défi. A la fin de l'entraînement, les athlètes se saluent. Haletante, Isabelle Sambou se met à l'écart pour récupérer près de la fenêtre. Sur les murs qui entourent le centre, plusieurs dessins grandeur nature symbolisent les différents sports olympiques. Le tout dernier représente la championne, remportant un combat face à une lutteuse bissau-guinéenne.

AFP

Didier Drogba demeure sans doute l’un des meilleurs footballeurs africains de sa génération. Voici un joueur au destin incroyable, qui à force de caractère, de talent et de travail a su s’élever sur le toit du football mondial. Il a su au gré d’une ascension fulgurante cheminer jusqu’à atteindre le plus haut niveau du football mondial.

Selon le magazine économique américain « People With Money » Drogba aurait amassé entre les mois de mai 2015 et mai 2016 la prodigieuse somme de 96 millions d'euros, sonnants et trébuchants. Une hausse de quasiment 60 millions par rapport à l'année précédente, de quoi lui remonter le moral. D'après les calculs, le footballeur-entrepreneur pèserait près de 275 millions d'euros.

Outre ses gains professionnels, il devrait son immense fortune à de judicieux placements boursiers, un patrimoine immobilier conséquent et le très lucratif contrat publicitaire avec les cosmétiques CoverGirl. Il possèderait également plusieurs restaurants à Abidjan (dont la chaîne « Chez l'gros Didier »), un club de Football à Abidjan, et serait également impliqué dans la mode adolescente avec une ligne de vêtements « Drogba Séduction » ainsi qu'un parfum « L'eau de Didier », autant de succès financiers.

Pourtant, rien ne semblait prédestiner à l’ivoirien à une carrière aussi éclatante. Il naquit le 11 mars 1978 à Abidjan. Il quitte la Côte d’Ivoire pour la France en 1983 à l’âge de 5 ans. Le jeune adolescent fit ses premiers pas à Vannes puis à Levallois-Perret. Il signa son premier contrat professionnel avec le Muc 72 à 19 ans. Après quatre années passées dans la Sarthe, Drogba découvre l’élite avec l’En Avant Guingamp en janvier 2002. En 2002-03, aux côtés de joueurs comme Florent Malouda, l’Ivoirien réalise une superbe saison. L’Eag alors dirigé par Guy Lacombe, termine 7e à 3 points seulement de la Ligue des Champions. Didier Drogba inscrit 17 réalisations. De quoi nourrir l’appétit de l’OM, qui le recrute à l’été 2003. Très rapidement, il devient le chouchou du public marseillais. 19 buts en championnat, dont le plus beau but de l’année, 11 en coupe de l’Uefa où Marseille s’incline en finale face à Valence, Drogba marque au total 32 buts sous le maillot olympien. Par son abnégation, sa rage et son réalisme, il a su conquérir le cœur des supporters du Vélodrome. Jamais un joueur n’avait marqué autant le club en si peu de temps. Car Drogba quitte l’OM un an après son arrivée et rejoint le nouveau riche, Chelsea, depuis peu possédé par le russe Roman Abramovitch. Le transfert est estimé à environ 38 millions d’euros.

Dans le club londonien avec un temps à sa tête son mentor, José Mourinho, Drogba va empiler les buts et les titres: 3 titres de champion d’Angleterre, 4 FA Cup, 2 coupe de la Ligue, 2 Community Shield. Sur le plan personnel, il totalise 2 ballons d’or africains, 2 titres de meilleur buteur du championnat anglais et une belle quatrième place au ballon d’or 2007. En Côte d’Ivoire, Drogba demeure un exemple. S’il n’a jamais remporté de Can avec les Eléphants, il ne compte pas moins de 84 sélections pour 55 buts.

Après Chelsea, l’Ivoirien a évolué en 2012 à Shanghai Shenhua, en 2013-2014 à Galatasaray, en 2014-2015 à Chelsea, il évolue présentement dans le club Impact de Montréal. L’Ivoirien reste l’un des joueurs africains les plus aimés, le plus acclamés de l’histoire. Doté d’une technique, d’une puissance et d’un mental à toute épreuve, il a souvent su porter sur ses épaules le poids de son équipe. Leader né, buteur régulier, Drogba a souvent su se montrer incontournable dans les grands moments.

