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Tapis Rouge

Tapis Rouge (22)

De Mame Coumba Bang…
Louis Camara est de ces créateurs qui se sont révélés au monde et à ceux qui aiment les belles choses sur le tard. L’écrivain saint-louisien a publié sa première œuvre littéraire en 1996, alors qu’il avait 46 ans. Ce fut un coup d’essai et un coup de maître après des années à voyager à travers la lecture. « Le choix de l’Ori », sa première prouesse éditée par les éditions « Xamal » de Saint-Louis, remporte le Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres. Son dernier ouvrage, un recueil de contes intitulé « La fille de Mame Coumba Bang », gravit aussi cette cime des éloges légitimes comme le précédent, « Au-dessus des dunes », qui dessine des univers de vertus. Louis Camara est un auteur qui redonne un élan à une forme de littérature dont l’engagement ne se mesure pas à l’aune de la diatribe, mais dans sa faculté de transmettre ou de restaurer le mythe constructeur de sens, d’identité et de valeurs partagées.

A Ifà…
C’est en cela que les écrits de Louis Camara sont importants et originaux. Sénégalais, il s’est intéressé à une culture où se fabriquent justement des mythes, celle des Yorubas dont il est « un écrivain et un interprète de la culture ». A propos, il disait ceci : « Saint-Louis est une terre de poésie, de mythes. La poésie et le mythe sont consubstantiellement liés. A Saint-Louis, une ville très religieuse, très islamisée, il y a toujours la présence de ces mythes. Je ne suis pas très dépaysé chez les Yorubas parce que j’ai baigné, dès l’enfance, dans cette ambiance « mytho-poétique » si je puis dire. Ce qui fait que le lien n’a pas été abrupt ». Son œuvre évoque le terroir et l’ailleurs pour embrasser l’universel. Par le hasard de ses lectures, celui que l’on surnomme le « conteur d’Ifa » (Ifa est une divinité du panthéon Yoruba) a été interpellé par une culture qui a élargi son horizon et excité son imagination poétique. Celle-ci a accouché de sa première œuvre littéraire, « Le choix de l’Ori », avant le texte du « retour » au terroir, « Il pleut sur Saint-Louis », un recueil de nouvelles. Il s’est tellement imprégné de cette culture de l’ailleurs que les Yorubas du Sénégal ont fait de lui, l’année dernière, leur invité d’honneur lors de leur traditionnelle fête annuelle appelé le « Yorouba day ». Il y avait animé une conférence sur le thème : « Littérature traditionnelle yorouba : prose et poésie ».

En passant par Louis
Dans le film-documentaire « La Brèche », du réalisateur sénégalais Abdoul Aziz Cissé, un homme s’illustre par la profondeur de son verbe, la musicalité de sa voix. Il se nomme Louis Camara et c’est un homme très raffiné au-delà des stéréotypes sur le « Ndar-Ndar ». Son raffinement et son urbanité ne sont pas ostentatoires. Ils sont un trait de lumière naturel. Et ce n’est point une trivialité d’évoquer, ici, cet aspect en ces temps d’incivilité. Il est l’archétype de l’âme à envier. Et son œuvre en cours, des humanités et des univers à envisager comme socle d’un devenir à se fabriquer pour une Afrique qui se réconcilie avec ses mythes et ses « utopies », n’en est pas moins digne d’éloges.

Alassane Aliou MBAYE

Le fondateur du label Off-White vient d’être nommé à la tête des collections homme de Louis Vuitton. Le début d’une nouvelle aventure pour ce génie de la mode.

Un parcours atypique
Virgil Abloh, un nom déjà bien connu dans la fashion sphère. A 38 ans, le designer africain-américain marié et père de famille, succède à Kim Jones et devient le premier créateur artistique noir au sein de la maison Louis Vuitton. Aux côtés d’Olivier Rousteing chez Balmain, Virgil Abloh est l’un des seuls à occuper une telle fonction au niveau d’une marque de luxe française.

Né en Illinois (près de Chicago) en 1980 de parents d’origine ghanéenne, Virgil Abloh a étudié dans une école catholique avant d’obtenir un diplôme en génie civil à l’université du Wisconsin à Madison. Il n’a suivi aucune formation de mode puisqu’il a enchaîné ensuite avec une maîtrise en architecture à l’Institut de technologie de l’Illinois. Au regard de ses créations parfois asymétriques, on comprend d’où lui vient sa vision créative.

Après ses quelques expériences, Virgil Abloh lance en 2012 un premier label appelé Pyrex Vision sur lequel il distribue des streetwears hyper recherchés et des t-shirts/polos signés Champion et Ralph Lauren, avec son propre logo imprimé et visible dessus. Si cette idée a créé la polémique, elle a surtout réussi à le faire connaître dans l’industrie de la mode.

Désireux de faire rimer streetwear et luxe, Virgil Abloh lance un an plus tard Off-White, une marque de prêt-à-porter au succès croissant, et s’impose comme le designer à suivre de très près.

