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Sciences et Technologies (156)

Dans le cadre de sa politique de Responsabilité sociétale d’entreprise et de son soutien au développement de l’écosystème numérique au Sénégal, Sonatel a lancé, le 29 mars dernier, la première édition de « Let’s meet up ! » Il s’agit d’une plateforme d’échanges et de partage avec les acteurs de l’écosystème numérique, notamment les start-up. Selon un communiqué, à travers « Let’s meet up ! » Sonatel souhaite créer un cadre d’échanges privilégié entre l’écosystème numérique et Sonatel qui offre son expertise aux start-up afin de les aider à améliorer leur performances. « Ce soutien passe par la mise à leur disposition de plateformes d’échanges, l’accès à ses réseaux et services, la création de mécanismes d’accélération ou d’incubation spécifiques ainsi que des supports pour le financement et la gestion », informe le document. Il ajoute que Sonatel compte recueillir les besoins et les attentes des acteurs de l’écosystème numérique avec ses partenaires du ministère de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique, des start-up accompagnées par Sonatel, des incubateurs, des grandes entreprises partenaires, de Orange digital venture (Odv), de Téranga Capital, de l’ambassade de France et de la présidence de la République. Le lancement de cette première édition de « Let’s meet up ! » a été aussi l’occasion de remettre les Prix du Linguère digital challenge dont la troisième édition s’est tenue, du 31 octobre au 31 décembre 2017, avec 103 start-up candidates. Awalebiz, plateforme de e-commerce, gagne le premier Prix de 7.500.000 FCfa et un accompagnement technique d’une valeur de 2.500.000 FCfa. Le deuxième Prix, d’un montant de 2.500.000 FCfa en nature et un accompagnement d’une valeur de 2.500.000 FCfa est revenu aux « Gourmets, plateforme agro-alimentaire en ligne ». Enfin, le troisième, composé d’un montant de 1.500.000 FCfa et un accompagnement technique de 2.500.000 FCfa, a été remporté par « Dakar lives, une plateforme créative et un hub culturel ».

Ibrahima BA

Les amazones 2.0 du genre

13 Mar 2018
4094 times

Il faut sortir d’un cercle pour en voir le tracé. C’est une vision qui peut être appliquée à la présence digitale des femmes au Sénégal. Avec 9 millions d’abonnés à l’internet mobile, le Sénégal est dans la locomotive du train numérique africain fort de ses 170 millions d’utilisateurs des réseaux sociaux (d’après une étude de we are social parue en février 2017). Dans le détail, il y a 35 millions d’utilisateurs de Facebook et 6 millions d’Instagram en Afrique de l’Ouest. « Où (en) sont les femmes », chantait l’indémodable Patrick Juvet. Elles brillent par leur présence dans le digital même s’il n’existe pas encore d’étude spécifique couvrant tout le secteur. A travers une galerie de portraits et une rencontre digitale, nous avons effectué un choix subjectif de femmes dont l’activité professionnelle et économique est symbolique de l’avancée du genre dans le digital au Sénégal.

Par Moussa DIOP

BITILOKHO NDIAYE, L’AMBASSADRICE DU GENRE
Bitilokho NdiayePlus jeune, Bitilokho Ndiaye rêvait d’être ambassadrice ou journaliste afin de « se battre pour créer un monde juste et équitable ». Elle a trouvé le digital comme catalyseur de ses principaux rêves.

« Un engagement personnel au renforcement de la participation des femmes dans le domaine du numérique en tant que consommatrices mais aussi créatrices et innovatrices ». En résumé, c’est ce qui fait courir Bitilokho Ndiaye, la passionnée du digital aux nombreuses activités. Elle occupe le poste de conseillère technique chargée des questions de genre au Ministère de la Communication, des Télécommunications, des Postes et de l’Economie numérique. Pour ne pas travailler dans la vie, il faut, paraît-il, faire de sa passion son labeur. La présidente de Festic (l’Association des femmes sénégalaise dans les Tic) l’a bien comprise et mis en application en réunissant ces deux passions : effacer les inégalités de genre et le développement du digital au Sénégal. « Le ministère a pris les questions du genre comme priorités dans les politiques du secteur du numérique avec l’objectif du renforcement de l’accès et des capacités des femmes dans ce domaine », plaide celle qui est également chargée de projet en genre et numérique.

Champs à investir
Dans le monde, il y a moins de 30% de femmes travaillant dans le domaine des technologies (selon les chiffres de l’Union internationale des télécoms). « Au Sénégal, l’intégration du genre dans le domaine des technologies montre qu’elles sont plus nombreuses que les hommes dans un métier comme informaticienne (+80%), se réjouit Bitilokho Ndiaye. En revanche, les femmes sont moins présentes dans le développement d’applications, la gestion des données. Il y a nécessité de renforcer les compétences ». La conseillère au ministère des Télécoms investit dans l’organisation de la journée internationale des filles dans les Tic pour « développer des vocations » chez les plus jeunes. « C’est pareil quand nous invitons les filles lors de journées portes ouvertes dans des entreprises du numérique, poursuit Bitilokho Ndiaye. L’organisation du concours « Djiguèn Ci Tic » avec la présentation de projets innovants pour régler des questions socioéconomiques. Les meilleurs projets sont sélectionnés, accompagnés et financés ».

Hyper connectée
Le combat de Bitilokho Ndiaye est d’amener l’Etat sénégalais ainsi que les pouvoirs publics et privés à intégrer le genre dans toutes les politiques du domaine du numérique. C’est important car le Sénégal fait partie des leaders en Afrique dans « la participation du numérique au Pib avec 3,5% ». « Hyper connectée », Bitilokho Ndiaye publie, commente et gère « quatre pages dans le domaine du genre et des Tic, une plateforme de femmes dans le domaine du digital sur WhatsApp ». Convaincue que le Digital offre beaucoup d’opportunités, « c’est devenu incontournable car 95% des emplois y sont liés ».

Pourtant, elle était loin de l’univers des technologies dans son cursus universitaire. D’une formation de sociologue, elle s’est très tôt intéressée aux questions d’équité sociale. « Enfant, je ne m’expliquais pas certaines inégalités liées à la place de la femme dans la société sénégalaise. Je ne voyais pas beaucoup de femmes dans nos institutions politiques. C’est ce qui m’a amenait à la sociologie », explique celle qui est née dans une famille thièssoise où l’engagement citoyen est « la chose la plus partagée avec un papa qui avait créé une association dénommée «Ndibeul djabot» pour les jeunes en rupture scolaire». Un engagement qui l’a amenée «naturellement» vers les nouvelles technologies.

Moussa DIOP

MOUSSOUKORO DIOP, LA « DIGITAL ADDICTED »
Moussoukoro Diop 2Tumblr, Instagram, Twitter, Facebook, Youtube… Moussoukoro Diop ne vit que pour les réseaux sociaux. Entrée dans l’univers du digital depuis 2012, la jeune bloggeuse fait partie aujourd’hui de ceux qui font bouger l’écosystème des Tic au Sénégal.

Elle est du lot de ces personnalités phares de l’univers des réseaux sociaux au Sénégal. Moussoukoro Diop incarne une figure de proue du digital. Depuis quelques années, la jeune femme a eu l’idée de marquer son empreinte dans le monde des Tic. Sur les plateformes Twiter et Instagram, elle est l’un des Sénégalais les plus suivis. C’est d’ailleurs ce qui lui a permis d’être placée, en décembre 2016, d’après « Jeune Afrique », dans le Top 9 des personnes les plus influentes sur Twitter dans notre pays. Moussoukoro Diop a très tôt eu conscience de l’influence des réseaux sociaux. Lesquels ont fini par constituer un cheval de Troie dans sa lutte pour la « scolarisation des jeunes filles » ainsi que les maltraitances subies par les femmes. « Mon activisme au féminin m'a poussée à créer, pour le réseau des blogueurs du Sénégal, la plateforme « Jigeenu Sénégal » pour rendre hommage à toutes ces femmes anonymes. Ayant été toujours sensible à la solidarité féminine, j'ai lancé Digital Mousso pour regrouper toutes ces femmes qui s'activent dans différents domaines du digital afin de s'entraider et de révolutionner encore  plus ce milieu », soutient-elle.

Moussoukoro se sert aussi des pouvoirs du numérique pour vendre la destination Sénégal. Ses pages sont peuplées de belles images vantant les merveilles du « Pays de la Téranga ». « Je suis très attachée à mon pays, à ma culture et je le véhicule dans mes messages et mes actes, car nous sommes tous des ambassadeurs de nos terres », explique celle qui se définit comme une digital « addicted ».

L’Ingénieur en informatique vit et consomme sans modération les Tic. « Je ne me lasse pas d'aller apprendre pour en savoir encore plus. J'aime toutes ces belles connexions et interactions qu'offre ce domaine », souffle-t-elle. L’histoire d’amour entre cette jeune femme et le monde virtuel du Net a débuté en 2012 lorsque quelqu’un lui propose de travailler comme « community » manager. « Entre nous, j'ai entendu « Manager », je me croyais déjà directrice (rires). Je ne connaissais rien du milieu mais lui me disait que j'avais tous les atouts pour gérer ce gros client. J'ai stressé des jours et je ne dormais plus car il fallait que je prouve qu'il a eu raison de me choisir », raconte-t-elle. En qualité de « community manager », elle fait l’animation de communauté sur son compte Facebook en filmant et en photographiant tout ce qui se passait, surtout pendant les manifestations postélectorales. Avec une équipe de jeunes, Moussoukoro Diop va démarrer la communication digitale pour le n°2 de la téléphonie mobile au Sénégal et bousculer les réseaux sociaux grâce aux mécanismes remplis de fun qui seront mis en place.

Ibrahima BA

ROKHAYA SOLANGE NDIR, LA COMMUNITY MANAGER DU « MADE IN SÉNÉGAL »
Rokhaya NdirVice-présidente de l’Association des femmes sénégalaises dans les Tic (Festic), Rokhaya Solange Ndir a une activité digitale (professionnelle, citoyenne et personnelle) très remarquée.

Mariée et mère de 4 enfants, originaire de Saint-Louis, Rokhaya Solange Ndir évolue dans le domaine des télécoms depuis 2002. Pendant 10 ans, elle a occupé différents postes au sein de la Direction Marketing de Sonatel avant de rejoindre les équipes en charge de la Responsabilité sociale d’entreprise. Elle pilote actuellement les relations avec les écosystèmes numériques. « La transformation digitale représente de nouvelles opportunités de développement économique et sociale, de transformation des métiers et d’offres d’emplois », pense-t-elle.

Un monde masculin
« Moteur d'un changement radical », le numérique a le « potentiel d'autonomiser des millions de personnes tout en fournissant aux entreprises des potentialités inégalées de création et de capture de plus de valeur ». Cette vision du numérique permet à Rsn d’avoir la conviction que « les femmes en tant que partie prenante de la société » ont pleinement leur rôle à jouer dans cette transformation digitale. Cependant, rien ne leur est servi sur un plateau d’argent car « le monde du numérique reste encore très masculin, même si les quelques femmes qui évoluent dans le secteur sont bien accueillies ». C’est un domaine qui a la particularité d’être « un outil au quotidien » et de création d’entreprises « communément appelées start-up ».

Ouverte sur le monde
Une caractéristique qui fait dire à la native de Ndar qu’il « est important que les femmes s’organisent au travers d’associations, de Networking, de monitoring afin que les plus aguerries puissent faire un transfert de compétences vers les autres ». Celle qui pilote les relations avec les écosystèmes numériques à la Sonatel est de nature à s’ouvrir aux autres. « J’aime beaucoup le contact avec les personnes », résume-t-elle. A travers le digital, Rokhaya Ndir échange « à grande échelle » avec le monde à travers le web 2.0. C’est le cas pour « sa passion du "Made In Sénégal" à travers l’animation d’une page Facebook et d’un compte instagram ». Ainsi, elle touche un « public national et international et surtout reçoit un feedback très positif et fait connaître la destination Sénégal ». Une femme digitale qui n’a rien à envier aux « millennials ».

M. DIOP

ROSE DIATTA, LA GEEK
Elle adore les « Story telling ». Cela tombe bien, sa vie en est une marquée par un « happy end ». Malgré les obstacles, la jeune bricoleuse, adepte de technologie et de technique, souhaite devenir ingénieur des télécoms.

Diplômée en Informatique industrielle et réseau en 2015, Rose Diatta (28 ans) a un parcours académique « naturellement » orienté vers « le métier d’ingénierie » dans les télécoms. « La série S2 me prédestinait vers une telle orientation. D’autant que plus jeune, j’aimais bricoler et avec une sœur ainée informaticienne, j’ai dû choper les ondes hertziennes en l’assistant quand elle travaillait à la maison », sourit-elle.

