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Ticket d'Entrée (35)

Rigueur perdue

16 Jan 2017
23 times

Imaginons un jeune élève d'aujourd'hui en adulte. On lui a tellement ressassé son appartenance musulmane, confrérique et ethnique qu'il y a non seulement cru, mais s'est évertué à la défendre aux yeux de tous ceux qui ne partagent pas ces valeurs avec lui. Il réagit exactement comme ses profs, eux aussi formatés comme lui. Et n'allez surtout pas lui dire qu'il a été aliéné par leur vision du monde. Son père l'a toujours encouragé à être respectueux de ses aînés et à éviter de mettre en doute leur parole. L'école lui a également appris que ses libertés personnelles sont si superflues qu'elles ne peuvent être que clandestines. Chômeur par intermittence, il essaie de s'en sortir. Faire du deal de hasch par-ci, de la vente de CD piratés par là…

Ça s'appelle le système D. Son initiation à ce monde parallèle qui l'aide à braver l'inégalité des chances et à gagner une petite place au soleil, il l'a reçue sur les bancs du collège. Tricheur impénitent, son voisin de table est aujourd'hui un grand fortuné. Il ne l'envie pas. Chacun son sort, se dit-il. Est-il fataliste, résigné ou tout juste fatigué ? Il n'y pense même pas. Il vaut mieux ne pas trop réfléchir, lui dit toujours cet ami qui fonctionne avec le même logiciel. Tous deux ont perdu le sens de la rigueur très tôt, à l'école. Et ils ne le savent même pas.

Par Sidy DIOP

Dépression post partum

13 Jan 2017
37 times

Etre descendante de Hawa (Eve) vous prédispose à la dépression. C'est en tout cas ce que disent les chiffres : les femmes sont sujettes aux troubles dépressifs deux fois plus que les hommes. Ceci, même pendant leur grossesse, quand elles devraient être aux anges. 12 à 13 % des femmes enceintes souffriraient de dépression pendant leur grossesse. Après l'accouchement, cela ne s'arrange pas. Dans 20 % des cas, les mamans souffrent de dépression post-partum six mois à un an après leur accouchement. Derrière ce mot barbare, une maladie profonde à ne pas confondre avec le baby blues qui survient après l'accouchement et disparaît assez vite. Même les indices de développement humain dépriment les femmes. Selon la Banque mondiale, la dépression est la maladie la plus fréquente chez les femmes dans le monde. La situation est aggravée dans les pays pauvres par les conditions socio-économiques et le statut des femmes. Le profil à risque selon la Banque Mondiale : femme mariée, au foyer, analphabète, de bas niveau socio-économique. Ou le portrait-robot de la majorité des Sénégalaises.

Par Sidy DIOP

L’art de l’ostentation

11 Jan 2017
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Jet setteur ! C’est une nouvelle activité à la page. Paraître là où ça se passe, vivre sans jamais lever le pied, sentir la réussite et l’incarner. Ils sont nombreux à remplir les pages « people » des journaux, le visage bien lustré, confortablement installés dans un coin branché de Dakar entre des nymphes tout droit sorties des contes des « Mille et une nuits ».

Ils sont des livres ouverts à la curiosité du public. Ils n’ont aucun secret pour les autres. Vous voulez connaître les ressorts de leur vie familiale, leur travail, leurs amitiés et même leur intimité ? Il suffit juste de demander ! Ils ne rechignent guère à répondre aux questions les plus indélicates. Comme cette artiste qui affirme que sa généreuse poitrine est un atout pour sa carrière musicale. On les retrouve dans les recoins du « Dakar by night », distribuant des liasses de billets avec ostentation aux laudateurs.

Certains parmi eux poussent le désir de paraître jusqu’à payer pour que leur tronche apparaisse dans les journaux « people ». Un joli costume, une belle bagnole, une montre de classe ou une compagne distinguée, ce sont des trophées à exposer au regard envieux de la masse, quitte à transgresser les codes moraux. C’est le carburant qui chauffe leur moteur. Le hic, c’est que quand on expose sa « réussite », on cache difficilement ses soucis.

Plus haut est le succès, plus brutale est la chute.

Par Sidy DIOP

La première dame du Sénégal, Mariéme Sall, s’offusquait, il y a quelques temps, de l’attitude de certains individus qui se prévalent d’une proximité avec le couple présidentiel pour en tirer certains dividendes de sympathie ou d’autres encore plus vils. Cela n’est qu’une manifestation, à un certain niveau, d’une banalité quotidienne dans la société sénégalaise, sphère de fourberies, de pompes. On se vante de ses « amitiés précieuses » - très souvent inexistantes - comme de vulgaires petites conquêtes d’un autre temps. On mange avec le président, papote avec son cercle, traîne avec ses mômes…

Les nouvelles possibilités technologiques, « fards sociaux », bonnes aubaines pour ceux qui développent un égotisme encombrant, donnent plus de marge aux illusionnistes. Une petite photo et une main chaleureuse de l’être « supérieur » suffisent à dérouler un scénario des plus imaginatifs. J’ai récemment rencontré une personne d’une vile réputation dans le temps en train de quémander une pose avec une personnalité dans un milieu où les « gueux » côtoient les privilégiés. Le soir, je me suis amusé à consulter sa page facebook. Il nous racontait, en effet, une autre histoire comme celle qu’il avait servie à de crédules dames quand sa pathologie avait commencé à sévir. Le récit du bonimenteur et de ces ingénues créatures est aussi long qu’invraisemblable…

Le drame du beau menteur, du hâbleur est de vivre dans une vaine et éternelle conquête de sa propre estime ; tirer de sa mystification maladive une grandeur aux yeux des autres ou plutôt l’illusion de sa noblesse d’âme et d’esprit.

Et pourtant, on dit de lui qu’il est un homme bon et parfois même munificent dans les jours de bonne grâce mais « dafa mana fen » (c’est un menteur). Il se la raconte un peu trop pour s’auréoler un peu de prestige. Le bonhomme fabrique sa propre misère existentielle en refusant de se rendre à l’évidence ; les « benêts », à force de l’entendre mentir, éprouvent désormais une méprisante pitié à son égard. Ses impostures ne convainquent plus ceux dont ils convoitent la sympathie, ses interlocuteurs éberlués par son affligeante pathologie : ce besoin irrépressible de se fabriquer des vies, de tirer gloire de ses inventions « romanesques ». Scientifiques, devrions-nous dire. Car, la contre-vérité est un méprisable art, un comblement chez ceux qui nourrissent des complexes d’infériorité. Elle témoigne de l’étroitesse de la ligne entre la ruse et l’intelligence.

