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Ticket d'Entrée (76)

Du pacte matrimonial

03 Juil 2017
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Nous partageons, ici, cette convention collective sur le mariage conclue entre des habitants de Rufisque, parue dans l’édition du 05 janvier 1957 du premier quotidien sénégalais « Paris-Dakar » (n°6376). Elle est ainsi titrée : « Le pacte matrimonial : nouveaux tarifs à Rufisque ».

« Las de parler sans résultats, les habitants du quartier Santhiaba de Rufisque viennent de prendre des décisions importantes concernant le pacte matrimonial. Sur l’insistance des femmes et jeunes filles, les notables et imams de Santhiaba se sont donc réunis, sous le patronage des chefs de quartiers Ndiobène et Thiarène, pour arrêter un pacte collectif de mariage signé de tous ces notables. Les tarifs appliqués seront les suivants :

Premier don - jeune fille : 3000 frs ; femme : 1500 frs. Droit des parents paternels - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Droit des parents maternels - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Argent dit colas de la maison - jeune fille : 150 frs ; femme : 100 frs. Argent des jeunes filles (mbakhal) - jeune fille : 250 frs ; femme : 150 frs. Argent des compères - jeune fille : 100 frs ; femme : 100 frs. Argent des camarades circoncis (mboke mbar) - jeune fille : 100 frs ; femme : 100 frs. Argent de la mosquée du village - jeune fille : 200 frs ; femme : 200 frs. Dot - jeune fille 2000 frs ; femme : 1000 frs. Chambre et lit –j-Jeune fille : 1500 frs ; femme : 600 frs. Repas de cavalerie (waral) - jeune fille : 600 frs ; femme : 300 frs. Levée nuptiale (m’beuranti) - jeune fille : 500 frs ; femme : 300 frs. Khokhanti - jeune fille : 300 frs ; femme : 200 frs. Suite réception demeure conjugale (la suite que forment les personnes qui accompagnent la fille ou la femme à la demeure conjugale ne dure qu’un seul jour chez le marié) - jeune fille : 300 frs ; femme : 150 frs. Total des taux appliqués - Jeune fille : 10.000 frs ; femme : 5.000 frs.

Pour veiller à l’application de ces décisions, un membre du quartier sera désigné. Il devra assister aux cérémonies. Il est désormais interdit de faire publier par voie de tam-tams ou de griots parcourant les rues le « labane » ou coucher nuptial. Et le mari est autorisé à emmener sa femme à son domicile dès que le mariage a été célébré selon la loi musulmane. Toute personne qui ne se conformerait pas à la convention serait passible d’une amende de 5.000 frs à payer séance tenante. En cas de refus de paiement, il est entendu que solidairement tout le quartier s’abstiendra de porter aide et assistance à ladite personne. C’est dans un accord complet et unanime que les habitants du quartier de Santhiaba ont discuté et rédigé la convention nouvelle. Et maintenant que les parents ont fait l’effort souhaitable, espérons que les jeunes célibataires sauront y répondre ».

Les législations non écrites en Afrique, au Sénégal particulièrement, renseignent sur l’existence d’une vraie organisation sociale. Leurs modalités d’application témoignent également de l’importance accordée aux vertus dont se paraît la société traditionnelle quoique la pertinence de certains codes, comme toute œuvre humaine, peut être soumise à un examen. Ce texte est plus que d’actualité. Seuls les montants ont évolué. Les convenances sociales continuent d’être accablantes pour la plupart d’entre nous. Et la parfaite intelligence observée entre autorités coutumières et religieuses montre que les pratiques endogènes et celles islamiques ne sont pas totalement antagonistes. Le syncrétisme religieux est, ici, davantage un vécu qu’une perspective aérienne de certains esprits « brillants ». Ceux qui se sont offusqués de l’appellation « islam noir » de certains auteurs ont certainement omis de prendre en considération le cheminement collectif qui nous distingue et prône à la fois cette tolérance dans la pratique et cette acceptation de l’autre.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Le mois de ramadan, période d’abstinence et de transcendance, est pourtant devenu un moment de surconsommation. Il rime bien souvent avec une hausse considérable des dépenses. Une consommation effrénée qui prend parfois des relents de gaspillage. Cette période unique de l’année constitue en effet pour les enseignes une occasion pour inciter les individus à consommer davantage. Même le jeûne du mois de ramadan, acte de dévotion, de transcendance  et de dépassement de nos instincts, est désormais pris au piège par le marché de la consommation. Il est devenu un rendez-vous majeur dans l’agenda des plans marketing des grandes enseignes commerciales, particulièrement de l’industrie alimentaire. Ce qui est déplorable, c’est qu’on n’arrive pas à épuiser tous les aliments. Tous les soirs, on se voit obliger de jeter une partie à la poubelle pour reprendre de plus bel le lendemain. Dans les grandes artères de Dakar et à travers le petit écran, difficile durant cette période d’échapper au matraquage publicitaire de ces entreprises, affichant ostensiblement des produits alimentaires (bouillons, laits, beurre, chocolat, boissons…) avec l’estampillage d’usage «Ramadan Moubarak! » Ces annonces commerciales conçues spécialement pour le ramadan semblent avoir la résonnance escomptée auprès de la population. En fait, le sentiment de faim occasionné par le jeûne aiguise les appétits et rend les jeûneurs plus audibles aux messages des annonceurs. Il est vrai que durant ce mois, l’élan de générosité et de partage est plus marqué ; ce qui peut occasionner un surplus de dépenses qui se comprend parfaitement. Mais, ce qui est en cause ici, c’est cette tendance consumériste de nos sociétés qui s’accentue durant le ramadan et qui occasionne souvent des gaspillages très importants.

Par Oumar BA

Les vieilles habitudes

23 Jui 2017
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Mois d’absolution de tous les péchés, le Ramadan touche à sa fin. Une occasion saisie, par des hommes et femmes bien de chez nous, pour se consacrer pleinement aux dévotions dans le dessein de refaire, pendant 29 ou 30 jours, une nouvelle virginité… au plan comportemental. Durant ces journées de jeûne, de nombreux mâles avaient déserté « mbed u naari » (le chemin vers le temple de Bacchus) pour emprunter, chapelet à la main, « mbed u jakka » (la voie de la mosquée).

Des gonzesses, célibataires ou divorcées avaient réfréné leur ardeur de croqueuses d’hommes, en rangeant, dans le placard, leurs légères et transparentes étoffes comme les tongs, shorts, décolletés profonds, mini et robes fendues. Ces néo-saintes nitouches du Ramadan, emmitouflées dans des « jelabas », ces manteaux de la chasteté les couvrant de pied à cap ont torturé leurs admirateurs en les empêchant, pendant un mois, de se rincer l’œil sur leur joli teint, mais aussi leurs fesses bombées, ongles, tresses et cheveux parfaits. Mais, les vieilles habitudes ont la vie dure.

Donc, ne soyez pas surpris, dès l’apparition, samedi ou dimanche prochain, du croissant lunaire annonçant la fête de Korité, de voir des foules de bonnes gens retourner à leurs vieilles amours, à leurs vieilles habitudes pour (re)faire plaisir à leurs sens et donner du tonus à leur corps en manque. Dans la masse, des donzelles pressées de retrouver leurs hommes et des gus impatients d’aller lever le coude chez Bacchus. Leur prochaine pause ou cure, ce sera au Ramadan 2018, dans 11 mois.

Par Cheikh Aliou AMATH

Prime à l’accessoire

19 Jui 2017
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« Monsieur untel a tout dit, je vais juste placer un mot » ! Combien de fois on a entendu cette phrase dans nos assemblées où il faut se répandre en éloges sur l’âme munificente pour lui rendre grâce et quelquefois sangloter afin que l’effusion soit bien poignante. Et puis, le quidam déblatère et oublie sa promesse d’un « mot ». Il s’épanche sous les ovations de quelques excités friands de saillies divertissantes, à la manière des groupies, et ne se prive pas de lancer quelques piques mesquines aux grippe-sous ; espèce favorisant peu les « représentations théâtrales ».

