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Who's Who

Who's Who (10)

Certes, la chef de la Commission de l’Union africaine (Ua) n’est pas épargnée par les critiques. Mais ce qui lui est reproché souligne, en creux, son influence. Ainsi, Nkosazana Dlamini-Zuma, 65 ans, ne s’impliquerait pas assez dans la résolution des crises (notamment en Afrique de l’Ouest et en particulier dans la lutte contre le virus Ebola) car son véritable objectif serait de succéder à son ex-mari, Jacob Zuma, à la présidence sud-africaine en 2019. La petite phrase lâchée par ce dernier en avril dernier – l’Afrique du Sud pourrait être dirigée par une femme "plus tôt qu’on le pense" – a d’ailleurs donné corps à cette hypothèse. D’autant que son mandat à l’Ua prend fin en 2016, soit juste à temps pour se lancer dans la bataille pour l’investiture du Congrès national africain (Anc), où son poids est très important (elle a été ministre sans interruption de 1994 à 2012).

À supposer que telle soit son intention, son poste actuel lui permettrait de parfaire sa stature internationale pendant de précieux mois. Au cours de cette période, les chefs d’État du continent, dont certains sont tentés de modifier la Constitution de leur pays pour se maintenir au pouvoir, pourront sans doute compter sur son soutien. En octobre, n’a-t-elle pas déclaré sur Radio France internationale (Rfi) ne voir aucun inconvénient aux changements constitutionnels consensuels ?

Par Oumar BA

Transsexuelle assumée sur un continent où l’homosexualité est parfois considérée comme un crime, l’Angolaise Titica – d’origine congolaise par son père – est bien plus qu’une star de kuduro (littéralement "cul dur" en portugais), cette musique devenue populaire dans le monde entier.

À 27 ans, Teca Miguel Garcia (de son nom d’homme) est devenue une icône pour les transgenres qui voient en elle l’espoir de vivre leur identité sexuelle au grand jour. "Je ne pense pas que mes chansons pourront complètement changer les mentalités, a-t-elle confié à Jeune Afrique. Mais au moins sensibilisent-elles le public à nos souffrances… Il n’est pas normal que les gays ne puissent vivre normalement !"

Active pour sensibiliser son public au Vih, la chanteuse de Chao Chao est depuis 2013 ambassadrice de bonne volonté de l’Onusida.

Dans la catégorie « icônes », le chirurgien et gynécologue congolais Denis Mukwege, 61 ans, côtoie des célébrités mondiales comme Leonardo DiCarprio, Adele, Usain Bolt, Lewis Hamilton, Marilynne Robinson, Jordan Spieth, Karlie Kloss ou encore Nicki Minaj. « L’homme qui répare les femmes » victimes des violences sexuelles dans l’est de la Rd Congo est qualifié de « source de force et sanctuaire dans une terre de violence et de désespoir » par Jill Biden qui signe sa présentation dans Time.

L’épouse du vice-président américain Joe Biden revient notamment sur sa première rencontre avec le médecin, plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel, à l’hôpital de Panzi à Bukavu que le docteur Mukwege a créé pour soigner les victimes de viols et autres violences sexuelles devenues une arme de guerre dans la région des Grands Lacs. Au-delà de réparer les femmes et les filles, le docteur Mugwege est [leur] espoir », souligne Jill Biden.

Par Oumar BA

En un an, elle est passée du statut de sage étudiante de la prestigieuse école d’art dramatique de Yale à celui de star mondiale. Après avoir crevé l’écran fin 2013 dans 12 Years a Slave, du réalisateur britannique Steve McQueen, Lupita Nyong’o, 31 ans, a vécu une année 2014 digne d’un film hollywoodien : près de 25 récompenses, dont l’oscar du meilleur second rôle féminin, des dizaines de tapis rouges, plusieurs contrats d’égérie de grande marque (Lancôme, Miu Miu…)…

Elle a même été élue plus belle femme du monde par le magazine américain People. Rarement une actrice noire n’aura été aussi encensée. Née au Mexique, la jeune femme a grandi au Kenya, le pays d’origine de ses parents – un sénateur et une communicante -, avant de poursuivre ses études aux États-Unis. Afropolitaine par excellence, elle arbore des cheveux crépus et un style vestimentaire aux influences multiples. "Je me souviens d’un temps où moi aussi je ne me sentais pas belle. J’allumais la télévision et je ne voyais que des femmes au teint clair. Je me couchais chaque soir en priant Dieu de m’éclaircir la peau pendant la nuit… Jusqu’au jour où j’ai découvert Alek Wek [mannequin sud-soudanais]. En la regardant, j’ai senti un bourgeon naître en moi", a-t-elle déclaré. De quoi inspirer toute une génération de femmes noires, en Afrique ou ailleurs, notamment via les réseaux sociaux (1,9 million de fans sur Facebook, 1,3 million sur Instagram…). La belle, qui enchaîne désormais les projets, sera à l’affiche du prochain Star Wars.

En créant, en 2002, la Dakar Fashion Week, Adama Ndiaye, 38 ans, est devenue l’une des principales figures de la mode sur le continent. Depuis 2010, elle organise des Black Fashion Weeks à Montréal, Prague, Bahia et Paris. Critiquée en France pour son supposé communautarisme, la styliste laisse dire : "La Black Fashion Week, c’est d’abord une histoire de culture, pas de couleur. D’ailleurs, la mode n’a pas de couleur."