Par Oumar BA

Fatou Diome, la voix des sans-voix

18 Juil 2016
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Le succès de Fatou Diome est le fruit d’un parcours à la fois heurté et passionné. Fatou Diome n’est pas seulement cet écrivain libéré qui incarne une Afrique debout, elle a aussi une histoire. Pour comprendre la colère et l’indignation de cet écrivain, il faut se pencher sur son royaume d’enfance. Fatou Diome est née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, au sud-ouest du Sénégal. Elle est élevée par sa grand-mère. En décalage avec le microcosme de l'île, elle décide d'aller à l'école et apprend le français. Sa grand-mère met un certain temps à l’accepter : la petite Fatou doit aller à l'école en cachette jusqu'à ce que son instituteur parvienne à convaincre son aïeule de la laisser continuer.

A treize ans, elle quitte son village pour aller poursuivre ses études dans d'autres villes du Sénégal tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots : elle va au lycée de Mbour, travaille durant les vacances en Gambie. Après l’obtention de son baccalauréat, elle entame des études universitaires à Dakar (Université Cheikh Anta Diop). A ce moment, elle songe à devenir professeur de français, loin d’elle l'idée de quitter son pays natal. A 22 ans, elle se marie à un Français et décide de le suivre en France. Elle divorce deux ans plus tard et se retrouve en grande difficulté, abandonnée à sa condition d'immigrée sur le territoire français. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle s’adonne à de petits boulots y compris lorsqu'elle peut exercer la fonction de chargée de cours, au cours de son DEA. En 1994, elle s'installe en Alsace. Elle étudie à l'université de Strasbourg où elle termine son doctorat de lettres modernes sur Le Voyage, les échanges et la formation dans l'œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane, tout en donnant des cours. « Le Ventre de l'Atlantique » est son premier roman paru en 2003 aux éditions Anne Carrière.

Son deuxième roman, « Kétala », paraît en 2006. La France et l’Afrique forment le cadre de ses œuvres de fiction. Son style est inspiré par l’art traditionnel de narration. Avec ses descriptions précises et authentiques, un humour impitoyable et le langage tranchant, mais nuancé, qui la caractérisent, elle trace un portrait inquiétant des difficultés d’intégration à l’arrivée en France harmonisé par des épisodes entremêlés de nostalgie et d’agrément au souvenir de son enfance au Sénégal. La vidéo où elle «descend en flammes» l’Europe a fait le tour du web. «Les gens qui meurent sur les plages, si on voulait les sauver, on le ferait, parce que les moyens qu’on a mis pour le Frontex, on aurait pu les utiliser pour sauver les gens». Ces phrases qui retentissent encore dans l’Hexagone ont séduit des millions de téléspectateurs qui ont applaudi des deux mains à ce plaidoyer.

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 18 juillet 2016 15:05

Du haut de ses 24 ans, Dany Synthé, est aussi méticuleux que discret, le compositeur disperse ses mélodies redoutablement dépouillées et ses rythmiques remuantes, inspirées tour à tour du n’dombolo ou des musiques nigérianes, de P-Square à Davido sans se départir d’une solide culture rap. Coup de maître ? En tout cas, la formule retourne les baffles de la France entière et résonne désormais jusqu’en Afrique, où il est devenu un phénomène.

Il est au-devant de la scène depuis la sortie du hit de Maître Gims « Sappé Comme Jamais » qui a remporté une Victoire de la musique et totalise plus de 133 millions de vues sur YouTube.

L’année a bien commencé et pourrait bien se poursuivre en fanfare. Quelques jours après une visite de feu le roi de la rumba congolaise, Dany, grimpait sur la scène du Zénith, synthé-guitare en bandoulière et chapeau de sapeur sur le crâne. Compositeur du bien nommé « Sapé comme jamais », de Maître Gims, il raflait avec lui une Victoire de la musique dans la catégorie chanson de l’année. Depuis sa Victoire, le gamin du quartier des Hautes-Noues, à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), croule sous les projets.

Il est loin le temps où Daniel, à peine sorti de l’école de musique, pressait son père de le déclarer à la Sacem. Désormais à la tête de son label, O-Vnee Music, compositeur, musicien de scène et directeur artistique, Dany Synthé a tissé au fil du temps une étrange galaxie d’artistes et de stars que l’on retrouve désormais à tous les étages des classements. Tous se posent la même question : comment ce jeune homme, timide sous son bonnet de laine, est-il devenu une telle machine à tubes ?

Féru de mathématiques et plutôt solide à l’école, Dany se prépare depuis longtemps. Il est bercé dans son enfance par les hits de Sinik ou Diams, par le folk et la musique africaine que son père, congolais, bastonne à la maison. Enfant du numérique, à l’adolescence, il tombe de sa chaise en découvrant la production musicale sur ordinateur.