Commerciale
La suite fut moins joyeuse. « A cause de l’absence de proposition de travail après ma licence, j’ai dû, pendant 3 années, me reconvertir en commerciale dans diverses structures (des imprimeries et un call center). Tous les hommes de ma promotion (12) étaient déjà en poste. Seules les filles (2) étaient toujours à la recherche d’un emploi en adéquation avec notre formation commune ». Elle vante les mérites et l’esprit de son employeur qui a su lui donner sa chance. C’est pour cela qu’elle se définit en « WAW Girl » en référence à « WAW Telecom, un fournisseur d’accès internet 100% africain made in Sénégal ». Rose Diatta veut saisir la chance qui lui est offerte (« c’est un stage qui doit déboucher sur une promesse d’embauche », fait-elle savoir) d’exercer une activité professionnelle dans son domaine de prédilection. «  Comme tous les hommes à ce poste, je passe des heures devant un écran à « monitorer » le réseau », ajoute-t-elle.

La jeune femme n’hésite pas à parler de ségrégation qui serait due à « une incompréhension » sur ce poste technique. « Nous sommes aussi capables et gérons aussi bien voire mieux le stress des dépannages rapides », revendique-t-elle.

plutôt Geek que Digital
Elle est plutôt Geek que Digital car elle met la main dans le cambouis technologique. « Je ne suis pas une blogeuse et ne suis pas réellement à l’aise dans le rédactionnel, mon rôle va au-delà du terme digital. Je supervise le réseau, dépanne et assiste les éventuelles défaillances des signaux ». C’est une manière de montrer sa compétence dans ce secteur qui compte « 44% de femmes parmi les ingénieurs télécoms sortant » chaque année. Rose Diatta est consciente des efforts à faire pour combler la « fracture du genre » au Sénégal qui « dépasse de loin le seul secteur du numérique ». Ainsi, elle projette d’allier travail et étude pour faire les deux ans de formation qui lui sont nécessaires afin de devenir ingénieur en télécommunication.

Moussa DIOP

NDEYE FATOU NDIAYE BLONDIN DIOP : REINE DE LA MONÉTIQUE
Ndeye Fatou BlondinSur Facebook, dans une de ses publications où elle apparaît majestueuse avec une belle tenue traditionnelle, comme souvent, Ndèye Fatou Ndiaye Blondin Diop, parlant d’elle, dit ceci : « Une femme sénégalaise en mode "drianké" au son des chants Ngoyane ». Chanter les vertus et la conscience du « terroir » sur un support numérique, ce n’est pas une divergence. Cela montre, au-delà des mots, une facette de la personnalité de celle que les honneurs, sous d’autres cieux, et l’enviable trajectoire professionnelle pouvaient griser. Quand elle recevait une formation d’ingénieur en télécommunication, il n’y avait pas beaucoup de femmes qui s’aventuraient dans cet univers de brillants esprits.

L’ancienne ministre des Technologies de l’information et de la Communication sous le président Abdoulaye Wade marche dans une allée de grâce qui lui vaut le respect des siens et de l’« ailleurs ». Cette spécialiste des politiques numériques a été ingénieur en recherche et développement au sein du groupe Orange France. Son expertise a aussi été utile en Afrique centrale où elle a été consultante de politique numérique. Elle continue d’apporter sa contribution dans ce secteur du présent et de l’avenir d’une Afrique que sa créativité et de celle qui se meuvent dans ce « cosmos » pourrait faire sauter des étapes intermédiaires.

Mme Diop Blondin est, aujourd’hui, consultante en E-santé pour l’Union internationale des Télécommunications, coordinatrice du projet BeHealthyBemobile. L’ancienne présidente du Collège de l’Autorité de régulation des Télécommunications et des Postes est la directrice générale de l’innovant groupe « Monétis », société opérant dans la monétique. Membre de la plateforme « Avenir Sénégal Bii nu Bëgg », elle est aussi d’une grande noblesse d’âme. Son action utile et discrète en faveur des programmes de développement des femmes à Mbour en est une parfaite illustration. Son inspirante œuvre en cours abat les cloisons construites sur le genre et celles-là entre l’action citoyenne (partant de ses performances dans son champ de prédilection) et l’engagement politique.

Alassane Aliou MBAYE

NAFISSATOU NDIAYE DIOUF, SPECIALISTE DES RELATIONS PUBLIQUES ET COMMUNICATION : « LE NUMÉRIQUE MET TOUT LE MONDE SUR UN PIED D’ÉGALITÉ »
Elle a travaillé presque sur tout le continent africain, comme reporter ou directrice de Communication et des Relations publiques. Nafissatou Ndiaye Diouf, ancienne reporter de AP, est désormais consultante pour de nombreux projets en Afrique, avec son agence qu’elle a fondée.

Qui est Nafissatou Ndiaye Diouf ?
Nafi NdiayeVaste question ! Je ne sais pas si je saurai y répondre moi-même ! Je crois qu’on pourrait dire pour commencer que j’aime être là ou l’action se déroule, j’ai peut-être gardé cette « déformation professionnelle » de mon expérience de reporter à l’Agence de Presse Américaine (AP). J’ai toujours aimé bouger, voyager pour aller explorer de nouveaux horizons. Cela a commencé avec mon départ pour l’Angleterre où je suis partie étudier les langues étrangères appliquées, (notamment l’Anglais et le Russe). À l’université, j’évoluais dans un environnement très cosmopolite et ça m’a ouvert les yeux et l’esprit sur un monde de possibilités.

Puis j’ai souhaité revenir au Sénégal. Pas seulement parce que c’était chez moi, mais parce que beaucoup de choses s’y passent et que je sentais que  je pouvais avoir un rôle et une modeste contribution à apporter. Au gré des missions, comme reporter ou directrice de Communication et des Relations publiques, j’ai travaillé plus ou moins sur tout le continent africain, puis peu à peu je me suis concentrée sur l’Afrique francophone et l’Afrique de l’Ouest en particulier. J’ai eu l’opportunité d’effectuer des missions de relations publiques et de communication, surtout à un niveau institutionnel pour de grandes initiatives de développement, mais aussi pour des multinationales comme GSK, La Fondation MasterCard, Standard Bank, Samsung, Visa, la Rockefeller Foundation qui s’implantaient sur le Continent ou voulaient renforcer leur visibilité par des opérations de relations publiques de haut niveau.

 Je suis ravie d’avoir pu « faire mes armes » sur des projets très importants et d’avoir eu à relever des défis auprès de publics aussi variés. C’est comme ainsi que, chemin faisant, j’ai découvert que j’avais des aptitudes pour piloter des projets et injecter mon esprit d’initiative dans un travail d’ouverture et de construction d’images. C’est d’ailleurs cela qui m’a donné envie de créer ma propre agence.
  
Pourquoi avez-vous choisi le digital comme support de travail ?
 Au départ, c’était parce que c’était le seul média qui permettait d’être en contact tout le temps, partout, avec tout le monde. On pouvait avoir accès aux quatre coins du monde avec un écran. C’était assez séduisant comme concept. Et puis rapidement, tout allait plus vite, plus loin, plus fort. Quel extraordinaire vecteur Internet représente quand on a pour métier de communiquer et d’adresser des messages !  Et puis naturellement, c’est le monde entier, les médias, les industries, la technologie qui sont entrés dans l’ère digitale. La révolution numérique s’est opérée très vite. Et tous les jours, elle continue d’ouvrir de nouvelles portes et de créer de nouvelles possibilités. C’est à la fois fascinant et très excitant. Regardez toutes les start-up qui se sont créées autour des applis, les projets qui ont été financés sur le Net, les frontières qui sont tombées grâce au numérique. On ne cherche plus du travail en se rendant en costume à un salon de l’emploi, on se connecte !

C’est le monde qui a changé, je crois. Internet est devenu la langue commune à tous les peuples du monde, c’est une langue que tout le monde parle. La preuve en est que dans les pays qui censurent, la première chose qui est mise sous séquestre c’est Internet. Non, je dirais que je suis une professionnelle de mon temps, j’ai appris à porter ma voix avec de nouvelles technologies, c’est tout.
 
Avez-vous été confrontée à des difficultés dans ce secteur parce que vous êtes une femme ? 
Je n’ai jamais vu le fait d’être une femme comme un frein ou une difficulté. Au contraire, je suis une femme de défis, j’aime être là où on ne m’attend pas. Vous savez, que ce soit reporter en zones de crises ou consultante dans des réseaux institutionnels, les univers dans lesquels je me suis formée étaient plutôt des univers d’hommes ! Alors être une femme dans ces univers-là m’a poussé à m’affirmer davantage et à sortir de mon cocon et j’en suis bien heureuse. Quant au secteur numérique, il a cette particularité qu’il met tout le monde sur un pied d’égalité : hommes, femmes, diplômés, autodidactes… Vous avez vu le nombre d’adolescents devenus millionnaires avec Internet ! Non, je crois qu’à la condition que vous sachiez de quoi vous parler, que vous connaissiez la technologie et que vous sachiez où vous voulez aller, le numérique est plutôt confortable.

Quelles sont les solutions que préconise « Missions Ponctuelles », que vous venez de lancer, pour l’intégration africaine par le travail ?
Missionsponctuelles.com, c’est la toute première plateforme de collaboration professionnelle qui met en relation des travailleurs indépendants, jeunes diplômés en Afrique de l’Ouest francophone avec des entreprises à la recherche de talents. J’ai lancé ce projet avec comme objectif de créer la plus grande base de données de talents de la sous-région ouest-africaine afin de permettre aux jeunes diplômés, mais aussi aux consultants plus expérimentés, de proposer leurs expertises sur le marché africain et au-delà. En Afrique francophone, il y a un « boom » technologique qui est en train de se passer. Les entreprises qui s’implantent, startups, les PME ont un potentiel énorme et des besoins en ressources humaines de qualité. Ce qu’ils cherchent ce sont des experts qualifiés, indépendants, volontaires, prêts à prouver leurs talents ; Missions Ponctuelles est l’outil par excellence qui leur permettra de briller. Ce ne sont pas forcément des postes à temps plein ou durée indéterminée, mais des missions, des projets ponctuels, qui seront un tremplin pour lancer leur carrière.

Cette nouvelle génération, souvent polyvalente, ne demande qu’à prouver sa valeur sur des missions… ponctuelles ! C’est ce qui s’appelle mettre le pied à l’étrier. Il ne faut pas oublier tous les séniors qui, par choix, souhaitent faire valoir leurs compétences en utilisant le digital.

Propos recueillis par M. DIOP

La transparence trahie

13 Mar 2018
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La vie privée n’est pas une parenthèse dans l’histoire de l’humanité qui s’achève avec la révolution numérique marquée par des entorses à ce sacro-saint droit sur les réseaux sociaux. Les dérives numériques détournent la transparence – « un instrument contre le despotisme opaque des pouvoirs » (selon Denis Olivennes qui traite, avec Mathias Chichportich, du sujet dans le livre « Mortelle transparence », Ed. Albin Michel, 2018) – pour en faire l’outil d’une chasse à l’homme. Au Sénégal, avoir un jardin secret n’est pas toujours synonyme de liberté mais d’une « suspicion d’atteinte à la morale ». C’est en contradiction avec nos sociétés ancestrales où le « Mbagne gathie » est un élément essentiel parmi les structures de l’habitat traditionnel. Dans le vade-mecum des dangers du digital, le désir de transparence est en bonne place. Désormais, tout savoir sur tout et tout le monde ne choque plus.

L’exigence de transparence est une vertu en politique. Ailleurs en société, elle peut être ce « despotisme sournois » dont parlait Tocqueville. Dans nos entreprises, au bureau, dans les usines, les écoles, les familles, on s’épie entre collègues pour nuire. Dans ces stratagèmes malsains, les Tic sont détournées pour être de bons chevaux de Troie. On n’est plus dans un désir de transparence mais celui de trahir.

Par Moussa Diop

Il y a des périodes comme celle que nous connaissons actuellement où l’on est particulièrement fière d’être africain. Non pas parce qu’en d’autres temps on l’est moins, mais tout simplement, depuis quelques années, l’Afrique emprunte les voies qui la mènent au développement avec audace et innovation ! Cette innovation, elle en est l’acteur principal, guidée par la volonté farouche d’une jeunesse (Diaspora et locaux confondus) de participer à la construction du monde de demain. Pas une journée ne passe sans que l’on vous dise que le continent africain est celui de l’avenir, tous les grands événements locaux, nationaux et internationaux font la part belle à l’Afrique. De la littérature à la Tech en passant par la mode, l’Afrique est de rigueur avec un grand changement : on parle d’Afrique, de son avenir mais maintenant on le fait avec les Africains eux-mêmes, qui prennent la parole et démontrent au monde ce que l’Afrique est aussi ! Sans aucun doute, un continent avec ses réalités et ses difficultés mais surtout une source d’espoir et de talents. Le numérique est venu comme un accélérateur amplifier cette révolution en marche sur le continent.