Ne faisant pas partie de la « haute société » et n’ayant rien à dire à part « machiner » sa prochaine sollicitation qu’il a du mal à dissimuler, on n’aura aucune gêne à arrêter ses tendresses intéressées. Il faut bien que les autres quémandeurs aient, eux aussi, leur temps de mise en scène, de parole comme cela se passe dans les assemblées politiques où on loue le génie et la vision éclairée de sa majesté ; ces moments pendant lesquels on dévoile notre fourberie et notre sens du spectacle. Sa majesté et les aspirants au trône n’auront finalement pas besoin de nous dessiner le « réel du lendemain ».

Les chantonneront avec nous, âmes jouisseuses sans répit. Combles d’inconséquences, nous nous offusquerons de leur légèreté. C’est nous qui favorisons cet abêtissement bien fructueux pour cette coterie ! Nous nous plaisons dans le « négligeable », le folklore. Le folklore, nous dit-on, c’est l’ensemble des traditions populaires d’un pays. Il est donc une utopie de vouloir nous en départir. Toutefois, quand nous ne parvenons plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire, c’est qu’il y a rupture de sens, d’un équilibre. La capacité de discernement est un signe d’intelligence d’un peuple, une manifestation d’une « volonté de… ».

Il nous arrive souvent de nous rendre à des cérémonies de présentation de livres censées être des moments d’échanges sur diverses questions de grande importance qui nous interpellent. Hélas, elles sont devenues, au grand dam des âmes férues de ces réceptacles d’idées, de triviales parades de saltimbanques où le louangeur a pris le pas sur l’érudit, le poulain sur le critique. On n’hésite pas à se faire escorter par une pléthore d’amuseurs encombrants, de chanteurs, de son vénéré et curieux guide religieux (la nouvelle vague bien sûr) et ses accompagnateurs zélés qui indisposent l’assistance parce que sa dignité requiert qu’il soit à la bonne place. Les sièges, le protocole… tout est fichu. Le pauvre « intello » (si on l’écoute) commence à ennuyer les bonnes dames, les séducteurs à l’esbroufe, les chiqués désormais passés d’auditeurs à animateurs ! Et les sermons inappropriés de l’Imam, venu témoigner de la grandeur d’âme de l’auteur, puent « facturou jakk ji faya gounou ko » (la facture de la mosquée encore impayée). C’est pire que la chienlit de nos parodies de combats de lutte. Le tintamarre est désormais un élément de la jouissance auditive. Tout cela a fini par nous paraître si normal, si anodin, si juste.

Entre les petites prévenances dont on entoure les « yax bu rey », les divagations, les « chants en l’honneur de… », on oublie qu’il faut parler du livre, objet de la rencontre. Il y en a qui achèteront l’ouvrage en guise de reconnaissance, arborant ainsi une humanité de circonstance. C’est peut-être la seule action louable d’un jour festif. Le livre aura trouvé acquéreur. Et un lecteur ? C’est moins sûr. C’est juste un élément du décor contribuant à l’harmonie des couleurs dans une salle surchauffée.
A suivre…

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Jeûneurs en piste

16 Jui 2017
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Un quotidien de la place révèle qu’à Dakar « l’on ne sent le ramadan que durant les 10 premiers jours ». Son constat est que l’effectif des fidèles -après quelques journées de jeûne- se réduit comme peau de chagrin. C’est vrai que les mosquées, reconnaissons-le, ne refusent plus du monde comme lors des premières séances de « nafilas » (prières surérogatoires). L’on raconte même qu’ils sont très nombreux à avoir déjà renoué avec l’ambiance de la bouffe en mi-journée.

Manque de résistance à l’effort ? Le ramadan est comme une course de fond. Dès que le départ est donné, l’on doit être un croyant qui a du coffre plein d’énergie spirituelle pour passer les « haies » de la faim, de la soif, etc. jalonnant le parcours. Il n’est donc pas l’affaire du « croyant-sprinter », c’est-à-dire ce gus qui, sans aucune préparation dans la pénitence, se lance dans une course de vitesse alors que la distance est longue et est parsemée d’obstacles. Un tel individu file vers la sortie de piste, loin de la ligne d’arrivée. Et vite, il déclare forfait pour ce qui reste de cette « compétition » qu’est le ramadan.

Les bons fidèles qui savent que le jeûne est un excellent moyen de nettoyer leur organisme, d’éliminer les toxines, de déstocker des protéines et dépôts de graisse superflus, sont, eux, en piste et espèrent, dans une dizaine de jours, franchir la ligne d’arrivée et être pris dans l’aile protectrice de Dieu.

Par Cheikh Aliou AMATH

Errance « domestiquée »

12 Jui 2017
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Dakar, terre d’espoirs et de déboires. Ville lumière, de torpeur, de tortuosité où viennent s’inhumer les âmes en peine. Dakar a, à la fois, des airs d’une luxueuse métropole et d’un vaste cloaque humain où l’opulence et la misère ont signé une clause d’indifférence. On se croise, on s’épie dédaigneusement. On foule la patte du chien comme on le ferait avec la jambe d’un « malfamé » en pleine divagation. Est-il d’ailleurs en errance ? Il est dans sa vaste cour ; la cour du roi où on trimbale cinq sachets d’eau pour trouver fortune, où on glande chaque matin à la quête de la « bonne affaire ». Une bonne dame étourdie laissera peut-être tomber son sac à main ou un gadget électronique que son « errant international », à l’autre bout du monde, s’est tué à lui dégotter. L’errance, ce n’est plus « aller çà et là ». Elle est devenue une résultante des espoirs immenses, de notre façon d’envisager la réussite et de nous en targuer et, de manière globale, de la désarticulation des relations humaines. 

Le vieil homme laissé à lui-même, à sa sénilité – parce que nous n’avons pas su « tropicaliser » l’hospice –, le fou – l’asile ne lui convenant pas –, l’ivrogne – pour s’accorder du répit –, le gueux, le chat et le chien – comme une souris évitant la tapette –, cherchent à se poser quelque part dans leurs masures, ces rues publiques, à avaler leur pitance. Où ? Nulle part ailleurs que dans les espaces de morosité espérant quelquefois susciter la compassion des « âmes sédentaires » trop souvent pressées et elles-mêmes dans une éternelle et profonde errance dans leur « aventure » intime.

L’errance n’est pas forcément en mouvement. Elle est dans l’espérance, dans une quête incertaine. Dakar offre, dans ce sens, à voir un monceau d’images de « petites gens » pour ainsi reprendre le cinéaste Djibril Diop Mambety, d’animaux et parfois de choses qui cherchent (ou se cherchent) à rencontrer la fortune, la quiétude. Le petit talibé est-il en errance ? Il habite la rue. Le fou l’est-il davantage ou moins que lui ? Le chien ou le maître ? C’est le maître parce que sa femme lui mène la vie dure ? Sait-il seulement où il va ? L’humeur routinière du maître a peut-être fait connaître au clébard sa destination finale ? Au cours du trajet, il rencontrera le chiot sans maître ou son « grognon » rival, lui aussi sans seigneur. C’est le maître et son chien qui sont en errance ou ceux qu’ils rencontrent dans la « pègre », dans le « taudis à ciel ouvert ». C’est leur demeure. Ils sont à l’étroit chez eux. Ici, ils peuvent se shooter avec de la came à mort. On les regardera dédaigneusement mais on ne les délogera point parce qu’ils sont chez eux.

Le contraste de nos rues en constante métamorphose met en scène des « errants de luxe » et des « errants domestiques ». Dakar, à défaut de devenir comme Paris, met en lumière cette ambivalence. Le drame est qu’elle est devenue refuge de toutes les aspirations parce que tout le monde veut y arriver et la seule allée mène à la capitale sénégalaise. Le valeureux et jeune agriculteur n’envisage la réussite que dans une « promenade » avec quelques camelotes dans la capitale. La poursuite du rêve de grandeur ressemble fort à une aventure incertaine qui l’installe dans une errance à travers un désert, dans un sentiment de devoir rempli parce qu’il faut bûcher, s’accomplir là où on ramasse des billets de banque et les distribue ensuite dans les soirées mondaines. Et ainsi donner à ses rêveries une couverture honorable, « beugg teki rek ».
Ps : passez-moi mon errance

Par Alassane Aliou Mbaye

Les ex-ami(e)s fêtard(e)s

09 Jui 2017
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Bientôt deux semaines que l’on jeûne à Dakar. Un constat : une nouvelle spiritualité a pénétré l’âme de beaucoup de mes ami(e)s. Ceux et celles qui, avant le début du Ramadan, peuplaient « mbed u naari » (le chemin de l’enfer) où avaient cours, à côté des rivières d’eau de feu, une musique non-stop, des scènes d’amour illégitimes et des bagarres sanglantes, manquent, aujourd’hui, à l’appel du bataillon des « kafr » (infidèles).

