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Les Gens (74)

Le gymnase mal éclairé retentit du bruit mat des corps sur les tapis d'entraînement. La lutteuse sénégalaise Isabelle Sambou s'y prépare pour les jeux Olympiques de Rio (5-21 août), rêvant de médaille pour son pays où la lutte traditionnelle et ses champions masculins écrasent la concurrence. Entre une séance technique au Centre international de lutte olympique de Thiès, à 70 km au nord-est de Dakar, et une autre plus physique, Sambou (35 ans), neuf fois championne d'Afrique de lutte féminine dans la catégorie moins de 48 kg, se repose dans sa petite chambre en compagnie d'Evelyne, sa sœur cadette, elle aussi lutteuse. Les deux sœurs suivent sur leur téléviseur cathodique un combat masculin de lutte sénégalaise, dont les champions, dans sa version avec frappe, sont des idoles dans le pays.

"Petite, je faisais de la lutte avec frappe dans le sable. Un jour, mes frères m'ont vue et m'ont dit : +Tu es forte, tu devrais faire de la lutte olympique+", raconte la jeune femme, originaire de Casamance, dans le sud du Sénégal. Elle commence par refuser, puis finit par s'essayer à cette variante de son sport, impliquant tout le corps pour faire tomber l'adversaire.

Avec son 1,52 m, elle se lance en 1999, à l'âge de 19 ans, et participe dès 2001 à sa première grande compétition. Cinq ans plus tard, elle devient championne d'Afrique pour la première fois. "La lutte traditionnelle, c'est dans les villes et les villages, alors qu'avec la lutte olympique, tu défends les couleurs de ton pays dans le monde", estime la lutteuse, les yeux brillants.

Aux Jeux de Londres en 2012, elle a ainsi obtenu la cinquième place, soit la meilleure performance africaine de tous les temps, hommes et femmes confondus. "On passe de la lutte traditionnelle à la lutte olympique pour une seule raison : se qualifier pour les Jeux. C'est pourquoi, ici, on met tout en place pour développer les structures et la préparation", explique Vincent Aka-Akesse, olympien à trois reprises en équipe de France et directeur du développement de la lutte en Afrique.

'Marche à franchir'
Depuis sa qualification en avril pour les Jeux de Rio, qui seront ses derniers, la préparation de la lutteuse s'est intensifiée. Accompagnée de lutteurs et d'entraîneurs internationaux, elle enchaîne trois séances par jour pour réaliser son rêve. Course à pied dès 07h00 du matin, entraînement technique en début d'après-midi, suivi de combats face aux meilleurs lutteuses et lutteurs du continent : le programme est exigeant. Les entraîneurs aussi. "Pour obtenir une médaille, il ne manque pas grand-chose. Il y a une toute petite marche à franchir. C'est la raison pour laquelle on a fait venir des entraîneurs d'Europe de l'Est. Ils ont une culture de la lutte et savent préparer ces grandes compétitions", ajoute Vincent Aka-Akesse.

Un entraîneur et un préparateur physique bulgares sont aux côtés de Sambou et des deux autres athlètes qualifiés pour Rio. Le premier, Nikolay Minchev, 36 ans de carrière, dont cinq à Thiès, participe aussi à ses tout derniers Jeux. "Isabelle est l'athlète la plus expérimentée du circuit. Elle a de très bons appuis, est très offensive et défend très bien. Tout est réuni pour qu'elle obtienne une médaille, peut-être en or, cet été", assure-t-il, tee-shirt aux couleurs de son pays sur le dos. Le second, Nick Stanchev, plus jeune, est arrivé mi-mai avec mannequins en mousse, cordes et poids de musculation. Un matériel de professionnel afin de préparer les meilleurs lutteurs du continent africain dans les mêmes conditions que leurs concurrents de pays plus développés.

Ambassadrice de l'Afrique
"Nous connaissons déjà ses adversaires, on a le temps de travailler stratégiquement sur chacune d'entre elles. Je leur répète toujours : vous vous entraînez pour battre les Russes, les Américaines, donc il faut voir ce qu'elles font, comment elles se préparent. C'est pour ça qu'on met les moyens", détaille Vincent Aka-Akesse.

"Les talents comme Isabelle sont présents en Afrique. Maintenant, il faut mettre en place une structure et un parcours d'excellence pour qu'ils puissent rivaliser avec les meilleurs", développe l'ancien lutteur.

Sa cinquième place à Londres a permis à la Sénégalaise de changer de dimension. En 2013, la Fédération internationale de lutte l'a nommée ambassadrice du Super 8, campagne qui promeut la participation féminine dans la lutte, puis en 2015, meilleure lutteuse africaine de la décennie.

Mais au Sénégal, être une femme dans ce sport essentiellement masculin est très mal perçu. "J'ai tout entendu : +Tu vas devenir un homme, tu ne trouveras pas de mari+", se souvient la lutteuse, qui souhaite fonder une famille après cet ultime défi. A la fin de l'entraînement, les athlètes se saluent. Haletante, Isabelle Sambou se met à l'écart pour récupérer près de la fenêtre. Sur les murs qui entourent le centre, plusieurs dessins grandeur nature symbolisent les différents sports olympiques. Le tout dernier représente la championne, remportant un combat face à une lutteuse bissau-guinéenne.

AFP

Didier Drogba demeure sans doute l’un des meilleurs footballeurs africains de sa génération. Voici un joueur au destin incroyable, qui à force de caractère, de talent et de travail a su s’élever sur le toit du football mondial. Il a su au gré d’une ascension fulgurante cheminer jusqu’à atteindre le plus haut niveau du football mondial.

Selon le magazine économique américain « People With Money » Drogba aurait amassé entre les mois de mai 2015 et mai 2016 la prodigieuse somme de 96 millions d'euros, sonnants et trébuchants. Une hausse de quasiment 60 millions par rapport à l'année précédente, de quoi lui remonter le moral. D'après les calculs, le footballeur-entrepreneur pèserait près de 275 millions d'euros.

Outre ses gains professionnels, il devrait son immense fortune à de judicieux placements boursiers, un patrimoine immobilier conséquent et le très lucratif contrat publicitaire avec les cosmétiques CoverGirl. Il possèderait également plusieurs restaurants à Abidjan (dont la chaîne « Chez l'gros Didier »), un club de Football à Abidjan, et serait également impliqué dans la mode adolescente avec une ligne de vêtements « Drogba Séduction » ainsi qu'un parfum « L'eau de Didier », autant de succès financiers.

Pourtant, rien ne semblait prédestiner à l’ivoirien à une carrière aussi éclatante. Il naquit le 11 mars 1978 à Abidjan. Il quitte la Côte d’Ivoire pour la France en 1983 à l’âge de 5 ans. Le jeune adolescent fit ses premiers pas à Vannes puis à Levallois-Perret. Il signa son premier contrat professionnel avec le Muc 72 à 19 ans. Après quatre années passées dans la Sarthe, Drogba découvre l’élite avec l’En Avant Guingamp en janvier 2002. En 2002-03, aux côtés de joueurs comme Florent Malouda, l’Ivoirien réalise une superbe saison. L’Eag alors dirigé par Guy Lacombe, termine 7e à 3 points seulement de la Ligue des Champions. Didier Drogba inscrit 17 réalisations. De quoi nourrir l’appétit de l’OM, qui le recrute à l’été 2003. Très rapidement, il devient le chouchou du public marseillais. 19 buts en championnat, dont le plus beau but de l’année, 11 en coupe de l’Uefa où Marseille s’incline en finale face à Valence, Drogba marque au total 32 buts sous le maillot olympien. Par son abnégation, sa rage et son réalisme, il a su conquérir le cœur des supporters du Vélodrome. Jamais un joueur n’avait marqué autant le club en si peu de temps. Car Drogba quitte l’OM un an après son arrivée et rejoint le nouveau riche, Chelsea, depuis peu possédé par le russe Roman Abramovitch. Le transfert est estimé à environ 38 millions d’euros.

Dans le club londonien avec un temps à sa tête son mentor, José Mourinho, Drogba va empiler les buts et les titres: 3 titres de champion d’Angleterre, 4 FA Cup, 2 coupe de la Ligue, 2 Community Shield. Sur le plan personnel, il totalise 2 ballons d’or africains, 2 titres de meilleur buteur du championnat anglais et une belle quatrième place au ballon d’or 2007. En Côte d’Ivoire, Drogba demeure un exemple. S’il n’a jamais remporté de Can avec les Eléphants, il ne compte pas moins de 84 sélections pour 55 buts.

