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Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué jeudi soir l'attentat dans un communiqué diffusé par son agence de propagande Amaq et relayé par le centre américain de surveillance des sites jihadistes, SITE.

La police a annoncé jeudi après-midi 17 août, vers 17h heure locale (15h TU), par mégaphones, qu'une « attaque terroriste » était « confirmée », après qu'une camionnette a percuté la foule sur l'avenue la plus touristique de Barcelone. Selon le gouvernement catalan, treize personnes ont été tuées, plus de 50 autres blessées.

Selon le journal catalan La Vanguardia, cité par Reuters, l'un des auteurs de l'attaque a été abattu lors d'une fusillade avec la police dans les faubourgs.

Deux suspects liés à l'attaque ont été arrêtés, a annoncé le président régional catalan Carles Puigdemont. Le premier suspect a été identifié.

« Nous avons arrêté un homme et nous traitons cela comme une attaque terroriste », ont annoncé pour leur part jeudi soir les Mossos d'Esquadra, la police régionale, sur Twitter, ajoutant qu'il n'y avait « aucune personne retranchée dans un bar du centre de Barcelone », contrairement à ce qu'avaient avancé plus tôt des sources policières.

Selon le journal El Periodico cité par l'agence Reuters en din de journée, deux hommes armés s'étaient retranchés dans un bar du centre de Barcelone. El Periodico faisait état de tirs dans le secteur de La Boqueria. Il n'est pas possible de dire pour l'instant si ces hommes étaient au volant ou dans la fourgonnette. Selon le quotidien El Pais, le conducteur du véhicule s'est enfui à pied, après avoir fauché des dizaines de personnes.

Sourcce : Rfi
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Depuis que je l’ai terminé, il y a déjà plusieurs jours, je repousse l’écriture de ma review sur Marianne porte plainte. Pourquoi? Pour deux raisons principalement. D’abord, parce que je n’avais pas les mots pour expliquer mon ressenti, ensuite parce que ce fut une lecture laborieuse, comme rarement cela m’est arrivé. A la manière d’un athlète qui court durant un marathon, et arrivé à la ligne finale, s’écroule et a de la peine à retrouver son souffle. Il m’a fallu donc reprendre mon souffle pour pouvoir écrire ce post.

Depuis la parution de son premier opus en 2003, Fatou Diome est devenue l’auteure ès (im) migration, car le Ventre de l’Atlantique est paru à un moment où l’immigration connaissait un grand boom. Les habitants des pays en développement affluaient en masse vers les pays d’Europe. Elle, jeune femme sénégalaise qui avait quitté son île de Niodior natale pour suivre son mari strasbourgeois, représentait alors une « bonne cliente ».Un divorce puis une thèse de lettres modernes plus tard, elle revient dans cet ouvrage mi – fiction, mi – réalité, avec un humour caustique, sur cette immersion en terre française.

Depuis, sa carrière n’a cessé de prendre de l’ampleur. Auteure de plusieurs ouvrages dont mes préférés sont Celles qui attendent, La préférence nationaleet Impossible de grandir, Fatou Diome (nous) séduit à chaque nouvelle parution avec sa prose à nulle autre pareille et son sens de la formule si particulier.

Après l’avoir croisée à Livre Paris 2017 (https://cequejaidanslatete.wordpress.com/2017/04/09/pavillon-des-lettres-dafrique-livre-paris-2017/), et avoir assisté à une table ronde durant laquelle elle revenait sur le pourquoi du comment de l’écriture de cet ouvrage, je me le suis procuré. Je l’avoue, j’ai acheté le livre plus parce qu’il était écrit par elle que parce que je m’affilie à Marianne. Dans un monde de plus en plus cloisonné, où l’on nous étiquette en fonction de notre couleur/race/origine, les questions d’identité me rebutent un peu. Un séjour d’une décennie en France avec son lot de joies, de peines et de déconvenues a achevé de me faire prendre conscience de qui j’étais. Installée à Dakar maintenant avec de fréquents séjours en Hexagone, la question du racisme « anti – blanc » ne me parle guère … Je m’amusais à chaque fois des diatribes enflammées de mes congénères (que ce soit dans mon école post – prépa ou dans les différentes structures où j’ai exercé), qui pestaient contre ces toubabs qui leur en faisaient voir des vertes et des pas mûres, je leur répondais, stoïque : deukouleen fii …

Comprenons – nous bien : je respecte et comprends le choix de ceux qui choisissent de vivre et de faire carrière en France, mais à chacun (e) ses combats et l’étiquette de l’immigré (e) est si collante parfois que je comprends leur désarroi.

Marianne porte plainte ! Cette phrase revient à chaque fin de chapitre, brutale, sèche, telle un uppercut asséné en plein estomac au moment où l’on s’y attend le moins. Comme à chaque fois lorsque des élections présidentielles se profilent en France, les relents nationalistes (re) font surface et « casser » de l’immigré est la bonne vieille stratégie qui marche, surtout pour le (tristement) célèbre parti d’extrême droite, le Front National. Surnommée la Marine Marchande de Haine par Fatou Diome, Marine Le Pen en prend pour son grade tout le long des pages, de même que François Fillon, affublé du sobriquet de François Fions – Nous A Dieu. Marine Le Pen est la femme à abattre, car elle va à l’encontre des valeurs de tolérance et d’ouverture qui sont les sôcles de la nation française.

Fatou Diome, tout au long des 140 pages de Marianne porte plainte, solde des comptes : avec sa « sorcière » de belle – mère strasbourgeoise qui ne l’a jamais aimée, avec des membres de sa famille qui lui intimaient l’ordre de se taire, car en sa qualité d’enfant bâtarde, fruit illégitime des amours non officielles de ses parents, elle devait faire profil bas. Deux personnes cependant trouvent grâce à ses yeux, ses grands – parents qui lui ont tout appris.