Pour votre information, mes ami(e)s, des néo-converti(e)s, ont un autre chemin de passage : « mbed u neeg u Yalla » (voie menant à la mosquée). Ces hommes et femmes, de mes connaissances, sont entrés dans une nouvelle vie et se sont engagés à réformer leurs mœurs en s’accrochant aux fondamentaux religieux. Ces néo-convertis dont l’âme n’a jamais été scellée autour de Dieu ont, depuis l’entame du mois de Ramadan, décidé de s’échapper de ces chaudes nuits dakaroises qui, il y a peu, les enveloppaient, de tourner le dos aux plages qui, il n’y a guère longtemps, se déroulaient devant eux, et aux dancings qui, récemment, s'ouvraient à eux.

Mes ami(e)s ont incendié leur « nid d’amour » où, dans un passé récent, il n'y avait plus de réalité à certaines heures. C’était ces heures pendant lesquelles il n’y avait que le plaisir, le rêve, la poésie, le charme et la folie des sens. En ce mois béni de Ramadan, ils ont enterré leur vie de fêtard(e)s. Est-ce pour de bon ?

Par Cheikh Aliou AMATH

« Les victimes du Net »

02 Jui 2017
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« Les victimes du Net ». C’est une initiative lancée, ces derniers jours, par des tiers déterminés à « faire cesser, sur internet et les réseaux sociaux, les insultes, calomnies, diffusions de fausses nouvelles, etc. » dont le but manifeste est de salir de bonnes gens. Leur idée est bonne. Le combat qu’ils comptent mener doit mobiliser beaucoup d’entre nous. En effet, nous devons nous impliquer et, à leurs côtés, rappeler à ceux qui l’ont oublié et apprendre à ceux qui ne le savent pas que le Net n’est pas un « repaire » où des mal éduqués se retranchent pour ne débiter, à partir de leur clavier, que des insanités, des obscénités et des vulgarités. 

Des nouvelles salaces sur une mère de famille, des racontars sur un couple célèbre, des contre-vérités sur le voyage d’un chef religieux, des propos irrespectueux sur nos hommes et femmes politiques, sont l’œuvre d’esprits malfaisants que « Les victimes du Net » et ceux qui les soutiennent se proposent de mettre à l’index et de combattre. Les mauvais utilisateurs du Net et des réseaux sociaux ont, aujourd’hui, un sacré « client » qui va désormais leur apprendre à réfléchir sur leurs propos concernant la vie privée de personnes qui leur sont, souvent, totalement inconnues. Totalement dégoûté par cette façon de clouer au pilori certains compatriotes pour un oui ou un non, j’invite ceux qui s’en gaussent à aller fouiller dans les catacombes de leur propre vie. C’est sûr qu’ils y trouveront quelques faits, gestes et images personnels qu’ils refuseront, pour tout l’or du monde, d’étaler sur la toile.

Comme moi, vous avez certainement constaté que ces mal éduqués du Net sont trop portés sur des futilités : sexe, sang, déballage. Ne comprennent-ils pas, ces mauvais utilisateurs du Net, qu’ils doivent s’élever par l’esprit ? Au Sénégal, l’on doit s’échiner à développer l’agriculture, à défendre et à sauvegarder l’environnement, à prodiguer des soins de santé de qualité, à instruire et à éduquer les jeunes, à créer des richesses et des emplois… Vaste programme devant nous éloigner des insanités, obscénités et vulgarités !

Par Cheikh Aliou AMATH

Nous ne sommes plus en sécurité (les armes physiques sont moins périlleuses) ! Le dire est une lapalissade. On se couvre presque de ridicule à le ressasser. Le tumulte est devenu un élément du décor. Il nous cause une certaine appréhension et légitime beaucoup de nos actes. Cette insécurité, source de notre angoisse existentielle en ces temps fiévreux, redéfinit nos rapports et ouvre des brèches à tous les « doctrinaires ambulants » prompts à nous annoncer l’apocalypse et le début de leur « gloire éternelle » enivrant les âmes égarées et désespérés et ceux-là, particulièrement faciles à embrigader, qui larmoient sempiternellement sur leurs sorts. Il suffit de leur faire miroiter les lambris dorés. Ils sont les seuls dignes d’en jouir ! Ils étaient là quand le Seigneur s’est laissé aller à la confidence ! Les rebuts de « leur » société, en plus de l’opprobre dont ils seront couverts, seront soumis au supplice des âmes damnées. Il n’y a qu’une voie pour y échapper. La leur.

Le drame aujourd’hui, c’est que ces individus, grands rhétoriciens, pullulent dans l’univers du sacré et des promesses. L’insécurité est là. Nous n’avons plus d’emprise réelle sur l’éducation de notre progéniture. Les intrus produisent des interférences. Les ondes de « formatage » s’entremêlent. Qui ne s’est pas plaint, un jour, de ne plus reconnaître son fils, son neveu et le taciturne et déférent garçon du quartier qui adoptent subitement un langage ésotérique les poussant à s’abstraire. Le géniteur devient, pour le rejeton subjugué par le discours mystificateur, « cet homme qui n’a rien compris » au sens de nos petites existences. « Xamoul Yalla » (Il ne connaît pas Dieu). Le doux et sage garçon imagine son géniteur dans les ténèbres de l’enfer ! Il faut alors le sauver. Car, pour son gourou, qui lui a construit de nouveaux paradigmes, croupit dans l’ignorance celui-là qui est différent, qui a emprunté une autre allée pour raviver sa foi. La vie familiale devient une persécution quotidienne pour le nouvel illuminé au grand dam de ceux qui se sont toujours échinés à lui fabriquer un destin « normal », à l’entretenir, à le combler de leurs prévenances devenues encombrantes. Il s’isole parce qu’il faut « sauver la planète » ! C’est l’exaltante mission du môme dont le lait maternel n’a pas encore fini de cailler dans sa « panse » ! L’esprit formaté, il devient l’exécuteur des toquades de son nouveau mentor (Qui sait, celui-ci voudra peut-être un jour faire pâlir certains d’horreur).

Quelques (faux) dévots se plaisent à dessiner un monde qui les rendrait eux-mêmes moins sûrs de leurs étranges absurdités. Ils envahissent les foyers de leur présence encombrante en appâtant les crédules gens par de belles promesses. Ils détruisent des vies pour construire une zone d’influence emplie de leur ego et de leur inhumanité. Il n’y a, en effet, pire cruauté que celle-là qui détourne le fils de ses géniteurs désarmés. Sur cette terre, on s'offre, se soumet pour vivre d’espoirs entretenus par la « vénérable personnalité » qui n’ouvre la bouche que pour cracher sur des paumes moites et percluses d’admiration et de mysticité monnayée ; celle qui leur donne cette douce illusion de voir au-delà de la munificence de la nature et des étoiles (qu’ils sont les seuls à voir scintiller !), de pouvoir s’abstenir de « vivre ». Car ce monde, admettant la souillure, est indigne d’eux pour qu’ils en jouissent ! Il faut le regarder avec dédain ; ceux qui s’en entichent, avec plus de mépris encore. Ce n’est là qu’un leurre simulant leur goût du pouvoir et des honneurs. Le « confident » du Seigneur, l’intercesseur auprès de celui-ci, messie de quelques impies et autres libertins, est un épicurien (dans son espèce) aimant s’entourer de crédules gens qui ensemencent le champ de son égotisme. La désillusion sera leur moisson.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Ramadan oblige

26 Mai 2017
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Demain, démarre le ramadan. Pendant ce mois béni, c’est une nouvelle spiritualité qui pénètre l’âme de beaucoup de Sénégalaises. Des amies, leurs 100 kilogrammes de féminité et de tendresse avec, optent de s’effacer devant leurs admirateurs. Mes cousines, grandes, claires et très bien faites, troquent leurs jupes et robes hyper courtes contre les djellabas.

