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Ticket d'Entrée (67)

Ramadan oblige

26 Mai 2017
6 times

Demain, démarre le ramadan. Pendant ce mois béni, c’est une nouvelle spiritualité qui pénètre l’âme de beaucoup de Sénégalaises. Des amies, leurs 100 kilogrammes de féminité et de tendresse avec, optent de s’effacer devant leurs admirateurs. Mes cousines, grandes, claires et très bien faites, troquent leurs jupes et robes hyper courtes contre les djellabas.

Elles, qui sept jours sur sept, prenaient possession de nos rues et avenues, rôdaient autour des points-argent, squattaient les restaurants et donnaient le tournis aux hommes, décident de ranger, dans le placard, leurs légères et transparentes étoffes comme les tongs, shorts, décolletés profonds, minis et robes fendues. Bref, une subite spiritualité est née chez des milliers de Sénégalaises, les faisant entrer dans une nouvelle vie religieuse. Pendant ces prochaines 29 ou 30 longues journées de jeûne que dure ce court mois de ramadan, les demoiselles et jeunes dames, célibataires ou divorcées, réfrènent donc leur ardeur de croqueuses d’hommes.

Mois d’absolution de tous les péchés, mes cousines dévergondées soutiennent vouloir se consacrer pleinement aux dévotions pour se refaire une nouvelle virginité… au plan comportemental. Elles qui ne manquaient pas de culot et déclenchaient de fortes sensations qui faisaient se retourner les hommes quand elles les croisaient, vont devenir, provisoirement, de saintes nitouches. En s’emmitouflant dans les manteaux de la chasteté, elles sont parties pour nous cacher, d’ici à fin juin prochain, leur joli teint, mais aussi leurs fesses bombées, ongles, tresses et cheveux parfaits.

Par Cheikh Aliou AMATH

La belle horreur

22 Mai 2017
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Hier, plongé dans une vague rêverie, je rencontre, par hasard, deux individus d’une touchante affabilité. La femme, éloquente, un tantinet diserte et surtout gracieuse, « m’impose » une discussion. Elle me demande ceci : « Pensez-vous que la vraie justice peut, un jour, régner sur terre ? » Je lui réponds que cela tient de l’utopie tout en épiant « l’ambulant prédicateur stagiaire » qui la secondait, particulièrement taiseux pour parler comme les Belges. La persuasive bonne dame tenait un petit document au titre troublant : « Les cavaliers de l’apocalypse ». Ces hérauts « surgissent brusquement, leurs sabots retentissant comme le tonnerre ! (…) Le premier cheval est blanc. Son cavalier est un roi glorieux nouvellement couronné. Derrière lui, arrive un cheval rouge, couleur de feu, monté par un cavalier qui ôte la paix de la terre entière. Puis, apparaît un troisième chevalier, noir comme la nuit, dont le cavalier tient à la main une balance, alors qu’est proclamé un message sinistre au sujet d’une pénurie alimentaire. Le quatrième cheval, de couleur pâle, d’une blancheur maladive, est le présage de maladies et d’autres menaces mortelles. Son cavalier est la Mort personnifiée. Et la Tombe, la tombe commune aux hommes, le suit de près, moissonnant sur son passage un nombre effroyable de vies ».

Cet extrait métaphorique nous conte notre propre déliquescence et pose les défis du présent et de l’avenir de notre commune humanité. Il transcende les coteries et les obédiences et, dans cette lugubre représentation, fait résonner une sirène d’alarme : le chant du cygne. Devons-nous continuer à l’ignorer sous l’effet du bruit assourdissant de notre silence ? Nous sommes en train d’attendre ce qui est déjà arrivé : la Fin. La fin (pas celle-là promise par les livres saints) c’est, de notre point de vue, cette altération extrême et profonde de notre être qui devient autre que ce qui a jusqu’ici assuré l’équilibre et la survie de notre espèce capable de s’émouvoir, d’être bourrelée de remords après s’être couverte d’ignominie. L’horreur est devenue beauté. Elle est objet d’art à admirer pour témoigner de notre affligeante décadence morale. Il faut qu’elle soit capiteuse, captivante, excitante à raconter pour en tirer parti comme une camelote devenue une relique que l’on court découvrir au « musée des horreurs ».

Il arrive qu’on se réveille joyeux, plein de vie, prêt à conquérir le monde. Il faut alors savourer ces précieux moments parce qu’ils sont devenus si courts dans cette tumultueuse existence. L’infamie et l’atrocité peuplent notre environnement. En plus du branle-bas quotidien -car nous sommes de plus en plus pressés- le train-train horrifiant relaté par les médias nous dessine un monde tourmenté où l’on « zieute », impassible, l’épouvante.

Aïe, aucun mort !
La monstruosité est telle qu’on en est, aujourd’hui, à faire une répulsive comptabilité quotidienne des morts. Un individu poignardé à mort par son vieux compagnon ! Deux autres égorgés ! Il faut que ce soit devant leurs enfants pour que la scène soit suffisamment dramatique ! Une spectaculaire fusillade dans un quelque part tranquille ! Malheureusement, il n’y a pas eu de mort ! Une tuerie, c’est encore plus excitant ! Le folklore des compatissants de luxe sera plus somptueux ! Plus le nombre est important davantage les sens sont échauffés, la laideur est fascinante pour les courroies de transmission (pas seulement les médias, car ils ne sont qu’un groupe de relayeurs parmi une flopée de diffuseurs) et les infâmes bourreaux qui s’y complaisent.

On chosifie nos morts. On se délecte de l’horreur ; « l’horreur anodine ». Il y a des fins heureuses où la mort est fêtée avec quelques larmes de réminiscences. Il ne saurait en être ainsi pour ceux qui ont vu un père, une sœur, une mère, un ami partir si affreusement ; ou ceux-là qui ont vu une âme subissant les assauts d’un maniaque sexuel comme le relaie la presse nationale ces derniers jours. Le procédé informatif est discutable. Mais, il y a une circonstance atténuante. Le journaliste est le produit d’une société désarticulée.

Le marchand de terreur, c’est aussi celui qui affame, qui nie la dignité de l’homme, l’avilit, le dépouille. Nous sommes, chacun dans sa sphère de pouvoir et d’influence, interpellés, parce que chaque action entreprise, noble ou répugnante, chaque mot énoncé, aimable ou scabreux, est une indication de l’état de notre collectivité. Il est, dans ce sens, primordial que les institutions pourvoyeuses de sens soient à la hauteur de la légitimité dont elles jouissent et de la confiance placée en elles. Il y va de la clarté des signaux de modulation qu’elles chercheront à produire.

Par Alassane Aliou Fèré Mbaye

Les imposteurs

19 Mai 2017
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Ils se sont faufilés et imposés dans tous les recoins de la société, tels des envahisseurs d'un nouveau genre : les imposteurs sont parmi nous. On les croise chaque jour au travail. On les subit dans les quartiers. On les entend à la télévision. On lit parfois leurs écrits. Ils nous envoient dans le mur en prétendant nous sauver. Virtuoses des apparences, dissimulateurs sur les valeurs de leur temps, les imposteurs vivent à crédit. Celui que les autres leur accordent. Ces caméléons nous abusent volontiers par leur apparence  «normale ». A la fois conformiste et opportuniste, l'imposteur se coule toujours dans le moule pour mieux duper son monde. C'est un «martyr» de l'époque, un pur produit de la culture du complot qui vibre au rythme des secousses de l’heure. Quand l'intérêt individuel supplante le souci général, quand les apparences l'emportent sur le fond, la performance sur le dénigrement, le préjugé sur le véritable travail abattu, la popularité sur le mérite, l'opinion sur les valeurs, alors les imposteurs s’imposent. Le principe même, c'est de se distinguer. Il est impossible pour lui d'avancer sans se détacher des normes. Surtout tout bousculer aux fins d’atteindre son objectif, tel est le premier impératif au pays de l'imposture. L'imposteur sait qu'il est inutile de perdre son temps à réfléchir, à créer, à prendre des risques. Sur quels critères va-t-on m'évaluer ? Comment séduire ceux qui peuvent œuvrer à mon ascension ? Comment me mettre en scène ? Voilà les seules questions dont il se préoccupe. Peu importe la qualité ou la vertu qu'il lui faudra usurper à toutes fins utiles. Il serait pourtant injuste de limiter l'imposture à un quelconque  champ. L'apparence étend son règne dans tous les champs socioprofessionnels. Dans l'entreprise, ceux qui savent présenter leur carence de travail, sous un jour favorable d’autocommentaires flatteurs progressent plus vite dans la hiérarchie que les laborieux qui œuvrent dans l'ombre, sans mettre en avant leurs réalisations.

