Lady Wiko Deyman trace son chemin dans l’industrie musicale sénégalaise avec une identité affirmée. De ses débuts discrets aux Parcelles Assainies à ses titres engagés, l’artiste incarne une trajectoire marquée par la passion, la perte et la reconstruction.
Le sourire toujours au bout des lèvres, Lady Wiko Deyman dégage une bonhomie contagieuse. En visite dans les locaux de la SSPP Le Soleil, l’artiste affiche une joie de vivre à toute épreuve. Derrière ce visage au sourire ravageur se cache une voix qui a été éprouvée par la vie, mais une voix qui continue de se battre et de vivre de sa passion pour la musique. Une passion née en 2014 dans le quartier des Parcelles Assainies, au sein du groupe « Def War ». « C’est avec eux que je faisais mes premiers pas dans la musique », explique-t-elle, plongée dans ses souvenirs.
À l’époque, la jeune élève a le cœur qui balance entre exigences scolaires et appel de la scène. Cet amour, elle le vit en cachette, partant en répétition à l’insu de ses parents. Au fil du temps, Waldeh Wague devient ainsi Lady Wiko Deyman. Ce nom, loin d’être anodin, condense une mémoire familiale et affective forte. « Wiko vient des origines de ma mère. En sangho (la langue de la Centrafrique), Wiko signifie la femme battante », explique-t-elle. Une référence directe à sa maman, ancienne artiste, dont le parcours a profondément marqué la chanteuse. Comme quoi, le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre.
À cela s’ajoute une dimension conjugale. « Deyman vient du nom de mon défunt mari, Moussa Deyman. J’ai combiné Lady Wiko Deyman, qui veut dire la femme battante de Moussa Deyman », précise-t-elle.
Carrière forgée par le deuil
Dans son univers sonore, Lady Wiko Deyman oscille entre modernité et tradition. Elle revendique clairement l’influence de Viviane Chidid. « Avec elle, j’ai beaucoup appris, surtout dans la manière dont elle modulait sa voix, ce qui m’a charmée », dit-elle, un sourire béat au bout des lèvres. Elle cite également Fatou Laobé, qu’elle admire pour son côté traditionnel.
Un mélange qui se ressent dans ses productions, où les rythmes afrobeat côtoient des sonorités plus enracinées. Lady Wiko poursuit ainsi son avancée sur la scène musicale. Mais une rencontre déterminante va tout changer dans sa carrière. L’artiste fait la connaissance de celui qui deviendra son époux, Moussa Deyman, plus connu sous le nom de Moussa « Jant Bi ». Ce dernier, membre d’un groupe de rap, a toujours accompagné Lady Wiko. Il la met en relation avec son producteur Chaka Babs, figure du hip-hop sénégalais. « C’est lui qui a produit mon premier single Femme No.1, qui avait cartonné en 2019 », dit-elle fièrement, saluant le soutien indéfectible de feu son mari.
Ensemble, ils filent le parfait amour, composant entre passion musicale et vie de couple. Mais la perte de son époux va chambouler cet équilibre où amour et musique se conjuguaient en parfaite symbiose. « Après son décès en 2020, j’avais vraiment sombré dans une situation très critique », dit-elle, la voix tremblotante, le regard fixe, comme si elle cherchait à capter le souvenir de feu son mari.
Mais il n’en faut pas plus pour faire craquer la chanteuse. « C’est toujours difficile d’évoquer son souvenir. Il m’a toujours soutenue et accompagnée, et avec sa perte, j’ai perdu un repère, un partenaire de vie », dit-elle, la voix enrouée par l’émotion. Elle décrit une période de désorientation profonde : « Même mon numéro de téléphone, je l’avais oublié », confie-t-elle.
Renaissance
Soutenue par son entourage, elle finit par retrouver le chemin de la musique à travers un titre hommage. Cet art ayant été au début et au centre de toute leur histoire, la chanteuse ne se voyait pas faire son deuil autrement. Elle reprend le micro pour une chanson-mémoire. « C’était une sorte de renaissance », dit-elle, submergée par l’émotion. Un morceau qu’elle avoue ne pas pouvoir écouter malgré les années : « Je ne l’écoute pas. Elle me donne des frissons », avoue-t-elle.
La chanteuse poursuit avec le titre « Sama Tamate » en 2023. L’artiste explore un registre plus léger, porté par l’afrobeat. « C’est une chanson que j’aime bien et qui a été conçue sur des bases d’afrobeat », explique-t-elle fièrement.
C’est avec « Maman Sama Weruway » qu’elle touche une corde plus sensible. Voix chargée d’émotion, elle évoque sa mère, éternel modèle. « C’est une chanson que j’écoute seule. Elle me fait toujours verser des larmes », confie-t-elle. Dans ce morceau, l’artiste rend hommage aux sacrifices maternels.
Mais derrière l’artiste, il y a aussi une éducatrice et une femme engagée. Son vécu difficile façonne son rapport au monde. « Des fois, je partais à l’école sans manger », avoue-t-elle, plongée dans ses souvenirs. Une réalité qui nourrit aujourd’hui ses actions solidaires. Chaque année, celle qui est également éducatrice achète des fournitures scolaires pour les enfants défavorisés. Une manière pour elle de transformer la douleur en action.
Aujourd’hui, Lady Wiko Deyman se projette avec détermination. Elle annonce de nouveaux projets tels que des soirées live et un album en préparation. Une ambition intacte, portée par une volonté de se réinventer sans renier son histoire.
Arame NDIAYE (texte) – Jamil THIAM (vidéo)


