Ils placent leurs épouses sur un brasier symbolique et n’assument pas leurs responsabilités. Le décès de Nogaye Thiam, qui continue de déchaîner des débats passionnés dans notre pays, a dévoilé la souffrance des femmes qui ont la malchance d’épouser des hommes immatures.
Entre dégoût, mépris et désolation, les Sénégalais tirent à boulets rouges sur la belle-famille, à tort ou à raison. Celle-ci aurait feint l’indifférence face à cette jeune femme retrouvée sans vie plus de 24 heures plus tard dans sa chambre, avec son enfant d’un an à ses côtés. Des associations féminines envisagent de les poursuivre en justice pour défaut d’assistance à personne en danger. Le mari de la défunte, avec une mine impassible, a choisi de briser l’omerta pour défendre sa mère, pointée du doigt par tous. Cette triste affaire remet sur le tapis l’enfer vécu par des milliers de femmes au sein de leur belle-famille. Beaucoup d’entre elles, vivant et construisant leur identité sous le regard de la société, se sentent contraintes d’endurer et de se résigner face aux mauvais traitements infligés par les beaux-parents, notamment la belle-mère.
Celle-ci s’arroge, dans nos sociétés, tous les droits, souvent en raison d’un chantage affectif exercé sur leurs enfants. Cette attitude rappelle la ténacité de lois traditionnelles très anciennes. Dans les sociétés africaines, où la famille élargie occupe une place centrale, la belle-famille a longtemps été considérée comme partie intégrante du ménage. Elle est très impliquée dans le choix du conjoint et la gestion du foyer ; ce qui va pourtant à l’encontre de plusieurs avis juridiques islamiques. Ceux-ci n’imposent pas de règles contraignantes à l’épouse. Ils exhortent plutôt le mari à rechercher l’équilibre, à respecter ses devoirs envers ses parents et son épouse, mais aussi à poser des limites claires en toute responsabilité. Selon la plupart des savants, une femme n’est pas obligée d’habiter chez ses beaux-parents ni de partager son domicile avec eux ou d’autres personnes. Ils expliquent également que, selon la jurisprudence islamique, l’épouse a le droit d’exiger un logement indépendant et privé, où elle peut se sentir en sécurité et bénéficier d’intimité.
Et pour cause, la cohabitation intrafamiliale est bien souvent source de vives tensions. Toujours est-il que pour certains, l’affaire Nogaye Thiam remet au goût du jour l’irresponsabilité de certains hommes qui refusent de grandir. Ils n’existent que dans l’ombre de leur mère ou de leurs sœurs. Ils sont généralement faibles, incapables de prendre des décisions sans l’avis de celles-ci. Ils laissent parfois prévaloir, dans leur ménage, un ego mal placé. Or, des expériences malheureuses démontrent qu’une femme n’a pas besoin d’un homme faible comme mari. Il constituera pour elle une menace. Un homme immature va toujours chercher à neutraliser son épouse en lui brisant les ailes. C’est pour lui la seule manière de montrer à la société qu’il contrôle son foyer, qu’il le domine. Et cela ouvre la voie aux violences basées sur le genre, parfois cautionnées par une mère ou une sœur envahissante, manipulatrice ou toxique. Un état de fait qui fait penser au syndrome de Peter Pan, un concept populaire, qui affecterait davantage les hommes que les femmes.
Il s’agit d’une angoisse profonde liée au passage à l’âge adulte. Ce syndrome, selon l’auteur Dan Kiley, se manifeste, entre autres, par une incapacité à gérer les responsabilités, une attitude narcissique et égocentrique, un manque de confiance en soi et des réactions enfantines. Les spécialistes dénoncent également l’attitude de certaines femmes —sœurs ou mères de l’époux— surprotectrices, qui se servent de la dépendance du mari pour combler leur vide affectif ou exercer un pouvoir. Certainement, la célébration des 16 jours d’activisme, prévue du 25 novembre au 10 décembre, pourra contribuer à éclairer le cas de la jeune Nogaye Thiam, décédée alors qu’elle était enceinte. Son histoire raconte celle de milliers de femmes dont le désir d’être mère se transforme en détresse profonde.
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