Avec sa griffe reconnaissable par ses grosses bandes noires ou blanches, il joue avec les codes du luxe en transformant le sportwear en couture. Des finitions pointues, des coupes malines, des détails sophistiqués… Virgil Abloh désacralise le luxe. Un moyen de faire changer les choses et de faire évoluer les mentalités. Ses collections séduisent les plus grandes stars du moment ainsi que le public jeune.

Le bras droit de Kanye West
Par un concours de circonstance, Virgil Abloh s’est fait repérer par le rappeur Kanye West. A seulement 22 ans, il devient l’un des plus proches collaborateurs de la star et son conseiller mode.

En 2006, il suivra Kanye West dans les coulisses de Fendi à Rome. On lui doit notamment en 2011 la pochette de l’album Watch the Throne réalisé avec la complicité de Jay Z. Un travail artistique qui lui vaudra une nomination pour le Grammy Award de la meilleure pochette d’album. Aujourd’hui, Virgil Abloh et Kanye West ont encore des projets communs.

Créatif multi casquette
Nike, Jimmy Choo, Levi’s, Moncler, Warby Parker, VLONE, Takashi Murakami…, les collaborations sont nombreuses. Récemment, Virgil Abloh s’est associé avec Ikea pour mettre sur le marché en 2019 une collection capsule.

Depuis ses 20 ans, Virgil Abloh se retrouve souvent derrière les platines. Actuellement, il mixe encore de nombreuses soirées à Miami ou Las Vegas. De temps en temps, le DJ prend le dessus sur le designer !

S. D.

Espérant un portrait au vitriol, nous posions au réalisateur sénégalais Joseph Gaï Ramaka cette question : « Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de cinéastes sénégalais ? » Voici sa réponse : « Dans la vie, il y a deux générations : celle qui a fait et qui n'est plus là et celle des vivants. Les cinéastes vivants sont ceux qui font tourner la machine tout en sachant qu'ils sont héritiers d'un excellent travail fait par leurs devanciers. Il faut apprendre de ceux qui ne sont plus là physiquement et dont les succès et les erreurs peuvent nous permettre d’aller plus loin et également insister sur la formation ». On a souvent reproché aux cinéastes de sa génération leur révolutionnarisme incommodant, leur tendance à exprimer leur dédain pour le travail des jeunes.

Joseph Gaï Ramaka ne les crible pas de critiques. Il se meut dans leur univers de créativité pour les accompagner. Le réalisateur de « Karmen Geï », film à succès et à polémiques, est un esprit ouvert et lucide dont la filmographie peint l’être profond, définit la personnalité. L’ancien étudiant de l’Institut des Hautes études Cinématographiques à Paris (anthropologie visuelle) est de ceux qui ont blanchi sous le harnais et trouvent leur second souffle d’inspiration dans leur altruisme.

Entreprenant
Cette générosité se manifeste à la fois dans son œuvre cinématographique et dans son action en faveur du cinéma sénégalais et africain. Gorée, « terre d’accueil » de ce Saint-Louisien qui a longtemps vécu à la Nouvelle Orléans, en Louisiane (comme attiré par les espaces remplis d’histoire), n’est pas son île de douce oisiveté. Le monde ne lui en aurait certainement pas fait grief après qu’il l’ait gratifié d’une si belle et « éclectique » filmographie. Sans se répandre en longs et interminables gémissements sur le cinéma sénégalais en éternels balbutiements ou en éloges sur sa carrière enviable, le producteur et scénariste pose des actes dans la limite de ses possibilités et engage, depuis des années, la réflexion sur le devenir du 7e art au Sénégal et dans son continent.

Son examen lui a permis de lancer, avec des jeunes, le Festival Gorée cinéma qui offre un cadre d’expression original de cet art (débat suivi de projection à la plage de films d’ici et d’ailleurs). Ce festival qui a élargi son réseau à Saint-Louis, sa terre natale, et en Casamance, plus qu’un palliatif au déficit ou à l’absence quelquefois d’infrastructures cinématographiques, est, à ses yeux, un plaisir. « Car je trouve qu’il est mille fois plus agréable de regarder des images avec comme toit un ciel étoilé. Ce n’est pas un palliatif, c’est une option. Avec le cinéma en plein air, on partage plus que le film. On partage la nuit, un climat propice à se raconter ou à écouter des histoires, la mer », dit-il.

Engagé
« Il semble que vous aviez de mauvais rapports avec l’ancien régime… » est la dernière question que nous lui avions posée chez lui à Gorée, il y a quelques années. Sa réponse fut : « L’ancien régime avait davantage de problèmes avec le peuple qu’avec ma personne ! » Les films de Joseph Gaï Ramaka montrent clairement qu’il est une âme que le devenir de son continent et du peuple ne laisse pas indifférent. Il est un homme sincèrement engagé pour les causes justes parce que, justement, il est de « cette génération de jeunes qui voulait changer le monde ». Son long métrage « Et si Latif avait raison », en 2006, était une alerte face à un régime qui entretenait le doute. Son court métrage « Plan Jaxaay », axé sur les inondations dans les quartiers de la banlieue dakaroise, s’inscrit aussi dans cette veine. Il y a quelques années, il a créé, avec ceux pour qui la liberté d’expression est essentielle pour l’épanouissement, l’Observatoire Audiovisuel sur les Libertés. Et avec un cinéaste burkinabé, il a lancé la Coordination Africaine Audiovisuelle pour la Démocratie lors du Forum Social Mondial de Bamako en janvier 2006. Dans son univers de prouesses aussi, il s’est employé à se donner les moyens de son indépendance de caractère en créant, en France, dans les années 1990, « Les ateliers de l’Arche ». Ramaka est définitivement un homme libre.