Par Oumar BA

 

Pour la première fois, nous parlons, ici, d’une individualité marquante du Sénégal pour à la fois l’admiration que nous lui vouons et l’exaspération que « son moi » suscite. Tout au début des années 2000, le Sénégal découvrait une talentueuse génération de footballeurs dont les prouesses rehaussaient notre fierté abattue après moult désillusions. On les acclama, les célébra jusque dans les bourgades et hameaux, dans les mosquées et les églises. Nous louions leurs valeureuses génitrices. Les hommes de Dieu prièrent pour nos athlètes, nos dignes représentants au Mali et lors de la coupe du monde asiatique. On invoqua aussi les esprits pour qu’ils les préservent du mauvais œil et des rancœurs réprimées du pays. Les drapeaux flottèrent comme jamais dans notre histoire pourtant riche de mésaventures et de jubilations. Femmes et enfants, vieux et jeunes hommes, sans même être en mesure de faire le distinguo entre les ballons rond et ovale, vécurent ces instants avec passion, dans une belle communion que même l’accession à la souveraineté « encadrée » n’avait donnée à voir.

Le délire était presque hallucinatoire. Dans cette euphorie générale, nous admettions même certains écarts de nos 23 « surhommes », leur maladresse, l’insolence dédaigneuse de certains parmi eux que le succès du moment avait grisés. Ils étaient jeunes, beaux et talentueux. Ils étaient devenus riches et célèbres, peut-être même plus qu’ils ne l’imaginaient dans leurs rêves les plus fous.  Quand « Ndambé (haricot), pain thon, "nen bunu baxal" (œuf cuit) » était encore, pour certains, un copieux plat.

De ces 23 demi-dieux d’un temps jouissif quoique court, El Hadj Ousseynou Diouf était sans doute le plus habile. Il nous réconciliait avec le football comme une pratique faisant l’éloge de l’intelligence du corps humain. Il a fait chavirer, pour utiliser le jargon des « panégyristes » de l’époque (il y avait, en effet, plus de supporters que de journalistes), des foules, des spectateurs. A l’enfant de Balakoss, nous pouvons tout pardonner… sur le terrain ; même d’avoir eu une carrière moins aboutie que les « besogneux » sans grand talent au grand dam de nous tous qu’il a émerveillés.

Toutefois, sa personnalité enchante moins. Les virtuoses, il est vrai, ont souvent une personnalité extravagante quelquefois même burlesque. Le monde du ballon rond a connu l’allemand Mario Basler, le Français Eric Cantona et autres « grandes gueules » qui se sont illustrées de manière peu coutumière. Il est devenu assez incommodant, pour ceux qui adulaient El Hadj Ousseynou Diouf, de le voir débiter des niaiseries qui ne révèlent en réalité que son ego surdimensionné. Il est même devenu encombrant, car ramenant tout à lui, pour les gens qui l’accompagnent dans cette pseudo-entreprise de redressement du football sénégalais qui n’est point en crise. La bonne tenue des autres sélections nationales et l’organisation régulière du championnat sénégalais (ce qui, il n’y a guère longtemps, n’était pas encore acquis) en attestent largement.

Le vrai acteur de développement du football est celui-là qui s’investit dans la formation et dans les infrastructures, maillons faibles de plusieurs pays africains. Au-delà de ces créneaux, le champ d’intervention pour qui veut participer au progrès de ce sport est assez large. Il suffit de vouloir s’investir sincèrement sans ameuter le peuple du foot. L’ancien pensionnaire de Bolton a bâti certes une légitimité réelle qui lui confère le droit de décliner sa vision, de donner des orientations, de « taper sur la table ».

Néanmoins, il n’est pas le seul digne d’éloges et de reconnaissance parmi tous ces co-équipiers qui s’emploient, sans tapage et impertinence, à construire les futurs succès. S’accoter à un édifice en construction et le détériorer par des dissonances ineptes et superflues pour simplement exalter son moi est assez pathétique de la part d’un homme qui n’a pas le droit d’infliger cette peine à ces millions de gens pour qui il est une légende vivante.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Le consommer sénégalais

12 Mai 2017
77 times

Depuis quelques jours, il n’y a que le « riz en plastique » au menu des colporteurs de ragots. A les entendre parler, on croirait que les populations sont dans l’insécurité alimentaire. Beaucoup, comme moi, ne mettront pas sous la dent cette « céréale » sortie du néant de l’esprit de certains individus qui ne débitent que des… salades. Du grain à moudre, nous en avons pourtant dans notre pays. A l’approche de l’hivernage, nos énergies devraient plutôt aller à la préparation des terres de culture, à la mise en place des facteurs de production (semences, intrants) et à la remise en état des outils aratoires. La révolution verte passe nécessairement par là.

Malheureusement, bon nombre de nos compatriotes dissertent sur ce « riz en plastique » qui, en ce qui me concerne, est aussi futile que des bagues pour un lépreux. A supposer même qu’il existe et menace notre santé, n’y a-t-il pas une bonne manière de s’en éloigner et, par conséquent, de ne pas en souffrir ? Il s’agit, tout simplement, de produire et de consommer sénégalais. Sur cette belle terre sénégalaise d’Afrique, nous avons le riz de la Vallée, de la Casamance et du Sine, le fonio de Tambacounda et Kédougou, le maïs du Niombato, le mil et ses dérivées du Saloum, le niébé du Ndiambour, le manioc du Cayor et l’arachide du Baol. C’est fou comme les produits agricoles sénégalais, avec les recettes culinaires qu’ils permettent, peuvent encore vous surprendre.

Associez-les avec la viande ou le lait de la zone sylvopastorale, le poisson frais, fumé ou séché de Saint-Louis et de la Petite Côte, le poulet de Sangalkam, les légumes de Podor et des Niayes et la citrouille du Fouta. Avec le riz local, de succulents « thiéboudieune », « thiébou yapp », « thiébou guinaar » et « maafé » vont sortir de vos marmites. Le mil et ses dérivées, comme le « sankhal », font de bons « mbakhalou saloum », « niéleng », « lakhou soow » et « lakhou bissap ». Le niébé permet de réaliser ces délicieux mets que sont le « ndambé » et les « akara ». Consommer sénégalais, c’est participer à l’émergence d’une nouvelle mentalité, c’est travailler pour notre sécurité alimentaire.

Par Cheikh Aliou AMATH

Le rescapé et l’autre

08 Mai 2017
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Quand je n’étais encore qu’un môme aimant s’acoquiner avec le rebut du genre humain, il m’arrivait de voir des choses peu ordinaires. Il y avait dans ce bas-fond, une curieuse et jeune créature qui se rengorgeait de ses étrangetés (ou déviances, pour être fidèle au jargon de notre époque) pour nous « éblouir » : manger un chat par exemple (là où nous étions, la consommation de cet animal pouvait lui valoir l’exécration). Plus on semblait s’émouvoir de sa singularité et de ses manies, davantage il nous en mettait plein la vue. La version officielle de chez « Monsieur Potins et Madame cancan » répand que le cocasse personnage a, un jour, « fricoté », en présence de ses copains, avec une bourrique pour franchir les limites de l’aliénation dont il est supposé être atteint. Cela fit le tour de quelques chaumières. Certains n’y crurent point. Il paraît qu’il a reçu quelques baffes des contristées mains de sa génitrice.

Pour convaincre les sceptiques, il reprit son infamante scène de petites mœurs. Est-il alors un zoophile ? Un simple maniaque instinctif ? Un petit inconscient en mal d’attention qui voulait égayer ses amis ? Cherchait-il à être différent, à s’affranchir des règles de bienséance, des convenances de goût ? Je ne l’ai plus revu depuis. J’étais parti sous d’autres cieux. Mais, me dit-on, aujourd’hui, c’est un respectable et distingué homme avec, comme on se plait à concevoir l’épanouissement, une épouse et des enfants. Que serait-il devenu s’il avait pris goût à la chose, si son « aventure avec madame ânesse » lui causait de la nostalgie. Il est ce qu’on pourrait appeler un rescapé. Ne le sommes-nous pas tous d’ailleurs ? Le rescapé le plus digne d’éloges n’est pas celui-là qui est sorti indemne d’un naufrage, d’un accident de la route…C’est cette personne qui s’est battue, dans sa longue marche, contre ses envies, ses doutes, son environnement hostile à la réalisation sociale, pour se fabriquer un destin digne.