L’on peut également se désopiler de cette faculté du bonimenteur de nous raconter ses « fantastiques » aventures et rencontres. Néanmoins, lui, c’est à peine s’il se rend compte des mimiques de commisération des âmes matures et des grimaces goguenardes des mômes au moment de ses envolées. Les histoires de « Tonton », ils n’y croient plus. Tonton se sent si indigne de ce que le Ciel lui a réservé qu’il n’espère le respect que dans l’incarnation d’autres personnages ; celui qui connaît l’autre que tout le monde veut fréquenter, aime ou craint.

Il mange avec le président de la République et le voit quand il veut (Dommage pour ceux qui ne saisissent pas l’ironie) ! Et sa majesté lui confie les secrets et les grands dossiers ! Mais, lui, puisqu’il mène une existence d’ascète, il préfère encore enfiler ses vêtements tombés en loques, « squatter » la remise de sa belle-famille, se suffire d’un « café Touba » pour tromper sa faim si le Seigneur ne met sur sa trajectoire d’errance une petite fête de réjouissance pour se gaver… C’est un homme du peuple, il aime mieux le « Car rapide » que les rutilantes bagnoles de la République ! Ce n’est pas un problème pour lui. De toute façon, le soir, les masseurs de la cour retaperont sa carcasse ambulante ! Mieux, son excellence le chef de l’Etat, lui-même, lui débarbouillera affectueusement la tronche et écoutera religieusement ses conseils ! C’est un stratège politique en période électorale. En 2019, « Sall Ngary les écrase tous au premier tour » ! Il est aussi un tacticien militaire. Il sait où crèche en ce moment Yaya, le Gambien aux amusantes et périlleuses loufoqueries !

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Poches trouées

06 Jan 2017
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C’est une terrible maladie aussi vieille que l’humanité. Des fournées de guérisseurs de tout acabit s’y sont penchées depuis des lustres, mais aucun remède n’est encore sorti de leurs officines. Les symptômes sont bien connus et le responsable du mal identifié depuis des temps immémoriaux, pas besoin de diagnostic compliqué. Paradoxalement, le virus qui cause cette souffrance est un bon compagnon. Ce n’est que lorsqu’il s’éloigne de vous que la douleur vous prend et vous rend la vie impossible.

Lorsque la maladie vous frappe, vous ne mangez plus à votre faim, vous n’avez plus d’amis, plus de flatteurs, plus de « bureaux clandestins ». Vous n’avez même plus accès aux denrées de première nécessité. Le bonheur vous fuit parce que ce mal ne supporte pas le moindre confort. Chaque fois que vous verrez un homme au bord du précipice, abandonné par les siens et mis au banc de la société, un homme aux poches trouées qui ne survit qu’en s’accrochant aux promesses des diseurs de bonne aventure, c’est qu’il est durement frappé par la maladie de la dèche. Les chances de rémission sont infimes, mais tant qu’il y a la vie, espoir de remède il y a. L’argent fera absolument son bonheur. Encore faut-il le trouver.

Par Sidy DIOP

La religion des bannis

04 Jan 2017
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« Mbayang Diop se porte bien, elle apprend le Coran en prison ». La révélation est du très sérieux directeur des Sénégalais de l’extérieur, Sory Kaba. Voilà une trouvaille à laquelle personne n’a prêté la moindre attention et qui pourtant mérite de figurer en bonne place dans la courte liste des inventions bien de chez nous. Au Sénégal, pour convertir un infidèle à la religion de Dieu, point besoin du sabre et des bombes des djihadistes. Non, si vous voulez mettre une once de piété dans l’âme pécheresse d’un incroyant, il suffit de le mettre en prison. Et le tour est joué.

Il suffit de lire les journaux pour s’en convaincre. A la question de savoir à quoi les détenus passent leurs journées en prison, la réponse est invariable : « Je lis » ou « J’apprends le Coran ». Nombre de directeurs de sociétés nationales, grands pilleurs des ressources nationales devant l’Eternel se sont retrouvés au gnouf, le livre sacré en poche. Et nos hommes politiques alors ? Chaque fois qu’on en met un à Reubeuss, il se fait un point d’honneur de plastronner à la « une » des journaux, le nez dans le Coran.

Pourquoi attendre donc d’aller à « Ndoungoussine » pour afficher sa piété. Le Coran est, en principe, le compagnon de tous les jours du musulman. Du bon musulman. Mais c’est une loi inscrite dans la nature des « toubènes » que nous sommes. On ne pense à Dieu que dans les moments d’épreuve. Quand tout carbure au super, les prières sont exécutées le temps d’une Fatiha et le Coran fièrement exposé dans un coin de chambre.

Par Sidy DIOP

Chanter, danser

23 Déc 2016
85 times

Dans son opus « Africa Rek », Youssou Ndour célèbre la rumba congolaise dans « Ban La audio » avec le très remuant Fally Ipupa. Le roi du mbalakh reconverti à la religion de la musique urbaine y invite à « Chanter, danser… » dans un groove très entrainant. Chanter. Danser. Il faut croire que c’est ce qui se fait le mieux chez nous. C’est fou cette multiplication d’adeptes de la voltige dans notre pays. On les rencontre à tous les coins de rue, habillés de couleurs flashys et hyper moulants, légers comme des plumes d’oiseaux et si prompts à grelotter si fortement au moindre son qu’on les croirait aux prises avec ces « rab » combattus par des prêtresses du ndeup.

Les précurseurs comme Alla Seck et leurs héritiers comme « Wapyrat » de Dieuppeul savaient danser avec classe et retenue. Leurs épigones des temps modernes rivalisent d’audace dans un maelstrom de figures géométriques où la salacité la dispute à l’obscénité. « Yuri Buenaventura, chanteur colombien de salsa, a donné une belle définition de cet art si respecté par ailleurs : « Danser, c’est comme parler en silence. C’est dire plein de choses sans dire un mot ». Tout le contraire des contorsions de nos danseurs si bruyants mais si peu audibles.

