Le lancement des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre dans le numérique (VBGN) s’est tenu mardi à Gorée, où les participantes ont rappelé l’ampleur du phénomène et détaillé les neuf formes de violences numériques recensées au Sénégal. Les chiffres présentés ont suscité l’inquiétude : dans le monde, une femme est tuée toutes les dix minutes à la suite de violences, y compris celles perpétrées dans l’espace numérique.
Digital manager à Ascan Santé, Mme Rabya Khouma a identifié les formes les plus répandues de VBGN : le cyberharcèlement, le partage non consenti d’images à caractère intime, le cyberstalking ou pistage, les montages réalisés grâce à l’intelligence artificielle, le doxing, l’extorsion et le chantage, le body shaming, l’exploitation des mineurs en ligne ainsi que l’usurpation d’identité numérique. Selon elle, certaines formes, comme le partage non consenti d’images ou le body shaming, touchent particulièrement les jeunes et les femmes au Sénégal.
Les conséquences de ces violences sur la santé mentale sont lourdes, a souligné Mme Mame Fatou Diop, présidente de Werouwaye. Stress permanent, troubles du sommeil, hypervigilance, fatigue mentale, perte de concentration, isolement, anxiété, dépression et parfois pensées suicidaires figurent parmi les symptômes les plus courants. Elle estime que ces violences réduisent la capacité des femmes à s’exprimer, à assumer un leadership ou à saisir des opportunités économiques.
Adja Gaita Ndour, ambassadrice de l’Agenda national Filles, a lancé un cri du cœur en rappelant que la violence numérique ne laisse ni bleu ni cicatrice, mais qu’elle brise des vies. Elle a décrit une génération connectée mais souvent isolée, confrontée à des attaques qui blessent, humilient et poussent certaines jeunes filles vers des pratiques dangereuses comme la dépigmentation ou la chirurgie esthétique.
L’ambassadrice du Royaume de Belgique au Sénégal, Mme Hélène De Bock, a indiqué que 316 millions de femmes dans le monde, soit 11 % des femmes âgées de 15 ans et plus, ont subi au cours des 12 derniers mois des violences physiques ou sexuelles infligées par un partenaire intime. En 2024, 50 000 femmes et filles ont été tuées par un proche, soit une femme toutes les dix minutes. Au Sénégal, 31,9 % des femmes ont subi au moins une forme de violence sur la même période, selon l’ANSD. Elle a plaidé pour une action structurée articulée autour de la prévention, de la prise en charge dans les 72 heures et du soutien à long terme, tout en saluant les progrès réalisés avec l’ouverture de trois centres holistiques à Kaolack, Kaffrine et Fatick.
Pour cette campagne, Enabel prévoit des formations destinées aux forces de défense et de sécurité, des émissions sur les violences numériques, une caravane de sensibilisation, des ateliers communautaires et une session de formation pour 40 journalistes en partenariat avec la Convention des jeunes reporters du Sénégal.
Dans son mot de bienvenue, le maire de Gorée, Me Augustin Senghor, a rappelé que la lutte contre les violences faites aux femmes n’est pas une affaire exclusivement féminine et que les hommes doivent être au premier rang. Il a estimé que choisir Gorée pour lancer cette campagne est un symbole fort et affirmé que les femmes détiennent « ce qui fait battre nos vies : le cœur ».
Hadja Diaw Gaye


