À l’occasion de la deuxième édition du festival « Musique sérère, musique sacrée » (Msms), à Ndiaganiao, le 27 décembre 2025, Mbind Seereer se plonge dans une atmosphère profondément symbolique. Danses initiatiques, flûtes de sorgho, chants ancestraux rythment une cérémonie d’ouverture où la culture sérère s’est donnée à voir, à entendre et à ressentir, dans toute sa vitalité.
Mbind Seereer, Faak ré xané fadka (Ndlr : la maison sérère, hier, avant qu’aujourd’hui n’arrive). C’est l’espace qui accueille le festival « usique sérère, musique sacrée (Msms) et s’impose comme une évidence symbolique pour abriter la deuxième édition. Et le lieu n’est pas choisi par hasard.
Ici, l’architecture parle avant même que les instruments ne résonnent. Les palissades en paille, les cases rondes, les arbres dans la cour, l’organisation de l’espace : tout renvoie à une cosmologie, à une manière sérère d’habiter le monde.
Dans ce lieu chargé de sens, la musique ne fait pas qu’être jouée, elle est convoquée. Elle retrouve sa fonction première : relier le visible à l’invisible, les vivants aux ancêtres, l’homme à la nature.
À Mbind Seereer, tout chante la belle culture rattachée à « oog Sen (Ndlr : Dieu l’Omniprésent). Les murs de paille portent la mémoire, le sol écoute, l’espace sacralise les voix et les percussions.
Le festival s’inscrit ainsi dans une continuité culturelle assumée, où le cadre devient un message. Bien au-delà d’un site d’accueil, Mbind Seereer est aussi une parole architecturale. Elle donne corps à la musique sacrée et rappelle que, chez les Sérères, l’art, l’habitat et le sacré ne font qu’un.
Mbind Seereer. Oui, tout s’explique. Ici, rien n’est décoratif seulement. Tout est signifiant.
Chez les Sérères, la palissade en paille n’est pas qu’une clôture : elle protège, elle accueille, elle délimite l’intime et le sacré. La case en paille, quant à elle, raconte l’habitation ancestrale, le rapport à la terre, au temps long, à la communauté.
Dans la maison, il y a aussi des greniers. Dressés comme des sentinelles du temps, eux, disent la prévoyance, l’abondance partagée et la sacralité de la nourriture, intimement liée aux cycles de la vie et aux rites.
Ils rappellent que, chez les Sérères, conserver, c’est aussi honorer les ancêtres et protéger l’avenir.
Nous sommes bien à Ndiaganiao, terre natale du président de la République, en ce 27 décembre 2025. Le soleil décline lentement sur Mbind Seereer, dans le quartier de Ndiandiaye Ndoude.
Ses derniers rayons percent les palissades faites de tiges de sorgho, projetant des ombres dorées sur la terre ocre. À proximité du présidium, deux greniers traditionnels, fièrement dressés et symétriques, semblent veiller sur la cérémonie.
L’air est doux, presque solennel.
Dans ce décor chargé de symboles, deux voix accueillent les premiers festivaliers : celle, intemporelle, de Yandé Codou Sène, et celle du grand chanteur sérère Mbaye Ndiaye.
Des voix tutélaires, familières, qui ne se contentent pas de chanter, mais rappellent l’histoire et convoquent la mémoire collective.
Une ouverture assumée
Il aura suffi d’attendre la fin du match Sénégal–Rdc (Can Maroc 2025) pour voir Ndiaganiao changer de visage. Peu à peu, le village se remplit. Les pas convergent vers Mbine Faak.
Les couleurs s’installent, les sons s’entrelacent, les odeurs de terre chaude remontent. L’ambiance devient difficile à décrire tant elle déborde les mots.
Ici, la culture ne s’exhibe pas : elle se pratique. Elle ne se joue pas : elle se transmet.
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L’événement, initié en 2023 par Niamar Ndour et Luc Bouré Ndour, est porté par le directeur du festival, Malick Diouf.
Figure connue du hip-hop sénégalais, Niamar Ndour, dans son intervention, insiste sur le sens profond du festival. « n a créé ce festival pour faire ressortir la culture africaine en général, la culture sérère en particulier, et faire que cette culture adopte les moyens modernes pour se révéler , explique-t-il, soulignant la nécessité de faire évoluer les traditions sans les figer.