Par Sidy DIOP

Les envahisseurs

21 Déc 2016
94 times

C’est une affaire qu’on voudrait banaliser, mais qui ne l’est point. Cette danseuse, championne du popotin en vrille, qui assume son obscénité et se répand en déclarations crétinisantes sur les plateaux de radios et de télés, est un des visages des plaies qui gangrènent notre société. Elle assume, avec un humour pince-sans-rire, que faire entrevoir son slip ne la gêne absolument pas. Que son nombril doit absolument se découvrir et se faire apprécier. Alors, elle ne se fait guère prier pour s’effeuiller comme un arbre en automne.

Danseuse talentueuse qui, sans doute, fait rêver quelques lipophiles en quête de sensations fortes, elle sait que la danse ne mène pas à la gloire. Et qu’il lui faut faire le buzz pour exister. Célèbre, elle l’est devenue depuis la publication de ses photos en tenue de chair par les réseaux sociaux. Elle a beau avoir porté plainte contre X pour repeindre son honneur terni, elle ne pourra jamais nous convaincre de son innocence. Les vraies innocentes sont dans nos maisons, nos filles, nos sœurs, nos femmes, piétinées dans leur dignité de femmes par ces écervelées en quête de célébrité. Non, cette « société du bégué » que nous vendent certaines chaines de télévision n’est pas représentative de ce Sénégal pieux, travailleur et plein de retenue qui fait notre fierté. Ses membres sont des envahisseurs.

Par Sidy DIOP

« La tête, le tronc et les quatre membres ». Je me suis retrouvé récemment avec un camarade de promotion que j’avais perdu de vue. Nous nous sommes bien marrés de cette vieille ritournelle juvénile de l’école élémentaire et du barbant enseignant qui la mâchait davantage qu’il ne la fredonnait. Cet « ami », bâti à chaux et à sable, n’était point une lumière. C’était plutôt le cancre assis au fond de la classe, l’hercule bourreau des fils de rupins qui lui fournissaient ses billes d’agate pour ses petites marottes de récréation. L’expression, « bête comme une bille », a fini par lui coller à la peau. Il se rendait bébête par ses niaiseries et par l’illusion d’une corpulence smart. En sourdine, nous l’affublions du sobriquet, « la tête, le tronc et les quatre membres » ; sa seule leçon sue après une élastique « carrière » au primaire.

Mais, en conversant un peu avec lui, l’autre jour, je me suis rendu compte qu’il s’était bonifié avec le temps (inutile de me dire que je suis prétentieux, je le sais). Son sens de la répartie, quand j’ai succombé à la tentation de lui rappeler son vieux surnom, m’a séduit. Il me rétorque ceci : « la tête, le tronc et les quatre membres, c’est bien ! Mais, fallait-il qu’on nous dît ce qu’il convient d’exhiber et de bien "planquer " ». L’histoire de la « plantureuse », de « l’infâme » ou de la « séduisante » bonne dame (c’est selon), danseuse montreuse de choses inspirant la volupté (et certainement de la répugnance pour nos dévots et autres auto-proclamés censeurs publics !) est passée par là.

Nous Sénégalais, êtres ambivalents, nous en sommes émus et offusqués. Nous avons regardé et apprécié, aimé et détesté la victime ou l’esprit malfaisant. Certains ont rendu grâce au Ciel de ne pas les avoir accablés d’une si grande opprobre. Car il se passe bien des choses dans l’intimité des chambres ! D’autres en ont probablement fait le remontant des soirs de solitude. Et moi, sage garçon, je n’ai pas pu regarder les images pour déterminer leur degré d’excitabilité ! En sus, je suis un très bon musulman !

Pour les martiens parmi nous, des photos et une vidéo lascives de celle qui, « paraît-il, n’en est pas à la première récidive, se sont invitées dans les chaumières, dans l’espace public friand de potins (en même temps, on ne peut pas priver les sens de leur errance) à cause -ou par la magie- d’internet, des réseaux sociaux. Ceux-ci nous montrent bien des univers et imposent à ceux qui sont, étourdiment, dans leur mouvance, de nouvelles lignes démarcatives entre les espaces public et privé. Le débat sur les réseaux sociaux est intempestif, malvenu. Ils continueront d’exister, de nourrir bien des fantasmes et d’exalter nos « moi » et nos sottises.

La réflexion devrait être portée sur la Société sénégalaise si souvent idéalisée. Nous ne sommes plus ce que nous prétendons être. Jusqu’à la preuve du contraire, à moins que l’interprète de « Thiopati » ne se soit pas encore départie d’un narcissisme primaire parfois tenace chez certains attardés sensuels, c’est une amitié bien souriante en qui elle avait une confiance naïve qui a partagé cette délectation intimiste (au sens de l’artiste peintre) avec les âmes écœurées ou jouissives de Sunugal. Et peut-être avec des libertins du monde qui s’étonnent de l’indignation des « rétrogrades » tropicaux (J’ai bien mis des guillemets hein !).

La crédulité est une déficience
Nous aimons à nous gargariser de nos petites bienséances en oubliant que les valeurs partagées ne sont pas des réalités figées. D’autant que le monopole de l’éducation parentale a été brisé depuis longtemps par des interférences quelquefois discrètes mais « destructurantes ». La pornographie cinématographique (cette histoire en est une sans toutefois un metteur en scène… érotique !) était, hier, la chose des adultes en quête de sensations fortes en attendant de « se faire doucher par l’orage ». Si elle n’est l’orage bien sûr. Aujourd’hui, le marmot, d’une salacité précoce, peut en jouir autant que ses sens le voudront. Il convient, dès lors, de reconstruire le paradigme en s’accommodant aux réalités nouvelles et en se référant, non pas à un traditionalisme qui n’inspirerait à cette jeune âme qu’un sentiment d’immobilisme, mais à son humanité. Car, à y regarder de plus près, cette affaire de membres inférieurs et d’entrecuisse interpelle notre civilisation, notre humanité. On se plait à détruire l’autre dans une pathétique jubilation. La danseuse devra apprendre de cette infortune (jusqu’à ce que les parties intimes ne soient plus si intimes sous nos cieux) que, de nos jours, la crédulité, surtout pour elle qui aspire à la réputation artistique, est une déficience. Amélie disait à sa fille Elisabeth (Les semailles et les semences, Henry Troyat) qu’« il y a certaines privautés qu’une femme ne tolère que si elle est prête à céder sur le reste ». Céder, c’est le mot. Céder aux envies du corps et du partenaire est un luxe qu’on ne doit pas toujours se permettre chère sœur.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

