Pour le Maroc, le port de Tanger Med est bien plus qu’une infrastructure, c’est une fierté nationale. Le pays ne se lasse pas de le mettre en avant. À juste titre. Aujourd’hui, cette plateforme figure parmi ce qui se fait de mieux à l’échelle mondiale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Sur la route menant au port, la ville de Tanger révèle, grandeur nature, l’un de ses traits distinctifs : un relief escarpé. Une succession de sommets que la saison des pluies a reverdie et qui se fond, dans une parfaite harmonie, avec les maisons accrochées aux flancs des collines offre au paysage des allures de carte postale. Au terme d’une route sinueuse, noyée dans une fine pluie et la brume, surgit une enfilade de portiques semblant s’enfoncer dans le détroit de Gibraltar. Ces géants d’acier dominent des dizaines de milliers de conteneurs qui paraissent minuscules face à ces machines entièrement automatisées.

Une vision royale devenue réalité
« Nous lançons l’un des plus grands projets économiques de l’histoire de notre pays. Il s’agit du nouveau port de Tanger Med que nous considérons comme le cœur d’un vaste complexe portuaire, logistique, industriel, commercial et touristique », déclarait le roi Mohammed VI en 2003.
Dix-huit ans après la mise en service du terminal 1, en 2007, et six ans après celle du terminal 2, en 2019, cette ambition est devenue une réalité tangible. Les chiffres avancés par Tarik Dourasse, pilote major-chef et directeur central de Tanger Med, en témoignent. Devant des journalistes venus d’une dizaine de pays africains à l’invitation de l’Association nationale des médias et éditeurs du Maroc (Anme), dans le cadre de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc, il dresse un bilan impressionnant.
« Tanger Med est, aujourd’hui, connecté à plus de 180 ports à travers le monde. En 2024, le port a enregistré un trafic de plus de 10,2 millions de conteneurs, 3 millions de passagers, plus de 516 000 camions et près de 601 000 véhicules. Ces performances font de Tanger Med le premier port d’Afrique et de la Méditerranée, au nord comme au sud, et le 17ᵉ port à conteneurs mondial selon l’index global du transport maritime », précise-t-il. La progression est spectaculaire.
En quelques années, Tanger Med qui était à la 65ᵉ place au classement mondial se retrouve parmi les 20 premiers. Sur le plan économique, son poids est tout aussi considérable : le complexe représente jusqu’à 10 % du Pib national et génère annuellement plus de 17 milliards de dollars de revenus.
Un partenariat public-privé au cœur du succès

Face à un trafic toujours plus dense, un projet d’extension du port passagers est d’ores et déjà à l’étude. Véritable carrefour maritime, Tanger Med se situe à la croisée des grandes routes commerciales mondiales. « Depuis ici, on peut atteindre le nord et le sud de l’Amérique en 10 jours, Rotterdam en trois jours, la Chine en 20 jours, ainsi qu’une quarantaine de ports africains répartis dans 24 pays, dont Dakar en seulement 36 heures », souligne Tarik Dourasse. Pour concrétiser ce projet d’envergure, le Maroc a fait le choix du Partenariat public-privé (Ppp), une approche qui s’est révélée déterminante.
« Certains partenaires ont financé eux-mêmes la construction d’infrastructures spécifiques et, en contrepartie, se sont vu concéder l’exploitation de terminaux sur des durées bien définies », explique Abdelilah Tamim. Au contact des plus grands opérateurs mondiaux de la manutention portuaire, le Maroc a développé une expertise qui lui permet, aujourd’hui, de devenir lui-même concessionnaire. Ce, à travers Marsa Maroc. L’entreprise exploite un terminal à Tanger Med et amorce son expansion à l’international, notamment au Bénin. La performance opérationnelle est, ici, une priorité permanente.
« Si le temps de transit s’allonge, les clients vont ailleurs. La concurrence est extrêmement rude », rappelle Tamim. Cette exigence s’explique par l’ampleur du trafic. Le terminal 2 s’étend sur un linéaire de 2800 mètres et traite jusqu’à 7 millions de conteneurs par an, tandis que le terminal 1, long de 1600 mètres, dispose d’une capacité annuelle de 3 millions de conteneurs. À ces installations s’ajoutent un terminal d’hydrocarbures d’une capacité de 5 millions de mètres cubes, offrant un service de soutage performant, un terminal vraquier et un terminal voiturier où se sont implantées notamment des usines de constructeurs français produisant des véhicules sur place. Conçu comme un écosystème global, le complexe s’appuie également sur une vaste zone franche adossée au port. Celle-ci a attiré plus de 500 entreprises et permis la création de plus de 100 000 emplois. « C’est tout un système qui s’imbrique et fonctionne de manière cohérente », résume Abdelilah Tamim.
Redistribution des richesses
Dans cette même logique, la Fondation du port de Tanger Med, créée dès le lancement du projet, joue, aujourd’hui, un rôle central dans la redistribution d’une partie des richesses générées. Elle finance des projets dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la formation professionnelle et de l’action humanitaire. Quant aux anciens occupants du site, la transition s’est faite sans heurts. « Le site n’était pas réellement habité. Les quelques pêcheurs présents ont bénéficié d’un port de pêche aménagé un peu plus loin, tandis que l’ancien port de Tanger-ville a été reconverti en port de plaisance », précise Abdelilah Tamim. À l’issue de la visite, le bus emprunte, sous une pluie fine et persistante, une route singulière qui semble scinder le port en deux.
« Il s’agit de la route nationale n°1, qui longe tout le littoral marocain et traverse effectivement le port », explique-t-il. Sur la colline la plus élevée, dominant le complexe industrialo-portuaire et faisant face au détroit de Gibraltar, la devise du Maroc -« Dieu, le Roi et la Patrie »- s’affiche en arabe en lettres monumentales, rappelant symboliquement les fondements de la force et de la continuité du Royaume.
De notre Envoyé spécial à Tanger, Elhadji Ibrahima THIAM


