Alors que l’espace public est saturé par l’actualité sportive et les confrontations politiques, une crise structurelle continue de fragiliser le monde rural : celle de la commercialisation de l’arachide. Comme chaque année, le petit producteur peine à écouler sa production à un prix juste, compromettant ainsi sa survie économique et la stabilité de nombreux ménages ruraux.
Au 25 décembre 2026, le mouvement PROGRÈS, à l’issue de visites menées sur plusieurs points de consolidation, dresse un constat préoccupant de l’évolution de la campagne de commercialisation. Le maillon du financement apparaît, une fois encore, comme le principal facteur de blocage.
Les opérateurs économiques éprouvent de sérieuses difficultés à accéder au crédit, tandis que les institutions financières conditionnent leurs engagements au règlement, par l’État, des factures liées à la collecte des semences. Cette fragilité du dispositif financier entraîne une rupture de trésorerie qui se répercute directement sur les producteurs, contraints, face à des besoins immédiats, de brader leur arachide à des prix dérisoires.
Or, une campagne de commercialisation ne s’improvise pas. Elle se prépare en amont, dès l’année précédant la production.
La répétition annuelle de ces dysfonctionnements révèle une faiblesse persistante de coordination entre les acteurs et une anticipation insuffisante des contraintes financières.
Si l’obtention de bons rendements est essentielle, elle demeure vaine en l’absence d’une chaîne de valeur structurée, inclusive et durable.
Par ailleurs, la SONACOS, acteur historique et stratégique de la filière, doit impérativement disposer d’un plateau technique renforcé afin de jouer pleinement son rôle dans la collecte, la transformation et la régulation du marché. Sans capacités opérationnelles accrues, la chaîne de valeur reste déséquilibrée et exposée aux pratiques spéculatives.
Il convient également de revoir les méthodes de concertation. Les grandes rencontres rassemblant des centaines de personnes, où chacun se livre à des déclarations de principe, ont montré leurs limites.
L’approche chaîne de valeur exige au contraire des cadres restreints, fonctionnels et périodiques, permettant aux acteurs clés; producteurs, opérateurs, transformateurs, banques et structures publiques d’interagir régulièrement, de renforcer la communication et de bâtir des relations solides et durables.
Une chaîne de valeur ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, à travers une dynamique collective et structurée.
Bien que l’État consente d’importants efforts financiers en faveur de l’agriculture, il devient impératif de réorienter la politique agricole vers la consolidation effective des chaînes de valeur. La filière arachidière, qui draine d’importantes devises et impacte directement la situation socio-économique de milliers de ménages, doit être érigée en priorité stratégique nationale.
Le Plan de Redressement Économique et Social ne pourra produire des résultats tangibles sans une protection réelle du petit producteur, acteur central de la souveraineté alimentaire et du développement économique.
Le Mouvement PROGRÈS propose, pour une commercialisation équitable et efficace, en cohérence avec l’approche chaîne de valeur, les mesures suivantes :
– Il est indispensable de traiter en priorité la faiblesse du financement, à travers la mise en place de lignes de crédit dédiées à la commercialisation de l’arachide, notamment au profit de la LBA et de la BNDE, tout en incitant les autres banques à investir davantage dans ce segment stratégique.
Dans ce cadre, l’État doit jouer un rôle de catalyseur en garantissant les lettres de crédit (LC) à travers des mécanismes tels que le FONGIP et la CNAAS, afin de sécuriser les engagements des banques et de fluidifier l’accès au financement.
– Parallèlement, l’instauration d’un calendrier contraignant, public et respecté de règlement des factures de semences est indispensable pour éviter les blocages récurrents de trésorerie qui paralysent la campagne.
– La fixation d’un prix plancher réellement appliqué doit s’accompagner du déploiement d’agents de contrôle sur le terrain, chargés de veiller au respect du prix officiel et de lutter efficacement contre la spéculation et les ventes à perte.
– Il est également urgent de relever le plateau technique de la SONACOS, afin de renforcer ses capacités de collecte et de transformation et de consolider son rôle de régulateur au service des producteurs.
– le renforcement de la contractualisation entre producteurs, opérateurs et transformateurs, combiné à la mise en place de cadres de concertation territorialisés et périodiques, permettra de sécuriser les débouchés, de stabiliser les revenus et d’améliorer durablement la coordination entre les acteurs.
Protéger le petit producteur n’est ni un slogan ni une faveur. C’est un choix stratégique pour bâtir une agriculture performante, une économie résiliente et une souveraineté nationale durable, à la hauteur des enjeux de la filière arachidière.
M.Djibril BA
Agroeconomiste, Financier
Président du mouvement PROGRES


