À l’occasion de la messe solennelle de Noël, célébrée à la Cathédrale Notre-Dame des Victoires de Dakar, Monseigneur André Guèye, archevêque de Dakar, a livré une homélie dense et engagée, mêlant profondeur théologique et interpellation sociale. Devant les fidèles, le prélat a invité à «revisiter le sens que notre foi accorde à cette fête».
Peu avant 21 heures, dans la nuit du 24 décembre, les fidèles catholiques commencent à franchir le grand portail de la Cathédrale Notre-Dame des Victoires, cette bâtisse, presque centenaire qui, en cette nuit de Noël, s’illumine d’une ferveur particulière. Par petits groupes, familles, personnes âgées, jeunes et enfants prennent place dans la nef. La messe n’a pas encore débuté, mais l’attente est déjà prière.
Des paroles bibliques proclamées avec sobriété, mêlées à de courts chants méditatifs, tiennent compagnie aux fidèles et maintiennent le rythme spirituel avant la venue de l’archevêque métropolitain de Dakar. Progressivement, l’atmosphère se densifie. Des chorégraphies liturgiques et des mises en scène retracent des épisodes de l’histoire biblique. Les choristes, vêtus de tenues traditionnelles, à la fois modestes et élégantes, donnent chair au récit sacré. Les chants ecclésiastiques s’élèvent, parfois ponctués de paroles d’encouragement et de solidarité à l’endroit des malades, des personnes éprouvées et des plus démunis. Tantôt assise, tantôt debout, l’assemblée rend grâce à son Seigneur en cette fête de la Nativité.
Vient alors le moment solennel de la procession. Les enfants de chœur ouvrent la marche, suivis des diacres et des prêtres. Un silence respectueux envahit la cathédrale lorsqu’apparaît l’archevêque de Dakar, André Guèye. Avançant lentement, il s’appuie sur sa crosse épiscopale, canne pastorale surmontée d’une croix, symbole du berger guidant son peuple. Sous les regards recueillis, il remonte l’allée centrale, bénit la foule, puis prend place sur son siège épiscopal. La crosse repose à ses côtés, signe visible de sa mission et de son autorité spirituelle. Les premières volutes d’encens s’élèvent alors dans la nef. L’archevêque se lève et se rend à la crèche, la mangeoire de la Nativité, qu’il encense longuement.
Ce geste fort, chargé de symboles, rappelle la naissance de Jésus-Christ. L’encens embaume l’espace sacré, tandis que les chants s’envolent, portés par une ferveur collective. Un temps de confession et de repentance s’ouvre : prières murmurées, supplications, gestes d’humilité et de soumission. La cathédrale devient un lieu de miséricorde où chacun implore le pardon. Les chants reprennent avec intensité.
La liturgie de la Parole s’installe. La lecture du prophète Isaïe annonce la joie et l’espérance, alternant avec les interventions de la chorale. L’Évangile est proclamé, accompagné une nouvelle fois par la bénédiction de l’encens, célébrant la gloire du Seigneur Jésus-Christ.
Vivre la joie de l’amour
Dans son homélie, l’archevêque médite sur le sens profond de Noël : non pas un simple anniversaire, mais le mystère de Dieu qui se fait chair, l’Incarnation.
En cette nuit très sainte, la foi révèle la Parole de Dieu venue chasser les ténèbres. Il invite à accueillir cette grâce et à vivre la joie de l’amour et de la miséricorde divine. «Chaque année, Noël nous invite à contempler la merveille de l’amour de Dieu et à nous laisser saisir de nouveau par cet amour inépuisable», a déclaré Mgr André Guèye. Poursuivant, il a ajouté que «cette célébration n’est pas un simple anniversaire», mais «une plongée nouvelle dans l’amour de Dieu qui illumine notre existence quotidienne et extirpe toutes les ténèbres contraires à son amour». Mgr André Guèye a rappelé avec force que le message central de Noël est la présence même de Dieu parmi les hommes.
«Ce que notre foi proclame très spécialement en cette nuit, c’est que Dieu lui-même est parmi nous : Emmanuel», a-t-il affirmé. L’archevêque de Dakar a élargi son propos à la situation sociale du pays. Il a renouvelé son appel à la sobriété en cette période de fêtes. Soulignant que «pour beaucoup, Noël est la fête des retrouvailles familiales», Mgr Guèye a mis en avant la famille comme lieu privilégié de la synodalité, thème central du plan pastoral diocésain. «La famille est le lieu par excellence où s’expérimente la synodalité», a-t-il rappelé, évoquant «l’Église domestique» chère au concile Vatican II.
Dans une année jubilaire placée sous le signe de l’espérance, l’archevêque a puisé dans les écritures saintes pour encourager les fidèles. «Dieu est crédible, son amour est indéfectible : ce qu’il promet, il l’accomplit», a insisté Mgr Guèye, soulignant que cette crédibilité divine doit inspirer la vie personnelle, familiale et sociale. Enfin, il a appelé chacun à être témoin cohérent du message de Noël dans son comportement quotidien. Pour l’archevêque de Dakar, la célébration de la Nativité engage les croyants à vivre, ici et maintenant le sens de l’amour, du partage, de la solidarité et de la complémentarité.
Par Daouda DIOUF (textes), Assane SOW (photos)