J’aimerai donc partager avec vous deux événements qui m’ont marqué ce mois-ci. D’abord, le Global Startup Week-end Women que nous avons porté à Paris pour encourager l’entrepreneuriat féminin. 54h pour mettre sur pieds un projet de start-up et le « pitcher » sous le regard bienveillant d’un jury, avec en ligne de mire la grande finale qui se tiendra à Paris en mars. Quelle fût ma fierté de voir s’aligner les noms de villes africaines qui organisaient en simultané le GSWW ! Alger, Antananarivo, Bamako, Dakar, Douala, Durban, Oran et Tunis. Les start-upeuses africaines aussi prennent le pouvoir ! Enfin, ma rencontre avec Momar Diop, serial entrepreneur franco-sénégalais, à la tête de la start-up Africa Digital Native (ADN) incubée à la Station F, temple de l’innovation à Paris. Momar et son équipe créent et commercialisent des solutions soft engineering adaptées aux problématiques et aux marchés africains, donc à économie africaine. Ces outils destinés notamment aux banques et aux assurances font la promesse de réinventer la relation avec le client. Ces deux temps forts démontrent que l’Afrique est dans le Game aux côtés des pilotes internationaux de l’innovation. Nous suivrons donc avec intérêt les acteurs africains les prochains rendez-vous de l’innovation.

Madi SEYDI, Head of digital basée à Paris

A l’occasion du Mobile World Congress, Mastercard a annoncé qu’elle utiliserait Facebook Messenger pour offrir aux petites entreprises d’Afrique et d’Asie la technologie dont elles ont besoin pour accepter les paiements électroniques et mobiles.

L’accès aux paiements numériques aidera ces entreprises à se positionner sur de nouveaux marchés et à débloquer des services et produits financiers qui leur permettront d’accroître leurs revenus. C’est au Nigeria que Mastercard lancera le programme Messenger en pilotant un nouveau Masterpass QR bot pour aider les dirigeants d’entreprises à passer des transactions en espèces aux paiements par code QR. Ecobank et Zenith Bank soutiendront ce programme inaugural. Le projet pilote au Nigeria n’est que la première phase d’un plan plus vaste de ces deux entreprises visant à intégrer davantage d’entreprises dans l’économie numérique. D’après une étude réalisée par The Fletcher School et Mastercard Center for Inclusive Growth, 98% des 301 milliards de dollars de mouvements de fonds provenant des consommateurs vers les entreprises au Nigeria sont encore effectués en espèces.

Les Adicomdays, une rencontre pour mettre en lumière la créativité digitale de la jeunesse africaine, dont 86% a accès à Internet, ont récompensé, le 2 mars à Abidjan, sept lauréats lors de la remise des prix « Adicom Awards ». 

Les lauréats viennent de la Côte d’Ivoire (5), du Nigéria (1) et du Cameroun (1) et ont été primés dans le domaine de la culture, du food, de l’impact social, de la mode et de la beauté, des influenceurs tech, du voyage, des jeunes talents. Il y a eu également un prix spécial AdicomAwards (Côte d’Ivoire).

Présentée par TV5Monde et co-organisée par Veilleur des Médias, expert du suivi et de l’analyse de la presse et du web, ainsi que par Totem Expérience, en présence du ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Poste, Monsieur Bruno Koné, la soirée a récompensé les « influenceurs » dans différentes catégories (entre autres culture, gastronomie, voyage et technologies) au Cinéma Majestic du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. Rappelons qu’en Afrique plus de 840 millions de jeunes de moins de 25 ans vivent une transformation digitale sans précédent.

81% de la population possède un téléphone mobile – soit 995 millions d’individus. Cette transformation digitale peut contribuer de façon décisive au développement du continent. Les « influenceurs » récompensés participent activement à la créativité digitale du continent africain. À travers cette initiative, les lauréats sont mis en relation avec les marques pour d’éventuelles collaborations.

Le projet Jokkokids, impulsé par le programme Jokkolabs, un espace de travail collaboratif dans l’innovation ouverte, a accompagné près de 800 enfants. Le but, stimuler leur créativité avec le numérique.

Le développement du numérique s’est amorcé et annonce de nouveaux défis. Au Sénégal, 21,7 % de la population ont accès à Internet. Ce sont des enjeux importants pour la diffusion du numérique autour de la problématique : comment prétendre à l’égalité des usages et la maîtrise des outils ?

Pour l’espace de travail collaboratif dans l’innovation ouverte, Jokkolabs, les nouvelles technologies ouvrent de nouvelles voies et les enseignants constituent ainsi la pierre angulaire d’une éducation renouvelée et adaptée. Jokkokids propose d’y associer la qualité des animations périscolaires en fédérant des animateurs, clés de voûte du continuum à opérer entre l’école et « dehors », et entre les outils numériques et les apprentissages, pour accompagner les enfants d’aujourd’hui à devenir des adultes accomplis.

Après deux années de fonctionnement, le projet Jokkokids, sous l’impulsion du programme Jokkolabs, a accompagné près de 800 enfants. Initié en 2016, avec le soutien de la Fondation Osiwa, Jokkokids est un projet pluridisciplinaire open-source et un réseau d’innovateurs, animateurs et organisations qui développent des opportunités éducatives afin de stimuler la créativité des enfants par l’usage des technologies, en lien avec l’expression de soi, au sein d’une démarche inclusive. Après cette phase expérimentale, l’idée de ce programme, a expliqué Fatoumata Niang Niox, directrice exécutive de Jokkolabs Sénégal, c’est de préparer les compétences des enfants pour le futur. Pour cela, elle a fait savoir, au cours d’une conférence de presse, samedi : « Nous sommes allés sur trois champs d’action : le numérique qui est une valeur sûre de nos jours, le développement de l’expression de soi et les potentiels en termes de fabrication ». Ces trois champs, par leur transversalité, ont été mis ensemble pour faire Jokkokids. Une fois le programme en marche, « nous avons mis en place des Kidslabs qui sont des espaces pour accueillir des enfants de 6 à 12 ans pour les préparer aux métiers du numérique », a détaillé M. Niox, relevant que beaucoup de séances de programmation simple pour les enfants ont été faites. S’y ajoutent des sessions sur la fabrication avec du matériel recyclé à utiliser pour en faire un micro, une voiture ou un petit hélicoptère. Autre volet du projet, le développement de l’expression de soi qui passe par la danse, l’écriture. « On s’est beaucoup focalisé sur l’écriture parce que les ateliers créatifs sont importants, car stimulant toute la créativité de l’enfant », a souligné Fatou Niang Niox. En règle générale, ces Kidslabs reçoivent les enfants pendant les week-ends ou les vacances scolaires. Un aspect du projet sur lequel la directrice exécutive a insisté, c’est celui du volet social qu’elle a jugé « très important avec l’implication des enfants vulnérables ».

Au-delà du Kidslabs, le projet a développé beaucoup d’activités nomades, notamment au Samu social, à l’Institut français de Dakar où des enfants de la rue ont été invités grâce au partenariat avec l’association « Help the street children ».

Le projet Jokkokids, c’est aussi des interventions dans les régions comme Kaolack et Ziguinchor.

Après deux années d’expérimentation, Jokkolabs Sénégal entend pérenniser Jokkokids en l’intégrant dans le système éducatif national.

E. Massiga FAYE

La compétition « mYouth 2.0 » Sénégal vient d’être lancée. La structure Mobile4Senegal encourage ainsi les développeurs et entrepreneurs évoluant dans le mobile au Sénégal à soumettre leurs projets à la compétition internatinale mYouth 2.0.

Le projet « mYouth 2.0 – mobile, young, opportunity, unity, technology, help » est un projet qui entre dans le cadre du renforcement des capacités des jeunes dans le domaine du mobile », renseigne un communiqué. Le projet est cofinancé par le programme Erasmus de la Communauté européenne et conduit par mladiInfo international. Il implique des organisations et des jeunes de douze pays : Autriche, Ghana, Hong Kong, Kenya, Macédoine, Philippines, Pologne, Sénégal, Roumanie, Singapour, Tanzanie et Vietnam. Avec mYouth 2.0, informe le document, les participants vont utiliser leurs compétences en développement mobile et en acquérir de nouvelles dans un contexte international. Des informations complémentaires sur mYouth 2.0 sont disponibles sur : http://myouth.eu.

Dans sa démarche, mYouth 2.0 fournit un espace privilégié où les participants vont prendre part à des compétitions mobiles locales et représenter leur pays au niveau international. Les partenaires de chaque pays vont mettre en place ces compétitions. La compétition mYouth 2.0 du Sénégal est organisée par Mobile4Senegal (http://mobilesenegal.org, https://facebook.com/mobilesenegal).

Les meilleures équipes seront sélectionnées pour représenter le Sénégal, d’abord au Ghana pour un hackathon, puis en Macédoine pour une formation en business development et, enfin, en Autriche lors des European Youth Awards http://www.eu-youthaward.org (Catégorie mYouth 2.0). Ils bénéficieront d’un encadrement par des experts en technologie et en business development.

Selon le document de présentation, la compétition est ouverte jusqu’au 4 mars 2018 et les soumissions se font en ligne : http://bit.ly/myouth2sen. Des informations complémentaires sur la compétition sont disponibles sur : http://bit.ly/mythou2sensite.

Les applications mobiles seront évaluées selon les critères suivants : admissibilité, motivation de l'équipe, qualité de l'application mobile, innovation, impact social, potentiel commercial et durabilité.

E. Massiga FAYE

Des Sénégalais qui ne savent ni lire ni écrire en français ou même dans les leurs langues nationales peuvent avoir des renseignements sur les procédures administratives comme l’obtention des extraits d’état civil, les casiers judicaires ou encore sur la fiscalité. L’ingénieur Mamadou Diagne a développé une application qui facilite l’accès aux informations en mode hors connexion pour les usagers détenteurs de téléphone portable et de tablette sous Android.

L’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) a décerné le Prix de l’Emergence au projet I-Citoyen à l’issue du concours « eGovlab Challenge ». Le projet, porté par Mamadou Diagne, permet à l’écrasante majorité des Sénégalais qui n’ont pas fréquenté l’école des Blancs d’avoir accès aux informations administratives. Cette innovation lutte contre l’inclusion. Près de 54,6% de la population sénégalaise n’accédant pas aux informations administratives, l’ingénieur Mamadou Diagne a développé une interface avec des images emblématiques des services comme la justice, la finance, les actions sociales, le système sanitaire. L’objectif est de permettre à ceux qui ne parlent pas français et qui ne savent pas lire de se renseigner.

Tout citoyen détenteur d’un téléphone Smartphone ou d’une tablette sous Android est guidé par des messages vocaux dans sa recherche d’informations. D’emblée, l’utilisateur est invité à choisir la langue de sa convenance par les messages vocaux en wolof, sérère, pulaar. La grande innovation réside dans le fait que cette application fonctionne en mode hors connexion. « I-Citoyen aide les personnes à s’informer sur les procédures administratives en wolof, sérère, pulaar, mandingue, soninké, diola, hassaniya, balante mancagne, noon, manjack, bédik, saafi-saafi.

Tout est disponible en mode hors connexion », informe le porteur du projet.

L’ingénieur pense que le téléphone est l’un des moyens de communication qui aide  l’usager à mieux s’informer. C’est pour cela qu’il a choisi de le mettre au service de la démocratisation de l’accès aux informations administratives. « Avec un taux de pénétration qui est estimé à 116,71% et un parc de téléphonie mobile de 15.765.524 lignes en 2016, le téléphone mobile reste le meilleur vecteur pour l’accessibilité à l’information administrative », croit Mamadou Diagne. La pertinence de cette application n’est plus à discuter. La demande est forte au regard du nombre de Sénégalais qui cherchent des renseignements à distance sur le portail des procédures administratives. « Le portail des procédures administratives est l’un des services les plus innovants de l’État du Sénégal avec un nombre record de visites, dans une société de l’information où l’accès à l’information administrative est un droit. I-Citoyen veut être le futur partenaire de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) pour réduire les inégalités liées à l’accès à l’information », souhaite M. Diagne. L’utilité, l’état d’avancement du projet, entre autres, ont convaincu les membres du jury à attribuer le Prix de l’Emergence à Mamadou Diagne pour la catégorie de « la Ville intelligente ».

Cette innovation est rangée dans la catégorie des outils et des approches qui améliorent la qualité de vie des citoyens dans des villes où ce n’est pas facile de se déplacer. Le concepteur et les autres membres de l’équipe (Marima Dos Santos, Sanou Coumba Faye) ont remercié le ministre en charge des Télé-services de l’Etat et l’Adie qui a initié ce concours considéré comme une vitrine des projets digitaux portés par de jeunes entrepreneurs sénégalais et de la diaspora. « C'est avec une grande joie que notre projet I-Citoyen a reçu le Prix de l'Emergence. Cette récompense prestigieuse est une vitrine pour nous, jeunes entrepreneurs sénégalais. Elle valorise notre travail, nous rend plus crédibles auprès des banques et des investisseurs. En effet, il est très difficile de rivaliser avec les grandes multinationales qui nous écrasent très souvent », confie Mamadou Diagne.