A. A. MBAYE

« Dieu, merci de m’avoir rendu mes deux jambes. Je suis très content et je te remercie. Je sais, c’est parce que Tu m’aimes que Tu m’as fait beaucoup souffrir. Tu es patient. La vie est amour.

Et quand Dieu vous aime, Il vous fait souffrir. Après tant d’épreuves, me voici, je l’espère, enfin sorti du bout du tunnel », crie de tout cœur, Cherif, dans une plage vidée de son monde (Idoles - saison 4 - épisode 16). Ces propos, empreints de fatalisme, croupiraient dans notre routine langagière si l’interprétation du personnage qui les tient n’avaient pas été magistrale. Il suffit de voir les images pour se laisser envahir par une émotion venue d’ailleurs. Chérif Maal de la série « Idôles » a le génie sublime, du talent à l’état pur. Un moment de communion directe sans intermédiaire avec Dieu. Il nous transporte grâce à cette capacité à entrer dans la peau de son personnage, s’y morfondre, s’y perdre, y étaler toute l’étendue de son art enchanteur.

Babacar Oualy de son vrai nom s’était déjà illustré dans le théâtre et le cinéma avant cette série qui lui vaut des éloges mérités : « Le sacre du ceddo », «Simba le roi lion », «L’homme de Satan», «Le sacrifice de Yacine Boubou», «La pirogue», «C’est la vie»... Il arrive à capter les téléspectateurs les plus étourdis. Dans la série « Idoles », il interprète le rôle d’un inconvenant fils de ministre disposant d’une « couverture » de fils de ... Il est de cette trempe d’acteurs qui ont plus d’une corde à leur arc. Son look de bad boy bâti à chaux et à sable est un espace d’expressions émotionnelles de différentes couleurs. Malgré son jeune âge, il n’a pas encore atteint la trentaine, il se construit une carrière déjà enviable Les vieux briscards comme le comédien Bass Diakhaté, qui a soufflé son nom, se trompent rarement !

Constant dans la performance
Babacar Oualy n’est pas dans la fulgurance. Il fait montre d’une certaine constance dans sa singulière et belle manière d’épater les cinéphiles. Babacar Oualy a su, dans « Idoles », interpréter un rôle avec sa fraîcheur, son allant naturel. Avec surtout grand talent. Aminata Sophie Dièye (une des auteurs de la série « Idoles », défunte et inspirante chroniqueuse, plus connue sous le sobriquet de Ndeye Taxawalou) disait ceci : « Dieu est l’incarnation de la patience. L’argent cultive l’orgueil, encombre l’esprit, chasse l’affectif et la part d’humanité. Dans la famille de ma mère, tout passe par l’autodérision, l’humour, même les choses les plus graves. Je suis donc restée une femme naïve ». Chérif a fait sienne cette belle assertion. L’acteur nous foudroie, quelquefois, d’un regard tellement doux, nous remplit d’émotions à la fois tendres et violentes, nous replonge dans le souvenir. Il produit en un geste, en une parole, des sentiments, des frissons, des bouleversements. Le rire et le pleur aussi. Car le jeune homme est d’une sensibilité artistique contagieuse.

Persévérant face à l’adversité
Ce natif de Dakar, originaire de Tambacounda, a très tôt su ce qu’il voulait faire de sa vie. En classe de première, au lycée Maurice de Lafosse, il boude pour investir le monde du théâtre.

Babacar Oualy débute sa carrière en 2009. C’est sa mère qui lui aurait recommandé de faire du théâtre et du cinéma. C’est elle-même qui l’a mis en relation avec Ibrahima Mbaye « Sopé ». Elle a été bonne prophétesse. Il passe un casting de doublage pour films chinois, pour élargir son champ d’expression artistique. Un tour en Asie pour redécouvrir son art. La série « Idoles » n’est donc qu’un pas de plus dans sa longue marche. Une formation artistique, sur le tas et le reste est de l’ordre du naturel. Son amour pour le septième art l’emporte sur les doutes légitimes. Il se rend à Douta Seck où il a le privilège de rencontrer tous les acteurs et comédiens du Sénégal. L’homme est décrit comme un caméléon par ses compères pour sa capacité à interpréter différents rôles.

