Tours. Peut-on certifier la fiabilité de l’information sans porter atteinte à la liberté de la presse ? La question s’est invitée au cœur d’un “vrai-faux procès” organisé au Palais de justice de Tours ce jeudi, en marge des Assises du journalisme 2026.
Dans une mise en scène inspirée des codes judiciaires, journalistes, experts et professionnels des médias ont été appelés à débattre de la pertinence de la labellisation de l’information face à la montée du désordre informationnel.
À la barre, les rôles étaient clairement distribués : le procureur, Étienne Gernelle, rédacteur en chef de Le Point, faisait face au prévenu, Benjamin Sabbah, directeur de la Journalism Trust Initiative (JTI). La défense était assurée par Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières, tandis que les débats étaient présidés par le journaliste Dominique Verdeilhan.
Au centre des échanges : le Label JTI
Lancé en 2018 par Reporters sans frontières, ce dispositif propose d’attester, à travers une certification indépendante, qu’un média respecte des normes strictes en matière de transparence, de gouvernance et de vérification de l’information, entre autres indicateurs.
Face à un écosystème saturé de contenus et marqué par la prolifération des fausses informations, ses défenseurs y voient un outil pour restaurer la confiance du public. « Nous proposons une norme de certification de la qualité de l’information pour les citoyens », a défendu Benjamin Sabbah, mettant en avant une initiative aujourd’hui déployée à l’échelle internationale : plus de 2 400 médias engagés, dans une centaine de pays, avec 127 certificateurs accrédités.
Mais pour ses détracteurs, la démarche n’est pas sans risque. Certains acteurs du secteur redoutent une normalisation du journalisme, voire une forme de labellisation qui pourrait, à terme, fragiliser la liberté éditoriale.
Tout au long de l’audience, témoins et experts se sont succédé pour nourrir la réflexion des jurés tirés au sort. Parmi eux : Cécile Dubois, co-présidente du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), Yann Guégan, vice-président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation, Jean-Pierre de Kerraoul, vice-président de l’European Newspaper Publishers Association, ainsi que les universitaires Arnaud Mercier et Joëlle Toledano.
Leurs interventions ont permis de mettre en lumière les enjeux multiples de la labellisation : transparence économique des médias, indépendance éditoriale, responsabilité face au public.
Une question toujours ouverte : qui garantit la vérité ?
Au-delà de la mise en scène, ce procès a révélé une interrogation fondamentale : qui peut et qui doit garantir la fiabilité de l’information ?
Dans un contexte marqué par la défiance envers les médias et la circulation massive de contenus non vérifiés, la recherche de mécanismes de crédibilité apparaît incontournable. Mais elle se heurte à une exigence tout aussi essentielle : préserver la liberté de la presse.
Ce procès s’inscrit dans le cadre de la 19ᵉ édition des Assises du journalisme de Tours, organisées du 7 au 11 avril 2026.
L’événement réunit plus de 300 intervenants autour de 80 débats et rencontres consacrés aux enjeux contemporains du journalisme. Quatre soirées ouvertes au grand public, ainsi que plusieurs expositions dans les lieux culturels de la ville, complètent la programmation.
D.D.