Embauché comme clavier sur la tournée d’Orelsan il y a quelques années, il a embarqué à son tour le batteur Manu Dyens, Maître Gims, avant de se retrouver avec lui chez Disiz puis d’inviter en retour Gims sur la bande originale Camping 3, à laquelle il participe. Après avoir dispersé ses premières musiques chez les rappeurs du quartier, il s’inscrit à la Sacem et, via son éditeur Skread, producteur d’Orelsan. Le manager de Sexion d’Assaut, rencontré grâce à un ami commun, le présente au groupe et les sessions s’enchaînent avec Black M et Maître Gims.

La vie de Dany, elle, a en revanche peu changé : tout au plus le petit studio installé il y a encore peu de temps dans une piaule de l’appartement familial s’est-il étoffé et délocalisé à Montreuil, mais Dany vit toujours auprès de sa famille. Artistiquement, en revanche, le spectre s’est élargi et le compositeur voit bien plus loin que les portes du quartier, bien plus loin que le rap lui-même. 

Par Oumar BA (avec le monde)

Last modified on vendredi, 15 juillet 2016 15:17

Fally Ipupa est né à Bandal, le quartier des musiciens de la capitale congolaise. Après des débuts timides dans une myriade de formations, il s’est mué en gosse ambitieux au fil des ans. En 1999, son transfert, à l’âge de 22 ans, dans le groupe « Quartier Latin », la célébrissime formation du non moins célébrissime Koffi Olomidé, fit déjà couler beaucoup d’encre. Le temps d’affiner son talent de chanteur. Et en 2006, il se lance dans une carrière solo avec son premier album, «Droit chemin», aux accents neufs et un succès énorme. Plus d’un million d’exemplaires écoulés sur le continent et dans la diaspora (dont un disque d’or en France. Deux autres opus, Arsenal de belles mélodies (2009) et Power-Kosa Leka (2013), l’imposeront définitivement.

Fally Ipupa s’est donné pour objectif d’être la première vedette de son pays à  conquérir le marché mondial. Toutefois, Franco avait esquissé le grand saut vers le marché mondial avant de mourir en 1989. Papa Wemba avait, lui aussi, tenté une approche avec trois albums réalisés sous la houlette de la rock-star tiers-mondiste Peter Gabriel, entre 1992 et 1998 ; et puis, il y eut la chance exceptionnelle offerte à Koffi Olomidé quand les feux de l’actualité française et européenne se braquèrent sur son concert (une première pour une star africaine) en 2000, dans la salle parisienne de Bercy archi-comble, une chance qu’il ne sut ou ne voulut pas saisir.

Mais pourquoi les « rumberos » d’antan auraient-ils eu à se soucier du marché occidental, eux qui régnaient alors en maîtres absolus sur les hit-parades de Dakar à Johannesburg ? Tout est différent maintenant, l’actuelle génération a connu la mondialisation dès le plus jeune âge. Elle surfe sur Internet aussi naturellement qu’elle tape dans un ballon de foot et réside à Paris, entourée des siens et immergée dans les traditions.

«Dès l’âge de 17 ans, je fréquentais les kiosques de rue dans Kin pour jouer sur Nintendo, se rappelle Fally. Mais j’ai vraiment commencé à me servir de l’ordinateur en 2004, quand j’ai gagné un peu d’argent ». A l’instar d’un artiste français ou britannique, il se met à l’ère du numérique, s’appuie sur les réseaux sociaux comme un élément majeur de sa stratégie pour entretenir le buzz. «J’ai ouvert un blog en 2006 à l’occasion de la sortie de Droit chemin. Je dispose d’une page Facebook depuis 2007. Quant à mon compte Instagram, il est le plus visité de la Rd Congo», s’exclame-t-il fièrement.

«Je veux qu’on écoute de la musique africaine, car j’ai cette culture dans le sang, mais modulée pour les oreilles du monde entier », confie-t-il. Et très logiquement, Fally a réuni les ingrédients nécessaires à cette conquête internationale : un producteur, Skalpovitch (alias Skalp), qui s’est imposé dans le show-biz français comme un hit-maker (Magic System, Indila, Black M, Kendji Girac…), des textes en lingala, anglais et français, une musique entre european dance, rumba et ndombolo. Et surtout un nombre substantiel de featurings, ces produits d’appel indispensables à la réussite d’un album en 2016 : Black M, R. Kelly, la star de la soul-love américaine et bien d’autres encore.

