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Le jour du décret

27 Mar 2017
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C’est un jour terrible, le jeudi.  D’ailleurs, les références ne manquent pas pour le « jeudi noir ». Le premier jour du krach de 1929 était un jeudi. Pareil pour la terrible défaite de l’aviation allemande au cours de la bataille d’Angleterre en 1949.  Il y en a d’autres, des jeudis terribles. Chez nous, le quatrième jour de la semaine est celui de la tenue du Conseil des ministres. Le jour du jugement dernier pour ce particulier personnel de la République qui doit sa fortune aux décrets de nomination du président de la République. Le jeudi, les marabouts se frottent les mains. Certains veulent garder le plus longtemps possible leur juteux poste. D’autres font recours à un trésor d’ingéniosité pour entrer dans les grâces du distributeur des privilèges du palais de l’avenue Roume.

On connaissait la « nuit du décret », explicitement raconté par les écrits saints. Il y est dit que tout, dans la vie de l’homme, y a été décidé : sa santé, sa longévité, sa fortune, etc. Voilà, pourtant, que le « jour du décret » bouleverse cette certitude coranique. Ce n’est plus au Bon Dieu qu’il faut plaire, mais au faiseur du bonheur terrestre qui préside le fameux Conseil des ministres. Ce jour-là, la signature présidentielle apposée au bas des décrets de nomination fait et défait des vies. C’est le jour des sourires passe-partout pour les bienheureux nouveaux machins et des rictus navrés pour les malheureux ex-trucs. Quand une vie ne tient qu’à une signature, c’est qu’elle doit être franchement bien courte. 

Par Sidy DIOP

Une Allemande à tout prix !

24 Mar 2017
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Excédée de voir son mari passer son temps à faire le ménage à la maison, une Allemande a demandé le divorce après 15 ans de mariage. Selon les médias, l’épouse a pris sa décision lorsque son mari, obsédé de la propreté et du rangement, a détruit une cloison qui était sale, avant de la remonter. Une nouvelle à coller sur de grosses pancartes pour une manif du tonnerre dont le thème général pourrait tout aussi s’inscrire en lettres rouges sur de larges affiches : « Revenez-nous ! ».

Nombre de maris sénégalais se désolent, après une longue journée de dur labeur, de retrouver à la maison des compagnes en froid avec la douceur légendaire des Sénégalaises, dont le moindre acte est une revendication. Les maisons sont devenues des terrains de manifestations quotidiennes. Griefs scotchés au front, les femmes ont troqué le fameux « mokk potch » contre de bruyantes récriminations. Plus de présence, qu’elles exigent. Plus de générosité (il faut donner plus de sous avec un sourire grand comme un chemin de fer à grand écartement), plus d’engagement dans le ménage, plus de cœur – eh oui ! faut faire le ménage de temps à autre pour aider -, plus de… Avis aux maris ulcérés : cherchez une Allemande.

Par Sidy DIOP

Beugg*

10 Mar 2017
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Napoléon Bonaparte dit ceci en février 1791 : « L’amour est le maître de l’homme… l’homme, privé d’amour, prend conscience de sa faiblesse…grâce à l’amour, l’âme se serre, se double, se fortifie… » (propos rapportés par Vincent Rolin dans « La vie très privée de Napoléon »). Plus tard, « Dans son dialogue sur l’amour », l’empereur des Français expose une autre théorie : « je ne vous demande pas la définition de l’amour. Je fus jadis amoureux et il m’en est resté assez de souvenir pour que je n’aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (s’adressant à son camarade Des Mazis). : je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l’amour fait plus de mal et ce serait un bienfait d’une divinité protectrice que de nous en défaire et d’en délivrer le monde ». A partir donc de sa propre expérience « sentimentale » (ou voluptueuse), Napoléon représente le monde et aborde l’amour comme à la fois un fragile accotoir pour l’homme et un boulet pour la société.

Il nie presque ce besoin impérieux d’aimer et de partager ce sentiment si viscéral de confier son « être » à l’autre, ses joies et ses peines. Quand le sentiment de puissance nous habite, nous nous détournons de l’essentiel : notre humanité. Tout devient opportunité d’hypertrophier son moi déjà grossi par l’enjoliveur de service, gredin à travers les âges, et au gré des aventures ; celles-là nous éloignant de nos amours, des braves gens avec qui nous envisagions, dans les temps fiévreux, de fabriquer des destins à ceux qui croupissent dans l’infinie résignation.

Il n’y a pas plus grand écueil à l’amour que l’avidité ; ce désir immodéré de s’élancer à la conquête de l’incertitude, du néant, en ignorant notre présent si merveilleux et les créatures qui nous témoignent stoïquement de l’affection malgré la fureur de la tempête sur le chemin du « succès ». Nous ressassons le passé, oublions le présent et préparons mal le futur car nous prenons notre « triomphe individuant » pour la providence universelle qui suffirait à la félicité des âmes silencieuses. Celles-ci nous aiment. Elles sont juste interloquées par tant d’inconséquences, d’indifférence malgré les promesses d’amour. La déception est à la hauteur de celle d’une jeune épouse crédule qui se souvient, sans geindre, des boulimies charnelles de son homme aux premières heures de l’extase. Ces moments d’exubérance de paroles, de promesses. La lune devient accessible. Les étoiles jonchent la terre de leur lumière aveuglante. On a envie d’y croire. On se laisse aller. Les litanies des incrédules sont étouffées. La majorité consent au mariage. Il faut les aider à réaliser leur rêve. Les premières manœuvres du mâle sont intrigantes. Que faire ? Est-ce vraiment lui ? C’est une phase de transition dans sa vie, espère-t-elle. Il se ressaisira et préférera la lumière au mirage de la pénombre crépusculaire. Mais lui, indifférent aux discrets gémissements de sa « chose », continue sur sa lancée.

Au chevalier Des Mazis qui s’émeut des propos de son ami, Napoléon répond : « pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires ? Que sont devenues vos occupations ? Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et plus encore du feu avec lequel vous les communiquez. Quelle maladie étrange s’est emparée de vous ? Je sens que la raison que je vais appeler à votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous ferez plus que de fermer l’oreille à sa voix ; vous la mépriserez. Votre état est pareil à celui d’un malade qui ne voit que la chimère qu’il poursuit et sans connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu’il a perdue… Point de force, point de vertus dans votre sentier ». Les louvoiements de l’empereur sont d’une sagesse guerrière. Par son caractère impitoyable, il clouera sans doute ses adversaires. Et, sur le chemin de son retour triomphal (nous parlons, ici, de manière générale), les femmes entonneront le chant de l’amour pour l’embarrasser de sa gloire parce qu’en définitive, il aura perdu son âme dans sa longue marche. Elles espéraient qu’il les hisserait à la dernière cime de l’amour. Ce bonheur serein. Sans heurt sur le sentier du destin de chacun.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

* Aimer, vouloir

Effets secondaires

06 Mar 2017
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Vous êtes fatigué après un long voyage, vous souffrez de troubles du sommeil, votre humeur zigzague anormalement, c’est que vous êtes atteint du « jet lag ». En langage moins snob, vous payez les contrecoups du décalage horaire. La traversée de plusieurs fuseaux horaires peut, en effet, provoquer des insomnies et une disposition à dormir pendant la journée. La très scientifique Nasa estime qu’il faut un jour par fuseau horaire traversé pour récupérer son rythme normal et son énergie habituelle. Un décalage horaire de 3 heures, par exemple, nécessite donc trois jours de récupération.

Un temps anormalement long que Diego Golombez et son équipe de la National University of Quilmes, à Buenos Aires, proposent de raccourcir grâce à un traitement pour le moins inattendu : le viagra. La petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire. Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l’homme, le Viagra s’est peut-être trouvé une autre fonction. Attention, cependant, aux effets secondaires ! Comme la surchauffe libidinale.

