La présentation de son rapport d’activités 2025, hier, à Dakar, a été l’occasion, pour la Centif, de revenir sur les actions déployées par le Sénégal en vue de réussir l’évaluation mutuelle de 2026 menée par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba). Les autorités misent sur une nouvelle stratégie fondée sur la gouvernance, l’innovation numérique, l’efficacité des enquêtes et la culture de conformité afin de consolider les acquis enregistrés après la sortie de la « liste grise » du Gafi en 2024.
Les enjeux de la troisième évaluation mutuelle du Sénégal par le Giaba ont été largement abordés, hier, lors de la présentation du rapport d’activités 2025 de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif). Après l’évaluation de 2007 et celle de 2017, le Sénégal s’est engagé dans un nouveau processus d’évaluation entamé depuis le 9 janvier 2026, qui devra se poursuivre jusqu’en mai 2027.
Ainsi, selon Tafsir Hanne, sur une période de 18 mois, le pays sera évalué sur le cadre juridique et institutionnel, le respect des recommandations du Giaba dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, entre autres. Selon le directeur de la coopération et de la stratégie de la Centif, après la sortie de la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi), en octobre 2024, les autorités sénégalaises veulent désormais inscrire les réformes engagées dans la durée, à travers un renforcement du cadre juridique, institutionnel et opérationnel.
À ce titre, l’agenda 2026 de la Centif sera principalement dicté par le calendrier officiel du Giaba. Parmi les priorités opérationnelles, figurent la finalisation et la transmission des réponses nationales au questionnaire sur la conformité technique, déjà en cours.
Ensuite, la Centif s’attellera, d’ici à avril 2026, à la finalisation du questionnaire sur l’efficacité. Les autorités travaillent également à la préparation de la visite des évaluateurs du Giaba prévue du 10 au 28 août 2026.
Au-delà de cette échéance internationale, l’année 2026 marquera aussi le déploiement effectif de la Stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération pour la période 2025-2029. Cette stratégie repose sur plusieurs axes majeurs : la gouvernance et la durabilité institutionnelle, l’intelligence des risques et l’innovation numérique, l’efficacité des enquêtes et des poursuites, ainsi que la promotion d’une culture de conformité et d’intégrité au sein des institutions publiques et privées.
« Toutes les actions de la Cellule en 2026 s’articulent autour de l’impératif de réussite de la troisième évaluation mutuelle du Sénégal et de la mise en oeuvre opérationnelle de la Stratégie nationale 2025-2029 », a fait savoir Tafsir Hanne.
Préserver le statut du Sénégal
Dans cette dynamique, plusieurs réformes et actions ont déjà été engagées en 2025 afin de renforcer le dispositif national. Parmi les avancées majeures figurent l’adoption de nouvelles lois portant notamment sur le renforcement des pouvoirs de l’Ofnac, la protection des lanceurs d’alerte et la mise en place d’un registre des bénéficiaires effectifs.
Selon la Centif, le secteur non financier a également connu un encadrement plus strict avec l’adoption, en novembre 2025, d’un décret instaurant un régime de sanctions administratives et disciplinaires conforme aux standards internationaux du Gafi.
Toujours dans la perspective de l’évaluation mutuelle, les autorités ont également procédé à la création d’une task force opérationnelle interinstitutionnelle destinée à améliorer la coopération entre les services d’enquête, de renseignement et de poursuite judiciaire.
Parallèlement, les autorités ont intensifié les campagnes de sensibilisation et de formation. « Entre novembre et décembre 2025, une vaste campagne nationale a parcouru les quatorze régions du Sénégal et permis de sensibiliser plus de 800 participants issus de l’administration, du secteur privé et de la société civile », renseigne M. Hanne.
Selon lui, l’objectif consiste à assurer une meilleure compréhension des risques liés au blanchiment de capitaux et une application harmonisée de nouveaux dispositifs légaux sur l’ensemble du territoire national. «Toutes ces avancées nous font espérer que notre pays pourra consolider sa crédibilité internationale en matière de transparence financière et de gouvernance économique», a souhaité le directeur de la coopération et de la stratégie de la Centif.
Par Souleymane WANE