Par Oumar BA (avec le monde)

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

« Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid des "bascules" artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 13:43

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

«Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid à des «bascules» artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, de Londres ou de New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart sont rentrés au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe. Dans la cour, à l’ombre de palmiers, un joli bar en fer forgé de l’artisan sénégalais feu Baay Xaaly Sène est devenu l’un des lieux de rendez-vous branchés de Lagos. Les tables, les chaises et les trônes en tissus tressés aux couleurs vives réalisés par des artistes togolais et maliens sont à vendre, « prix sur demande ».

Reni Folawiyo les a dénichés sur les marchés ou dans les ateliers d’artisans qu’elle a repérés au cours de ses nombreux voyages sur le continent. Avec un faible pour le Sénégal, où elle se dit fascinée par une « créativité brute et purement africaine » qui fait fi des influences occidentales. Elle aime à glaner des produits et créations sur les marchés d’Afrique qu’elle met ensuite en valeur chez Alara, avec le même soin qu’un produit de luxe. Face au bar, il y a le restaurant aux murs ornés de photo d’art, Nok by Alara, qui ne désemplit pas. Reni Folawiyo a confié la carte au célèbre chef sénégalais établi à New York, Pierre Thiam.

Reni Folawiyo fait figure d’exception, un « ovni » culturel et entrepreneurial, comme elle dit. Elle aménage un espace pour recevoir des artistes en résidence, prépare le lancement en septembre d’un site de vente en ligne pour satisfaire des clients africains jaloux qu’Alara ne soit présent qu’à Lagos. Et elle songe à créer un autre concept-store à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire qui a enregistré une croissance de 10,3 % en 2015. Mais Reni Folawiyo ne se soucie guère des tendances économiques qui n’affectent pas vraiment sa clientèle.

Source : Le monde

Entre les vitres teintées du véhicule, la lycéenne peule en veste crème, tee-shirt et jean blancs, répète les paroles de son titre « Kono Non » (« t’as raison », en pular), un rap qui dénonce la pédophilie.

« Il appelle à voix basse la fillette/ 
l’a conduit dans un coin/ 
lui chuchote des mots doux/ 
lui donne des sucettes et des biscuits/ 
il veut l’amadouer et abuser d’elle (…) »

Le texte est autobiographique. Quand Aïcha Bah avait 12 ans, un muezzin qui habitait en face de chez elle lui a fait des avances. « Il m’a dit : “Come on baby, I have a bonbon”. Il m’a touché les seins. J’ai tapé ses mains et je suis partie en courant », raconte-t-elle.

L’adolescente vit avec ses sept frères et sœurs à Wanindara, un quartier chaud de Conakry, mais elle est née à Kambia, dans le nord de la Sierra Leone. Sa révolte est plus large que de s’insurger contre un muezzin libidineux. Elle dénonce aussi la polygamie. Elle n’a pas revu son père épicier depuis des années. La mère d’Ashley, elle, vend du riz sur le marché Wanindara. Une situation précaire que ne digère pas la jeune fille. Il y a donc les colères d’Ashley. Pas inutile pour une rappeuse.

Mais il y a aussi un rêve. Celui d’écrire des romans, de produire des films. La jeune fille qui étudie au lycée anglophone Wisdom Academy de Conakry a pour icône OmotolaJalade-Ekeinde, une actrice nigériane qui figurait parmi les cent personnes les plus influentes du monde en 2013, selon Time.

En 2014, Ashley n’est pas sortie de chez elle. Du haut de son mètre cinquante-huit, elle se souvient d’Ebola qui a tué 2 500 personnes en Guinée. « Ma mère ne voulait plus qu’on prenne les taxis pour aller au lycée, elle avait peur qu’on attrape le virus ». Cette année sans école, cantonnée à la maison, Ashley l’a utilisée pour écrire ses textes et polir son flow. Dès que la fin de l’épidémie est proclamée par l’Organisation mondiale de la santé en décembre 2015, elle se précipite sur la scène du concert « Bye bye Ebola » organisé par la présidence guinéenne. Elle y côtoie de grands noms de la musique africaine tels Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly, Mory Kanté ou Aïcha Koné.

Sa chanson d’ouverture, « AshMiwaitai » (« e me nomme Ashley »), est un cri de victoire qu’elle scande dans un mélange d’anglais et de pular, avec un phrasé véloce que certains journalistes guinéens comparent à celui de Dr. Dre. Aujourd’hui, Ashley sort un maxi-single qui contient notamment un rap afrobeat en créole léonais intitulé « Pépé soupe », un potage à base de viande de bœuf, de piments et de tomates qu’on donne aux malades de la grippe pour décongestionner leurs voies nasales. 