Par Sidy DIOP

Cinéma 8 mars

03 Mar 2017
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Ce mois-ci, les femmes s’affranchissent de la « tyrannie » des hommes fondée sur une interprétation des textes religieux et sur des idées « innées » qui cheminent avec la marche de la société ! La prééminence d’une catégorie d’individus sur une autre, en général, découle d’une historicité de modes de vie légitimatrices de statuts consignés dans une législation très souvent non écrite. Celle-ci est moins sujette à controverse parce qu’elle est intégrée comme une normalité. Les discours sur les droits des femmes sont plus politiques, au plus philosophiques, qu’un fait de positionnement social. Le génie sublime de la première génération de cinéastes sénégalais est pourtant d’en avoir fait un objet transversal. A l’image des premières élites intellectuelles, ils ont porté les combats de leur temps. La femme apparaît dans ces premières productions comme « objet » social. Sembene Ousmane en a fait plus tard, davantage que Paulin Soumanou Vieyra (Sindiely, 1964), une actrice sociale pour s’attaquer aux stéréotypes. Avec Djibril Diop Mambety, la femme n’est pas, elle devient. Son statut n’y occupe pas une importance plus considérable que celui auquel accède l’homme. La dignité se conquiert dans le tourbillon urbain, Dakar. Que l’on soit homme ou femme. Les plus jeunes cinéastes sénégalais se sont d’ailleurs beaucoup inspirés de sa créativité vagabonde qui transparaît dans nombre de leurs productions.

Il y a dans « Borom sarret », court métrage de Sembene, deux scènes très explicites qui renseignent sur la condition de la femme dans la société sénégalaise. La première montre une femme pilant à côté d’un mari qui prie. Ce dernier, comble d’infortune, ne rapporte rien à la maison après une journée à « parader » avec sa charrette et son cheval « Albourah » dans les rues de Dakar.

A son retour, son épouse, toujours en train de s’activer, lui confie leur petit enfant et lui fait cette promesse : « On mangera ce soir ». Sembene Ousmane extirpe la femme de la sphère dans laquelle on la confine. Elle prend l’initiative au-delà du cercle conjugal. Les rôles sont intervertis. Le nourrisson découvre les robustes mains du géniteur. Le réalisateur, dans nombre de ses œuvres, ne provoque pas un tiraillement. Il crée les conditions de légitimation de l’action de la femme dans un étouffoir, son quotidien écrasant. Dans «Sindiely», par contre, Paulin Soumanou Vieyra donne à voir, à travers le dénouement, la capacité de la femme à adopter des formes de résistance en adéquation avec les mentalités, les clichés de son temps.

Le cinéaste Djibril Diop Mambety est, lui, plus ésotérique que ses aînés. Il soustrait la femme, sans en faire la trame de ses films, du joug des convenances et croyances populaires. « Hyènes » est l’une de ses productions les plus connues. Le message y est moins hermétique : une femme prend sa revanche sur la société qu’elle prend pour responsable de son sort. Même si le discours basé sur le sexe n’est pas aussi permanent dans ses films que dans ceux de Sembene, Mambety, par les éléments de dialogue, d’interactions traduisant implicitement un nivellement de dignité entre l’homme et la femme, adopte un discours filmique nouveau. La pestiférée d’abord et puis riche « Ramatu », actrice principale, retrouve l’honneur qu’elle avait perdu parce qu’elle est « devenue ». Elle n’est plus femme -son corps est répugnant, son ton et ses toquades incommodants, ses exigences outrancières- mais elle a voix au chapitre. C’est elle qui accomplit la destinée du « peuple » de Colobane et donne aux hommes pour qu’ils fassent ripaille. Mambety est un provocateur subtil, un « concepteur destructeur » d’images.

Le deuxième film de sa trilogie, histoires de petites gens, « La petite vendeuse de soleil », épouse également cette idée. L’acteur principal dans le premier, « Le Franc », espère rencontrer la fortune dans le pari alors que « La petite vendeuse de soleil », Sili Lam, fille handicapée, la cherche dans le labeur. On s’émeut davantage de voir une adolescente vendre des journaux qu’une impotente contourner les écueils de la rue pour s’en sortir. C’est pourtant elle, grâce à ses économies, qui achète à sa grand-mère indigente une tente sous laquelle papotaient les hommes. Il y a également un élément curieux dans l’œuvre de Mambety : l’époux, à l’exception de son film « Hyènes » (et ici, il n’y a pas de relation d’autorité), est toujours absent.
L’état de plénitude, l’épanouissement de la femme n’est pas forcément envisageable dans ce que nous considérons comme de la modernité. Il est dans ce que chaque société détermine comme des dynamiques sociales.

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Terrorisme 2.0

27 Fév 2017
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Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Ligeeyundey…

24 Fév 2017
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Moi, membre de la lie de ma race, être répugnant qui détrousse le quidam et l’intime, ivrogne qui souille les chairs encore « pâles » et innocentes et croupit dans une bienheureuse oisiveté…ma mère était une femme valeureuse, prévenante et pieuse. Elle était plus qu’une génitrice. Mon père l’en a remerciée lors de ses funérailles. Celle qui m’a donné la vie et entretenu du mieux qu’elle pouvait se levait bien avant l’aurore pour s’occuper de son petit commerce au marché afin que la faim ne s’emparât de sa progéniture. Elle a dû se battre pour que nous allions, mon frère, ma sœur et moi, à l’école comme tous les mômes même si nous empestions la salle de classe de « pain thon », même si nos défroques nous distinguaient des « fils de… » en quête d’émergence. Nous étions déjà bien heureux de suivre la cadence journalière de nos copains. Pour nos cartables, nous saurons attendre. Le frère de maman avait promis de nous en acheter mais elle était trop fière pour le lui rappeler. Elle préférait faire quelques économies au détriment quelquefois de sa santé de plus en plus fragile. Cela prenait souvent du temps mais elle remplissait toujours ses engagements.Illettrée, fille du village condamnée aux durs labeurs champêtre et domestique, elle a su envisager un avenir moins inconfortable pour sa descendance. Libre à celle-ci de semer des graines dans les sillons ou de compromettre le devenir que l’ascendante escomptait pour eux.

Jeunes enfants, nous ne nous sommes jamais souciés de son bonheur. Ma mère ne nous en a jamais fait grief ou montré un signe de lassitude. Nous l’abreuvions de privations. Elle, qui n’a jamais eu le temps de savourer les délices de la vie, guettait continuellement nos sourires et nous accablait de ses prévenances. La seule fois qu’elle a levé la main sur mon jeune frère (son chouchou), c’est quand celui-ci a demandé à un visiteur de lui acheter un ballon de baudruche. Sa « débrouille » quotidienne et routinière, qui nous installait dans la dignité, nous en avions honte. Nous étions les fils de la pauvre vendeuse de légumes et de temps à autres, lavandière des souillures des patriciens. Nous nous enfermions dans un dilemme. Nous étions atteints dans notre orgueil et, en même temps, obligés de le mater au moment de nous remplir la panse. Insouciantes créatures, nous rechignions à l’accompagner au marché où elle se plaisait à nous présenter fièrement à son groupement de bûcheuses. Elles avaient constitué une tontine qui leur permettait parfois d’entrevoir la lueur vacillante de l’espoir. Celui qu’elle entretenait pour ses enfants la projetait dans un univers où s’évanouissaient ses aspirations individuelles et légitimes. Elle avait fait le choix de fabriquer un destin moins impitoyable que le sien à ses enfants, d’être une mère au service de leur bien-être et une épouse qui vivait dignement, et sans geindre, l’écœurante apathie de son mari. Nous avons grandi. Le plus chanceux d’entre nous, mon jeune frère, vivote avec sa femme grâce sa petite paye de concierge. Après une longue maladie, ma sœur est décédée. La société des « dons filmés et rabâchés » n’a pas répondu à ses sollicitations.