Elles, qui sept jours sur sept, prenaient possession de nos rues et avenues, rôdaient autour des points-argent, squattaient les restaurants et donnaient le tournis aux hommes, décident de ranger, dans le placard, leurs légères et transparentes étoffes comme les tongs, shorts, décolletés profonds, minis et robes fendues. Bref, une subite spiritualité est née chez des milliers de Sénégalaises, les faisant entrer dans une nouvelle vie religieuse. Pendant ces prochaines 29 ou 30 longues journées de jeûne que dure ce court mois de ramadan, les demoiselles et jeunes dames, célibataires ou divorcées, réfrènent donc leur ardeur de croqueuses d’hommes.

Mois d’absolution de tous les péchés, mes cousines dévergondées soutiennent vouloir se consacrer pleinement aux dévotions pour se refaire une nouvelle virginité… au plan comportemental. Elles qui ne manquaient pas de culot et déclenchaient de fortes sensations qui faisaient se retourner les hommes quand elles les croisaient, vont devenir, provisoirement, de saintes nitouches. En s’emmitouflant dans les manteaux de la chasteté, elles sont parties pour nous cacher, d’ici à fin juin prochain, leur joli teint, mais aussi leurs fesses bombées, ongles, tresses et cheveux parfaits.

Par Cheikh Aliou AMATH

La belle horreur

22 Mai 2017
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Hier, plongé dans une vague rêverie, je rencontre, par hasard, deux individus d’une touchante affabilité. La femme, éloquente, un tantinet diserte et surtout gracieuse, « m’impose » une discussion. Elle me demande ceci : « Pensez-vous que la vraie justice peut, un jour, régner sur terre ? » Je lui réponds que cela tient de l’utopie tout en épiant « l’ambulant prédicateur stagiaire » qui la secondait, particulièrement taiseux pour parler comme les Belges. La persuasive bonne dame tenait un petit document au titre troublant : « Les cavaliers de l’apocalypse ». Ces hérauts « surgissent brusquement, leurs sabots retentissant comme le tonnerre ! (…) Le premier cheval est blanc. Son cavalier est un roi glorieux nouvellement couronné. Derrière lui, arrive un cheval rouge, couleur de feu, monté par un cavalier qui ôte la paix de la terre entière. Puis, apparaît un troisième chevalier, noir comme la nuit, dont le cavalier tient à la main une balance, alors qu’est proclamé un message sinistre au sujet d’une pénurie alimentaire. Le quatrième cheval, de couleur pâle, d’une blancheur maladive, est le présage de maladies et d’autres menaces mortelles. Son cavalier est la Mort personnifiée. Et la Tombe, la tombe commune aux hommes, le suit de près, moissonnant sur son passage un nombre effroyable de vies ».

Cet extrait métaphorique nous conte notre propre déliquescence et pose les défis du présent et de l’avenir de notre commune humanité. Il transcende les coteries et les obédiences et, dans cette lugubre représentation, fait résonner une sirène d’alarme : le chant du cygne. Devons-nous continuer à l’ignorer sous l’effet du bruit assourdissant de notre silence ? Nous sommes en train d’attendre ce qui est déjà arrivé : la Fin. La fin (pas celle-là promise par les livres saints) c’est, de notre point de vue, cette altération extrême et profonde de notre être qui devient autre que ce qui a jusqu’ici assuré l’équilibre et la survie de notre espèce capable de s’émouvoir, d’être bourrelée de remords après s’être couverte d’ignominie. L’horreur est devenue beauté. Elle est objet d’art à admirer pour témoigner de notre affligeante décadence morale. Il faut qu’elle soit capiteuse, captivante, excitante à raconter pour en tirer parti comme une camelote devenue une relique que l’on court découvrir au « musée des horreurs ».

Il arrive qu’on se réveille joyeux, plein de vie, prêt à conquérir le monde. Il faut alors savourer ces précieux moments parce qu’ils sont devenus si courts dans cette tumultueuse existence. L’infamie et l’atrocité peuplent notre environnement. En plus du branle-bas quotidien -car nous sommes de plus en plus pressés- le train-train horrifiant relaté par les médias nous dessine un monde tourmenté où l’on « zieute », impassible, l’épouvante.

Aïe, aucun mort !
La monstruosité est telle qu’on en est, aujourd’hui, à faire une répulsive comptabilité quotidienne des morts. Un individu poignardé à mort par son vieux compagnon ! Deux autres égorgés ! Il faut que ce soit devant leurs enfants pour que la scène soit suffisamment dramatique ! Une spectaculaire fusillade dans un quelque part tranquille ! Malheureusement, il n’y a pas eu de mort ! Une tuerie, c’est encore plus excitant ! Le folklore des compatissants de luxe sera plus somptueux ! Plus le nombre est important davantage les sens sont échauffés, la laideur est fascinante pour les courroies de transmission (pas seulement les médias, car ils ne sont qu’un groupe de relayeurs parmi une flopée de diffuseurs) et les infâmes bourreaux qui s’y complaisent.

On chosifie nos morts. On se délecte de l’horreur ; « l’horreur anodine ». Il y a des fins heureuses où la mort est fêtée avec quelques larmes de réminiscences. Il ne saurait en être ainsi pour ceux qui ont vu un père, une sœur, une mère, un ami partir si affreusement ; ou ceux-là qui ont vu une âme subissant les assauts d’un maniaque sexuel comme le relaie la presse nationale ces derniers jours. Le procédé informatif est discutable. Mais, il y a une circonstance atténuante. Le journaliste est le produit d’une société désarticulée.

Le marchand de terreur, c’est aussi celui qui affame, qui nie la dignité de l’homme, l’avilit, le dépouille. Nous sommes, chacun dans sa sphère de pouvoir et d’influence, interpellés, parce que chaque action entreprise, noble ou répugnante, chaque mot énoncé, aimable ou scabreux, est une indication de l’état de notre collectivité. Il est, dans ce sens, primordial que les institutions pourvoyeuses de sens soient à la hauteur de la légitimité dont elles jouissent et de la confiance placée en elles. Il y va de la clarté des signaux de modulation qu’elles chercheront à produire.

Par Alassane Aliou Fèré Mbaye

Les imposteurs

19 Mai 2017
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Ils se sont faufilés et imposés dans tous les recoins de la société, tels des envahisseurs d'un nouveau genre : les imposteurs sont parmi nous. On les croise chaque jour au travail. On les subit dans les quartiers. On les entend à la télévision. On lit parfois leurs écrits. Ils nous envoient dans le mur en prétendant nous sauver. Virtuoses des apparences, dissimulateurs sur les valeurs de leur temps, les imposteurs vivent à crédit. Celui que les autres leur accordent. Ces caméléons nous abusent volontiers par leur apparence  «normale ». A la fois conformiste et opportuniste, l'imposteur se coule toujours dans le moule pour mieux duper son monde. C'est un «martyr» de l'époque, un pur produit de la culture du complot qui vibre au rythme des secousses de l’heure. Quand l'intérêt individuel supplante le souci général, quand les apparences l'emportent sur le fond, la performance sur le dénigrement, le préjugé sur le véritable travail abattu, la popularité sur le mérite, l'opinion sur les valeurs, alors les imposteurs s’imposent. Le principe même, c'est de se distinguer. Il est impossible pour lui d'avancer sans se détacher des normes. Surtout tout bousculer aux fins d’atteindre son objectif, tel est le premier impératif au pays de l'imposture. L'imposteur sait qu'il est inutile de perdre son temps à réfléchir, à créer, à prendre des risques. Sur quels critères va-t-on m'évaluer ? Comment séduire ceux qui peuvent œuvrer à mon ascension ? Comment me mettre en scène ? Voilà les seules questions dont il se préoccupe. Peu importe la qualité ou la vertu qu'il lui faudra usurper à toutes fins utiles. Il serait pourtant injuste de limiter l'imposture à un quelconque  champ. L'apparence étend son règne dans tous les champs socioprofessionnels. Dans l'entreprise, ceux qui savent présenter leur carence de travail, sous un jour favorable d’autocommentaires flatteurs progressent plus vite dans la hiérarchie que les laborieux qui œuvrent dans l'ombre, sans mettre en avant leurs réalisations.

