Abdoulaye Dia est un mécanicien métallique qui est en train de révolutionner le quotidien des arboriculteurs en leur facilitant la production des jus de citron et d’huile de palme mais aussi, la transformation de l’anacarde en Casamance et même dans les pays limitrophes. Né en 1990 à Lyndiane Coboda, dans la commune de Ziguinchor, ce jeune homme a inventé une machine de presse qui fait son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui, grâce à son invention, il emploie huit personnes.
« Ma première machine, je l’avais exposée ici, et un jour, un gars m’a demandé ce que c’était. Je lui ai expliqué que c’était une machine pour presser des citrons. Il semblait intéressé. Mais il n’était pas convaincu de l’efficacité de la machine. J’avoue que moi-même, je n’étais très convaincu d’avoir réussi ce que je venais de fabriquer. Alors il m’a proposé d’aller le tester et de revenir me payer si cela était bon. J’ai accepté. C’est cet essai qui m’a permis de comprendre que j’avais une prouesse », explique Abdoulaye Dia.
Son expérience remonte à dix ans. À cette époque, les gens ne connaissaient pas cette machine. Son atelier en vendait rarement. Sinon, uniquement pendant la période de récolte du citron. Le coup de grâce est venu avec la Caritas (une organisation caritative d’obédience catholique) qui en acheta trois qu’elle donna à Baghagha et deux autres villages.
« Là-bas, la machine était utilisée uniquement dans la préparation de l’huile de palme. Par la suite, les gens l’ont découvert et ont commencé à nous en acheter », certifie le jeune inventeur. Aujourd’hui, pour obtenir sa machine de presse, il faut faire une commande.
« Ce sont les propriétaires de plantations de cajou qui l’achètent le plus. Idem pour les planteurs qui évoluent également dans le citron », soutient Abdoulaye Dia.
Des lits à la machine de presse
L’inventeur de la machine de presse a été inspiré par une machine similaire importée qu’il a vue chez un « toubab » (Blanc européen) à Tobor, village du département de Bignona.
« Sa machine avait une forme carrée. Je voulais l’imiter mais le toubab m’a dit que c’était une propriété intellectuelle qui avait ses papiers. Il m’a expliqué que je pouvais être poursuivi si je reproduisais cette machine », relate M. Dia, trouvé dans son atelier installé à Néma Kadior, non loin du commandement de la zone militaire nᵒ 5.
Perspicace mais surtout ingénieux, le jeune menuisier métallique d’alors décida d’inventer une machine, mais sous une autre forme. À la place du carré, il choisit le rond avec des matériaux locaux. Et réussit avec brio son engin tradimoderne. En revanche, la machine de presse n’est pas la seule adresse d’Abdoulaye Dia. Dans son atelier métallique, il fabrique aussi des lits, des portes, des fenêtres, des moulins, des chaises, des salons…
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Né en 1990 à Lyndiane Coboda, Abdoulaye Dia a abandonné très tôt les études. Il a tourné le dos à l’école en classe de CM1 pour se lancer dans le commerce. Pendant cinq ans, il était employé dans la mercerie de son oncle qui était un tailleur. Auparavant, il s’est essayé à la couture sans aucune passion.
Les années passent. L’apprenti peine à trouver une issue. Au bout du compte, Abdoulaye choisit la menuiserie métallique, grâce à la fréquentation d’amis qui travaillaient dans un atelier métallique en face de chez lui. Il se lança dans la fabrication de lits. Les lits métalliques caractérisent une autre spécialité du natif de Lyndiane Coboda.
« J’ai inventé ces lits car j’ai vu que les menuisiers de bois en fabriquent. Alors, je m’en suis inspiré. Pour moi, tout ce que peut faire un menuisier de bois, un menuisier métallique peut le fabriquer », analyse Abdoulaye Dia.
Il expose devant son site beaucoup d’objets, fruits de son imagination. Son désintérêt pour les études ne l’a pas empêché de participer à l’encadrement de la jeunesse de son terroir, encore moins d’être utile à sa communauté. Abdoulaye gère certes un atelier qui compte 8 personnes. Mais beaucoup de jeunes ont pu bénéficier de son expertise et de son savoir-faire.
« On forme des jeunes, de préférence ceux qui n’ont aucune notion de la menuiserie. On les accompagne jusqu’à ce qu’ils puissent voler de leurs propres ailes. On leur donne également une attestation. Deux de mes anciens apprentis ont récemment ouvert leurs propres ateliers dans leurs villages respectifs. Quelquefois, le lycée Charles Lwanga nous envoie de jeunes élèves que nous formons », renseigne-t-il, avec précision.
De la Gambie voisine à la Guinée-Bissau, les machines de presse d’Abdoulaye Dia font le bonheur des utilisateurs. Ils l’utilisent pour la transformation des pommes de cajou, du citron et pour la préparation de l’huile de palme. La machine, poursuit-il, leur permet d’améliorer leurs rendements.
« Un client guinéen est revenu me féliciter et me dire qu’il a obtenu le double de ce qu’il gagnait durant toute la saison. Et qu’il a gagné beaucoup d’argent car le jus était plus propre et naturel », se réjouit-il.
Toutefois, Abdoulaye Dia rêve un jour d’aider davantage les producteurs. « Ici, on travaille avec nos propres moyens. Je souhaite avoir un accompagnement financier, car j’aimerais pouvoir placer les machines dans les villages, au niveau des plantations, des GIE, etc. », a dit le natif de Lyndiane, originaire de Fouta, dans le Nord du Sénégal.
Par Kiné BAKHOUM