La mère plus que le père
Moi, l’aîné, le raté sans le sou, je noie ma colère injustifiée dans l’alcool. Le souvenir de ma mère me supplicie. Son absence est mon plus grand réconfort. Elle se serait apitoyée sur son propre sort. Car, sous nos cieux, le fils inconsidéré, désœuvré, tire-au-flanc…est plus un boulet pour la mère que pour le père, une malédiction pour elle davantage que pour le descendant lui-même quels que soient les sacrifices consentis. Je suis donc victime de celle qui a tout sacrifié, même sa vie, pour me rendre heureux ! Suprême absurdité.
Il y a beaucoup de femmes dans la société sénégalaise qui déploient des efforts considérables pour accompagner leurs progénitures (Il ne s’agit en effet que d’une « escorte » précautionneuse) dans ce que nous concevons comme ascension sociale. Il incombe, à ces dernières, de prendre leur cheminement pour se fabriquer un destin. Après accomplissement, on remerciera notre mère de sa prévenance (sans forcément entonner la ritournelle populaire « magui guereum sama yaay ») ou lui pardonnera son étourderie. Le destin se sera déjà accompli par notre propre abnégation. Ou par la volonté du Seigneur pour les croyants. Ce sont ces derniers, éloquents paradoxe, qui imputent le plus souvent le sort destiné à l’enfant à la bonne ou mauvaise tenue de la génitrice.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Radio cancan

20 Fév 2017
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Qui d’entre nous n’a pas, ne serait-ce qu’une seule fois de sa vie, été victime de racontars émanant de rumeurs parmi les plus folles. C’est sournois, une rumeur. On ne sait jamais d’où sort-elle à l’origine. Devant son emprise, on cogite, on se demande comment se crée-t-elle, sur quels fondements, pourquoi ? Comme un virus, il n’est pas aisé de retracer parfaitement son origine. Face à la rumeur, la victime est souvent désemparée.

Faut-il en parler pour démentir au risque qu’elle se propage ? Laisser courir ? Avouer, si c’est vrai, même si cela relève de la vie privée ? Le choix à adopter pour faire face est toujours compliqué. La commère, souvent à l’origine de la propagation de cette tendance faite de rumeurs, se montre menteuse et secrète, hypocrite et conspiratrice. Il devient, dès lors, difficile de la dévisager au grand jour. La commère aime répandre ces rumeurs, voire en rajouter en inventant parfois. C’est essentiellement une personne curieuse dont le plus grand plaisir consiste à rapporter les malheurs des autres.

En règle générale, il se passe très peu de choses dans la vie d’une commère. Cette dernière est surtout motivée par le besoin d’être acceptée et de se sentir importante. Mais, si elle adore tout raconter sur tout le monde, la commère ne divulgue jamais rien sur elle-même. Sa vie est le seul secret qu’elle garde. Quand vous traitez avec une commère, il faut surtout vous rappeler ceci : quiconque vous raconte des choses sur les autres en raconte sur vous également. Soyez donc sur vos gardes. La commère est extrêmement dangereuse parce qu’elle peut transformer votre vie en un véritable cauchemar.

Si elle rapporte des potins sur quelqu’un que vous connaissez ou aimez, coupez-lui la parole en lui disant: « Je n’ai pas envie d’écouter cela » ou « cela ne m’intéresse pas ». Peut-être recourir à la technique de l’humour et user d’une répartie comme : « Sais-tu quel sort on réservait aux commères au Moyen-âge ? On leur mettait un masque de fer fermé à clé. A bien y penser, un masque comme cela t’irait bien ».

Par Oumar BA

« Bitik imam » et ses acolytes

17 Fév 2017
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D’ex-rupins à la retraite, en mal d’« audience » et d’exutoire, prennent plaisir à transformer  tous les petits coins de nos  exigus quartiers en  « échoppe » ; sphère d’expression de leur écœurante avidité. La mosquée, espace de dévotion, est ainsi muée en un fief où le seigneur (nous faisons ici référence à l’autorité féodale) et ses amis, exerçant un commerce avec Dieu, mènent un jeu à la fois amusant et fourbe. Le procédé est simple et tortueux.

On garnit son dressing-room de frous-frous, de grands boubous empesés. Le falzar et la chemise de l’ex-petit bureaucrate présomptueux et dédaigneux sont mis au frigo. On s’achète un chapelet, plus gros qu’un boa, dont on s’entiche subitement et curieusement. On marmonne en saluant les bonnes dames sur lesquelles étaient jadis braquées les lorgnettes. On dégotte un imam à la rhétorique savoureuse. C’est une aubaine pour lui. Il n’a jamais rien fait dans sa vie. C’est lui qui séparait les ménagères qui se crêpaient le chignon quand ses nouveaux « copains » étaient encore au boulot !

La bande des ex-coquets et coquins à la retraite le sort de son ennuyeuse existence et le met au centre des crédules dévots. Il leur faut bien un imam « compagnon » fidèle de la galère, prêt à les accompagner dans leur subite repentance et qui ne leur ressasserait pas inlassablement les paroles divines (sauf en présence d’une innocente âme à accompagner dans son élan de foi). Ce n’est d’ailleurs pas sûr que l’Imam en sache bien davantage qu’eux. Il a juste dû apprendre à mieux débiter la Sourate Fatiha et quelques petits versets (« Julli day gaaw, waruño teye mboolo mi », la prière doit être brève, on ne doit pas retenir les fidèles trop longtemps) qu’une bouche dépeuplée de ses dents ne réciterait guère moins bien que lui.
Pas de bougie et de cola !

Un peu de tintamarre ne ferait pas de mal à un nouveau « commerce » tenu par une vieille garde décidée à le rentabiliser. Il faut bien que le quartier soit tenu au courant de la nouvelle « gouvernance religieuse ». Pour commencer, des « laay laay lal-la » criés (le participe « psalmodiés » aurait été insultant pour les êtres férus de bonnes notes) à tue-tête pour avec un haut-parleur ! L’oreille du Seigneur est devenue dure ! Il faut hurler ! Les micros amplifieront « l’horreur ». Le compagnon sans grade, viveur sans le sou de la belle époque, s’emploiera à « ameuter » les fidèles. Il est le nouveau muezzin. Et passer de Peter Tosh ou Ray Charles à Abdallah Soudais… ça craint ! Ou encore de « chauffeur » de bal musette à muezzin insomniaque ! Ça sonnaille beaucoup, mal et fort. Et à envie. La transition n’est jamais évidente. Une embardée effraie toujours.

Soyons indulgents avec les nouveaux « fous de Dieu ». Désormais, le peuple de Dieu et de Satan se réveillera tôt. Les oreilles siffleront. Les « pestiférés » peu exaltés pesteront. La gérontocratie s’en moque éperdument. Elle doit bien vendre sa cabane, l’entretenir. Il y aura toujours un « machin à acheter » : une moquette, un plafonnier, un micro, « def ci jakk ji, man kaana lillahi kanal lâhu lahu ». Les patriarches stimuleront l’élan de commisération des âmes bienfaitrices à l’égard de…leurs pauvres, « dimbali neew ji doole yi ». Attention, les bougies et les colas, ils n’aiment pas trop. On ne pratique pas le misérabilisme ici ! C’est un temple de la haute société.