Dans sa famille, il est le premier à opter pour cette discipline artistique. Ses envies se heurtaient au scepticisme de ses aînés. Le silence du père, alors administrateur civil et député, laissait plus subsister l’équivoque que l’enthousiasme de sa mère. Un jour il apparaît à la télévision, vêtu d’habits de femme, à l’occasion de la célébration du « Tadiabone » (Veillée festive et folklorique célébrée par les jeunes à l’occasion de l’Achoura). C’était le geste de trop ! Toute la famille lui fait des remontrances. Il décide de quitter la maison familiale. Quelques jours après, les membres de sa famille reviennent à de meilleurs sentiments et l’invitent à rejoindre à nouveau la maison familiale. Cet épisode le pousse à davantage persévérer. Tous les jours, il se donnait la peine de se lever à 7h du matin, de se rendre à la plage pour y « faire tranquillement son sport et s’adonner discrètement à la répétition ». Sa persévérance a porté ses fruits. Oualy est bien parti pour marquer de son empreinte l’histoire du cinéma sénégalais. Qui disait qu’à quelque chose malheur est bon ?

Oumar BA

Moussa Touré, cinéaste sénégalais de grande réputation, gravit la cime des honneurs depuis un peu plus de trois décennies avec ses convictions de créateur africain préoccupé par le sort et le devenir de son peuple ; lui, pour qui, le cinéma n’était qu’un « moyen de survie » au décès de son père. Très tôt, dans son œuvre cinématographique, il a fixé son regard sur des vies dont les destins sondent l’humanité des uns et des autres sans l’attacher aux identités. Son premier long-métrage, « Toubab bi » (1991), bien accueilli par la critique à l’époque malgré quelques blessantes railleries au début, en est une touchante illustration. Il chatouille la sensibilité de publics disparates en cela qu’il est une épître sur les périlleuses différences et sur le devenir à construire avec intelligence. Soriba Samb, jeune technicien, qui aurait pu s’appeler Moussa Touré dans la vraie vie (car il y a, dans ce film, des fragments d’autobiographie. Il a aussi été chef électricien du cinéaste Johnson Traoré, de « Camp Thiaroye »), quitte son espace de « confort » africain pour affronter, à Paris, la solitude, le froid, les ennuis de l’autre côté où l’on croupit dans l’indifférence.

Mais, c’est aussi un récit d’espoir. Les productions de Moussa Touré présentent une ambivalence ; ce qui en fait des sujets de questionnement mais aussi des instants d’engagement sincère et réfléchi.

Eternel « voyageur »
Moussa Touré est comme un pilote qui ne s’encombre pas d’aiguilleurs pour offrir à ses passagers des instants d’agitations morales, psychiques, devrions-nous dire. Le silence, dans son œuvre cinématographique, n’est pas un temps de répit. C’est un moment de dialogue avec soi pour être en interaction avec ses personnages, pour tirer quelque chose de ce qui s’apparenterait à du néant qu’il emplit de son imagination poétique. L’œuvre du fondateur de la société de production « Les films du crocodile » (1987) est en mouvement. Touré est un génie de la « narration » des voyages au cours desquels se déroulent des drames, des vies anéanties, s’expriment des identités, se fabriquent des destins, s’entretiennent des espoirs... Son avant-dernier film, « La pirogue », comme si la mer le hantait ou le fascinait, en dit long sur cette obsession du mouvement qui consigne des récits de l’aventure collective. « Tgv » (1997), qui a obtenu, en 1999, le prix du public lors du 9e festival du cinéma africain de Milan, capte aussi des instants de sens où l’humanité des uns et des autres imprime le rythme du trajet. Mais, ces « oscillations » le ramènent toujours vers le terreau de ces inspirations. Il l’a lui-même dit un jour : « je fais du cinéma pour rester en Afrique ».

Âme subtile
Cependant, cette Afrique dont il est question ici transcende la réalité géographique pour embrasser l’universel. Le natif de Dakar, initiateur du festival « Moussa invite » à Rufisque suit un itinéraire de rencontres. Son dernier documentaire fiction, « Bois d’ébène », en espérant qu’il continue d’enchanter les cinéphiles, est aussi un voyage dans le temps en ceci qu’il fouille dans les vestiges de l’ignominie pour relater la traite des Africains, l’esclavage et l’abolitionnisme à travers une expédition entre Nantes, Ouidah, la Guadeloupe et Nantes. Il nous replonge dans l’horreur d’un temps avec la magie du verbe et de l’œil qui bouleversent sans heurter. Le destin de l’Afrique, dans l’œuvre de Moussa Touré, n’est pas dans la narration passive de l’atrocité du passé et de l’asphyxie du présent. Les temps s’imbriquent. Et la connexité est réalisée avec subtilité. Celle-ci lui a valu bien des honneurs dans le monde.