L’équipe réfléchit à élargir l’offre de services. Elle souhaite être l’interface entre les Sénégalais de la diaspora et l’administration sénégalaise. L’ingénieur a constaté que des Sénégalais de l’étranger ont tous les problèmes pour avoir des papiers administratifs. Mamadou Diagne et ses camarades comptent donc lever cette contrainte. Mais, pour cela, il faudra nouer un partenariat avec des services de l’Etat comme l’Adie et le ministère de l’Intérieur.

Idrissa SANE

Le recteur de l’Ugb, Pr Baydallaye Kâne, a lancé le projet «Saint-Louis Numérique 2025» dans les locaux du Conseil départemental de la vieille ville. Ce projet évalué à plus de 17 milliards de FCfa va doper l’économie de la région de Saint-Louis.

Saint-Louis dispose désormais d’un projet numérique. Il a été lancé par le recteur de l’Université Gaston Berger (Ugb), le Pr Baydallaye Kâne, en présence du président du Conseil départemental, Me Moustapha Mbaye, des représentants des ministères de l’Enseignement supérieur, des Télécommunications, du directeur de l’Agence régionale de développement (Ard) Ousmane Sow, de l’adjoint au maire de Saint-Louis, Balla Guèye et de plusieurs élus locaux. Le coordonnateur de ce projet, Pr Ousmane Thiaré de l’Ugb, a rappelé que Saint-Louis Numérique 2025 est un projet de développement territorial. Il est  axé sur l’économie numérique avec des résultats qui vont impacter le développement économique et social des collectivités locales du Nord du Sénégal. L’objectif principal du projet est de doper la croissance économique et d’améliorer le bien-être des populations. Le numérique, a-t-il précisé, est un véritable outil de transformation économique et sociale. « C’est un accélérateur de croissance économique à travers la diffusion et la transformation », a expliqué M. Thiaré. L’Université Gaston Berger de Saint-Louis, à travers le Centre d’excellence africain en mathématiques informatiques et technologies de l’information et de la communication (Cea-Mitic), a initié la réflexion en mai 2016 lors d’un atelier d’élaboration du plan stratégique « Saint-Louis Numérique 2025 (Sln/2025) ». La rencontre avait réuni les représentants des collectivités locales concernées par le projet que sont les départements de Dagana, de Podor et de Saint-Louis ainsi que les 38 communes de ces trois départements.

Potentiel scientifique et technique
Au sortir de cet atelier, un certain nombre de projets avaient été proposés pour constituer le socle du plan stratégique Sln/2025. De l'avis du Pr Ousmane Thiaré, il convient à présent de démarrer cet ambitieux programme. Pr Baydallaye Kâne a, à son tour, laissé entendre que l’initiative du Cea/Mitic de l’Ugb de faire bénéficier la région nord de son immense potentiel scientifique et technique est naturelle. « C’est aussi un devoir », a-t-il souligné. Le recteur a lancé un appel à tous les partenaires, à la tête desquels les collectivités locales, pour une mobilisation autour de ce projet qui va transformer qualitativement les conditions de travail et de vie des populations de la région de Saint-Louis. Il a rappelé que le projet vise le développement de la région de Saint-Louis à travers l’économie numérique à l’horizon 2025. « L’enjeu est de s’appuyer sur les Tic pour éclore et optimiser le potentiel des terroirs concernés, dans les secteurs tels que le tourisme, l’agriculture, l’élevage et la pêche », a-t-il signifié. Rappelant les possibilités que ce projet peut offrir, le recteur de l’Ugb a cité la création d’incubateurs, de pépinières d’entreprises et d’espaces de coworking pour l’emploi des jeunes en milieux urbains et ruraux. Il a aussi fait allusion à la possibilité de promouvoir un large accès au réseau Internet avec un très haut débit, l’aménagement d’espaces numériques et de faire de l’île de Saint-Louis un free wifi zone, de moderniser des collectivités locales par la dématérialisation des procédures administratives.

La réhabilitation, la restauration, la gestion du patrimoine, la gestion de l’information sur la pêche, la disponibilité de ressources pédagogiques, la mise en place d’une plateforme de tutorat en ligne, d’une plateforme de gestion de l’information médicale en local figurent en bonne place dans les perspectives de ce projet.

Mbagnick Kharachi DIAGNE

Les « Mardis du numérique », qui sont à leur 7ème édition, ont permis aux acteurs de la santé et aux responsables d’African performance institute (Api) de démontrer l’importance du numérique dans la facilitation de l’accès aux soins de qualité par le biais de la télésanté et de la m-santé. Les nouvelles technologies sont aussi un puissant outil de sensibilisation et prévention des maladies.

« La santé à l’ère du digital : quel enjeu pour le Sénégal ? » Tel est le thème de la 7ème édition de la conférence des « Mardis du numérique ». Cette rencontre, initiée par African performance institute (Api), a pour but de servir de plateforme d’examen des différentes problématiques liées à la construction et la transformation numérique. Elle a été présidée, le 20 février, par le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr. Ce dernier a informé les organisateurs que son département a lancé le processus d’adoption de la « Stratégie nationale de santé digital 2018-2022 ». Selon le ministre, c’est pour impulser et promouvoir l’accès aux soins de qualité par le biais de la télésanté et de la m-santé. L’objectif recherché également est la prévention et la prise en charge du risque maladie à travers une plus large diffusion d’informations sur la santé et une digitalisation de la Couverture maladie universelle. En outre, le renforcement des performances du personnel de la santé par l’utilisation des Tic et l’amélioration de la gouvernance sanitaire grâce à la disponibilité de l’information sécurisée font partie de cette stratégie. « Le thème est parfaitement aligné sur notre Stratégie nationale dont la mise en œuvre va démarrer, courant 2018, sous la coordination de la Direction générale de la santé à travers la cellule de la carte sanitaire, de la santé digitale et de l’observatoire de la santé », a noté Abdoulaye Diouf Sarr. Selon lui, « la santé numérique nous invite à revisiter nos pratiques à l’aune des opportunités et des risques que présentent les technologies de l’information ».

Le ministre de la Santé a reconnu que, grâce aux Smartphones, chaque personne a la possibilité de contrôler son indice de masse corporelle, sa tension et son taux de glycémie. « Il est donc possible d’anticiper sur la maladie grâce à une bonne information sur la santé et à la promotion en ligne d’une bonne hygiène de vie », a commenté M. Sarr. Et à son avis, à l’ère du digital, la santé doit être gérée autrement, c’est-à-dire en prenant en compte des besoins des populations. Ces nouvelles technologies, a-t-il estimé, ne doivent pas être perçues uniquement comme des services, mais comme des solutions.

Le président d’African performance institute, Ibrahima Nour Eddine Diagne, en décortiquant le thème, a souligné que le numérique donne l’opportunité de faire la connexion entre toutes innovations connues dans le domaine du digital et de la santé en tant que pratique multisectorielle qui, dans son évolution, n’est jusqu’à présent pas encore bouleversée par les métiers du numérique. « Nous avons voulu, à travers notre rendez-vous des « Mardis du numérique », poser le débat devant le ministre et ses collaborateurs », a-t-il renseigné. M. Diagne a, par ailleurs, affirmé que le médecin d’aujourd’hui doit être à l’heure de l’actualité du numérique. « Il doit aussi être capable de pouvoir faire ses consultations, ses analyses et des diagnostics en utilisant les nouvelles technologies de la communication », a-t-il conseillé, d’autant plus que, dans l’avenir, le médecin fera face à un concurrent qui s’appellera l’intelligence artificielle.

Eugène KALY

A près d’un an du premier tour de la présidentielle sénégalaise (24 février 2019), l’état des lieux montre comment la future part centrale du digital dans cette joute électorale est soumise à des impératifs d’innovations.

Dans cette arène virtuelle aux réels enjeux qu’est la communication digitale, les adversaires politiques n’ont pas toujours les mêmes artifices ni les mêmes degrés de préparation, tout en reconnaissant, en revanche, l’importance des pas à franchir. Mamadou Ndiaye, spécialiste de la communication digitale et professeur au Cesti, en apporte un éclairage. « Vu le développement fulgurant de l'Internet mobile en termes d'utilisateurs (plus de 9 millions d'abonnés) et compte tenu de la grande accessibilité des terminaux mobiles et intelligents (Smartphones, tablettes et postes de télévision), nous pouvons parier que la communication digitale occupera une place importante dans l'élection présidentielle de février 2019 ».

Obama, le pionnier
C’est une position souscrite par Charles Sanches tout en nuançant son propos en mettant la balle dans le camp des formations politiques. « La com' digitale prendra la place que les états-majors des candidats voudront bien lui donner », fait-il remarquer. Les exemples du candidat Macron (France) ou même Trump (Etats-Unis), plus récents, montrent le basculement de leurs élections respectives en mobilisant notamment les abstentionnistes. L’utilisation de la plateforme américaine NationBuilder, une énorme base de contacts, permettait de toucher un maximum d’électeurs. Mais, le pionner dans ce secteur est sans conteste Obama. « En 2008, sa stratégie digitale audacieuse ne se limitait pas juste à être présent sur certaines plateformes communautaires ; son équipe avait défini comment chaque plateforme devait être exploitée et comment l'information y serait agencée », ajoute M. Sanches.

Un terreau fertile
Au Sénégal, les moyens peuvent ne pas être les mêmes pour les potentiels candidats à la location de l’avenue Léopold S. Senghor. Il en est de même pour la sociologie des électeurs. Mais, il y a un terreau fertile à la chasse à l’électeur digital. Effectivement, Internet et les réseaux sociaux sont devenus incontournables dans un plan de communication de masse. « Les audiences sont bonnes, la mise en œuvre d'actes de communication et/ou de propagande est plus rapide », note Mamadou Ndiaye. « Avec les supports digitaux et en ligne, faire ou répondre à une manipulation politique devient un jeu d'enfant », assure-t-il. Un jeu aux apparences plus complexe qu’il n’y paraît et qui pourrait profiter à d’autres forces en dehors du huis clos politique traditionnel. « Si nos hommes politiques manquent d'innovations en la matière, il y a un risque qu'ils laissent l'initiative à la société civile qui, elle, les bousculera. Ils ont donc intérêt à bousculer leurs habitudes et à sortir de leur zone de confort habituel, sinon ils vont déchanter », martèle l’universitaire. Tout un programme.

Par Moussa Diop

COMMUNICATION DIGITALE EN POLITIQUE ENTRE PONCIFS ET ORIGINALITÉ
Etre populaire sur les réseaux sociaux numériques, c’est comme être riche au jeu du Monopoly. C’est un poncif aux allures d’assertion péremptoire. Cependant, il n’a pas le défaut du manque de corrosivité, même si elle ne fait pas toujours rire les politiques en mal d’audience, d’égo, mais surtout à la communication incertaine pour les futures échéances électorales. Ceux qui rassemblent toutes ces « tares » se ruent sur la communication digitale comme on se jette, à genoux, dans l’eau inespérée d’une oasis, lors d’une traversée du désert, sans se soucier si elle est potentiellement dangereuse. En effet, l’horizontalité du digital permet de vérifier la tarte à la crème sous forme de poncif historique qui veut qu’il soit « plus facile de détruire que de construire ».
 
Elle est encore plus avérée quand il s’agit de réputation digitale. En politique, communiquer est synonyme de chercher à fixer une prise de position en se basant sur l’argumentation et la légitimité. Chaque intervention doit être minutieusement choisie, car avec le digital, chaque information peut être partagée, commentée et aussi circuler sans limite, notamment avec les réseaux sociaux. Des prises de position de politiques ou de leurs partis sur Twitter ou Facebook génèrent presque immédiatement de vives oppositions du camp d’en face. Le contraire est une originalité.

« Le digital, c’est technique. Il requiert qu’on le confie à quelqu’un qui s’y connaît », avertit Charles Sanches, activiste et ancien membre de la com’ digitale de la Croix-Rouge à Dakar. Il poursuit : « Il ne suffit pas juste d’avoir du succès sur les réseaux sociaux ou d’avoir de la répartie pour savoir l’utiliser, parce que la stratégie devient conjoncturelle. Ainsi, à la première crise, tout s’écroule alors que pour avoir des résultats sur le long terme, la communication digitale doit être structurelle ». L’hybridité de la communication digitale en politique au Sénégal est ainsi justifiée. Elle est souvent mi-professionnelle mi artisanale. « Dans un pays avec un nombre d’internautes assez réduit (4 119 527 selon internetwordstats), l’utilisation des médias traditionnels offre une meilleure visibilité aux acteurs politiques », conseille Mamadou Ndiaye, professeur au Cesti. Et le serpent se mord finalement la queue. Autre poncif à l’originalité floue comme la com’ digitale en politique au Sénégal.

CHARLES SANCHES, BLOGGEUR : « AU SÉNÉGAL, C’EST UNE COM’ PLUS ARTISANALE QUE PROFESSIONNELLE »
Enseignant, consultant, mais surtout coordinateur de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (Pplaaf), Charles Sanches a un regard critique sur la communication digitale des politiques au Sénégal.