Les vieux copains, « accotés » au discours mystificateur de leur recrue d’imam, créent une forteresse pour défendre ce que la cupidité leur permet d’acquérir au grand dam de leur estime propre. Et comme dans toutes les histoires où l’absurde fait chemin avec l’impertinence, l’union des malfamés se dissout dans les petites ambitions éhontées des uns et des autres. L’Imam, se bonifiant avec quelques versets, se prend un peu trop au sérieux (ce n’était pas ça le but de la machination !) et commence à snober ses acolytes soucieux de préserver leur rang. Car, ils ont été bien là quand les choses se tramaient ! Quand l’imam était encore un petit oisif, amuseur des mômes et de leurs dames ! Le business de la charité est rendu lucratif par les âmes charitables. Il faut avoir l’œil sur les comptes. La mosquée « neegu Yalla » devient ainsi à la fois le lieu d’une ostentation de la vertu, de la dévotion et le réceptacle de nos compassions, de notre générosité montrée avec apprêt. Les menues monnaies récoltées çà et là ne sont, en définitive, qu’une gratification du Seigneur satisfait de la bonne tenue de sa « maison » jamais aussi bien animée ! Et cela a un coût ! Le devis estimatif est laissé à la discrétion absolue de l’Imam !

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

From héro to zéro

13 Fév 2017
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Après plusieurs tergiversations qui  prenaient des relents d’hésitation, Yayah Jammeh s’est finalement résolu à quitter la Gambie. Il laisse ainsi derrière lui vingt deux ans de règne fait essentiellement de terreur. Sous la contrainte, sachant que les carottes étaient déjà cuites, celui qui, durant les premières heures, a essayé de résister à travers une série de bluffs  bien ourdie, a fini par se rendre à l’évidence.  Le dictateur a pris  peur,  quand il a  compris  et  admis que la grande artillerie déployée sur la Gambie n’avait pas fait le déplacement pour badiner.  
Celle-ci était prête à l’extirper, de gré ou de force,  d’un palais qu’il squattait, depuis quelques heures, de manière irrégulière.  Devant l’évidence et la teneur des faits, Docteur  s’est,  en un laps de temps, départi de ce qui passait, aux yeux de ses semblables,  comme un « courage légendaire ». Il s’est dévoilé à la face du monde, laissant tomber ce masque qu’il su si bien mettre deux décennies durant. Cette main de fer qu’il a toujours exercée  sur sa population s’est recluse,  à la faveur de négociations lui permettant de prendre la porte de sortie. Il y allait en réalité de sa vie. Soit l’autocrate collabore, soit son intégrité physique en pâtirait. Devant les deux options, « El professor », qui n’en est nullement un,  n’a pas mis beaucoup de temps  pour se déterminer. Sauver sa vie a primé. A-t-il, à cet instant  précis,  pensé aux nombreux pères de famille disparus sous son règne, aux hommes de medias, aux politiques qui osaient lui tenir tête, aux membres de la société civile ? A-t-il, ne serait ce qu’un seul instant, pensé aux rejetons, aux familles et aux proches qu’il a contraints à l’exil et  qui sont d’égale dignité avec lui ? Peut-être que dans ses postures les  plus grossières et ses agissements les plus inhumains aux fins de museler toute  la population, il ne pouvait croire qu’un jour viendra !

Ce jour est arrivé et l’ex-dictateur a quitté la Gambie, sous la contrainte et les huées, à la grande satisfaction de la population qui, des années durant, a subi les foudres de l’originaire de Kanilai.  L’homme libre dit je suis. Oui, il est.  Le lâche  dit je suis. Oui, il suit !

Par Oumar BA

« Xoulli »

10 Fév 2017
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Ibrahima Ba, (journaliste râleur sans auditoire au quotidien Le Soleil !) s’amusait à me dire, hier, que j’étais mal « nippé ». Que les couleurs n’étaient pas assorties. Et pourtant, ce jour-là, j’avais pris plus de temps que d’habitude pour me faire beau. Je m’étais dégotté un nouveau falzar. J’avais même repassé ma plus belle chemise « solennité » de mes années de grande galère (je galère toujours en effet) et ciré mes chaussures de ville. Et le bonhomme de chez Cheikh Thiam (directeur de la Sspp Le Soleil) me rendit moins convaincu de ma mise. Mais, tout cela reposait sur un simple malentendu. Un collègue avait, en effet, accroché sa veste à mon siège sans que je ne m’en rendisse compte. Et elle était bleue ; ce qui en rajoutait aux couleurs. L’interprétation anticipatoire des apparences par Ibrahima Ba (car m’imaginant avec) a fait de moi, le temps de dissiper cette incompréhension, un homme accoutré plutôt qu’habillé.

Nous butons quotidiennement contre des mésententes parce que le corps de l’être humain offre beaucoup de possibilités d’interprétations erronées et quelquefois fondées. L’individu est moins maître de son corps, de ses organes qu’il ne le prétend. Cette mécanique mène une existence qui s’affranchit très fréquemment des convenances que nous nous sommes institués. Explorons ensemble l’univers du regard. Qu’il peut être malicieux, effronté, doux, noir, figé, intimidant, incommodant, affligeant, indiscret, plein de désir, de haine, de joie, de réprobation. La « légende sensuelle », par exemple, veut que la vieille garde squattant nos rues affecte regarder les demoiselles aux formes arrondies avec concupiscence. Les épient-ils juste d’indignation, de nostalgie (des bonnes conduites ou de leur jeunesse) ou d’envie ? Peut-être même qu’ils ne les ont pas vues ! L’estime ou le mépris que l’on éprouve à leur égard dépend de l’opinion qu’on se fait de leur banal « zieutage ».

Il est une vaine entreprise que de vouloir se prémunir contre les interprétations qui peuvent être données de nos mots et de nos actes. On disait du prédécesseur du président de la République Macky Sall, Abdoulaye Wade, qu’il clignotait à droite pour bifurquer à gauche. Cette assertion tenant de la métaphore témoigne de l’étendue du champ de sens de l’œil qu’il soit bon ou mauvais pour ainsi faire référence à son acception socio-culturelle.

Un ami me raconte qu’il a été, un jour, couvert de honte quand des passagers d’un « Ndiaga Ndiaye » (dans lequel il était) l’ont foudroyé de leurs regards indignés. Il était, en effet, en train de lorgner, avec un grand intérêt, un livre que tenait une fille. Et le bouquin était « à la bonne place ». Il avait fini par oublier qu’il était en présence d’autres individus que son œillade indiscrète interloquait. Quand la jouvencelle est descendue du véhicule et qu’il est revenu à lui-même, il a été aussi surpris et décontenancé que ceux-là à qui il inspirait de la répugnance. Ainsi est né un malentendu. Les défenseurs de circonstance de la morale lui font grief de son effronterie scabreuse alors que lui, grand passionné de lettres, ne cherchait qu’à assouvir sa curiosité intellectuelle jusqu’à oublier la présence de l’œil ; cette courroie de transmission qui met en branle la machine interprétative, l’intellect.

Dans certaines situations, les limites de l’intellect font qu’il n’y a pas, dans nos petites chamailles et même dans nos dissensions les plus profondes, une once d’inconduite de part et d’autre. Existe-t-il essentiellement que des incompréhensions qu’on ne se donne pas le temps de dissiper. Les jeunes filles se plaisaient (à l’époque où « je t’aime » était encore si solennel), quand nos regards devenaient incommodants, à nous dire « xoulli » qui est une réponse vive à l’acte de regarder avidement. Et nous répondions « xaali beut » ; réplique verbale qui, quelquefois, prolonge un malentendu parce qu’il arrive que l’œil rivé sur « l’objet » ne l’ait point vu. Cela peut aussi exprimer une envie d’être vu logée dans le subconscient de celui qui s’offusque du regard perçant dont il croit être la cible. Quoi qu’il en soit, le « Xouli » et le « Xaali beut » ont déjà fini de construire une tendre ou impétueuse relation humaine.
Ps : passez-moi mes divagations !