Alassane Aliou MBAYE

Une Afrique de propositions
« On est surpris de constater combien les Peulhs étaient capables même dans la pratique moderne de la chirurgie esthétique. Les Peulhs se faisaient percer les oreilles pour y porter des anneaux. Le poids de l’anneau déchirait parfois le lobe de l’oreille. Il y avait quinze procédés connus pour réparer ces accidents. C’est une erreur de penser que la greffe de peau date du XXe siècle ». Ce rappel historique sort de la bouche de quelqu’un qui a suivi un cursus universitaire classique en médecine, le docteur Erick Gbodossou. Ce Sénégalais d’origine béninoise est de ces âmes qui vont à la rencontre de l’autre sans nourrir le complexe de dévoiler ce qui fonde leur identité. Il est la figure d’une Afrique porteuse d’une dynamique fructueuse et palpitante, d’un continent qui ouvre des voies de salut à l’humanité. Il se bat depuis des années pour faire prendre conscience aux Africains que les sciences endogènes ne doivent pas être cette camelote bonne à parquer dans la remise à dissimuler. Il est un pont, parce qu’il est aussi un scientifique, entre une Afrique porteuse de propositions et la médecine conventionnelle. Il n’a pas choisi la voie de la facilité. Il a décidé, dans un élan altruiste, de se battre pour les siens.

L’homme comme totalité
Cet expert de l’Organisation mondiale de la santé nourrit une réflexion utile et très simple. Quatre-vingt-quinze pour cent (85%) de la population africaine s’adressent à la médecine traditionnelle « aussi vieille que la douleur » pour ainsi parler comme lui. Devons-nous toujours continuer à l’ignorer alors que celle-là conventionnelle a fini de montrer ses limites objectives ? Il n’est pas dans le négativisme ou dans le révolutionnarisme passé de mode. Il n’agit pas par bravade. Il est dans une sorte de médiation, de conciliation de deux sphères de principe. Et l’homme, en tant que totalité, devrait en être la centralité. Le patrimoine matériel et immatériel occupe une place importante dans le raisonnement du président de l’Ong « Promotion des médecines traditionnelles », une institution de recherche culturelle et de diffusion scientifique. L’homme est au-delà de la « bulle » biologique. Il y a quelque chose qui transcende la « chair ».

Pour être en bonne santé, « on a besoin de rire, de pleurer, de manger, de jeûner. La santé est un équilibre. La santé, c’est la plante, les cultes et les cultures », disait-il, un jour, avec force. Les prouesses qu’il a réalisées et reconnues par des instituts américains montrent qu’on est loin, ici, des spéculations d’un illuminé ou des « trouvailles » de la coterie envahissante de charlatans en quête de pitance.

Ethique et humanité
Erick Gbodossou est l’auteur du livre « Ethique, sciences et développement ». L’éthique est au cœur de son action utile. La valorisation de la médecine traditionnelle, son cheval de bataille, n’est pas destinée à afficher ses exploits par pure gloriole. L’humanité anime son geste. Il faut remettre l’humain, doté de spiritualité et être d’émotions, au centre de la médecine face aux échecs des traitements symptomatiques. Le Centre expérimental des médecines traditionnelles (Cemetra) de Fatick plus connu sous le nom de Malango dont il est le fondateur est la matérialisation d’une généreuse idée porteuse d’espoirs pour des âmes désemparées ramassées dans « la poubelle du psychique et du psychosomatique » de la médecine conventionnelle, pour ainsi le reprendre. On y apporte confort intérieur aux malades au-delà de ce que les plantes réalisent comme prouesses.

Le docteur Gbodossou, bien que produit de l’école moderne, ne rejette pas avec dédain le « Ndeup », une ethnopsychiatrie de groupe, ni le vaudou marqueur d’une spiritualité africaine. Il les intègre dans ses solutions face à l’étroitesse de celles-là prônées par le système cartésien. L’Afrique doit inspirer le monde par sa capacité à explorer ses possibilités. C’est ce à quoi s’emploie cette âme d’une touchante persévérance et de convictions inébranlables.

Alassane Aliou MBAYE

Crédité sous le nom de Aziz Diop Mambéty, de son vrai nom Aziz Diop, guitariste du fabuleux West African Cosmos au milieu des années 70, rat de studio connu pour ses audacieuses collaborations (la bande son du film Hyènes, réalisé par Djibril Mambety Diop, un album avec la chanteuse Amina, entre autres aventures), Wasis l'élégant s'inscrit dans une grande tradition d'artistes voyageurs qui savent apporter à la fierté des sons du terroir d'origine la force du monde qui les nourrit. Certains le voudraient rock, d'autres l'affirment très world. Lui s'estime avoir le droit d'être un Lébou du Sénégal à la recherche d'une nouvelle tradition musicale urbaine... qui murmure l'universalité du monde. Il a plusieurs albums de styles différents, tirés de la synthèse des cultures africaines et autres. D'origine sénégalaise, la musique pour le cinéma et la télévision représente une grande partie de sa production. Il a écrit depuis 1992, la musique de plus d'une dizaine de films africains dont : « Hyènes », « TGV », « la Petite vendeuse de soleil », « Le prix du pardon », « Les couilles de l'éléphant »… « Dans cette vie, rien n'est statique... Le seul danger est de ne pas s'adapter, de ne pas voyager, de rester au même endroit, musicalement ou spirituellement. Notre réponse en tant que musiciens est d'aller de l'avant », se résume-t-il.

