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Sciences et Technologies (138)

Le Sénégal accueille le Sommet africain de l’Internet (du 29 avril au 11 mai) avec comme enjeu la migration vers l’Ipv6.

En accueillant le Sommet africain de l’Internet (Ais’18), prévu du 29 avril au 11 mai, Dakar sera, pendant une semaine, la capitale de l’Internet africain. En prélude à cet événement, le ministre de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique, a tenu une conférence de presse, hier, avec le directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) pour décliner la feuille de route. Les 650 délégués venant de 54 pays africains qui prendront part à cette rencontre vont échanger sur plusieurs thèmes allant de la gouvernance d’Internet, la cryptologie ou l’Internet des objets. Justement, parmi les points saillants qui seront discutés, figure en bonne place l’utilisation du protocole Ipv6 (Internet protocole version 6), essentiel pour l’Internet des objets. En termes simples, l’Ipv6 utilise un protocole de réseau sans passer par la couche 3 du modèle Osi (Open system interconnexion) qui définit les 7 couches du modèle sur lequel est inspiré les couches du protocole Tcp/Ip, c’est-à-dire l’ensemble des protocoles utilisés pour le transfert des données sur Internet. Le fait de sauter la couche 3 donne plus de rapidité à la connexion parce que c’est à ce niveau que s’effectuent les connexions.

L’enjeu est crucial. « Nous allons vers l’Internet des objets, avec la 5G, et une connectivité de masse, et pour cela, l’Ipv6 est le protocole le plus adapté », explique le Dg de l’Artp, Abdou Karim Sall, invitant les opérateurs à accompagner cette innovation. L’Artp, qui annoncera à cette occasion son adhésion pour la mise en place de ce protocole au Sénégal, attend de ce rendez-vous « des éclairages nécessaires » pour des prises de décision qui vont avoir un impact dans le développement des Tic au Sénégal. En dépit d’appels pressants à accélérer la migration vers l’Ipv6 adressés aux fournisseurs d’accès à Internet et aux fournisseurs de contenu de la part d’Icann (sorte de gouvernement mondial de l’Internet), le déploiement de cette technologie reste très limité au niveau mondial.

Le Sommet africain de l’Internet, qui se tient depuis 2013 en Afrique, regroupe, chaque année, les organisations s’occupant de la gouvernance et de la coordination de l’Internet africain et se veut une plateforme internationale de promotion des produits et services des Tic en Afrique. En plus des opérateurs et des autorités gouvernementales, plusieurs acteurs (Icann, le régulateur mondial de l’Internet, les acteurs mondiaux des noms de domaines et de la gestion des adresses Ip), prendront part à cette rencontre. Il est prévu, lors de la première semaine, une formation (payante) pour un renforcement de capacités de la communauté africaine de l’Internet sur des thèmes relatifs aux enjeux actuels comme la cybercriminalité, la conception et l’exploitation des réseaux, la gestion des réseaux et des points d’échange Internet, etc. mais l’Artp a décidé de rendre gratuite cette formation pour 70 agents de l’administration et jeunes entrepreneurs. Pour Abdoulaye « Bibi » Baldé, la tenue à Dakar du Sommet africain de l’Internet confirme le leadership régional du Sénégal dans le domaine des Tic. En effet, d’après un rapport de l’Institut de recherche McKinsey Global Institute, le poids de l’Internet dans le Pib du Sénégal (3,3% en 2013) est le plus élevé en Afrique. « Le Sénégal a toujours soutenu le développement de l’Internet – mise en place d’un point d’échange, l’attribution de trois nouvelles licences de fournisseur d’accès internet – et adopté une gouvernance de l’Internet basée sur un modèle consensuel et multipartite avec l’implication de l’ensemble des parties prenantes », souligne le ministre.

Seydou KA

La formation des ressources humaines sur la cybersécurité est l’arme contre la fréquence des cyberattaques en pleine explosion à cause des enjeux économiques, géostratégiques. C’est tout l’enjeu d’un atelier sur les technologies émergentes et la cybersécurité, organisé récemment par Cisco en partenariat avec l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Les nouvelles technologies offrent à l’Afrique des opportunités pour rattraper son retard. Mais le continent noir, comme le reste du monde, sont tenus de se préparer à relever le défis posés par les hackers. Les cyberattaques sont dans l’ère du temps et ont comme toile de fond des enjeux économiques, politiques, géostratégiques, etc. Ce sont pour ces raisons que l’académie Cisco et l’Université Cheikh Anta Diop ont initié la formation des jeunes sur ces nouvelles problématiques. « Nous sommes en train de former des instructeurs, des formateurs Cisco de l’Afrique de l’Ouest et du Centre afin qu’ils puissent avoir des aptitudes techniques et théoriques leur permettant d’accompagner d’autres jeunes qui se lanceront sur les technologies émergentes », justifie Modou Fall, coordonnateur des ressources technologiques et pédagogiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Le bouillonnement de l’écosystème des innovations technologiques appelle à l’adaptation aux exigences sécuritaires. La réalisation de cet objectif n’est possible qu’en outillant les informaticiens du contient et surtout en les positionnant sur les nouveaux domaines de compétence comme la  virtualisation, « le cloud computing », l’Internet des objets, entre autres. « L’entreprenariat numérique occupe de nos jours une place très importante. En tant qu’instructeurs, nous voulons faire en sorte que ces jeunes comprennent les nouvelles technologies, notamment l’Internet des objets », recommande Modou Fall.

Auparavant, le responsable du programme à Cisco Académie, Omar Rhoulami, a insisté sur la formation des ressources humaines pour accompagner l’engouement et l’espoir suscités par les nouvelles technologies. L’Afrique, dit-il, a intérêt à se préparer à avoir des acteurs dans des disciplines ou spécialités comme l’intelligence artificielle. « Les années 97 ont été un tournant technologique de l’Internet. Aujourd’hui, nous sommes à un tournant de l’ère de l’intelligence artificielle ou de l’Internet prédictible.

Cette nouvelle ère demande une nouvelle compétence. Nous devons avoir des compétences sur la cybersécurité, les technologies émergentes, la « programmabilité » des réseaux. Nous avons formé des instructeurs sur les technologies émergentes », défend le responsable de programmes à Cisco Académie, Omar Rhoulami, qui a révélé que leur académie a formé plus de 12.000 étudiants sur les technologies intelligentes.

Idrissa SANE

De nos jours, nous sommes tous devenus des voyageurs virtuels grâce à tous ces partages sur les réseaux sociaux, les blogs…

Nous visitons la Grande Muraille de Chine, les Pyramides d’Egypte, New York, Zanzibar…grâce à nos amis, parents, collègues qui choisissent de partager ces moments uniques de leurs voyages à travers le monde. Conscients de la force des réseaux sociaux dans la promotion d’une destination touristique, les membres du Réseau des blogueurs du Sénégal ont organisé un #NdadjeTweetup (rencontre mensuelle) sur “L’apport du blogging dans le tourisme au Sénégal”.

Ce rendez-vous des blogueurs a eu lieu à Dakar et a vu la participation de plus de 80 acteurs du digital, du tourisme sénégalais, de photographes, d’étudiants, de cinéastes, tous engagés dans la promotion du tourisme au Sénégal.

Vaste thème – longues discussions
Les différents intervenants invités ont campé le débat et orienté les échanges autour des principaux leviers nécessaires pour booster le tourisme au Sénégal. Après un large tour d’horizon sur l’importance du blogging, l’assistance a fait une session de networking animée par Pape Gahn Bâ.

Promotion du Made In Sénégal
Rokhaya Solange Ndir Mbengue a ouvert les discussions en faisant une présentation de sa plateforme “Je consomme Made In Senegal” qui fait la promotion du consommer local. Ambassadrice de la destination Sénégal, Madame Mbengue, s’engage via sa plateforme à donner vie aux belles créations des artisans. Elle a beaucoup insisté sur l’importance des outils numériques dans la promotion du « Made In Sénégal » et dans la sauvegarde de notre patrimoine. Quoi de mieux que l’art, la mode, le stylisme…pour vendre une destination touristique ?

