Le 24 septembre 2019, le Sénégal perdait à Paris Gabriel Fal, figure majeure de la finance et l’un des artisans de la construction du marché financier régional de l’UEMOA.
À travers son parcours de banquier, d’entrepreneur et de bâtisseur d’institutions, il a contribué à installer au Sénégal une culture nouvelle : celle du financement par le marché et de l’investissement dans les valeurs mobilières. Six ans après sa disparition, son empreinte demeure visible à travers les structures qu’il a créées et l’écosystème financier qu’il a contribué à développer.
De la banque internationale à la finance régionale
Formé à l’École supérieure de commerce et d’administration des entreprises de Rouen, puis au MBA de l’Université McGill au Canada, Gabriel Fal commence sa carrière dans la haute finance internationale. Il passe notamment par Chase Manhattan Bank et Citibank, où il occupe plusieurs responsabilités liées aux grands comptes, au crédit et aux financements structurés. Cette expérience internationale lui permet d’acquérir une connaissance approfondie des mécanismes de financement des États et des entreprises.
Au milieu des années 1990, il choisit de mettre cette expertise au service de la construction du marché financier régional. Membre du comité technique ayant accompagné la mise en place de la BRVM, il participe aux travaux qui précèdent le démarrage de ses activités en septembre 1998. La BRVM rappelle aujourd’hui encore son rôle parmi les pionniers de cette aventure régionale.
CGF, l’œuvre d’un entrepreneur
En avril 1998, Gabriel Fal fonde CGF Bourse, première société de gestion et d’intermédiation agréée au Sénégal. Trois ans plus tard, il crée CGF Gestion, spécialisée dans la gestion d’actifs et devenue la première société de gestion collective agréée dans le pays.
L’ambition dépasse alors la création d’une simple entreprise. Il s’agit de rapprocher le marché financier des entreprises, des investisseurs institutionnels et des particuliers, et de faire de la Bourse un véritable outil de mobilisation de l’épargne et de financement de l’économie.
À la tête de CGF, Gabriel Fal participe à plusieurs opérations majeures sur le marché régional, notamment des emprunts obligataires et des introductions en Bourse. La BRVM souligne également son rôle dans l’attraction d’investisseurs internationaux.
Une vision qui dépassait la finance
Dans ses interventions, Gabriel Fal insistait régulièrement sur la nécessité de démocratiser l’accès au marché financier. En 2013, il expliquait notamment que son ambition était que ses compatriotes sachent « se servir de l’atout qu’est le marché financier et boursier régional ». Il plaidait aussi pour une meilleure compréhension de l’investissement à long terme et de la nécessité de préparer financièrement les différentes étapes de la vie.
Quelques années plus tard, alors que le Sénégal et plusieurs pays africains s’engageaient dans l’exploitation de leurs ressources pétrolières et gazières, il défendait une autre conviction : la rente devait profiter largement aux populations. Gabriel Fal appelait notamment à associer contenu local, inclusion financière et actionnariat populaire afin que les citoyens puissent prendre part à la création de richesse.
Un héritage toujours vivant
Son œuvre lui a également valu la présidence des conseils d’administration de la BRVM et du Dépositaire central/Banque de règlement entre 2013 et 2015. La BRVM lui attribue notamment un rôle dans la réforme de la gouvernance et la relance stratégique de ses activités.
Six ans après sa disparition, les structures qu’il a mises sur pied poursuivent leur développement. CGF Gestion revendique aujourd’hui 22 fonds communs de placement sous gestion et 112 milliards de FCFA d’actifs sous gestion au 30 juin 2023. En 2026, CGF Bourse poursuit par ailleurs son expansion sur le marché régional et a été distinguée comme SGI de l’année aux BRVM Awards 2026, pour la deuxième année consécutive.
Cette continuité donne une portée particulière à l’œuvre de Gabriel Fal. Plus qu’un banquier, il fut un bâtisseur : celui qui a contribué à faire passer le Sénégal d’une culture essentiellement bancaire à une approche davantage ouverte aux marchés de capitaux. Son héritage se mesure aujourd’hui autant dans les institutions qu’il a contribué à créer que dans les générations de professionnels qui poursuivent cette ambition.
Par Cheikh Gora DIOP