Née à Kinshasa de parents sénégalais, Adama Ndiaye a attrapé le virus de la mode alors qu’elle débutait en France une carrière dans la banque. À 23 ans, elle crée sa ligne de vêtements, qu’elle baptise du surnom que lui donne sa famille : "Adama Paris".

Adepte d’une tendance "afropolitaine" métissant l’enracinement africain et les cultures urbaines occidentales, celle qui partage sa vie entre Los Angeles, Paris et Dakar multiplie les initiatives : elle a créé les Trophées de la mode africaine et lancé, en avril 2014, Fashion Africa TV, la première chaîne de télévision africaine 100 % mode.

Remis le 19 décembre, le travail de la commission d’enquête des Nations unies sur les violations des droits l’Homme en Centrafrique risque d’être abondamment commenté. Mais il en faudra plus pour déstabiliser Fatimata Mbaye, l’un de ses auteurs.

L’avocate mauritanienne de 56 ans, première personne du continent africain à avoir obtenu le prix international des droits de l’Homme de Nuremberg, en 1999, a dû s’émanciper d’un mariage forcé (elle avait 12 ans, lui 45) pour pouvoir suivre des études de droit et devenir la première femme inscrite au barreau de Nouakchott. Ses combats pour le droit des femmes et contre la discrimination dont sont victimes les Noirs mauritaniens l’ont conduite en prison en 1986.

Torturée, elle en est ressortie cinq ans plus tard, plus déterminée que jamais à poursuivre la lutte. Présidente de l’Association mauritanienne des droits de l’Homme (Amdh), elle a reçu en 2012 des mains de Hillary Clinton le prix américain Trafficking in Persons Report, qui récompense les héros de la lutte contre le trafic d’êtres humains.

Ce macro-économiste togolais, ancien ministre de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques, qui a travaillé pour de nombreuses institutions internationales (Bceao, Cirad, Uemoa, Oif), est convaincu  que les Etats africains doivent sortir du franc Cfa et élaborer leur propre politique monétaire s’ils veulent pouvoir « parachever leur indépendance politique et renforcer les bases d’une transformation structurelle de leur économie ». Le franc Cfa est un frein à la compétitivité de l’Afrique et au progrès social, Kako Nubukpo en a fait son cheval de bataille. Il a publié, aux éditions La Dispute, « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc Cfa ? » Une attaque en règle de ce qui paraît être le pilier d’une domination néocoloniale que d’aucuns estiment être relayée également par la Francophonie.

Par Oumar BA

Née à Douala en 1973 et installée en France depuis le début des années 1990, Léonora Miano s’intéresse, dans ses romans, à la place des afro-descendants dans les sociétés occidentales. Elle nous oblige à nous  regarder en toute lucidité. L’image qui nous est renvoyée est parfois peu glorieuse et nous confronte à notre histoire dans ce qu’elle a de plus sombre. Elle nous force à prendre  conscience de nos limites et de nos préjugés. A partir d’une explication de l’invention de la race, Léonora Miano renverse les perspectives habituelles et avance que les esclavagistes ont souhaité se blanchir  des « ténèbres » qu’ils déversèrent sur le monde avec la déportation transatlantique d’hommes et de femmes Noirs.

Professeur d’histoire à l’université du Witwatersrand, à Johannesburg, mais aussi à Duke, à 61 ans, Achille Mbembe pense que l’Afrique aspire à la « planétarisation ». L’auteur ne cesse de le répéter : l’Europe a perdu son leadership international et dans cette reconfiguration économico-politique, c’est sur le continent que se dessine l’avenir de l’humanité. Spécialiste de la théorie postcoloniale sans pour autant s’en réclamer, ce défenseur de l’afropolitanisme, héritier de Frantz Fanon, pose un regard acéré et sans concession sur notre monde. Mais, alors que les crispations identitaires se multiplient, que la lutte de tous contre tous fait rage et que les démocraties au nom de la guerre contre le terrorisme, il est urgent, selon Achille Mbembe, de construire une Afrique tolérante, ouverte, créole. Une « Afrique-monde » où chacun, quels que soient sa religion, son apparence, son genre puisse s’y épanouir pleinement.

La décolonisation de l’Afrique est un mythe, la liberté du continent une illusion. Sabelo Ndlovu-Gatsheni le dit et le répète : l’indépendance des nations africaines n’a pas mis fin aux rapports de domination. En témoignent l’imposition de sanctions économiques ou les interventions militaires sur le continent au nom des droits de l’homme, de la démocratie ou de la lutte contre le terrorisme. Les relations entre l’Occident et l’Afrique se disent toujours dans un rapport colonialiste.

Aussi l’historien zimbabwéen, directeur de l’Institut de recherches Archie Mafeje de l’Université d’Afrique du Sud (Unisa), est d’avis que « postcolonial » et « néocolonial » s’entremêlent tous deux dans notre monde contemporain. Sabelo Ndlovu-Gatsheni appelle à décentrer le regard, à sortir des espaces académiques forgés par un monde européen engagé dans un projet de conquête impériale, à explorer les marges et les frontières. La violence n’est seulement physique ou psychologique. Il faut donc penser de nouveaux concepts et de nouveaux référents intellectuels ; condition sine qua non pour bâtir une humanité fondée sur l’équité, la justice sociale et la « coexistence éthique », et mettre fin aux rapports de classes et de races, plaide-t-il.

Par Oumar BA

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