Par Oumar BA

 

Moi, votre héros en perdition

15 Mai 2017
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Pour la première fois, nous parlons, ici, d’une individualité marquante du Sénégal pour à la fois l’admiration que nous lui vouons et l’exaspération que « son moi » suscite. Tout au début des années 2000, le Sénégal découvrait une talentueuse génération de footballeurs dont les prouesses rehaussaient notre fierté abattue après moult désillusions. On les acclama, les célébra jusque dans les bourgades et hameaux, dans les mosquées et les églises. Nous louions leurs valeureuses génitrices. Les hommes de Dieu prièrent pour nos athlètes, nos dignes représentants au Mali et lors de la coupe du monde asiatique. On invoqua aussi les esprits pour qu’ils les préservent du mauvais œil et des rancœurs réprimées du pays. Les drapeaux flottèrent comme jamais dans notre histoire pourtant riche de mésaventures et de jubilations. Femmes et enfants, vieux et jeunes hommes, sans même être en mesure de faire le distinguo entre les ballons rond et ovale, vécurent ces instants avec passion, dans une belle communion que même l’accession à la souveraineté « encadrée » n’avait donnée à voir.

Le délire était presque hallucinatoire. Dans cette euphorie générale, nous admettions même certains écarts de nos 23 « surhommes », leur maladresse, l’insolence dédaigneuse de certains parmi eux que le succès du moment avait grisés. Ils étaient jeunes, beaux et talentueux. Ils étaient devenus riches et célèbres, peut-être même plus qu’ils ne l’imaginaient dans leurs rêves les plus fous.  Quand « Ndambé (haricot), pain thon, "nen bunu baxal" (œuf cuit) » était encore, pour certains, un copieux plat.

De ces 23 demi-dieux d’un temps jouissif quoique court, El Hadj Ousseynou Diouf était sans doute le plus habile. Il nous réconciliait avec le football comme une pratique faisant l’éloge de l’intelligence du corps humain. Il a fait chavirer, pour utiliser le jargon des « panégyristes » de l’époque (il y avait, en effet, plus de supporters que de journalistes), des foules, des spectateurs. A l’enfant de Balakoss, nous pouvons tout pardonner… sur le terrain ; même d’avoir eu une carrière moins aboutie que les « besogneux » sans grand talent au grand dam de nous tous qu’il a émerveillés.

Toutefois, sa personnalité enchante moins. Les virtuoses, il est vrai, ont souvent une personnalité extravagante quelquefois même burlesque. Le monde du ballon rond a connu l’allemand Mario Basler, le Français Eric Cantona et autres « grandes gueules » qui se sont illustrées de manière peu coutumière. Il est devenu assez incommodant, pour ceux qui adulaient El Hadj Ousseynou Diouf, de le voir débiter des niaiseries qui ne révèlent en réalité que son ego surdimensionné. Il est même devenu encombrant, car ramenant tout à lui, pour les gens qui l’accompagnent dans cette pseudo-entreprise de redressement du football sénégalais qui n’est point en crise. La bonne tenue des autres sélections nationales et l’organisation régulière du championnat sénégalais (ce qui, il n’y a guère longtemps, n’était pas encore acquis) en attestent largement.

Le vrai acteur de développement du football est celui-là qui s’investit dans la formation et dans les infrastructures, maillons faibles de plusieurs pays africains. Au-delà de ces créneaux, le champ d’intervention pour qui veut participer au progrès de ce sport est assez large. Il suffit de vouloir s’investir sincèrement sans ameuter le peuple du foot. L’ancien pensionnaire de Bolton a bâti certes une légitimité réelle qui lui confère le droit de décliner sa vision, de donner des orientations, de « taper sur la table ».

Néanmoins, il n’est pas le seul digne d’éloges et de reconnaissance parmi tous ces co-équipiers qui s’emploient, sans tapage et impertinence, à construire les futurs succès. S’accoter à un édifice en construction et le détériorer par des dissonances ineptes et superflues pour simplement exalter son moi est assez pathétique de la part d’un homme qui n’a pas le droit d’infliger cette peine à ces millions de gens pour qui il est une légende vivante.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Le consommer sénégalais

12 Mai 2017
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Depuis quelques jours, il n’y a que le « riz en plastique » au menu des colporteurs de ragots. A les entendre parler, on croirait que les populations sont dans l’insécurité alimentaire. Beaucoup, comme moi, ne mettront pas sous la dent cette « céréale » sortie du néant de l’esprit de certains individus qui ne débitent que des… salades. Du grain à moudre, nous en avons pourtant dans notre pays. A l’approche de l’hivernage, nos énergies devraient plutôt aller à la préparation des terres de culture, à la mise en place des facteurs de production (semences, intrants) et à la remise en état des outils aratoires. La révolution verte passe nécessairement par là.

Malheureusement, bon nombre de nos compatriotes dissertent sur ce « riz en plastique » qui, en ce qui me concerne, est aussi futile que des bagues pour un lépreux. A supposer même qu’il existe et menace notre santé, n’y a-t-il pas une bonne manière de s’en éloigner et, par conséquent, de ne pas en souffrir ? Il s’agit, tout simplement, de produire et de consommer sénégalais. Sur cette belle terre sénégalaise d’Afrique, nous avons le riz de la Vallée, de la Casamance et du Sine, le fonio de Tambacounda et Kédougou, le maïs du Niombato, le mil et ses dérivées du Saloum, le niébé du Ndiambour, le manioc du Cayor et l’arachide du Baol. C’est fou comme les produits agricoles sénégalais, avec les recettes culinaires qu’ils permettent, peuvent encore vous surprendre.

Associez-les avec la viande ou le lait de la zone sylvopastorale, le poisson frais, fumé ou séché de Saint-Louis et de la Petite Côte, le poulet de Sangalkam, les légumes de Podor et des Niayes et la citrouille du Fouta. Avec le riz local, de succulents « thiéboudieune », « thiébou yapp », « thiébou guinaar » et « maafé » vont sortir de vos marmites. Le mil et ses dérivées, comme le « sankhal », font de bons « mbakhalou saloum », « niéleng », « lakhou soow » et « lakhou bissap ». Le niébé permet de réaliser ces délicieux mets que sont le « ndambé » et les « akara ». Consommer sénégalais, c’est participer à l’émergence d’une nouvelle mentalité, c’est travailler pour notre sécurité alimentaire.

Par Cheikh Aliou AMATH

Le rescapé et l’autre

08 Mai 2017
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Quand je n’étais encore qu’un môme aimant s’acoquiner avec le rebut du genre humain, il m’arrivait de voir des choses peu ordinaires. Il y avait dans ce bas-fond, une curieuse et jeune créature qui se rengorgeait de ses étrangetés (ou déviances, pour être fidèle au jargon de notre époque) pour nous « éblouir » : manger un chat par exemple (là où nous étions, la consommation de cet animal pouvait lui valoir l’exécration). Plus on semblait s’émouvoir de sa singularité et de ses manies, davantage il nous en mettait plein la vue. La version officielle de chez « Monsieur Potins et Madame cancan » répand que le cocasse personnage a, un jour, « fricoté », en présence de ses copains, avec une bourrique pour franchir les limites de l’aliénation dont il est supposé être atteint. Cela fit le tour de quelques chaumières. Certains n’y crurent point. Il paraît qu’il a reçu quelques baffes des contristées mains de sa génitrice.