Loin de se limiter à une seule expression artistique, le festival revendique une ouverture assumée. « a ne veut pas dire qu’on ne fait que de la culture sérère , précise M. Ndour.
Cirque, percussions mandingues et autres formes d’arts de rue sont au programme, afin de montrer « u’il y a d’autres choses qui se font dans le monde , tout en créant un espace d’échanges entre cultures.
À Mbine Faak, on est Sérère dans l’âme.
Ce soir, la maison respire la sobriété et la fierté. L’installation est prête. Le public s’installe. Les salutations s’échangent naturellement, sans protocole excessif. L’accueil est chaleureux, profondément humain.
Il est 18 heures passées. Sous la lumière déclinante, les objets d’art captent le regard : flûtes artisanales, parures multicolores, tissus détachés aux motifs anciens.
Les festivaliers vont et viennent, s’arrêtent, observent, échangent. Hommes, femmes, vieillards et enfants se croisent dans une même attente.
Tout un village rassemblé autour de ses gestes fondateurs.
Majorettes, ballets sérères, entre autres, ouvrent le rideau. S’ensuit la séance du retour des bergers.
Arborant fièrement des pagnes tissés sérères aux motifs noir et blanc, ils sont porteurs de « liit , flûtes façonnées dans la tige de sorgho.
Le « ndut » de Djobass
Leurs visages sont détendus, heureux. Les mélodies s’élèvent, simples et profondes, comme un souffle venu de la brousse.
Aujourd’hui, le public se régale d’une musique qui ne se danse pas avec les bras, mais avec les pieds du cœur…
Les parures renforcent la scène : les « bekk (Ndlr : colliers de cauris), des « ambal (cordes reliant le cou et la ceinture) soigneusement noués, non sans oublier des bonnets très souvent mal ajustés et des chaussures en plastique.
Le silence tombe avant même que le masque, plus connu sous le nom de « mbot » , n’apparaisse. Les tambours s’interrompent un instant, comme pour annoncer que quelque chose d’essentiel va se jouer.
Puis le « mbot » force l’admiration. Lentement. Lourdement. Porté par un jeune corps qui ploie mais ne cède pas.
Sous les lattes végétales, les miroirs éclatent la lumière, les plumes vibrent au moindre souffle tandis que la peinture coruscante attire les regards.
Le public recule d’un pas. Ici, personne ne traverse le cercle par hasard, car le « mbot » ne danse pas. Il ordonne l’espace.
De jeunes entonnent des chants du « ndut » et entrent en danse. C’est le « ndut » de Djobass sur scène.
Entièrement vêtus de tenues traditionnelles parfois déchirées, les jeunes exécutent des pas précis et puissants : mains levées vers le ciel, pieds écartés dans des pantalons bouffants, déplacements rapides scandés par le rythme soutenu des tam-tams.
La poussière s’élève, épaisse, mais personne ne semble la sentir. Cris de joie, battements de mains, regards admiratifs : le corps parle, l’âme répond.
Le « mbot » avance, tourne, s’impose. Les miroirs accrochent la lumière, la renvoient en éclats brefs. Les plumes frémissent, légères, presque irréelles.
Le public retient son souffle.AllégresseMais ici, il ne s’agit pas de danser. Il s’agit de tenir.
Autour, les chants montent. Des vieux murmurent des paroles, les femmes battent la mesure, les enfants oscillent entre fascination et crainte.
Le « mbot » n’effraie pas, il impose. Il ne séduit pas, il ordonne.
À Ndiaganiao, le sacré n’est pas figé : il circule.
À l’heure où les patrimoines africains sont souvent folklorisés ou muséifiés, le « mbot » pose une autre question : comment transmettre sans trahir
En acceptant que le rite vive, évolue, se confronte au présent, sans perdre son sens.
Le masque rappelle ainsi que le patrimoine immatériel ne se protège pas par la mise à distance, mais par l’engagement des générations nouvelles.
Une tradition ne survit pas parce qu’on la montre, mais parce qu’on la porte.
La deuxième édition du Festival de « usique sérère, musique sacrée (Msms) s’ouvre ainsi : non comme un simple événement culturel, mais comme un acte de fidélité collective.
À Ndiaganiao, la culture ne se raconte pas seulement. Elle se vit, se partage et se perpétue, et peut-être, pour toujours.
Adama NDIAYE