Cracks du foot

25 Nov 2016
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Il fut un temps pas très loin derrière nous où nos parents veillaient sur nous avec un zèle de nouveau converti. Les jeux étaient interdits et les études passaient avant tout. Il n’était pas question pour eux que leur enfant passât son temps à taper sur un ballon, à courir sans raison, à lire des bandes dessinées ou à pousser la chansonnette. Les saltimbanques n’étaient pas désirés dans nos familles, les sportifs encore moins. Non ! Il fallait être un crack, réussir dans les études, devenir ministre, député, gouverneur ou même président de la République. Le rêve de tout parent. Et pour aider la progéniture à bien assimiler ses leçons, l’on n’hésitait pas à leur faire ingurgiter des litres de « kiiss », cette eau miraculeuse tout droit sortie des amulettes maraboutiques et destinée à fixer le savoir dans les cerveaux distraits de la marmaille. Foin de tout cela aujourd’hui. Nombre de parents rêve de donner naissance à un El Hadj Diouf. Il n’a pas été un crack sur les bancs de l’école, mais a gagné beaucoup plus que ces génies au Qi surdimensionné. L’école est toujours en vogue, mais au rythme où évolue la vie, celles de foot seront bien plus fréquentées par nos mômes.

Par Sidy DIOP

Last modified on vendredi, 25 novembre 2016 15:32

Inhumanité

23 Nov 2016
140 times

Vendredi dernier j'ai vu sur Facebook l'horreur à l'état pur : les photos d'un jeune garçon nigérian de 7 ans lynché puis brûlé vif par la foule pour avoir tenté de voler dans une boutique un peu de farine de manioc . J'étais saisi d'une rage impuissante et en même temps se bousculaient dans ma tête des questions qui peut-être ne trouveront pas de réponses. Comment peut-on laisser dans un pays commettre un crime aussi révoltant et odieux? Ceux qui l'ont perpétré avaient-ils une once d'âme ? Qui est le monstre qui a pris les photos de l'enfant martyrisé pour les mettre en ligne? Ce pauvre garçon sans doute tenaillé par la faim a voulu commettre ce menu larcin pour survivre dans un Nigeria frappé de plein fouet par la baisse des prix du pétrole et le désordre économique et social consécutif aux actions de Boko Haram. Une simple admonestation ou de petites claques auraient suffi pour lui faire comprendre que ce qu'il voulait faire est interdit. Mais au lieu de cela, la foule s'est acharnée sur lui avec une violence inouïe. En me remémorant le sacrifice du jeune Ikemefuma dans "Le monde s'effondre" le roman éponyme de Chinua Achebe, j'ai cru trouver une explication partielle à un acte qui avait peut-être de profondes racines sociologiques. On dit que la foule est bête car au moment où elle brûlait le corps du petit garçon à cause de quelques grammes de farine de manioc sait-elle combien de dizaines de milliards de dollars ont été volés au Nigeria par des politiciens, des officiers et des hommes d'affaires véreux ? De l'argent qui aurait pu assurer le ravitaillement du pays en farine de manioc pendant des décennies ou faire construire écoles, hôpitaux et routes à foison.

Enfin je ne peux m'empêcher de me poser une dernière question : quel est l'avenir d'une société où pour une pincée de farine on brûle vif un petit garçon dans la rue ?

Il faut également ajouter que la série de meurtres commis à Dakar et à l'intérieur du pays ces derniers jours peut être rangée dans un rayon voisin de ce qui est dénoncé plus haut.

Par Ibrahima MBODJ

Papy reconversion

21 Nov 2016
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« Poussière et glace ne s’accordent guère. La glace ne s’émiette ni ne s’effrite, elle fond, elle s’évanouit alors que la poussière ne disparaît jamais. Remuante, turbulente, insolente, elle ne cesse de virevolter, de papillonner, de saupoudrer la face du monde du fin réseau de ses cendres instables ». Un de mes cousins, très jeune, curieux personnage, se passionne pour le roman de Jacques Lacarrière, « La poussière du monde », d’où est extrait ce passage. Mon cousin réinterprète le monde à sa guise à partir de mots qui ne sont pas les siens encore moins de son univers culturel, sociologique. Son aversion pour certains individus d’âge mûr -d’âge nuisible pour le reprendre- obstacles à la vie, gouverne son intellect. Cette poussière, inopportunément turbulente et remuante, qui ne se dépose que là où elle confisque des places et pollue l’atmosphère. J’ai alors compris pourquoi mon taciturne cousin s’est tant entiché de ce livre. L’auteur, sans aborder la question des « encombrants papys » sénégalais, lui permettait, en effet, d’exprimer sa répugnance par métaphore…A travers justement cette poussière asphyxiante.

On peut reprocher à mon cousin l’insolence de son ton mais il faut admettre qu’il n’a pas tort sur toute la ligne. Sous nos cieux, dans nos quartiers où se diffusent des valeurs de solidarité de classe, ceux qu’on appelle les « notables » (pas tous heureusement) sont en perpétuelle quête d’exutoire ; une parcelle d’exubérance acquise par cette seule légitimité d’être nés des lustres avant ceux qu’ils écrasent de leurs avanies. Et tous les moyens sont bons. Après des années de ripaille -et peut-être de luxure- (une fille dont je suis tombé éperdument amoureux m’a dit, hier, que de toute façon, à Sunugal, on n’a jamais rien fait), on se passionne subitement pour le pompeux froufrou. On s’achète un chapelet singulièrement long (c’est plus tape-à-l’œil). On copine avec le pauvre muezzin autrefois repoussé avec dédain en attendant de s’acoquiner avec l’Imam s’il est aussi affligeant que son « crieur » (par ailleurs collecteur des « oblations » d’une mosquée en éternelle réfection). Le muezzin est certainement, lui aussi, passé de « chauffeur » de bal musette à dévot sur le tard.