Après Chelsea, l’Ivoirien a évolué en 2012 à Shanghai Shenhua, en 2013-2014 à Galatasaray, en 2014-2015 à Chelsea, il évolue présentement dans le club Impact de Montréal. L’Ivoirien reste l’un des joueurs africains les plus aimés, le plus acclamés de l’histoire. Doté d’une technique, d’une puissance et d’un mental à toute épreuve, il a souvent su porter sur ses épaules le poids de son équipe. Leader né, buteur régulier, Drogba a souvent su se montrer incontournable dans les grands moments.

Par Oumar BA

Fatou Diome, la voix des sans-voix

18 Juil 2016
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Le succès de Fatou Diome est le fruit d’un parcours à la fois heurté et passionné. Fatou Diome n’est pas seulement cet écrivain libéré qui incarne une Afrique debout, elle a aussi une histoire. Pour comprendre la colère et l’indignation de cet écrivain, il faut se pencher sur son royaume d’enfance. Fatou Diome est née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, au sud-ouest du Sénégal. Elle est élevée par sa grand-mère. En décalage avec le microcosme de l'île, elle décide d'aller à l'école et apprend le français. Sa grand-mère met un certain temps à l’accepter : la petite Fatou doit aller à l'école en cachette jusqu'à ce que son instituteur parvienne à convaincre son aïeule de la laisser continuer.

A treize ans, elle quitte son village pour aller poursuivre ses études dans d'autres villes du Sénégal tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots : elle va au lycée de Mbour, travaille durant les vacances en Gambie. Après l’obtention de son baccalauréat, elle entame des études universitaires à Dakar (Université Cheikh Anta Diop). A ce moment, elle songe à devenir professeur de français, loin d’elle l'idée de quitter son pays natal. A 22 ans, elle se marie à un Français et décide de le suivre en France. Elle divorce deux ans plus tard et se retrouve en grande difficulté, abandonnée à sa condition d'immigrée sur le territoire français. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle s’adonne à de petits boulots y compris lorsqu'elle peut exercer la fonction de chargée de cours, au cours de son DEA. En 1994, elle s'installe en Alsace. Elle étudie à l'université de Strasbourg où elle termine son doctorat de lettres modernes sur Le Voyage, les échanges et la formation dans l'œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane, tout en donnant des cours. « Le Ventre de l'Atlantique » est son premier roman paru en 2003 aux éditions Anne Carrière.

Son deuxième roman, « Kétala », paraît en 2006. La France et l’Afrique forment le cadre de ses œuvres de fiction. Son style est inspiré par l’art traditionnel de narration. Avec ses descriptions précises et authentiques, un humour impitoyable et le langage tranchant, mais nuancé, qui la caractérisent, elle trace un portrait inquiétant des difficultés d’intégration à l’arrivée en France harmonisé par des épisodes entremêlés de nostalgie et d’agrément au souvenir de son enfance au Sénégal. La vidéo où elle «descend en flammes» l’Europe a fait le tour du web. «Les gens qui meurent sur les plages, si on voulait les sauver, on le ferait, parce que les moyens qu’on a mis pour le Frontex, on aurait pu les utiliser pour sauver les gens». Ces phrases qui retentissent encore dans l’Hexagone ont séduit des millions de téléspectateurs qui ont applaudi des deux mains à ce plaidoyer.

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 18 juillet 2016 15:05

Du haut de ses 24 ans, Dany Synthé, est aussi méticuleux que discret, le compositeur disperse ses mélodies redoutablement dépouillées et ses rythmiques remuantes, inspirées tour à tour du n’dombolo ou des musiques nigérianes, de P-Square à Davido sans se départir d’une solide culture rap. Coup de maître ? En tout cas, la formule retourne les baffles de la France entière et résonne désormais jusqu’en Afrique, où il est devenu un phénomène.

Il est au-devant de la scène depuis la sortie du hit de Maître Gims « Sappé Comme Jamais » qui a remporté une Victoire de la musique et totalise plus de 133 millions de vues sur YouTube.

L’année a bien commencé et pourrait bien se poursuivre en fanfare. Quelques jours après une visite de feu le roi de la rumba congolaise, Dany, grimpait sur la scène du Zénith, synthé-guitare en bandoulière et chapeau de sapeur sur le crâne. Compositeur du bien nommé « Sapé comme jamais », de Maître Gims, il raflait avec lui une Victoire de la musique dans la catégorie chanson de l’année. Depuis sa Victoire, le gamin du quartier des Hautes-Noues, à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), croule sous les projets.

Il est loin le temps où Daniel, à peine sorti de l’école de musique, pressait son père de le déclarer à la Sacem. Désormais à la tête de son label, O-Vnee Music, compositeur, musicien de scène et directeur artistique, Dany Synthé a tissé au fil du temps une étrange galaxie d’artistes et de stars que l’on retrouve désormais à tous les étages des classements. Tous se posent la même question : comment ce jeune homme, timide sous son bonnet de laine, est-il devenu une telle machine à tubes ?

Féru de mathématiques et plutôt solide à l’école, Dany se prépare depuis longtemps. Il est bercé dans son enfance par les hits de Sinik ou Diams, par le folk et la musique africaine que son père, congolais, bastonne à la maison. Enfant du numérique, à l’adolescence, il tombe de sa chaise en découvrant la production musicale sur ordinateur.

Embauché comme clavier sur la tournée d’Orelsan il y a quelques années, il a embarqué à son tour le batteur Manu Dyens, Maître Gims, avant de se retrouver avec lui chez Disiz puis d’inviter en retour Gims sur la bande originale Camping 3, à laquelle il participe. Après avoir dispersé ses premières musiques chez les rappeurs du quartier, il s’inscrit à la Sacem et, via son éditeur Skread, producteur d’Orelsan. Le manager de Sexion d’Assaut, rencontré grâce à un ami commun, le présente au groupe et les sessions s’enchaînent avec Black M et Maître Gims.

La vie de Dany, elle, a en revanche peu changé : tout au plus le petit studio installé il y a encore peu de temps dans une piaule de l’appartement familial s’est-il étoffé et délocalisé à Montreuil, mais Dany vit toujours auprès de sa famille. Artistiquement, en revanche, le spectre s’est élargi et le compositeur voit bien plus loin que les portes du quartier, bien plus loin que le rap lui-même. 

Par Oumar BA (avec le monde)

Last modified on vendredi, 15 juillet 2016 15:17

Fally Ipupa est né à Bandal, le quartier des musiciens de la capitale congolaise. Après des débuts timides dans une myriade de formations, il s’est mué en gosse ambitieux au fil des ans. En 1999, son transfert, à l’âge de 22 ans, dans le groupe « Quartier Latin », la célébrissime formation du non moins célébrissime Koffi Olomidé, fit déjà couler beaucoup d’encre. Le temps d’affiner son talent de chanteur. Et en 2006, il se lance dans une carrière solo avec son premier album, «Droit chemin», aux accents neufs et un succès énorme. Plus d’un million d’exemplaires écoulés sur le continent et dans la diaspora (dont un disque d’or en France. Deux autres opus, Arsenal de belles mélodies (2009) et Power-Kosa Leka (2013), l’imposeront définitivement.

Fally Ipupa s’est donné pour objectif d’être la première vedette de son pays à  conquérir le marché mondial. Toutefois, Franco avait esquissé le grand saut vers le marché mondial avant de mourir en 1989. Papa Wemba avait, lui aussi, tenté une approche avec trois albums réalisés sous la houlette de la rock-star tiers-mondiste Peter Gabriel, entre 1992 et 1998 ; et puis, il y eut la chance exceptionnelle offerte à Koffi Olomidé quand les feux de l’actualité française et européenne se braquèrent sur son concert (une première pour une star africaine) en 2000, dans la salle parisienne de Bercy archi-comble, une chance qu’il ne sut ou ne voulut pas saisir.

Mais pourquoi les « rumberos » d’antan auraient-ils eu à se soucier du marché occidental, eux qui régnaient alors en maîtres absolus sur les hit-parades de Dakar à Johannesburg ? Tout est différent maintenant, l’actuelle génération a connu la mondialisation dès le plus jeune âge. Elle surfe sur Internet aussi naturellement qu’elle tape dans un ballon de foot et réside à Paris, entourée des siens et immergée dans les traditions.