Les irrépressibles envies ne sont pas forcément celles-là communes qu’on découvre par soi-même. Elles sont parfois suscitées par l’autre quelquefois à la même conformation des organes génitaux. Certains s’y attacheront. D’autres, les « survivants », s’en détourneront. Cet autre n’est pas toujours cet être venu d’ailleurs aux antipodes de nos valeurs… « érotiques » ! C’est un oncle, le copain de papa, l’amie de maman, la tante, l’idole de toujours…Le « mal » est partout. Il est en nous. Des marches de désapprobation ne feront que l’enfouir au tréfonds des désirs opprimés. Il est une chose de criminaliser des inclinations naturelles (ou contre nature si vous voulez), c’en est une autre d’empêcher leur dissémination pour préserver les âmes insouciantes dans nos internats, dans nos couvents, dans nos écoles coraniques...

Les désirs « matés » de ceux qui estiment que « rien de ce qui procure la joie n’est contre la nature » (Henri Troyat), profitent des brèches laissées entrouvertes par notre propre déliquescence entretenue par nos fourberies qu’on prend pour des valeurs de « soutoura » (discrétion). Ici, ce que le mari chuchote à son épouse est cancané à la foire aux médisances. Se gargariser de cette relique est une douce manière de se calfeutrer dans l’illusion.

Les mâles chiqués aux phrasés et tics exquis (parce que répétés dans nos chaumières avec grands éclats de rire) qui s’entichent du membre viril devraient inciter à nous interroger sur ce qu’on est (ou croit) en train de devenir. Sur ce que, peut-être, nous ne sommes plus : nous-mêmes. Rester soi-même est le défi de notre époque surtout quand les institutions pourvoyeuses de sens sont en parfaite contradiction avec les aspirations des « masses ». Il est une crédulité presque niaise que de s’étonner de la désarticulation de la société.

A suivre

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

La peur du banal

05 Mai 2017
91 times

Spécial mode, spécial montres, spécial crèmes de beauté, spécial jupes, spécial cuisine, spécial festivals d’été, spécial soirée dansante, etc. Là, nous sommes dans l’immensité vertigineuse de la publicité. Les radios et télévisions n’ont pas encore trouvé mieux que le « spécial » comme stratégie de vente. Avec ses « spéciaux », elles survivent, comme si l’écoute et la vue des auditeurs et téléspectateurs ne pouvait plus accueillir la simple et modeste neutralité des produits ou évènements proposés.

Aujourd’hui, ici comme ailleurs, seul le spécial nous parle. Seul le singulier nous éblouit. C’est à croire, en entendant la voix des animateurs-vendeurs de nos radios et télévisions, que le commun échappe aux consommateurs, que le banal lasse les acheteurs. Il faut user, voire abuser, du superlatif « spécial » pour pousser les éventuels pauvres clients à mettre la main à la poche. Peu importe la « surélévation » des vertus rattachées à ces produits venant de certains lointains pays ou celle des évènements prévus sur une… planète jusque-là inconnue. Pour les promoteurs, comme pour leurs porte-voix officiant dans nos radios et télévisions, c’est une spéciale « ivresse » annoncée qui permet de vendre.

Et nos magazines ? Ils n’y échappent pas, émoustillant les lecteurs avec leur spécial voyage, spécial cadeaux, spécial électro, spécial avenir de la planète, etc. Comme les radios et télévisions, les journaux versent dans ce spécial, ce pur artifice commercial. Mention spéciale à ces commanditaires d’offres spéciales qui font vivre les hommes et femmes des médias.

Par Cheikh Aliou AMATH

Le business de la foi

28 Avr 2017
187 times

Nous sommes un peuple de croyants. Personne n’en doute. Les tarikhas ne manquent pas. Les « thiant », « gamou » et « ziarra » sont nos compagnons quotidiens et les « dahiras » sont là pour nous maintenir dans le droit chemin. Mais il faut croire que tout cela ne suffit guère. Il nous faut désormais accueillir, quotidiennement, une noria de prêcheurs dans nos maisons, nos bureaux, et nos voitures pour toujours nous rappeler les tourments réservés aux infidèles dans l’Au-delà. Eh oui ! Les gourdins, les anges exterminateurs, les serpents à têtes multiples… font froid dans le dos. Y a intérêt à bien écouter les porteurs de la bonne parole divine pour se mettre à l’abri des surprises.

Plus besoin d’aller chercher la connaissance dans les « daaras » ou auprès des saints hommes. Il suffit simplement d’avoir le pouce et l’index bien fermes pour zapper, rudoyer les boutons de la radio pour que Dieu vienne à nous. Chaque radio, chaque télé a son (ses) oustaz et ses émissions religieuses. Et, comme nous sommes des « toubènes » (néo-convertis), les serveurs vocaux explosent et ces représentants de Dieu sur la sphère cathodique sont assaillis de questions et de remerciements. Parfois, l’audience des émissions débordent des studios pour s’installer dans les grands espaces sous forme de conférences. Certains conférenciers ont toute une administration pour planifier les dates et régler les modalités financières. Dieu est, décidément, un business qui marche très fort. Sa parole, c’est de l’or en barre. Tant pis pour nous autres qui n’avons pas été apprendre dans les daaras.

Par Sidy DIOP

Wotel sa waay *

24 Avr 2017
187 times

Il y a quelques années, alors que les Sénégalais hésitaient entre les aspirants et le « Vieux » qui convoitait presque leur « pitié » pour satisfaire son goût du colossal, je m’amusais (j’étais encore jeune et l’imagination très vagabonde et caustique), dans un centre de vote, à faire une catégorisation sociale des votants et de ce qui les motivait autant (ou si peu). La vieille rengaine qui promeut « l’agir en citoyen » faisait se remuer certes quelques respectueuses gens du rendez-vous inhibiteur, mais il était aussi et surtout un moment d’expression d’une entière humanité. On ne saurait la saisir avec un regard (très souvent dédaigneux) qui ne s’accommoderait pas de la réalité sociale, du sens attaché à la gratitude et à l’espoir chez beaucoup d’entre nous. Omettre ces aspects, c’est calquer des évidences empiriques d’autres « territorialités » sur des modèles en perpétuelle construction.

La pertinence de ces « emprunts » est souvent remise en cause parce que s’inspirant de récits historiques d’autres peuples (la constitution et les modalités d’attribution de légitimité en sont des résultantes). Ce qui reste constant est que ces modèles n’arrivent pas encore à entrer dans l’imaginaire des communautés qu’ils sont censés mener vers d’autres modalités de reconnaissance de la qualité de représentant. Sans interroger ses référents, l’on parlera injustement de manque de maturité politique du peuple. Celui-ci ne fait que perpétuer, en réalité, un héritage plus prégnant que les discours construits autour d’une évolution idéelle très récente imposée par le cheminement avec la puissance coloniale ; encore que celle-ci s’est très souvent accommodée des réalités socio-culturelles pour dérouler sa politique d’assimilation.

Ainsi, votons-nous pour la bienveillance - qu’elle soit naturelle ou organisée - d’un leader politique à qui il faut rendre grâce « ndax bo xewle mu teew ». C’est humain. Ce n’est point là une exaltation du vice. Ce n’en est pas un. De la même manière que le guide religieux joue quelquefois le rôle d’intercesseur du disciple auprès du politique, certains citoyens sénégalais développent, à travers le rendez-vous électoral, une éthique, célèbre ce qu’ils conçoivent comme une valeur morale, la reconnaissance, par-delà les espoirs d’une vie meilleure.

J’ai été envahi d’émotion la semaine dernière en voyant une vieille femme se donner beaucoup de peine, sous une chaleur incommodante, pour se rendre au centre abritant une commission d’inscription sur les listes électorales. Avec beaucoup d’apprêts et de solennité, la bonne dame affiche son soutien à la « généreuse âme du coin » à qui il faut bien évidemment témoigner amour et gratitude. Est-ce l’expression de notre individualisme ou une absence de conscience politique qui remettrait en cause les rapports dans la société sénégalaise ? Certains ont vite fait d’en faire une tare, une « pandémie » qui fait obstacle aux avancées démocratiques. Combien de fois, certains esprits se sont offusqués de l’ingratitude d’un acteur politique à l’égard de son « mentor » abandonné au beau milieu de sa déperdition ou de leur séparation après tout ce que l’un aurait fait pour l’autre ? Ici, l’on ne s’appesantira point sur la maturité politique d’un des protagonistes. Le « peuple » (des guillemets pour rendre ma prétention moins insupportable) dont il est question ici ne fait qu’exprimer une norme humaine, sociale à l’occasion des compétitions électorales pour ne pas faire preuve d’inconséquence.
* Voter pour son « gars »

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Clairvoyance évaporable

21 Avr 2017
149 times

Qu’est-ce qui peut bien pousser un homme à s’embrouiller l’esprit, à aliéner sa lucidité au point de commettre l’irréparable. Sous l’emprise de l’alcool ou des stupéfiants, certains ne s’imposent aucune limite. Chercher les raisons de ce « pétage de g… », c’est vouloir expliquer le pourquoi de l’existence du ciel et de la terre. Certains se piquent pour bien paraître aux yeux de la communauté des « branchés », d’autres se saoulent pour se donner du courage, d’autres encore pour vaincre l’oisiveté ou par simple vice. Ces gens vivent dans l’illusion du bien être, de la puissance, du bonheur sur terre. Jusqu’au jour où un sursaut d’orgueil leur fait comprendre qu’ils se mettent au banc de la société et ruinent leur santé.

