Comme les éditions précédentes, la 30e Conférence des Parties (Cop 30) de Belém (Brésil) s’est terminée, samedi dernier, sur un choc inconciliable entre enjeux climatiques et logiques capitalistes : préserver la nature de la boulimie d’un système ou la laisser panser ses blessures générées, en un temps record, de la Révolution industrielle (19e siècle) à aujourd’hui.
Depuis lors, les concentrations de gaz à effet de serre, produites par la combustion d’énergies fossiles principalement, ont pris une courbe ascendante vertigineuse pour atteindre des niveaux supérieurs à tout ce que la Terre n’avait connu depuis 800 000 ans au moins, selon les scientifiques. L’homme moderne a dégradé la planète en moins de 150 ans, avec une hausse de la température moyenne mondiale de 1 à 1,2 °C depuis les années 1850. On est tous conscients qu’il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais, comment y parvenir ? Là est la question. Sortir des énergies fossiles, génératrices de gaz responsables du réchauffement, est reconnue comme une priorité. Le hic, c’est que l’économie mondiale est toujours très dépendante des énergies fossiles ; ce qui ne manque pas de créer un fossé et des tensions entre objectifs écologiques et intérêts économiques du moment, dans un contexte où l’avenir même du multilatéralisme est incertain. Jusqu’à quand ? Samir Allal, Maître de conférences à l’Université de Versailles, propose, dans une tribune, de « tout repenser et tout changer ». Il assène une vérité qui pourrait résoudre l’équation : « ce n’est pas le climat qui doit entrer dans l’économie, mais l’économie qui doit entrer dans le climat ».
Dans cette assertion, le procès du capitalisme est inéluctable, en ce sens qu’ « il fragilise les sociétés et malmène les plus vulnérables. Il modifie nos comportements et nos modes de consommation. Le capitalisme numérique, des plateformes, des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), de l’e- commerce et des réseaux sociaux s’est envolé ». En se retirant de l’Accord de Paris, les États-Unis ont montré, en réalité, que ce sont leurs intérêts économiques qui priment. Comme si les Américains étaient insensibles à la sagesse d’un des leurs : le chef sioux Lakota, Sitting Bull (mars 1831–décembre 1890) —certains l’attribuent à Geronimoؙ—, critiquant la surconsommation au 19e siècle déjà. « Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas ». L’industrie pétrolière et gazière a empoché des revenus record de plus de 2700 milliards de dollars en 2023, tandis que les prêts octroyés par les banques au secteur s’élèvent à plus de 705,8 milliards de dollars en 2022, selon le Fmi.
Soit beaucoup moins que le poids économique des énergies fossiles sur l’environnement, estimé à 7000 milliards de dollars par an, donc 11 millions de dollars par minute, répartis en subventions et coûts externes liés à la pollution, au changement climatique, etc. Pendant qu’on prône la transition énergétique, l’industrie fossile (qui assure 80 % de la consommation mondiale d’énergie), ne consacre que 4 % de ses investissements dans les énergies propres. Alors que les signes avant-coureurs de l’Apocalypse se multiplient (sécheresse, vagues de chaleur, inondations, incendies de forêt, tempêtes tropicales et ouragans) et leur ampleur davantage fréquente et intense, le capitalisme impose à la Terre la loi du profit, sans compenser les principales victimes du changement climatique : les pays en développement à qui on demande plutôt des renoncements. À force de surexploiter les ressources de la Terre, le « Jour du dépassement » (date symbolique où l’humanité a consommé toutes les ressources que la planète peut régénérer en une année), arrive de plus en plus tôt chaque année. Donc, au-delà, nous vivons à crédit en bouleversant la biodiversité. Une autre sagesse de Sitting Bull à méditer : « La Terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la Terre »..
malick.ciss@lesoleil.sn