«Dès l’âge de 17 ans, je fréquentais les kiosques de rue dans Kin pour jouer sur Nintendo, se rappelle Fally. Mais j’ai vraiment commencé à me servir de l’ordinateur en 2004, quand j’ai gagné un peu d’argent ». A l’instar d’un artiste français ou britannique, il se met à l’ère du numérique, s’appuie sur les réseaux sociaux comme un élément majeur de sa stratégie pour entretenir le buzz. «J’ai ouvert un blog en 2006 à l’occasion de la sortie de Droit chemin. Je dispose d’une page Facebook depuis 2007. Quant à mon compte Instagram, il est le plus visité de la Rd Congo», s’exclame-t-il fièrement.

«Je veux qu’on écoute de la musique africaine, car j’ai cette culture dans le sang, mais modulée pour les oreilles du monde entier », confie-t-il. Et très logiquement, Fally a réuni les ingrédients nécessaires à cette conquête internationale : un producteur, Skalpovitch (alias Skalp), qui s’est imposé dans le show-biz français comme un hit-maker (Magic System, Indila, Black M, Kendji Girac…), des textes en lingala, anglais et français, une musique entre european dance, rumba et ndombolo. Et surtout un nombre substantiel de featurings, ces produits d’appel indispensables à la réussite d’un album en 2016 : Black M, R. Kelly, la star de la soul-love américaine et bien d’autres encore.

Par Oumar BA (avec le monde)

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

« Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid des "bascules" artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 08 juillet 2016 13:43

Soly Cissé est un peintre sénégalais âgé de 46 ans. L’artiste s’est fait amputer d’une jambe suite à une infection nosocomiale contractée à Dakar. Pour autant, pas question pour lui de s’apitoyer sur son sort. Pas question non plus de baisser les bras ni la garde.

Alors même que son corps est plus contraint, le plasticien s’est mieux bonifié artistiquement. Pendant les six mois passés dans différents hôpitaux, il n’a pas chômé, préparant des œuvres pour une double exposition. Soly Cissé évoque aussi bien son basculement artistique que le plafond de verre dont souffrent les artistes africains restés sur le continent. La peinture, c’est son refuge. Il a commencé à peindre sur des carnets. Il dit en déposait i quarante, qu’il compte présenter dans des coffrets noirs.

«Comme la boîte noire de l’avion, ça renseigne sur qui je suis ». Quid à des «bascules» artistiques ces six dernières années ? « J’ai plus de maturité technique, mais je me sens plus libre aussi. Je suis un produit de l’école des beaux-arts de Dakar, qui forme à être conventionnel, à ne pas sortir du moule académique. J’avais peur de franchir les limites. Il m’a fallu désapprendre, me défaire des contraintes et m’imposer », note-t-il. L’artiste dit prendre les images des magazines d’art pour leurs couleurs et il dessine dessus pour imposer son univers. C’est une manière pour lui de figurer sur ces pages, dans cette histoire. Le peintre qui a toujours critiqué les clichés identitaires donne ses ressentiments devant les replis aussi bien en Afrique qu’en Europe. «Mes personnages n’appartiennent pas à une culture bien définie. J’essaye de créer un monde de métissage où les cultures se frottent et se valorisent entre elles. Je montre l’homme d’aujourd’hui, ouvert, qui consomme d’autres réalités. Ma peinture n’est pas identitaire, je n’essaie pas de « représenter » l’Afrique. C’est loin de mes soucis. Il y a des reflets de ma culture, c’est bien sûr inévitable.

Mais j’essaie d’éviter de séduire ou de traiter de sujets faciles. Ma peinture est une lutte », fait-il savoir. Contre un public qui façonne le créateur, les gens veulent que les Africains peignent des baobabs et des porteuses d’eau, des gens misérables. Il y a encore un esprit colonialiste. «J’ai un problème avec ceux qui monopolisent l’art contemporain africain en imposant leur sensibilité, sans faire de recherches. Ce qui les intéresse, ce sont les artistes de marchés locaux qui font de l’artisanat. Notre destin est entre les mains de gens qui ont de l’argent et qui décident du sort des artistes. Mais qu’ont-ils apporté de plus ces dernières années en dehors d’enrichir leurs collections ?, se demande-t-il.

Soly Cisse se dit activiste dans sa peinture. « Ma peinture est encore timide dans son énervement, elle n’est pas encore en transe. Mais je ne veux pas tomber dans l’art politique que pratiquent beaucoup d’artistes. Ils exploitent la politique tout en étant exploitée par elle », note-t-il. Je veux montrer qu’on peut être un bon artiste et rester en Afrique. Et puis, tant que je ne suis pas considéré en Occident, je me sens mieux en Afrique, souligne-t-il.

Par Oumar BA

Reni Folawiyo mène toujours grand train dans les soirées mondaines de Lagos. Mais ce n’est plus ce qui la fait rêver. Elle ne le dit pas comme ça, mais on sent bien que la vie fastueuse et superficielle des femmes de millionnaires nigérians l’ennuie. Le luxe tapageur des nantis de Lagos et de leurs demeures à colonnades à la décoration rococo l’exaspère. Elle, l’icône du bon goût et du raffinement africain, se sent parfois incomprise dans son univers de jet-set nigériane pour qui le comble du luxe se trouve dans les boutiques de Paris, de Londres ou de New York. Cette quinquagénaire élégante, épouse du millionnaire Tunde Folawiyo, est à la fois avocate, designer d’intérieur et femme d’affaires.

Ces dernières années, elle est devenue la chef de file d’une nouvelle tribu urbaine de Lagos dont le portrait-robot pourrait être celui-ci : jeune, raffiné, « arty», aussi à l’aise dans le village de leurs aînés qu’au cœur des bidonvilles ou dans un cocktail chic de la capitale. Dans ce milieu, on méprise les poncifs réducteurs du genre « afropolitain », « afro-tendance »… Souvent diplômés d’universités anglo-saxonnes, la plupart sont rentrés au Nigeria pour capter cette énergie de Lagos, faire des affaires et raviver une scène artistique snobée ou ignorée par les oligarques.

A sa manière, elle réunit ces deux mondes de privilégiés au sein d’Alara. La presse décrit ce lieu qui a ouvert ses portes à Victoria Island en 2015 comme le « concept-store le plus branché d’Afrique ». C’est un petit bâtiment cubique aux épais murs noirs percés de baies vitrées couvertes de motifs ocre puisés dans l’esthétique yoruba. Une œuvre signée de l’architecte britannique d’origine ghanéenne David Adjaye. Aux antipodes de projets démesurés tels que le Sky Gallery, centre commercial de Luanda dédié au luxe. Dans la cour, à l’ombre de palmiers, un joli bar en fer forgé de l’artisan sénégalais feu Baay Xaaly Sène est devenu l’un des lieux de rendez-vous branchés de Lagos. Les tables, les chaises et les trônes en tissus tressés aux couleurs vives réalisés par des artistes togolais et maliens sont à vendre, « prix sur demande ».

Reni Folawiyo les a dénichés sur les marchés ou dans les ateliers d’artisans qu’elle a repérés au cours de ses nombreux voyages sur le continent. Avec un faible pour le Sénégal, où elle se dit fascinée par une « créativité brute et purement africaine » qui fait fi des influences occidentales. Elle aime à glaner des produits et créations sur les marchés d’Afrique qu’elle met ensuite en valeur chez Alara, avec le même soin qu’un produit de luxe. Face au bar, il y a le restaurant aux murs ornés de photo d’art, Nok by Alara, qui ne désemplit pas. Reni Folawiyo a confié la carte au célèbre chef sénégalais établi à New York, Pierre Thiam.

Reni Folawiyo fait figure d’exception, un « ovni » culturel et entrepreneurial, comme elle dit. Elle aménage un espace pour recevoir des artistes en résidence, prépare le lancement en septembre d’un site de vente en ligne pour satisfaire des clients africains jaloux qu’Alara ne soit présent qu’à Lagos. Et elle songe à créer un autre concept-store à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire qui a enregistré une croissance de 10,3 % en 2015. Mais Reni Folawiyo ne se soucie guère des tendances économiques qui n’affectent pas vraiment sa clientèle.

Source : Le monde

Entre les vitres teintées du véhicule, la lycéenne peule en veste crème, tee-shirt et jean blancs, répète les paroles de son titre « Kono Non » (« t’as raison », en pular), un rap qui dénonce la pédophilie.

« Il appelle à voix basse la fillette/ 
l’a conduit dans un coin/ 
lui chuchote des mots doux/ 
lui donne des sucettes et des biscuits/ 
il veut l’amadouer et abuser d’elle (…) »

Le texte est autobiographique. Quand Aïcha Bah avait 12 ans, un muezzin qui habitait en face de chez elle lui a fait des avances. « Il m’a dit : “Come on baby, I have a bonbon”. Il m’a touché les seins. J’ai tapé ses mains et je suis partie en courant », raconte-t-elle.

