Le palais construit par le milliardaire El Hadj Djily Mbaye, à Louga, entre 1977 et 1987, symbolise la toute-puissance financière de ce fils de Louga dans les années 1970-1990. Selon les membres de sa famille et d’autres sources, l’édifice a été érigé dans la capitale du Ndiambour pour permettre aux hôtes de Baye Djily d’avoir, en plein cœur du Sénégal, le même luxe qu’ils ont dans leur palais de prince ou de Chef d’État. Plusieurs autorités, comme l’ancien Président ivoirien, Houphouët Boigny, y ont séjourné. Toutefois, cette résidence gigantesque et luxueuse est menacée de dégradation du fait de la difficulté liée à son entretien.
Au palais El Hadj Djily Mbaye de Louga, la maxime selon laquelle « tout ce qui brille n’est pas de l’or » est remise en question. « Tout ce que tu vois en haut en couleur dorée dans la décoration est de l’or 24 carats », nous confirme le guide, Mansour Lô, face à notre ébahissement devant la beauté des lieux. Louga c’est aussi et surtout, le palais El Hadj Djily Mbaye, édifice majestueux. Nous sommes le vendredi 28 novembre 2025. Le temps est clément en cette période de l’année. Le palais El Hadj Djily Mbaye est visible de loin. Il s’agit d’un imposant mur de marbre sur plusieurs centaines de mètres. Par endroit, des pans des carreaux en marbre ont disparu, laissant entrevoir quelques cavités dans le mur qui, du fait de sa qualité et son épaisseur, est resté tout de même solide.
Au portail central, qui fait face à la grande avenue, le visiteur doit avoir une autorisation du bureau de l’intendant avant d’accéder les lieux. L’accord verbal. Une seule condition : pas d’appareils photo, ni de caméra ou de téléphone, pas de sac.
Dans l’enceinte du palais, les visiteurs traversent les jardins reverdis grâce à un système d’arrosage automatique. Ces espaces verts sont ceinturés par plusieurs résidences secondaires blanches qui servaient et servent toujours de logement aux illustres hôtes que reçoivent de temps à temps les lieux. Après avoir passé les longues grilles noires qui servent de portail, on rentre dans l’espace du palais proprement dit.
Une grande salle d’attente se dévoile avec plusieurs mini salons verts. Par parties, les fauteuils, entourés de cuivre, se sont érodés du fait du temps. Cette salle d’attente à l’entrée du palais est entourée de vitres blindées. Sur une des vitres, un impact est visible. L’un des guides du palais, Mansour Lô, nous explique qu’il s’agit d’un impact de balle. « Pour tester et voir si les vitres étaient vraiment blindées, Baye Djily a tiré une balle de pistolet sur cette vitre qui a reçu l’impact sans se casser », confie-t-il. Le résultat fut concluant : aucune balle ne peut traverser ce blindage. Le palais se veut ainsi un lieu de sécurité pour ses visiteurs, grands dirigeants du monde.
Le test des vitres blindées

Au premier étage, nous reçoit le guide bien nommé Serigne Sam Mbaye (homonyme du grand frère de El Hadj Djily Mbaye, Serigne Sam). À ce niveau, l’immensité et le luxe, d’un autre âge, est plus perceptible. Le premier étage est constitué d’un salon, d’une salle de bain, d’une mosquée et du bureau personnel de El Hadj Djily Mbaye. Le bureau spacieux est décoré de tapis persans. Au fond, se trouve une grande bibliothèque en bois avec des étagères vitrées sur lesquelles sont posés plusieurs exemplaires du Coran et autres documents.
En face de la bibliothèque, le fauteuil de travail de Baye Djily trône à proximité de la table qui lui servait de bureau. Deux sièges pour visiteurs sont dressés devant la table en porcelaine. En face de son bureau, se trouve la mosquée, à droite, un grand salon de style italien avec un jet d’eau au milieu. De nombreux fauteuils bleus, avec des rayures jaunes, sont disposés dans la salle pouvant recevoir en même temps plusieurs réunions en tête-à-tête. À ce niveau, la décoration murale s’est faite de velours.
On poursuit la visite au deuxième étage où il y a quatre appartements aux mêmes modèles. Au milieu de ces pièces, un grand salon marocain avec une table en marbre. Dans le palais, l’une des particularités est aussi qu’il y a différents types de décorations, de salons, de tableaux, etc. El Hadj Djily Mbaye, homme multidimensionnel, savant, était ouvert d’esprit. Sur ce plan, le guide Mansour Lo, malgré son jeune âge, renseigne qu’il a appris de ses maîtres que « Baye Djily était un homme qui voyageait à travers le monde. Il avait beaucoup d’amis ». Lo poursuit : « il voulait avoir différents types de meubles, de salons pour honorer ses différents amis qui venaient aussi au palais ». Toujours au deuxième étage, des vestiaires, des dressings et du matériel électronique haut de gamme sont utilisés, tout comme pour l’ensemble du bâtiment. Dans l’une des cuisines, par exemple, les bruleurs toujours fonctionnels, installés depuis plusieurs décennies, ont les mêmes caractéristiques que celles de la dernière génération avec un dispositif d’aspirateurs des odeurs de cuisines, entre autres.