Après avoir conquis le gang au faste étourdissant dans une autre époque, on convoite le titre de « Aladji » pour rassurer la riche veuve du pauvre « Monsieur tranquille » arraché à la tortuosité de la cohorte des vieux « zieuteurs ». L’Imam à la rhétorique exquise viendra ensuite exalter, chez la bonne dame, les valeurs de son nouvel ami repenti avec les acquiescements de son volubile perroquet, insignifiant « ami » de tous. Quelques versets du Saint Coran, des Hadiths et le rappel de nos extraordinaires valeurs traditionnelles assaisonneront le discours du chef de la délégation (ou plutôt son ronronnement. Qu’est-ce qu’ils ont à tous parler comme des marmottes tirées de leur hibernation).

Et si la veuve de « Monsieur tranquille » a le don de clairvoyance, on s’attaque à sa déférente fille. « Xale yi daño wara sëy » (les jeunes doivent se marier) ! De manière sordide, la bande tortueuse indique à leur progéniture les « pistes » à privilégier : Couplé gagnant, couplé perdant, pour ainsi leur emprunter leur jargon ! Et puisqu’ils sont en même temps les censeurs du quartier, la police des mœurs, les gérants de la boutique du coin (entendez la mosquée), les époux des dames acariâtres que personne n’ose affronter (eux-mêmes ne s’y aventureraient pas, elles sont témoins de leurs « amusements »), gare aux petits gueux sans avenir qui feraient les yeux doux à la jouvencelle du défunt « Monsieur tranquille » (qui ne les blairait point). C’est la chasse gardée de leurs oisifs descendants, proie de toute une pernicieuse famille. « Remuante poussière ». Chapeau très jeune cousin, j’ai pigé !

Par Alassane Aliou MBAYE

Last modified on lundi, 21 novembre 2016 09:55

A l’origine, le numérique voulait bien jouer le rôle d’un medium d’émancipation, d’un outil de liberté, ou du moins nécessaire à l’épanouissement, au rapprochement et à la connaissance des hommes. Il était censé mettre le monde entier en relation. Mais, au lieu de promouvoir une communauté de prochains, il s’est mué en instrument de contrôle et de surveillance. Il prétend abolir les frontières, mais celles-ci ont certes disparu sans pour autant donner naissance à une communauté. D’ailleurs, de plus en plus, l’étranger n’est pas le bienvenu. Avec le numérique, nous vivons dans l’illusion de pouvoir nous réaliser. Nous créons nous-mêmes cette fiction, c’est une sorte d’auto-exploitation, d’autant plus efficace que nous nous y soumettons de manière volontaire. S’il y a faute, elle nous revient. Dès lors, on ne peut pas s’en prendre à autrui. On livre tout de soi-même sans que personne n’ait besoin de nous en formuler la demande. On se dévoile, on se dénude de façon volontaire, on raconte sa vie, ses moindres mouvements, ses sentiments, ses coups de colères à travers les réseaux sociaux en pensant que cela contribue à augmenter notre propre valeur. Les photos privées envahissent ces mêmes réseaux sociaux. Le sens de l’intime est profondément perverti. Notre présent refuse toute forme de négativité.

On est tenté de bloquer « l’ami » qui ne « like » pas notre pensée ou photo ! C’est connu, chaque ordre social fait naitre un nouveau type d’homme, le numérique n’y échappe décidément pas : un égocentrisme excessif a vu le jour. Dorénavant, seul compte l’ego. Le réseau ne crée, en réalité, aucune proximité, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Le rapport à l’autre devient un investissement que l’on gère au même titre qu’un placement financier, avec le souci de ne pas faire de perte. Conséquence : la solidarité disparait, la proximité et même l’amour. La possibilité d’une rencontre est mise à mal. Alors que la rencontre constitue même l’événement de l’amour. On ne veut plus tomber amoureux de peur d’être blessé, alors que la blessure même appartient en profondeur à ce sentiment humain. Pour rester dans la positivité, on « like » derrière son écran, sans se rendre compte que le négatif participe à l’expérience même. L’homme numérique a aboli l’autre. Or, à travers l’autre, face à l’autre, nous pouvons sentir notre humanité commune.

Par Oumar BA

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis…ils sont dans le bois qui gémit ». Gémissements de plaisir ou de chagrin ? Eclaire notre lanterne Birago Diop, nous, desséchées âmes indifférentes aux images des mots, à la poésie de l’horreur et de la béatitude. « Le souffle des ancêtres » s’éteint dans le brasier de l’insensibilité même si les larmes ruissellent aujourd’hui plus qu’hier. Nous les essuyons avec notre vanité mondaine, avec nos petites marottes.

Moi qui étais si prompt à chicaner sur les « gestes » de compassion des Sénégalais (jaxal), je me suis retrouvé, au décès de ma mère, les poches remplies de billets de banque comme jamais. Cela m’a été d’un certain secours. Je me suis servi de cette petite fortune pour nourrir et loger ceux-là mêmes qui m’en avaient gratifié ! Il m’a fallu ensuite acheter quelques matelas pour les « compatissants de luxe » comme on l’aurait fait avec la future belle-famille à l’occasion des épousailles (avant les chamailles). Ces hommes et femmes de la société « émergente » n’aiment pas trop le « thièbouyapp » et ne boivent pas l’eau en sachet (en même temps ils ont raison, cette eau-là !).