« Pépé soupe », c’est aussi une expression locale pour désigner ces vieilles personnes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ashley, elle, se mêle de tout. Elle a le droit, elle est jeune.

Source : Le Monde

Les entrepreneurs, manageurs et hommes d’affaires sénégalais  se font distinguer partout dans le monde. Après la nomination de la Sénégalaise Fatma Diouf Samoura, désignée secrétaire générale de la Fifa, le jury de Capital finance international (Cfi.co), une revue londonienne spécialisée dans les affaires et la finance, a désigné Bougane Guèye Dany meilleur chef d’entreprise du Sénégal en 2016 (Best corporate  Leadership Senegal Award 2016). 

« Déterminé à construire un empire médiatique moderne en Afrique de l’ouest », Bougane dessine avec force son chemin vers le succès. Il a récemment acquis 50% des actions de la radio Nostalgie Dakar.

Le parcours de ce self made man patron de SenTV est plus qu’inspirant pour le monde des affaires et ce, le jury l’a bien rappelé. Il a débuté dans les médias comme reporter, avant de démarrer son business avec son agence Dak’cor. Petit à petit, il a fructifié ses affaires, a bâti un solide groupe de presse dont SenTV, La Tribune, Zik FM et a exploré le secteur du transfert d’argent avec Joni Joni/Vitfé qui opère en Afrique de l’Ouest.

Capital Finance International a des raisons de désigner Bougane Guèye Dani le meilleur entrepreneur sénégalais en 2016.  Une désignation qui vient s’ajouter à celle de Financial Afrik  qui l’a classé parmi les 100 personnes qui font bouger l’Afrique et l’un des dix meilleurs entrepreneurs de presse.

Source : intelligence-affaire.com

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:58

La jeunesse africaine a un esprit entrepreneurial et le prouve dans la création des entreprises. Dans le classement 2016, le magazine Forbes a relevé 30 jeunes entrepreneurs africains parmi les plus prometteurs. Intelligence-Affaire vous présente ces jeunes qui font bouger le continent.

La tête de liste du classement est occupée  par les kenyans,  les sud-africains et les ghanéens… et une sénégalaise Fatoumata Bâ.
On retrouve 6 entrepreneurs kényans dans le classement qui liste les Businessmen/women âgés de moins de trente ans qui connaissent des réussites éclatantes dans divers domaines d’activités. Parmi ces jeunes on retrouve le jeune Joël Mzcharia le fondateur de la société de services financiers Abacus et d’Alex Muria créateur de Farm Capital Africa, une société spécialisée dans l’agriculture.

On retrouve cinq représentants de l’Afrique du sud, cinq également du Ghana. Il faut ajouter que c’est l’Afrique anglophone qui est la plus représentée. En  Afrique francophone un peut citer le brave sénégalais Fatoumata Bâ fondatrice de la plateforme de commerce en ligne Jumia qui occupe la 10e place. Ce qu’il faut retenir  de ce classement, c’est que la majeure partie des jeunes entrepreneurs africains évoluent dans l’agriculture, des biens de consommation, des technologies de l’information et de la communication.

Source : intelligence-affaire.com

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:44

Née le 27 septembre 1973 à Bukavu, au Congo Kinshasa (Rdc), Barbara Kanam est musicienne, productrice et actrice. Considérée comme l’une des plus belles voix de la génération des années 1990/2000, elle excelle aussi bien dans l’afro-pop, l’afro-folk et les ballades (guitare/voix) que dans l’afro-dance muisc (soukouss, ndombolo, coupé decalé, afro zouk). Elle s'est faite une place dans le répertoire des chansons aux sonorités africaines, au fil de deux albums (Mokili, en 1999 et Teti en 2003).

Elle fonde sa boîte de production, Kanam Music, car voulant se départir des « producteurs machos congolais », se séparant alors du « Propriétaire de tous les dossiers », Awilo Longomba, avec qui « elle est restée en bons termes ».

Abidjan et son cosmopolitisme l'ouvriront à divers univers musicaux, le gospel notamment, comme en témoigne son opus « Karibu ». « Je voulais aller plus loin, car je me sens plus mûre, plus femme », soulignait-elle. 2008 a été donc pour elle l'année de tous les défis.

