L’effondrement d’une mine illégale près de Kolwezi, au sud-est de la République démocratique du Congo (Rdc), qui a fait au moins 70 morts, est le reflet de l’immense tragédie qui frappe l’est du Congo depuis plusieurs décennies.
Cette tragédie a pour noms : guerres, famines et déplacements de centaines de milliers de personnes sur fond de conflits meurtriers entre l’armée congolaise et l’Alliance Fleuve Congo (Afc)/Mouvement M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda. Cette dimension humanitaire, aussi dramatique soit-elle, masque une réalité géopolitique plus profonde, structurée autour de la compétition pour les ressources stratégiques. Mais, en arrière-plan de ce conflit, une guerre pour les minerais stratégiques oppose la Chine et les États-Unis pour le contrôle des minerais stratégiques dont regorge le Congo. Le sous-sol congolais, riche en coltan, lithium, cobalt et autres minerais stratégiques, suscite la convoitise des grandes puissances de la planète. Il s’agit de minerais essentiels à la fabrication des batteries électriques, des smartphones, des panneaux solaires et des micropuces, éléments capitaux pour le développement de l’Intelligence artificielle.
Ainsi, la résurgence du M23, que les experts des Nations unies affirment être soutenus par le Rwanda, coïncide avec la montée de la demande mondiale de ces minerais stratégiques et le positionnement de Kigali comme principale plaque tournante des exportations de minerais stratégiques dans la région. De ce fait, l’implication des acteurs internationaux, comme les États-Unis et le Qatar, dans la résolution de ce conflit à travers des accords de paix cache des arrière-pensées géopolitiques. L’administration américaine, préoccupée par le quasi-monopole de la Chine dans le raffinage des terres rares (90 % des métaux raffinés dans le monde), veut réduire la dépendance américaine dans ce domaine. Les minerais continuent à être évacués vers le Rwanda via des entreprises chinoises qui assurent le transport vers le port de Mombasa avant de rejoindre la Chine.
En effet, les rebelles du M23 continuent d’exploiter les mines qui se trouvent sous leur contrôle, notamment la mine de Rubaya, la plus importante de la province du Nord-Kivu. Une mine qui produit environ 150 tonnes de coltan par mois qui sont exportées frauduleusement vers le Rwanda. Selon un rapport de l’Onu, le M23 est capable d’exporter 120 tonnes de coltan par mois vers le Rwanda, sans oublier les taxes qu’il prélève sur cette production. Dans ce combat pour le contrôle des minerais, les États-Unis ont fait signer au Rwanda et à la Rdc un accord dénommé Cadre d’intégration économique régionale (Reif). Cette entente doit servir de préalable à un accord de paix, vise à mettre fin à la guerre et à permettre le déploiement d’entreprises américaines dans l’est du Congo pour y exploiter les minerais. De ce fait, l’administration Trump, consciente que ce trafic et la contrebande des minerais depuis l’est du Congo profitent à la puissance chinoise, voudrait favoriser une autre voie de sortie pour les minerais congolais.
Les Américains voudraient privilégier le corridor de Lobito (Angola) sur la côte atlantique comme voie d’exportation des minerais congolais. La visite du président Joe Biden en Afrique à la fin de son mandat, en 2024, allait dans le sens d’encourager ce projet de 10 milliards de dollars qui devrait relier la côte angolaise aux provinces minières du Congo comme le Katanga. De son côté, l’Empire du Milieu soutient un autre projet concurrent, celui du corridor de Tazara qui concerne deux pays : Zambie et Tanzanie. La Chine a signé un accord de 1,4 milliard de dollars avec Lusaka (Zambie) et Dodoma (Tanzanie), fin septembre 2025, pour une réhabilitation complète de ce corridor, avec un objectif de pleine opérationnalité d’ici trois ans. Cette course aux infrastructures révèle la centralité des réseaux logistiques dans la compétition pour l’hégémonie économique régionale.
Dans cette guerre des minerais, les différents belligérants tentent de mettre en œuvre leur propre agenda. Pour Kinshasa, l’accord signé à Washington, le 27 juin dernier, doit être le prélude à des garanties de sécurité de la part des États-Unis. Un échange du type minerais contre sécurité et fin de l’ingérence rwandaise dans l’est du Congo. Du côté du Rwanda, on joue sur les liens indéfectibles qui lient Kigali à une partie de l’establishment politico-militaire américaine depuis 1996. Le régime de Paul Kagamé entend jouer sur tous les tableaux pour asseoir son emprise sur l’est du Congo, qu’il considère stratégique pour sa survie. Le Rwanda n’a jamais hésité à faire mention de ses intentions d’annexion envers le Nord-Kivu dont il réclame la souveraineté au nom d’une ancienne appartenance à l’ancien royaume du Rwanda.

