Dans cette quatrième partie et dernière de ses bonnes feuilles, Sidy Diop poursuit son exploration de la « pédagogie de la bonté » de Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh. À travers l’histoire d’une jeune fille malade, retrouvée par le guide à Guédiawaye, l’auteur raconte comment un geste de sollicitude envers une personne modeste peut prendre une portée profondément humaine et spirituelle.
La quête d’une jeune fille
Parfois, la piété ne se mesure pas dans les mosquées, mais dans les gestes discrets posés au cœur des maisons. C’était ainsi pour Dabakh, qui voyait en chaque être humain une «maison» à protéger, qu’il soit enfant, adulte ou employé domestique.
Un jour, une inquiétude s’empara de lui. Une jeune fille qui travaillait chez lui comme « bonne » à Dakar avait disparu depuis plusieurs jours sans donner de nouvelles. L’absence, pour Dabakh, n’était pas un simple contretemps, c’était une rupture dans le tissu de l’attention et du respect mutuel. Il s’adressa à sa famille :
« Comment peut-on faire travailler une personne sans savoir où elle habite et sans prendre de ses nouvelles ? »
La réponse arriva. Elle venait de Guédiawaye et était malade depuis trois jours. Sans hésiter, Dabakh ordonna à ses enfants de préparer un grand paquet de provisions. Il ne s’agissait pas seulement de nourriture. Chaque article, chaque morceau de pain, chaque douceur était choisi avec soin, comme un symbole de sollicitude et de fraternité. Puis, accompagné de son chauffeur, il partit. La route vers Guédiawaye était longue, mais le temps et la distance n’avaient aucune importance pour lui. Ce qui importait, c’était de retrouver cette jeune fille et de veiller à son bien-être.
Lorsqu’ils arrivèrent, le père de la jeune fille fut d’abord stupéfait de recevoir un visiteur aussi éminent. Il balbutia :
« Quel est le but de votre visite ? »
Dabakh, avec la simplicité et la fermeté de ceux qui n’ont peur de rien, répondit :
« Je suis venu voir ma petite-fille, que je n’ai pas vue depuis plusieurs jours, et lui apporter ces provisions. »
La rencontre fut silencieuse au début. La jeune fille, malade et effrayée, ouvrit timidement le paquet. Ses yeux se remplirent de larmes, non seulement pour la nourriture, mais pour la sollicitude qu’il incarnait. Et alors, le père, témoin de la scène, sentit son cœur s’ouvrir. La bonté pure, l’avait transformé :
« Pour ce grand acte que vous avez posé pour ma fille et pour moi, je décide d’embrasser l’Islam pour en être digne. »
En un seul geste, Dabakh avait accompli plus qu’un devoir. Il avait semé la foi, le respect et l’humanité. Il montrait que la religion n’est pas un ensemble de rites, mais un engagement concret envers les autres, même envers ceux qui sont modestes et oubliés.
Ce jour-là, à Guédiawaye, une maison s’ouvrit à la lumière de la bienveillance. Une jeune fille trouva la chaleur de l’attention, un père trouva la voie de la foi et un homme âgé, déjà fragile, rappela au monde que la grandeur se mesure à la capacité de servir et d’aimer sans attendre de reconnaissance.
Ainsi, Dabakh ne voyait pas seulement les grandes choses. Il n’y avait pas de maison trop petite pour mériter son attention.

DIOP Sidy, Dabakh, la pédagogie de la bonté, Éditions du Soleil, Dakar, 2026.