Abdourahmane Savané s’est présenté au commissariat de Dieuppeul avec ses joints bien roulés pour prier les policiers de le mettre en prison avant que le yamba ne le tue. Son vœu a été exaucé puisqu’il a été arrêté et déféré au parquet pour détention et usage de chanvre indien. Le jour de son procès, l’homme qui a visiblement retrouvé ses esprits se rétracte et interpelle le juge : « Je ne suis pas fou au point de me présenter au commissariat avec des joints, je suis innocent». Le drame avec les fumeurs de joints, c’est que leur parole est aussi volatile que la fumée de l’herbe illicite.

Par Sidy DIOP

Il n’y a guère, la noblesse déclamait ses atours en couleurs. C’était le temps du sang bleu. Les gros os « Yakh you rey » chantés par les laudateurs en quête de subsides. Le mariage, les amitiés, les alliances, etc. se scellaient en exhibant les preuves de la noblesse de cour et de cœur : du fricassé de pot-bouille avec des os gros comme des ceps de vigne.

L’autre jour, quelque part dans Dakar, je tombe sur un mec costaud comme une brindille d’herbe, deux téléphones portables collés aux oreilles, distribuant à tue-tête des « allô, ne quitte pas » et des « excuse-moi, j’étais sur l’autre ligne ». En pleine rue, le comique de la scène s’effaçait très vite devant cette foultitude vociférante, tous ces gens qui passaient les uns à côté des autres, sans le moindre regard, la moindre attention, soliloquant à haute voix avec des gestes de la main qui en disaient long sur le sérieux de leurs dialogues. J’en étais arrivé à me dire qu’une nouvelle mode était née, celle de la conversation en solo.

Mais je n’avais rien compris. Une nouvelle mode est bien née, mais c’est celle du téléphone portable. On l’étreint avec passion, on le couvre d’attentions pour l’exhiber en toute innocence devant une assistance stupéfaite devant ce petit bijou de technologies qui supprime la distance et vainc l’absence. Plus il est petit et sophistiqué, plus son propriétaire est d’un certain rang. Ce n’est que maintenant que j’ai compris que c’est l’estampille de la nouvelle noblesse. Foin du temps où le « Yakh bou rey » était la marque de fabrique des gens importants. « Montre-moi ton portable, je te dirais qui tu es ».

Par Sidy DIOP

Commerce amoureux

10 Avr 2017
196 times

Comment aborde-t-on celle ou celui que l’on veut séduire?? À chaque époque, amants ou soupirants ont inventé toute une diversité de stratégies et de ruses pour se livrer au commerce sexuel ou amoureux. Le coude sur la portière de son 4x4, arborant un sourire ravageur, le dragueur contemporain n’a rien à envier au séducteur des temps anciens. Il n’est qu’à en juger par l’usage des carrosses et des fiacres depuis la fin du Moyen Âge. Casanova, dans ses confessions érotiques, y narre quelques exploits, quand par exemple il se fait raccompagner dans la voiture d’une jolie femme et lui laisse «?une marque non équivoque de l’ardeur qu’elle [lui] avait inspirée?». On a toujours séduit, conté fleurette, coqueté, racolé, dragué…, l’air du temps y appose sa marque.

Chez nous, le temps n’est plus seulement aux mots doux et aux déclarations enflammées. Foin du temps où l’on parcourait les longues pages du dictionnaire pour dégoter le mot qui fait mouche. Cette courtoisie, ce sentimentalisme hérité du classicisme français doit céder la place à une forme plus triviale où l’argent et les présents sont les plus précieux compagnons des Don Juan des temps présents. La valeur d’un soupirant se mesure de plus en plus à l’opulence qu’il dégage. L’amour est aujourd’hui un mot dont la signification se cherche dans les dictionnaires anciens.

Par Sidy DIOP

Cachez-moi ce sein...

31 Mar 2017
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Il y a quelques années (disons quelques décennies), parmi les critères officieux de sélection dans les ballets africains, figurait en bonne place celui des seins bien pointus. Évidemment, cette exigence a été un peu « revue à la baisse, les seins étant précocement sollicités aujourd’hui (nous ne faisons naturellement pas référence au mariage précoce, mais aux petites jouissances charnelles « hâtives » de nos jouvencelles). « Papa » de l’autre côté de la métropole, principal client de nos ballets nationaux à l’époque de la curiosité de l’Art nègre, aimait bien voir nos danseuses avec toute leur fraîcheur indomptée, leurs prouesses corporelles, sans que les seins ne se joignissent à la valse étourdissante. Il ne fallait donc pas que les tétons fussent dévoilés, pour que la nudité ne s’assimilât au dévergondage. C’est de l’art ! On applaudira ! De retour au bercail, on pendra la crémaillère pour avoir aiguisé les esprits du « tuteur toubab » et figuré dans le gotha du monde des explorateurs des possibilités du corps tropical…et des seins ! Il valait mieux, pour celles qui aspiraient à une carrière sur la scène, veiller à l’épaisseur des « morceaux de poitrine ». Ça, c’est de l’histoire.

Notre rapport aux choses, à la réalité banale ou transcendante, est si alambiqué que toute déduction peut sembler hasardeuse (donc ne me prenez pas trop au sérieux…si un peu quand même !) Dans un « Car rapide », l’esprit le plus tordu, le plus lascif arrive à réprimer ses désirs devant une mère allaitant son nourrisson. Elle peut même susciter de la répugnance, du dégoût, alors que le bébé en tire son bien le plus précieux. Pour les âmes sensibles, passagères du « Car rapide », ces « lolo » tombant, avidement tétés par l’innocent môme, représentent un lien d’une totale humanité. Pourvu que le môme ne se plaise pas à trop « sucer » un peu plus tard. Cela voudra dire qu’il a grandi, que sa relation avec la poitrine a connu une évolution sociale graduelle ou fulgurante pour les prématurés voluptueux.

Dans certaines sociétés « primitives » (encore que je n’en connais pas la signification) et dans des localités d’ici et d’ailleurs, on traîne la « paire de nichons » scrutant le ciel ou tassant la terre sans que cela ne suscite émoi et que la fatwa ne soit lancée par les auto-proclamés censeurs de la République à la laïcité bien égayante et aux coutumes rendues obsolètes par un renversement de sens : exhiber le bout ou une partie bien pimpante de la paire de tétons (« paccal bamu pacc ») est plus inconvenant que les images d’archives revisitant la mode « ngimb » (petit pagne) de nos aïeux ou même, jusqu’à présent, dans des « quelque part » du Sénégal profond. L’idée qu’on se fait de notre société ou de notre cheminement social dépend de la trajectoire individuelle de chacun, de l’ouverture d’esprit dont on peut faire montre pour se dessiner les univers de sens possibles sans se livrer à une comparaison futile. Qu’ils soient « à découvert » ou « burqanisés », tétés ou sucés, les seins sont de vrais révélateurs sociaux et rendent compte de la conscience collective et morale de nos communautés un peu trop idéalisées.

Un ami très taquin (et probablement plus que cela), esprit brillant et en perpétuelle divagation, me posa un jour une question fort intéressante. Pourquoi donc, cher ami, les femmes que l’on surprend nues cachent leurs seins plutôt que leur sexe ? Puisque je n’avais jamais encore vécu cette expérience, je ne pus répondre à son interrogation ! Pensent-elles que les seins alimentent davantage le fantasme chez le mâle intrus. Mystère et boule de gomme pour le jeune et sage garçon pudibond que je suis !