L’adolescente vit avec ses sept frères et sœurs à Wanindara, un quartier chaud de Conakry, mais elle est née à Kambia, dans le nord de la Sierra Leone. Sa révolte est plus large que de s’insurger contre un muezzin libidineux. Elle dénonce aussi la polygamie. Elle n’a pas revu son père épicier depuis des années. La mère d’Ashley, elle, vend du riz sur le marché Wanindara. Une situation précaire que ne digère pas la jeune fille. Il y a donc les colères d’Ashley. Pas inutile pour une rappeuse.

Mais il y a aussi un rêve. Celui d’écrire des romans, de produire des films. La jeune fille qui étudie au lycée anglophone Wisdom Academy de Conakry a pour icône OmotolaJalade-Ekeinde, une actrice nigériane qui figurait parmi les cent personnes les plus influentes du monde en 2013, selon Time.

En 2014, Ashley n’est pas sortie de chez elle. Du haut de son mètre cinquante-huit, elle se souvient d’Ebola qui a tué 2 500 personnes en Guinée. « Ma mère ne voulait plus qu’on prenne les taxis pour aller au lycée, elle avait peur qu’on attrape le virus ». Cette année sans école, cantonnée à la maison, Ashley l’a utilisée pour écrire ses textes et polir son flow. Dès que la fin de l’épidémie est proclamée par l’Organisation mondiale de la santé en décembre 2015, elle se précipite sur la scène du concert « Bye bye Ebola » organisé par la présidence guinéenne. Elle y côtoie de grands noms de la musique africaine tels Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly, Mory Kanté ou Aïcha Koné.

Sa chanson d’ouverture, « AshMiwaitai » (« e me nomme Ashley »), est un cri de victoire qu’elle scande dans un mélange d’anglais et de pular, avec un phrasé véloce que certains journalistes guinéens comparent à celui de Dr. Dre. Aujourd’hui, Ashley sort un maxi-single qui contient notamment un rap afrobeat en créole léonais intitulé « Pépé soupe », un potage à base de viande de bœuf, de piments et de tomates qu’on donne aux malades de la grippe pour décongestionner leurs voies nasales. 

« Pépé soupe », c’est aussi une expression locale pour désigner ces vieilles personnes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ashley, elle, se mêle de tout. Elle a le droit, elle est jeune.

Source : Le Monde

Les entrepreneurs, manageurs et hommes d’affaires sénégalais  se font distinguer partout dans le monde. Après la nomination de la Sénégalaise Fatma Diouf Samoura, désignée secrétaire générale de la Fifa, le jury de Capital finance international (Cfi.co), une revue londonienne spécialisée dans les affaires et la finance, a désigné Bougane Guèye Dany meilleur chef d’entreprise du Sénégal en 2016 (Best corporate  Leadership Senegal Award 2016). 

« Déterminé à construire un empire médiatique moderne en Afrique de l’ouest », Bougane dessine avec force son chemin vers le succès. Il a récemment acquis 50% des actions de la radio Nostalgie Dakar.

Le parcours de ce self made man patron de SenTV est plus qu’inspirant pour le monde des affaires et ce, le jury l’a bien rappelé. Il a débuté dans les médias comme reporter, avant de démarrer son business avec son agence Dak’cor. Petit à petit, il a fructifié ses affaires, a bâti un solide groupe de presse dont SenTV, La Tribune, Zik FM et a exploré le secteur du transfert d’argent avec Joni Joni/Vitfé qui opère en Afrique de l’Ouest.

Capital Finance International a des raisons de désigner Bougane Guèye Dani le meilleur entrepreneur sénégalais en 2016.  Une désignation qui vient s’ajouter à celle de Financial Afrik  qui l’a classé parmi les 100 personnes qui font bouger l’Afrique et l’un des dix meilleurs entrepreneurs de presse.

Source : intelligence-affaire.com

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:58

La jeunesse africaine a un esprit entrepreneurial et le prouve dans la création des entreprises. Dans le classement 2016, le magazine Forbes a relevé 30 jeunes entrepreneurs africains parmi les plus prometteurs. Intelligence-Affaire vous présente ces jeunes qui font bouger le continent.

La tête de liste du classement est occupée  par les kenyans,  les sud-africains et les ghanéens… et une sénégalaise Fatoumata Bâ.
On retrouve 6 entrepreneurs kényans dans le classement qui liste les Businessmen/women âgés de moins de trente ans qui connaissent des réussites éclatantes dans divers domaines d’activités. Parmi ces jeunes on retrouve le jeune Joël Mzcharia le fondateur de la société de services financiers Abacus et d’Alex Muria créateur de Farm Capital Africa, une société spécialisée dans l’agriculture.

On retrouve cinq représentants de l’Afrique du sud, cinq également du Ghana. Il faut ajouter que c’est l’Afrique anglophone qui est la plus représentée. En  Afrique francophone un peut citer le brave sénégalais Fatoumata Bâ fondatrice de la plateforme de commerce en ligne Jumia qui occupe la 10e place. Ce qu’il faut retenir  de ce classement, c’est que la majeure partie des jeunes entrepreneurs africains évoluent dans l’agriculture, des biens de consommation, des technologies de l’information et de la communication.

Source : intelligence-affaire.com

Last modified on mercredi, 29 juin 2016 12:44

Née le 27 septembre 1973 à Bukavu, au Congo Kinshasa (Rdc), Barbara Kanam est musicienne, productrice et actrice. Considérée comme l’une des plus belles voix de la génération des années 1990/2000, elle excelle aussi bien dans l’afro-pop, l’afro-folk et les ballades (guitare/voix) que dans l’afro-dance muisc (soukouss, ndombolo, coupé decalé, afro zouk). Elle s'est faite une place dans le répertoire des chansons aux sonorités africaines, au fil de deux albums (Mokili, en 1999 et Teti en 2003).

Elle fonde sa boîte de production, Kanam Music, car voulant se départir des « producteurs machos congolais », se séparant alors du « Propriétaire de tous les dossiers », Awilo Longomba, avec qui « elle est restée en bons termes ».

Abidjan et son cosmopolitisme l'ouvriront à divers univers musicaux, le gospel notamment, comme en témoigne son opus « Karibu ». « Je voulais aller plus loin, car je me sens plus mûre, plus femme », soulignait-elle. 2008 a été donc pour elle l'année de tous les défis.

Barbara a fait des études brillantes. Elle est titulaire d’un Bts en Commerce international. Elle peut alors devenir Kanam (« plat royal », en lunda). Pas facile, néanmoins, de faire comprendre la force d'un destin à une mère et, surtout, à un pater (neuf filles, deux garçons), directeur d'hôtel, à l'éducation sévère.

Son séjour en Afrique du Sud lui permet d’aguerrir sa voix en interprétant les standards internationaux et africains. Deuxième acte en Côte d'Ivoire, « sa seconde patrie », comme elle l'appelle, où elle résidera pendant dix ans, avant de s'installer dans le sud de la France, avec son fils, Michaël. Cœur à prendre ? En tout cas, elle se sait sexy !

Last modified on vendredi, 24 juin 2016 13:41

Fidèle à sa réputation d’explorateur, Femi Kuti et son groupe, le Positive Force poussent « la recherche de l’afrobeat un peu plus loin ». Le saxophoniste joue également de la trompette. « À peine, même si c’est le premier instrument que mon père m’a mis entre les mains quand j’avais 8 ans », raconte-t-il. Un jour, il a arrêté d’en jouer et me l’a donnée. Je ne savais pas comment ça marchait, alors je l’ai mise sous mon lit et je n’y ai plus jamais touché. S’il avait joué de la trompette, j’aurais fait de la trompette. Mais il a choisi le saxophone et m’en a offert un à 16 ans. Alors, j’ai suivi ses pas».


Femi Kuti s’est petit à petit, fait un nom, en franchissant des frontières, notamment depuis le succès du morceau « Beng Beng Beng », mais dit attendre à chaque sortie d’album le tournant. Ce n’est pas toujours évident d’avoir un père comme le sien. » Forcément. Le référent en impose respect et notoriété. Fela Anikulapo Kuti, le génial et subversif inventeur de l’alchimie afrobeat.

Une vie exubérante dans les bas-fonds de Lagos des années 1970. Une vie de combat contre les affres des dictatures militaires. Bref, une icône dont on s’affranchit difficilement. Malgré le décès du maître, en 1997, et la pointe d’amertume qui va avec. « Il ne m’a pas parlé pendant six ans. Je suis toujours en colère contre lui pour certaines choses, mais mon enfance était stimulante, je n’ai aucun regret. » Pas un seul ? «Si, ne pas être allé à l’école, concède-t-il. Fela estimait que c’était un acte colonial. Il disait : « Je n’y suis pas allé et j’ai réussi. Difficile de s’opposer à lui. Il n’empêche.

