Le 7 octobre 1987, Dakar perdait l’une de ses figures du cinéma. À seulement 52 ans, Ababacar Samb Makharam s’éteignait, laissant derrière lui un parcours où se mêlent caméra, réalisation, jeu d’acteur et engagement pour un cinéma africain capable de raconter ses propres histoires.
Avant de passer derrière la caméra, l’homme avait d’abord appris à regarder. De 1966 à 1970, il travaille comme caméraman aux Actualités Sénégalaises,au contact de cette matière première qui allait nourrir son regard de cinéaste : les hommes, les événements et les réalités d’un Sénégal en pleine transformation. Il participe également au projet pilote de télévision éducative de l’UNESCO, consacré notamment à des émissions sur l’éducation des adultes. Une expérience qui témoigne déjà de son intérêt pour un cinéma et un audiovisuel au service de la transmission.
Mais Ababacar Samb Makharam ne se contente pas de filmer les autres. Il se glisse également devant la caméra. Comme acteur, il joue dans plusieurs productions françaises et africaines, multipliant les expériences et les rencontres qui contribuent à forger son identité artistique.
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Son ambition dépasse toutefois les plateaux. À Dakar, il crée Baobab Films, sa propre société de production. Un choix qui traduit une volonté de prendre part à la construction d’une véritable industrie cinématographique africaine, en donnant aux créateurs du continent des espaces pour produire et porter leurs regards.
Cette conviction le conduit aussi à s’investir dans les structures professionnelles du cinéma africain. De 1972 à 1977, il occupe le poste de secrétaire général de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI).À cette responsabilité s’ajoute, en 1976, celle de président du jury des Journées cinématographiques de Carthage, signe de la reconnaissance dont il bénéficie dans le monde du septième art africain.
Caméraman, acteur, producteur et responsable professionnel, Ababacar Samb Makharam aura ainsi traversé le cinéma par plusieurs portes. Mais derrière cette diversité de fonctions se dessine une même ligne : celle d’un homme qui croyait au pouvoir des images et à la nécessité, pour les Africains, de maîtriser leur propre récit.
Trente-neuf ans après sa disparition, son nom demeure attaché à une génération de pionniers qui ont contribué à faire du cinéma africain un espace de création, de transmission et d’affirmation culturelle.
A.N