Barbara a fait des études brillantes. Elle est titulaire d’un Bts en Commerce international. Elle peut alors devenir Kanam (« plat royal », en lunda). Pas facile, néanmoins, de faire comprendre la force d'un destin à une mère et, surtout, à un pater (neuf filles, deux garçons), directeur d'hôtel, à l'éducation sévère.

Son séjour en Afrique du Sud lui permet d’aguerrir sa voix en interprétant les standards internationaux et africains. Deuxième acte en Côte d'Ivoire, « sa seconde patrie », comme elle l'appelle, où elle résidera pendant dix ans, avant de s'installer dans le sud de la France, avec son fils, Michaël. Cœur à prendre ? En tout cas, elle se sait sexy !

Last modified on vendredi, 24 juin 2016 13:41

Fidèle à sa réputation d’explorateur, Femi Kuti et son groupe, le Positive Force poussent « la recherche de l’afrobeat un peu plus loin ». Le saxophoniste joue également de la trompette. « À peine, même si c’est le premier instrument que mon père m’a mis entre les mains quand j’avais 8 ans », raconte-t-il. Un jour, il a arrêté d’en jouer et me l’a donnée. Je ne savais pas comment ça marchait, alors je l’ai mise sous mon lit et je n’y ai plus jamais touché. S’il avait joué de la trompette, j’aurais fait de la trompette. Mais il a choisi le saxophone et m’en a offert un à 16 ans. Alors, j’ai suivi ses pas».


Femi Kuti s’est petit à petit, fait un nom, en franchissant des frontières, notamment depuis le succès du morceau « Beng Beng Beng », mais dit attendre à chaque sortie d’album le tournant. Ce n’est pas toujours évident d’avoir un père comme le sien. » Forcément. Le référent en impose respect et notoriété. Fela Anikulapo Kuti, le génial et subversif inventeur de l’alchimie afrobeat.

Une vie exubérante dans les bas-fonds de Lagos des années 1970. Une vie de combat contre les affres des dictatures militaires. Bref, une icône dont on s’affranchit difficilement. Malgré le décès du maître, en 1997, et la pointe d’amertume qui va avec. « Il ne m’a pas parlé pendant six ans. Je suis toujours en colère contre lui pour certaines choses, mais mon enfance était stimulante, je n’ai aucun regret. » Pas un seul ? «Si, ne pas être allé à l’école, concède-t-il. Fela estimait que c’était un acte colonial. Il disait : « Je n’y suis pas allé et j’ai réussi. Difficile de s’opposer à lui. Il n’empêche.

Femi Kuti s’est quand même démarqué du paternel dans son style de vie « sans drogue, ni alcool ». Pour le reste, côté musique et engagement, il est bien l’héritier du « Black President ». Et il n’est pas le seul. Seun, le petit dernier, a emboîté le pas. «Vous savez, quand je vois notre pays, la pauvreté, la corruption, les coupures d’électricité en permanence… Le Nigeria, un riche pays producteur de pétrole ? On devrait avoir honte. Qu’est-ce qui cloche chez nous ? Pourquoi nos dirigeants sont-ils si mauvais ? Le problème, c’est qu’ils ne sont pas les seuls responsables. Les Nigérians aussi feraient n’importe quoi pour de l’argent». Le combat continue.

Par Oumar BA

Fine, légère et élancée, Hapsatou Sy n’en est pas moins un poids lourd dans son domaine. Battante et meneuse depuis son plus jeune âge, elle s’est lancée dans l’ouverture de salons de beauté, Ethnicia (rebaptisés aujourd’hui Hapsatou Sy). Elle n’avait alors que 24 ans. Depuis l’ouverture de son premier salon sur l’île Saint-Louis à Paris, en juillet 2005, et le deuxième prix du concours de l’innovation commerciale en 2007, seize autres espaces de beauté ont été ouverts.

Petite déjà, la gamine, native de Sèvres et qui a passé son enfance à Chaville (Hauts-de-Seine), gérait sa «petite entreprise familiale». «Dans l’immeuble où je vivais, il y avait une maison de retraite. J’allais rendre visite aux personnes âgées, je leur faisais des courses..., raconte-t-elle. J’étais une des gamines les plus riches de mon quartier! Du coup, je pouvais acheter les fournitures scolaires de toute la fratrie! » L’aînée de cette famille de quatre filles et quatre garçons a toujours joué « un rôle de leader».

Son père a quitté son village d’Orkadiéré (nord du Sénégal) pour «conquérir la France et faire en sorte que la famille ait un avenir meilleur ». Hapsatou, elle, s’apprête pour la première fois à se lancer sur le marché africain, avec l’ouverture, d’ici à la fin de l’année, d’une franchise à Luanda, la première sur le continent. Pour elle qui n’a découvert le Sénégal qu’à 18 ans, c’est le territoire de demain, celui des opportunités : « les Africains ont envie de consommer, d’exister », lance-t-elle.