Pour convaincre les sceptiques, il reprit son infamante scène de petites mœurs. Est-il alors un zoophile ? Un simple maniaque instinctif ? Un petit inconscient en mal d’attention qui voulait égayer ses amis ? Cherchait-il à être différent, à s’affranchir des règles de bienséance, des convenances de goût ? Je ne l’ai plus revu depuis. J’étais parti sous d’autres cieux. Mais, me dit-on, aujourd’hui, c’est un respectable et distingué homme avec, comme on se plait à concevoir l’épanouissement, une épouse et des enfants. Que serait-il devenu s’il avait pris goût à la chose, si son « aventure avec madame ânesse » lui causait de la nostalgie. Il est ce qu’on pourrait appeler un rescapé. Ne le sommes-nous pas tous d’ailleurs ? Le rescapé le plus digne d’éloges n’est pas celui-là qui est sorti indemne d’un naufrage, d’un accident de la route…C’est cette personne qui s’est battue, dans sa longue marche, contre ses envies, ses doutes, son environnement hostile à la réalisation sociale, pour se fabriquer un destin digne.

Les irrépressibles envies ne sont pas forcément celles-là communes qu’on découvre par soi-même. Elles sont parfois suscitées par l’autre quelquefois à la même conformation des organes génitaux. Certains s’y attacheront. D’autres, les « survivants », s’en détourneront. Cet autre n’est pas toujours cet être venu d’ailleurs aux antipodes de nos valeurs… « érotiques » ! C’est un oncle, le copain de papa, l’amie de maman, la tante, l’idole de toujours…Le « mal » est partout. Il est en nous. Des marches de désapprobation ne feront que l’enfouir au tréfonds des désirs opprimés. Il est une chose de criminaliser des inclinations naturelles (ou contre nature si vous voulez), c’en est une autre d’empêcher leur dissémination pour préserver les âmes insouciantes dans nos internats, dans nos couvents, dans nos écoles coraniques...

Les désirs « matés » de ceux qui estiment que « rien de ce qui procure la joie n’est contre la nature » (Henri Troyat), profitent des brèches laissées entrouvertes par notre propre déliquescence entretenue par nos fourberies qu’on prend pour des valeurs de « soutoura » (discrétion). Ici, ce que le mari chuchote à son épouse est cancané à la foire aux médisances. Se gargariser de cette relique est une douce manière de se calfeutrer dans l’illusion.

Les mâles chiqués aux phrasés et tics exquis (parce que répétés dans nos chaumières avec grands éclats de rire) qui s’entichent du membre viril devraient inciter à nous interroger sur ce qu’on est (ou croit) en train de devenir. Sur ce que, peut-être, nous ne sommes plus : nous-mêmes. Rester soi-même est le défi de notre époque surtout quand les institutions pourvoyeuses de sens sont en parfaite contradiction avec les aspirations des « masses ». Il est une crédulité presque niaise que de s’étonner de la désarticulation de la société.

A suivre

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

La peur du banal

05 Mai 2017
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Spécial mode, spécial montres, spécial crèmes de beauté, spécial jupes, spécial cuisine, spécial festivals d’été, spécial soirée dansante, etc. Là, nous sommes dans l’immensité vertigineuse de la publicité. Les radios et télévisions n’ont pas encore trouvé mieux que le « spécial » comme stratégie de vente. Avec ses « spéciaux », elles survivent, comme si l’écoute et la vue des auditeurs et téléspectateurs ne pouvait plus accueillir la simple et modeste neutralité des produits ou évènements proposés.

Aujourd’hui, ici comme ailleurs, seul le spécial nous parle. Seul le singulier nous éblouit. C’est à croire, en entendant la voix des animateurs-vendeurs de nos radios et télévisions, que le commun échappe aux consommateurs, que le banal lasse les acheteurs. Il faut user, voire abuser, du superlatif « spécial » pour pousser les éventuels pauvres clients à mettre la main à la poche. Peu importe la « surélévation » des vertus rattachées à ces produits venant de certains lointains pays ou celle des évènements prévus sur une… planète jusque-là inconnue. Pour les promoteurs, comme pour leurs porte-voix officiant dans nos radios et télévisions, c’est une spéciale « ivresse » annoncée qui permet de vendre.

Et nos magazines ? Ils n’y échappent pas, émoustillant les lecteurs avec leur spécial voyage, spécial cadeaux, spécial électro, spécial avenir de la planète, etc. Comme les radios et télévisions, les journaux versent dans ce spécial, ce pur artifice commercial. Mention spéciale à ces commanditaires d’offres spéciales qui font vivre les hommes et femmes des médias.

Par Cheikh Aliou AMATH

Le business de la foi

28 Avr 2017
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Nous sommes un peuple de croyants. Personne n’en doute. Les tarikhas ne manquent pas. Les « thiant », « gamou » et « ziarra » sont nos compagnons quotidiens et les « dahiras » sont là pour nous maintenir dans le droit chemin. Mais il faut croire que tout cela ne suffit guère. Il nous faut désormais accueillir, quotidiennement, une noria de prêcheurs dans nos maisons, nos bureaux, et nos voitures pour toujours nous rappeler les tourments réservés aux infidèles dans l’Au-delà. Eh oui ! Les gourdins, les anges exterminateurs, les serpents à têtes multiples… font froid dans le dos. Y a intérêt à bien écouter les porteurs de la bonne parole divine pour se mettre à l’abri des surprises.

Plus besoin d’aller chercher la connaissance dans les « daaras » ou auprès des saints hommes. Il suffit simplement d’avoir le pouce et l’index bien fermes pour zapper, rudoyer les boutons de la radio pour que Dieu vienne à nous. Chaque radio, chaque télé a son (ses) oustaz et ses émissions religieuses. Et, comme nous sommes des « toubènes » (néo-convertis), les serveurs vocaux explosent et ces représentants de Dieu sur la sphère cathodique sont assaillis de questions et de remerciements. Parfois, l’audience des émissions débordent des studios pour s’installer dans les grands espaces sous forme de conférences. Certains conférenciers ont toute une administration pour planifier les dates et régler les modalités financières. Dieu est, décidément, un business qui marche très fort. Sa parole, c’est de l’or en barre. Tant pis pour nous autres qui n’avons pas été apprendre dans les daaras.

Par Sidy DIOP

Wotel sa waay *

24 Avr 2017
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Il y a quelques années, alors que les Sénégalais hésitaient entre les aspirants et le « Vieux » qui convoitait presque leur « pitié » pour satisfaire son goût du colossal, je m’amusais (j’étais encore jeune et l’imagination très vagabonde et caustique), dans un centre de vote, à faire une catégorisation sociale des votants et de ce qui les motivait autant (ou si peu). La vieille rengaine qui promeut « l’agir en citoyen » faisait se remuer certes quelques respectueuses gens du rendez-vous inhibiteur, mais il était aussi et surtout un moment d’expression d’une entière humanité. On ne saurait la saisir avec un regard (très souvent dédaigneux) qui ne s’accommoderait pas de la réalité sociale, du sens attaché à la gratitude et à l’espoir chez beaucoup d’entre nous. Omettre ces aspects, c’est calquer des évidences empiriques d’autres « territorialités » sur des modèles en perpétuelle construction.

La pertinence de ces « emprunts » est souvent remise en cause parce que s’inspirant de récits historiques d’autres peuples (la constitution et les modalités d’attribution de légitimité en sont des résultantes). Ce qui reste constant est que ces modèles n’arrivent pas encore à entrer dans l’imaginaire des communautés qu’ils sont censés mener vers d’autres modalités de reconnaissance de la qualité de représentant. Sans interroger ses référents, l’on parlera injustement de manque de maturité politique du peuple. Celui-ci ne fait que perpétuer, en réalité, un héritage plus prégnant que les discours construits autour d’une évolution idéelle très récente imposée par le cheminement avec la puissance coloniale ; encore que celle-ci s’est très souvent accommodée des réalités socio-culturelles pour dérouler sa politique d’assimilation.

Ainsi, votons-nous pour la bienveillance - qu’elle soit naturelle ou organisée - d’un leader politique à qui il faut rendre grâce « ndax bo xewle mu teew ». C’est humain. Ce n’est point là une exaltation du vice. Ce n’en est pas un. De la même manière que le guide religieux joue quelquefois le rôle d’intercesseur du disciple auprès du politique, certains citoyens sénégalais développent, à travers le rendez-vous électoral, une éthique, célèbre ce qu’ils conçoivent comme une valeur morale, la reconnaissance, par-delà les espoirs d’une vie meilleure.