Par Alassane Aliou Fèré Mbaye

La Sénégambie des peuples

06 Fév 2017
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Le glas ayant sonné, l’ancien dictateur de la Gambie est donc parti. Désormais chassé du pouvoir, ses engueulades ne feront plus trembler le microcosme politique gambien. Yahya Jammeh est allé se cacher loin de la terre de ses ancêtres. Dans son pays formant une quasi enclave dans le Sénégal, plus personne ne subira les foudres de cet homme excentrique, de ce chef d’Etat d’un genre particulier, de ce frère sénégambien encombrant.

Des millions d’hommes, de femmes et de jeunes du Sénégal et de la Gambie sont pressés d’écrire de nouvelles pages de leur histoire commune. Les uns et les autres ont toujours cru que, malgré l’existence des deux Etats (Sénégal et Gambie), le peuple sénégambien est un et indivisible. Des Sénégalais ont choisi de faire de la Gambie leur pays de cœur. Idem pour des Gambiens avec le Sénégal. Il ne faut plus jamais, en Gambie, faire comme le dictateur déchu, qui est resté longtemps englué dans la haine de son voisin, prisonnier à l’intérieur de frontières artificielles.

Officier putschiste en 1994, Yahya Jammeh, grisé par le pouvoir, s’est dénommé « Son Excellence Cheikh Professeur Alhaji Docteur Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Nasirul Deen Babili Mansa ». Comme le crapaud qui, surestimant ses forces, avait la folie de vouloir la grandeur de l’éléphant et avait implosé, l’ancien homme fort de Banjul, se croyant un être surnaturel, s’est finalement rendu compte qu’il n’est pas un superman. Désillusionné, il est allé se terrer loin de Kanilaï.

Par Cheikh Aliou AMATH

Usine d’angoisses

03 Fév 2017
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Les délires de Yaya Jammeh, hôte encombrant (peut-être pas) de Teodoro Obiang Nguema, avaient suscité, chez certains, beaucoup d’espoirs quand il a solennellement dit, et avec beaucoup d’assurance, que le Ciel l’a comblé de dons pour guérir le Sida. Les incrédules n’y ont vu que des niaiseries cycliques d’un dictateur que l’entière soumission des godillots et du peuple avait fini par ennuyer. Il aurait ainsi agi par appétence de discordance. Les innocentes âmes, par contre, accablées de leur mal ou de celui d’un proche (Et certainement aussi ceux-là qui ont grandi avec les contes de Coumba bu amul ndey), s’appuyèrent sur cet accotoir pour ranimer leurs espérances de guérison. Nous avons, -parce que nous sommes des créatures vulnérables-, envie de nous accrocher à ce que nous concevons comme un comblement de nos déficiences, un remède à nos maux par-delà celui que la raison prescrit.

Le dictateur déchu a fait beaucoup rire. Il a aussi suscité des attentes. Mais, cette exaltation de l’irrationalité, vestige de notre aventure collective qui la légitime comme pratique convenable, traduit notre rapport au destin, notre acception du bonheur et nos appréhensions embrouillées ; brèche dans laquelle s’engouffrent des oiseaux de bons et de mauvais augures, marchands d’illusions et accusateurs inconsidérés de torts. « Dañ la ligëy » (on t’a jeté un mauvais sort). Cette affirmation lourde de conséquences est, sous nos tropiques, aussi banale que pernicieuse. Il n’est nullement question, ici, de nier l’existence du savoir ésotérique et des pratiques occultes qui ne sont point l’apanage des Africains et de la misère du monde. De valeureux hommes en ont été affectés.

Il y a, parmi nous, pauvres mortels, des êtres d’une intelligence si épaisse que le tout puissant Seigneur des terres et des cieux, des hommes et des créatures invisibles, de l’essentiel et de l’insignifiance, convie au banquet de la peine et de la veine à distribuer aux gens d’ici-bas. Et eux, détenteurs d’une légitimité conférée par la pénombre de notre crédulité et de nos espoirs résidant dans notre « fléchissement mental » et par « quelque chose » qu’ils savent débiter ou gribouiller, décident de nos destins. Ils les prennent en main. Ils dessinent les visages malfaisants (la coépouse, le collègue, le voisin envieux, l’ami intime, peut-être même l’époux qui trahira) et nous bercent de douces illusions. L’espoir, le désespoir, les violentes angoisses et les ambitions dévorantes fondées sur un « moi à être » (comme celui, par exemple, d’un politicien imbu de sa personne et obnubilé par « sa mission d’intérêt national ») agissent sur notre faculté de discernement sans laquelle toute proposition est admise comme une évidence ; même si elle est émise par la bouche du charlatan qui trouve, sous nos cieux, un cadre propice d’expression de sa sordidité.

Vivre d’abord
Nous développons une psychose chronique, souffrons de paranoïa et nous engageons dans une lutte intestine et oublions de vivre parce que nous voyons « noon yi » (les ennemis) partout. Le jeune garçon, brillant élève, doit se prémunir contre le « Thiat » (mauvais œil) ! Il grandira et trouvera un travail. On lui dira que ses collègues sont un obstacle à la carrière que lui a promise le devin ! Il faut aussi qu’il se « blinde » contre ses demi-frères, ses sœurs et ses voisins jaloux de le voir conduire une rutilante bagnole et d’avoir à ses côtés une aguichante dame que l’oracle avait choisie pour lui au détriment de l’autre qui lui aurait porté la poisse.

La fraîche épouse, elle, se démène avec sa paranoïa avant même de consommer son mariage. On lui a dit quelque part que son mari a la tête d’un lapin flingueur, d’un futur polygame ! Que la secrétaire de son mari serait une menace pour son mariage car le devin lui a indiqué qu’une « belle femme claire » lui fait les yeux doux. Et alors commencent la galère psychologique et la chasse aux sorcières envoûtantes ! Cette créature traumatisée en arrive à oublier de jouir de son présent enviable. Elle se précipite dans un gouffre comme quelqu’un qui s’adonne au masochisme. Elle s’enferme dans un cercle infernal qui se rétrécit pour asphyxier ceux qui, troublés par leurs vagues craintes, s’y tournoient. Ils espèrent trouver un bonheur serein dans une fabrique d’angoisses. Et le charlatan vit de nos anxiétés sans lesquelles son vil commerce ne fleurit point. N’attendons donc pas de lui qu’il nous dise que tout va bien ! Que les hommes justes m’en excusent.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Emersion spirituelle

30 Jan 2017
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Aladji avait fait vœu de chasteté l’an dernier, à la veille du pèlerinage à La Mecque. Une piété subite l’avait prise une semaine avant son départ, et il avait prié Dieu de le préserver dorénavant des plaisirs futiles de la terre dont ceux de la chair, pour désormais le maintenir dans une constante posture d’élévation spirituelle. Vœu réaffirmé aux lieux saints. Aladji était pris par ce même vertige qui a fait chanceler nombre de vies au contact de la Kaaba. Beaucoup de saints ont connu une seconde naissance à La Mecque.

Après la ripaille du retour, Aladji voulut se replonger dans les délices de la chambre nuptiale de sa jeune « ñaarel » qui s’est dépensée comme jamais en ingrédients de toutes sortes pour célébrer dignement l’émersion spirituelle de son « plus fort ». Mais Dieu, quand il exauce un vœu, c’est pour la vie. Cette nuit-là, Aladji eut une insuffisance de flux sanguin là où il faut, au grand dam de sa belle qui, dans cette fraîcheur vespérale, multiplia les « tchiip » et les « tcham ». Depuis, Aladji cherche à retourner sur ses pas pour faire vœu de… licence.

