De la rigueur des parquets de basket aux exigences de la gestion publique, Khouraichi Thiam a changé d’arène sans renoncer à ses principes. Nommé administrateur du Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur (Faise), il entend insuffler une nouvelle dynamique à cette structure stratégique au service de la diaspora.
Sa dégaine trahit ce qu’il a été : un sportif de haut niveau. Sa parole, elle, révèle ce qu’il est devenu aujourd’hui : administrateur du Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur.
En réunissant ces deux dimensions, on saisit l’essence de la personnalité de Khouraichi Thiam. Mais s’en tenir à cette présentation sommaire reviendrait à dresser un portrait incomplet, à l’image d’un peintre trop pressé d’exposer une toile inachevée. Entre ces deux vies – celle de l’athlète et celle de l’homme public – se déploie un parcours fait de hauts et de bas, d’expériences et de choix déterminants, qui permettent de mieux comprendre l’homme.
Nommé administrateur du Faise en février 2025, l’ancien international de basket est issu d’une famille à la fois « modeste » par les moyens et riche par les valeurs. Il est le fils du docteur Amadou Lamine Thiam, médecin réputé, ancien international, ancien médecin de toutes les équipes nationales du Sénégal, ancien conseiller technique à la Primature et ex-maire de la commune de Mermoz Sacré-Cœur, un homme reconnu pour sa rigueur morale. Sa mère, elle aussi figure emblématique, fut championne d’Afrique sportive et ancienne directrice de la Cité universitaire Claudel, très connue dans le milieu universitaire sénégalais des années 2000. La célèbre Mme Thiam, dont la rigueur était bien connue des étudiantes.
Au nom du père et de la mère
Cet environnement familial structurant a largement contribué à forger l’homme qu’est devenu Khouraichi Thiam, selon son ami d’enfance Abdoulaye Mansour Kassé.
« Il a grandi au contact de modèles forts. Son père et sa mère lui ont transmis des valeurs de discipline, d’engagement et de dépassement de soi. Son frère et sa sœur aînés ont également constitué des repères importants, renforçant une culture familiale fondée sur l’exemplarité et le sens du devoir », confie-t-il. Pour lui, Khouraichi Thiam est un homme dont le parcours est marqué par la constance, la rigueur et un sens affirmé des responsabilités.
« Ami d’enfance, j’ai pu observer son évolution depuis ses jeunes années, à travers les différentes étapes de sa vie personnelle, scolaire et professionnelle, dans une cohérence remarquable entre ses valeurs et ses actes », ajoute Kassé. C’est dans ce cadre que s’est construit son engagement, d’abord à travers la vie associative de son quartier, puis au lycée et à l’université.
Très tôt, Khouraichi Thiam, cadet de la famille, s’est distingué par sa participation active aux initiatives collectives, avec une attention constante portée à la jeunesse. Natif de Sacré-Cœur – quartier où sa famille fait partie des premiers habitants – il a vécu une enfance heureuse, marquée par une scolarité débutée à l’école Kléber, en centre-ville, puis poursuivie au lycée d’application Saïdou Nourou Tall jusqu’en classe de Première.
Pour échapper aux nombreuses grèves scolaires de l’époque, il rejoint ensuite Yalla Sureen, où il décroche son baccalauréat. Avec une bourse d’études complète obtenue grâce à ses talents sportifs, il s’envole pour les États-Unis. Son parcours universitaire le mène successivement au Western Texas College, au Wyoming, au South Georgia Tech, puis à l’université de North Carolina Asheville, en lien avec Marcy University. Il y mène de front études et sport de haut niveau, fidèle à une discipline acquise très tôt. En effet, avant même le basket, Khouraichi Thiam s’est essayé au karaté et au football. Sa pérégrination estudiantine aux États-Unis débouchera sur un Associate Degree en relations internationales et en communication, équivalent d’une licence, puis sur une spécialisation en business management et en management du sport.