Les ustensiles utilisés comme les tasses à café et les bouilloires aux poignets en or sont brandés « Baye El Hadj Djily Mbaye » avec les inscriptions de son nom en arabe. « Il faisait la commande des tasses ainsi que les autres ustensiles chez de grands fabricants en Europe et partout dans le monde », nous souffle le guide.
Mahamadan, jeune visiteur, psalmodiant à voix basse quelques versets du Saint Coran, est enchanté et très surpris de découvrir ce grand luxe au Sénégal. Il ne peut plus retenir sa joie. « On a entendu les ancêtres dire que Serigne Abdoul Ahad Mbacké a, un jour, visité le palais avec Baye El Hadj Djily Mbaye. À la fin de la visite, il a dit à Baye Djily : ‘’si le paradis pouvait exister sur terre, on pourrait dire que tu as une maison au paradis’’. Ce palais est digne d’un paradis terrestre », lance, convaincu le jeune Mahamadan. À son avis, El Hadj Djily Mbaye n’était pas simplement un milliardaire, mais il avait un don, une bénédiction divine concernant plusieurs domaines.
Suite présidentielle…

Au troisième étage, le luxe et la dimension des niveaux inférieurs sont démultipliés. Nous sommes dans la suite présidentielle du palais. Le guide taquin nous prévient. « Faites attention à ne pas vous perdre ici puisque c’est très grand avec beaucoup de pièces ».
Les lustres, les décorations sont tous en or avec une qualité des meubles inégalée. Les motifs des tapis recouvrant le plancher sont en or, une grande partie de la décoration murale est aussi faite avec le métal précieux ; les rayures des draps recouvrant les lits sont assorties d’argent. Cette suite présidentielle dispose aussi de vestiaires très spacieux avec des baignoires et salles de bain à la qualité et au confort comparables à ceux des anciens empereurs du monde.
Le balcon haut perché de la suite présidentielle offre une vue imprenable sur les jardins, la zone boisée devenue une petite forêt. De cet espace, les invités de la suite présidentielle pouvaient contempler la verdure des champs.
Au-delà du logement, le palais jouait aussi un rôle essentiel dans la production de légumes et de fruits à Louga. Le vaste domaine qui entoure les résidences et le bâtiment principal permettait la production maraichère. Beaucoup de variétés de légumes et de fruits sortaient des champs.
Soda Marème, jeune Lougatoise, se rappelle que pendant son enfance. Chaque fois qu’ils allaient visiter le palais El Hadj Djily Mbaye, elle revenait avec des fruits. « On nous laissait cueillir plusieurs fruits dans les champs du palais. Il y avait même des pommes qui sortaient des champs du palais », se souvient-elle.
Le Coran offert par Sadam Hussein
Dans la suite présidentielle du troisième étage, les photos d’anciennes épouses de El Hadj Djily Mbaye sont exposées. Il s’agit de la photo de Ndèye Sokhna (troisième épouse) et de Aminta Sourang (2e épouse). Sur l’autre, on reconnait El Hadj Djily Mbaye et sa troisième femme Ndèye Sokhna en compagnie de l’ancien Président ivoirien Félix Houphouët Boigny. Ce dernier, qui était un grand ami du propriétaire des lieux El Hadj Djily Mbaye, était très fréquent à Louga. Houphouët Boigny a séjourné plusieurs fois au palais El Hadj Djily Mbaye. Il lui arrivait de passer plusieurs jours dans la localité.
Le livre saint de l’Islam est présent un peu partout dans le palais comme au salon de la suite de présidentielle, dont un, soigneusement gardé dans sa boite, est un cadeau de l’ancien Président irakien Sadam Hussein qui l’avait personnellement remis à Baye Djily, selon les guides. Il avait aussi une relation particulière avec les hommes religieux du pays. La grande photo de Serigne Abdoul Ahad Mbacké, fils de Cheikh Ahmadou Bamba et troisième khalife général des mourides, fièrement accrochée dans le couloir principal de la suite présidentielle, rappelle cette dimension. L’homme, qui était profondément enraciné dans les valeurs islamiques, était aussi un citoyen du monde.
Plusieurs fresques faites à la main et objet d’art d’origine occidentale, du Moyen-Orient et même de Chine ornent les lieux. Dans la grande salle de conférence, en bois rouge de l’appartement présidentiel, trône une fresque du général de Gaulle.
Par Oumar KANDE (Textes) et Moussa SOW (Photos)