Par Sidy DIOP

Dépuceleur de narines

27 Jan 2017
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Une question posée par un jeune curieux subjugué par cette poudre blanche qui, tous les jours, cherche à forcer les barrages douaniers par des moyens les plus insolites : Comment découvre-t-on la coke ? Souvent par l’intermédiaire d’amis, entre intimes, en territoire balisé, là où on accepte de sauter dans l’inconnu. « Fais gaffe, déconne pas, évite d’en abuser », prévient toujours le dépuceleur de narines vierges. Le conseil est parfois aussi vain que le « à consommer avec modération » collé sur les bouteilles d’alcool. Le vice est inavouable et tous les subterfuges sont bons pour ne pas laisser deviner (et s’avouer) que la coke vous fait office de béquille. Dire, pourtant, que la folie de la coke est liée à la dissolution des mœurs est un raccourci facile. La réalité est plus complexe, le phénomène transversal. Si la drogue la plus hot du moment a envahi des narines chez nous et ailleurs, c’est d’abord parce que l’acheteur a hypertrophié ses réflexes de consommation. La coke a été incluse dans le pack. De plus en plus de personnes y ont touché, d’abord les (très) riches, ensuite les autres.

La coke colonise les narines pour des raisons plus universelles : le goût du risque, la soif de puissance, la recherche de sensations fortes. Mais l’extase vire, très vite, au cauchemar et la béquille peut céder. Si la coke permet de planer très haut, la chute n’en est que plus dure...

Par Sidy DIOP

OtoMbalit

25 Jan 2017
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Un homme d’une loquacité « congénitale » me réveille tous les matins (éviter le rez-de-chaussée) avec ses histoires drôles et extravagantes qu’il aime à partager avec ceux qui, dès les premières lueurs de l’aurore, composent la mélodie routinière de mon quartier. « Samba est bienveillant mais sa femme est une peste comme sa fille Aïda… Il paraît que l’Imam a demandé sa main pour compléter le quatuor. Aïda est une viveuse. Elle a refusé. Elle, la coquette petite plantureuse, s’ennuierait à mort avec ce vieux râteleur de menues monnaies, de chandelles et de colas. Et puis, c’est peut-être bien elle qui sauterait à la prochaine et récurrente reconstitution du quatuor… ». Et eux, la bande de « colporteurs », nous tiendront au courant au prochain renouvellement ! Je n’ai pas jugé nécessaire de me boucher les oreilles car espérant, de manière belliqueuse, que les médisants oubliassent qu’ils étaient sous ma fenêtre de surcroît entrebâillée !

Le « round up » matinal et quotidien n’offre un petit et sournois intermède qu’au premier coup de klaxon de « otombalit* » quand le célibataire sort avec son petit sachet, la grand-mère avec sa bassine décolorée puant à mille lieues, « Monsieur galant » et « Monsieur soumis » au diktat de Madame avec leurs sacs poubelles… A l’aube, à l’heure des cancans, après avoir demandé au Seigneur l’absolution dans la petite mosquée du coin, on potinera allègrement sur la faiblesse supposée du soumis et sur la délicatesse du galant à l’endroit de leurs dames. Et c’est d’ailleurs mieux que celles-ci, à l’urbanité suspecte, restent bien chez elles pour nous épargner le supplice du défilé des nuisettes, serviettes et autres bribes de petits pagnes. C’est toute une représentation comique qui est donnée autour du véhicule de ramassage d’ordures. Les boîtes à ordures de la société émergente sont épiées par les « chroniqueurs » pour savoir si, la veille, elle a fait bonne chère. La domestique, leur amie, comme toutes les servantes de leur rayon d’investigation, leur fournira si nécessaire, les détails sur les bienheureux convives honorés de cette ripaille. Les techniciens de surface, grands maîtres recycleurs, eux aussi, flairent les « poubelles d’or ». Elles ne sont pas remplies que d’arêtes et d’écailles de sardines. Il y a des canettes, quelques bonnes camelotes, quelquefois des loques à recoudre, que les techniciens des « profondeurs » se disputent. Et puis, il y a les ordures « fertilisantes » si répugnantes que les éboueurs s’empressent de mettre dans la gueule béante et puante de « Otombalit ». Les langues de vipère (le verbe est ici une thérapie d’une cohorte envieuse) se demandent souvent comment Adja Astou, cette femme altière dont la maison est remplie de jeunes filles (passez-moi ce sexisme), peut sortir de chez elle avec autant d’immondices, d’impuretés mal contenues par une bassine que même « Otombalit », ce grand stoïque qui admet nos souillures et masque nos laideurs, rechignerait à gober. De manière indifférente, « Otombalit » s’engraisse des restes de méchoui que de mangeaille.

Les poubelles dessinent des univers contrastés. Celles du nanti et de l’indigent ne sont, certes, pas remplies des mêmes saletés mais elles peuvent être recouvertes de la même dignité. Elles déterminent l’estime que l’on a de soi-même, notre rapport à l’autre et le respect que l’on voudrait s’attirer. La personnalité est une pratique quotidienne. Il y a un renversement de sens, de valeurs dans ce que nous concevons comme futilités et actions précieuses. Dès lors, balayer devant sa maison et dissimuler avec fierté et pudeur (c’est selon) les « choses » dont sont remplies les poubelles sont devenus, pour certains, des insignifiances d’un autre temps.

*Véhicule de ramassage d’ordures

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on mercredi, 25 janvier 2017 12:47

Attachement post mortem

23 Jan 2017
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Nous adorons les morts. Nous ne trouvons des qualités qu’à ceux qui nous quittent. Les louanges, les hommages posthumes, les funérailles qui s’éternisent, la générosité publique, nous connaissons bien. Nous rechignons à aider un pauvre malade à se payer une modique ordonnance pour se soigner, mais nous sommes prompts à endosser publiquement les frais des funérailles ou à rembourser ses dettes (et encore !).

Feu Doudou Ndiaye Coumba Rose connaissait bien ce trait de caractère de ses compatriotes. Il ne voulait pas d’hommage posthume. Il l’avait dit, presque crié sur tous les toits, mais rien n’y fait. Personne ne peut empêcher les Sénégalais de témoignages, de déclarations. On est à deux doigts de la vénération. Qui s’était occupé de son vivant ? Nos icones partent dans un absolu anonymat. Leurs derniers jours se passent dans l’inconfort et le dénuement. Ils tombent malades et se retrouvent abandonnés par tous ceux qui les ont chéris. Pas de soins de qualité, pas d’affection et pas de reconnaissance. Ndiaga Mbaye, Thierno Ndiaye Doss, Laba Sosseh et beaucoup d’autres grandes figures de la culture sénégalaise ont connu cette situation pour le moins injuste. Leurs funérailles sont pourtant grandioses. Nous aimons les morts et les adieux colorés. Peut-être parce qu’ils ne raconteront plus nos traitrises et nos indignités. Doudou Ndiaye Rose avait raison. Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux.

Par Sidy DIOP

Sincérité douteuse ?

20 Jan 2017
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Un forum très animé sur un site de rencontres. Le thème : où est passée la galanterie ? Courbettes, baisemains, mots doux, cadeaux, bref, l’attention masculine est traitée d’idiotie par des jeunes qui, décidément, bousculent toutes les convenances. La galanterie, une sincérité douteuse ? Allons ! Le dictionnaire nous renseigne que celle-ci est « l’art de plaire en société par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc. ». Mais, il faut croire que les temps ont bien changé.

Il faut cependant concéder que face à des femmes libérées, modernes et qui réclament l’égalité à outrance, cette belle urbanité peut faire désordre. « Une survivance de l’esprit supérieur des hommes qui distribuent des gentillesses au sexe dit faible », commente une jeune fille qui ne doit avoir besoin d’un mâle compagnon que pour lui servir des grossièretés.

A une époque où le moindre sourire peut être interprété comme du harcèlement, il vaut mieux faire comme ce jeune homme à qui une demoiselle reprochait de ne pas être du tout galant. La faute du garçon : avoir trouvé une place assise dans un bus alors que nombre de filles étaient obligées de se tenir debout. La réprimande faisait plutôt rigoler le jeune homme : « Ma génération connaît l’égalité, pas la galanterie ». Une réponse bien de son époque.