En parlant de mode, Ibrahima Cissé, initiateur du Festival de la Mode, a fait une présentation autour de l’importance de l’apport des créateurs dans le tourisme. Avec le concours organisé à l’occasion de la FIMODAK, Ibrahima fait découvrir au Sénégalais les belles créations de nos stylistes mais aussi nous fait découvrir les blogueurs lifestyle et autres acteurs de la mode spécialisés dans la promotion de la mode Made In Sénégal via internet. Ses chaussures et sa tenue créées par le grand styliste Lahad Guéye ont fait sensation durant le NdadjeTweetup.

L’image est un point important dans la promotion touristique et nos photographes de l’association Sunu Nataal, Mamadou Le Mind Diop, Pamphile et Amath Niane le confirment lors de leurs brillantes interventions. Savoir prendre les bonnes photos, aux bonnes heures et positions, créer une histoire derrière ces prises, ressortir toute la chaleur des sourires, des rires sont autant de détails précieux développés par ces photographes reconnus pour leur talent et leur engagement dans la promotion de la destination Sénégal. En plus de donner des astuces efficaces pour bien utiliser les photos en ligne, ces photographes ont régalé l’assistance avec des prises de vue à couper le souffle. Le digital est un allié de taille pour ces photographes 2.0. Parler efficacement du tourisme est tout un art mais il faut aussi maitriser certaines techniques et outils importants pour toute personne qui s’engage dans la promotion d’une destination via le blogging. Natty Seydi Ndiaye, nous a parlé de contenu web pour la promotion de la destination Sénégal. Avec un exposé concis sur le contenu, la qualité, le référencement, les astuces.

Les participants ont reçu un cours magistral de la part de ce spécialiste du digital. Un exemple concret d’outils de promotion a été présentée par Kadia Sow avec l’application VUE D’AFRIQUE qui permet de découvrir les différents sites classés Patrimoine Historique de l’UNESCO.

Après tous ces exposés sur le contenu, les techniques, il est important de penser business model et durabilité, Pape Ba Gahn, qui accompagne beaucoup d’entrepreneurs a intervenu sur ce plan en donnant des éléments clés aux participants en ce qui concerne le business model des blogs pour avoir une longue durabilité. “Chaque citoyen peut activement participer à la promotion de la destination Sénégal même avec juste un smartphone; nous ne devons rien minimiser car nous avons un beau pays, stable et attrayant qui mérite sa place parmi les plus belles destinations d’Afrique et du monde”

Moussoukoro DIOP
DigitalLover
#DigitalMousso
www.moussoukorodiop.com
Twitter : @mamouchkadiop

Suite à des articles parus dans les medias,  « France 24 » et « Jeune Afrique »,  prêtant à Samuel Eto’o des intentions présidentielles, le concerné a apporté un démenti. Dans un communiqué faisant office de droit de réponse, l’ancien international camerounais  nie catégoriquement, nourrir  l’ambition de se présenter à la prochaine élection présidentielle de son pays.  «J’estime que les propos tenus à mon encontre portent atteinte à mon honneur et véhiculent de nombreuses allusions malsaines », fait-il savoir. « Profitant d’une tradition séculaire liée au 1er avril, certains « journalistes » ont publié dans leurs éditions en ligne, une interview fictive sur une supposée volonté de ma part de me présenter au scrutin présidentiel camerounais de 2018, a-t-il poursuivi. Au regard de ce qui a été écrit, il apparaît que ces derniers ont voulu surfer sur deux éléments pour générer un effet malsain de buzz ».  Eto’o semble comprendre cette approche, qui, dit-il, intervient suite à  «la récente élection de Georges Weah à la présidence de la République du Liberia».

Oumar Bâ

Le combat de lutte, qui s’est soldé par la victoire de Balla Gaye 2 sur Gris Bordeaux, a beaucoup fait parler de par la décision arbitrale mais aussi par le modèle de diffusion. « Le combat n’était pas accessible sur les chaines de télévision mais par mobile », assure Aly, grand amateur de lutte. Ce passionné du sport national sénégalais décrit par le menu le système mis en place pour avoir accès en direct aux images du combat. « Il fallait acheter un « pass » de 1 500 FCfa qui permettait à travers un code d’être connecté sur la plateforme de diffusion du combat ». C’est un système appelé « Pay-per-view ». Si le procédé est une nouveauté au Sénégal pour une rencontre sportive, il a cours dans plusieurs pays. Le dernier en date est le très médiatique combat entre Floyd Mayweather, champion de boxe et Conor Mc Gregor, champion de MMA.

Une révolution technologie au Sénégal, donc, car c’est la rencontre entre deux secteurs très porteurs. En effet, si le football local (hors équipe nationale) ne draine pas les foules, la lutte continue à surfer sur un succès redouté (à cause de la violence) mais assuré. De l’autre, les innovations technologies dans un pays où il y a plus de téléphones portables (plus de 15 millions, selon l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) que d’habitants.

Dans ce contexte, il est difficile de reprocher au promoteur l’audace de cette innovation au Sénégal. En revanche, dans le contrat tacite qui le lie aux consommateurs, il y beaucoup à dire. Plusieurs témoignages sur les réseaux sociaux ont fait état de dysfonctionnements dans la diffusion du combat. « Je n’ai pas pu voir la fin du combat car l’image n’apparaissait plus sur mon téléphone », affirme Aly, le fan de lutte. D’autres ont eu recours à des subterfuges pour détourner le dispositif payant pour regarder le combat à moindre frais. Mountaga Cissé, consultant, formateur en nouveaux médias, résume la situation dans un billet sur son blog : « Pour la première fois au Sénégal, une retransmission en direct sur Internet a dépassé les cent mille (100 000) vues simultanées, c’est-à-dire cent mille personnes qui regardent en même temps un même flux. Ce qui est important à noter est que ces cent mille vues simultanées ne provenaient pas de la diffusion Pay-per-view du promoteur via son site ballagris.com mais plutôt de Youtube. Oui, ils ont été nombreux ceux qui ont contourné la plateforme ballagris.com en passant par Youtube et Facebook.

Une faille du système qui constitue un gros manque à gagner pour Luc Nicolaï & Co.

Moussa DIOP

Le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) a ouvert à l’économie sénégalaise et à notre vie sociale deux champs différents. L’un est le versant positif avec des opportunités prometteuses en termes d’efficience, de compétitivité et d’inclusivité. Le second versant en appelle à des questionnements.

« Toute cette activité administrative, économique et sociale, rendue performante par l’usage des TIC, est en même temps très exposée aux menaces inhérentes au cyberespace et qui ont pour noms : terrorisme, espionnage, piratage, négligence humaine », prévient Cherif Diallo, directeur des Technologies de l’information. Ce sont les effets de ce versant qui ont conduit au scandale appelé Cambridge Analytica avec les 87 millions de données piratées depuis le réseau social Facebook.

Dès 2008, le Sénégal a adopté un ensemble de lois portant sur le cyberespace, ainsi que leurs décrets d’application (la loi n° 2008-08 relative aux transactions électroniques ; la loi n° 2008-10 relative à la loi d’orientation  sur la société de l’information (LOSI) ; la loi n° 2008-11 relative sur la cybercriminalité ; la loi n° 2008-12 relative à la protection des données personnelles ; la loi n° 2008-41 relative à la Cryptologie).

« La Commission de protection des données (CDP), une autorité indépendante, a été créée par la loi n° 2008-12 du 25 janvier 2008 portant sur la protection des données à caractère personnel.

Elle est chargée de vérifier la légalité des fichiers et de toutes collectes, utilisations et transmissions de renseignements concernant des individus identifiables et doit assurer dans ce contexte le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes physiques, notamment de leur vie privée », rappelle Dr Diallo.