Le soir, quand les « chants lyriques » se sont noyés dans les souvenirs ressassés (toujours les bons, prescription divine, paraît-il) et que la bombance a pris fin, j’ai pris le temps de penser à ma « pauvre » mère. De sa nouvelle demeure, elle est certainement fière de voir son garçon servir ses vieilles amitiés avec déférence ; lui que leur affectée tendresse répugnait. C’est à peine si je n’ai pas exulté pour dire à ma mère « yaye sa fête bi neexna ! » (Maman ta fête a été belle !). L’envie de la lui raconter me brûla ». Elle m’a peut-être bien entendu : « Ton bélier t’a rejointe au ciel. Pour le dîner, on a sacrifié la brebis. La viande du taureau n’a pas suffi. Tous tes amis étaient là. Et il fallait bien qu’ils mangeassent. J’ai demandé à ton grand frère de me prêter un peu d’argent pour les billets de retour des « villageois » comme tu aimais à le faire lors des fêtes de réjouissance. Mon oncle, bienfaiteur des chairs rondes de la capitale, a accédé à ma requête après que je lui ai donné en gage tes colliers en or en attendant le partage de l’héritage. Les quatre imams du quartier ont proposé leurs services. Le plus jeune s’est désisté après avoir soulevé une petite controverse. Tu as toujours respecté, maman, ces trois vieux, mais, moi, je les trouve tordus. Je n’ai pas encore eu le temps de te pleurer comme toutes ces personnes qui ne t’ont jamais rendu visite quand, malgré ta souffrance à l’hôpital, tu continuais à m’entourer de ta prévenance sous le regard amusé et ému de l’infirmière…Je te raconterai le reste quand j’aurai arrêté de frémir d’indignation…Ah, la vendeuse de cacahuètes, elle a tellement pleuré ! Elle m’a aidé à m’occuper de ta clique de grandes dames et leurs compagnons esbroufeurs».

Birago, pardonne-moi cette offense. Les morts sont définitivement morts ; même ce pauvre taximan qui a subi la furie de ce jeune homme qui, dit-on, était promis à un « bel avenir ». Il conduisait de rutilantes bagnoles et passait à l’écran. Cette contingence dans cette ascension vers ce que nous concevons comme la réussite semble nous émouvoir davantage que l’acte ignoble qu’il a commis et qui anéantit les espoirs d’une mère éplorée et d’une ex-future épouse traumatisée à vie. Les esprits étroits et destructeurs d’un autre temps diront qu’elle porte la poisse pour en rajouter à sa peine. Aura-t-elle droit au « jaxal » psychologique ? Pas si sûr ! Et si les taximen en grève y faisaient un tour ?

A. A. F. MBAYE

Une de mes connaissances d’une touchante générosité, mari d’une femme peu précautionneuse, se tape de moins en moins la cloche. Cet ex-rupin, grand pourvoyeur de petits délices, bienfaiteur du chat et de la souris, des gueux (au propre et au figuré) et des hommes de cour de son apprêtée épouse, rase piteusement les murs. Les commères et leurs « potes de potins » s’en délectent joyeusement avec leurs petits « ndeysaan » de commisération. Ses enfants ont désormais pris un abonnement chez le gargotier !

Le matin au moment d’aller à l’école, le boutiquier du coin si peu discret, donne quelque menue monnaie (en attendant que le géniteur retrouve sa santé financière !) à l’un d’entre sa progéniture qui ne le regardait pas avec dédain. La petite chichiteuse du vieux désargenté devient subitement tendre, moins hautaine. Ses frères fréquentent désormais « les petites saletés » crasseuses jouant pieds nus avec des haillons, les Gtv (grosses têtes vides) du quartier. Le drame est qu’il ne peut pas compter sur sa pompeuse épouse, tournoyant toujours dans les airs de la vanité, comptant naïvement sur sa coterie fortunée et ses repus courtisans qui ne supportaient son aristocratisme incommodant que pour sa libéralité à leur égard.

Il faut bien que les mômes mangent, s’habillent, se soignent et gardent un peu de leur fierté. A Sunugaal, sans argent, c’est un peu compliqué malgré les bourses familiales ! La stratégie la plus ingénieuse, pour d’ex-rupins, est de « ventiler les gosses ». Il doit bien y avoir quelque part dans ce vaste Sénégal un tonton, une tante ou un grand ami de leurs aïeuls qu’ils n’ont jamais cherché à connaître qui pourront se les coltiner durant les vacances…Tant mieux si la rentrée des classes coïncide avec la Tabaski. Les enfants vont revenir avec le nécessaire. Et si le tonton, la tante et ce « lointain » ami sont aussi généreux que le vieux du temps de sa splendeur, ils leur achèteront des fournitures… et du goûter. Et le tour est joué. Le budget des toilettes élégantes de maman ne sera pas grevé ! Papa, le débonnaire, n’oserait pas d’ailleurs ! Il en a fait une reine, amie des gens d’en haut qui ne descendrait de son piédestal pour l’innocence d’aucun petit capricieux de sa descendance.

Au risque de paraître égoïste, la « tactique d’éparpillement » des enfants employée par certains chefs de famille est déshonorante. Elle abat quelquefois la fierté de leur progéniture valsant éperdument, comme Maimouna (Abdoulaye Sadji), dans deux mondes de valeurs disparates. Les codes de convenance, dépouillés de toutes les fourberies, sont des moyens de raffermissement des liens sociaux. Mais, quand, au nom d’une solidarité plus idéalisée que vécue, on écrase l’autre du poids des devoirs non assumés, le glissement de sens est marqué. Les réminiscences constituent un viatique pour les âmes jeunes en quête de repères. Face aux vicissitudes de la vie, elles affirment, à travers ce passé lointain, leur personnalité morale. Le souvenir d’un père qui s’abandonne à la facilité et d’une mère insouciante est un accotoir fragile.

Par Alassane Aliou Fèré MBAYE

L’eau et le feu

29 Juil 2016
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Un Indien, père de 7 filles, ne s'est pas lavé depuis 35 années, afin de s'assurer la naissance d'un garçon. Dans son village, on raconte plutôt qu'un voyant lui aurait prédit qu'il aurait un enfant de sexe masculin s'il arrêtait de prendre des bains. Kailash « Kalau » Singh remplace le bain et le brossage de dents par un « bain de feu », qui, d'après lui, aide à purifier le corps des germes et des infections. Le problème, c’est qu’à force de fuir l’eau pour le feu, aucune femme ne sera dans les dispositions de se frotter à lui pour lui faire un garçon.
Son compatriote K. Vijayan, 59 ans, est entré dans le livre Guiness des records pour n'avoir pas pris de jours de congé depuis plus de trois ans. Cet employé modèle travaille de nuit dans un hôtel et a remarqué qu'il n'avait pas pris un seul jour de congé depuis 1 100 nuits. Il n'a pas manqué une seule journée de travail et a travaillé tous les jours durant ces 3 ans. Un bourreau du boulot qui confie que le travail est sa religion.
Cet homme c’est du feu ! Mais gare au bain (d’eau), ça risque de rendre paresseux.