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Le jour du décret

27 Mar 2017
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C’est un jour terrible, le jeudi.  D’ailleurs, les références ne manquent pas pour le « jeudi noir ». Le premier jour du krach de 1929 était un jeudi. Pareil pour la terrible défaite de l’aviation allemande au cours de la bataille d’Angleterre en 1949.  Il y en a d’autres, des jeudis terribles. Chez nous, le quatrième jour de la semaine est celui de la tenue du Conseil des ministres. Le jour du jugement dernier pour ce particulier personnel de la République qui doit sa fortune aux décrets de nomination du président de la République. Le jeudi, les marabouts se frottent les mains. Certains veulent garder le plus longtemps possible leur juteux poste. D’autres font recours à un trésor d’ingéniosité pour entrer dans les grâces du distributeur des privilèges du palais de l’avenue Roume.

On connaissait la « nuit du décret », explicitement raconté par les écrits saints. Il y est dit que tout, dans la vie de l’homme, y a été décidé : sa santé, sa longévité, sa fortune, etc. Voilà, pourtant, que le « jour du décret » bouleverse cette certitude coranique. Ce n’est plus au Bon Dieu qu’il faut plaire, mais au faiseur du bonheur terrestre qui préside le fameux Conseil des ministres. Ce jour-là, la signature présidentielle apposée au bas des décrets de nomination fait et défait des vies. C’est le jour des sourires passe-partout pour les bienheureux nouveaux machins et des rictus navrés pour les malheureux ex-trucs. Quand une vie ne tient qu’à une signature, c’est qu’elle doit être franchement bien courte. 

Par Sidy DIOP

Une Allemande à tout prix !

24 Mar 2017
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Excédée de voir son mari passer son temps à faire le ménage à la maison, une Allemande a demandé le divorce après 15 ans de mariage. Selon les médias, l’épouse a pris sa décision lorsque son mari, obsédé de la propreté et du rangement, a détruit une cloison qui était sale, avant de la remonter. Une nouvelle à coller sur de grosses pancartes pour une manif du tonnerre dont le thème général pourrait tout aussi s’inscrire en lettres rouges sur de larges affiches : « Revenez-nous ! ».

Nombre de maris sénégalais se désolent, après une longue journée de dur labeur, de retrouver à la maison des compagnes en froid avec la douceur légendaire des Sénégalaises, dont le moindre acte est une revendication. Les maisons sont devenues des terrains de manifestations quotidiennes. Griefs scotchés au front, les femmes ont troqué le fameux « mokk potch » contre de bruyantes récriminations. Plus de présence, qu’elles exigent. Plus de générosité (il faut donner plus de sous avec un sourire grand comme un chemin de fer à grand écartement), plus d’engagement dans le ménage, plus de cœur – eh oui ! faut faire le ménage de temps à autre pour aider -, plus de… Avis aux maris ulcérés : cherchez une Allemande.

Par Sidy DIOP

Beugg*

10 Mar 2017
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Napoléon Bonaparte dit ceci en février 1791 : « L’amour est le maître de l’homme… l’homme, privé d’amour, prend conscience de sa faiblesse…grâce à l’amour, l’âme se serre, se double, se fortifie… » (propos rapportés par Vincent Rolin dans « La vie très privée de Napoléon »). Plus tard, « Dans son dialogue sur l’amour », l’empereur des Français expose une autre théorie : « je ne vous demande pas la définition de l’amour. Je fus jadis amoureux et il m’en est resté assez de souvenir pour que je n’aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (s’adressant à son camarade Des Mazis). : je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l’amour fait plus de mal et ce serait un bienfait d’une divinité protectrice que de nous en défaire et d’en délivrer le monde ». A partir donc de sa propre expérience « sentimentale » (ou voluptueuse), Napoléon représente le monde et aborde l’amour comme à la fois un fragile accotoir pour l’homme et un boulet pour la société.

Il nie presque ce besoin impérieux d’aimer et de partager ce sentiment si viscéral de confier son « être » à l’autre, ses joies et ses peines. Quand le sentiment de puissance nous habite, nous nous détournons de l’essentiel : notre humanité. Tout devient opportunité d’hypertrophier son moi déjà grossi par l’enjoliveur de service, gredin à travers les âges, et au gré des aventures ; celles-là nous éloignant de nos amours, des braves gens avec qui nous envisagions, dans les temps fiévreux, de fabriquer des destins à ceux qui croupissent dans l’infinie résignation.

Il n’y a pas plus grand écueil à l’amour que l’avidité ; ce désir immodéré de s’élancer à la conquête de l’incertitude, du néant, en ignorant notre présent si merveilleux et les créatures qui nous témoignent stoïquement de l’affection malgré la fureur de la tempête sur le chemin du « succès ». Nous ressassons le passé, oublions le présent et préparons mal le futur car nous prenons notre « triomphe individuant » pour la providence universelle qui suffirait à la félicité des âmes silencieuses. Celles-ci nous aiment. Elles sont juste interloquées par tant d’inconséquences, d’indifférence malgré les promesses d’amour. La déception est à la hauteur de celle d’une jeune épouse crédule qui se souvient, sans geindre, des boulimies charnelles de son homme aux premières heures de l’extase. Ces moments d’exubérance de paroles, de promesses. La lune devient accessible. Les étoiles jonchent la terre de leur lumière aveuglante. On a envie d’y croire. On se laisse aller. Les litanies des incrédules sont étouffées. La majorité consent au mariage. Il faut les aider à réaliser leur rêve. Les premières manœuvres du mâle sont intrigantes. Que faire ? Est-ce vraiment lui ? C’est une phase de transition dans sa vie, espère-t-elle. Il se ressaisira et préférera la lumière au mirage de la pénombre crépusculaire. Mais lui, indifférent aux discrets gémissements de sa « chose », continue sur sa lancée.

Au chevalier Des Mazis qui s’émeut des propos de son ami, Napoléon répond : « pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires ? Que sont devenues vos occupations ? Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et plus encore du feu avec lequel vous les communiquez. Quelle maladie étrange s’est emparée de vous ? Je sens que la raison que je vais appeler à votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous ferez plus que de fermer l’oreille à sa voix ; vous la mépriserez. Votre état est pareil à celui d’un malade qui ne voit que la chimère qu’il poursuit et sans connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu’il a perdue… Point de force, point de vertus dans votre sentier ». Les louvoiements de l’empereur sont d’une sagesse guerrière. Par son caractère impitoyable, il clouera sans doute ses adversaires. Et, sur le chemin de son retour triomphal (nous parlons, ici, de manière générale), les femmes entonneront le chant de l’amour pour l’embarrasser de sa gloire parce qu’en définitive, il aura perdu son âme dans sa longue marche. Elles espéraient qu’il les hisserait à la dernière cime de l’amour. Ce bonheur serein. Sans heurt sur le sentier du destin de chacun.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

* Aimer, vouloir

Effets secondaires

06 Mar 2017
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Vous êtes fatigué après un long voyage, vous souffrez de troubles du sommeil, votre humeur zigzague anormalement, c’est que vous êtes atteint du « jet lag ». En langage moins snob, vous payez les contrecoups du décalage horaire. La traversée de plusieurs fuseaux horaires peut, en effet, provoquer des insomnies et une disposition à dormir pendant la journée. La très scientifique Nasa estime qu’il faut un jour par fuseau horaire traversé pour récupérer son rythme normal et son énergie habituelle. Un décalage horaire de 3 heures, par exemple, nécessite donc trois jours de récupération.

Un temps anormalement long que Diego Golombez et son équipe de la National University of Quilmes, à Buenos Aires, proposent de raccourcir grâce à un traitement pour le moins inattendu : le viagra. La petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire. Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l’homme, le Viagra s’est peut-être trouvé une autre fonction. Attention, cependant, aux effets secondaires ! Comme la surchauffe libidinale.

Par Sidy DIOP

Cinéma 8 mars

03 Mar 2017
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Ce mois-ci, les femmes s’affranchissent de la « tyrannie » des hommes fondée sur une interprétation des textes religieux et sur des idées « innées » qui cheminent avec la marche de la société ! La prééminence d’une catégorie d’individus sur une autre, en général, découle d’une historicité de modes de vie légitimatrices de statuts consignés dans une législation très souvent non écrite. Celle-ci est moins sujette à controverse parce qu’elle est intégrée comme une normalité. Les discours sur les droits des femmes sont plus politiques, au plus philosophiques, qu’un fait de positionnement social. Le génie sublime de la première génération de cinéastes sénégalais est pourtant d’en avoir fait un objet transversal. A l’image des premières élites intellectuelles, ils ont porté les combats de leur temps. La femme apparaît dans ces premières productions comme « objet » social. Sembene Ousmane en a fait plus tard, davantage que Paulin Soumanou Vieyra (Sindiely, 1964), une actrice sociale pour s’attaquer aux stéréotypes. Avec Djibril Diop Mambety, la femme n’est pas, elle devient. Son statut n’y occupe pas une importance plus considérable que celui auquel accède l’homme. La dignité se conquiert dans le tourbillon urbain, Dakar. Que l’on soit homme ou femme. Les plus jeunes cinéastes sénégalais se sont d’ailleurs beaucoup inspirés de sa créativité vagabonde qui transparaît dans nombre de leurs productions.