Brillant mélodiste
L'aura de Wasis Diop en fait un compositeur recherché jusqu'à Hollywood, depuis qu'en 1999, sa chanson Everything (is not quite enough), est venue habiter l'écran le temps d'une scène du remake de L'Affaire Thomas Crown, avec Pierce Brosnan. Film parfaitement dispensable, mais musique obsédante, capable de supplanter les images chez le spectateur. De fait, dans ce gros budget américain comme dans des œuvres plus intimes, les musiques de ce brillant mélodiste impriment leur marque, installant une atmosphère de quiétude, mais imprimant dans la mémoire autant de photographies sonores.

Musicien de la joie de vivre
Wasis Diop chante le plus souvent en wolof, une des langues du Sénégal. Il se réfère au principe du poète président Léopold Sédar Senghor : savoir d'où l'on vient et ce que l'on peut apporter au monde. Album après album, depuis « Hyènes », son chef-d'œuvre en 1992 qui accompagne le film de son frère Djibril Diop Mambéty et lui a permis de signer chez Universal Music, il transcende la beauté de cette langue, en fait ressortir l'intime profondeur de « sa voix primitive », selon l'expression d'un ami musicien. Avec le raffiné « No Sant », en 1995, puis avec « Toxu », et son « tube » multidiffusé « Samba le berger », sur les mésaventures d'un sans-papiers, en 1998, enfin avec « Judu bék », en 2008, resté injustement confidentiel alors que le titre, qui signifie « joie de vivre », tient largement sa promesse. En 2014, Wasis Diop a ajouté à cette collection un autre album aussi somptueux que passionnant : Séquences, première rétrospective de musiques de films jamais proposée par un Africain (chez Grounded Music).

 

Eclectisme
Elage Diouf, chanteur sénégalais établi au Canada, cultive l’éclectisme. Son rythme est d’ici et d’ailleurs. Il est de tous les horizons, de toutes les sensibilités parce qu’il offre avant tout cette sensation forte de traversée d’un fleuve de larmes, d’exultation où le néant et le tumulte se croisent. Il a réussi, sans altérer l’éclat des mélodies de son terroir, à concilier les sonorités du monde, pour donner à savourer la magnificence des « produits » de croisement. L’enfant des Hlm nous projette dans la destinée de son art qui est un univers de rencontres et de renouvellement constant.

Sa musique éclectique évoque une pluralité, un métissage en même temps qu’elle fixe, dans la mémoire sonore, les rythmes de son royaume d’insouciance. Il vogue entre le pop, le blues, le folk soumis à la fureur de l’« Asiko » pour montrer une « hybridité exquise » ; celle dont sont capables les esprits ouverts.

Fusion
Récemment, l’interprète de « Dekoulofi » a fait un tour au Sénégal, terre de ses premières prouesses, et nous est revenu avec un album remix « Back to Jolof » (comme s’il l’avait quitté) et a gratifié les publics dakarois et saint-louisien d’instants de délices. De fusion, devrait-on dire. Elage Diouf ne chante pas pour les foules en délire. Il entonne son répertoire de merveilles avec elles.

Il a ce qui fait défaut à beaucoup d’artistes sénégalais : cette capacité à décloisonner l’espace de chant du rossignol et celui des oreilles jouissives. Il crée un spectacle de fusion, fait du public un acteur de la scène, un créateur d’émotions, un «sécréteur » d’adrénaline. Son sourire charmant, de charmeur peut-être, mêlé à la fureur des percussions qu’il dompte à merveille, son talent, sa voix pure et enchanteresse en rajoutent à la fascination de spectateurs en communion.

Et reconnaissance
Elage Diouf a rehaussé la fierté des siens. Sur son allée de grâce et de succès, il a gardé ce qu’il y a de plus précieux chez les hommes itinérants, leur identité, sans laquelle l’œuvre plonge dans l’anonymat. Il y a un peu plus de deux décennies, il est parti au Canada, terre d’Amérique qu’il a enchantée et qui lui vaut d’y être célébré. Cet homme de corpulence imposante a collaboré avec plusieurs artistes comme Carlinhos Brown, Peter Gabriel et Andrés Cepeda, André « Dédé » Fortin et son groupe, les Colocs. Son premier album, « Aksil », sorti, en 2010, au Canada, lui a valu bien des éloges de la critique. Le deuxième, « Melokaane », où il collabore avec Johnny Reid, confirme qu’il n’est pas dans la fulgurance mais bien dans cette constance des génies qui se bonifient, dans le temps, par le travail. Cette production est nominée dans la catégorie Album de l’année – musiques du monde au Gala de l’Adisq. Elle lui permet également d’être finaliste au prix Charles-Biddle. Le Canada l’honore à travers le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec qui lui remet une attestation officielle pour sa contribution exceptionnelle au développement culturel et artistique québécois. Elage Diouf est une âme itinérante qui, de par son œuvre, représente les valeurs de l’universel.