Last modified on vendredi, 29 juillet 2016 13:54

L’envers de la politique

27 Juil 2016
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Sous nos latitudes, quand quelqu’un est nommé ministre, une expression rend bien compte de l’admiration de ses concitoyens : « arrivé na »*. Ce qui signifie qu’il a atteint le but de sa vie : la réussite sociale. Mais c’est surtout dans le monde de la politique que cette expression prend tout son sens. Le but de l’engagement politique, c’est l’exercice du pouvoir et les commodités qui vont avec. Les signes de la réussite, dit-on chez nous, c’est la belle bagnole, la belle villa, la belle femme et le compte en banque bien fourni. Toutes choses qu’un strapontin ministériel facilite grandement.
Il arrive pourtant que de longues années de militance soient aussi stériles qu’une vieille génisse. Alors, au moment du bilan, seul dans l’intimité de sa conscience, il arrive que l’homme politique se laisse aller à de sombres résolutions. Et, comme pour ce maire traîné en justice pour abus de confiance portant sur 21 bœufs non payés, la politique se révèle être le cruel cimetière des ambitions perdues.

* Il a réussi

Last modified on mercredi, 27 juillet 2016 13:08

Un monde d’éclopés

25 Juil 2016
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Répondant à la volonté affichée par l’ancienne ministre de la justice française, Michèle Alliot-Marie, d'ouvrir le débat sur la castration physique des délinquants sexuels, le Syndicat de la magistrature a ironiquement prôné l'amputation des mains des voleurs, de la langue pour les escrocs et du foie pour les conducteurs surpris en état d'ivresse, ainsi que la lapidation des casseurs.

Qualifiant cette idée d'“hommage au Moyen Age”, le syndicat propose d'élargir la réflexion. Il propose aussi “le supplice dit du 'croc de boucher' pour les auteurs de dénonciations calomnieuses”. “S'agissant des infractions économiques et financières, un simple retrait des boutons de manchette en place publique devrait suffire”, ajoute le Syndicat de la magistrature.

Mais pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin ? Que faire des maris infidèles, des voyeurs, des pirates, des diffamateurs, des agresseurs, des corrompus et des corrupteurs, etc. S’il faut couper la main à chaque délinquant, on vivrait dans un monde d’éclopés.

Par Sidy DIOP

Last modified on lundi, 25 juillet 2016 12:16

Le fric, c’est chic

20 Juil 2016
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Anat, une juive d’Israël, est très attachée à sa maman. Cette dernière tient plus que tout à son vieux matelas. Anat ne comprend pas cet attachement à un objet de « peu de valeur » qui, de surcroît, se remplace aisément dans les magasins de Tel Aviv. Alors, pour faire plaisir à sa chère mère, elle décide de jeter le vieux matelas et de le remplacer par un autre, tout neuf. Une surprise, qu’elle souhaite lui faire. Mais quand la femme âgée découvre le « cadeau » de sa fille, elle tombe dans les pommes. Incompréhension.

Inquiétude d’Anat qui croyait si bien faire. Sa maman finit par lui dévoiler qu’elle cache à l’intérieur de cet horrible matelas près de 715.000 euros, des shekels qu’elle a réunis au fil des ans.

La jeune femme est prise par une quête frénétique depuis. Ce matelas dont elle ne supportait pas la vue est devenu sa raison de vivre. Le problème, c’est que ses recherches dans les tonnes de déchets des décharges de Tel Aviv sont jusqu’ici infructueuses. Ce qui ne décourage guère Anat qui s’est pris de passion pour le métier d’éboueur. Le fric, c’est chic !

Par Sidy DIOP

Last modified on mercredi, 20 juillet 2016 14:08

L’habit du foot

18 Juil 2016
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Des filles voilées qui tapent sur un ballon. Des hommes enturbannés qui jouent à la baballe. Un public tout étonné qui se demande s’il ne s’est pas trompé de stade. Rassurez-vous, ce n’est pas de la science fiction, c’est l’avenir du foot. La Fifa, en effet, a autorisé le port du voile ou du turban lors des matches de foot. Dorénavant, on ne portera plus seulement les couleurs ou l’emblème de son club, le logo de son sponsor. Non, c’est la préhistoire du football. Le soccer, comme l’appelle les Américains, entre en religion.

C’est à croire que les officiels de l'International Football Association Board (Ifab), l'organe garant des lois du ballon rond, ont décidé de mettre plus de piquant dans un sport où en dehors de CR7 et de Messi, il n’y a que des figurants qui peinent, décidément, à en assurer l’intérêt. Imaginons nos terrains de foot avec des joueurs en kippa, des ombres en burqa, des gardiens de but en soutane ou encore des arbitres qui arborent fièrement le shamtab des moines tibétains. Il ne manquerait qu’un public en Izâr (l’habit du pèlerin musulman) pour faire exploser les audiences des chaînes de télévision sportives.

Porte-parole de Dieu

15 Juil 2016
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Nous sommes un peuple de croyants. Personne n’en doute. Les tarikhas ne manquent pas. Les « thiant », « gamou » et « ziarra » sont nos compagnons quotidiens et les « dahiras » sont là pour nous maintenir dans le droit chemin. Mais il faut croire que tout cela ne suffit guère. Il nous faut désormais accueillir, quotidiennement, une noria de prêcheurs dans nos maisons, nos bureaux et nos voitures pour toujours nous rappeler les tourments réservés aux infidèles dans l’Au-delà. Eh oui ! Les gourdins, les anges exterminateurs, les serpents à têtes multiples… font froid dans le dos. Y a intérêt à bien écouter les porteurs de la bonne parole divine pour se mettre à l’abri des surprises.

Plus besoin d’aller chercher la connaissance dans les daaras ou auprès des saints hommes. Il suffit simplement d’avoir le pouce et l’index bien fermes pour zapper, rudoyer les boutons de la radio, pour que Dieu vienne à nous. Chaque radio, chaque télé a son (ses) oustaz et ses émissions religieuses. Et comme nous sommes des « toubènes » (néo-convertis), les serveurs vocaux explosent et ces représentants de Dieu sur la sphère cathodique sont assaillis de questions et de remerciements. Parfois, l’audience des émissions débordent des studios pour s’installer dans les grands espaces sous forme de conférences. Certains conférenciers ont toute une administration pour planifier les dates et régler les modalités financières. Dieu est, décidément, un business qui marche très fort. Sa parole, c’est de l’or en barre. Tant pis pour nous autres qui n’avons pas été apprendre dans les daaras.

