Dans sa tournée économique, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a réceptionné la digue anti-sel de Coubalan. Pour le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, il s’agit d’une infrastructure majeure.
Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a réceptionné, dimanche, la digue anti-sel de Coubalan. Quels sont les apports de cette infrastructure ?
Les vallées des villages de Coubalan, Djilacoune et Finthiock sont protégées par une digue anti-sel de 22,585 km, couvrant une superficie de 1.057 hectares. Elle a été mise en place par le Provale-Cv. Pour cette campagne, il reste encore 20 % de surfaces salées, et le processus de désalinisation sera effectif au cours de la campagne suivante. Sur l’ensemble des trois villages, la superficie agricole utile est estimée à environ 845,6 hectares, entièrement emblavés avec des variétés certifiées de riz pour l’essentiel. Des amendements calciques, notamment le Terracalcou, sont appliqués par endroits afin d’améliorer la structure des sols. Des engrais organiques et minéraux, subventionnés par l’État, ont permis d’accroître la productivité rizicole dans ces zones, comme ailleurs dans la région. Les fertilisants calciques sont d’ailleurs subventionnés à 100 % par l’État, eu égard aux enjeux et aux objectifs majeurs fixés par les plus hautes autorités. Lors du suivi des cultures, les techniciens de la Drdr et du Sddr de Bignona observent un bon comportement agronomique, avec un fort tallage allant de 10 à 50 épis fertiles par poquet. On enregistre, en général, une moyenne de 120 grains par épi. Avec un rendement moyen d’environ 3,5 tonnes par hectare, la production cumulée des trois villages est estimée à 2.959,6 tonnes de paddy, soit 1.953,3 tonnes de riz blanc, sans compter l’équivalent de 1.006,3 tonnes de son et de balles de riz destinées à l’alimentation du bétail.
L’agriculture est un levier de croissance et de souveraineté alimentaire pour la Casamance.Quelles sont les initiatives en cours pour favoriser la résilience et la compétitivité ?
Dans l’Agenda 2050, l’État vise l’atteinte de la souveraineté alimentaire à court et moyen termes. Cet objectif est à la fois réaliste et réalisable. En effet, toutes les conditions sont réunies pour une agriculture performante. Les cumuls annuels de pluie dans la région de Ziguinchor varient entre 994,3 mm et 1.733 mm, répartis sur 64 à 89 jours de précipitations. Plusieurs programmes de maîtrise de l’eau d’irrigation sont en cours. Les intrants agricoles certifiés et subventionnés sont disponibles et utilisés dans l’ensemble des communes. Le matériel agricole subventionné est opérationnel dans certaines zones de production. Les services techniques, projets et programmes travaillent en synergie avec les organisations de producteurs, notamment les sociétés coopératives agricoles. Par ailleurs, la recherche agricole propose régulièrement de nouvelles technologies adaptées aux zones agroécologiques. L’ensemble de ces facteurs combinés permet d’affirmer que la souveraineté alimentaire est à notre portée. Sur le terrain, j’ai constaté l’engagement remarquable de nos producteurs et la vitalité de notre secteur agricole. Des productions records sont attendues, avec 900.000 tonnes d’arachide, 639.000 tonnes de maïs, 112.000 tonnes de bananes et 25.000 tonnes de coton, sans oublier les performances notables sur l’oignon, la pomme de terre, le riz, le sorgho et le fonio. Ces résultats sont le fruit d’une synergie d’actions exemplaire entre l’État, ses partenaires techniques et financiers, et surtout la détermination de nos producteurs.
Qu’en est-il des politiques d’accès à l’eau et de la mécanisation de l’agriculture ?
La maîtrise de l’eau constitue une priorité stratégique. Partout où la délégation s’est rendue, une forte demande s’est exprimée : produire 12 mois sur 12. Cette ambition nécessite une maîtrise totale de l’eau, d’où notre stratégie axée sur les Coopératives agricoles communautaires (Cac), véritables centres d’échanges et d’innovation. Des instructions ont été données pour accélérer leur mise en place sur l’ensemble du territoire. Nous sommes également en train de promouvoir la mécanisation agricole, qui constitue un levier majeur de la transformation du secteur. À travers le Programme de mécanisation agricole fondé sur le partenariat public-privé, le concept « Allo Tracteur » révolutionne l’accès aux équipements pour les petits producteurs. Il permet à ceux qui ne peuvent acquérir des tracteurs ou des moissonneuses-batteuses de bénéficier de services mécanisés professionnels. Cette approche communautaire forme les jeunes et les femmes aux métiers de la mécanisation, les structure en Cuma (Coopératives d’utilisation de Matériels agricoles) et les accompagne afin qu’ils fournissent des services à l’ensemble des producteurs. Un autre axe stratégique est la reconstruction du capital semencier, portée par l’engagement des coopératives agricoles existantes. L’espoir est permis, car nous disposons de sols arables exceptionnels et d’une main-d’œuvre jeune et motivée.
Comment booster, aujourd’hui, les potentialités de la région naturelle ?
La biodiversité de la région sud constitue un atout inestimable qui doit être davantage valorisé de manière optimale par les acteurs du développement, en vue de l’atteinte des objectifs de souveraineté alimentaire. La région bénéficie d’une bonne pluviométrie. Sur le plan agroforestier, on recense plus d’une vingtaine de produits forestiers non ligneux (Pfnl), destinés à la transformation et à la commercialisation, notamment par des groupements féminins générateurs d’emplois. Par ailleurs, chaque village dispose d’au moins une vallée rizicultivable, parfois faiblement exploitée. L’une des solutions majeures pour accélérer le développement de ces localités reste l’émergence de coopératives agricoles communautaires actives et dynamiques.
Demba DIENG et Gaustin DIATTA