La CDP, conformément à ses prérogatives de protection des consommateurs et citoyens sénégalais « ne cesse de faire des efforts, pour assurer la protection de leurs informations personnelles ; pour s’en convaincre, il suffit de passer en revue les avis et mises en demeure en ce sens ».

Pour autant, le champ d’application de la législation sénégalaise « va au-delà des activités des simples opérateurs économiques (pour qui leur business model trouve son siège dans les données), mais s’étend également à celles de l’État, ses démembrements et des collectivités locales », pour Cherif Diallo. Sur l’international, notamment en Europe, on évoque le critère de niveau de protection adéquat pour justifier la libre circulation des données vers des pays tiers. « En termes plus clairs, l’adéquation de la protection des données dans un pays tiers signifie que les principes majeurs de la protection des données soient effectivement mis en œuvre dans le droit interne de ce pays », explique le directeur des TIC. Ce niveau de protection adéquat permet aux entreprises de l’État tiers d’échanger des données personnelles avec celles des États membres sans qu’aucune garantie supplémentaire ne soit nécessaire. Dans ce cadre, le Sénégal a adhéré à la convention  n° 108 du 28 janvier 1981 pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel et aussi ratifié à la Convention de Budapest sur la cybercriminalité.

M. DIOP

LA POLITIQUE, C’EST AUSSI LA VIE PRIVÉE ?
Les pudeurs de gazelle vont de paire avec le petit oiseau. Comprenez : « je préfère Twitter à Facebook pour protéger ma vie privée ». C’est un propos redondant entendu maintes fois au détour d’une discussion qui n’a rien à envier aux brèves de comptoirs. Défendre l’idée que sur Facebook, c’est risqué de mettre en scène sa vie privée, est une chose. Le faire et répandre sur le même réseau social ses opinions politiques ou religieuses, en est une autre. C’est même avoir une curieuse manière d’aborder la sacro-sainte vie privée. Avec l’affaire Cambridge Analytica, il apparaît clair que Facebook en sait un peu trop sur tout le monde. Et mieux, le groupe dirigé par Mark Zuckerberg détient potentiellement des éléments qui peuvent faire pencher d’un bord une élection présidentielle américaine. Donc donner son opinion politique sur les réseaux sociaux est une intrusion sur la vie privée qui peut rivaliser avec un live Facebook du baptême du petit dernier de la famille. Ce n’est pas pour rien qu’au moment de faire un choix, il est demandé à l’électeur de passer par l’isoloir.

Par Moussa Diop

SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE : COMMENT LE SÉNÉGAL GÈRE LES DONNÉES NUMÉRIQUES DE SES CITOYENS
Donnees NumeriquesLe développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) a ouvert à l’économie sénégalaise et à notre vie sociale deux champs différents. L’un est le versant positif avec des opportunités prometteuses en termes d’efficience, de compétitivité et d’inclusivité. Le second versant en appelle à des questionnements.

« Toute cette activité administrative, économique et sociale, rendue performante par l’usage des TIC, est en même temps très exposée aux menaces inhérentes au cyberespace et qui ont pour noms : terrorisme, espionnage, piratage, négligence humaine », prévient Cherif Diallo, directeur des Technologies de l’information. Ce sont les effets de ce versant qui ont conduit au scandale appelé Cambridge Analytica avec les 87 millions de données piratées depuis le réseau social Facebook.

Dès 2008, le Sénégal a adopté un ensemble de lois portant sur le cyberespace, ainsi que leurs décrets d’application (la loi n° 2008-08 relative aux transactions électroniques ; la loi n° 2008-10 relative à la loi d’orientation  sur la société de l’information (LOSI) ; la loi n° 2008-11 relative sur la cybercriminalité ; la loi n° 2008-12 relative à la protection des données personnelles ; la loi n° 2008-41 relative à la Cryptologie).

« La Commission de protection des données (CDP), une autorité indépendante, a été créée par la loi n° 2008-12 du 25 janvier 2008 portant sur la protection des données à caractère personnel. Elle est chargée de vérifier la légalité des fichiers et de toutes collectes, utilisations et transmissions de renseignements concernant des individus identifiables et doit assurer dans ce contexte le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes physiques, notamment de leur vie privée », rappelle Dr Diallo.

La CDP, conformément à ses prérogatives de protection des consommateurs et citoyens sénégalais « ne cesse de faire des efforts, pour assurer la protection de leurs informations personnelles ; pour s’en convaincre, il suffit de passer en revue les avis et mises en demeure en ce sens ».

Pour autant, le champ d’application de la législation sénégalaise « va au-delà des activités des simples opérateurs économiques (pour qui leur business model trouve son siège dans les données), mais s’étend également à celles de l’État, ses démembrements et des collectivités locales », pour Cherif Diallo. Sur l’international, notamment en Europe, on évoque le critère de niveau de protection adéquat pour justifier la libre circulation des données vers des pays tiers. « En termes plus clairs, l’adéquation de la protection des données dans un pays tiers signifie que les principes majeurs de la protection des données soient effectivement mis en œuvre dans le droit interne de ce pays », explique le directeur des TIC. Ce niveau de protection adéquat permet aux entreprises de l’État tiers d’échanger des données personnelles avec celles des États membres sans qu’aucune garantie supplémentaire ne soit nécessaire. Dans ce cadre, le Sénégal a adhéré à la convention  n° 108 du 28 janvier 1981 pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel et aussi ratifié à la Convention de Budapest sur la cybercriminalité.

M. DIOP

ZUCKERBERG CONVOQUÉ LE 11 AVRIL
Zuckerberg« Au total, nous estimons que les informations Facebook d'au moins 87 millions d'utilisateurs – la plupart aux États-Unis – ont pu être partagées de façon indue avec Cambridge Analytica », a écrit le groupe, mercredi 5 avril. L’annonce est en quelque sorte un préambule des explications de Mark Zuckerberg prévues le mercredi 11 avril.

En effet, le PDG de Facebook devra s’expliquer sur le scandale Cambridge Analytica mais aussi sur les accusations de manipulations politiques imputées à la Russie lors de la présidentielle de 2016. Sur cette dernière affaire, Mark Zuckeberg a annoncé, le 5 avril, la suppression de 270 pages et comptes Facebook et Instagram gérés par la société russe Internet Research Agency (IRA), qui se trouvait déjà, selon le renseignement américain, derrière l'opération de désinformation lancée pour déstabiliser la campagne présidentielle américaine de 2016.


Faire face aux manipulations politiques
En 2017, Facebook avait déjà supprimé des centaines de faux comptes de l'IRA destinés à influencer les débats politiques aux États-Unis, ainsi que 30 000 ciblant les élections en France et d'autres encore en Allemagne.

Facebook supprime cette fois des comptes ciblant des personnes en Russie ou dans des pays où le russe est parlé tels l'Azerbaïdjan, l'Ouzbékistan et l'Ukraine.

Moussa DIOP


CHERIF DIALLO, DTIC : « LA SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE PEUT ÊTRE COMPROMISE AVEC LE CLOUD »
Cherif Diallo CticDirecteur des Technologies de l’information et de la communication (DTIC) au ministère de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique, Chérif Diallo met la protection des données personnelles au cœur de ses missions.

Peut-on parler de souveraineté numérique au Sénégal quand les données des Sénégalais sont stockées à l’étranger avec les applications comme Facebook, WhatsApp, Twitter et autres ?
La souveraineté numérique ne se définit pas seulement par rapport à la territorialisation physique des données des citoyens. Les Etats demeurent souverains et indépendants.

Cela dit, il est vrai que la souveraineté numérique pourrait être un peu compromise lorsque certaines données sont stockées dans le Cloud. Mais n’empêche que grâce à un cadre juridique et règlementaire solide, des dispositifs de cybersécurité efficaces, une excellente coopération régionale et internationale, le pays pourra préserver sa souveraineté.