J’ai été envahi d’émotion la semaine dernière en voyant une vieille femme se donner beaucoup de peine, sous une chaleur incommodante, pour se rendre au centre abritant une commission d’inscription sur les listes électorales. Avec beaucoup d’apprêts et de solennité, la bonne dame affiche son soutien à la « généreuse âme du coin » à qui il faut bien évidemment témoigner amour et gratitude. Est-ce l’expression de notre individualisme ou une absence de conscience politique qui remettrait en cause les rapports dans la société sénégalaise ? Certains ont vite fait d’en faire une tare, une « pandémie » qui fait obstacle aux avancées démocratiques. Combien de fois, certains esprits se sont offusqués de l’ingratitude d’un acteur politique à l’égard de son « mentor » abandonné au beau milieu de sa déperdition ou de leur séparation après tout ce que l’un aurait fait pour l’autre ? Ici, l’on ne s’appesantira point sur la maturité politique d’un des protagonistes. Le « peuple » (des guillemets pour rendre ma prétention moins insupportable) dont il est question ici ne fait qu’exprimer une norme humaine, sociale à l’occasion des compétitions électorales pour ne pas faire preuve d’inconséquence.
* Voter pour son « gars »

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Clairvoyance évaporable

21 Avr 2017
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Qu’est-ce qui peut bien pousser un homme à s’embrouiller l’esprit, à aliéner sa lucidité au point de commettre l’irréparable. Sous l’emprise de l’alcool ou des stupéfiants, certains ne s’imposent aucune limite. Chercher les raisons de ce « pétage de g… », c’est vouloir expliquer le pourquoi de l’existence du ciel et de la terre. Certains se piquent pour bien paraître aux yeux de la communauté des « branchés », d’autres se saoulent pour se donner du courage, d’autres encore pour vaincre l’oisiveté ou par simple vice. Ces gens vivent dans l’illusion du bien être, de la puissance, du bonheur sur terre. Jusqu’au jour où un sursaut d’orgueil leur fait comprendre qu’ils se mettent au banc de la société et ruinent leur santé.

Abdourahmane Savané s’est présenté au commissariat de Dieuppeul avec ses joints bien roulés pour prier les policiers de le mettre en prison avant que le yamba ne le tue. Son vœu a été exaucé puisqu’il a été arrêté et déféré au parquet pour détention et usage de chanvre indien. Le jour de son procès, l’homme qui a visiblement retrouvé ses esprits se rétracte et interpelle le juge : « Je ne suis pas fou au point de me présenter au commissariat avec des joints, je suis innocent». Le drame avec les fumeurs de joints, c’est que leur parole est aussi volatile que la fumée de l’herbe illicite.

Par Sidy DIOP

Il n’y a guère, la noblesse déclamait ses atours en couleurs. C’était le temps du sang bleu. Les gros os « Yakh you rey » chantés par les laudateurs en quête de subsides. Le mariage, les amitiés, les alliances, etc. se scellaient en exhibant les preuves de la noblesse de cour et de cœur : du fricassé de pot-bouille avec des os gros comme des ceps de vigne.

L’autre jour, quelque part dans Dakar, je tombe sur un mec costaud comme une brindille d’herbe, deux téléphones portables collés aux oreilles, distribuant à tue-tête des « allô, ne quitte pas » et des « excuse-moi, j’étais sur l’autre ligne ». En pleine rue, le comique de la scène s’effaçait très vite devant cette foultitude vociférante, tous ces gens qui passaient les uns à côté des autres, sans le moindre regard, la moindre attention, soliloquant à haute voix avec des gestes de la main qui en disaient long sur le sérieux de leurs dialogues. J’en étais arrivé à me dire qu’une nouvelle mode était née, celle de la conversation en solo.

Mais je n’avais rien compris. Une nouvelle mode est bien née, mais c’est celle du téléphone portable. On l’étreint avec passion, on le couvre d’attentions pour l’exhiber en toute innocence devant une assistance stupéfaite devant ce petit bijou de technologies qui supprime la distance et vainc l’absence. Plus il est petit et sophistiqué, plus son propriétaire est d’un certain rang. Ce n’est que maintenant que j’ai compris que c’est l’estampille de la nouvelle noblesse. Foin du temps où le « Yakh bou rey » était la marque de fabrique des gens importants. « Montre-moi ton portable, je te dirais qui tu es ».

Par Sidy DIOP

Commerce amoureux

10 Avr 2017
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Comment aborde-t-on celle ou celui que l’on veut séduire?? À chaque époque, amants ou soupirants ont inventé toute une diversité de stratégies et de ruses pour se livrer au commerce sexuel ou amoureux. Le coude sur la portière de son 4x4, arborant un sourire ravageur, le dragueur contemporain n’a rien à envier au séducteur des temps anciens. Il n’est qu’à en juger par l’usage des carrosses et des fiacres depuis la fin du Moyen Âge. Casanova, dans ses confessions érotiques, y narre quelques exploits, quand par exemple il se fait raccompagner dans la voiture d’une jolie femme et lui laisse «?une marque non équivoque de l’ardeur qu’elle [lui] avait inspirée?». On a toujours séduit, conté fleurette, coqueté, racolé, dragué…, l’air du temps y appose sa marque.

Chez nous, le temps n’est plus seulement aux mots doux et aux déclarations enflammées. Foin du temps où l’on parcourait les longues pages du dictionnaire pour dégoter le mot qui fait mouche. Cette courtoisie, ce sentimentalisme hérité du classicisme français doit céder la place à une forme plus triviale où l’argent et les présents sont les plus précieux compagnons des Don Juan des temps présents. La valeur d’un soupirant se mesure de plus en plus à l’opulence qu’il dégage. L’amour est aujourd’hui un mot dont la signification se cherche dans les dictionnaires anciens.

Par Sidy DIOP

Cachez-moi ce sein...

31 Mar 2017
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Il y a quelques années (disons quelques décennies), parmi les critères officieux de sélection dans les ballets africains, figurait en bonne place celui des seins bien pointus. Évidemment, cette exigence a été un peu « revue à la baisse, les seins étant précocement sollicités aujourd’hui (nous ne faisons naturellement pas référence au mariage précoce, mais aux petites jouissances charnelles « hâtives » de nos jouvencelles). « Papa » de l’autre côté de la métropole, principal client de nos ballets nationaux à l’époque de la curiosité de l’Art nègre, aimait bien voir nos danseuses avec toute leur fraîcheur indomptée, leurs prouesses corporelles, sans que les seins ne se joignissent à la valse étourdissante. Il ne fallait donc pas que les tétons fussent dévoilés, pour que la nudité ne s’assimilât au dévergondage. C’est de l’art ! On applaudira ! De retour au bercail, on pendra la crémaillère pour avoir aiguisé les esprits du « tuteur toubab » et figuré dans le gotha du monde des explorateurs des possibilités du corps tropical…et des seins ! Il valait mieux, pour celles qui aspiraient à une carrière sur la scène, veiller à l’épaisseur des « morceaux de poitrine ». Ça, c’est de l’histoire.

Notre rapport aux choses, à la réalité banale ou transcendante, est si alambiqué que toute déduction peut sembler hasardeuse (donc ne me prenez pas trop au sérieux…si un peu quand même !) Dans un « Car rapide », l’esprit le plus tordu, le plus lascif arrive à réprimer ses désirs devant une mère allaitant son nourrisson. Elle peut même susciter de la répugnance, du dégoût, alors que le bébé en tire son bien le plus précieux. Pour les âmes sensibles, passagères du « Car rapide », ces « lolo » tombant, avidement tétés par l’innocent môme, représentent un lien d’une totale humanité. Pourvu que le môme ne se plaise pas à trop « sucer » un peu plus tard. Cela voudra dire qu’il a grandi, que sa relation avec la poitrine a connu une évolution sociale graduelle ou fulgurante pour les prématurés voluptueux.