Par Sidy DIOP

Autobiographie du chien

18 Jan 2017
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A l’occasion d’une rencontre littéraire qui a regroupé écrivains canadiens et sénégalais, samedi dernier, il m’a été donné d’entendre quelques extraits du dernier roman de Louis Camara, « Au-dessus des dunes ». Je ne pus alors m’empêcher de l’acheter (au grand dam de quelqu’un et à l’honneur de ma galère à venir), tellement que le récit, celui d’un chien se livrant à des épanchements, nous renvoyait à notre propre humanité. Cette autobiographie « canine » interroge notre être pour, en définitive, se présenter comme une psychologie introspective de notre société et par-delà le monde. Voici un extrait de l’effusion de ce « clébard » reconnaissant à son maître et qui nous dépeint.

« […] Je suis un chien sauvage. Je vais avoir sept ans, ce qui, dans la vie d’un être humain, correspond à peu près à l’âge de la maturité. En fait, je n’ai pas toujours vécu à l’état sauvage comme à présent, et l’errance n’a pas non plus toujours été mon mode de vie, bien au contraire. Au cours de mes vies successives, il m’est arrivé de mener une existence confortable, douillette, où je n’ai jamais eu à souffrir des affres de la faim ni des incertitudes du lendemain, comme c’est le cas de la plupart des chiens du monde. Mon quotidien était alors agréablement réglé comme du papier à musique. Aujourd’hui encore, je me souviens de cette époque bénie avec une pointe de nostalgie, et lorsque je suis couché à plat ventre en face des vagues de l’océan, les yeux mi-clos, la langue pendante, le souffle saccadé, dans cette posture qu’affectionne ceux de mon espèce, je me remémore avec tendresse ces visages amis qui m’ont prodigué tant d’amour et m’ont fait connaître ce que l’on appelle, dans le langage humain, le bonheur.

Certes je n’ai pas connu que douceur, chaleur et joie de vivre lorsque j’étais encore parmi les hommes, et ces derniers ne sont pas tous, loin s’en faut, des modèles de bonté ou de compassion. J’ose même affirmer, après ce que j’ai vécu auprès de la plupart d’entre eux, que la méchanceté est la chose la plus partagée par cette même espèce qui se croit pourtant au-dessus de toutes les autres, qui se croit, on ne sait trop pourquoi, élu parmi les élus alors qu’elle est capable des pires atrocités et qu’elle est la plus destructrice. Il n’y a qu’à voir tout ce que les hommes se font entre eux et tout ce qu’ils font subir à la nature et aux animaux, pour se rendre compte qu’il s’agit d’une race malfaisante.

En fouillant dans les tréfonds de ma mémoire, le premier visage qui me revient parmi tous ceux que j’ai aimés, est celui de mon maître, ce parangon de bonté et de générosité…Sa femme et ses enfants étaient à son image, et à eux cinq, ils formaient la plus charmante famille qu’il se fût donné de connaître dans l’île, je dirais même dans toute la ville de Ndar. La maison de mon maître n’avait rien à voir avec ces laides bâtisses tape-à-l’œil, construites par les nouveaux riches et parvenus de Ndar, qui gâchaient le paysage par leur mauvais goût…

La chienne chocolat au lait devint folle de moi. Elle ne put plus se passer de mes étreintes et vint s’ajouter au nombre incalculable des chiennes de mon harem. Je fis d’elle ma favorite car non seulement c’était de loin la plus belle, mais de plus elle était d’une fidélité à toute épreuve, contrairement aux chiennes ordinaires toujours prêtes à se donner au premier cabot venu lorsqu’elles sont en chaleur…

Mon maître avait une sainte horreur des donneurs de leçons et des objecteurs de conscience, si nombreux dans la société où il vivait. Instinctivement, je partageais la répulsion de mon maître à l’endroit de ces gens se croyant investis d’une mission divine, et qui ne sont en réalité que de parfaits hypocrites. Je me souviens comme si c’était hier du jour où mon maître avait éconduit, poliment mais fermement l’un de ces pharisiens, véritable rat de mosquée. L’homme, qui ne manquait pas d’air avait même tenté de le convaincre de se joindre aux fidèles qui fréquentaient assidûment la mosquée du quartier, afin de bénéficier des bienfaits que procure la prière en commun. (Car, pour lui) il est du devoir d’un bon musulman de maintenir sur le droit chemin ceux qui s’en éloignent et que Satan cherche à égarer… ». Monsieur le chien nous fredonne, ici, une rengaine bien connue…

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Rigueur perdue

16 Jan 2017
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Imaginons un jeune élève d'aujourd'hui en adulte. On lui a tellement ressassé son appartenance musulmane, confrérique et ethnique qu'il y a non seulement cru, mais s'est évertué à la défendre aux yeux de tous ceux qui ne partagent pas ces valeurs avec lui. Il réagit exactement comme ses profs, eux aussi formatés comme lui. Et n'allez surtout pas lui dire qu'il a été aliéné par leur vision du monde. Son père l'a toujours encouragé à être respectueux de ses aînés et à éviter de mettre en doute leur parole. L'école lui a également appris que ses libertés personnelles sont si superflues qu'elles ne peuvent être que clandestines. Chômeur par intermittence, il essaie de s'en sortir. Faire du deal de hasch par-ci, de la vente de CD piratés par là…

Ça s'appelle le système D. Son initiation à ce monde parallèle qui l'aide à braver l'inégalité des chances et à gagner une petite place au soleil, il l'a reçue sur les bancs du collège. Tricheur impénitent, son voisin de table est aujourd'hui un grand fortuné. Il ne l'envie pas. Chacun son sort, se dit-il. Est-il fataliste, résigné ou tout juste fatigué ? Il n'y pense même pas. Il vaut mieux ne pas trop réfléchir, lui dit toujours cet ami qui fonctionne avec le même logiciel. Tous deux ont perdu le sens de la rigueur très tôt, à l'école. Et ils ne le savent même pas.

Par Sidy DIOP

Dépression post partum

13 Jan 2017
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Etre descendante de Hawa (Eve) vous prédispose à la dépression. C'est en tout cas ce que disent les chiffres : les femmes sont sujettes aux troubles dépressifs deux fois plus que les hommes. Ceci, même pendant leur grossesse, quand elles devraient être aux anges. 12 à 13 % des femmes enceintes souffriraient de dépression pendant leur grossesse. Après l'accouchement, cela ne s'arrange pas. Dans 20 % des cas, les mamans souffrent de dépression post-partum six mois à un an après leur accouchement. Derrière ce mot barbare, une maladie profonde à ne pas confondre avec le baby blues qui survient après l'accouchement et disparaît assez vite. Même les indices de développement humain dépriment les femmes. Selon la Banque mondiale, la dépression est la maladie la plus fréquente chez les femmes dans le monde. La situation est aggravée dans les pays pauvres par les conditions socio-économiques et le statut des femmes. Le profil à risque selon la Banque Mondiale : femme mariée, au foyer, analphabète, de bas niveau socio-économique. Ou le portrait-robot de la majorité des Sénégalaises.

Par Sidy DIOP

L’art de l’ostentation

11 Jan 2017
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Jet setteur ! C’est une nouvelle activité à la page. Paraître là où ça se passe, vivre sans jamais lever le pied, sentir la réussite et l’incarner. Ils sont nombreux à remplir les pages « people » des journaux, le visage bien lustré, confortablement installés dans un coin branché de Dakar entre des nymphes tout droit sorties des contes des « Mille et une nuits ».

Ils sont des livres ouverts à la curiosité du public. Ils n’ont aucun secret pour les autres. Vous voulez connaître les ressorts de leur vie familiale, leur travail, leurs amitiés et même leur intimité ? Il suffit juste de demander ! Ils ne rechignent guère à répondre aux questions les plus indélicates. Comme cette artiste qui affirme que sa généreuse poitrine est un atout pour sa carrière musicale. On les retrouve dans les recoins du « Dakar by night », distribuant des liasses de billets avec ostentation aux laudateurs.