Le Sénégal accueille le Sommet africain d’Internet du 29 avril au 11 mai et, dans ce cadre, plusieurs discussions et séances de travail sont prévues pour aborder cette problématique qui est vraiment devenue une priorité pour les instances de gouvernance de l’Internet.

Le scandale Cambridge Analytica (ou son équivalent) peut-il toucher le Sénégal ? 
A ce jour, le Sénégal n’est pas encore touché vu les statistiques publiées par Facebook. Cette menace pourrait bien toucher n’importe quel pays, d’autant plus que si aujourd’hui il s’est avéré que 87 millions de comptes Facebook qui seraient presque tous des comptes américains, un des pays les plus développés au monde, et leurs données seraient utilisées pour orienter la campagne présidentielle du président américain. De ce fait, nul n’est à l’abri de ce type de scandale. Il est donc important de faire des efforts considérables dans la sensibilisation. Avec la validation de notre Stratégie nationale de cybersécurité, et de notre plan d’actions de protection des enfants en ligne, nous avons déjà engagé des mesures pour faire face à ce genre de menace.

Quelles sont les solutions que vous préconisez pour éviter un tel scandale au Sénégal ?
Il est important de renforcer notre cadre juridique et règlementaire pour tenir compte des nouvelles mutations technologiques. Il faudrait également mettre en place un système d’alerte et de veille : nous allons mettre en place un CERT national dans le cadre de la mise en œuvre de notre stratégie nationale de cybersécurité. La sensibilisation des pouvoirs publics et des utilisateurs n’est pas à négliger. En définitive, il s’agit d’imposer un certain nombres de mesures de sécurité à respecter par les GAFAM sous peine de sanctions, en s’inspirant du Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui rentrera en vigueur dans l’espace Union européenne en mai 2018.

Propos recueillis par M. DIOP

SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE : FACEBOOK AU CŒUR D’UN SCANDALE DE MANIPULATION POLITIQUE
Donnees FacebookDepuis la deuxième quinzaine de mars, Facebook, le réseau social préféré des Sénégalais, est au cœur d’un scandale sur la gestion des données personnelles de ses abonnées aux Etats-Unis et dans le monde. Il s’agit de l’affaire dite Cambridge Analytica. De quoi s’agit-il exactement ? Explications

Qu’est-ce que Cambridge Analytica ?
Créée en 2013, Cambridge Analytica est une entreprise spécialisée dans la collecte et l'analyse de données en ligne, dans le cadre de campagnes électorales. «Il s'agit d'une filiale du groupe britannique SCL, qui conseille ses clients en stratégie de communication et en marketing ciblé renseigne Le Figaro. D’ailleurs, Cambridge Analytica s'est surtout fait connaître pour avoir été utilisée par l'équipe de Donald Trump. Steve Bannon, ancien directeur de campagne du candidat républicain, était lui-même investisseur et vice-président de Cambridge Analytica ».

Le cœur de l’affaire
Tout démarre le 17 mars. Deux journaux (New York Times et London’s Observer) mettent en cause Cambridge Analytica pour le motif d’obtention illégale de données sur plus de 50 millions d'utilisateurs de Facebook (deux semaines plus tard, le chiffre sera revu à la hausse, on parle désormais de 87 millions). Pour ce faire, l'entreprise aurait eu recours aux services d'un sous-traitant, Global Science Research (GSR), et d'Aleksandr Kogan, professeur à la prestigieuse université de Cambridge. Ce dernier a développé une application de tests de personnalité, censée être utilisée dans le cadre de recherches universitaires. Les utilisateurs étaient rémunérés s'ils répondaient à des questions, ainsi qu'en accordant un accès à leurs données sur Facebook. Ces informations et celles des amis des personnes ayant participé à cette étude ont ensuite été transmises à Cambridge Analytica par Aleksandr Kogan. Les 87 millions de profils d’utilisateurs de Facebook auraient été utilisés dans le cadre de la campagne électorale de Donald Trump, afin de comprendre et d'influencer l'opinion des électeurs américains, au travers de publicités en ligne, de l'organisation d'événements et d'opérations de communication ciblée.

Quel est rôle de Facebook ?
La firme Cambridge Analytica, ayant plus tard travaillé pour l'équipe de campagne de Donald Trump, a récupéré, via un questionnaire psychologique téléchargé par plus de 300 000 personnes dans le monde, une précieuse base de données. À l'époque, les applications autorisées par une personne avaient accès aux données de ses amis. Cette option a été supprimée en 2014, mais Mark Zuckerberg a reconnu que le réseau social devait mieux contrôler lui-même l'usage des données par les applications. Le réseau social dirigé par Mark Zuckerber. Celui-ci promet alors de faire la lumière sur cette affaire en prenant les services d’enquêteurs. Facebook a déjà expliqué qu’Aleksandr Kogan avait pu récolter légalement les données des utilisateurs, mais avait «violé les règles de la plateforme» en les transmettant à Cambridge Analytica. C’est ainsi que Facebook a suspendu tout accès à ses données aux entreprises et personnes incriminées dont Cambridge Analytica. Mark Zuckerberg a reconnu, le 21 mars, que la responsabilité de son organisation « est de protéger les données (des abonnés) », et que si Facebook échoue à remplir sa mission, le réseau social ne mérite pas de servir les internautes. De son côté, Cambridge Analytica affirme qu'elle ignorait que le professeur de Cambridge avait eu accès illégalement à ses données.

La société dit également avoir supprimé ces données en 2015, après que Facebook a lui-même supprimé l'application d'Aleksandr Kogan de son service. Le New York Times et le London's Observer disent, eux, que ces informations ont bien été conservées par Cambrige Analytica.

M. DIOP

CHEIKH BAKHOUM, DG ADIE ET PCA DE SENIX : « LE POINT D’ÉCHANGE INTERNET, GAGE DE SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE »
Bakhoum AdieAvec la multiplication des lignes internet estimées à près de 9 millions en 2017, la qualité de la connexion se dégradait sérieusement. C’est pourquoi l’Agence de l’Informatique de l’Etat (Adie) a jugé opportun de mettre en place une solution pour accroitre la qualité de la connexion Internet. C’est tout le sens des différents projets entrepris et/ou réalisés par l’Adie.

«L'Adiea engagé depuis longtemps, un ambitieux programme pour mener notre pays vers une relative souveraineté numérique, avec la mise en place des premiers Datacenter au Sénégal dédiés aux données de l'Administration sénégalaise. Aujourd'hui les opérateurs ont presque tous leur Datacenter, nous avons ensuite mis en place les premiers réseaux de fibre optique nationaux au Sénégal, qui permettent à nos communications de rester dans le périmètre local et avec un très haut débit. Aussi, avec le Point d'échange internet national nous pouvons désormais interconnecter tous les opérateurs présents sur le territoire sénégalais entre eux, ce qui éviterait ainsi l’utilisation des fibres optiques avec les câbles sous-marins internationaux pour nos communications locales. Désormais, les échanges Internet entre sénégalais n’auront plus besoin de transiter par des routeurs à l’étranger. Nous ne serons plus à la merci du trafic international, car nous avons, désormais notre internet local. C’est un gage de souveraineté numérique », assure-t-il.

Oumar FEDIOR

DATACENTER, POINT D’ECHANGE INTERNET… : LA SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE PREND FORME
Jusqu’à un passé récent, les données des entreprises et autres structures étaient stockées dans des serveurs installés dans des pays comme la France, les Etats-Unis… En plus d’engendrer des coûts exorbitants, cette situation exposait les données parfois sensibles à toutes sortes de menace. L’ayant compris, des acteurs de diverses catégories se sont ruées vers la mise en place de Datacenter. De la Sonatel à Tigo, en passant par l’Adie et Gaïndé 2000, ils disposent d’une infrastructure de stockage de données où sont regroupés des équipements constituants du système d’information d’une entreprise. Une avancée majeure dans un monde où même les plus gros systèmes ne sont pas épargnés par la cybercriminalité.