Ndongo D, Mamadou Lamine Seck de son vrai nom, se distingue par son verbe. Il nous réconcilie avec notre patrimoine poétique, avec notre verbe, avec le discours allusif, imagé et philosophique de la langue Wolof.

1. Poète de son temps
Le groupe Daara-J surfe sur les vagues de l’enchantement. Il se fabrique un destin qui le condamne à se mouvoir dans un univers de conquête continue de l’universel avec cette conscience élastique le prémunissant contre le révolutionnarisme « underground » des années 1990 et l’insensibilité que pourrait produire le show-biz. Le secret de cette formation est sans doute dans cette recherche de l’équilibre. Faada Freddy ravit par sa voix, son enthousiasme et sa fraîcheur inaltérable. Ndongo D, Mamadou Lamine Seck de son vrai nom, lui, se distingue par son verbe. Il nous réconcilie avec notre patrimoine poétique, avec notre verbe, avec le discours allusif, imagé et philosophique de la langue Wolof. Le compère de FaadaFreddy est à la charnière du flow de son temps et de la rhapsodie gracieuse des griots, maîtres de la parole électrisante. Il est un poète des deux rives. Son écriture fine exhume des maximes en « sursis » dans une société qu’il déchiffre avec son art.

2. Créateur de sens
L’énoncé de cet « oldschool » voguant sur les rivages de son époque est inspirant en cela qu’il est un miroir du vécu et de « l’à-venir » (le titre « Tomorrow » en dit long). Son verbe nous peint le tumulte de l’instant et nous projette vers d’autres univers d’ombre et de lumière de sagesse. « Aduna », morceau de grande portée mystique et de spiritualité religieuse, nous envoie dans un cosmos décloisonné. Il établit un dialogue avec des forces d’ailleurs. Son imagination poétique est un éloge à l’amour, une apologie de la vie et de cette conscience de sa fin, une exaltation de son « Créateur » (Allah) et une célébration des vertus (Niit). Elle est une exhortation à leur réappropriation (Bayi Yoon). L’humanité, qui se corrompt en même temps qu’elle se régénère, est au cœur du projet musical. Daara-J, ou école de la vie, son support d’exposition, n’a jamais quitté ce sillon. Il s’y meut en exécutant sa part de prouesse qui a fait de lui une individualité remarquable dans un milieu qui célèbre ses héros, le matin, et les guillotine le soir.

3. Modèle de constance
Ndongo D chemine avec Faada Freddy depuis 1992 alors qu’ils étaient encore des potaches qui se laissaient guider par leur instinct. Et depuis, leur compagnonnage se poursuit avec des fortunes diverses. Le troisième élément du groupe, Lord Aladji Man, se construit un autre destin alors que les deux vieux amis continuent de longer leur allée de succès en renommant leur formation Daara-J Family pour donner à voir l’étendue de leur registre poétique. NdongoD a fait preuve d’altruisme en aidant son talentueux compagnon à mener, en parallèle, une carrière solo et en l’encourageant dans ce sens. Leur cheminement est une ode à l’amitié, à la fidélité, plus puissante que les chants de turpitude.Ndongo D est aussi un modèle pour la jeune génération de par sa correction, sa constance et son humilité. Il a collaboré avec certains d’entre eux comme Canabasse, Dip Doudou Guis,…Cette âme inspirée, digne des meilleurs éloges, a une conscience claire de ce que doit être la mission du « poète » africain.

Alassane Aliou MBAYE

Last modified on vendredi, 02 février 2018 01:46

Germaine Acogny est de ces âmes qui voguent en silence vers des rivages où affleurent des émotions à la fois violentes, tendres et profondes qui la gagnent elle-même, nous envahissent et nous emportent dans un quelque part où la gestuelle fait sens. Elle est un univers poétique, discursif, de rencontres et de synthèse. Car, celle qu’on appelle affectueusement et légitimement la mère de la danse contemporaine africaine opère une exquise greffe (qui a pris) entre les danses traditionnelles africaines et celles-là occidentales pour être à la charnière du « local » et du « global » et décliner un message d’humanité. 

Son génie est reconnu ici. Il est célébré ailleurs. Les éloges décernés ne sont jamais assez répandus pour les âmes qui s’échinent à dessiner des mondes possibles et à secouer notre intérieur. « Mama Germaine » ne faisait pas (l’on peut aussi employer par prudence parce que les danses africaines respectent le corps selon elle) que se mouvoir le corps. Elle incarne des vies, explore des possibilités, stimule des imaginaires et les développe avec l’autre pour créer une fusion avec les « Esprits », avec la nature. Avec le néant aussi.