Certains parmi eux poussent le désir de paraître jusqu’à payer pour que leur tronche apparaisse dans les journaux « people ». Un joli costume, une belle bagnole, une montre de classe ou une compagne distinguée, ce sont des trophées à exposer au regard envieux de la masse, quitte à transgresser les codes moraux. C’est le carburant qui chauffe leur moteur. Le hic, c’est que quand on expose sa « réussite », on cache difficilement ses soucis.

Plus haut est le succès, plus brutale est la chute.

Par Sidy DIOP

La première dame du Sénégal, Mariéme Sall, s’offusquait, il y a quelques temps, de l’attitude de certains individus qui se prévalent d’une proximité avec le couple présidentiel pour en tirer certains dividendes de sympathie ou d’autres encore plus vils. Cela n’est qu’une manifestation, à un certain niveau, d’une banalité quotidienne dans la société sénégalaise, sphère de fourberies, de pompes. On se vante de ses « amitiés précieuses » - très souvent inexistantes - comme de vulgaires petites conquêtes d’un autre temps. On mange avec le président, papote avec son cercle, traîne avec ses mômes…

Les nouvelles possibilités technologiques, « fards sociaux », bonnes aubaines pour ceux qui développent un égotisme encombrant, donnent plus de marge aux illusionnistes. Une petite photo et une main chaleureuse de l’être « supérieur » suffisent à dérouler un scénario des plus imaginatifs. J’ai récemment rencontré une personne d’une vile réputation dans le temps en train de quémander une pose avec une personnalité dans un milieu où les « gueux » côtoient les privilégiés. Le soir, je me suis amusé à consulter sa page facebook. Il nous racontait, en effet, une autre histoire comme celle qu’il avait servie à de crédules dames quand sa pathologie avait commencé à sévir. Le récit du bonimenteur et de ces ingénues créatures est aussi long qu’invraisemblable…

Le drame du beau menteur, du hâbleur est de vivre dans une vaine et éternelle conquête de sa propre estime ; tirer de sa mystification maladive une grandeur aux yeux des autres ou plutôt l’illusion de sa noblesse d’âme et d’esprit.

Et pourtant, on dit de lui qu’il est un homme bon et parfois même munificent dans les jours de bonne grâce mais « dafa mana fen » (c’est un menteur). Il se la raconte un peu trop pour s’auréoler un peu de prestige. Le bonhomme fabrique sa propre misère existentielle en refusant de se rendre à l’évidence ; les « benêts », à force de l’entendre mentir, éprouvent désormais une méprisante pitié à son égard. Ses impostures ne convainquent plus ceux dont ils convoitent la sympathie, ses interlocuteurs éberlués par son affligeante pathologie : ce besoin irrépressible de se fabriquer des vies, de tirer gloire de ses inventions « romanesques ». Scientifiques, devrions-nous dire. Car, la contre-vérité est un méprisable art, un comblement chez ceux qui nourrissent des complexes d’infériorité. Elle témoigne de l’étroitesse de la ligne entre la ruse et l’intelligence.

L’on peut également se désopiler de cette faculté du bonimenteur de nous raconter ses « fantastiques » aventures et rencontres. Néanmoins, lui, c’est à peine s’il se rend compte des mimiques de commisération des âmes matures et des grimaces goguenardes des mômes au moment de ses envolées. Les histoires de « Tonton », ils n’y croient plus. Tonton se sent si indigne de ce que le Ciel lui a réservé qu’il n’espère le respect que dans l’incarnation d’autres personnages ; celui qui connaît l’autre que tout le monde veut fréquenter, aime ou craint.

Il mange avec le président de la République et le voit quand il veut (Dommage pour ceux qui ne saisissent pas l’ironie) ! Et sa majesté lui confie les secrets et les grands dossiers ! Mais, lui, puisqu’il mène une existence d’ascète, il préfère encore enfiler ses vêtements tombés en loques, « squatter » la remise de sa belle-famille, se suffire d’un « café Touba » pour tromper sa faim si le Seigneur ne met sur sa trajectoire d’errance une petite fête de réjouissance pour se gaver… C’est un homme du peuple, il aime mieux le « Car rapide » que les rutilantes bagnoles de la République ! Ce n’est pas un problème pour lui. De toute façon, le soir, les masseurs de la cour retaperont sa carcasse ambulante ! Mieux, son excellence le chef de l’Etat, lui-même, lui débarbouillera affectueusement la tronche et écoutera religieusement ses conseils ! C’est un stratège politique en période électorale. En 2019, « Sall Ngary les écrase tous au premier tour » ! Il est aussi un tacticien militaire. Il sait où crèche en ce moment Yaya, le Gambien aux amusantes et périlleuses loufoqueries !

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Poches trouées

06 Jan 2017
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C’est une terrible maladie aussi vieille que l’humanité. Des fournées de guérisseurs de tout acabit s’y sont penchées depuis des lustres, mais aucun remède n’est encore sorti de leurs officines. Les symptômes sont bien connus et le responsable du mal identifié depuis des temps immémoriaux, pas besoin de diagnostic compliqué. Paradoxalement, le virus qui cause cette souffrance est un bon compagnon. Ce n’est que lorsqu’il s’éloigne de vous que la douleur vous prend et vous rend la vie impossible.

Lorsque la maladie vous frappe, vous ne mangez plus à votre faim, vous n’avez plus d’amis, plus de flatteurs, plus de « bureaux clandestins ». Vous n’avez même plus accès aux denrées de première nécessité. Le bonheur vous fuit parce que ce mal ne supporte pas le moindre confort. Chaque fois que vous verrez un homme au bord du précipice, abandonné par les siens et mis au banc de la société, un homme aux poches trouées qui ne survit qu’en s’accrochant aux promesses des diseurs de bonne aventure, c’est qu’il est durement frappé par la maladie de la dèche. Les chances de rémission sont infimes, mais tant qu’il y a la vie, espoir de remède il y a. L’argent fera absolument son bonheur. Encore faut-il le trouver.

Par Sidy DIOP

La religion des bannis

04 Jan 2017
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« Mbayang Diop se porte bien, elle apprend le Coran en prison ». La révélation est du très sérieux directeur des Sénégalais de l’extérieur, Sory Kaba. Voilà une trouvaille à laquelle personne n’a prêté la moindre attention et qui pourtant mérite de figurer en bonne place dans la courte liste des inventions bien de chez nous. Au Sénégal, pour convertir un infidèle à la religion de Dieu, point besoin du sabre et des bombes des djihadistes. Non, si vous voulez mettre une once de piété dans l’âme pécheresse d’un incroyant, il suffit de le mettre en prison. Et le tour est joué.

Il suffit de lire les journaux pour s’en convaincre. A la question de savoir à quoi les détenus passent leurs journées en prison, la réponse est invariable : « Je lis » ou « J’apprends le Coran ». Nombre de directeurs de sociétés nationales, grands pilleurs des ressources nationales devant l’Eternel se sont retrouvés au gnouf, le livre sacré en poche. Et nos hommes politiques alors ? Chaque fois qu’on en met un à Reubeuss, il se fait un point d’honneur de plastronner à la « une » des journaux, le nez dans le Coran.

Pourquoi attendre donc d’aller à « Ndoungoussine » pour afficher sa piété. Le Coran est, en principe, le compagnon de tous les jours du musulman. Du bon musulman. Mais c’est une loi inscrite dans la nature des « toubènes » que nous sommes. On ne pense à Dieu que dans les moments d’épreuve. Quand tout carbure au super, les prières sont exécutées le temps d’une Fatiha et le Coran fièrement exposé dans un coin de chambre.

Par Sidy DIOP

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