Avec « Boy diola », l’écrivain Yancouba Diémé se sert de thématique autour, entre autres, de l’humour, de la tendresse et de l’humanité pour construire une œuvre intime et universelle. Paru aux Éditions Flammarion en 2019, ce roman dresse le portrait d’un émigré sénégalais en France dans les années 1960.
C’est l’histoire d’un fils d’immigré qui raconte son père. Avec « Boy Diola », l’auteur Yancouba Diémé marque son empreinte dans l’univers littéraire, avec un roman touchant mêlant histoire personnelle et collective. Par le truchement du parcours singulier du personnage principal, l’œuvre devient un hommage vibrant à toute une génération d’immigrés africains ayant façonné leur destin en France.
La narration permet à l’auteur de construire une œuvre à la fois intime et universelle, où la résilience et l’humanité d’Apéraw (son père) deviennent un symbole de lutte et d’espoir. Dans « Boy Diola », Yancouba Diémé dresse le parcours tumultueux de son père, Apéraw, immigré en France dans les années 1960. Né à Kagnarou, un village de Casamance situé à environ quinze kilomètres de Bignona, il arrive en 1969 à Marseille, après une traversée difficile de l’océan, qui a duré plusieurs jours. Apéraw rêve d’une vie meilleure. Mais avant cela, il a vécu quelques années à Dakar, où on l’appelait affectueusement « Boy Diola ».
En France, il s’installe d’abord dans le quartier de Charonne à Paris et travaille comme ouvrier à l’usine Bliss de Saint-Ouen. Plus tard, il est embauché chez Citroën et s’installe à Aulnay-sous-Bois, près de la toute nouvelle usine. Apéraw y reste même malgré son licenciement, après quatorze années de travail, fidèle à la chaîne de montage. Cette période marque, pour lui, une grande souffrance, une descente aux enfers. Il perd son emploi, ce qui entraîne la saisie de sa maison par la banque, les huissiers et le juge. À la douleur du décès de sa première femme, s’ajoutent le divorce d’avec la seconde et la dispersion de la famille.
Aidé par son ami Moussa Diouf, il devient marchand, après avoir obtenu une carte de commerçant. Puis, grâce à un peu de chance, il retrouve un travail plus stable comme intérimaire à l’aéroport de Roissy, où il nettoie des avions. Souvenirs personnels L’histoire d’Apéraw est celle d’un enfant d’Afrique ayant grandi dans la forêt, entouré par la nature et les contes. Avant de venir en France, il a cherché le bonheur à Dakar, à Abidjan et à Monrovia, mais n’y a trouvé que souffrance et précarité. Dans ce roman, l’auteur s’inspire surtout de son voyage en 2001 en Casamance avec son frère, pour découvrir son pays d’origine et la culture diola qu’il ne connaissait qu’à travers les récits de son père. Ce voyage, que Yancouba fit à l’âge de 11 ans, est raconté dans la première partie de l’œuvre.
Le roman « Boy Diola » met en scène de petites histoires qui nous permettent de découvrir un homme resté fidèle à ses racines, malgré les années passées en Europe et les difficultés rencontrées. Apéraw a appris à garder le silence sur ses émotions, même lorsqu’il reçoit la nationalité française, après plus de 40 ans en France. Il ne dit rien, « il range la lettre sous son lit, au fond d’une malle brune et poussiéreuse, parmi d’autres documents plus ou moins importants, comme les courriers de banque ou de la sécurité sociale ».
Le livre mêle les souvenirs personnels de l’auteur à la vie de son père. On y découvre comment Apéraw a rencontré sa mère, Ina, par correspondance. Cette dernière, qui travaillait comme femme de ménage, a pu rejoindre la France grâce au regroupement familial. La suite de l’histoire fait couler des larmes ; Ina meurt jeune, à 42 ans, d’un cancer. Dans ce roman, Yancouba Diémé décrit aussi la vie d’une famille d’immigrés en banlieue parisienne, avec ses hauts et ses bas, à travers ses propres souvenirs d’enfance. Le récit, non linéaire, reflète la vie d’un homme partagé entre deux mondes.
Ce livre est un hommage rempli d’humour, de tendresse et d’humanité. Yancouba admire profondément son père, « Boy Diola », cet homme qui a souffert, mais qui a toujours cherché sa place dans le monde. L’auteur Yancouba Diémé est diplômé de création littéraire à l’Université Paris 8.
Ibrahima BA