«Le mobile et le cloud tiennent une place prépondérante dans le monde d’aujourd’hui. C’est pourquoi la protection des données est un problème complexe pour les entreprises, puisque les données ne résident plus uniquement dans le périmètre de leur réseau », indique Serge Ntamack, directeur régional Affaires publiques de Microsoft Afrique.

En effet, régulièrement confrontées à des soucis avec les serveurs, les entreprises ont besoin d’entrer en contact avec l’hébergeur en cas de pépin. Ce qui n’est pas évident quand il se trouve à mille lieues de sa zone. «En plus de la puissance, l’hébergé a besoin d’un répondant 24h/24. C’est ce qui fait la différence avec les grands hébergeurs. Par exemple, quelqu’un qui se fait héberger a besoin d’avoir un interlocuteur en temps réel en cas de pépin. C’est pourquoi en se faisant héberger chez soi, on est plus rassuré. Parce qu’à l’international, dès que c’est coupé, on a de sérieux problèmes. C’est une fois arrivé à Wari, et il en a souffert », explique le directeur de la plateforme In Touch, Omar Cissé. Pour Ousmane Dia, directeur des entreprises de Sonatel, avec son Datacenter d’une capacité de 70 baies actives, deux (02) locaux opérateur/fédérateur (OP/FED) d’une surface technique utile de 32m² pouvant accueillir chacun 10 baies IT de 800×800 mm organisées, même les grands projets de l’Etat peuvent y être hébergés. «Ce sont des besoins qui ne peuvent pas être délocalisés à l’étranger. Ainsi, le développement des contenus locaux avec le rapatriement des portails hébergés à l’extérieur ainsi que la mise en œuvre d’un écosystème pour les développeurs, sont autant de facteurs qui vont participer à la croissance de l’économie et de la souveraineté numérique. »

O. FEDIOR

UNE AUBAINE POUR LES PME ?
Principale composante du paysage économique sénégalais, les Petites et moyennes entreprises (PME) étaient traitées de la même manière que les grandes entreprises. Une incongruité que les Datacenter corrigent. «L’entreprise hébergée, qu’elle soit petite ou grande, ne paie qu’en fonction de ses besoins. Il y a une flexibilité qui varie selon les besoins. Les grandes entreprises peuvent en profiter, au même titre que les Pme qui ont plus besoin de faire des économies sur les charges », souligne Ousmane Dia.

O. FEDIOR

En libéralisant l’accès aux codes Ussd, jusque-là une chasse gardée des opérateurs de téléphonie, l’Artp veut impulser une nouvelle dynamique de développement des services mobiles innovants et favoriser l’inclusion financière. Au grand bonheur des acteurs de l’écosystème du numérique. Hormis, peut-être, les opérateurs de téléphonie.

L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) vient d’accéder à une forte demande des acteurs du secteur numérique, mais aussi des banques et de toutes les structures proposant des services financiers digitaux ou de monnaie électronique. Son directeur général, Abdou Karim Sall, a annoncé, hier, lors d’un point de presse, une « libéralisation » de l’accès aux codes Ussd. De l’anglais Unstructured supplementary services data (données de services supplémentaires non structurés), l’Ussd permet d’accéder à des services à valeur ajoutée tels que le paiement électronique ou le mobile money à partir du téléphone portable. Jusqu’à présent, ces codes étaient étaient exclusivement détenus et exploités par les opérateurs de téléphonie mobile qui « pour des raisons évidentes pouvaient limiter ou bloquer leur accès aux autres acteurs », alors qu’ils (ces codes) constituent un canal fondamental permettant d’offrir des services financiers et autres services innovants. C’est cette situation de monopole décriée par les autres acteurs et qui est « fortement préjudiciable à la concurrence et à l’innovation » que l’Artp veut casser, avec la mise en place de ce nouveau cadre juridique. L’objectif est de permettre aux acteurs de tout l’écosystème d’impulser « une nouvelle dynamique de développement des services mobiles innovants ». « A travers cette décision, nous avons l’ambition de créer les conditions d’accès équitable à ce que nous considérons comme une facilité essentielle », justifie Abdou Karim Sall.

Pionnier en Afrique francophone
Naturellement, cette décision ne plaît pas forcément aux opérateurs de téléphonie qui voulaient continuer à « garder leur périmètre », même si l’Artp assure avoir opté pour une démarche concertée, incluant l’ensemble des parties prenantes : opérateurs de téléphonie mobile, fournisseurs à valeur ajoutée, etc. En effet, cette décision aura plusieurs implications sur l’écosystème du numérique. A commencer par une diminution des frais d’accès qui vont passer de 1 million à 350 000 FCfa (les trois opérateurs de téléphonie ont accepté de s’aligner sur ce tarif). Mais l’enjeu est ailleurs. D’abord, les opérateurs ne peuvent plus octroyer des codes Ussd qui seront sous le contrôle « exclusif » de l’Artp. Désormais, tout fournisseur de services à valeur ajoutée devra s’adresser à l’Artp pour avoir un code Ussd. Il y a aussi l’interopérabilité des différents codes, indépendamment de l’opérateur auquel on est abonné. L’Artp entend ainsi renforcer, avec cette décision, la concurrence dans le secteur des télécommunications, en particulier sur le segment de la téléphonie mobile, et promouvoir l’innovation, la baisse des prix des services, tout en s’alignant sur les meilleurs standards internationaux. « Il s’agit, pour nous, de donner la possibilité aux acteurs locaux, Pme, start-ups, acteurs de l’industrie numérique locale et d’autres secteurs de disposer facilement d’outils leur permettant de proposer à la population des services innovations au meilleur prix », plaide le Dg de l’Artp. L’Union internationale des télécommunications (Uit) demande aux autorités de régulation de favoriser l’accès des acteurs non opérateurs de téléphonie mobile aux codes Ussd afin d’encourager l’inclusion financière des populations en Afrique, mais, à ce jour, très peu de pays ont suivi cette recommandation. Le Sénégal fait ainsi œuvre de pionnier en Afrique francophone. Jusque-là, seuls l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Kenya et le Ghana avaient libéralisé l’accès aux codes Ussd. En Côte d’Ivoire, le processus est enclenché, mais les opérateurs de téléphonie continuent de faire de la résistance. L’Artp promet d’appliquer cette décision de « manière rigoureuse ». Et ceux qui seront tentés de bloquer la procédure se verront appliquer les sanctions prévues par le code des télécommunications.

Seydou KA

Dans le cadre de sa politique de Responsabilité sociétale d’entreprise et de son soutien au développement de l’écosystème numérique au Sénégal, Sonatel a lancé, le 29 mars dernier, la première édition de « Let’s meet up ! » Il s’agit d’une plateforme d’échanges et de partage avec les acteurs de l’écosystème numérique, notamment les start-up. Selon un communiqué, à travers « Let’s meet up ! » Sonatel souhaite créer un cadre d’échanges privilégié entre l’écosystème numérique et Sonatel qui offre son expertise aux start-up afin de les aider à améliorer leur performances. « Ce soutien passe par la mise à leur disposition de plateformes d’échanges, l’accès à ses réseaux et services, la création de mécanismes d’accélération ou d’incubation spécifiques ainsi que des supports pour le financement et la gestion », informe le document. Il ajoute que Sonatel compte recueillir les besoins et les attentes des acteurs de l’écosystème numérique avec ses partenaires du ministère de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique, des start-up accompagnées par Sonatel, des incubateurs, des grandes entreprises partenaires, de Orange digital venture (Odv), de Téranga Capital, de l’ambassade de France et de la présidence de la République. Le lancement de cette première édition de « Let’s meet up ! » a été aussi l’occasion de remettre les Prix du Linguère digital challenge dont la troisième édition s’est tenue, du 31 octobre au 31 décembre 2017, avec 103 start-up candidates. Awalebiz, plateforme de e-commerce, gagne le premier Prix de 7.500.000 FCfa et un accompagnement technique d’une valeur de 2.500.000 FCfa. Le deuxième Prix, d’un montant de 2.500.000 FCfa en nature et un accompagnement d’une valeur de 2.500.000 FCfa est revenu aux « Gourmets, plateforme agro-alimentaire en ligne ». Enfin, le troisième, composé d’un montant de 1.500.000 FCfa et un accompagnement technique de 2.500.000 FCfa, a été remporté par « Dakar lives, une plateforme créative et un hub culturel ».

