Bakary Séga Bathily, directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (Apix), a partagé ses impressions sur les deux premières journées de visite au Maroc, dans un programme de coopération bilatérale. Cette rencontre, initialement prévue depuis décembre, intervient dans un contexte économique stratégique, juste après des événements sportifs ayant également rapproché les deux pays.
« Aujourd’hui, nous sommes venus pour signer un accord de coopération et y ajouter la dimension économique afin de renforcer encore davantage les échanges commerciaux entre nos deux pays, qui étaient déjà au beau fixe », a souligné M. Bathily. L’objectif affiché est clair : créer un véritable corridor industriel entre le Maroc et le Sénégal, en s’appuyant sur les complémentarités entre les deux économies.
Le Maroc, a rappelé M. Bathily, s’est développé au cours des trente dernières années, grâce à sa production industrielle, agricole et manufacturière, et est devenu le premier exportateur de véhicules en Afrique. Le Sénégal, de son côté, ambitionne de devenir un hub industriel et commercial, avec une stratégie de production et de transformation locales, soutenue par les banques et les institutions financières. Cependant, le constat reste mitigé: «Le niveau des échanges commerciaux est encore faible par rapport aux potentialités. Entre 2020 et 2024, les échanges entre le Sénégal et le Maroc sont passés de 150 millions de dollars à 236 millions de dollars, ce qui révèle un déficit structurel au profit du Maroc. Les produits importés du Maroc sont majoritairement des produits industriels transformés, tandis que nos exportations restent semi-transformées ou brutes ».
Pour M. Bathily, l’enjeu est d’augmenter la transformation locale afin d’accroître la valeur ajoutée des produits sénégalais, en s’inspirant de l’exemple marocain. Cette stratégie vise à passer d’une logique purement commerciale à une logique de co-investissement, notamment dans des secteurs complémentaires tels que l’agriculture, les engrais ou le phosphate. Le Maroc, premier exportateur d’engrais, dispose d’une expertise susceptible de permettre au Sénégal de mieux valoriser ses ressources en phosphate et en gaz.
Les deux pays envisagent également le développement de filières agricoles et industrielles locales. Des zones spécifiques ont été identifiées : transformation du riz, du maïs et de la tomate dans le nord ; cuir et peaux à Dakar, Djolof, Touba et Mékhé ; menuiserie métallique, bois et mécanique dans certaines zones industrielles. Chaque site offrira un cadre sécurisé aux investisseurs sénégalais, marocains et internationaux.
Sur le plan institutionnel, l’État sénégalais soutiendra les projets à travers des ressources publiques et des incitations fiscales, tandis que le secteur privé agira comme facilitateur pour les autorisations, les agréments et l’attraction des investisseurs.
La création de sociétés de projet (Spv) est également envisagée afin de développer des projets de transformation, et non plus seulement d’exploitation. En résumé, cette visite au Maroc marque une étape clé dans le renforcement des liens économiques entre Dakar et Rabat, avec une ambition partagée : faire de la complémentarité industrielle un moteur de croissance pour les deux nations.
Moussa DIOP, Envoyé spécial à Casablanca