Il poursuit ensuite un master en sciences du sport, complété par des formations en nutrition et en bodybuilding. Parallèlement, il mène un parcours sportif remarquable, d’abord au pays de l’Oncle Sam, avant d’évoluer successivement en Europe, dans les Amériques et en Asie, puis de rejoindre l’équipe nationale du Sénégal. Malgré cette expérience internationale, il est resté profondément attaché à son pays, « n’hésitant pas à mobiliser et à transférer des dons au profit de jeunes, d’associations et de communautés locales », témoigne son ami d’enfance. Ses proches soulignent également le rôle essentiel de son épouse, soutien discret, mais déterminant dans l’équilibre et la solidité de son parcours. Sa carrière professionnelle prend fin vers 2021, dans un contexte politique tendu.
Son engagement public et ses prises de position deviennent progressivement incompatibles avec sa présence en équipe nationale, estime-t-il. « Allier sport de haut niveau et liberté de parole politique n’était plus évident », confie Khouraichi. Le choix est difficile, mais assumé : préserver ses principes plutôt que sacrifier sa voix ?. Ce sens du sacrifice, il l’a hérité de cet environnement familial profondément politique.
Car, en plus de son père, son homonyme – frère de même père et de même mère – fut ministre, président de conseil régional à Tambacounda et maire de Maka Coulibantang. Élevé entre un père militant du Parti socialiste et un oncle engagé au Parti démocratique sénégalais, il grandit au cœur du système politique sénégalais, observateur attentif de ses forces comme de ses dérives. Pourtant, c’est à distance, depuis les États-Unis, que le déclic se produit.
Une émission télévisée mettant en scène Ousmane Sonko marque un tournant. Le discours tranche avec ce qu’il a toujours connu. La différence l’interpelle, l’attire. Progressivement, il s’engage, jusqu’à faire le déplacement au Sénégal pour voter lors de la présidentielle de 2019. Il adhère ensuite au Pastef, devient responsable de l’organisation sur la côte Ouest américaine, avant d’intensifier son implication politique. Cet engagement ne surprend guère son ami d’enfance, qui y voit « un engagement mûrement réfléchi, inscrit dans la continuité de son parcours et indépendamment de toute considération partisane », témoignant de valeurs telles que le courage, la responsabilité et la cohérence dans l’action.
Une carrière sportive contrariée par l’engagement politique
Accusé d’être l’un des éléments les plus radicaux du parti, voire soupçonné d’avoir financé les violences de la période 2021-2024, Khouraichi Thiam s’en défend fermement. « Mon radicalisme est celui des principes, pas de la destruction », affirme-t-il. L’un de ses accusateurs finira d’ailleurs par se rétracter, reconnaissant avoir parlé sous la contrainte.
Son ami et compagnon de route, Mamadou Guèye, décrit un homme à l’opposé de l’image que certains ont voulu lui coller. « Il est calme, posé, profondément attaché au Sénégal. Il est humble et a tout sacrifié par amour pour son pays, quittant le parquet pour le terrain politique, où rien n’est jamais donné », estime-t-il. L’avènement du Pastef au pouvoir n’a pas surpris Khouraichi Thiam. Convaincu dès le départ de la justesse de son combat, il abordait la politique comme le sport : avec l’obsession de la victoire.
« Da ñuy gagner », répétait-il dans toutes ses publications, « persuadé que la vérité finirait par triompher ». Mais aujourd’hui, il le reconnaît : le plus dur commence. « Comme dans le sport, atteindre le sommet est une chose ; s’y maintenir en est une autre », avance l’ancien basketteur. À la tête du Faise, Khouraichi Thiam mesure l’ampleur du chantier. Sa première mission consiste à faire connaître l’institution, longtemps perçue comme opaque et politisée, y compris par les Sénégalais de la diaspora.
Lui-même, après vingt-et-un ans passés à l’étranger, ignorait son existence. Sa vision est claire : dépolitiser le Fonds, en faire un outil exclusivement au service des Sénégalais de l’extérieur, améliorer la gouvernance et renforcer la transparence. Polyvalent sur le terrain comme dans la vie, ancien faux pivot de 2,03 m doté d’une grande envergure, Khouraichi Thiam entend aujourd’hui mettre la même rigueur, la même discipline et le même esprit de compétition au service de l’action publique.
Véritable « boy Dakar », « il incarne une connaissance intime de la capitale, de ses réalités sociales et humaines. Un atout certain pour la mission qui lui est confiée », confie Abdoulaye Mansour Kassé, non sans sourire.
Par ElHadj Ibrahima THIAM