Ibrahima BA

Les amazones 2.0 du genre

13 Mar 2018
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Il faut sortir d’un cercle pour en voir le tracé. C’est une vision qui peut être appliquée à la présence digitale des femmes au Sénégal. Avec 9 millions d’abonnés à l’internet mobile, le Sénégal est dans la locomotive du train numérique africain fort de ses 170 millions d’utilisateurs des réseaux sociaux (d’après une étude de we are social parue en février 2017). Dans le détail, il y a 35 millions d’utilisateurs de Facebook et 6 millions d’Instagram en Afrique de l’Ouest. « Où (en) sont les femmes », chantait l’indémodable Patrick Juvet. Elles brillent par leur présence dans le digital même s’il n’existe pas encore d’étude spécifique couvrant tout le secteur. A travers une galerie de portraits et une rencontre digitale, nous avons effectué un choix subjectif de femmes dont l’activité professionnelle et économique est symbolique de l’avancée du genre dans le digital au Sénégal.

Par Moussa DIOP

BITILOKHO NDIAYE, L’AMBASSADRICE DU GENRE
Bitilokho NdiayePlus jeune, Bitilokho Ndiaye rêvait d’être ambassadrice ou journaliste afin de « se battre pour créer un monde juste et équitable ». Elle a trouvé le digital comme catalyseur de ses principaux rêves.

« Un engagement personnel au renforcement de la participation des femmes dans le domaine du numérique en tant que consommatrices mais aussi créatrices et innovatrices ». En résumé, c’est ce qui fait courir Bitilokho Ndiaye, la passionnée du digital aux nombreuses activités. Elle occupe le poste de conseillère technique chargée des questions de genre au Ministère de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique. Pour ne pas travailler dans la vie, il faut, paraît-il, faire de sa passion son labeur. La présidente de Festic (l’Association des femmes sénégalaise dans les Tic) l’a bien comprise et mis en application en réunissant ces deux passions : effacer les inégalités de genre et le développement du digital au Sénégal. « Le ministère a pris les questions du genre comme priorités dans les politiques du secteur du numérique avec l’objectif du renforcement de l’accès et des capacités des femmes dans ce domaine », plaide celle qui est également chargée de projet en genre et numérique.

Champs à investir
Dans le monde, il y a moins de 30% de femmes travaillant dans le domaine des technologies (selon les chiffres de l’Union internationale des télécoms). « Au Sénégal, l’intégration du genre dans le domaine des technologies montre qu’elles sont plus nombreuses que les hommes dans un métier comme informaticienne (+80%), se réjouit Bitilokho Ndiaye. En revanche, les femmes sont moins présentes dans le développement d’applications, la gestion des données. Il y a nécessité de renforcer les compétences ». La conseillère au ministère des Télécoms investit dans l’organisation de la journée internationale des filles dans les Tic pour « développer des vocations » chez les plus jeunes. « C’est pareil quand nous invitons les filles lors de journées portes ouvertes dans des entreprises du numérique, poursuit Bitilokho Ndiaye. L’organisation du concours « Djiguèn Ci Tic » avec la présentation de projets innovants pour régler des questions socioéconomiques. Les meilleurs projets sont sélectionnés, accompagnés et financés ».

Hyper connectée
Le combat de Bitilokho Ndiaye est d’amener l’Etat sénégalais ainsi que les pouvoirs publics et privés à intégrer le genre dans toutes les politiques du domaine du numérique. C’est important car le Sénégal fait partie des leaders en Afrique dans « la participation du numérique au Pib avec 3,5% ». « Hyper connectée », Bitilokho Ndiaye publie, commente et gère « quatre pages dans le domaine du genre et des Tic, une plateforme de femmes dans le domaine du digital sur WhatsApp ». Convaincue que le Digital offre beaucoup d’opportunités, « c’est devenu incontournable car 95% des emplois y sont liés ».

Pourtant, elle était loin de l’univers des technologies dans son cursus universitaire. D’une formation de sociologue, elle s’est très tôt intéressée aux questions d’équité sociale. « Enfant, je ne m’expliquais pas certaines inégalités liées à la place de la femme dans la société sénégalaise. Je ne voyais pas beaucoup de femmes dans nos institutions politiques. C’est ce qui m’a amenait à la sociologie », explique celle qui est née dans une famille thièssoise où l’engagement citoyen est « la chose la plus partagée avec un papa qui avait créé une association dénommée «Ndibeul djabot» pour les jeunes en rupture scolaire». Un engagement qui l’a amenée «naturellement» vers les nouvelles technologies.

Moussa DIOP

MOUSSOUKORO DIOP, LA « DIGITAL ADDICTED »
Moussoukoro Diop 2Tumblr, Instagram, Twitter, Facebook, Youtube… Moussoukoro Diop ne vit que pour les réseaux sociaux. Entrée dans l’univers du digital depuis 2012, la jeune bloggeuse fait partie aujourd’hui de ceux qui font bouger l’écosystème des Tic au Sénégal.

Elle est du lot de ces personnalités phares de l’univers des réseaux sociaux au Sénégal. Moussoukoro Diop incarne une figure de proue du digital. Depuis quelques années, la jeune femme a eu l’idée de marquer son empreinte dans le monde des Tic. Sur les plateformes Twiter et Instagram, elle est l’un des Sénégalais les plus suivis. C’est d’ailleurs ce qui lui a permis d’être placée, en décembre 2016, d’après « Jeune Afrique », dans le Top 9 des personnes les plus influentes sur Twitter dans notre pays. Moussoukoro Diop a très tôt eu conscience de l’influence des réseaux sociaux. Lesquels ont fini par constituer un cheval de Troie dans sa lutte pour la « scolarisation des jeunes filles » ainsi que les maltraitances subies par les femmes. « Mon activisme au féminin m'a poussée à créer, pour le réseau des blogueurs du Sénégal, la plateforme « Jigeenu Sénégal » pour rendre hommage à toutes ces femmes anonymes. Ayant été toujours sensible à la solidarité féminine, j'ai lancé Digital Mousso pour regrouper toutes ces femmes qui s'activent dans différents domaines du digital afin de s'entraider et de révolutionner encore  plus ce milieu », soutient-elle.

Moussoukoro se sert aussi des pouvoirs du numérique pour vendre la destination Sénégal. Ses pages sont peuplées de belles images vantant les merveilles du « Pays de la Téranga ». « Je suis très attachée à mon pays, à ma culture et je le véhicule dans mes messages et mes actes, car nous sommes tous des ambassadeurs de nos terres », explique celle qui se définit comme une digital « addicted ».