Ici, au Sénégal, terre qu’elle a foulée à l’âge de cinq ans, elle a été faite « Chevalier de l’Ordre national du Lion », « Officier des Arts et des Lettres »… Ailleurs, en France, une de ses terres de prouesse, elle est faite « Chevalier de l’Ordre du mérite », « Officier des Arts et des Lettres », « Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur », élevée au rang de « Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres » et, le mois dernier, au rang d’« Officier de la Légion d’honneur ». Les hommages d’admiration et de respect dont elle a été comblée, dans toutes les sphères de « décryptage » de sa gestuelle, témoignent de sa grandeur d’âme et de sa foi en la mission qu’elle s’était destinée à accomplir. Honneur ne saurait être plus réconfortant que celui-là après lequel on ne court point. Et la « divinité des sables », pour ainsi reprendre des éloges d’autres cieux, poursuit sa promenade de grâce le long d’une allée où le silence d’humilité est rythme ; et le mouvement, tout un pan de notre aventure collective consigné. Car, dans le continent noir, le corps, plus que l’écrit, est un espace de mémoire. En 2014, elle est classée par le magazine « Jeune Afrique » parmi les 50 personnalités africaines les plus influentes dans le monde. « Jeune Afrique » accompagnait cette reconnaissance de ces mots dont le Sénégal et l’Afrique peuvent tirer fierté : « Germaine Acogny a fait sortir la danse africaine de son ghetto folklorique pour la hisser au rang d’art noble, forgé au cours de longues années d’apprentissage – loin des clichés qui voudraient que la danse en Afrique, on ait ça dans le sang ».

Le temps la vénère
Le temps est complice d’une œuvre utile, accomplie. Celle de Germaine Acogny est magistrale. Il y a un fait loin d’être anodin qui en atteste. L’actuelle directrice du ballet la Linguère du Théâtre Daniel Sorano, fleuron national et « temple » d’exploration et de consignation des identités culturelles, Ndèye Bana Mbaye, fut son élève à Mudra-Afrique (école de danse fondée par Maurice Béjart, en 1977, avec le soutien du poète-président Léopold Sédar Senghor). Germaine Acogny en était la directrice. Ndèye Bana Mbaye se faisait alors appeler « Acogny 2 ». En outre, la plus grande salle de spectacle du Sénégal, le Grand Théâtre, est dirigée par Keyssi Bousso, également un ancien pensionnaire de cette grande école fermée en 1982. Ils ont fait leur chemin et investi d’autres univers de rythmes, mais l’âme de la « pionnière » les (nous) peuplera éternellement.

Il y a toujours un geste, une parole, un lieu, un événement, qui nous rappellent l’auteure du livre « Danse africaine » édité dans plusieurs langues. Elle évoque même notre cheminement collectif. Alors que les autorités de la jeune République du Sénégal s’échinaient à asseoir une indépendance économique et politique, Germaine Acogny, elle, s’attachait à instaurer notre « souveraineté culturelle », à forger notre identité. Qui n’a pas frémi devant les spectacles offerts par les corps domptés des majorettes du Lycée John Fitzgerald Kennedy à l’occasion des fêtes de l’indépendance ? Qu’il aurait été incommode de célébrer des rythmes d’ailleurs les jours d’affirmation de notre souveraineté. Rien que pour avoir écourté cet affront, l’inspiratrice de cette chorégraphie mérite que nous nous répandions en éloges sur la fondatrice, en 1985, du studio-école Ballet-théâtre du 3e monde à Toulouse. Tout autant que le défunt percussionniste, Doudou Ndiaye « Rose », qui l’accompagnait dans cette noble entreprise d’affirmation de notre être profond. Germaine Acogny embrasse d’autres cultures sans perdre ce qui la rend unique : demeurer elle-même comme pour narguer le temps.

Ame généreuse
La danseuse et chorégraphe confiait à la journaliste de Radio France internationale Sarah Tisseyre ceci : « La danse n’est pas innée. Nos danses patrimoniales et traditionnelles sont extrêmement complexes. Elles nécessitent un apprentissage. Moi, j’ai pris l’essence des danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest et celles que j’ai apprises en Europe, et j’ai créé ma propre technique où les mouvements sont initiés par la colonne vertébrale ». L’ancienne directrice artistique de la section danse d’Afrique en création à Paris et des rencontres chorégraphiques de danse africaine contemporaine ne s’est pas contentée de la gestuelle de sa grand-mère, prêtresse Yorouba, ni des danses sénégalaises qu’elle a apprises, encore moins de la parodie presque dédaigneuse de ceux-là qui ont eu la chance d’apprendre les danses occidentales. Germaine Acogny s’est forgée une identité. Et le monde lui reconnaît sa technique. Des danseurs de tous les horizons s’y meuvent.

Un mot pourrait résumer l’œuvre de la franco-sénégalaise d’origine béninoise : partage. Elle a partagé ses émotions sur les scènes du monde mais surtout ses connaissances, son savoir-faire. L’Ecole des sables, une institution unique dans son genre en Afrique, bourg côtier de Toubab Diaw, qu’elle a fondée avec son époux Helmut Vogt, en est une illustration achevée. Elle organise des stages de formation professionnelle pour les danseurs d’Afrique et du monde. Patrick Acogny, son fils, chorégraphe également, en est le directeur artistique. Elle s’emploie à ce que le danseur se serve de son corps comme d’une « plume pour écrire un poème dessiné dans l’espace ». Quand le geste est poésie, la parole pour le traduire est image.

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on lundi, 12 juin 2017 15:52


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