Pour la période 2024-2034, le Sénégal mise sur un Masterplan. Il s’agit d’une gamme de programmes et de projets, portée par neuf orientations stratégiques. L’ambition est d’accélérer le développement et de favoriser la transformation économique et industrielle.
Dans l’Agenda 2050, le Sénégal a élaboré un Masterplan 2025-2034. Il est constitué de neuf orientations stratégiques visant une transformation structurelle de l’économie. Le Masterplan a pour ambition d’impulser une dynamique de transformation structurelle autour de neuf objectifs. La première priorité est la transformation du secteur agroalimentaire pour en faire un moteur de croissance, de sécurité alimentaire et d’industrialisation. La stratégie implique notamment la professionnalisation des acteurs, la mécanisation, la création d’agropoles, la valorisation des chaînes de valeur, le renforcement des infrastructures et la promotion de l’agroécologie. Le deuxième objectif entend faire des industries extractives un levier d’industrialisation à travers notamment la valorisation locale des ressources minières, la structuration de pôles miniers régionaux, la transformation pétrochimique et la formalisation de l’orpaillage. L’objectif est de maximiser la valeur ajoutée nationale, renforcer les chaînes locales d’approvisionnement et créer des emplois durables tout en assurant la transparence et la durabilité environnementale. À côté, le troisième objectif vise à développer une plateforme industrielle manufacturière compétitive fondée sur des Zones économiques spéciales (Zes), l’amélioration de la logistique et l’accès à l’énergie, afin d’attirer les investisseurs dans des filières comme la métallurgie, le textile ou l’agro-industrie. Il s’agit de dynamiser les territoires et d’améliorer la compétitivité des exportations sénégalaises. Au chapitre du domaine technologique, le Gouvernement entend faire des services à haute valeur ajoutée (technologies de l’information et de la communication, tourisme, industries créatives) des vecteurs de croissance inclusive en favorisant la création de start-ups, la professionnalisation des métiers culturels et la structuration de filières innovantes autour du numérique, du patrimoine et des services financiers.
Pour ce qui est de la gouvernance, le Sénégal cherche à garantir un cadre macroéconomique stable et prévisible à travers une politique budgétaire rigoureuse, la rationalisation des dépenses publiques, l’élargissement de l’assiette fiscale et une régulation efficace des prix, notamment des produits de première nécessité. Dans le long terme, la vision est de développer des mécanismes de financement innovants pour soutenir les secteurs productifs et les infrastructures stratégiques, à travers des instruments tels que les obligations patriotiques, la finance islamique, les fonds souverains ou les partenariats public-privé structurés. Commentant ce plan décennal, quelques jours après son lancement, le président de la République Bassirou Diomaye Faye avait souligné qu’il ne s’agit pas d’une simple compilation de programmes sectoriels, mais plutôt d’un véritable changement de paradigme dans la manière de concevoir, de planifier et de mettre en œuvre les politiques publiques.
Renforcer le cadre financier
Il traduit, d’après lui, les quatre axes de la Vision en objectifs stratégiques, déclinés en programmes englobant des projets et des réformes structurantes. « À travers ce Masterplan, nous voulons donner une impulsion décisive à la transformation du Sénégal. Les réformes qui y sont prévues jettent les bases d’un État plus efficace, d’une économie plus inclusive, et d’une société plus juste. Les projets qui y sont inscrits matérialisent notre engagement à créer de la valeur ajoutée locale, à dynamiser nos territoires et à offrir des opportunités à notre jeunesse », avait indiqué le chef de l’État.
Avec le Masterplan, le Sénégal contribuera au renforcement du système bancaire pour soutenir le financement des investissements projetés à plus de 25% du Pib post période d’investissement initial dans les hydrocarbures. Le pôle des banques publiques sera consolidé pour promouvoir l’émergence d’acteurs financiers de grande échelle capables d’accompagner autant le développement des grands projets publics et privés que la mise à disposition de financements adaptés aux besoins des micros, petites et moyennes entreprises, des opérateurs agricoles et des particuliers. L’État ambitionne aussi de favoriser un développement soutenu de l’épargne, particulièrement de l’épargne longue, en encourageant l’éducation financière, en mettant en place les incitations fiscales nécessaires, en promouvant le développement et la diversification des produits d’épargne à long terme des banques et organismes d’assurance, en favorisant le développement de l’épargne d’entreprise, etc. Les sources alternatives de financement, telles que les Patriot Bonds, l’investissement en capital et le financement participatif, viendront compléter le dispositif financier.
Pour les hydrocarbures, l’ambition est de maximiser l’impact local du secteur et d’en faire la locomotive du Sénégal industriel. Le Sénégal pourra ainsi sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur en hydrocarbures, promouvoir l’émergence d’une industrie pétrochimique et de raffinage compétitive et devenir le hub de services hydrocarbures du bassin régional Msbgc. La filière phosphate-engrais, selon le Masterplan, sera également un symbole fort du changement de paradigme de la vision Sénégal 2050. Désormais, le Sénégal privilégiera la création de valeur ajoutée locale, pour produire localement ses engrais et subvenir aux besoins de ses voisins. La production locale d’engrais transformera les pôles économiques Nord et Nord-Est et renforcera la souveraineté alimentaire régionale.
Pour ce qui est des infrastructures, le Masterplan devrait permettre d’assurer un maillage efficient du territoire national à travers cinq grands axes multimodaux, afin de stimuler le développement autour de ces axes et de connecter le Sénégal à ses marchés régionaux : corridor Dakar-Tamba-Bamako (via Kidira et via Kédougou), d’établir le corridor Saint-Louis-Kayes (fleuve Sénégal). L’enjeu est de coordonner de façon précise les investissements d’infrastructures au niveau local (transport, énergie, eau…) afin de bâtir neuf grands pôles économiques compétitifs sur le territoire dont l’un d’eux sera la zone agro-industrielle avec le sel de Fatick, dans le cadre du pôle économique du Sine-Saloum.
Demba DIENG