Par Sidy DIOP

Libéralités divines

13 Juil 2016
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Une fatiha récitée lettre après lettre, d’interminables likhlass, des torrents de « rabana » et des kilomètres de perles de chapelet… La longue absence des pluies a fouetté l’ardeur des demandeurs de bienfaits providentiels. Dieu, dit-on, est très sensible à la prière. Il a besoin qu’on Lui reconnaisse Son statut d’« Etre suprême », disent les hommes d’esprit.

Les humains, ces ingrats qui se complaisent dans le péché l’ont si bien compris qu’ils ne cessent de déclamer la longue litanie du repenti intéressé. « Allahouma », « Seigneur »… Rendez-vous compte ! Des milliards de « croyants » se passent le mot pour implorer les bienfaits divins. Un immense brouhaha, imperceptible à l’échelle humaine, qui fend la nuit profonde – le moment le plus propice à la prière – pour déranger l’éternelle quiétude divine.

Et dans ces prières, on trouve du tout. Le paysan qui désespère de voir s’installer l’hivernage, le souffre-douleur qui rêve de changer de condition, le président qui s’accroche à son fauteuil, l’opposant qui rêve du Palais de l’avenue Senghor, le crève-cœur en quête de félicité, l’employé qui veut supplanter son patron et le patron qui veut le rester à vie, la femme qui ne veut pas de co-épouse… Des suppliques qui convergent toutes vers le réceptacle où des estampilles programmées par la prédestination distribuent les sentences divines : « accordé », « refusé », « différé », etc.

Pensez donc à Dieu face à cette multitude de cabotins qui affectent de le vénérer pour bénéficier de Ses libéralités. Et, si la Providence tarde à vous sourire, gardez à l’esprit cette sentence de Charles Péguy : « La sagesse de Dieu par nous peut défaillir. Et nous pouvons faire tout manquer ».

Par Sidy DIOP

Last modified on mercredi, 13 juillet 2016 12:05

Moi, jet setteur !

11 Juil 2016
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Jet-setteur ! C’est une nouvelle activité à la page. Paraître là où ça se passe, vivre sans jamais lever le pied, sentir la réussite et l’incarner.

Ils sont nombreux à remplir les pages « people » des journaux, le visage bien lustré, confortablement installés dans un coin branché de Dakar entre des nymphes tout droit sorties des contes des « Mille et une nuits ». Ils sont des livres ouverts à la curiosité du public. Ils n’ont aucun secret pour les autres.

Vous voulez connaître les ressorts de leur vie familiale, leur travail, leurs amitiés et même leur intimité ? Il suffit juste de demander ! Ils ne rechignent guère à répondre aux questions les plus indélicates. Comme cette artiste qui affirme que sa généreuse poitrine est un atout pour sa carrière musicale. On les retrouve dans les recoins du « Dakar by night », distribuant des liasses de billets avec ostentation aux laudateurs.

ertains parmi eux poussent le désir de paraître jusqu’à payer pour que leur tronche apparaisse dans les journaux « people ». Un joli costume, une belle bagnole, une montre de classe ou une compagne distinguée, ce sont des trophées à exposer au regard envieux de la masse, quitte à transgresser les codes moraux. C’est le carburant qui chauffe leur moteur. Le hic, c’est que quand on expose sa « réussite », on cache difficilement ses soucis.

Plus haut est le succès, plus brutale est la chute.

Par Sidy DIOP

La chute du djinn

08 Juil 2016
220 times

C’est un jeune homme d’une trentaine d’années qui a battu le record des évasions dans les cellules de police et des maisons d’arrêt et de correction du Sénégal. Modou Fall ou Boy Djinné, c’est le nom qu’il s’est choisi, est tombé, une énième fois à Kalifourou (Tambacounda). Les pandores ont tellement ferraillé avec la communauté des pince-mérite de notre pays qu’ils ont dû se prémunir de quelque gris-gris anti-djinn. Mais avec Boy Djinné, le plus difficile, ce n’est pas de lui mettre la main dessus, mais plutôt de le garder en prison. Le ministre de la Justice exulte et ravive la foi des policiers : « Je vous l’avais dit, Boy djinné n’est ni djinn, ni margouillat, encore moins du vent. Ce n’est qu’un vulgaire bandit ».

Cette fois, c’est sûr, ses pouvoirs mystiques devraient carburer au super pour échapper au sort à lui réservé. Les matons vont devoir veiller sur lui « comme du lait sur le feu ». Une garde-à-vue au premier sens du terme. La question est de savoir selon quels critères ses nouveaux anges gardiens seront choisis. Car pour surveiller un djinn, il faut avoir la ceinture et les bras bien cerclés de talismans en tous genres. A défaut, les effluves du « lait sur le feu » pourraient s’avérer bien… soporifiques.

Par Sidy DIOP

Amendes

04 Juil 2016
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Une journaliste de la télévision publique danoise est entendue devant un tribunal danois depuis la semaine dernière. Sa faute ? Dans le cadre de l'émission de défense des consommateurs « Kontant » en 2004, la journaliste avait versé du shampooing antipelliculaire dans un aquarium pour démontrer les résultats d'une étude selon laquelle le principe actif de ce produit serait tellement toxique qu'il pourrait tuer des poissons. Effectivement, quatre jours plus tard, 11 des 12 poissons étaient morts. Un vétérinaire qui avait vu la scène à la télévision avait, à l'époque, porté plainte contre la journaliste pour avoir fait souffrir les animaux. Elle risque aujourd’hui deux amendes de 1.340 euros.

Si le Danemark était le Sénégal, il n’y aurait pas assez de prison pour accueillir les assassins d’animaux que nous sommes. L’Etat, non plus, ne serait jamais en butte à des tensions de trésorerie. Rien que pour la Tabaski, si chaque père de famille devait casquer pour payer une amende, même en Cfa, pour avoir égorgé un mouton, le ministre de l’Economie danserait le « déplacement latéral ».

Par Sidy DIOP

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