Il a suffi d’une scène pour étaler au grand jour les difficultés de la communication digitale en politique. Lors de sa récente visite au Sénégal, Macron s’adresse à une élève du collège de Hann : « Ça fait combien de temps que vous êtes 28 ? » La réponse de la jeune collégienne (« Ça fait trois jours ») a déclenché l’emballement des réseaux sociaux numériques où on débattait de la probabilité ou non d’une volonté de « cacher » les réels effectifs de classe du collège estimés à 60.

« Réinventer la communication politique »
« Je crois que cela montre toute la volatilité des réseaux sociaux où les acteurs d’une scène ont eux-mêmes toutes les difficultés du monde à la maîtriser », analyse Charles Sanches. Pour étayer son point de vue, cet ancien de la cellule de communication du Comité international de la Croix-Rouge à Dakar et également bloggeur fait une mise en perspective : « Un spectateur hors du champ va récupérer un élément hors contexte, et c’est cet élément qui l’emportera sur tout le reste. Il y a eu tellement d’interprétations sur cette histoire des « 28 élèves », mais les gens préfèrent garder ce qui les intéresse. Il y a un décalage entre une communication institutionnelle qui se veut sérieuse et les utilisateurs des réseaux sociaux qui sont dans l’instantané, l’emballement et l’effet boule de neige ».

Charles Sanches attire l’attention sur la différence entre la communication politique et la communication digitale appliquée à la politique. Convaincu qu’une présence sur les réseaux sociaux n’est pas forcément synonyme de stratégie digitale, l’activiste pense que la communication digitale en politique au Sénégal est « plus artisanale que professionnelle ».

Développer une stratégie digitale
Deux raisons principales l’expliquent. Premièrement, les politiques ainsi que les structures politiques « n’ont pas compris que Internet et surtout le web 2.0 ont induit des nouveaux comportements des citoyens, potentiels électeurs et électeurs. Les individus sont, aujourd’hui, plus puissants que les institutions ». Deuxièmement, pour parler de communication digitale, cela suppose, au préalable, « le développement d’une stratégie digitale, avoir des cibles, maîtriser les codes des réseaux sociaux et développer une stratégie de contenus ». Le bloggeur n’est pas sûr « que les partis politiques aient intégré les métiers du digital dans leurs structures, (car ils continuent) de voir le digital comme quelque chose d’à-côté, de marginal (alors qu’il est) central ».

M. DIOP

EL HADJI KASSÉ SUR LA COMMUNICATION DIGITALE DE MACKY SALL : « C’EST UNE VOLONTÉ DE TRANSPARENCE ET DE PROXIMITÉ »
Ministre chargé de la Communication de la présidence, El Hadji Kassé est à la tête d’un dispositif dans lequel les outils numériques ont une activité « centrale ». Un dynamisme qui a donné à Macky Sall une identité numérique de premier plan en Afrique.

« Rester connecté et ne laisser personne pour compte avec la volonté de transparence et de restitution de l'action présidentielle ». C’est la vision du président Macky Sall décrite par El Hadji Kassé, responsable de la Communication de la présidence. Avec lui, le Sénégal envisage de se poser comme un pionnier en termes d'innovation communicationnelle. « Le président de la République fait partie des chefs d'Etat les plus connectés du continent. Son compte Twitter est, aujourd'hui, classée 6ème dans le Top 20 des chefs d'Etat les plus connectés sur ce réseau social (1er en Afrique francophone et 2ème en Afrique de l'Ouest derrière le Nigéria) », se félicite-t-il.

« Présidence connectée »
La communication digitale de la présidence de la République sénégalaise est « centrale », selon El Hadji Kassé. L’ancien Dg du « Soleil » décrit une « présidence connectée » protéiforme avec plusieurs plateformes comme le « Chatbot » de la présidence de la République permettant d'échanger et d'informer régulièrement ; la plateforme #StopFakeNewsSn pour dénoncer les manipulations de l’opinion à travers le web 2.0 ; la Newsletter bimestrielle pour suivre et rattraper toute l'actualité présidentielle dont l’inscription se fait sur le site de la présidence ; la « Génération Sénégal », une plateforme de la présidence pour la génération qui construit le Sénégal (des formats revisités et adaptés, de la pédagogie et de l'échange) ; l'Enm (Espace numérique mobile) et ses tournées à travers le pays pour toujours rester connecté ; les comptes Instagram/ou encore Snapchat pour les plus jeunes – « une communication à tous les niveaux et pour toutes les catégories » et, enfin, les sessions de questions/réponses mensuels sur des sujets de société, d'actualité nationale et internationale. Ce dispositif fait dire à El Hadji Kassé que Macky Sall « est le premier président à impulser une telle dynamique, symbole (d’une) relève générationnelle ».

Twitter et Facebook
La mise en place de ce dispositif permet à la présidence d’avoir une « communication de proximité, au plus proche des réalités et des Sénégalais ». L’utilisation des outils numériques dans la communication du président Sall s’inscrit dans sa « volonté de transparence et de proximité ». La présidence favorise, de tous les outils numériques à sa disposition, Facebook et Twitter. Pour El Hadji Kassé, les tweets sont plus « utiles et informatifs », alors que Facebook sert davantage aux « échanges, notamment les sessions mensuelles dont « La Présidence vous répond » - session de questions/réponses ».

M. DIOP

MAMADOU NDIAYE, PROFESSEUR AU CESTI : « LES POLITIQUES SÉNÉGALAIS PRÉFÈRENT FACEBOOK À TWITTER »
Professeur de Multimédia et Communication au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), Dr Mamadou Ndiaye fait un diagnostic de la com’ digitale en politique au Sénégal.  

Existe-t-il des stratégies de communication digitale spécifiques en politique au Sénégal ?
Oui, il existe des stratégies de communication digitale dans le domaine de la politique. La stratégie basique et la plus simple est d'avoir un site web adossé à une page Facebook sponsorisée. La page doit être développée par un professionnel parce que ce n'est pas la page de monsieur tout le monde. Normalement, c’est la vitrine d'un leader, d'une personne publique charismatique. Par conséquent, il lui faut de la visibilité et une forte audience. C'est ce qui fait que la page doit nécessairement être sponsorisée, c'est-à-dire une page dont la promotion est prise en charge par Facebook. L'application WhatsApp a été beaucoup utilisée lors des dernières élections législatives (juillet 2017, Ndlr), notamment par la coalition « Mankoo Wattu Senegal » et la coalition « Benno Bokk Yakaar ». Dans le cadre de la propagande et de la manipulation politique, des hommes politiques n'hésitent pas à commander des vidéos mettant à nu les failles, insuffisances ou incohérences de leurs adversaires. Ces productions audiovisuelles sont massivement diffusées sur les réseaux sociaux et sur WhatsApp. Toujours sur ces plateformes web, émergent et s'organisent des cellules de riposte qui répondent instantanément et souvent, de manière virulente, à la moindre attaque ou critique visant leur leader.

Est-ce que la communication digitale fait partie des priorités des partis politiques au Sénégal ?
Oui, vu l'activité qu'ils y mènent. Cependant, il faut signaler qu’elle n'est pas très professionnelle, c'est-à-dire structurée, planifiée et déroulée dans les règles de l'art. En somme, cela reste très artisanal et basé sur l'émotion et l'actualité du moment.

Qu’est-ce qui explique qu’une personnalité politique fasse de son compte personnel ou de sa page personnelle le relais de ses opinions politiques ?
Un homme politique bénéficie souvent d'une forte popularité qui fait que son profil est suivi par des milliers d'utilisateurs des réseaux sociaux. Pour le cas de Facebook, à partir de 5000 « amis », il peut faire évoluer son profil en page (« officielle »), toujours en son nom. C'est ce qui explique souvent que les pages portant l'identité du leader sont plus populaires que les pages des partis politiques eux-mêmes. Par conséquent, si on est en quête d'audience, il est plus simple et efficace d'utiliser son propre compte, sa page personnelle, pour échanger avec les citoyens.

Ailleurs, en Occident, par exemple, les politiques choisissent Twitter pour leur prise de parole. Au Sénégal, le choix est plutôt porté sur Facebook. Qu’est-ce que cela dit de la sociologie digitale des Sénégalais ?
Twitter a pendant longtemps trainé une lacune : l'exigence de s'exprimer en 140 caractères. Ce qui nécessitait une capacité de synthèse et une technique d'écriture que ne possédaient pas forcément nos hommes et femmes politiques. Aussi, nous pouvons évoquer la non maîtrise des applications web comme Twitter et la pratique quotidienne. Si on n’est pas un utilisateur assidu de Twitter, en étant ou en devenant un responsable politique, on n’en sera pas pour autant un twitto confirmé. Même en passant à 280 caractères depuis fin septembre 2017, l'utilisation de Twitter est moins fréquente que celle de Facebook. Aussi, Facebook offre une audience, une architecture d'interaction et une aisance que n'offre pas Twitter.

Quels bénéfices peuvent tirer les politiques d’une bonne com’ digitale politique ?
La rapidité de la mise en œuvre des stratégies, une audience jeune et assez importante à portée de main, des coûts relativement bas et la possibilité de toucher les Sénégalais de la diaspora.

Quels risques encourent-ils en choisissant ce mode de communication ?
Ils risquent de voir leurs propres stratégies détournées contre eux. Internet et les réseaux sociaux étant des plateformes ouvertes, il est difficile de maîtriser sa communication et son impact. Ce qui rend véritablement vulnérables ses utilisateurs. Aussi, il y a le risque de confondre popularité sur les réseaux sociaux et popularité dans les urnes. L'histoire politique du Sénégal nous a enseigné que de nombreux acteurs politiques très influents et populaires sur les réseaux sociaux (Idrissa Seck, Ibrahima Fall, Cheikh Bamba Dièye, Ousmane Sonko, etc.) ont réalisé de maigres scores dans les urnes.

M. DIOP

LES RÉSEAUX SOCIAUX, UN TREMPLIN POUR UNE IDENTITÉ ET UNE LÉGITIMITÉ POLITIQUES
C'est à travers sa page Facebook que l’ancien député Thierno Bocoum a annoncé sa démission « par convenance personnelle » du parti politique Rewmi. Il venait ainsi tout bonnement de mettre fin à des années de compagnonnage avec Idrissa Seck à travers un post sur Facebook. Désormais, c’est l’usage pour les hommes politiques de faire constamment recours aux réseaux sociaux dans leur stratégie de communication. Son combat politique, l’ancien porte-parole de Rewmi semble décidé à le poursuivre autrement.
 
Dorénavant, les réseaux sociaux s'imposent comme un outil de communication incontournable. Facebook, Twitter ou encore Instagram  jouent  un rôle extrêmement important. Une communication bien menée et de grande ampleur sur ces plateformes sociales permet donc de disposer d'une forte visibilité mais aussi de draguer un électorat jeune moins tourné vers les médias traditionnels. Dans cette optique, la «course aux likes» entre les acteurs politiques peut sembler insignifiante. En réalité, plus une personnalité est « likée », plus le contenu publié sur la page sera diffusé et plus cette personne bénéficiera d'une grande visibilité pour diffuser ses idées. Avec la montée en puissance des réseaux sociaux, la frontière entre « influenceurs » et influencés tend à devenir de plus en plus poreuse. Au point de bouleverser les formes classiques de communication. Au Sénégal, Thierno Booum, Babacar Gaye et Ousmane Sonko font partie des hommes politiques  les  plus présents sur les réseaux sociaux. Si c’est moins le cas pour M. Gaye, porte-parole du Pds et ancien membre du gouvernement sous Wade, messieurs Bocoum et Sonko se sont servis de leur profil Facebook pour assoir leur identité et légitimité politique en incarnant, pour le premier, une nouvelle vision de l’opposition sénégalaise alors que le second mettait plus l’accent sur des révélations et des dénonciations fracassantes. Des stratégies de communication différentes destinées à toucher un public large. La sociologie actuelle des réseaux sociaux numériques est transversale, elle englobe jeunes – bien sûr – et de plus en plus de moins jeunes.

Oumar BA

LA BATAILLE DES « RÉSEAUX » AU PS
Il y a eu un glissement sur le terrain digital, notamment les réseaux sociaux numériques, de la bataille réelle que se livrent ex-camarades du Parti socialistes. Quand les pro-Tanor se sont contentés de traiter l'autre camp de « dissidents », ceux de Khalifa évoquaient souvent « une tentative de tuer le Parti socialiste ». Pour mieux en découdre avec cette bataille « des réseaux sociaux », le mouvement « And dolel Khalifa Sall (Adk) » a réussi la mobilisation numérique de ses membres avec des éléments de langage sur l’obligation du Ps de « faire sa mue ».  Elle passe par une cure de jouvence à travers une alternance générationnelle.
 
Dans le camp du secrétaire général du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng, on refuse de rester les bras croisés, traitant l'autre camp d' « indisciplinés ». Les pro-Tanor ont ainsi occupé les réseaux sociaux pour défendre leur leader politique et apporter la riposte à leurs désormais ex-amis.  

O. BA

Le Sénégal vient d’accueillir Emmanuel Macron, le président français. C’est un ardent théoricien de l’horizontalité en politique tout en étant lui même profondément jupitérien, donc adepte de la verticalité. Une position qui laisse entrevoir les linéaments d’un paradoxe.

