Sacré Meilleur Ep aux Galsen Hip-Hop Awards 2025, « Fi Lëp Tambalé » a offert à Mita la Gladiatrice une reconnaissance qui vient récompenser plusieurs années de travail. De ses deux finales de Flow Up à la préparation de sa nouvelle mixtape, « Leguii Nakk », la rappeuse de Thiaroye poursuit la construction d’un univers où se croisent expériences personnelles, émotions et regard sur sa génération.
Le trophée est arrivé après plusieurs années de travail. Il a aussi posé une nouvelle exigence. Avec « Fi Lëp Tambalé », son Ep de sept titres, Mita la Gladiatrice a remporté le prix du Meilleur Ep aux Galsen Hip-Hop Awards 2025. Une distinction qui compte dans le parcours d’Aminata Ndiaye, mais qu’elle ne considère pas comme une ligne d’arrivée. « Cette distinction m’a confirmé que le travail finit toujours par porter ses fruits », dit-elle. Le projet lui était particulièrement cher. Il racontait une partie de son parcours, des choses vécues et des émotions qui ont nourri son écriture. La récompense est donc venue consacrer un travail personnel, mais elle a surtout renforcé la pression que l’artiste entend désormais exercer sur elle-même. « Recevoir le prix du Meilleur Ep aux Galsen Hip-Hop Awards 2025 m’a donné davantage de motivation, mais aussi de responsabilités », explique l’artiste.
Les exigences ne portent pas uniquement sur les textes. Elles concernent aussi les choix artistiques, les visuels et la manière de présenter un projet au public. « Je dois désormais être encore plus exigeante dans mes textes, mes choix artistiques, mes visuels et la manière de défendre mes projets », poursuit-elle. Mais, Mita connaît déjà le goût des compétitions. En 2022, elle atteint la finale de Flow Up.
Une identité qui se construit
Deux ans plus tard, elle y retourne. Entre ces deux rendez-vous, la rappeuse n’est plus tout à fait la même. Elle a gagné en assurance, mais aussi en précision dans son écriture et dans son rapport à la scène. « Entre 2022 et 2024, j’ai gagné en maturité et en assurance », reconnaît-elle. En 2022, souligne l’artiste, elle cherchait encore à montrer ce dont elle était capable. En 2024, elle arrive avec davantage de recul. Deux années pendant lesquelles les expériences vécues ont continué à alimenter ses textes et à préciser son identité artistique. « Mon écriture s’est enrichie grâce aux expériences vécues et à une meilleure compréhension de mes émotions », explique-t-elle. Cette évolution ne relève pas seulement de la technique. Elle touche au rapport de l’artiste à sa propre histoire. Car Mita n’écrit pas seulement à partir d’elle-même. Depuis ses débuts, elle dit vouloir raconter ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent, mais aussi ce que beaucoup de jeunes, notamment les femmes, traversent autour d’elle. Son rap puise alors dans l’intime sans s’y enfermer.
Son nom de scène aurait pu être une simple image. « Mita la Gladiatrice » est devenu au fil du temps une manière de résumer un état d’esprit. Mais l’artiste tient à préciser le sens qu’elle donne à ce mot : « Être une gladiatrice, pour moi, ce n’est pas chercher le conflit. C’est savoir se relever, avancer malgré les difficultés et ne pas abandonner face aux obstacles. » Pour Mita, le combat est surtout lié à la volonté de rester fidèle à une direction. « Mes combats sont liés à mon parcours, à mon ambition et à ma volonté de montrer qu’une femme peut trouver sa place, imposer sa voix et construire sa carrière sans se conformer à une case », affirme-t-elle. Cette question de la place des femmes traverse nécessairement son parcours. Mais elle ne souhaite pas que son identité artistique soit réduite à cette seule dimension. Dans un hip-hop sénégalais où les artistes féminines continuent de chercher leur espace, Mita préfère parler d’abord de musique. « Si mon parcours peut encourager d’autres jeunes femmes à croire en elles et à prendre leur place, ce sera une grande satisfaction », dit-elle. Mais cette volonté de servir d’exemple ne signifie pas qu’elle souhaite porter une étiquette supplémentaire, car Mita ne veut pas être réduite à l’expression « rappeuse féminine ». L’enjeu est désormais de consolider ce qui a été construit avec « Fi Lëp Tambalé ». Le prix obtenu aux Galsen Hip-Hop Awards donne une visibilité supplémentaire à l’Ep, mais il place aussi le prochain projet sous le regard d’un public qui attend de voir ce que Mita fera après cette première consécration. La réponse se trouve dans « Leguii Nakk », la mixtape qu’elle prépare actuellement. Le titre signifie « Et maintenant ».
Gladiatrice sur scène
Deux mots qui disent beaucoup de la position dans laquelle se trouve aujourd’hui la rappeuse. Après les premières scènes, les deux finales de Flow Up et le prix du Meilleur EP, il faut penser à la suite. Et cette suite ne sera pas une simple prolongation de l’Ep. « Avec cette mixtape, je veux franchir une nouvelle étape », annonce-t-elle. L’artiste veut explorer d’autres sonorités, essayer de nouvelles façons d’écrire et montrer des facettes de sa personnalité que le public connaît moins. La démarche est aussi une manière de ne pas s’installer dans une formule qui aurait fonctionné. « Fi Lëp Tambalé » posait les bases de son histoire et retraçait le chemin parcouru. Le nouveau projet montrera davantage la direction que veut prendre Aminata Ndiaye, alias Mita la Gladiatrice.
Par Adama NDIAYE

