Confronté, ces dernières semaines, à une chute des valeurs de ses euro-obligations, le Sénégal a vu, depuis vendredi 2 janvier, l’eurobond arrivant à échéance en 2028 enregistrer une remontée d’environ 6,5 %. Une situation qui s’explique notamment par les assurances des autorités quant à un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (Fmi) et le succès du dernier emprunt obligataire.
Depuis son point bas du 18 décembre dernier, l’eurobond sénégalais arrivant à échéance en 2028 a enregistré, depuis vendredi 2 janvier 2026, une remontée d’environ 6,5 %.
Ainsi, le titre s’échange désormais autour de 71 % de sa valeur faciale contre près de 67 % deux semaines auparavant. Cette évolution marque une amélioration sensible du prix après une période de fortes tensions sur les titres souverains sénégalais. Pour l’économiste, financier et analyste quantitatif Seydou Sow, cela ne constitue toutefois pas, à ce stade, un signal clair de retournement durable du sentiment de marché.
D’après son analyse, le premier élément explicatif de cette remontée réside dans l’évolution récente de la communication officielle. Il estime que les déclarations des autorités financières évoquant des discussions jugées avancées avec le Fonds monétaire international ( Fmi) et la perspective d’un programme à court terme, ont contribué à apaiser partiellement les inquiétudes de certains investisseurs. Dans un contexte où l’absence d’ancrage avec le Fmi pèse lourdement sur la perception du risque souverain, dit le spécialiste, toute indication laissant entrevoir une reprise du dialogue est immédiatement intégrée par les marchés.
Le second facteur, aux yeux de Seydou Sow, tient au passage d’une période de tension élevée en matière de liquidité à la fin de l’année 2025. En effet, explique le spécialiste, le mois de décembre concentrait d’importantes échéances de service de la dette dans un environnement de financement contraint. « Le fait que l’État ait pu honorer ses engagements sans incident majeur a joué un rôle rassurant à court terme. Pour les investisseurs, ce franchissement constitue un signal de capacité opérationnelle, même s’il a nécessité un recours intensif à différents instruments de financement », indique M. Sow.
Par ailleurs, il se dit convaincu que le succès de la dernière émission obligataire par appel public à l’épargne, clôturée fin décembre, a également soutenu le sentiment de marché. Avec un taux de couverture supérieur aux attentes initiales, l’opération a été perçue comme un indicateur de la capacité du Trésor à mobiliser des ressources, y compris dans un contexte tendu. Réduction temporaire de la perception du risque Cette performance a contribué à réduire temporairement la perception d’un risque immédiat de liquidité », soutient l’expert.
Pour autant, il pense que le niveau actuel de l’eurobond 2028 reste révélateur d’une situation financière sous pression. « Les investisseurs continuent d’intégrer des incertitudes importantes quant à la trajectoire budgétaire aux besoins de financement à venir et à la soutenabilité de la dette à moyen terme. En ce sens, le rebond observé s’apparente davantage à un ajustement technique qu’à une normalisation des conditions de financement », estime Seydou Sow.
Ainsi, il est d’avis que l’attention des marchés demeure désormais tournée vers les échéances à venir. Dans ce sens, il croit que la conclusion effective d’un accord avec le Fmi constitue un élément central pour restaurer durablement la confiance en facilitant l’accès aux financements concessionnels et en améliorant la visibilité sur la trajectoire macroéconomique.
À défaut, estime l’économiste, la dépendance accrue au marché régional, dans un contexte de remontée progressive des rendements, pourrait continuer à peser sur la structure de la dette. L’autre aspect essentiel est que les agences de notation restent également un point de vigilance et pourraient ajuster leur appréciation en fonction des développements récents.
« Toute décision en ce sens aurait un impact direct sur la valorisation des titres souverains. En définitive, la remontée de l’eurobond 2028 constitue un signal de détente à court terme, mais elle ne saurait être interprétée comme une levée des risques. Le marché semble surtout accorder au Sénégal un répit, dans l’attente de signaux plus structurants », affirme M. Sow.
Dans ce contexte, il souligne que la consolidation durable de la confiance dépendra moins des mouvements de prix que de la capacité à sécuriser un cadre macroéconomique crédible et soutenable.
Demba DIENG