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Historien, écrivain, chanteur, batteur et spécialiste en contes et légendes, El Hadji Alé Niang est une vraie bibliothèque ambulante, une mémoire vivante. Ce descendant d’une famille de griots à Gossas, qui a fait 37 ans de carrière dans l’administration sénégalaise, est bien connu des générations du Baol. À 75 ans révolus, ce communicateur traditionnel émérite désigné comme trésor humain de la région de Diourbel suscite respect et admiration à Bambey.

L’homme a des particularités. C’est un serviteur doué, un communicateur hors pair. Un acteur culturel et fonctionnaire à la retraite. Rien ne présageait pourtant une destinée aussi limpide. L’enseignement, l’ingénierie ou une autre corporation pouvait recevoir l’homme. Mais El Hadji Alé Niang a choisi une autre trajectoire. Commis de l’État au sens transversal du terme, Alé Niang a fait 37 ans de carrière dans l’administration sénégalaise avec plusieurs postes de chefs de bureaux, dont celui de gestionnaire à la préfecture de Bambey. Les gouverneurs et préfets qui ont sillonné les régions de Diourbel, de Bambey et arrondissements de l’époque le connaissent bien. 

Descendant d’une famille de griots à Gossas, cet homme de teint noir est né à Sokone, dans les années 1942. Il obtient son premier diplôme de certificat d’études élémentaire à l’école coloniale en 1956. Bien que résident de Bambey, Alé Niang est bien connu des générations du Baol.

Alé Niang, « Pa Alé Niang » pour certains et « Doyen Alé Niang » pour d’autres, a un viatique : celui de servir et de donner le meilleur de lui-même en toute humilité. Alé Niang est un homme multidimensionnel qui suscite respect et admiration. Un historien qui sait lire et écrire. Il surfe aussi bien à l’aise sur les annales orales et monographiques de nos contrées et héros. Cet homme a plusieurs cordes à son arc et reste une bibliothèque ambulante, mieux, un patrimoine humain.

De son verbe, Alé Niang incarne l’intellectuel décomplexé qui manie correctement la langue de Molière. Généreux et courtois, le « sage » se rappelle les épopées historiques où la première brigade de gendarmerie de Bambey était une simple et unique case transportée par sept gaillards de Ngoye (localité située à 11 km) à Bambey. Ou encore des périodes où le Cnra (Centre national de recherches agronomiques) de Bambey était un camp de redressement d’enfants délinquants dans les années 1910, avant de devenir un aérodrome puis une ferme pilote.
L’homme écrit beaucoup. Il est d’un commerce facile, témoin de plusieurs cérémonies et de faits qu’il transmet avec intérêt, tact, et une gestuelle dont lui seul maîtrise les contours.

Toujours en boubou traditionnel, Alé Niang est auteur-compositeur, puisqu’il est l’auteur de « Yéri Niamane », protégé au Bureau sénégalais des droits d’auteur (Bsda), et savamment reprise par Youssou Ndour « Massamba Dièye guedj mamboulane ». « C’est en chantant « Massamba Dièye » à travers les ondes de la Rts, que Youssou Ndour a récupéré la bande et en a fait un arrangement musical. Il a eu l’honnêteté de dire que le chant était composé par Alé Niang de Bambey. Il savait que mes œuvres étaient protégées par le Bsda. J’ai connu la gloire grâce à cette chanson, mais aussi à Nder. J’ai perçu des droits. Par la suite, j’ai rencontré Youssou Ndour qui m’a amené chez lui. J’étais trop fier », raconte-t-il.

« Massamba Dièye » était un conte narré par sa mère. Et cette légende, il l’a adaptée à un contexte bien particulier. « En tant que créateur, je l’ai refait pour galvaniser les gens. J’ai même fait de cette histoire un livre », note-t-il.

Élégant dans sa mise, accrocheur de public et bel orateur, l’acteur culturel est aussi bien à l’aise en chants, théâtre, contes et récits historiques. Les histoires des périodes fastes des provinces de Lambaye, de Thiakar, de Ngoye, des marigots de Sass, du Thiappy, des premiers maires de Bambey nommés par les colonialistes (Dr Babacar Diop, Mahanta Birima Fall, président du tribunal coutumier et deuxième maire de Bambey, Pierre Senghor, etc.) sont racontées par celui qui a failli devenir enseignant.

Les festivals nationaux et régionaux connaissent cet illustre défenseur des arts. Les planches ont feutré ses empreintes d’homme de culture. D’ailleurs, se souvient-il, en 1967, il a conduit la troupe de Bambey pour représenter la région de Diourbel aux phases nationales. Alé Niang est décoré au grade de Chevalier de l’Ordre national du mérite, Chevalier de l’Ordre national des Arts et Lettres, mémoire du trésor humain de la région de Diourbel, spécialiste en contes et légendes, comédien dans le film « Guélewar » de Ousmane Sembène avec comme rôle principal, Ndofféne Ciss. Ses principes : la loyauté, la magnanimité, le courage et l’abnégation. Et il suffit de l’approcher pour constater que ce polygame a le sens des relations humaines.

Un artiste complet
Percussionniste, ce batteur de tam-tam est aussi à l’aise dans son manteau de metteur en scène. « Pa Alé Niang » vient de publier un « Si Yeli Ndiamane était encore là » sous la supervision de l’écrivain Fama Diagne Sène, et un autre sur « la bataille de Diarndem » est en chantier.

Alé Niang est aussi un homme de médias. Il est animateur de radio, relais d’information et producteur à la Radio nationale sénégalaise (Rts) de Diourbel. Parmi les émissions qu’il anime en collaboration avec Samba Awa Ndiaye et Bara Ngom, ses amis et intimes, nous notons « Guew bi », « Kham sa diwan » et « Contes et légendes ». Ces productions sont bien suivies sur la bande FM de Rts Diourbel et dans les profondeurs des régions de Diourbel et Fatick.