L’Ingénieur en informatique vit et consomme sans modération les Tic. « Je ne me lasse pas d'aller apprendre pour en savoir encore plus. J'aime toutes ces belles connexions et interactions qu'offre ce domaine », souffle-t-elle. L’histoire d’amour entre cette jeune femme et le monde virtuel du Net a débuté en 2012 lorsque quelqu’un lui propose de travailler comme « community » manager. « Entre nous, j'ai entendu « Manager », je me croyais déjà directrice (rires). Je ne connaissais rien du milieu mais lui me disait que j'avais tous les atouts pour gérer ce gros client. J'ai stressé des jours et je ne dormais plus car il fallait que je prouve qu'il a eu raison de me choisir », raconte-t-elle. En qualité de « community manager », elle fait l’animation de communauté sur son compte Facebook en filmant et en photographiant tout ce qui se passait, surtout pendant les manifestations postélectorales. Avec une équipe de jeunes, Moussoukoro Diop va démarrer la communication digitale pour le n°2 de la téléphonie mobile au Sénégal et bousculer les réseaux sociaux grâce aux mécanismes remplis de fun qui seront mis en place.

Ibrahima BA

ROKHAYA SOLANGE NDIR, LA COMMUNITY MANAGER DU « MADE IN SÉNÉGAL »
Rokhaya NdirVice-présidente de l’Association des femmes sénégalaises dans les Tic (Festic), Rokhaya Solange Ndir a une activité digitale (professionnelle, citoyenne et personnelle) très remarquée.

Mariée et mère de 4 enfants, originaire de Saint-Louis, Rokhaya Solange Ndir évolue dans le domaine des télécoms depuis 2002. Pendant 10 ans, elle a occupé différents postes au sein de la Direction Marketing de Sonatel avant de rejoindre les équipes en charge de la Responsabilité sociale d’entreprise. Elle pilote actuellement les relations avec les écosystèmes numériques. « La transformation digitale représente de nouvelles opportunités de développement économique et sociale, de transformation des métiers et d’offres d’emplois », pense-t-elle.

Un monde masculin
« Moteur d'un changement radical », le numérique a le « potentiel d'autonomiser des millions de personnes tout en fournissant aux entreprises des potentialités inégalées de création et de capture de plus de valeur ». Cette vision du numérique permet à Rsn d’avoir la conviction que « les femmes en tant que partie prenante de la société » ont pleinement leur rôle à jouer dans cette transformation digitale. Cependant, rien ne leur est servi sur un plateau d’argent car « le monde du numérique reste encore très masculin, même si les quelques femmes qui évoluent dans le secteur sont bien accueillies ». C’est un domaine qui a la particularité d’être « un outil au quotidien » et de création d’entreprises « communément appelées start-up ».

Ouverte sur le monde
Une caractéristique qui fait dire à la native de Ndar qu’il « est important que les femmes s’organisent au travers d’associations, de Networking, de monitoring afin que les plus aguerries puissent faire un transfert de compétences vers les autres ». Celle qui pilote les relations avec les écosystèmes numériques à la Sonatel est de nature à s’ouvrir aux autres. « J’aime beaucoup le contact avec les personnes », résume-t-elle. A travers le digital, Rokhaya Ndir échange « à grande échelle » avec le monde à travers le web 2.0. C’est le cas pour « sa passion du "Made In Sénégal" à travers l’animation d’une page Facebook et d’un compte instagram ». Ainsi, elle touche un « public national et international et surtout reçoit un feedback très positif et fait connaître la destination Sénégal ». Une femme digitale qui n’a rien à envier aux « millennials ».

M. DIOP

ROSE DIATTA, LA GEEK
Elle adore les « Story telling ». Cela tombe bien, sa vie en est une marquée par un « happy end ». Malgré les obstacles, la jeune bricoleuse, adepte de technologie et de technique, souhaite devenir ingénieur des télécoms.

Diplômée en Informatique industrielle et réseau en 2015, Rose Diatta (28 ans) a un parcours académique « naturellement » orienté vers « le métier d’ingénierie » dans les télécoms. « La série S2 me prédestinait vers une telle orientation. D’autant que plus jeune, j’aimais bricoler et avec une sœur ainée informaticienne, j’ai dû choper les ondes hertziennes en l’assistant quand elle travaillait à la maison », sourit-elle.

Commerciale
La suite fut moins joyeuse. « A cause de l’absence de proposition de travail après ma licence, j’ai dû, pendant 3 années, me reconvertir en commerciale dans diverses structures (des imprimeries et un call center). Tous les hommes de ma promotion (12) étaient déjà en poste. Seules les filles (2) étaient toujours à la recherche d’un emploi en adéquation avec notre formation commune ». Elle vante les mérites et l’esprit de son employeur qui a su lui donner sa chance. C’est pour cela qu’elle se définit en « WAW Girl » en référence à « WAW Telecom, un fournisseur d’accès internet 100% africain made in Sénégal ». Rose Diatta veut saisir la chance qui lui est offerte (« c’est un stage qui doit déboucher sur une promesse d’embauche », fait-elle savoir) d’exercer une activité professionnelle dans son domaine de prédilection. «  Comme tous les hommes à ce poste, je passe des heures devant un écran à « monitorer » le réseau », ajoute-t-elle.

La jeune femme n’hésite pas à parler de ségrégation qui serait due à « une incompréhension » sur ce poste technique. « Nous sommes aussi capables et gérons aussi bien voire mieux le stress des dépannages rapides », revendique-t-elle.

plutôt Geek que Digital
Elle est plutôt Geek que Digital car elle met la main dans le cambouis technologique. « Je ne suis pas une blogeuse et ne suis pas réellement à l’aise dans le rédactionnel, mon rôle va au-delà du terme digital. Je supervise le réseau, dépanne et assiste les éventuelles défaillances des signaux ». C’est une manière de montrer sa compétence dans ce secteur qui compte « 44% de femmes parmi les ingénieurs télécoms sortant » chaque année. Rose Diatta est consciente des efforts à faire pour combler la « fracture du genre » au Sénégal qui « dépasse de loin le seul secteur du numérique ». Ainsi, elle projette d’allier travail et étude pour faire les deux ans de formation qui lui sont nécessaires afin de devenir ingénieur en télécommunication.

Moussa DIOP

NDEYE FATOU NDIAYE BLONDIN DIOP : REINE DE LA MONÉTIQUE
Ndeye Fatou BlondinSur Facebook, dans une de ses publications où elle apparaît majestueuse avec une belle tenue traditionnelle, comme souvent, Ndèye Fatou Ndiaye Blondin Diop, parlant d’elle, dit ceci : « Une femme sénégalaise en mode "drianké" au son des chants Ngoyane ». Chanter les vertus et la conscience du « terroir » sur un support numérique, ce n’est pas une divergence. Cela montre, au-delà des mots, une facette de la personnalité de celle que les honneurs, sous d’autres cieux, et l’enviable trajectoire professionnelle pouvaient griser. Quand elle recevait une formation d’ingénieur en télécommunication, il n’y avait pas beaucoup de femmes qui s’aventuraient dans cet univers de brillants esprits.

L’ancienne ministre des Technologies de l’information et de la Communication sous le président Abdoulaye Wade marche dans une allée de grâce qui lui vaut le respect des siens et de l’« ailleurs ». Cette spécialiste des politiques numériques a été ingénieur en recherche et développement au sein du groupe Orange France. Son expertise a aussi été utile en Afrique centrale où elle a été consultante de politique numérique. Elle continue d’apporter sa contribution dans ce secteur du présent et de l’avenir d’une Afrique que sa créativité et de celle qui se meuvent dans ce « cosmos » pourrait faire sauter des étapes intermédiaires.

Mme Diop Blondin est, aujourd’hui, consultante en E-santé pour l’Union internationale des Télécommunications, coordinatrice du projet BeHealthyBemobile. L’ancienne présidente du Collège de l’Autorité de régulation des Télécommunications et des Postes est la directrice générale de l’innovant groupe « Monétis », société opérant dans la monétique. Membre de la plateforme « Avenir Sénégal Bii nu Bëgg », elle est aussi d’une grande noblesse d’âme. Son action utile et discrète en faveur des programmes de développement des femmes à Mbour en est une parfaite illustration. Son inspirante œuvre en cours abat les cloisons construites sur le genre et celles-là entre l’action citoyenne (partant de ses performances dans son champ de prédilection) et l’engagement politique.

