Qu’elles soient salariées,commerçantes ou cadres, nombreuses sont les femmes qui participent désormais au fonctionnement quotidien du foyer, parfois sans reconnaisance à la hauteur de leurs efforts.Soutien assumé pour certaines,contraintes subies pour d’autres, cette implication féminine met,toutefois en lumière,une économie domestique largement portée par les femmes.
Dans les marchés, les bureaux ou les gares routières, elles sont des milliers de femmes à faire tourner l’économie domestique. Mères ou épouses, elles contribuent de plus en plus au fonctionnement du foyer, souvent en silence, mais toujours avec un sens aigu du devoir. Un phénomène que reconnaît Amina Fall Niang, présidente de l’Association des juristes sénégalaises (Ajs).
Selon elle, la participation financière des femmes s’est nettement accrue sous l’effet d’une transformation structurelle du modèle économique familial : « Les causes les plus communes sont une urbanisation galopante, la dégradation du pouvoir d’achat des ménages, l’émigration des hommes et la paupérisation de la population, d’où l’insuffisance des revenus masculins pour couvrir les dépenses domestiques incompressibles (logement, santé, éducation, alimentation) », analyse la juriste. Toutefois, elle regrette que cette responsabilité accrue ne se soit pas accompagnée d’une reconnaissance juridique équivalente.
Un soutien assumé
Reconnaissance juridique ou non, les femmes sénégalaises contribuent, bon an mal an, aux charges familiales. C’est le cas d’Aminata Sy (nom d’emprunt), ingénieure dans le Btp, qui explique contribuer de bon cœur : « Je prends en charge le salaire des deux femmes de ménage (l’une gagne 40.000 FCfa et l’autre 60.000 FCfa). Parfois, lorsqu’il manque des denrées, je complète. Il m’arrive aussi d’acheter des vêtements pour mes filles ou de gérer leurs soins capillaires », détaille cette habitante de Liberté 4, dans la capitale sénégalaise.
Lire aussi: « Ce n’est point une obligation pour la femme de se substituer au mari pour les charges familiales »
Pour elle, cette contribution relève d’un choix personnel : « Je gagne ma vie et j’estime devoir soutenir mon époux. Les temps sont durs et une seule personne ne peut plus tout assumer ». Elle souligne que dans son foyer, rien n’est imposé : « Mon mari ne m’oblige à rien. Je le fais avec gaieté de cœur, car nous formons une famille soudée. C’est un homme attentionné et reconnaissant. S’il était un Samba Alar (fêtard), je ne mettrais pas un franc, mais je sais que tout ce qu’il gagne est pour nous ».
La contribution, une contrainte
Il est 17h 30 en ce mois de décembre. Sur l’avenue Bourguiba à Dakar, une fraîcheur inhabituelle enveloppe l’air. Mariama Gueye, assistante comptable, descend d’un bus, pressée de rentrer chez elle. Pour elle, la réalité est plus amère. « Je peux vous assurer que les femmes contribuent, aujourd’hui, au même titre que les hommes, voire plus. Elles sont la cheville ouvrière des ménages », affirme cette mère de deux garçons.
Elle déplore une tendance au désengagement masculin : « J’ai l’impression que lorsque la femme commence à travailler, l’homme lui laisse toutes les charges : factures, scolarité, dépenses subsidiaires… D’ailleurs, quand les enfants demandent un simple stylo à leur père, il les renvoie souvent vers leur mère ».
Mariama vit cela comme une contrainte : « Je suis obligée de sacrifier mes projets personnels pour subvenir aux besoins de la famille ». Elle pointe également un manque de gratitude : « Les hommes ne sont pas toujours reconnaissants. Certains, malgré tous vos efforts, vous récompensent en prenant une coépouse », confie-t-elle avec un sourire teinté d’ironie.
Le quotidien des travailleuses du secteur informel
Sur les trottoirs, les vendeuses de cacahuètes et de fruits illustrent aussi cette réalité. Fatoumata Diallo, la trentaine, arpente les artères de Dakar pour assurer le quotidien. Pour elle, la contribution féminine est devenue une évidence : « Les maris sont braves, mais ils ne peuvent pas tout faire ». Dans son cas, la répartition est claire : son mari gère le loyer et l’alimentation de base, tandis qu’elle s’occupe du goûter des enfants, des fournitures et de l’habillement. « Ces petites dépenses sont parfois les plus lourdes à porter », souligne-t-elle.
Une aubaine pour les hommes
Pour beaucoup d’hommes, ce soutien est une planche de salut. Adama Faye (nom d’emprunt), journaliste et père de trois enfants, ne s’en cache pas : « Ma femme gagne bien sa vie et contribue volontiers. Cela me facilite énormément la vie ». Grâce à cette solidarité, il a pu achever la construction de sa maison, un projet qui aurait été impossible s’il avait dû porter seul le fardeau financier du foyer.
Même constat pour Mansour Gaye, instituteur à Thiès : « Mon épouse est aussi institutrice. Elle connaît mes revenus et a accepté de participer au loyer et à d’autres frais ». Tout en reconnaissant que cette attitude n’est pas une obligation chez sa femme, Mansour la considère, au demeurant, comme une aubaine et cherche, selon lui, à rendre cette faveur à sa femme, à chaque occasion, dans leur vie de couple. « Il est clair que je l’aime davantage tous les jours, mais surtout je la respecte pour ça, car sans elle, mon ménage aurait du mal à tenir », a-t-il témoigné, guilleret.
Souleymane WANE