Grand paradoxe, Alé Niang est un griot qui galvanise, qui chante des louanges, mais qui ne demande pas et ne quémande pas non plus. Il est trop fier de sa personne pour se rabaisser en tendant la main. À la sueur de son front, il compte sur lui-même, sur son talent et son mérite pour répondre à l’appel de l’honneur.

Son génie de touche-à-tout fait de lui un communicateur émérite. Il rappelle, avec beaucoup d’émotion, le jour où il a distribué son salaire aux artistes après des prestations, acteurs qui lui donnaient tant de soumission et d’écoute, pour rentrer les mains vides chez lui. Il prétexte alors à son épouse avec des pièces de monnaie qu’on lui aurait volé son argent, un geste de solidarité et de générosité qui le caractérise.

Aujourd’hui, soutient Alé Niang, les communicateurs traditionnels sont en train de dénaturer leur fonction. « Un communicateur doit être un acteur de développement, il doit accompagner la communauté autour de l’essentiel, mais aussi être un bon vecteur de développement et vulgariser toutes les bonnes actions des autorités de ce pays », estime-t-il en invitant ses collègues à plus de retenue. « Parler, c’est facile, mais bien parler n’est pas donné à tout le monde », indique-t-il

Un monument parmi les grands mohicans de la culture sénégalaise. Humble et serviable, Alé Niang aime son pays et continue de le servir sans tambour ni trompette.

Par Mamadou Aicha NDIAYE

Son nom est inscrit au fronton de l’un des plus illustres théâtres de l’Afrique subsaharienne : le Théâtre national Daniel Sorano du Sénégal. Daniel Sorano est un génie qui a séduit son pays natal, la France, et permis à la patrie d’une partie de sa famille, le Sénégal, d’en tirer fierté et de l’honorer à titre posthume.

Daniel Edouard Marie Sorano, grand acteur franco-sénégalais, fils de Marie Michas, descendante de la signare Marianne Blanchot, est né à Toulouse le 14 décembre 1920 d’une famille à triple origine : française, sénégalaise et piémontaise. Son père, Gabriel Sorano, était greffier en chef au Palais de justice de Dakar et dirigeait la chorale de la cathédrale. Titulaire d’une licence de lettres, il opte pour le grand conservatoire de Toulouse en 1940. Trois ans plus tard, il se retrouve au conservatoire d’Art dramatique. De retour à Toulouse, il est reçu au conservatoire d’Art dramatique en 1943 avec la scène du « Pauvre homme » d’Orgon dans Tartuffe, et le rôle de Don Diègue dans le Cid. Il interprète des rôles dans différentes pièces depuis 1946 (« Don Juan » de Molière, « Ruy Blas » de Victor Hugo, « Macbeth » de Shakespeare, « Ce fou de Platonov » de Tchékov…).

A la rentrée de 1957, le metteur en scène Jean Vilar, également comédien de théâtre et de cinéma, confie à Daniel Sorano sa deuxième mise en scène : « Le malade imaginaire ». Et en 1960, à la télévision, il joue dans « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand. En 1962, à l’Odéon-Théâtre de France, Daniel Sorano interprète le héros dans « L’Orestie » d’Eschyle. En mai, son dernier rôle au théâtre, sur cette même scène, sera celui du Shylock dans le « Marchand de Venise » de William Shakespeare. Sa brillante carrière de comédien prend fin, hélas, trop tôt pour sa famille et pour le théâtre, à Amsterdam, le 17 mai 1962, à l’âge de 41 ans, d’une crise cardiaque, à l’issue du tournage du film « Scorpion » de Serge Hanin où il jouait le rôle de Peter Carl. Celui que Léopold Sédar Senghor a, un jour, appelé le « métis de chez nous » a été inhumé dans le costume du mousquetaire gascon qui a fait sa gloire. Le président poète disait également de lui ceci : « C’est que Daniel Sorano fut à la fois français et sénégalais. C’est surtout que son génie d’acteur, au sens étymologique du mot, fut la symbiose dynamique des génies européens et africains ». Son œuvre magistral est célébré un peu partout. De nombreux théâtres portent son nom. De 1945 à 1962, il joue dans 44 pièces de théâtres différentes et plus de 1000 représentations avec le Théâtre national populaire et le Palais des Papes. Au Sénégal, le « temple » des expressions culturelles de toute une nation est une reconnaissance de son génie.

Alassane Aliou MBAYE
(Source : Théâtre national Daniel Sorano)

Alioune Cissé est serveur dans un restaurant de Dakar. Son quotidien se résume à être aux petits soins des clients.

Porter une tenue correcte, ne pas traîner les pas, être aux petits soins des clients… Tel est le quotidien d’Alioune Cissé, et de beaucoup d’autres serveurs de la capitale sénégalaise. « Il faut être rapide, pour ne pas faire attendre le client. Etre serveur, c’est aussi savoir se rabaisser d’une certaine manière mais sans perdre sa dignité », explique-t-il avant de noter la commande d’un couple d’Européens. Exerçant à Ngor dans un restaurant très connu dans la ville, il révèle que ce métier exige beaucoup d’abnégation et de courage. Le serveur vend le restaurant, il est une sorte de vitrine. Il doit avoir une apparence soignée. Au premier abord, Alioune remplit tous ces critères. Comme ses collègues, il porte l’uniforme de travail, associe une paire de souliers noirs bien cirée, un pantalon bien repassé et se coiffe la tête chaque deux semaines. « Ma tenue doit être impeccable, la patronne l’exige ». Sa journée se résume à des va-et-vient interminables entre le comptoir, la cuisine et les tables des clients. Et ce dès 7h30 mn.