Il y a dans « Borom sarret », court métrage de Sembene, deux scènes très explicites qui renseignent sur la condition de la femme dans la société sénégalaise. La première montre une femme pilant à côté d’un mari qui prie. Ce dernier, comble d’infortune, ne rapporte rien à la maison après une journée à « parader » avec sa charrette et son cheval « Albourah » dans les rues de Dakar.

A son retour, son épouse, toujours en train de s’activer, lui confie leur petit enfant et lui fait cette promesse : « On mangera ce soir ». Sembene Ousmane extirpe la femme de la sphère dans laquelle on la confine. Elle prend l’initiative au-delà du cercle conjugal. Les rôles sont intervertis. Le nourrisson découvre les robustes mains du géniteur. Le réalisateur, dans nombre de ses œuvres, ne provoque pas un tiraillement. Il crée les conditions de légitimation de l’action de la femme dans un étouffoir, son quotidien écrasant. Dans «Sindiely», par contre, Paulin Soumanou Vieyra donne à voir, à travers le dénouement, la capacité de la femme à adopter des formes de résistance en adéquation avec les mentalités, les clichés de son temps.

Le cinéaste Djibril Diop Mambety est, lui, plus ésotérique que ses aînés. Il soustrait la femme, sans en faire la trame de ses films, du joug des convenances et croyances populaires. « Hyènes » est l’une de ses productions les plus connues. Le message y est moins hermétique : une femme prend sa revanche sur la société qu’elle prend pour responsable de son sort. Même si le discours basé sur le sexe n’est pas aussi permanent dans ses films que dans ceux de Sembene, Mambety, par les éléments de dialogue, d’interactions traduisant implicitement un nivellement de dignité entre l’homme et la femme, adopte un discours filmique nouveau. La pestiférée d’abord et puis riche « Ramatu », actrice principale, retrouve l’honneur qu’elle avait perdu parce qu’elle est « devenue ». Elle n’est plus femme -son corps est répugnant, son ton et ses toquades incommodants, ses exigences outrancières- mais elle a voix au chapitre. C’est elle qui accomplit la destinée du « peuple » de Colobane et donne aux hommes pour qu’ils fassent ripaille. Mambety est un provocateur subtil, un « concepteur destructeur » d’images.

Le deuxième film de sa trilogie, histoires de petites gens, « La petite vendeuse de soleil », épouse également cette idée. L’acteur principal dans le premier, « Le Franc », espère rencontrer la fortune dans le pari alors que « La petite vendeuse de soleil », Sili Lam, fille handicapée, la cherche dans le labeur. On s’émeut davantage de voir une adolescente vendre des journaux qu’une impotente contourner les écueils de la rue pour s’en sortir. C’est pourtant elle, grâce à ses économies, qui achète à sa grand-mère indigente une tente sous laquelle papotaient les hommes. Il y a également un élément curieux dans l’œuvre de Mambety : l’époux, à l’exception de son film « Hyènes » (et ici, il n’y a pas de relation d’autorité), est toujours absent.
L’état de plénitude, l’épanouissement de la femme n’est pas forcément envisageable dans ce que nous considérons comme de la modernité. Il est dans ce que chaque société détermine comme des dynamiques sociales.

Par Alassane Aliou Féré MBAYE

Terrorisme 2.0

27 Fév 2017
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Le terrorisme fait sa mue. On a connu, jusqu’ici ces « s’en fout la mort » appelés « Jihadistes » qui ont réécrit le Coran et privatisé le paradis céleste. Ils tuent au nom de Dieu, réinventent une façon de vivre en société islamique et multiplient les « fatwas » pour tous les mauvais musulmans qui osent penser que l’islam est synonyme de paix. Ils utilisent des gilets explosifs, déroutent des avions sur des cibles humaines et enlèvent des milliers de jeunes filles pour les marier de force après les avoir « convertis » à cette nouvelle religion sans prophète et sans apôtre.

Pourtant, cette forme de terrorisme, aussi violent soit-il, n’est rien comparé à celle qui s’installe, progressivement, dans nos sociétés. Ce terrorisme 2.0 est psychologique, moral. Ses bombes de destruction massive sont des mots. Des boules si puantes que des vies entières se retrouvent concassées, détruites à jamais. Il célèbre la pensée unique, abhorre la critique et n’hésite pas à inventer d’innommables infamies pour couler à jamais les têtes brûlées qui voient la réalité avec des lunettes moins colorées. Il suffit de se brancher sur les réseaux sociaux pour voir cette nouvelle armée terroriste à l’œuvre. On y diffuse des enregistrements privés, on y dévoile des secrets intimes, on y invente des histoires salaces pour démolir des réputations ou faire chanter d’honorables pères et mères de famille. La parole est source de vie, mais elle tue tout autant. Combien de personnes ont dû recourir au suicide après avoir été confrontées aux mots qui tuent ?

Par Sidy DIOP

Ligeeyundey…

24 Fév 2017
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Moi, membre de la lie de ma race, être répugnant qui détrousse le quidam et l’intime, ivrogne qui souille les chairs encore « pâles » et innocentes et croupit dans une bienheureuse oisiveté…ma mère était une femme valeureuse, prévenante et pieuse. Elle était plus qu’une génitrice. Mon père l’en a remerciée lors de ses funérailles. Celle qui m’a donné la vie et entretenu du mieux qu’elle pouvait se levait bien avant l’aurore pour s’occuper de son petit commerce au marché afin que la faim ne s’emparât de sa progéniture. Elle a dû se battre pour que nous allions, mon frère, ma sœur et moi, à l’école comme tous les mômes même si nous empestions la salle de classe de « pain thon », même si nos défroques nous distinguaient des « fils de… » en quête d’émergence. Nous étions déjà bien heureux de suivre la cadence journalière de nos copains. Pour nos cartables, nous saurons attendre. Le frère de maman avait promis de nous en acheter mais elle était trop fière pour le lui rappeler. Elle préférait faire quelques économies au détriment quelquefois de sa santé de plus en plus fragile. Cela prenait souvent du temps mais elle remplissait toujours ses engagements.Illettrée, fille du village condamnée aux durs labeurs champêtre et domestique, elle a su envisager un avenir moins inconfortable pour sa descendance. Libre à celle-ci de semer des graines dans les sillons ou de compromettre le devenir que l’ascendante escomptait pour eux.

Jeunes enfants, nous ne nous sommes jamais souciés de son bonheur. Ma mère ne nous en a jamais fait grief ou montré un signe de lassitude. Nous l’abreuvions de privations. Elle, qui n’a jamais eu le temps de savourer les délices de la vie, guettait continuellement nos sourires et nous accablait de ses prévenances. La seule fois qu’elle a levé la main sur mon jeune frère (son chouchou), c’est quand celui-ci a demandé à un visiteur de lui acheter un ballon de baudruche. Sa « débrouille » quotidienne et routinière, qui nous installait dans la dignité, nous en avions honte. Nous étions les fils de la pauvre vendeuse de légumes et de temps à autres, lavandière des souillures des patriciens. Nous nous enfermions dans un dilemme. Nous étions atteints dans notre orgueil et, en même temps, obligés de le mater au moment de nous remplir la panse. Insouciantes créatures, nous rechignions à l’accompagner au marché où elle se plaisait à nous présenter fièrement à son groupement de bûcheuses. Elles avaient constitué une tontine qui leur permettait parfois d’entrevoir la lueur vacillante de l’espoir. Celui qu’elle entretenait pour ses enfants la projetait dans un univers où s’évanouissaient ses aspirations individuelles et légitimes. Elle avait fait le choix de fabriquer un destin moins impitoyable que le sien à ses enfants, d’être une mère au service de leur bien-être et une épouse qui vivait dignement, et sans geindre, l’écœurante apathie de son mari. Nous avons grandi. Le plus chanceux d’entre nous, mon jeune frère, vivote avec sa femme grâce sa petite paye de concierge. Après une longue maladie, ma sœur est décédée. La société des « dons filmés et rabâchés » n’a pas répondu à ses sollicitations.