En  culture digitale, l’horizontalité fait partie des principes fondateurs au même titre que la transparence ou la coopération. C’est la possibilité pour toute personne de contribuer, d’exprimer son opinion, de partager et d’influencer les autres internautes. C’est très différent  du modèle de hiérarchie traditionnelle. Du coup, les avis des internautes revêtent une importance capitale. Une critique ou un avis favorable émanant d’un utilisateur du web 2.0 est redouté. Chaque prise de parole peut être de portée égale à  l’expertise, en numismatique, d’un spécialiste de la Drachme grecque de l’Antiquité. Toutes les paroles se valent (ou presque). L’horizontalité digitale n’est-elle pas le summum d’une manière orthodoxe de la démocratie ? Sans être catégorique, elle rappelle la démocratie participative si chère à Thomas Sankara à travers les fameux Comités de défense de la révolution (Cdr). L’horizontalité, une révolution au-delà du digital.

Par Moussa Diop

Les « fake news » circulent de façon virale et font dans la désinformation, que ce soit via les médias traditionnels ou les médias sociaux. Retour sur quelques « fake news » sur les dernières semaines au Sénégal.

Les internautes sont confrontés au déferlement d’intox. Ce mal qui sévit aujourd’hui et agite l’univers des médias ne connait pas de limites et n’épargne personne. En décembre dernier, des informations faisaient état d’une action contentieuse initiée par la Caisse des dépôts et consignations (Cdc) à l’encontre de Cheikh Amar. Cette information a été très vite démentie par la direction de la Cdc. Une « fake news » avait également fait croire que le gouvernement avait l’intention d’acquérir du matériel roulant ferroviaire en provenance d’Indonésie, mais elle était bien vite battue en brèche par le ministère délégué en charge du Développement du réseau ferroviaire. Dans la même optique, une fausse information avait prêté à l’État du Sénégal l’intention de « déloger tout chef d’État qui tenterait de s’aventurer dans des aventures ambiguës ». Cette information, selon la présidence de la République, était sans fondement. Le constat est qu’il est, aujourd’hui, très difficile d’échapper aux « fake news ».

Samba Oumar FALL

Après Orange et Tigo, Expresso a lancé, le 15 février, à Dakar, son service de transfert d’argent depuis le mobile dénommé E-Money by Expresso. Mais, la véritable nouveauté du service est E-Money Chat.

« Il permet aux clients d’utiliser la plateforme financière digitale E-Money lors de leurs discussions sur les différents réseaux sociaux (WhatsApp – Snapchat – Twitter – Instagram…). Donc, le client, tout en discutant avec un proche, pourra effectuer un transfert d’argent (sans quitter) sa page de discussion », explique Fatou Sow Kane, directrice de projet à Expresso. Par ailleurs, l’utilisation du #144# comme code de service financier mobile (le même que Orange) interpelle. Expresso évoque  un « monde de la portabilité ou le numéro n’est pas l’appartenance d’un quelconque opérateur ». Son souci « majeur » est «de faciliter l’accès aux services financiers mobiles à ses clients et aussi que cette interopérabilité soit un jour une réalité ».                

Job’Tel, la révolution du marché de l’emploi par le numérique

Parti du constat qu’il faut personnaliser la recherche d’emploi au Sénégal, Job’Tel envisage de devenir l’équivalent de Pôle emploi en France.

«Job’Tel est la première plateforme de l’emploi au Sénégal », présente Cheikh Tidiane Diagne, son Pdg. L’équipe, composée d’une douzaine de personnes, a pris un nouveau tournant dans son business plan, en ce début d’année 2018, avec des innovations. En effet, Job’Tel permet désormais aux chercheurs d’emploi de recevoir les offres, de manière automatisée, selon le profil et le domaine de recherche ; d’être accompagné sur toute la procédure de la recherche d’emploi, de participer aux ateliers co-organisés avec d’autres partenaires, de faires des tests d’évaluation de profil. Pour les recruteurs, les offres concernent un tri sélectif de Cv, une large diffusion des offres d’emploi, des réductions sur leurs modules de formation.  

Comment ça marche ? M. Diagne explique qu’« en se rendant chez un distributeur agréé, le chercheur d’emploi procède à l’achat (1000 FCfa) de la carte Job’Tel (numérisée) qui est rechargeable. Le distributeur enregistre les coordonnées du candidat sur un formulaire. Le candidat est désormais abonné ». Après cette étape, le système informatique de Job’Tel prend en charge le candidat avec l’accès aux offres d’emploi de manière personnalisée. Il faudra déboursée 1000 FCfa par semaine pour recharger la carte et continuer à bénéficier des services de Job’Tel.

M. DIOP

 

Les supporters de l’Olympique de Marseille se mobilisent pour permettre au Sénégalais Alioune Diop de faire le déplacement de Dakar à la cité phocéenne pour y assister à la rencontre Om–Ol du 18 mars prochain.

Tout est parti d’un reportage sur Alioune Diop, porte-parole de l'Association des Marseillais au Sénégal. Le fan absolu aux 70 maillots de l’Om y faisait part de son rêve d’assister à un match de son équipe préférée au Vélodrome. Ce qui avait ému le peuple marseillais sur les réseaux sociaux et déclenché une mobilisation avec la création d’une cagnotte sur Leetchi, un site de crowdfunding (financement participatif) pour payer le voyage à Alioune Diop. Sur la page dédiée, on peut y lire : « Tout supporter de l’Olympique de Marseille mérite de pouvoir porter nos couleurs dans le plus bel endroit du monde : Le stade Vélodrome. Et pour le remercier de la passion qu'il véhicule dans son pays, nous prenons l'initiative de l'inviter à Om-Lyon le 18 mars 2018 ».

Cette ambition a un coup : le billet d’avion, le visa, le billet du match et la chambre d’hôtel sont estimés à 800 euros (environ 530 000 FCfa). A 29 jours du match, les supporters de l’Om avaient réuni 383 euros pour la réalisation du rêve d’un Sénégalais fou amoureux de l’Olympique de Marseille.                     

M. DIOP

 

La Direction générale des impôts et des domaines a lancé, hier, la nouvelle version de Etax, une plateforme de télé-déclaration et de télépaiement.

Depuis plusieurs décennies, la modernisation de l’Etat est au centre des réflexions et discussions. Le gouvernement sénégalais a engagé, ces dernières années, des réformes majeures pour améliorer la qualité de son administration en s’appuyant sur la technologie. Le lancement, hier, de l’application Etax, une plateforme de télé-déclaration et de télépaiement qui existe depuis 2013, par la Direction générale des impôts et domaines s’inscrit dans ce souci de fournir des services de qualité aux usagers de l’administration fiscale. Cette plateforme permet aux usagers de déclarer et de payer leurs impôts et taxes en ligne. Selon le directeur général des impôts et domaines Cheikh Ahmed Tidiane Bâ, le déploiement des télé-procédures s’inscrit dans le vaste chantier de modernisation entrepris par la Direction générale des impôts et domaines qui, à travers son plan de développement stratégique de l’administration fiscale, s’est fixé comme objectif premier l’amélioration de la qualité des services aux usagers. L’un des axes retenus pour atteindre cet objectif, concerne la simplification des procédures afin de mieux répondre aux attentes et besoins des usagers. Le directeur général des impôts et des domaines a rappelé que l’utilisation des télé-rocédures est, aujourd’hui, obligatoire pour tous les contribuables relevant de la direction des grandes entreprises. Cheikh Ahmed Tidiane Bâ ajoute qu’en lieu et place d’une obligation, il faut plutôt y voir une révolution positive et des opportunités offertes aux usagers. En plus du gain de temps, il affirme que les télé-procédures assurent une parfaite transparence de toutes les transactions du fait de leur traçabilité. Les risques de perte de documents et d’autres désagréments, poursuit-il, sont annihilés avec cette plateforme. M. Bâ a révélé qu’en janvier dernier, plus de 600 entreprises ont été formées à la déclaration et au paiement des impôts et taxes en ligne. Cette plateforme, explique Aïssatou Ndao, directrice des systèmes d’information de la Dgid, a connu des évolutions depuis 2013. Elle permet de déclarer et de payer les impôts et taxes en ligne ; de consulter les comptes d’impôts ; d’adresser des requêtes à l’administration fiscale en ligne et de recevoir des réponses via le même canal. Baidy Agne, au nom du patronat, a salué le lancement de cette plateforme.

Présidant la rencontre, le ministre délégué en charge du Budget a salué la mise en œuvre de l’application Etax. Birima Mangara affirme que son lancement illustre les actions que l’administration doit mettre en œuvre pour mieux servir les usagers. Selon lui, la dématérialisation des procédures est pour la Direction générale des impôts et domaines qu’il s’agit d’une administration dont les fonctions sont stratégiques voire vitales pour l’accomplissement de tous les autres services publics. M. Mangara a rappelé les bonnes pratiques qui doivent guider les agents de l’Etat. « La légitimité technocratique du fonctionnaire dans un Etat de droit est certes établie, mais nous devons garder à l’esprit qu’il tire sa source de la légitimité exprimée par le peuple souverain. C’est là le fondement de notre obligation d’assurer un service de qualité à l’usager du service public. Elle se décline sous diverses formes telles que le respect du secret professionnel, l’obligation de réserve (…). Je vous engage à garder à l’esprit ces principes fondamentaux de l’exercice de responsabilités administratives », a-t-il dit aux agents de l’administration.

Aliou KANDE

L’Espace numérique mobile de la présidence de la République du Sénégal a été présenté aux jeunes de la ville de Saint-Louis. A travers ce geste, les responsables de la Cellule de communication de la présidence, avec le concept « Génération Sénégal », font un clin d’œil aux jeunes, cette génération qui construit l’avenir du Sénégal. Le conseiller-spécial du chef de l’Etat et coordonnateur de l’équipe digitale, Ousmane Thiongane, est revenu sur les efforts consentis par les autorités pour la mise en place d’un écosystème favorable au développement des Tic et à leur appropriation par les populations. Ainsi, à travers le projet « Sénégal numérique 2025 », plus de 35.000 emplois seront créés, pour un investissement de plus 1.300 milliards de FCfa, faisant de Diamniadio et du Sénégal un hub dans le domaine des Tic. Dans ses propos, il a aussi souligné l’importance de faire un focus sur la cible jeune qui, pour l’essentiel, utilise les réseaux sociaux. De l’avis de M. Thiongane, « des études ont montré que plus de 90 % des jeunes s’informent à travers leur téléphone. Ils n’écoutent plus la radio, ne suivent plus la télé et ne lisent plus les journaux ».

Aujourd’hui, en lançant « Génération Sénégal », a-t-il relevé, « nous voulons, à travers l’expansion du numérique, toucher cette frange de la population et la mettre en interaction avec la première autorité du pays ».

Lors de cette manifestation, les responsables du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont évoqué les UVs et les Eno qui sont une révolution dans le domaine de l’enseignement au Sénégal surtout avec l’apport du numérique. L’adjoint au gouverneur Amadou Diop, en charge des affaires administratives, s’est réjoui de cette rencontre. Pour lui, en délocalisant cette activité dans les régions, les services de la présidence de la République donnent une chance aux jeunes de l’intérieur et « respectent aussi la vision de territorialisation des politiques publiques que prône le gouvernement ». L’espace numérique mobile est un espace digital et interactif qui accompagne le chef de l’Etat dans ses déplacements. Il permet de suivre, en temps réel, l’actualité des réseaux sociaux et de partager avec les Sénégalais l’information sur les réalisations et les projets du président de la République, mais aussi de répondre à chaud aux questions des internautes.

Amadou Maguette NDAW

Dans la dynamique de la Conférence du Partenariat mondial pour l’éducation (Pme), la 8ème édition de l’It Forum s’est tenue à l’Institut français de Dakar. Lors de cette activité, plusieurs applications technologiques au service de l’école ont été présentées.

Dans le cadre du Partenariat mondial pour l’éducation (Pme), la 8ème édition de l’It Forum, organisée à l’Institut français de Dakar, a rassemblé plusieurs spécialistes de l’éducation et des Tic. Compte tenu du fait que 94 millions d’enfants africains sont hors du système éducatif, les participants aux panels sont convaincus qu’avec la technologie on pourrait réduire ce nombre.

Gael Le Dréau, délégué international du réseau Canopé qui produit des ouvrages pédagogiques et du contenu audio pour l’enseignement, a indiqué que leur structure peut aider l’Afrique, car accompagnant aussi les enseignants dans l’utilisation des outils technologiques. A son avis « le numérique doit se transmettre sur la façon de travailler et peut permettre aux enseignants de mieux accomplir leur tâche ».