Certes cet exercice s’avère être éprouvant physiquement surtout quand on doit porter plusieurs plats en même temps, mais l’attitude de certains clients est encore plus éprouvante moralement. « Un jour, je me suis trompé sur une commande. La cliente s’est mise en colère comme jamais, parce qu’elle était déjà en retard pour le travail. Elle a tenu des propos vraiment irrespectueux. J’étais à mes débuts. Cela m’a beaucoup marqué ».

Force est de constater que les gens oublient parfois que ce sont des personnes comme les autres, et que ce métier n’a rien de dévalorisant. A l’heure du repas de midi, c’est le stress au maximum. Le restaurant grouille de monde et chacun veut être servi rapidement. Malgré la fatigue ou même la faim, Alioune et ses camarades courent dans tous les sens pour satisfaire tout le monde. A la façon qu’ils ont, de tenir jusqu’à trois plats dans les deux mains, de sorte à ne pas perdre l’équilibre, l’on comprend vite qu’il faut de l’expérience et une certaine habitude pour ne rien casser ou renverser. Il va falloir tenir le rythme, jusque tard dans la nuit.

Dans les restaurants, les serveurs passent incognito, même s’ils jouent un rôle important dans la qualité des services. Ce sont juste des personnes qui prennent des commandes, et rapportent des plats. Si au départ, c’était plus un métier réservé aux femmes, aujourd’hui, les hommes aussi intègrent ce domaine. Badou Kane, serveur dans le même restaurant explique que les gérants préfèrent employer un homme à la place d’une femme. L’idée la plus répandue est que la gente masculine, serait plus dynamique et attirerait moins d’ennuis. Après l’obtention de son Baccalauréat, il n’a pu entamer des études supérieures. Sa famille n’en avait pas les moyens. Il est devenu serveur à contrecœur.

Par Emmanuella Marame FAYE (stagiaire)

(Si tu pisses, couché sur le dos, tu seras le premier à être submergé avant que quelqu’un d’autre ne soit mouillé.)
Selon Dr Massamba Guèye, fondateur de la maison de l’oralité et du patrimoine Ker Leyti, ce « léebu » ou proverbe dont l’image crée une situation bizarre d’une personne couchée et qui pisse en l’air traduit la notion de responsabilité et la manifestation des conséquences de nos actes. A l’en croire, il arrive que ce proverbe soit dit dans une discussion lorsqu’une personne persiste à faire des actes interdits ou en voulant également attirer l’attention des jeunes sur les dangers de leurs actes nocifs. « L’image, combinée au caractère négatif de l’urine qui est considéré comme une souillure, en donne un sens assez précis », indique-t-il. Il faut aussi comprendre par ce « léebu » que celui qui fait du mal en subit d’abord les conséquences, surtout, lorsque la personne fait mal à sa propre communauté. Aussi, précise Dr Massamba Guèye que ce proverbe ne récuse pas le résultat de l’acte sur les autres car ils seront probablement mouillés mais après que l’auteur de l’acte est puni.

Il est souvent prononcé dans les situations sociales lorsqu’une personne refuse d’entendre raison et s’entête dans ses erreurs. Pour clore le débat, l’autorité de la famille ou du clan peut tenir ces propos, « Ku jaaxaan di saw balaa kénn a tooy nga lóor » pour lever la séance en présence ou en l’absence de l’intéressé.

Par Maguette Guèye DIEDHIOU

Les vacances constituent une période de sollicitations de jeunes sportifs qui s’activent dans le football. Le championnat populaire, communément appelé « Navétanes », occupe bon nombre d’entre eux. Parmi ceux-ci, des élèves qui deviennent de «véritables stars locales», le temps des vacances.

Les vacances coïncident, au Sénégal, avec les « Navétanes ». Ces championnats de football populaire mettent en compétition des équipes de quartiers qui s’affrontent dans un esprit sportif et de dépassement. Cette période permet, à la base, aux uns et aux autres de nouer des relations particulières et de raffermir ainsi les liens de cohabitation et de savoir-vivre entre jeunes issus de quartiers différents certes, mais vivant dans la même agglomération. Cette période constitue également une vitrine pour certains jeunes élèves qui disposent de talents footballistiques. C’est ainsi qu’ils étalent toute l’étendue de leur savoir-faire sportif au grand bonheur de leurs supporters.

Ces jeunes deviennent ainsi les idoles de leur quartier, le temps des vacances et disposent d’un capital sympathie sans pareil. C’est le cas de Macodou Diouf. Elève en première, le jeune homme âgé de 19 ans, doit passer son baccalauréat l’année prochaine. Pour l’heure, Macodou profite largement de ses vacances. Cela fait des années que le jeune garçon joue dans l’équipe de son quartier (Thialy) en pareille période de l’année. Cadet déjà, il avait plus d’une fois enflammé les stades permettant à son équipe de remporter par deux fois la coupe. A chacune des saisons, le garçon s’est particulièrement montré convaincant. Aujourd’hui, tous les espoirs sont, dès lors, placés en lui. « L’année passée avait coïncidé avec sa première saison comme senior et cela malgré son jeune âge. Il a su faire forte sensation à travers ses petites entrées de remplaçant, mais parvenait quand même à toujours se montrer décisif », témoigne un des supporters invétérés du jeune homme. Normal, selon lui, que tous les espoirs soient placés en lui cette année, poursuit-il.