À 31 ans, Hapsatou Sy débarque sur D8, la nouvelle chaîne gratuite du groupe Canal+, dans l’émission «Le Grand 8 » confiée à Laurence Ferrari, ancienne présentatrice vedette de TF1. Pour cette quotidienne de commentaires de l’actualité sous toutes ses coutures, où l’humour et l’engagement donnent le ton, elle rejoint des personnalités diverses au fort tempérament. «Je ne viens pas du monde de la télévision, donc je n’avais pas la prétention de venir me présenter. C’est l’équipe de Laurence Ferrari qui est venue me chercher», précise Hapsatou. Un goût de l’effort légué par ses parents. «Ma mère m’inspire, c’est une femme de décision. Elle a fait en sorte qu’on ne manque jamais de rien et, bien que j’aie grandi dans un milieu modeste, j’estime que je fais partie d’une des familles les plus riches de France!»

La jeune entrepreneuse, qui a posé le pied sur le continent africain en 1999, avait «l’impression de rentrer chez elle». Elle se dit «hallucinée de la vitesse à laquelle l’Afrique bouge». Pas question de négliger cette culture, au contraire. «Le Sénégal est mon pays, au même titre que la France», s’enorgueillit-elle, expliquant qu’elle «porte le pagne à la maison», «parle peul couramment », a même pris des cours et envisage de transmettre cet héritage à sa future progéniture. Un événement de plus, s’il en fallait encore, pour alimenter la devise d’Hapsatou Sy : «Vive l’Afrique! Croyons en nous!»

Par Oumar BA

Le poids de l’âge ne l’empêche point de s’adonner à sa passion. Passi pousse la chansonnette comme s’il avait encore dix-sept piges. Dans la lignée de l’aventure du collectif Bisso Na Bisso, il est impulsé au-devant de la scène en 1998, avec l’opus-carton « Racines, historique », venant de jeunes Mc issus de l’immigration. Celui qui est désormais considéré comme l’un des pères fondateurs du rap français, à l’instar de Ntm, Iam ou Mc Solaar, continue de mordre et de dénoncer «l’ambiguïté des médias, le néocolonialisme français en Afrique, l’inertie des politiques ». Normal, il n’a jamais cessé de le dire: «le rap n’est pas une musique de jeunes, c’est un mouvement, une culture à part entière».

L’homme grandit à Sarcelles, en banlieue parisienne. «Je me suis longtemps battu pour savoir qui j’étais. Je le sais maintenant : je suis un métis culturel, un franco-congolais. Mais il y a beaucoup de jeunes qui sont d’autant plus paumés que la France refuse de les intégrer», note-t-il. Passi se souvient de ses jours tranquilles d’enfance passée au Congo-Brazza, sa jeunesse de B-Boy à Sarcelles avec sa famille émigrée à partir de 1979. «À 15 ans, j’avais déjà un de ces appétits ! Les limitations de la cité stimulent ton imagination: faire des voyages, grimper dans l’échelle sociale, décrocher des diplômes ». Avec un père qui inspirait le respect et une mère enseignante, qui n’hésitait pas à les punir, Passi a reçu une éducation stricte.

Il comprend vite que l’argent était le nerf de la guerre. A 17 ans, il fonde alors une association, A.m.e.r. (Action, musique et rap), ce qui lui permettait d’obtenir des locaux de répétition. «On savait que le hip-hop était la seule culture qui disait la vérité», note-t-il. L’auteur de « Je zappe et je mate » publie parallèlement un livre, écrit à quatre mains, avec son frère Steeve. Au lieu d’opter pour une autobiographie, il a choisi de publier certains de ses textes de chanson qui prennent une tout autre force « dépouillés » de leur background musical. «Je suis sentimental, mais je le cache par pudeur. Mon éducation africaine probablement… Chez nous, on ne dit pas je t’aime, on le montre».

A ses yeux, l’exclusion sociale et économique dans les cités de banlieue, ne diminue pas, bien au contraire ! « Je dis donc qu’il ne faut pas laisser au Front national le monopole du drapeau tricolore et de La Marseillaise », alerte-t-il.