Dans certaines sociétés « primitives » (encore que je n’en connais pas la signification) et dans des localités d’ici et d’ailleurs, on traîne la « paire de nichons » scrutant le ciel ou tassant la terre sans que cela ne suscite émoi et que la fatwa ne soit lancée par les auto-proclamés censeurs de la République à la laïcité bien égayante et aux coutumes rendues obsolètes par un renversement de sens : exhiber le bout ou une partie bien pimpante de la paire de tétons (« paccal bamu pacc ») est plus inconvenant que les images d’archives revisitant la mode « ngimb » (petit pagne) de nos aïeux ou même, jusqu’à présent, dans des « quelque part » du Sénégal profond. L’idée qu’on se fait de notre société ou de notre cheminement social dépend de la trajectoire individuelle de chacun, de l’ouverture d’esprit dont on peut faire montre pour se dessiner les univers de sens possibles sans se livrer à une comparaison futile. Qu’ils soient « à découvert » ou « burqanisés », tétés ou sucés, les seins sont de vrais révélateurs sociaux et rendent compte de la conscience collective et morale de nos communautés un peu trop idéalisées.

Un ami très taquin (et probablement plus que cela), esprit brillant et en perpétuelle divagation, me posa un jour une question fort intéressante. Pourquoi donc, cher ami, les femmes que l’on surprend nues cachent leurs seins plutôt que leur sexe ? Puisque je n’avais jamais encore vécu cette expérience, je ne pus répondre à son interrogation ! Pensent-elles que les seins alimentent davantage le fantasme chez le mâle intrus. Mystère et boule de gomme pour le jeune et sage garçon pudibond que je suis !

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Le jour du décret

27 Mar 2017
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C’est un jour terrible, le jeudi.  D’ailleurs, les références ne manquent pas pour le « jeudi noir ». Le premier jour du krach de 1929 était un jeudi. Pareil pour la terrible défaite de l’aviation allemande au cours de la bataille d’Angleterre en 1949.  Il y en a d’autres, des jeudis terribles. Chez nous, le quatrième jour de la semaine est celui de la tenue du Conseil des ministres. Le jour du jugement dernier pour ce particulier personnel de la République qui doit sa fortune aux décrets de nomination du président de la République. Le jeudi, les marabouts se frottent les mains. Certains veulent garder le plus longtemps possible leur juteux poste. D’autres font recours à un trésor d’ingéniosité pour entrer dans les grâces du distributeur des privilèges du palais de l’avenue Roume.

On connaissait la « nuit du décret », explicitement raconté par les écrits saints. Il y est dit que tout, dans la vie de l’homme, y a été décidé : sa santé, sa longévité, sa fortune, etc. Voilà, pourtant, que le « jour du décret » bouleverse cette certitude coranique. Ce n’est plus au Bon Dieu qu’il faut plaire, mais au faiseur du bonheur terrestre qui préside le fameux Conseil des ministres. Ce jour-là, la signature présidentielle apposée au bas des décrets de nomination fait et défait des vies. C’est le jour des sourires passe-partout pour les bienheureux nouveaux machins et des rictus navrés pour les malheureux ex-trucs. Quand une vie ne tient qu’à une signature, c’est qu’elle doit être franchement bien courte. 

Par Sidy DIOP

Une Allemande à tout prix !

24 Mar 2017
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Excédée de voir son mari passer son temps à faire le ménage à la maison, une Allemande a demandé le divorce après 15 ans de mariage. Selon les médias, l’épouse a pris sa décision lorsque son mari, obsédé de la propreté et du rangement, a détruit une cloison qui était sale, avant de la remonter. Une nouvelle à coller sur de grosses pancartes pour une manif du tonnerre dont le thème général pourrait tout aussi s’inscrire en lettres rouges sur de larges affiches : « Revenez-nous ! ».

Nombre de maris sénégalais se désolent, après une longue journée de dur labeur, de retrouver à la maison des compagnes en froid avec la douceur légendaire des Sénégalaises, dont le moindre acte est une revendication. Les maisons sont devenues des terrains de manifestations quotidiennes. Griefs scotchés au front, les femmes ont troqué le fameux « mokk potch » contre de bruyantes récriminations. Plus de présence, qu’elles exigent. Plus de générosité (il faut donner plus de sous avec un sourire grand comme un chemin de fer à grand écartement), plus d’engagement dans le ménage, plus de cœur – eh oui ! faut faire le ménage de temps à autre pour aider -, plus de… Avis aux maris ulcérés : cherchez une Allemande.

Par Sidy DIOP

Beugg*

10 Mar 2017
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Napoléon Bonaparte dit ceci en février 1791 : « L’amour est le maître de l’homme… l’homme, privé d’amour, prend conscience de sa faiblesse…grâce à l’amour, l’âme se serre, se double, se fortifie… » (propos rapportés par Vincent Rolin dans « La vie très privée de Napoléon »). Plus tard, « Dans son dialogue sur l’amour », l’empereur des Français expose une autre théorie : « je ne vous demande pas la définition de l’amour. Je fus jadis amoureux et il m’en est resté assez de souvenir pour que je n’aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (s’adressant à son camarade Des Mazis). : je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l’amour fait plus de mal et ce serait un bienfait d’une divinité protectrice que de nous en défaire et d’en délivrer le monde ». A partir donc de sa propre expérience « sentimentale » (ou voluptueuse), Napoléon représente le monde et aborde l’amour comme à la fois un fragile accotoir pour l’homme et un boulet pour la société.

Il nie presque ce besoin impérieux d’aimer et de partager ce sentiment si viscéral de confier son « être » à l’autre, ses joies et ses peines. Quand le sentiment de puissance nous habite, nous nous détournons de l’essentiel : notre humanité. Tout devient opportunité d’hypertrophier son moi déjà grossi par l’enjoliveur de service, gredin à travers les âges, et au gré des aventures ; celles-là nous éloignant de nos amours, des braves gens avec qui nous envisagions, dans les temps fiévreux, de fabriquer des destins à ceux qui croupissent dans l’infinie résignation.

Il n’y a pas plus grand écueil à l’amour que l’avidité ; ce désir immodéré de s’élancer à la conquête de l’incertitude, du néant, en ignorant notre présent si merveilleux et les créatures qui nous témoignent stoïquement de l’affection malgré la fureur de la tempête sur le chemin du « succès ». Nous ressassons le passé, oublions le présent et préparons mal le futur car nous prenons notre « triomphe individuant » pour la providence universelle qui suffirait à la félicité des âmes silencieuses. Celles-ci nous aiment. Elles sont juste interloquées par tant d’inconséquences, d’indifférence malgré les promesses d’amour. La déception est à la hauteur de celle d’une jeune épouse crédule qui se souvient, sans geindre, des boulimies charnelles de son homme aux premières heures de l’extase. Ces moments d’exubérance de paroles, de promesses. La lune devient accessible. Les étoiles jonchent la terre de leur lumière aveuglante. On a envie d’y croire. On se laisse aller. Les litanies des incrédules sont étouffées. La majorité consent au mariage. Il faut les aider à réaliser leur rêve. Les premières manœuvres du mâle sont intrigantes. Que faire ? Est-ce vraiment lui ? C’est une phase de transition dans sa vie, espère-t-elle. Il se ressaisira et préférera la lumière au mirage de la pénombre crépusculaire. Mais lui, indifférent aux discrets gémissements de sa « chose », continue sur sa lancée.

Au chevalier Des Mazis qui s’émeut des propos de son ami, Napoléon répond : « pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires ? Que sont devenues vos occupations ? Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et plus encore du feu avec lequel vous les communiquez. Quelle maladie étrange s’est emparée de vous ? Je sens que la raison que je vais appeler à votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous ferez plus que de fermer l’oreille à sa voix ; vous la mépriserez. Votre état est pareil à celui d’un malade qui ne voit que la chimère qu’il poursuit et sans connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu’il a perdue… Point de force, point de vertus dans votre sentier ». Les louvoiements de l’empereur sont d’une sagesse guerrière. Par son caractère impitoyable, il clouera sans doute ses adversaires. Et, sur le chemin de son retour triomphal (nous parlons, ici, de manière générale), les femmes entonneront le chant de l’amour pour l’embarrasser de sa gloire parce qu’en définitive, il aura perdu son âme dans sa longue marche. Elles espéraient qu’il les hisserait à la dernière cime de l’amour. Ce bonheur serein. Sans heurt sur le sentier du destin de chacun.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

* Aimer, vouloir

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