En plus de constituer un tremplin lui permettant de « passer de bonnes vacances en s’adonnant à son activité préférée, le football », Macodou souligne que cette période lui permet de mesurer combien il est aimé dans son quartier. La période constitue aussi la saison ouverte à toutes sortes de sollicitations. «Durant les vacances, je n’achète pratiquement plus rien. La vendeuse du petit déjeuner m’en offre gracieusement. Après le déjeuner, je suis sollicité de part et d’autres autour d’un thé. La nuit le Fast Food du quartier m’offre le diner, selon mes désirs», confie le footballeur de circonstance. A cela s’ajoutent des filles qui lui courent après, chacune voulant sortir avec la «vedette du moment ».

Des sollicitations un peu partout
Autres faveurs, il n’est pas rare qu’un notable du quartier, un politicien ou une personne influente fasse appel au jeune garçon. « Parfois un dignitaire du quartier m’appelle chez lui pour m’offrir de l’argent par exemple. Certains à travers ce geste veulent me témoigner de leur sympathie car ils entendent mon nom circuler dans le quartier », informe-t-il. Macodou sachant les moments de sa gloire comptés ne se fait pas prier pour accepter toutes sortes de cadeaux. «Toute cette popularité ne dure que le temps des vacances. Après, chacun retourne à ses activités. », explique-t-il. Cette réalité, Semou Diagne, 33 ans, l’a appris à ses dépens. Autrefois, footballeur très talentueux, Semou avait connu la même trajectoire que Macodou. Il faisait le « buzz » durant les «Navétanes ». Le jeune homme attaquant était alors sollicité un peu partout. Aujourd’hui, cette page est tournée. Sémou est devenu enseignant et s’occupe «plutôt à progresser dans sa vie professionnelle », dit-il. Il a fini par se résoudre à la réalité « le football est une passion avant tout. Mais, quand vous avez du talent, vous nourrissez forcément l’espoir de devenir, un jour, footballeur professionnel. C’est quand on se rend compte que cela n’est plus possible du fait de l’âge que l’on se remet à revoir les orientations et les priorités », estime-t-il. Dans son quartier, il faisait la pluie et le beau temps avant Macodou. « C’est un cycle. Chaque génération fera son temps », souligne-t-il. Partant de ce constat, Sémou conseille les « jeunes élèves passionnés des « navétanes » de ne jamais négliger leurs études », souligne-t-il. C’est parce qu’il n’a pas négligé ses études qu’il parvient, aujourd’hui, à entretenir sa famille et surtout à envisager d’autres métiers.

Par Oumar BA

« Il possède le bon sens, la loyauté et la lucidité qui sont les marques de notre peuple. Il est la conscience même, le courage même et l’imagination des créateurs. Ce sont les vertus qui lui ont permis de gravir, tout seul, les divers échelons du savoir ». Léopold Sédar Senghor rendait ainsi hommage, en décembre 1961, à son vieux compagnon, Mamadou Dia, le président du Conseil du gouvernement à un an de la crise de 1962. Cette rupture entre ces deux importantes figures sénégalaises, un « déchirement d’une vieille amitié », dixit le poète-président, intervient après 17 ans de collaboration. Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet. Chaque partie fait dire à l’histoire ce qui la grandit. Le président de la République Senghor est quelquefois revenu sur ce qu’il a appelé un « coup d’Etat ». Mamadou Dia, lui, a donné sa version des faits dans ses écrits (« Mémoires d’un militant du Tiers-Monde » par exemple) et à d’autres occasions.

De tout ce qui a été dit de part et d’autre, j’en retiens ceci : « A ceux qui croient me faire plaisir en se réclamant de mon clan, je leur dirai qu’ils se trompent ; mon clan à moi, c’est le parti, et mon maître après Dieu, c’est la nation ». Ainsi parlait le colistier de Senghor lors d’une tournée agricole dans le quotidien « Dakar-Matin » du 17 octobre 1962 alors que les « nerfs étaient tendus ». La crise de 1962 est une tragédie pour le Sénégal parce qu’elle oppose deux hommes de valeur. Elle livre également beaucoup d’indications sur notre être profond. Les propos les plus incongrus, les plus violents à l’occasion d’un différend entre des leaders sont souvent tenus par les valets zélés et les pamphlétaires intempestifs de circonstance désirant se donner un rôle.

On avilit, souille, déshumanise, couvre d’infâmie l’autre pour témoigner sa servitude à la noblesse de cour ou au coryphée des libertaires. Et demain, ils n’auront aucune gêne à danser sur un autre disque. Il ne faut pas compter sur eux pour colmater les brèches. Le tumulte des flots d’effronterie et d’inconvenance est leur moment de gloire et d’intrigues. Ils étouffent et éclipsent les « blanches colombes » qui faisaient de notre société une collectivité de conciliation où il y avait des espaces de dialogue quelle que fût la nature des divergences.

Le drame est que nous journalistes, devenus, au gré de la technique, des courroies de transmission de valeurs et de sens, avons fini de donner une plateforme à leur insolence et à leurs indicibles niaiseries au péril de notre cheminement collectif. Et quand les nouveaux moyens de communication s’y ajoutent, l’égout devient difficile à dégorger. La démocratie ne saurait être la porte ouverte à toutes les dérives, à toutes les offenses. La politique -si la lumière n’en jaillit pas- ne doit pas être non plus un univers de légitimation de toutes les impertinences même si le « peuple » dont on dit qu’il est d’une grande maturité, semble en raffoler.

Par Alassane Aliou MBAYE

À moins de 10 kilomètres de Diourbel, sur la route de Touba, se trouve Sambé Péthie, un village médiéval méconnu du commun des Sénégalais. Cette localité peut s’enorgueillir d’avoir un patrimoine historique et culturel assez riche. De son passé glorieux, on retiendra le refus catégorique opposé par les populations à Lat Dior alors puissant Damel du Cayor qui voulait passer sur leur territoire. Sambé, c’est aussi son tam-tam aux origines mystérieuses qui avait le pouvoir de se taper tout seul et dont la disparition n’en finit toujours pas de susciter des interrogations.

