À Touba, la conduite de motos «Jakarta» est devenue une source de revenus pour plusieurs jeunes. Cependant, certains conducteurs déplorent les nombreuses difficultés rencontrées dans l’exercice de leur métier et sollicitent l’aide des autorités.
MBACKÉ – 11 heures passées au rond-point situé à l’ancienne gare routière de Touba. La journée est très animée. Sur les trottoirs, les tabliers exposent leurs marchandises. Les apprentis des véhicules qui assurent le trafic entre Mbacké et Touba vont à la rencontre des clients.
Clés en main, casque sur la tête, Mouhamed Koundoul tourne à gauche et à droite. «Motos, motos…», fredonne-t-il. L’homme est un conducteur de moto Jakarta, mais il est sans son outil de travail. L’interdiction de stationner au niveau du rond-point le pousse, lui et ses collègues à cacher leurs motos. Une manière de semer les forces de sécurité.
Par conséquent, il est obligé d’aller à la recherche des clients pour les amener à sa moto. Pour lui, c’est vraiment un frein pour son travail. «On nous interdit le stationnement aux ronds-points de l’ancienne gare routière de Touba, au garage Daroul Mouhty et à la corniche de Dahra Djolof», indique-t-il, ajoutant que sur la route, ils sont victimes de tracasseries.
D’après lui, les forces de l’ordre ne tolèrent pas la conduite sans casque. Elle est sanctionnée par une amende de six mille Fcfa. En outre, Mouhamed Koundoul dénonce le comportement agressif de certains conducteurs de motos «Jakarta». Il pense que c’est cela qui justifie l’interdiction de stationner dans certaines zones à forte affluence. Une façon, selon lui, de lutter contre les agressions en plein jour.
Toutefois, le conducteur de moto sollicite la compréhension des autorités afin qu’ils puissent exercer leur métier dans les meilleures conditions. «Nous sommes des chefs de famille et notre boulot n’est pas stable. Pourtant, certains ont tous les documents, d’autres ont déjà déposé leur demande de légalisation de leurs motos», explique Koundoul.
Son collègue Ibrahima Cissé fustige certaines mesures appliquées. Il juge «très sévère» qu’on fasse payer 6.000 FCfa à ceux qui stationnent au rond-point. À l’en croire, cela grignote leur revenu. «Je peux passer la journée à travailler et me retrouver avec 1.000 FCfa le soir, après avoir fait toutes les dépenses», se plaint le conducteur.
Mame Gor Thiam exerce ce métier depuis plus de cinq ans, mais l’interdiction de stationner dans certaines zones constitue un obstacle pour lui. «Si le stationnement était autorisé, le travail marcherait mieux», dit-il, ajoutant qu’ils rencontrent des difficultés car ils sont obligés de se cacher et d’aller à la rencontre des clients. «Nous pouvons travailler toute une journée sans gagner 4.000 FCfa», regrette M. Thiam.
Outre le paiement de la station, l’interdiction de transporter des femmes impacte leurs revenus. D’après Ibrahima Cissé, ils sont obligés de la respecter à contrecœur. Face à ces difficultés soulevées, certains conducteurs de Jakarta se concentrent moins sur le transport de personnes. D’après Ibrahima Cissé, afin de pouvoir subvenir à leurs besoins, certains d’entre eux préfèrent la livraison de ba gages.
Toujours est-il que de l’avis de Ibrahima Cissé, le mauvais comportement de certains de leurs collègues ne doit pas empêcher les autorités de leur venir en aide. Car, à l’en croire, ils ont proposé leur collaboration à la mairie de Touba pour une meilleure organisation de leur travail.
Dans cette dynamique, ils sont même prêts à payer la commune pour pouvoir travailler correctement. Malheureusement, se désole Ibrahima Cissé : «Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de réponse. Nous avons aussi déposé nos pièces au niveau de la mairie il y a trois mois, mais en vain».
Birane DIOP (correspondant)