Femi Kuti s’est quand même démarqué du paternel dans son style de vie « sans drogue, ni alcool ». Pour le reste, côté musique et engagement, il est bien l’héritier du « Black President ». Et il n’est pas le seul. Seun, le petit dernier, a emboîté le pas. «Vous savez, quand je vois notre pays, la pauvreté, la corruption, les coupures d’électricité en permanence… Le Nigeria, un riche pays producteur de pétrole ? On devrait avoir honte. Qu’est-ce qui cloche chez nous ? Pourquoi nos dirigeants sont-ils si mauvais ? Le problème, c’est qu’ils ne sont pas les seuls responsables. Les Nigérians aussi feraient n’importe quoi pour de l’argent». Le combat continue.

Par Oumar BA

Fine, légère et élancée, Hapsatou Sy n’en est pas moins un poids lourd dans son domaine. Battante et meneuse depuis son plus jeune âge, elle s’est lancée dans l’ouverture de salons de beauté, Ethnicia (rebaptisés aujourd’hui Hapsatou Sy). Elle n’avait alors que 24 ans. Depuis l’ouverture de son premier salon sur l’île Saint-Louis à Paris, en juillet 2005, et le deuxième prix du concours de l’innovation commerciale en 2007, seize autres espaces de beauté ont été ouverts.

Petite déjà, la gamine, native de Sèvres et qui a passé son enfance à Chaville (Hauts-de-Seine), gérait sa «petite entreprise familiale». «Dans l’immeuble où je vivais, il y avait une maison de retraite. J’allais rendre visite aux personnes âgées, je leur faisais des courses..., raconte-t-elle. J’étais une des gamines les plus riches de mon quartier! Du coup, je pouvais acheter les fournitures scolaires de toute la fratrie! » L’aînée de cette famille de quatre filles et quatre garçons a toujours joué « un rôle de leader».

Son père a quitté son village d’Orkadiéré (nord du Sénégal) pour «conquérir la France et faire en sorte que la famille ait un avenir meilleur ». Hapsatou, elle, s’apprête pour la première fois à se lancer sur le marché africain, avec l’ouverture, d’ici à la fin de l’année, d’une franchise à Luanda, la première sur le continent. Pour elle qui n’a découvert le Sénégal qu’à 18 ans, c’est le territoire de demain, celui des opportunités : « les Africains ont envie de consommer, d’exister », lance-t-elle.

À 31 ans, Hapsatou Sy débarque sur D8, la nouvelle chaîne gratuite du groupe Canal+, dans l’émission «Le Grand 8 » confiée à Laurence Ferrari, ancienne présentatrice vedette de TF1. Pour cette quotidienne de commentaires de l’actualité sous toutes ses coutures, où l’humour et l’engagement donnent le ton, elle rejoint des personnalités diverses au fort tempérament. «Je ne viens pas du monde de la télévision, donc je n’avais pas la prétention de venir me présenter. C’est l’équipe de Laurence Ferrari qui est venue me chercher», précise Hapsatou. Un goût de l’effort légué par ses parents. «Ma mère m’inspire, c’est une femme de décision. Elle a fait en sorte qu’on ne manque jamais de rien et, bien que j’aie grandi dans un milieu modeste, j’estime que je fais partie d’une des familles les plus riches de France!»

La jeune entrepreneuse, qui a posé le pied sur le continent africain en 1999, avait «l’impression de rentrer chez elle». Elle se dit «hallucinée de la vitesse à laquelle l’Afrique bouge». Pas question de négliger cette culture, au contraire. «Le Sénégal est mon pays, au même titre que la France», s’enorgueillit-elle, expliquant qu’elle «porte le pagne à la maison», «parle peul couramment », a même pris des cours et envisage de transmettre cet héritage à sa future progéniture. Un événement de plus, s’il en fallait encore, pour alimenter la devise d’Hapsatou Sy : «Vive l’Afrique! Croyons en nous!»

Par Oumar BA

Le poids de l’âge ne l’empêche point de s’adonner à sa passion. Passi pousse la chansonnette comme s’il avait encore dix-sept piges. Dans la lignée de l’aventure du collectif Bisso Na Bisso, il est impulsé au-devant de la scène en 1998, avec l’opus-carton « Racines, historique », venant de jeunes Mc issus de l’immigration. Celui qui est désormais considéré comme l’un des pères fondateurs du rap français, à l’instar de Ntm, Iam ou Mc Solaar, continue de mordre et de dénoncer «l’ambiguïté des médias, le néocolonialisme français en Afrique, l’inertie des politiques ». Normal, il n’a jamais cessé de le dire: «le rap n’est pas une musique de jeunes, c’est un mouvement, une culture à part entière».

L’homme grandit à Sarcelles, en banlieue parisienne. «Je me suis longtemps battu pour savoir qui j’étais. Je le sais maintenant : je suis un métis culturel, un franco-congolais. Mais il y a beaucoup de jeunes qui sont d’autant plus paumés que la France refuse de les intégrer», note-t-il. Passi se souvient de ses jours tranquilles d’enfance passée au Congo-Brazza, sa jeunesse de B-Boy à Sarcelles avec sa famille émigrée à partir de 1979. «À 15 ans, j’avais déjà un de ces appétits ! Les limitations de la cité stimulent ton imagination: faire des voyages, grimper dans l’échelle sociale, décrocher des diplômes ». Avec un père qui inspirait le respect et une mère enseignante, qui n’hésitait pas à les punir, Passi a reçu une éducation stricte.

Il comprend vite que l’argent était le nerf de la guerre. A 17 ans, il fonde alors une association, A.m.e.r. (Action, musique et rap), ce qui lui permettait d’obtenir des locaux de répétition. «On savait que le hip-hop était la seule culture qui disait la vérité», note-t-il. L’auteur de « Je zappe et je mate » publie parallèlement un livre, écrit à quatre mains, avec son frère Steeve. Au lieu d’opter pour une autobiographie, il a choisi de publier certains de ses textes de chanson qui prennent une tout autre force « dépouillés » de leur background musical. «Je suis sentimental, mais je le cache par pudeur. Mon éducation africaine probablement… Chez nous, on ne dit pas je t’aime, on le montre».

A ses yeux, l’exclusion sociale et économique dans les cités de banlieue, ne diminue pas, bien au contraire ! « Je dis donc qu’il ne faut pas laisser au Front national le monopole du drapeau tricolore et de La Marseillaise », alerte-t-il.

Par Oumar BA

Rokhaya Diallo est issue d’une famille sénégalaise immigrée en France dans les années 1970. Cette fille d’un mécanicien et d’un professeur de couture, née à Paris en 1978, a grandi à La Courneuve. Après son bac en 1996, elle décroche brillamment une maîtrise de droit international et européen puis un master en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, avant de travailler pendant huit ans dans la conception de programme jeunesse pour le petit écran. Elle est devenue journaliste, chroniqueuse à RTL, réalisatrice et écrivain.

Rokhaya Diallo se dit avant tout européenne et française dans une France qui n’est pas exclusivement composée de gens à la peau blanche ! « J’ai pourtant des reproches à faire à mon pays : il ne tient pas ses promesses de liberté, d’égalité et de fraternité envers tous ses enfants », note-t-elle. Je crois qu’il ne se console pas de sa puissance économique perdue, qu’il a une immense nostalgie de son empire colonial disparu, qu’il a peur de ces gens venus d’ailleurs, ajoute-t-elle.

Ses interventions font désormais polémiques. Elle passe pour la porte-parole d’une gauche new génération, constituée en partie de ces enfants d’immigrés exigeants envers la « mère patrie ». Son rêve voir enfin une nation véritablement « black-blanc-beur ». Telle cette bande de copines aux origines et religions diverses qu’elle a imaginée pour sa première BD, Pari(s) d’amies (Delcourt). Son but : «déconstruire» les préjugés d’une certaine France. Son association est à l’initiative, des « Y’a Bon Awards », sorte d’Oscars annuels des « meilleures phrases racistes » prononcées par des personnalités publiques et décernés avec humour.

