Conscient des enjeux actuels, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikh Oumar Ba, partage l’avis de nombreux acteurs sur la nécessité d’engager une profonde réflexion sur la politique de subvention agricole au Sénégal.
« Les aides publiques ne peuvent pas constituer une solution durable. Elles doivent être réorientées vers des mécanismes favorisant l’autonomie des producteurs et une meilleure valorisation de leurs récoltes », affirme-t-il. Selon le ministre, la priorité est de construire, en concertation avec les acteurs des différentes filières, un système davantage en phase avec les réalités du marché. Il met notamment en garde contre une situation où les producteurs sont encouragés à accroître leur production grâce aux subventions, sans disposer de débouchés suffisants. « Subventionner la production pour qu’elle pourrisse ensuite entre les mains des agriculteurs constitue une double perte, à la fois pour les producteurs et pour l’État », estime-t-il.
Dr Cheikh Oumar Ba préconise ainsi une meilleure adéquation entre la production et les besoins du marché, une réduction des pertes post-récolte ainsi qu’un renforcement des dispositifs de commercialisation. Il suggère également d’engager une réflexion sur une réorientation des subventions vers les produits eux-mêmes afin de faciliter leur mise en marché, à l’image de modèles mis en œuvre dans plusieurs pays. Le ministre insiste aussi sur la nécessité de privilégier des réponses adaptées aux réalités des territoires.
Selon lui, les communautés ont développé des pratiques qui leur permettent de faire face aux aléas climatiques et de s’adapter à leur environnement. Ces solutions locales devraient servir de socle à l’élaboration des politiques publiques. « Qu’est-ce qu’on peut faire pour qu’on ne tende plus la main ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour qu’on soit autonomes ? Parce que c’est cela qui est durable », a-t-il déclaré. Pour le ministre, la véritable efficacité des subventions se mesure à leur capacité à générer des revenus durables, à rentabiliser les investissements publics et à renforcer la souveraineté alimentaire du Sénégal.
« La protection doit remplacer la logique de subvention », selon le Pr Amath Ndiaye
Pour l’économiste, Pr Amath Ndiaye, plutôt que de multiplier les mécanismes de subvention, l’État doit davantage protéger et structurer les filières agricoles. Il prend l’exemple de la filière rizicole. « Les subventions ne peuvent pas constituer le socle d’une politique agricole », estime-t-il, rappelant que les contraintes budgétaires actuelles réduisent les marges de manœuvre de l’État. Le retard, voire l’absence, de versement des compensations aux opérateurs ayant acheté du riz local illustre, selon lui, les limites d’un modèle fondé sur des engagements financiers difficiles à honorer. Pour le professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad), la priorité doit être de créer un environnement favorable à la compétitivité du riz sénégalais.
Cela passe notamment par une meilleure régulation des importations. « Il faut protéger plutôt que subventionner », défend-il, plaidant pour une augmentation progressive et ciblée des droits et taxes sur le riz importé. Selon lui, une telle mesure présenterait un double avantage : renforcer la compétitivité du riz local tout en générant des recettes supplémentaires pour l’État. Ces ressources pourraient être réinvesties dans les maillons encore fragiles de la chaîne de valeur, notamment le stockage, la commercialisation, le financement des acteurs et l’amélioration de la qualité du produit. Pour l’économiste, la souveraineté alimentaire ne pourra être atteinte par des soutiens ponctuels, mais par une stratégie cohérente donnant au riz local les moyens de rivaliser durablement avec le riz importé. La protection de la filière, appuyée par des investissements dans les infrastructures et l’amélioration de la productivité, apparaît ainsi comme une alternative plus pérenne à une politique de subventions permanentes.
O. FEDIOR