Alassane Aliou MBAYE

NAFISSATOU NDIAYE DIOUF, SPECIALISTE DES RELATIONS PUBLIQUES ET COMMUNICATION : « LE NUMÉRIQUE MET TOUT LE MONDE SUR UN PIED D’ÉGALITÉ »
Elle a travaillé presque sur tout le continent africain, comme reporter ou directrice de Communication et des Relations publiques. Nafissatou Ndiaye Diouf, ancienne reporter de AP, est désormais consultante pour de nombreux projets en Afrique, avec son agence qu’elle a fondée.

Qui est Nafissatou Ndiaye Diouf ?
Nafi NdiayeVaste question ! Je ne sais pas si je saurai y répondre moi-même ! Je crois qu’on pourrait dire pour commencer que j’aime être là ou l’action se déroule, j’ai peut-être gardé cette « déformation professionnelle » de mon expérience de reporter à l’Agence de Presse Américaine (AP). J’ai toujours aimé bouger, voyager pour aller explorer de nouveaux horizons. Cela a commencé avec mon départ pour l’Angleterre où je suis partie étudier les langues étrangères appliquées, (notamment l’Anglais et le Russe). À l’université, j’évoluais dans un environnement très cosmopolite et ça m’a ouvert les yeux et l’esprit sur un monde de possibilités.

Puis j’ai souhaité revenir au Sénégal. Pas seulement parce que c’était chez moi, mais parce que beaucoup de choses s’y passent et que je sentais que  je pouvais avoir un rôle et une modeste contribution à apporter. Au gré des missions, comme reporter ou directrice de Communication et des Relations publiques, j’ai travaillé plus ou moins sur tout le continent africain, puis peu à peu je me suis concentrée sur l’Afrique francophone et l’Afrique de l’Ouest en particulier. J’ai eu l’opportunité d’effectuer des missions de relations publiques et de communication, surtout à un niveau institutionnel pour de grandes initiatives de développement, mais aussi pour des multinationales comme GSK, La Fondation MasterCard, Standard Bank, Samsung, Visa, la Rockefeller Foundation qui s’implantaient sur le Continent ou voulaient renforcer leur visibilité par des opérations de relations publiques de haut niveau.

 Je suis ravie d’avoir pu « faire mes armes » sur des projets très importants et d’avoir eu à relever des défis auprès de publics aussi variés. C’est comme ainsi que, chemin faisant, j’ai découvert que j’avais des aptitudes pour piloter des projets et injecter mon esprit d’initiative dans un travail d’ouverture et de construction d’images. C’est d’ailleurs cela qui m’a donné envie de créer ma propre agence.
  
Pourquoi avez-vous choisi le digital comme support de travail ?
 Au départ, c’était parce que c’était le seul média qui permettait d’être en contact tout le temps, partout, avec tout le monde. On pouvait avoir accès aux quatre coins du monde avec un écran. C’était assez séduisant comme concept. Et puis rapidement, tout allait plus vite, plus loin, plus fort. Quel extraordinaire vecteur Internet représente quand on a pour métier de communiquer et d’adresser des messages !  Et puis naturellement, c’est le monde entier, les médias, les industries, la technologie qui sont entrés dans l’ère digitale. La révolution numérique s’est opérée très vite. Et tous les jours, elle continue d’ouvrir de nouvelles portes et de créer de nouvelles possibilités. C’est à la fois fascinant et très excitant. Regardez toutes les start-up qui se sont créées autour des applis, les projets qui ont été financés sur le Net, les frontières qui sont tombées grâce au numérique. On ne cherche plus du travail en se rendant en costume à un salon de l’emploi, on se connecte !

C’est le monde qui a changé, je crois. Internet est devenu la langue commune à tous les peuples du monde, c’est une langue que tout le monde parle. La preuve en est que dans les pays qui censurent, la première chose qui est mise sous séquestre c’est Internet. Non, je dirais que je suis une professionnelle de mon temps, j’ai appris à porter ma voix avec de nouvelles technologies, c’est tout.
 
Avez-vous été confrontée à des difficultés dans ce secteur parce que vous êtes une femme ? 
Je n’ai jamais vu le fait d’être une femme comme un frein ou une difficulté. Au contraire, je suis une femme de défis, j’aime être là où on ne m’attend pas. Vous savez, que ce soit reporter en zones de crises ou consultante dans des réseaux institutionnels, les univers dans lesquels je me suis formée étaient plutôt des univers d’hommes ! Alors être une femme dans ces univers-là m’a poussé à m’affirmer davantage et à sortir de mon cocon et j’en suis bien heureuse. Quant au secteur numérique, il a cette particularité qu’il met tout le monde sur un pied d’égalité : hommes, femmes, diplômés, autodidactes… Vous avez vu le nombre d’adolescents devenus millionnaires avec Internet ! Non, je crois qu’à la condition que vous sachiez de quoi vous parler, que vous connaissiez la technologie et que vous sachiez où vous voulez aller, le numérique est plutôt confortable.

Quelles sont les solutions que préconise « Missions Ponctuelles », que vous venez de lancer, pour l’intégration africaine par le travail ?
Missionsponctuelles.com, c’est la toute première plateforme de collaboration professionnelle qui met en relation des travailleurs indépendants, jeunes diplômés en Afrique de l’Ouest francophone avec des entreprises à la recherche de talents. J’ai lancé ce projet avec comme objectif de créer la plus grande base de données de talents de la sous-région ouest-africaine afin de permettre aux jeunes diplômés, mais aussi aux consultants plus expérimentés, de proposer leurs expertises sur le marché africain et au-delà. En Afrique francophone, il y a un « boom » technologique qui est en train de se passer. Les entreprises qui s’implantent, startups, les PME ont un potentiel énorme et des besoins en ressources humaines de qualité. Ce qu’ils cherchent ce sont des experts qualifiés, indépendants, volontaires, prêts à prouver leurs talents ; Missions Ponctuelles est l’outil par excellence qui leur permettra de briller. Ce ne sont pas forcément des postes à temps plein ou durée indéterminée, mais des missions, des projets ponctuels, qui seront un tremplin pour lancer leur carrière.

Cette nouvelle génération, souvent polyvalente, ne demande qu’à prouver sa valeur sur des missions… ponctuelles ! C’est ce qui s’appelle mettre le pied à l’étrier. Il ne faut pas oublier tous les séniors qui, par choix, souhaitent faire valoir leurs compétences en utilisant le digital.

Propos recueillis par M. DIOP

La transparence trahie

13 Mar 2018
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La vie privée n’est pas une parenthèse dans l’histoire de l’humanité qui s’achève avec la révolution numérique marquée par des entorses à ce sacro-saint droit sur les réseaux sociaux. Les dérives numériques détournent la transparence – « un instrument contre le despotisme opaque des pouvoirs » (selon Denis Olivennes qui traite, avec Mathias Chichportich, du sujet dans le livre « Mortelle transparence », Ed. Albin Michel, 2018) – pour en faire l’outil d’une chasse à l’homme. Au Sénégal, avoir un jardin secret n’est pas toujours synonyme de liberté mais d’une « suspicion d’atteinte à la morale ». C’est en contradiction avec nos sociétés ancestrales où le « Mbagne gathie » est un élément essentiel parmi les structures de l’habitat traditionnel. Dans le vade-mecum des dangers du digital, le désir de transparence est en bonne place. Désormais, tout savoir sur tout et tout le monde ne choque plus.

L’exigence de transparence est une vertu en politique. Ailleurs en société, elle peut être ce « despotisme sournois » dont parlait Tocqueville. Dans nos entreprises, au bureau, dans les usines, les écoles, les familles, on s’épie entre collègues pour nuire. Dans ces stratagèmes malsains, les Tic sont détournées pour être de bons chevaux de Troie. On n’est plus dans un désir de transparence mais celui de trahir.

Par Moussa Diop


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