Les croyances populaires sont légion au Sénégal. Elles sont très bien ancrées dans la mémoire collective. Certaines ont rythmé le quotidien de nos ancêtres et continuent, aujourd’hui, d’alimenter les conversations, d’aiguiser les curiosités. Dans le Baol, particulièrement à Sambé, un tam-tam mystérieux qui se tapait tout seul a fait de ce village historique un véritable centre d’attraction. Sur place, on se rend compte que le mythe du « Diam Sambé » est loin d’être le produit de l’imagination populaire. Ce tam-tam est bien une réalité. Et il suffit d’évoquer son nom pour s’en rendre compte. El Hadji Alé Niang, considéré comme la mémoire vivante du Baol, confirme son existence.

Sambé n’est pas de ces villages qui regorgent d’édifices ou de vestiges historiques. Mais cette localité dispose d’un patrimoine culturel et historique assez intéressant.
Situé à quelque 8 km de Diourbel, dans l’arrondissement de Ndoulo et la commune de Patar, ce village sérère raconte plus de 8siècles d’histoire. Assane Ngom, professeur d’histoire et de géographie et principal du collège de Dalla Ngabou, qui a accepté de nous guider dans ce Sambé ancien, précise que ce village médiéval date du 11e et 12e siècle. Le premier habitant serait venu du Sine, nous dit-il. « Quand on fait le recoupement, le premier venu s’appelait Mbabo Ndomane. Il est venu du Sine et s’est installé sur les berges de la vallée morte du Sine, à l’actuel site originel de Sambé. Quelques années plus tard, Ndiapaly Coura Ngom est aussi venu du Sine pour s’installer dans l’actuel site de Sambé Pethie. Il serait originaire de Sobène parce que quand on chante les éloges des Ngom d’ici, on fait toujours référence à Sobène », explique M. Ngom.

Le tam-tam sacré et les phacochères
À en croire le professeur d’histoire, Ndiapaly Coura Ngom serait le premier à s’installer définitivement, car Mbabo, père de Thiolté Mbamane, qui était éleveur, avait un gros cheptel. Il ne s’était pas fixé. Quelques années plus tard, on ne l’a plus revu. « Ndiapaly s’est marié à Thiolté Mbamane qui a donné naissance à deux enfants, un garçon qui s’appelle Sengado Ndiapaly, et une fille nommée Diamané Ngom. D’ailleurs, il y a un bois sacré qui porte son nom. C’était son refuge. Elle était possédée par les djinns et quand elle avait des problèmes, elle entrait dans le buisson qui est devenu bois sacré », indique M. Ngom. Thiolté Mbamane va divorcer d’avec Ndiapaly Coura Ngom et contracter un second mariage. De cette union va naître un garçon qui s’appelle Diéno Ndiass Kab. C’est ce dernier qui va ramasser le fameux tam-tam.

On ne peut pas parler de Sambé sans évoquer son mystérieux tam-tam découvert par le chasseur Diéno Ndiass Kab. Les récits entourant l’existence de cet instrument abondent depuis plusieurs siècles. Tout le monde ou presque dans le Baol connaît l’histoire de ce tam-tam qui a fait le tour du Sénégal. Les gens venaient de partout le découvrir et s’assurer de son existence. Selon El Hadji Alé Niang, le tam-tam de Sambé était extraordinaire. « C’était un instrument qui se battait tout seul. On raconte que des phacochères organisaient des séances de lutte quand un chasseur les a vus. Ce dernier a voulu les tuer, mais ils lui ont demandé de prendre le tam-tam et de leur laisser la vie sauve », fait savoir le vieux Alé Niang. Assane Ngom qui l’a vu à maintes reprises dit être beaucoup marqué par le « Diam Sambé » qui était d’une curiosité inouïe. « Dans l’actuel Sambé Digue se trouvait un buisson peuplé de phacochères. Diéno Ndiass Kab était parti à la chasse et avait aperçu un phacochère. Il avait visé et l’avait atteint, mais ne l’avait pas tué. Touché, l’animal a retourné au buisson.

En suivant ses traces, le chasseur découvre, dans le buisson, que d’autres phacochères étaient en train de soigner les phacochères blessés. Ils dansaient autour de lui et il y avait le résonnement d’un tam-tam tapé par un phacochère », explique-t-il. Par la suite, indique-t-il, le chasseur, ayant compris que ce tam-tam avait des pouvoirs, avait tiré en l’air. Après la fuite des phacochères, il a ramassé le tam-tam.

Conçu à partir d’un tronc d’arbre et avec une peau de phacochère, le « Diam Sambé » n’était pas esthétiquement beau. Son résonnement était particulier. Les notes qu’il diffusait étaient très étranges, selon M. Ngom. Les anecdotes sur ce tam-tam sont nombreuses. L’instrument, nous dit-on, annonçait tous les phénomènes et évènements à venir dans le village de Sambé. « On disait que celui qui devait, au besoin, refaire la peau n’avait pas le droit de regarder à l’intérieur du tam-tam. S’il le faisait, il risquait de perdre la vue. De même, si l’on plantait un couteau dans le tam-tam, le sang giclait », fait savoir Assane Ngom. De plus, indique-t-il, « il fut des moments où l’on ne pouvait pas traverser la route avec ce tam-tam. Quelque que soit le véhicule qui le transportait. Certains qui en doutaient sont venus et ont essayé, mais n’ont pas réussi à faire bouger l’instrument ».

Un tam-tam jalousement gardé par les griots
Sambé PéthieCe tam-tam était visible lors des très populaires séances de lutte organisées chaque année à Ngalo Bak, renseigne M. Ngom. « Il était toujours accroché au baobab qui surplombait les lieux. Quand la séance de lutte devait commencer, le tam-tam donnait le coup d’envoi et quand la cérémonie devait se terminer, il tombait à terre », fait-il savoir.