La mère plus que le père
Moi, l’aîné, le raté sans le sou, je noie ma colère injustifiée dans l’alcool. Le souvenir de ma mère me supplicie. Son absence est mon plus grand réconfort. Elle se serait apitoyée sur son propre sort. Car, sous nos cieux, le fils inconsidéré, désœuvré, tire-au-flanc…est plus un boulet pour la mère que pour le père, une malédiction pour elle davantage que pour le descendant lui-même quels que soient les sacrifices consentis. Je suis donc victime de celle qui a tout sacrifié, même sa vie, pour me rendre heureux ! Suprême absurdité.
Il y a beaucoup de femmes dans la société sénégalaise qui déploient des efforts considérables pour accompagner leurs progénitures (Il ne s’agit en effet que d’une « escorte » précautionneuse) dans ce que nous concevons comme ascension sociale. Il incombe, à ces dernières, de prendre leur cheminement pour se fabriquer un destin. Après accomplissement, on remerciera notre mère de sa prévenance (sans forcément entonner la ritournelle populaire « magui guereum sama yaay ») ou lui pardonnera son étourderie. Le destin se sera déjà accompli par notre propre abnégation. Ou par la volonté du Seigneur pour les croyants. Ce sont ces derniers, éloquents paradoxe, qui imputent le plus souvent le sort destiné à l’enfant à la bonne ou mauvaise tenue de la génitrice.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Radio cancan

20 Fév 2017
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Qui d’entre nous n’a pas, ne serait-ce qu’une seule fois de sa vie, été victime de racontars émanant de rumeurs parmi les plus folles. C’est sournois, une rumeur. On ne sait jamais d’où sort-elle à l’origine. Devant son emprise, on cogite, on se demande comment se crée-t-elle, sur quels fondements, pourquoi ? Comme un virus, il n’est pas aisé de retracer parfaitement son origine. Face à la rumeur, la victime est souvent désemparée.

Faut-il en parler pour démentir au risque qu’elle se propage ? Laisser courir ? Avouer, si c’est vrai, même si cela relève de la vie privée ? Le choix à adopter pour faire face est toujours compliqué. La commère, souvent à l’origine de la propagation de cette tendance faite de rumeurs, se montre menteuse et secrète, hypocrite et conspiratrice. Il devient, dès lors, difficile de la dévisager au grand jour. La commère aime répandre ces rumeurs, voire en rajouter en inventant parfois. C’est essentiellement une personne curieuse dont le plus grand plaisir consiste à rapporter les malheurs des autres.

En règle générale, il se passe très peu de choses dans la vie d’une commère. Cette dernière est surtout motivée par le besoin d’être acceptée et de se sentir importante. Mais, si elle adore tout raconter sur tout le monde, la commère ne divulgue jamais rien sur elle-même. Sa vie est le seul secret qu’elle garde. Quand vous traitez avec une commère, il faut surtout vous rappeler ceci : quiconque vous raconte des choses sur les autres en raconte sur vous également. Soyez donc sur vos gardes. La commère est extrêmement dangereuse parce qu’elle peut transformer votre vie en un véritable cauchemar.

Si elle rapporte des potins sur quelqu’un que vous connaissez ou aimez, coupez-lui la parole en lui disant: « Je n’ai pas envie d’écouter cela » ou « cela ne m’intéresse pas ». Peut-être recourir à la technique de l’humour et user d’une répartie comme : « Sais-tu quel sort on réservait aux commères au Moyen-âge ? On leur mettait un masque de fer fermé à clé. A bien y penser, un masque comme cela t’irait bien ».

Par Oumar BA

« Bitik imam » et ses acolytes

17 Fév 2017
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D’ex-rupins à la retraite, en mal d’« audience » et d’exutoire, prennent plaisir à transformer  tous les petits coins de nos  exigus quartiers en  « échoppe » ; sphère d’expression de leur écœurante avidité. La mosquée, espace de dévotion, est ainsi muée en un fief où le seigneur (nous faisons ici référence à l’autorité féodale) et ses amis, exerçant un commerce avec Dieu, mènent un jeu à la fois amusant et fourbe. Le procédé est simple et tortueux.

On garnit son dressing-room de frous-frous, de grands boubous empesés. Le falzar et la chemise de l’ex-petit bureaucrate présomptueux et dédaigneux sont mis au frigo. On s’achète un chapelet, plus gros qu’un boa, dont on s’entiche subitement et curieusement. On marmonne en saluant les bonnes dames sur lesquelles étaient jadis braquées les lorgnettes. On dégotte un imam à la rhétorique savoureuse. C’est une aubaine pour lui. Il n’a jamais rien fait dans sa vie. C’est lui qui séparait les ménagères qui se crêpaient le chignon quand ses nouveaux « copains » étaient encore au boulot !

La bande des ex-coquets et coquins à la retraite le sort de son ennuyeuse existence et le met au centre des crédules dévots. Il leur faut bien un imam « compagnon » fidèle de la galère, prêt à les accompagner dans leur subite repentance et qui ne leur ressasserait pas inlassablement les paroles divines (sauf en présence d’une innocente âme à accompagner dans son élan de foi). Ce n’est d’ailleurs pas sûr que l’Imam en sache bien davantage qu’eux. Il a juste dû apprendre à mieux débiter la Sourate Fatiha et quelques petits versets (« Julli day gaaw, waruño teye mboolo mi », la prière doit être brève, on ne doit pas retenir les fidèles trop longtemps) qu’une bouche dépeuplée de ses dents ne réciterait guère moins bien que lui.
Pas de bougie et de cola !

Un peu de tintamarre ne ferait pas de mal à un nouveau « commerce » tenu par une vieille garde décidée à le rentabiliser. Il faut bien que le quartier soit tenu au courant de la nouvelle « gouvernance religieuse ». Pour commencer, des « laay laay lal-la » criés (le participe « psalmodiés » aurait été insultant pour les êtres férus de bonnes notes) à tue-tête pour avec un haut-parleur ! L’oreille du Seigneur est devenue dure ! Il faut hurler ! Les micros amplifieront « l’horreur ». Le compagnon sans grade, viveur sans le sou de la belle époque, s’emploiera à « ameuter » les fidèles. Il est le nouveau muezzin. Et passer de Peter Tosh ou Ray Charles à Abdallah Soudais… ça craint ! Ou encore de « chauffeur » de bal musette à muezzin insomniaque ! Ça sonnaille beaucoup, mal et fort. Et à envie. La transition n’est jamais évidente. Une embardée effraie toujours.

Soyons indulgents avec les nouveaux « fous de Dieu ». Désormais, le peuple de Dieu et de Satan se réveillera tôt. Les oreilles siffleront. Les « pestiférés » peu exaltés pesteront. La gérontocratie s’en moque éperdument. Elle doit bien vendre sa cabane, l’entretenir. Il y aura toujours un « machin à acheter » : une moquette, un plafonnier, un micro, « def ci jakk ji, man kaana lillahi kanal lâhu lahu ». Les patriarches stimuleront l’élan de commisération des âmes bienfaitrices à l’égard de…leurs pauvres, « dimbali neew ji doole yi ». Attention, les bougies et les colas, ils n’aiment pas trop. On ne pratique pas le misérabilisme ici ! C’est un temple de la haute société.

Les vieux copains, « accotés » au discours mystificateur de leur recrue d’imam, créent une forteresse pour défendre ce que la cupidité leur permet d’acquérir au grand dam de leur estime propre. Et comme dans toutes les histoires où l’absurde fait chemin avec l’impertinence, l’union des malfamés se dissout dans les petites ambitions éhontées des uns et des autres. L’Imam, se bonifiant avec quelques versets, se prend un peu trop au sérieux (ce n’était pas ça le but de la machination !) et commence à snober ses acolytes soucieux de préserver leur rang. Car, ils ont été bien là quand les choses se tramaient ! Quand l’imam était encore un petit oisif, amuseur des mômes et de leurs dames ! Le business de la charité est rendu lucratif par les âmes charitables. Il faut avoir l’œil sur les comptes. La mosquée « neegu Yalla » devient ainsi à la fois le lieu d’une ostentation de la vertu, de la dévotion et le réceptacle de nos compassions, de notre générosité montrée avec apprêt. Les menues monnaies récoltées çà et là ne sont, en définitive, qu’une gratification du Seigneur satisfait de la bonne tenue de sa « maison » jamais aussi bien animée ! Et cela a un coût ! Le devis estimatif est laissé à la discrétion absolue de l’Imam !