Pour cela, le directeur de E-éducation d’Orange, Thierry Coilhac, a informé que cette structure va équiper un collègue de Kaolack grâce une boite appelée « Aid 4 free », pour un meilleur accès des enseignants et des élèves au savoir sans une connexion Internet. Ce processus permet la mise en place d’une base de données où il y aura 4.000 vidéos sur des cours de mathématiques, 5.000 livres à télécharger gratuitement, des vidéos éducatives qui peuvent y être ajoutées par les enseignants pour un usage pédagogique, etc. « Cela rend un service immense à des élèves qui n’ont pas les moyens d’accéder à Internet. Cette boite leur permettra d’avoir accès à des milliers de supports pédagogiques », a-t-il soutenu.

Une autre plateforme appelée Youscribe a été aussi présentée lors de ce panel autour du thème : « Ces applications à la conquête de l’école ». Selon le spécialiste Juan Pilot De Cordbion, à l’image de Youtube, il s’agit d’une bibliothèque numérique ouverte à tous « et qui donne le pouvoir de publication et de recherche à chacun, en recueillant les écrits des étudiants, les cours des professeurs, etc. ».

Le tableau numérique du Repta
Pour inclure les enfants qui sont en dehors du système éducatif, le Réseau éducation pour tous en Afrique (Repta) a créé un tableau numérique interactif. Selon l’ancien ministre de l’Education, Mamadou Ndoye, responsable de cet organe panafricain, « le tableau est en relation avec un ordinateur qui a des ressources pédagogiques en sons, en images ou en textes ; ce qui peut permettre à chaque enseignant de pouvoir illustrer ce qu’il est en train de dire ou faire sur le tableau numérique à distance des apprenants. Ces ressources pédagogiques sont au service de l’enseignement de la lecture et de l’écriture en langue africaine d’abord, puis pour l’apprentissage du français à l’oral et à l'écrit ».

M. Ndoye a insisté sur l’importance de commencer par la langue maternelle, car, à son avis, c’est absurde de vouloir apprendre quelque chose qu’on ne connait pas dans une langue qu’on ne connait pas. « C’est évident pour tout le monde, sauf pour nous, Africains ». Poursuivant, il a expliqué que « les expériences montrent que les élèves sont deux ou trois fois mieux performants que les autres quand ils commencent par leur langue maternelle ».

Oumar KANDE

Happy coders academy (Hca) a été lancée le 26 janvier 2018 à Dakar. Cette école vise à booster l’intelligence des enfants.

L’école de « coding » et de robotique permet aux enfants de 4 à 15 ans de découvrir, puis de maîtriser le langage et les outils du digital. Mieux, ce système est un moyen pour booster l’intelligence de l’enfant qui, à travers cet apprentissage, comprend les appareils de son environnement. « Nous préparons votre enfant à comprendre le langage du futur », a précisé Alioune Guèye, directeur général de Happy coders academy (Hca), invitant à une réinvention de la pédagogie des enfants.

Selon lui, cette académie veut contribuer à l’évolution de l’écosystème du numérique dans le but de pousser les enfants à apprendre autrement. Dès lors, ces derniers seront habilités à travailler en groupe. « A l’école, ils réfléchiront différemment. Le « coding » est une autre grammaire de la scolarité », a ajouté M. Guèye. A l’en croire, les pensionnaires seront d’abord scolarisés dans le système normal (français, américain ou autre) et les mercredis, samedis après-midi ou les dimanches, ils viendront suivre une heure de cours par semaine. « C’est une activité parascolaire.

L’enfant apprend en s’amusant, car nous allons « didactiser » le contenu », a-t-il. Alioune Guèye à pour ambition de s’étendre sur le territoire sénégalais. « Nous devons occuper notre jeunesse. Il faut qu’on arrive à monétiser nos valeurs culturelles et savoir-faire », a-t-il laisser entendre, estimant d’ailleurs que les médias du futur sont sans conteste le numérique. « Ainsi, nous devons nous y conformer, si l’on veut être entendu. Cet établissement, une première au Sénégal, peut accueillir jusqu’à 150 enfants en permanence chaque année, car les sessions sont calées sur 6 à 8 enfants afin de pouvoir respecter l’encadrement qu’il faut. Et il faut un trimestre pour maitriser le processus d’initiation », a expliqué le Dg de Hca.

Abordant les frais de scolarité, le Pdg du Groupe Afrique challenge a signalé que chaque enfant paie en moyenne 30.000 FCfa par an. Des cours spéciaux seront aussi organisés durant les vacances.

Serigne Mansour Sy CISSE

L’ingénieur Abdoul Khadre Diallo a rendu possible l’initiation à Internet, y compris en mode hors-connexion, grâce à une application qu’il a mise au point. L’usager peut, à l’heure de son choix et à son lieu de convenance, apprendre l’informatique. Cette innovation a été récompensée au concours « eGovLab ».

Le directeur de la startup Volkeno, Abdoul Khadre Diallo, a introduit une grande innovation dans l’initiation des jeunes aux technologies de l’information et de la communication (Tic). Ce Sénégalais, diplômé des prestigieuses écoles françaises, est l’auteur d’une application permettant d’enseigner l’informatique, y compris dans des zones hors connexion. « Nous avons développé un outil dénommé « Andu » qui permet aux gens d’apprendre les technologies sans Internet. Par technologies, nous faisons référence à la programmation web et mobile, au marketing digital et design graphique », a-t-il expliqué.

L’outil est un support d’auto-apprentissage. Les vidéos et les services, ainsi que les Questions à choix multiples (Qcm) créent un espace d’interaction. L’avantage est que ceux qui le désirent peuvent apprendre selon l’heure de convenance et à n’importe quel lieu. « Avec le logiciel « Andu », vous avez accès à des contenus de formation sous forme de vidéos, d’exercices et de Qcm qui vous permettent d’apprendre de façon autonome et sans dépendre de l’Internet. Si vous voulez mettre à jour les contenus, vous avez deux options : utiliser Internet ou notre box wifi dénommée «Andu Box» qui fonctionne comme un modem wifi, mais hors-ligne », a révélé Abdoul Khadre Diallo.

L’auteur est formel : les tests ont produit les résultats attendus. Les membres du jury interprètent cette application comme une avancée remarquable dans la réduction de la fracture numérique. Dans des pays où l’accès à Internet reste localisé dans certaines zones et réservé à des ménages aisés, « Andu » vient lever une contrainte à une initiation de masse. « Oui, il est possible de former des personnes qui sont dans des zones où il n’y a pas l’internet. En y déployant des « Box Andu », les gens auront la possibilité, via une application mobile ou une application sur ordinateur, de télécharger des contenus issus de la box », a défendu l’ingénieur.

Pour lui, c’est par l’appropriation des opportunités offertes par les nouvelles technologies que des pays comme les nôtres peuvent rattraper leur retard et donner aux jeunes la chance d’une insertion socioprofessionnelle ou de création d’emplois. « Dans le monde d’aujourd’hui (Afrique, Europe, Amérique, Asie), la technologie est en train de prendre une ampleur jamais vue. Cela amène des problèmes et donc, des opportunités sont souvent saisies par des startups technologiques. Et l’une de leurs caractéristiques réside dans le fait d’avoir besoin de développeurs, d’infographistes ou encore de personnes qualifiées en communication et marketing en ligne. Par exemple, en France, il y a un manque de plus de 40.000 développeurs », a fait savoir ce Sénégalais qui a eu son baccalauréat S1 au Sénégal en 2008 avant de s’envoler pour la France, précisément à l’Université de Compiègne, où il est diplômé dans la filière Génie informatique.

« Je me suis spécialisé dans la conception et la réalisation d’applications mobiles. Et j’ai travaillé dans une startup parisienne pendant six mois en tant que Lead developer mobile (Android & iOS) », a détaillé Abdoul Kadre Diallo.

L’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) classe cette startup dans la catégorie des innovations capables de moderniser l’administration sénégalaise. C’est pour cette raison que l’équipe a reçu le deuxième Prix au concours eGovLab-Challenge.

« Les jeunes ont bien compris qu’ils doivent s’impliquer dans la mise en œuvre du Pse. Les projets présentés durant ce concours apportent tous des solutions à des problématiques des secteurs porteurs du Plan Sénégal émergent (Pse) », a noté le directeur général de l’Adie, Cheikh Bakhoum.

Idrissa SANE

La troisième édition du Salon international des Technologies de l’information et de la communication dédié à l’Afrique, Sitic Africa, aura lieu du 10 au 12 avril 2018 à Tunis. Le Burkina Faso et l’Inde seront les deux pays invités d’honneur de cette édition.

Salon professionnel international, Sitic Africa sert à mieux faire connaître l’offre tunisienne des Tic à tous les autres secteurs de l’économie tunisienne (agriculture, industrie et services) tout en étant une plate-forme internationale de partenariat et d’échanges dans les Tic. Les organisateurs attendent, du 10 au 12 avril prochain, plus de 5 000 décideurs Tic tunisiens, africains et internationaux. Dans ce cadre, une coopération triangulaire Tunisie - Pays développés - Afrique est envisagée.

Evénement international consacré exclusivement au business, le Salon Sitic Africa comporte 3 volets importants. D’abord, la présentation d’une offre complète des Tic en Tunisie, avec 300 exposants tunisiens fournisseurs de solutions, cloud, big data, sécurité, storage, formation, téseaux et télécoms, mobilités, banking... L’espace réservé aux exposants internationaux est aussi un atout, surtout dans la logique de la coopération triangulaire Tunisie-Europe-Afrique.

Ensuite, l’organisation de rencontres B2B qui permet aux participants de bénéficier de rendez-vous d’affaires préprogrammés et ciblés. Ces rencontres sont organisées pour les Tunisiens et les Etrangers, et permettent de sélectionner les meilleurs fournisseurs pour leurs projets. Et enfin, l’organisation de forums et workshops sur des sujets d’actualité relatifs au business Tic en Afrique.

Omar DIOUF

Informaticienne de formation et directrice générale de Ctic-Dakar, Regina Mbodj revient dans cet entretien sur les raisons de la création et les résultats de cet incubateur de startups et Pme Tic. Aujourd’hui, ce projet créé en 2011 ambitionne de positionner le Sénégal sur la carte digitale mondiale et d’aller, avec les entreprises qu’il accompagne, à l’assaut des marchés émergents. Avec plus d’une centaine d’entrepreneurs, de startups et de Pme Tic accompagnés, 300 emplois qualifiés créés et plus de 4 milliards de FCfa de chiffre d’affaires cumulés, l’incubateur Ctic dessine les sillons d’une véritable économie numérique.

Pouvez-vous revenir sur les raisons de la création de l’incubateur Ctic Dakar ?
Ctic Dakar a été créé avec les fonds de la Banque mondiale. Il y a eu une étude de faisabilité par la Fondation des incubateurs Tic au Sénégal (Fictis), laquelle a pour mission de mettre des dispositifs d’accompagnement des incubateurs Tic dans toutes les régions universitaires du Sénégal. Après l’étude qui s’est avérée positive, la Banque mondiale a souhaité accompagner la mise en place de cet incubateur. Ensuite, Infodev a participé dans tout ce qui est assistance technique. Il faut rappeler que cette étude de faisabilité a permis de voir que le Sénégal avait des atouts pour disposer de cet outil, en vue d’accompagner les jeunes dans la création d’emplois, dans le développement de leurs entreprises, de leurs solutions et produits. Nous avons des atouts en matière d’infrastructures par rapport aux autres pays de la sous-région. C’est aussi le cas pour ce qui est de la pénétration du mobile et de l’Internet. A cela s’ajoutent beaucoup d’écoles supérieures qui forment de très bons ingénieurs en informatique. C’est suivant tous ces paramètres que Ctic-Dakar a été créé. Au départ, c’était considéré comme un projet pilote qu’on avait prévu de dupliquer, s’il marche, dans les autres régions du Sénégal.

Quelles ont été vos principales satisfactions jusqu’ici ?
Depuis le démarrage en 2011, nous avons accompagné plus d’une centaine d’entrepreneurs, de startups et de Pme dans les technologies. Nous avons coaché plus de 3. 000 étudiants dans les écoles et universités à Dakar et dans les régions. Ctic-Dakar a créé plus de 300 emplois qualifiés à travers ses entrepreneurs. Aussi, c’est plusieurs centaines de solutions qui ont été développées au sein du réseau et plusieurs dizaines d’évènements organisés dans notre écosystème. Nous pouvons dire que nous avons aidé à structurer et à identifier les différentes parties prenantes de notre écosystème, en faisant en sorte que chacun joue sa partition. Sur le plan financier, nous avons réussi à soulever plusieurs dizaines de millions pour nos entreprises, avec plus de 4 milliards de FCfa de chiffre d’affaires cumulés. Nous sommes contents de pouvoir dire que nous avons contribué à la création d’emplois, d’entreprises, de solutions, de richesse ainsi qu’à la formation de plusieurs milliers de jeunes entrepreneurs aspirants.