Quand survient la tuerie par des « jihadistes » d’une partie de l’équipe de Charlie Hebdo, les médias se font un plaisir de rappeler qu’un incendie criminel avait ravagé les locaux de ce même journal quatre ans plus tôt, et qu’à cette occasion Rokhaya avait signé l’appel « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo! ». Un appel qualifiant la démarche comme relevant d’« un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe». Mais Charlie Hebdo a toujours été une des rares publications en France à avoir combattu toutes les formes de racisme, de ségrégation sociale ? «Certes, tout n’est pas à jeter dans ce journal. Mais je n’aime pas chez eux ces attaques contre le physique comme, par exemple, ce dessin de Marine Le Pen poilue sur une de leurs couvertures », note-t-elle. Evoquant son appartenance raciale, elle note « la négritude, c’est juste une communauté d’expérience construite dans la douleur. Et ça, je le refuse »! Elle se dit cependant reconnaissante à ses parents de l’avoir donné un prénom sénégalais, de l’avoir légué cette trace de ses origines. «Mais ce que je veux avant tout, c’est choisir comment je me définis et ne pas obéir à ce déterminisme de la peau», ajoute-t-elle.

Par Oumar BA

Yaya Diallo, le médiateur

06 Jui 2016
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Certains qui ont l’art de rester dans l’ombre, tout en mettant les autres en lumière, finissent toujours par s’en lasser. Alors, le besoin de sortir de l’anonymat jaillit. Il semblerait que ce soit le cas pour Yaya Diallo. Il a passé son enfance à Vélingara, en Haute-Casamance. Il est cependant né en Mauritanie, à Atar, en 1963. Ce père de trois enfants, dont un champion de France de judo, Alpha Diallo, s’accorde une influence forte au Sénégal où il envisage de s’engager après avoir roulé sa bosse en France. Son pater fut combattant dans l’armée française. Un jour, il a préféré rentrer au pays pour « s’occuper de ses vaches ». Il est juste âgé de 19 ans quand il est animé par l’envie de s’aventurer en l’Occident. En effet, des amis chasseurs, toubabs venus flinguer la pintade au Sénégal, lui font savoir que s’il venait en France, il pourrait réussir. « Va pour l’ancienne métropole », lui auraient-ils suggéré. Des cousins l’ont alors accueilli, il était mu par une vraie volonté d’appartenir à la « communauté ». ,Yaya Diallo assure être membre du Parti socialiste français. Sur ses fonctions, il reste toutefois un peu confus. Il se présente par ailleurs comme « membre fondateur de Sos racisme ». Il raconte avoir été « mis à la fédération par Claude Bartolone, pour aider les camarades socialistes » et déroule diverses fonctions au sein du conseil fédéral du Ps (commission des adhésions, commission des conflits, relations internationales, comité Afrique). En d’autres termes, il se targue d’être le pont entre le Ps et les dirigeants africains. « Je veux que les socialistes prennent en compte l’existence de l’Afrique, et je veux créer des liens », explique-t-il.

Par Oumar BA

En six albums et une flopée de collaborations, le guitariste concilie les couleurs musicales de son Bénin natal avec les prouesses techniques du jazz. « Son talent m’a été révélé à l’occasion d’un concert qu’il a donné à 15 ans, dans un grand hôtel de Cotonou », se souvient son père, Basile, enseignant à la retraite. C’est d’ailleurs à son frère aîné, Alexis, que Lionel doit ses premiers cours de guitare. Convaincus que le jeune homme entretient des rapports fusionnels avec l’instrument, ses parents l’envoient dès ses 17 ans au National institute of art d’Abidjan. Verdict des professeurs : enfant prodigieux ! Après un passage par Paris, il reçoit une bourse pour étudier au Berkeley college of music de Boston, aux États-Unis. Depuis, les récompenses, les tournées et les séances d’enregistrement s’enchaînent pour l’un des meilleurs guitaristes de jazz au monde.

Par Oumar BA

Last modified on lundi, 06 juin 2016 15:39

Il y a chez Jacqueline Moudeïna, 58 ans, coordinatrice du collectif des avocats des victimes du régime de Hissein Habré, un sourire qui contraste avec une raideur fière, dans un corps douloureux. Ce corps a, en effet, été tour à tour victime d’une tentative d’assassinat à la grenade (2001), puis la tentative d’exfiltration (2008), au motif que son nom aurait été couché sur «une liste noire» du régime de Déby. Depuis 1998, Moudeïna s’est en quelque sorte soustraite à la vie, car le dossier Habré tire en longueur. Elle s’y est engagée pour ne jamais en sortir. Un dossier comme celui-là, c’est surtout une succession d’échecs et de désillusions.

Il y a chez Jacqueline l’orgueil de ne rien devoir à personne et de lutter contre la toute puissante attraction des pouvoirs, quels qu’ils soient. Cette indépendance d’esprit, lui viendrait de son père qu’elle n’a pas connu. Jacques Moudeïna est mort en 1957. Il était le premier médecin tchadien issu d’une grande famille protestante. Jacqueline est alors confiée à sa grand-mère maternelle, elle aussi protestante. Sa mère se remarie. Naîtront de cette union quatre demi-sœurs et frères.

Elle est scolarisée chez les sœurs de Koumra, une petite ville dans la région du Moyen-Chari, non loin de la frontière avec la République centrafricaine. C’est là qu’elle se signale par sa toute première «révolte» contre ce qu’elle considère comme une injustice. En effet, elle estime que la note donnée «à une fille de militaire français» est surévaluée.

L’institutrice, «une française», lui répond : «reste donc à ta place, petite Négresse». Jacqueline la gifle. Elle est exclue un mois : «En fait, j’ai continué d’assister aux cours, mais par la fenêtre de la classe, et tout en répondant aux questions de l’institutrice que j’avais giflée. Une sœur, que j’aimais beaucoup, m’a dit : « Tu es une révoltée, une enfant devenue adulte un peu trop tôt. Va, retourne en classe ». Puis ce sera, à l’adolescence, le lycée Félix-Eboué de N’Djamena «seule fille parmi 32 garçons, j’ai dû montrer que j’étais plus intelligente et plus bosseuse qu’eux», souligne-t-elle dans Libération.

En 1978, son dossier pour rentrer à l’école d’interprétariat de Bordeaux est prêt. Mais, il se perd. Elle rentre alors en fac d’anglais à N’Djamena par défaut. Se marie la même année avec un journaliste tchadien. Ce dernier réalise une interview de Habré, pressenti pour être Premier ministre. Qui lui dit en le quittant : «Tenez, vous offrirez cette caisse de mangues à votre épouse». Elle : «Comment aurais-je pu un seul instant imaginer que cet homme allait occuper dix-sept ans de ma vie ?».

Divorce, exil à Brazzaville, au Congo, en 1982, au moment où Habré prend le pouvoir. Un oncle avocat lui suggère «de faire son droit» au Congo. Elle mène ses études sur place, qu’elle finance en occupant «un poste de vendeuse en pharmacie». Premier stage en 1995 et elle s’inscrit au barreau trois ans plus tard.

Par Oumar BA

Avec une fortune estimée à 10,1 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros), Aliko Dangote est l’homme le plus riche d’Afrique. Inconnu du grand public, le Nigérian a construit un empire industriel dans son pays.

A 54 ans, Aliko Dangote est membre du cercle très fermé des milliardaires africains. En 30 ans de carrière, le businessman a développé un groupe qui, aujourd'hui, traverse les frontières. Retour sur le parcours de cet homme discret.

Un jeune entrepreneur ambitieux
Issu d’une famille commerçante de Kano, dans le nord du Nigeria, Aliko Dangote se lance dans les affaires dès l’âge de 20 ans, en 1977. Son oncle lui octroie un prêt de 500.000 naira (2.300 euros) et lui achète trois camions de 10 tonnes pour vendre du ciment.

Rapidement, les affaires sont fructueuses pour le jeune Nigérian. A la fin des années 70, le ciment coûte extrêmement cher. La matière étant rare, les clients paient plusieurs mois à l’avance. Ainsi, un camion de ciment peut rapporter 1.400 nairas par jour (6 euros par jour). Dangote n’a donc aucun problème à rembourser son prêt.

Fort de son succès, le jeune homme d’affaires décide de se diversifier. A l’étroit dans sa ville de Kano, il se lance à la conquête de la capitale de l’époque, Lagos. En mai 1981, le Dangote group est créé. Le ciment demeure l’unique activité de la compagnie. Le 31 décembre 1983, les militaires arrivent au pouvoir par un coup d’Etat. Accusés de corruption, nombre d’hommes d’affaires de la capitale sont arrêtés par le régime autoritaire. Dangote profite de la situation pour investir les marchés laissés vacants par les entrepreneurs emprisonnés. Le jeune Nigérian étend ses activités au secteur alimentaire (sucre, riz…). Curieux et soucieux de développer ses affaires, Dangote effectue un voyage au Brésil, en 1999:
« Je pensais que le Brésil et le Nigeria se situaient à peu près au même niveau, parce qu’à cette époque on entendait dire que le Brésil était une nation très endettée. Mais quand j’y suis allé, j’ai découvert une industrialisation massive. Incroyable. J’ai commencé à réfléchir en me disant ‘comment se fait-il qu’il y ait un tel développement de l’industrie au Brésil et pas au Nigeria. A mon retour, j’ai décidé de me lancer dans l’industrie.’»