Par Oumar BA

Rokhaya Diallo est issue d’une famille sénégalaise immigrée en France dans les années 1970. Cette fille d’un mécanicien et d’un professeur de couture, née à Paris en 1978, a grandi à La Courneuve. Après son bac en 1996, elle décroche brillamment une maîtrise de droit international et européen puis un master en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, avant de travailler pendant huit ans dans la conception de programme jeunesse pour le petit écran. Elle est devenue journaliste, chroniqueuse à RTL, réalisatrice et écrivain.

Rokhaya Diallo se dit avant tout européenne et française dans une France qui n’est pas exclusivement composée de gens à la peau blanche ! « J’ai pourtant des reproches à faire à mon pays : il ne tient pas ses promesses de liberté, d’égalité et de fraternité envers tous ses enfants », note-t-elle. Je crois qu’il ne se console pas de sa puissance économique perdue, qu’il a une immense nostalgie de son empire colonial disparu, qu’il a peur de ces gens venus d’ailleurs, ajoute-t-elle.

Ses interventions font désormais polémiques. Elle passe pour la porte-parole d’une gauche new génération, constituée en partie de ces enfants d’immigrés exigeants envers la « mère patrie ». Son rêve voir enfin une nation véritablement « black-blanc-beur ». Telle cette bande de copines aux origines et religions diverses qu’elle a imaginée pour sa première BD, Pari(s) d’amies (Delcourt). Son but : «déconstruire» les préjugés d’une certaine France. Son association est à l’initiative, des « Y’a Bon Awards », sorte d’Oscars annuels des « meilleures phrases racistes » prononcées par des personnalités publiques et décernés avec humour.

Quand survient la tuerie par des « jihadistes » d’une partie de l’équipe de Charlie Hebdo, les médias se font un plaisir de rappeler qu’un incendie criminel avait ravagé les locaux de ce même journal quatre ans plus tôt, et qu’à cette occasion Rokhaya avait signé l’appel « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo! ». Un appel qualifiant la démarche comme relevant d’« un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe». Mais Charlie Hebdo a toujours été une des rares publications en France à avoir combattu toutes les formes de racisme, de ségrégation sociale ? «Certes, tout n’est pas à jeter dans ce journal. Mais je n’aime pas chez eux ces attaques contre le physique comme, par exemple, ce dessin de Marine Le Pen poilue sur une de leurs couvertures », note-t-elle. Evoquant son appartenance raciale, elle note « la négritude, c’est juste une communauté d’expérience construite dans la douleur. Et ça, je le refuse »! Elle se dit cependant reconnaissante à ses parents de l’avoir donné un prénom sénégalais, de l’avoir légué cette trace de ses origines. «Mais ce que je veux avant tout, c’est choisir comment je me définis et ne pas obéir à ce déterminisme de la peau», ajoute-t-elle.

Par Oumar BA

Yaya Diallo, le médiateur

06 Jui 2016
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Certains qui ont l’art de rester dans l’ombre, tout en mettant les autres en lumière, finissent toujours par s’en lasser. Alors, le besoin de sortir de l’anonymat jaillit. Il semblerait que ce soit le cas pour Yaya Diallo. Il a passé son enfance à Vélingara, en Haute-Casamance. Il est cependant né en Mauritanie, à Atar, en 1963. Ce père de trois enfants, dont un champion de France de judo, Alpha Diallo, s’accorde une influence forte au Sénégal où il envisage de s’engager après avoir roulé sa bosse en France. Son pater fut combattant dans l’armée française. Un jour, il a préféré rentrer au pays pour « s’occuper de ses vaches ». Il est juste âgé de 19 ans quand il est animé par l’envie de s’aventurer en l’Occident. En effet, des amis chasseurs, toubabs venus flinguer la pintade au Sénégal, lui font savoir que s’il venait en France, il pourrait réussir. « Va pour l’ancienne métropole », lui auraient-ils suggéré. Des cousins l’ont alors accueilli, il était mu par une vraie volonté d’appartenir à la « communauté ». ,Yaya Diallo assure être membre du Parti socialiste français. Sur ses fonctions, il reste toutefois un peu confus. Il se présente par ailleurs comme « membre fondateur de Sos racisme ». Il raconte avoir été « mis à la fédération par Claude Bartolone, pour aider les camarades socialistes » et déroule diverses fonctions au sein du conseil fédéral du Ps (commission des adhésions, commission des conflits, relations internationales, comité Afrique). En d’autres termes, il se targue d’être le pont entre le Ps et les dirigeants africains. « Je veux que les socialistes prennent en compte l’existence de l’Afrique, et je veux créer des liens », explique-t-il.

Par Oumar BA


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