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

From héro to zéro

13 Fév 2017
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Après plusieurs tergiversations qui  prenaient des relents d’hésitation, Yayah Jammeh s’est finalement résolu à quitter la Gambie. Il laisse ainsi derrière lui vingt deux ans de règne fait essentiellement de terreur. Sous la contrainte, sachant que les carottes étaient déjà cuites, celui qui, durant les premières heures, a essayé de résister à travers une série de bluffs  bien ourdie, a fini par se rendre à l’évidence.  Le dictateur a pris  peur,  quand il a  compris  et  admis que la grande artillerie déployée sur la Gambie n’avait pas fait le déplacement pour badiner.  
Celle-ci était prête à l’extirper, de gré ou de force,  d’un palais qu’il squattait, depuis quelques heures, de manière irrégulière.  Devant l’évidence et la teneur des faits, Docteur  s’est,  en un laps de temps, départi de ce qui passait, aux yeux de ses semblables,  comme un « courage légendaire ». Il s’est dévoilé à la face du monde, laissant tomber ce masque qu’il su si bien mettre deux décennies durant. Cette main de fer qu’il a toujours exercée  sur sa population s’est recluse,  à la faveur de négociations lui permettant de prendre la porte de sortie. Il y allait en réalité de sa vie. Soit l’autocrate collabore, soit son intégrité physique en pâtirait. Devant les deux options, « El professor », qui n’en est nullement un,  n’a pas mis beaucoup de temps  pour se déterminer. Sauver sa vie a primé. A-t-il, à cet instant  précis,  pensé aux nombreux pères de famille disparus sous son règne, aux hommes de medias, aux politiques qui osaient lui tenir tête, aux membres de la société civile ? A-t-il, ne serait ce qu’un seul instant, pensé aux rejetons, aux familles et aux proches qu’il a contraints à l’exil et  qui sont d’égale dignité avec lui ? Peut-être que dans ses postures les  plus grossières et ses agissements les plus inhumains aux fins de museler toute  la population, il ne pouvait croire qu’un jour viendra !

Ce jour est arrivé et l’ex-dictateur a quitté la Gambie, sous la contrainte et les huées, à la grande satisfaction de la population qui, des années durant, a subi les foudres de l’originaire de Kanilai.  L’homme libre dit je suis. Oui, il est.  Le lâche  dit je suis. Oui, il suit !

Par Oumar BA

« Xoulli »

10 Fév 2017
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Ibrahima Ba, (journaliste râleur sans auditoire au quotidien Le Soleil !) s’amusait à me dire, hier, que j’étais mal « nippé ». Que les couleurs n’étaient pas assorties. Et pourtant, ce jour-là, j’avais pris plus de temps que d’habitude pour me faire beau. Je m’étais dégotté un nouveau falzar. J’avais même repassé ma plus belle chemise « solennité » de mes années de grande galère (je galère toujours en effet) et ciré mes chaussures de ville. Et le bonhomme de chez Cheikh Thiam (directeur de la Sspp Le Soleil) me rendit moins convaincu de ma mise. Mais, tout cela reposait sur un simple malentendu. Un collègue avait, en effet, accroché sa veste à mon siège sans que je ne m’en rendisse compte. Et elle était bleue ; ce qui en rajoutait aux couleurs. L’interprétation anticipatoire des apparences par Ibrahima Ba (car m’imaginant avec) a fait de moi, le temps de dissiper cette incompréhension, un homme accoutré plutôt qu’habillé.

Nous butons quotidiennement contre des mésententes parce que le corps de l’être humain offre beaucoup de possibilités d’interprétations erronées et quelquefois fondées. L’individu est moins maître de son corps, de ses organes qu’il ne le prétend. Cette mécanique mène une existence qui s’affranchit très fréquemment des convenances que nous nous sommes institués. Explorons ensemble l’univers du regard. Qu’il peut être malicieux, effronté, doux, noir, figé, intimidant, incommodant, affligeant, indiscret, plein de désir, de haine, de joie, de réprobation. La « légende sensuelle », par exemple, veut que la vieille garde squattant nos rues affecte regarder les demoiselles aux formes arrondies avec concupiscence. Les épient-ils juste d’indignation, de nostalgie (des bonnes conduites ou de leur jeunesse) ou d’envie ? Peut-être même qu’ils ne les ont pas vues ! L’estime ou le mépris que l’on éprouve à leur égard dépend de l’opinion qu’on se fait de leur banal « zieutage ».

Il est une vaine entreprise que de vouloir se prémunir contre les interprétations qui peuvent être données de nos mots et de nos actes. On disait du prédécesseur du président de la République Macky Sall, Abdoulaye Wade, qu’il clignotait à droite pour bifurquer à gauche. Cette assertion tenant de la métaphore témoigne de l’étendue du champ de sens de l’œil qu’il soit bon ou mauvais pour ainsi faire référence à son acception socio-culturelle.

Un ami me raconte qu’il a été, un jour, couvert de honte quand des passagers d’un « Ndiaga Ndiaye » (dans lequel il était) l’ont foudroyé de leurs regards indignés. Il était, en effet, en train de lorgner, avec un grand intérêt, un livre que tenait une fille. Et le bouquin était « à la bonne place ». Il avait fini par oublier qu’il était en présence d’autres individus que son œillade indiscrète interloquait. Quand la jouvencelle est descendue du véhicule et qu’il est revenu à lui-même, il a été aussi surpris et décontenancé que ceux-là à qui il inspirait de la répugnance. Ainsi est né un malentendu. Les défenseurs de circonstance de la morale lui font grief de son effronterie scabreuse alors que lui, grand passionné de lettres, ne cherchait qu’à assouvir sa curiosité intellectuelle jusqu’à oublier la présence de l’œil ; cette courroie de transmission qui met en branle la machine interprétative, l’intellect.

Dans certaines situations, les limites de l’intellect font qu’il n’y a pas, dans nos petites chamailles et même dans nos dissensions les plus profondes, une once d’inconduite de part et d’autre. Existe-t-il essentiellement que des incompréhensions qu’on ne se donne pas le temps de dissiper. Les jeunes filles se plaisaient (à l’époque où « je t’aime » était encore si solennel), quand nos regards devenaient incommodants, à nous dire « xoulli » qui est une réponse vive à l’acte de regarder avidement. Et nous répondions « xaali beut » ; réplique verbale qui, quelquefois, prolonge un malentendu parce qu’il arrive que l’œil rivé sur « l’objet » ne l’ait point vu. Cela peut aussi exprimer une envie d’être vu logée dans le subconscient de celui qui s’offusque du regard perçant dont il croit être la cible. Quoi qu’il en soit, le « Xouli » et le « Xaali beut » ont déjà fini de construire une tendre ou impétueuse relation humaine.
Ps : passez-moi mes divagations !

Par Alassane Aliou Fèré Mbaye

La Sénégambie des peuples

06 Fév 2017
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Le glas ayant sonné, l’ancien dictateur de la Gambie est donc parti. Désormais chassé du pouvoir, ses engueulades ne feront plus trembler le microcosme politique gambien. Yahya Jammeh est allé se cacher loin de la terre de ses ancêtres. Dans son pays formant une quasi enclave dans le Sénégal, plus personne ne subira les foudres de cet homme excentrique, de ce chef d’Etat d’un genre particulier, de ce frère sénégambien encombrant.

Des millions d’hommes, de femmes et de jeunes du Sénégal et de la Gambie sont pressés d’écrire de nouvelles pages de leur histoire commune. Les uns et les autres ont toujours cru que, malgré l’existence des deux Etats (Sénégal et Gambie), le peuple sénégambien est un et indivisible. Des Sénégalais ont choisi de faire de la Gambie leur pays de cœur. Idem pour des Gambiens avec le Sénégal. Il ne faut plus jamais, en Gambie, faire comme le dictateur déchu, qui est resté longtemps englué dans la haine de son voisin, prisonnier à l’intérieur de frontières artificielles.

Officier putschiste en 1994, Yahya Jammeh, grisé par le pouvoir, s’est dénommé « Son Excellence Cheikh Professeur Alhaji Docteur Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Nasirul Deen Babili Mansa ». Comme le crapaud qui, surestimant ses forces, avait la folie de vouloir la grandeur de l’éléphant et avait implosé, l’ancien homme fort de Banjul, se croyant un être surnaturel, s’est finalement rendu compte qu’il n’est pas un superman. Désillusionné, il est allé se terrer loin de Kanilaï.

Par Cheikh Aliou AMATH

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