À travers des startups qu’ils ont créées, plusieurs jeunes sénégalais sont en train de révolutionner le système agricole sénégalais. Que ce soit dans les méthodes d’élevage, la surveillance des cultures ou encore l’augmentation de la productivité, ces jeunes proposent des solutions innovantes dans l’écosystème Agri Tech. L’avenir de l’agriculture sénégalaise et africaine est entre leurs mains.
Le samedi n’est jamais un jour de repos pour la jeune agronome, Mengué Diouf. Aujourd’hui, nous l’avons accompagnée dans l’un de ses poulaillers situés à Thième, un village à l’extrémité de la Ville de Thiès, à 70 km de Dakar. Après de brefs salamalecs avec ses deux employés, elle se met en contact directement avec les poulets, tout en prenant les précautions d’hygiène. « Nous avons là une bande de 2000 poulets et bientôt nous pourrons commencer la commercialisation », confie la jeune entrepreneuse, créatrice de la startup Sénégalaise de développement agricole et de prestation (Sedap tech). Après avoir passé plusieurs années dans les fermes comme gestionnaire et entrepris dans l’élevage, la jeune dame s’est engagée dans l’aviculture. D’abord, chez elle, sur la terrasse de la maison où elle avait commencé à élever une bande de 100 à 200 poulets. Elle réussit, ensuite, à acquérir un autre poulailler en dehors de Thiès, mais elle parvenait difficilement à allier cette activité avec la licence en conseil agricole qu’elle suivait en même temps.
En plus de nombreux vols, elle enregistrait un taux de mortalité atteignant les 70 %. « Pour l’investissement sur 1000 poulets, je me suis retrouvée avec plus de 70 % de pertes », confie-t-elle. Ce qui la poussa à mettre en veilleuse ses activités. Cette mauvaise aventure aussi difficile, soit-elle, lui avait permis de gagner en expérience. Tenace, elle reprend ses activités en prenant ses dispositions en termes de prophylaxie et en renforçant la surveillance. « C’est là que l’idée m’est venue d’installer une caméra pour regarder l’état des poulets et tout ce qui se passe dans le poulailler », confie-t-elle. Ce fut le déclic, comme elle aime le dire. Avec cette caméra connectée à son téléphone portable, les pertes sont maintenant de moins 5 %. Aujourd’hui, ce dispositif permet à Mengué de surveiller l’ensemble de ses poulaillers situés à Thiès, Malicounda et à Louli.
Aujourd’hui, Sedap Tech est commercialisé un peu partout au Sénégal. Le dispositif qui permet aux éleveurs de passer moins de temps dans les fermes et les poulaillers a obtenu plusieurs distinctions. À l’image de Mengué, plusieurs jeunes sénégalais ont lancé des startups ces dernières années. L’objectif est de trouver des solutions au monde agricole à l’aide de nouvelles technologies. C’est le cas de Pastolait. Cette application permet de générer automatiquement des rations alimentaires personnalisées à partir d’informations propres à chaque animal et des ressources alimentaires disponibles dans la zone de l’éleveur. L’application est développée par un groupe d’étudiants de l’École nationale supérieure d’agriculture (Ensa). « Cette approche Pastolait contribue à l’optimisation des coûts, à l’amélioration des performances zootechniques et à la durabilité des systèmes d’élevage », explique Serigne Fallou Dieng, l’un des concepteurs de la plateforme. Disponible sur plusieurs régions du Sénégal, notamment à Thiès, Louga et Saint-Louis, la start-up a remporté plusieurs prix dont le prix de la Première Biennale en Afrique, le premier prix AyuTe Africa en 2023 et le premier prix Farming Innovation. Une agriculture numérique, responsable Afin de permettre aux agriculteurs de faire face au besoin permanent de financement, trois jeunes sénégalais ont monté Agriverse.
La start-up propose aux agriculteurs un business plan leur permettant d’investir dans une spéculation, tout en s’assurant de gagner de l’argent en retour. « La plupart des producteurs se plaignent de l’accès au financement. Même pour ceux qui ont la chance d’avoir un financement, il ne vient pas au moment où ils en ont besoin. De plus, il n’y a pas d’adéquation entre le calendrier cultural, les financements bancaires et les microfinances », explique Madina Tall, l’un des initiateurs de la start up. Selon elle, ce mécanisme proposé par Agriverse permet de diminuer les risques pour le producteur et de ne pas dépendre des banques. « C’est une alternative sécurisée », insiste-t-elle, au bénéficie des producteurs. Aujourd’hui, ils sont des milliers de jeunes sénégalais qui veulent développer le secteur agricole en proposant des solutions innovantes. Dans la stratégie pour la transformation de l’agriculture africaine (Feed Africa), proposée par la Banque africaine de développement (Bad), pour la période 2016-2025, il est précisé que plus de 232 millions de personnes souffrent de mal nutrition en Afrique. « La faible productivité rend également l’agriculture africaine peu compétitive en tant que secteur économique », lit-on dans le document. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes africains ont senti le besoin d’apporter leur touche. Directeur Pays de Heifer International Sénégal, Dr Daouda Ndao dont l’organisation est à l’origine de l’initiative AYuTe – Agriculture, Youth and Technology (Agriculture – Jeunesse – Technologie) s’est donné pour objectif d’identifier et de soutenir les jeunes entrepreneurs africains qui innovent pour transformer durablement nos systèmes agricoles. Le 21 novembre 2025 dernier à Dakar, lors du lancement de la 5ᵉ édition du AYuTe Africa Challenge Sénégal, il a rappelé sa conviction : « chaque solution agritech développée contribue à bâtir un écosystème rural plus productif, plus connecté et plus juste ».
Convaincu que l’agriculture de demain doit être « numérique, collaborative et responsable », il avait invité l’ensemble des partenaires publics et privés, institutions, médias, et jeunes leaders à s’investir pour réussir cette transformation. Le ministère sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage a salué l’initiative de Heifer International, soulignant qu’elle s’inscrit parfaitement dans la vision agricole de l’État. Selon le conseiller technique du ministre, Dame Sow, c’est « une agriculture connectée, intelligente et résolument tournée vers les jeunes ». Citant en même temps l’écrivain kenyan Ngũgĩ wa Thiong’o qui disait : « L’agriculture, c’est la première école de la liberté. Celui qui cultive, nourrit le monde et s’affranchit de la dépendance ». À cet effet, par leurs actions quotidiennes dans l’agriculture, des jeunes comme Mengué Diouf ont déjà tracé leur voie.
Maguette NDONG