Ce séjour s’avère décisif pour l’avenir de la société qui va changer de stratégie à la fin des années 90. Dangote Group, compagnie commerciale, va devenir un géant de l’industrie.

De retour au Nigeria, le groupe Dangote prend une nouvelle dimension. Le Pdg construit une raffinerie de sucre. Dangote décide également de construire des minoteries et une usine de pâtes. Aujourd’hui, Dangote Sugar Refinery est le plus grand fournisseur de sucre pour les compagnies de soda, les brasseries et les confiseurs au Nigeria. Devenu un conglomérat, le groupe compte 13 sociétés implantées dans divers secteurs, du textile au transport en passant par le gaz. Le Nigérian n’en a pas pour autant délaissé le secteur du ciment. En 2000, le gouvernement vend à la compagnie la Benue Cement Company Plc et trois ans plus tard, la Obajana Cement Plant, la plus grande usine de ciment d’Afrique subsaharienne est rachetée par le groupe. En 2007, deux de ses treize sociétés sont cotées à la Nigerian stock exchange (Nse), la bourse nigériane. La valeur des parts de sa société Dangote Cemente est évaluée à 10 milliards de dollars (7,7 milliards d'euros), c'est la plus grosse capitalisation boursière de la Nse.

Le groupe Dangote est dorénavant implanté dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne avec des usines en Zambie, au Sénégal, en Tanzanie et en Afrique du Sud. Et le Nigérian de Kano ne compte pas s’arrêter là. Dangote a obtenu, en août 2011, l’accord de la Banque centrale du Nigeria pour investir 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) dans la construction d'installations en Côte d’Ivoire consacrées à ses activités dans le ciment. Au Cameroun, les travaux d’une usine de ciment à 115 millions de dollars (88 millions d’euros) ont été entamés. Le milliardaire se sert également de sa fortune pour faire des dons.                                       Un donateur controversé.

Capitaine d’industrie
Aliko Dangote est réputé pour sa philanthropie, ce dernier a donné des millions de dollars en faveur de la santé et de l’éducation. En revanche, le soutien financier qu’il a apporté au People’s Democratic Party, formation politique au pouvoir depuis 1999, a fait polémique. The Economist rappelle que ses détracteurs n'hésitent pas à critiquer cette collusion douteuse. Lors de la présidentielle de 2003, l’homme d’affaires finance la campagne du président sortant, Olusegun Obasanjo. Dangote donne 200 millions de naira (945.550 euros) pour le projet de librairie présidentielle et 50 millions de naira (236.390 euros) à la mosquée nationale. Quatre ans plus tard, les rapports ambigus que Dangote entretient avec le pouvoir présidentiel sont, une nouvelle fois, sujets à controverse. En 2007, le groupe achète à l’Etat la raffinerie de Port-Harcourt, située dans le sud du pays.

Dix jours après cette acquisition, le 28 mai 2007, dernier jour de son mandat, Olusegun Obasanjo vend 51% des parts de la Kaduna Refining and Petrochemical Company, une autre raffinerie, à Bluestar Oil Services, consortium mené par l’homme d’affaires nigérian, pour 160 millions de dollars (123 millions d’euros). L’acquisition de deux des quatre raffineries d’Etat par le groupe Dangote est sévèrement condamnée. A tel point qu’une grève générale va paralyser le pays. Deux des principaux syndicats du pays, la Nigeria labor congress (la Nlc représente les ouvriers) et la Trade union congress (la Tuc défend les intérêts des cadres), exigent notamment l’annulation des ventes qu'ils qualifient de bradage. Au bout de quatre jours, ils obtiennent gain de cause.

Toutes ces affaires n’ont pas freiné l’ascension de Dangote. En mai 2010, son nom est évoqué pour entrer dans le capital d’Arsenal à hauteur de 16%. Le Nigérian est un grand fan du club anglais de football qui compte parmi les plus prestigieuses équipes européennes. Le principal intéressé a très vite démenti ces rumeurs. Le 14 novembre 2011, Aliko Dankote est fait Grand Commandeur de l’Ordre national du Nigeria par le président Goodluck Jonathan. Aujourd’hui, ce dernier compte développer ses activités dans le pétrole et le gaz sur les quatre prochaines années. Il souhaite investir 10 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros) dans ce secteur. Aliko Dangote ne devrait pas disparaître de sitôt du classement des Africains les plus riches.

Par Sidy DIOP

Carlou D, de son vrai nom Ibrahima Loucard, est né le 13 décembre 1979 à Dakar. Il  est artiste musicien, rappeur, compositeur et guitariste.  

Doté d’une voix agréable, Carlou D est l'une des références de sa génération.  Né en 1979 à Dakar, Ibrahima Loucard se consacre,  dès 1995, à la musique. Parallèlement, il développe une passion pour la danse. Avec le groupe Navajo, Carlou D décroche le prix de la meilleure chorégraphie dans l’émission la plus suivie de l’époque : « Oscar des vacances ». Nous sommes  en 2002. Puis, c'est la rencontre avec Ass Malick et Seydiman,  avec lesquels il forme le groupe « Ska Blue ». Ibrahima Loucard  a passé son enfance dans les villes de l'intérieur du pays entre Kaolack, Diourbel, Mbour et Thiès. Mais parmi celles-ci, c'est particulièrement Kaolack, Mbour et le fin fond du Saloum, plus précisément à Kaffrine, qu'il  pratique l'école de la vie. En 2001, il fait un featuring avec Daby dans l'opus « Mbêguel dou trahison ». Le tube cartonne et le révèle au grand public. Carlou D gagne en aura et en estime  auprès des mélomanes et artistes.  La même année, il  intègre  le célèbre et mythique groupe de rap Positive Black soul (Pbs). De 2001 à 2004, il y joue comme danseur avec Baye Souley et rappeur au sein de Pbs radikal.  En 2003, Carlou D intègre le groupe Pbs et devient un des artistes les plus en vues du mouvement hip hop sénégalais. C'est ainsi qu'il sort « Séédé », son premier album solo, en 2004.  

     
La même année, Carlou D est nominé « Révélation » de l’année. Deux  ans plus tard, avec Sory Kandia Kouyaté, Kémokho Kondé, Ablaye Diabaté (Mali) et Fatoumata Diawara, sa candidature est acceptée à l'Opéra du Sahel. En 2009, Carlou D revient au-devant de la scène et gagne le prix de « Meilleur artiste et Album de variété de l'année » de Sunu music awards.  Il faut attendre 6 ans pour que le musicien sorte son deuxième opus, « Musikr », à la rentrée 2010.        

Carlou D compte, à son actif, une participation à plusieurs festivals de renommée internationale : le festival « Womex » à Copenhague, en 2010, celui du Bénin la même année, la participation, en 2013, lors de la remise du prix Polar Music à Youssou Ndour. 

L’artiste est à l'aise dans tous les registres musicaux. La musique constitue, pour lui, un véritable langage universel.     

Par Oumar BA 

Last modified on vendredi, 27 mai 2016 16:00

Omar Diawara

25 Mai 2016
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Malgré la soixantaine bien sonnée, toujours tiré à quatre épingles, le verbe lent et un ton rassurant, Omar est surnommé « le Sénateur » par son ami Pape Ndiaye, le couturier. On peut y ajouter « du Paris by night » tellement la vie et le personnage d’Omar sont intrinsèquement liés aux mondanités parisiennes. Depuis 43 ans, il y officie au plus haut niveau. Jusqu’aujourd’hui où il tient les manettes de « Albarino », un salon- bar- restaurant de spécialités afro-latines à…, tenez-vous bien, la rue Lekain, dans le 16e arrondissement de Paris. Ce doit être probablement le seul coin « black » de ce quartier de la haute bourgeoisie française.