Donc les objectifs, qui ont été fixés au départ, ont été atteints ?
Les objectifs ont été dépassés tout simplement, parce qu’au début, ils étaient très limités. Cela, du fait que nous n’avions pas beaucoup de moyens. Il faut préciser que Ctic-Dakar n’est pas subventionné pas le gouvernement. Dans ce cas de figure, c’est très difficile pour l’Etat de donner des objectifs à un dispositif qu’il n’accompagne pas. Par contre, dès la mise en place de cet outil, nous avions des objectifs en matière de création d’emplois, de solutions et d’entreprises. Aujourd’hui, nous avons réussi à dépasser ces objectifs. Nous avons fait beaucoup plus que ce que nous étions censé faire. En un moment donné, nous étions très serrés dans nos locaux. Il y avait trop d’entreprises, de jeunes, qui venaient ici pour travailler. En n’ayant plus d’espace où les mettre, nous avons mené un plaidoyer auprès de l’Etat pour avoir d’autres bâtiments. C’est comme ça qu’il a mis à notre disposition, à travers la Direction du patrimoine bâti, un autre bâtiment. Par la suite, nous avons soulevé des fonds pour rénover, équiper et installer nos entreprises.

Et quelles sont les structures qui soutiennent Ctic Dakar, depuis sa création en 2011 ?
Au niveau local, il y a l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) qui paie nos factures d’électricité et d’eau, et qui nous a mis sur l’Intranet gouvernemental. En un moment, il y avait l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp), qui est d’ailleurs membre fondateur de Ctic Dakar. Nous avons eu un accompagnement de l’Artp pendant les trois premières années avant qu’il ne s’arrête. Aujourd’hui, nous n’avons plus l’Artp comme contributeur. L’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (Adepme) nous soutient également avec beaucoup d’assistance technique ainsi que dans les programmes que nous déroulons. Il y a également la Sonatel, qui est un membre fondateur et qui accompagne tous nos grands évènements. En un moment donné, il avait mis à notre disposition un Adsl pour la connectivité et a beaucoup contribué pour la rénovation d’une partie de nos locaux. A l’international, il y a eu le Centre de développement de l’entreprise de Bruxelles qui nous a soutenus pendant deux ans pour tout ce qui est assistance technique. France télécom nous a également accompagné en un moment ainsi que l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) à travers un enveloppe de 100. 000 euros (plus 65 millions de FCfa) pour la rénovation des locaux et l’exploitation de Ctic Dakar. Toutefois, la Banque mondiale continue d’être un partenaire privilégié à travers des programmes qu’elle nous confie et pour lesquelles nous sommes rémunérés.

L’accès au financement constitue-t-il une problématique pour incuber et accompagner les startups ?
Pour la plupart, il y a aucun dispositif d’accompagnement financier disponible pour les entrepreneurs et encore moins pour les entrepreneurs des Tic. Quand on n’a pas de matériel comme garanti, les financiers ne comprennent pas les aspects de logiciels, d’applications Web ou mobile. Ils ne peuvent pas mettre des garantis dessus. On arrive dès fois à un moment où l’entreprise est complétement bloquée par manque de financement. Il arrive même que ça soit de petits montants. Mais même avec ces petits montants, c’est très difficile de les avoir. Nous avons signé un partenariat avec la Banque nationale développement économique (Bnde) dans ce sens. Il s’agit d’une convention d’accompagnement pour les entrepreneurs et les entreprises de Ctic Dakar.

Nous avons aussi une autre convention tripartite avec la Cofides Nord-Sud qui est basée en France et qui garantit 50% des prêts au niveau de la Bnde. C’est un mécanisme qui commence à faire ses preuves, mais c’est loin d’être exhaustif. Nous avons besoin d’avoir beaucoup plus. Aujourd’hui, tout ce que nous avons comme dispositif d’accompagnement ne s’adresse pas à nos startups et nos entrepreneurs.

Avez-vous avez noté une satisfaction par rapport aux startups qui ont été incubées jusqu’ici ?
Nous en avons plusieurs. Par exemple, une entreprise comme People Input, qui est passée par Ctic-Dakar est, aujourd’hui, leader de la place et est présente dans beaucoup de pays africains. C’est le cas aussi de « ByFeeling » qui est arrivé à Ctic avec deux personnes pour un chiffre d’affaires de moins de 10 millions. Actuellement, la structure emploie 15 personnes avec un chiffre d’affaires de plus de 100 millions de FCfa, ce qui représente une fierté pour nous. Il en est de même pour Nelam Services ainsi que d’autres entreprises qui ont fait des solutions à travers le monde…

L’action menée par le Ctic sera-t-elle étendue au niveau des régions de l’intérieur du Sénégal ?
On a plus ou moins un budget de fonctionnement qui se situe entre 200 et 300 millions FCfa. Nous n’a aucun franc qui vient en appui. Nous générons nos propres revenus pour assurer la pérennité. Nous ne pouvons pas nous permettre de financer ce genre de dispositif parce que ce n’est pas notre rôle de le faire. Je pense que cela incombe à l’Etat de promouvoir un peu l’entreprenariat des jeunes et d’accompagner les incubateurs.

Et par rapport à l’expérience d’autres incubateurs de pays africains comme la Tunisie ou le Maroc, le Sénégal tient-il le cap ?
On ne tient pas le cap. Il faut qu’on se dise les choses. Je suis bien au fait de ce qui se passe dans ces pays-là. On est très loin derrière pour plusieurs raisons. La première est liée à la contribution de l’Etat. Chez eux, il y a un vrai accompagnement de l’Etat vis-à-vis de ces incubateurs. Au Maroc, le Roi a une stratégie nationale de démocratisation digitale et d’accompagnement des Pme. Ce qui fait qu’ils ont beaucoup d’outils à leur disposition. Ils ont des fonds pour l’innovation pour la recherche et le développement, des zones franchisées et des facilités pour les investisseurs. Franchement, on est très loin de ce qu’ils sont en train de réaliser. Au Sénégal, on a la matière première, c’est-à-dire l’expertise. On a les jeunes, les entrepreneurs, les startups. Mais on n’a aucun fonds. Vous prenez une Pme qui fait 90 millions, 110 millions de FCfa par mois. Cette Pme a besoin, pour être compétitive, innovante-parce que l’innovation coûte cher- d’un environnement favorable. Il faut faire de la recherche et développer. Développer des solutions a certaines exigences auxquelles nos Pme ne peuvent pas toujours accéder. Tout n’est pas rose dans ce milieu.

Au Rwanda aujourd’hui, l’accès à Internet est pratiquement gratuit. Les jeunes peuvent, par exemple, aller se connecter à la Place de l’indépendance et travailler. L’accès à Internet est trop cher. Il en est de même de la téléphonie et de l’infrastructure. L’accès au marché n’est pas simple non plus. C’est quoi la pertinence de créer un incubateur si les entreprises qui sont incubées n’ont pas accès à la commande publique. Pourtant, tout ce qui se fait au Sénégal, aujourd’hui, peut être réalisé par les startups. Les entrepreneurs sont très bien formés ici et ailleurs. Il y a aussi de bonnes écoles au Sénégal. Ils sont outillés pour dérouler toute sorte d’activités de solutions. Néanmoins, quand on parle de commande publique, nous sommes absents. On n’a pas de visibilité dans cette commande publique-là. C’est regrettable. On n’est pas dans les mêmes modèles. Quand vous prenez le Maghreb, l’Etat a une vraie stratégie d’inclusion des startups et des Pme. L’Etat conçoit des projets spécifiques pour elles. On les privilégie. Et c’est bien segmenté. Une startup, c’est, par exemple, à partir de tant d’employés et de chiffre d’affaires. Il en est de même des Pme. Mais, au Sénégal, on ne sait pas qui est une startup ou une Pme. Celle-ci peut faire trois milliards de chiffre d’affaires. On n’a pas cette segmentation. On manque d’outils d’accompagnement. Et pourtant, il y a beaucoup de choses qui se font. On a des agences comme l’Anpej, d’autres agences pour l’emploi des jeunes. On a récemment créé le Délégué général à l’Entreprenariat rapide avec des fonds colossaux de 30 milliards de FCfa, paraît-il. Il y a des outils qui sont là mais tout est disparate. On n’arrive pas à capitaliser tout cela. On ne sait pas qui fait quoi. On n’évalue pas. J’ai l’impression qu’on est un peu laissés en rade.

Mais, néanmoins au Sénégal, l’expertise est là...
Oui , l’expertise est là. Je rappelle que dans le réseau de la Banque mondiale, c’est-à-dire des incubateurs qu’elle accompagne, Ctic jouit d’une belle réputation. La Banque mondiale dit que Ctic-Dakar est le seul incubateur qui s’est pérennisé, qui a adopté le modèle économique qui lui permet d’exister sans subvention. A la date d’aujourd’hui, nous sommes autonomes financièrement sans subvention. Dans cette optique, nous avons mis en place d’autres incubateurs dans d’autres pays. Le modèle économique que nous avions à l’époque ne correspondait pas à nos réalités. Nous l’avons repensé, retravaillé pour l’adapter à nos réalités, à notre vécu. Nous avons mis en place l’incubateur du Niger. Nous avons fait les études de faisabilité pour la Mauritanie, le Gabon, le Togo. Nous ferons bientôt la même chose en Guinée équatoriale. Les gens connaissent Ctic-Dakar à travers le monde. Nous avons reçu plusieurs délégations ministérielles d’autres pays pour venues s’inspirer de notre modèle.

Par rapport à la stratégie « Sénégal numérique 2025 », quelle a été la contribution de Ctic ? Et quelles sont vos attentes ?
Nous avons tous contribué dans cette stratégie. Cela a été inclusif. Il est prévu que Ctic-Dakar ait une place centrale dans le dispositif du Parc technologique numérique de Diamniadio. Il y a un espace dédié à l’incubation pour l’accompagnement des projets. J’espère que cela va prendre forme. Nous essaierons d’intervenir à différents niveaux. Nous sommes dans l’entreprenariat numérique. C’est une chaîne qui va de la sensibilisation à la formation, de la pré-incubation à l’accompagnement des porteurs d’idées. nous essayons de transformer ces idées en projets et ceux-ci en entreprises.

Interview réalisée par Omar DIOUF et Ibrahima BA

Partech Ventures vient d’annoncer le lancement d’un fonds de 50 milliards de FCfa pour le financement de l’écosystème tech africain. Dénommé Partech Africa, ce fonds a pour objectif d’accompagner les équipes « talentueuses » qui utilisent la technologie pour répondre aux besoins structurels des marchés africains.

Avec 50 milliards de FCfa, Partech Africa va devenir le premier fonds de cette envergure destiné à l’écosystème tech africain. Ce fonds, qui vient d’être lancé par Partech Ventures, un investisseur spécialisé dans le numérique et les nouvelles technologies, compte financer les entreprises en « early » stage, avec des tickets initiaux allant de 500. 000 à 5 millions d’euros. Cela, informe un communiqué, dans l’objectif d’accompagner des équipes « talentueuses » qui font appel à la technologie pour répondre aux besoins structurels des marchés africains, ouvrant d’immenses opportunités à l’échelle des marchés émergents. Il faut noter que Partech Ventures a déjà réussi à réunir 57 millions d’euros sur sa taille cible, soit plus de 37 milliards de FCfa. Partech Africa est « un fonds tech généraliste ciblant des secteurs qui vont de l’inclusion financière (Fintech, Insurtech, nouveaux modèles de distribution) aux services mobiles et online (commerce, loisirs, éducation, santé, services numérique) ainsi que la mobilité, la supply chain et la digitalisation de l’économie informelle ». Ainsi, le fonds se lance « dans le contexte d’un marché tech Vc africain ». En tant qu’une partie de la plateforme globale Partech, le projet va bénéficier également de l’expertise collective des équipes et de son unique capacité d’accompagner les entreprises de son portefeuille.


« Le lancement de Partech Africa est soutenu par un groupe d’institutions financières de premier plan menées par l’Ifc, membre du groupe de la Banque mondiale, et comprennent la Banque européenne d’investissement (Bei) et Averroès Finance III…) », note le communiqué. Partech Africa bénéficie aussi du soutien des investisseurs corporates à la tête desquels se trouve « l’un des principaux acteurs du mobile Afrique, Orange, et d’autres acteurs stratégiques dans les marchés émergents comme Edenred et Jcdecaux Holding ».

Ibrahima BA

L’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) et Suricate solutions, une entreprise luxembourgeoise spécialisée dans la cybersécurité, ont signé, hier, une convention de partenariat. « Il s’agit, pour nous, de bénéficier de l’expertise de ce pays réputé au niveau européen et mondial en matière de cybersécurité.

Ce sera l’occasion de lancer le premier Centre d’alerte et de riposte en matière de cybersécurité pour notre pays. Une occasion pour accélérer un processus cher au Président de la République et au Gouvernement », a déclaré le directeur de l’Adie, Cheikh Bakhoum. L’Agence de l’informatique de l’Etat travaille en même temps avec une autre entreprise luxembourgeoise, Incert, pour mettre en place « l’infrastructure nationale de gestion des clés ». « Elle nous permettra de pouvoir délivrer des certificats à l’administration et de pouvoir accréditer les entreprises privées. C’est une infrastructure qui sera une première dans notre sous-région et le deuxième pays en Afrique », a ajouté M. Bakhoum.

A. N. NDIAYE


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