Quand le chasseur Diéno Ndiass Kab a ramassé le tam-tam, un griot l’a vu avec l’instrument. Il lui a alors raconté l’histoire. « C’est un tam-tam qui a certes des pouvoirs, mais un noble ne garde pas de tam-tam, laisse-nous le garder », avait dit le griot au chasseur.

Depuis, la tenue du mystérieux tam-tam est confiée à des familles de griots. Le vieux Cheikh Faye fut le 15ème et dernier dépositaire de Sambé à porter cet instrument énigmatique qui étonnait plus d’un par ses agissements.

Au total, quinze griots qui se sont succédé à la tenue du tam-tam. Mbessa Ndimbor Faye, le premier d’entre eux, le conserva pendant 38 ans. Mais le record est détenu par Bathie Faye qui l’a gardé pendant 46 ans.

Notre équipe est allée à la rencontre de Cheikh Faye, ce nonagénaire à Sambé Tague, village situé à quelques encablures de Sambé Péthie. Chapelet en main, il était assis au milieu de ses petits fils et neveux qui s’affairaient, ce jour-là, autour de la confection de pagnes traditionnels. Quand on lui a fait part de l’objet de notre visite, le vieux Cheikh Faye qui garda le tam-tam pendant 23 ans était dans tous ses états. Le vieil homme ne veut pas entendre parler de cet instrument du fait des souvenirs qu’il en garde. Puis, il revient à de meilleurs sentiments. « Il se déplaçait régulièrement chaque fois qu’il sentait le danger venir et orientait même les populations dans la conduite à tenir. Surtout lors des manifestations telles que séances de lutte où le tam-tam se tapait lui-même pour annoncer le début et la fin des combats », explique-t-il. Suffisant alors pour deviner le mythe qui entourait l’existence du tam-tam de Sambé. « Il était conçu dans une chambre noire, avec une peau de vache qui n’a jamais procréé », nous lance-t-il. Le tam-tam, selon lui, « pouvait sortir de lui-même comme son dépositaire pouvait aussi le porter sur la tête. Il était partout où des rassemblements s’organisaient pour des manifestations. On l’apercevait souvent près de la mosquée du village ». Il y a aussi, indique le vieux Cheikh Faye, « le fait qu’on lui versait souvent du lait de vache pour invoquer les esprits et faire des offrandes telles que le recommande la tradition chez le Sérère ». Le tam-tam de Sambé a disparu de la circulation, il y a plus d’une décennie, selon le vieux Cheikh Faye. Cette disparition n’en finit pas de susciter mystères et interrogations, ne laissant derrière aucune trace, si ce n’est que des spéculations et hypothèses. Pour son dépositaire, il a tout simplement été volé. « C’est en 2010 qu’on a vu, pour la dernière fois, le tam-tam et je peux certifier qu’il a été volé. C’était lors d’une séance de lutte traditionnelle », laisse-t-il entendre.

Sambé, terre de refus !
Depuis cette disparition mystérieuse, le vieux Cheikh Faye ne veut plus entendre parler de ce tam-tam. À Sambé, il se raconte même qu’un marabout a dit que pour revoir ce mystérieux tam-tam, il faudrait aller jusqu’en enfer.

Sambé, ce n’est pas seulement son tam-tam mystérieux. Le village a marqué l’histoire et est resté célèbre grâce à la fameuse bataille qui a opposé Lat Dior aux gens de Sambé qui n’ont jamais accepté le passage d’un roi dans leur terroir. Et pour cause, le passage du roi à l’époque était souvent synonyme de désordre. « Les rois étaient craints et partout où ils passaient, les dégâts étaient énormes. Ils amenaient les belles femmes, les moutons, les vaches et tout ce qu’ils trouvaient. Et cela, les gens de Sambé ne pouvaient pas l’accepter », indique Assane Ngom. Selon ce professeur d’histoire, Lat Dior qui était un peu à l’étroit au Cayor voulait aller dans le Sine pour rencontrer Bour Sine et Maba Diakhou. Et pour gagner du temps, il devait forcément passer par Sambé qui était une ligne directe.

Pour El Hadji Alé Niang, Sambé constitue un lieu de bataille très important qui opposé Lat Dior et Yacine Diop Gala Gana. Avant cet affrontement, Lat Dior avait envoyé un émissaire à Sambé pour avertir les populations de son projet de passer sur leur territoire. Ces derniers lui ont alors répondu que leur village n’avait jamais accepté le passage d’un roi et que Lat Dior ne serait pas une exception.

« Malgré ce refus catégorique, le Damel du Cayor était résolu à passer par Sambé. Avertis de son dessein, les gens de Sambé ont commencé à se préparer. La bataille a commencé autour d’un puits appelé Njan Pouye du nom du plus grand guerrier de cet affrontement », raconte Assane Ngom. « Quand Lat Dior a senti ses guerriers diminuer, il s’est replié pour revenir ensuite. Sa stratégie était de se positionner entre le puits et les gens de Sambé pour les empêcher de se ravitailler en eau. C’est ainsi qu’il a envoyé un guerrier qui s’appelait Mandoumbé Mara qui était monté sur le tamarinier qui surplombait le champ de bataille avec son fusil et abattait tous ceux qui s’approchaient du puits », narre M. Ngom. Cette stratégie, selon Assane Ngom, allait vite être déjouée par le tireur d’élite de Sambé nommé Njan Pouye. La légende raconte que même si sa cible se cachait derrière un arbre, sa balle pouvait contourner l’arbre et l’atteindre. « Quand les gens de Sambé avaient besoin de bois ou avaient soif, Njan Pouye se levait pour aller puiser l’eau. Les hommes de Lat Dior tiraient sur lui, mais les balles tombaient à terre. Il revenait et continuait la bataille. Par la suite, quelqu’un a compris le subterfuge et a montré à Njan Pouye le tireur d’élite de Lat Dior caché dans le tamarinier. Très adroit, Njan Pouye l’a visé et d’une balle l’a descendu, réduisant à néant l’espoir de Lat Dior. Ainsi, le Damel du Cayor n’est jamais passé par Sambé », explique-t-il.