Auparavant, Omar aura fait ses classes au Plaza Athénée, le célèbre palace de l’avenue Montaigne, dans le « triangle d’or de Paris ». Un job décroché deux semaines seulement après son arrivée en France en 1963. Pour un autodidacte, il y apprit très vite les bonnes manières, le goût du luxe et l’art du savoir- vivre et du savoir-être à la française. Au point d’être considéré comme faisant partie des piliers du Tout-Paris des affaires et de la politique. Du parti gaulliste en particulier. Ainsi, il est très proche de Charles Pasqua dont il considère le bureau « comme (son) salon ». Tout comme il connaît bien les Chirac, Juppé, Tibéri, Dominique Baudis et autres… Il est « à tu et à toi » avec des stars comme Guillaume Durand, Michel Durrey, le Monsieur tennis de Roland Garros, Alain Delon, Jean- Paul Belmondo, le footballeur Karembeu et son épouse Adriana, les fils Mitterand (Jean-Claude), de Tibéri et de Balladur. Un de ses proches dit que « Omar a un carnet d’adresses qui vaut des milliards ». Un entregent qu’il a tissé tout au long d’un parcours pour le moins « extraordinaire ». Après douze ans de Plaza Athénée, cap sur « Keur Samba » qui a été, pendant longtemps, le rendez- vous mondain de l’Afrique- sur-Seine. Le carrefour obligé des ambassadeurs et autres ministres africains de passage à Paris. C’est là où il a connu les Pierre Goudiaby Atépa, Diagna Ndiaye qualifié « d’ami intime ». Il lui a présenté Karim Wade au Plaza Athénée où Omar est toujours bien reçu et considéré comme un pilier de la maison. Ensuite, ce fut la direction du « Rubis », qui a eu également son heure de gloire.

Selon Monsieur Omar, « c’était un lieu privilégié de rencontre entre des personnalités de la Gauche et de la Droite françaises ».

Le plus remarquable, c’est qu’Omar, un Sarakholé originaire de la région de Matam, reste « authentiquement africain ». Avec des enfants éduqués suivant les préceptes de l’Islam. Ils ont appris le Coran, ne ratent aucune prière et viennent passer leurs vacances au Fouta. Soit une vraie gageure pour un homme de la trempe d’Omar. C’est parce que lui-même donne le bon exemple. La preuve, il a emmené six de ses parents à La Mecque. Avant d’y aller, avec son épouse, comme « invités du Roi ». « A mon arrivée, raconte-t-il, j’ai trouvé un garde du corps d’un prince et fils du Roi, un ami, venu me chercher à l’aéroport dans une Rolls Royce. » Comme quoi, Omar est un Vip. Même en Arabie Saoudite...

Par Oumar BA

Last modified on mercredi, 25 mai 2016 13:01

A la tête du groupe CCBM (Comptoir commercial Bara Mboup), référence sénégalaise en matière de commerce, Serigne Mboup est un personnage atypique du monde des affaires. Cet homme d’affaires est un « Ndongo daara » qui n’a pas été à l’école française. Sa formation professionnelle en matière de pratique entrepreneuriale et de gestion d’entreprise s’est exclusivement déroulée auprès de son père Bara Mboup qui fut un grand opérateur économique au sein de l’entreprise familiale qu’il a fondée depuis les années 1960.

A la tête du CCBM, référence en matière de commerce et d’industrie composée de dix filiales, Serigne Mboup est un homme d’affaires qui touche à tout. Président de la chambre de commerce et d’industrie et d’agriculture de Kaolack (CCIAK), président de l’union nationale des Chambres de commerce du Sénégal depuis main 2015, ce friand patron veut se mesurer aux candidats pour le fauteuil de la CCIA de Dakar. Des ambitions qui lui valent de nouveaux adversaires politiques.

Pour reprendre le magazine Jeune Afrique, il est également le chantre controversé du secteur sénégalais. Son comptoir commercial a été au milieu d’une affaire de falsification de spécifications techniques portant sur 97 véhicules destinés au ministère sénégalais de l’Education. Une autre mésaventure en 2014 de cette entreprise a tourné autour de l’attribution des marchés publics.

En effet, en partenariat avec des multinationales comme Samsung ou Volkswagen ou avec l’État sénégalais, la stratégie du Groupe a toujours été de mettre à la disposition de ses clients des produits de consommation aux prix les plus compétitifs.

Son crédo, la préférence nationale
Pour lui, le secteur privé national d’un pays sous-développé comme le Sénégal doit être protégé, soutenu et promu sans complexe par l’État. Car il est capable de créer suffisamment de richesse et d’emplois pour les Sénégalais. Ainsi, l’homme d’affaires préconise l’aménagement des mécanismes législatifs de partenariat entre le privé national et le privé étranger.

Née à partir d’un petit commerce en 1960, cette entreprise est, à l’origine, spécialisée dans l’importation de produits essentiellement alimentaires. Avec un flair aigu des affaires, le Saloum-Saloum (ressortissants de la région de Kaolack, sa ville natale) en a fait un holding très diversifié. CCBM est aujourd’hui présent dans des activités aussi variées que la distribution de produits alimentaires, l’automobile, l’immobilier, les centres commerciaux, l’électroménager, le transport, la microfinance, l’agriculture.

Mboup fils a investi également dans le secteur des médias. Le président fondateur du groupe CCBM holding et patron du groupe « Univers médias » présent dans le paysage médiatique depuis plus d’une décennie, est l’actuel propriétaire du groupe de presse « Siweul » qui détient deux fréquences radios, un quotidien et un site internet. Ainsi, il est le patron d’une agence de Communication, « Le point » et la radio Koum-koum sans oublier la télévision et la radio régionale du Sine saloum TVS qui émettent depuis juillet 2014.

(Source Magazine Jeune Afrique, les sites spécialisés et Léral.net).
Par Marame Coumba Seck

Elie Yaffa  dit Booba est né en 1976, à Sèvres. Son père est d’origine sénégalaise.  Il grandit à Meudon-la-Forêt et passe une partie de son enfance à Boulogne-Billancourt. Après le divorce de ses parents, vers 10 ans, il s’installe avec sa mère à Cagnes-sur-Mer.  L’été, il va au camping à la Colle-sur-Loup. «On prenait la voiture, pas l’avion, on n’allait pas à Chamonix dans les hôtels de luxe, et voilà.» C’était une «vie de base» : «On travaille, on prend notre salaire et avec ça on se démerde, on gratte les aides, tout ça quoi», confie t-il aux journalistes du quotidien français  Libération. Mentionner son nom fait souvent fuir le vis-à-vis, d'abord les filles effrayées par sa vulgarité, puis les  allergiques au hip hop, les bien-pensants qui méprisent son arrogance et ceux pour  qui le rap est mort, depuis longtemps.  Avec le sourire, il  apprécie  déplaire au plus grand nombre. Et pourtant,  depuis dix ans, le rappeur de Boulogne vend chaque album à une ou plusieurs centaines de milliers d'exemplaires,  à une époque où le disque d'or ne récompense plus que 50.000 galettes écoulées. Qu'on l'aime ou pas, Booba  s’impose.

Sa mère est blanche, elle travaille sur les bateaux. Elle est secrétaire. Le père est noir, il existe de loin en loin, c’est le monde de la nuit, on raconte qu’il a été mannequin, qu’il a fait de la musique, des percussions.  La  première est toujours présente, le second vit au Sénégal,  son pays d’origine.

Booba  est allé pour la première fois à Dakar à 10 ans, visiter l’île de Gorée. Il est rentre  du Sénégal avec un pseudo, diminutif du nom d’un cousin de là-bas, Boubacar. Au collège, c’est l’élève du fond, celui qui dort près du radiateur. Il n’écrit pas encore, sinon les rédactions imposées. «En français, j’étais pas très bon. Des fois je croyais que j’étais bon, mais non. Des fois tu crois que t’es bon et en fait t’as un onze», dit-il dans Libération.

Booba  découvre   les Etats-Unis à 14 ans, à l’occasion d’un séjour linguistique prolongé en année d’échanges dans une famille à Detroit. Le rêve est resté américain. S’il fait référence à Aimé Césaire, c’est qu’il sait que «c’est un bon». Son rapport à l’écriture, instinctif, immédiat, il l’a appris «en écoutant de la musique, en écoutant d’autres écrivains» - lapsus ? Il cite Bob Marley, Trenet, Renaud, Nas, Public Enemy, «des flashs, des univers, des ambiances». C’est ce qu’il cherche à créer, dans un français «pas du tout scolaire».

Entre chaque album, l'artiste publie en effet une mixtape officielle compilant  nouvelles versions et collaborations diverses. Soit une bonne occasion d'expliquer une fois pour toutes pourquoi Booba domine encore le rap,  mais surtout, reste  au royaume de la chanson française.

Par Oumar BA


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