Pour Assane Ngom, il y a nécessité de réécrire cette histoire. Car, soutient-il, certains griots ont voulu dénaturer le passage de Lat Dior à Sambé en disant qu’il a vaincu les gens de Sambé et qu’il est passé par Sambé. « Lat Dior n’a jamais traversé Sambé. Il a contourné le village pour aller dans le Sine », insiste-t-il.

Aujourd’hui, ce village, naguère considéré comme le cœur de la province du Mbayar, (Sambé avait toute son importance dans la région de Diourbel), est plongé dans l’anonymat. « Avec la domination coloniale française, Thiès était un cercle. Touba Toul et Sambé abritaient les résidences du chef de Canton à l’époque. Mais en 1895, celle de Sambé fut transférée à Diourbel et logeait à l’actuelle direction de l’agriculture, un bâtiment plusieurs fois centenaire », renseigne Assane Ngom. Mais, regrette-t-il, Sambé, malgré le rôle majeur qu’il a joué dans l’histoire de la contrée, a perdu son prestige. Ce village n’a eu droit à aucune reconnaissance. « Même quand il s’est agi de l’arrondissement, les autorités ont choisi Ndoulo au détriment de Sambé du fait des tiraillements entre ses habitants », regrette-t-il.

Seule satisfaction, Sambé a connu une expansion extraordinaire. Beaucoup de villages portent aujourd’hui le nom de Sambé. « Ndiapaly Coura Ngom a fondé Sambé et c’est de ce Sambé-là que sont partis tous les Sambé ; que ce soit Sambé Niakhène, Sambé Digue, Sambé Tocassone, Darou Sambé, Sambé Sante Yalla, Sambé Peul, sans compter les autres excroissances de Sambé à savoir Khodjil, Patar, Gappo, Diakael », relève M. Ngom. Selon le professeur d’histoire, le terroir de Sambé englobe l’ensemble de ces villages, mais l’origine, souligne-t-il, c’est Sambé Pethie, Sambé Guenth.

Par Mouhamadou SAGNE et
Samba Oumar FALL (textes)

Le Comité national de facilitation des transports et transit routier Inter-état a organisé, hier, un atelier de restitution des rapports de 2015, 2016 et celui du premier trimestre 2017 de l’Observatoire des pratiques anormales (Opa). Il est ainsi recommandé aux autorités de veiller à diminuer le nombre de postes de contrôles installés et de lutter contre les nombreuses tracasseries irrégulières notées dans le corridor.

Dans la mise en œuvre du programme régional de facilitation des transports et transit routier en Afrique de l’ouest, le rapport annuel 2016 de l’Observatoire des pratiques anormales (Opa) publié, hier, a ressorti, de manière globale, une persistance du nombre de postes de contrôle routier, des perceptions illicites et des retards induits. Ainsi, les tracasseries routières, par les coûts logistiques et retards qu’elles induisent, constituent une entrave à la compétitivité économique des pays de l’Uemoa dans l’échiquier du commerce mondial. Selon Cheikh Oumar Gaye, directeur des transports routiers «il ressort des enquêtes menées par l’Opa que le gouvernement du Sénégal ne cesse de déployer des moyens dans la sensibilisation des acteurs et la réduction des points de contrôle pour davantage réduire les tracasseries routières ». Ces résultats positifs par rapport aux autres pays restent, cependant, à améliorer compte tenu des normes communautaires qui fixent à trois le nombre de postes de contrôle tout au long du corridor et surtout relativement aux résultats non fameux enregistrés au premier trimestre, a-t-il dit.

Selon M. Gaye, de manière globale, le Sénégal présente des résultats satisfaisants en comparaison avec les pays de l’Union mais il devrait accroître les moyens et mesures pour maintenir la courbe d’évolution dans sa phase ascendante. En effet, malgré les efforts déployés, les résultats restent moins positifs par rapport à 2015. Après lecture du rapport, les organisateurs invitent au respect des règles et textes édictés dans la sous-région. Il est demandé aux autorités des différents pays concernés de veiller à identifier les pratiques anormales ce qui permettrait d’améliorer la compétitivité des routes.

L’amélioration de la libre circulation des personnes et des biens est fortement recommandée. Beaucoup de tracasseries sont ainsi notées dans le corridor. Ces désagréments induisent des retards dans les performances économiques de la sous-région. Ils viennent retarder les échanges qui ont cours au sein de l’espace sous-régional, regrette Aly Mboup, point focal de la rencontre. Il invite les autorités à instaurer une bonne gouvernance routière dans les principaux axes de l’Afrique de l’ouest afin de faciliter la libre circulation des personnes et des biens. Selon les chiffres publiés, hier, en 2015, 4 postes de contrôle étaient installés sur 100 km et 2 postes sur 100 km parcourus au Sénégal. En 2017, il est noté 6 postes sur 100 km parcourus à Burkina, 5 sur la même distance au Mali et 4 postes de contrôle sur 100 km parcourus au Sénégal. En ce qui concerne les perceptions illicites en 2015, c’est le Mali qui se classe en premier suivi du Niger vient ensuite le Burkina. Les perceptions illicites restent moins importantes au Sénégal et au Togo, rapporte le rapport.

Oumar BA

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