La Semaine Tripartite, initiative de coopération sous-régionale entre le Sénégal, la Guinée et le Mali, connaîtra un léger décalage. Initialement prévue du 26 mars au 2 avril, la 14ᵉ édition se tiendra finalement du 23 au 30 avril en Guinée, à la demande des autorités guinéennes. L’annonce a été faite ce jeudi après-midi par le Bureau exécutif de la Tripartite (BET) de Kédougou, en conférence de presse.
Face à la presse, Ousmane Bâ, président du Bureau exécutif de la Tripartite (BET) de Kédougou, a expliqué les raisons de ce report. « Le Premier ministre guinéen a souhaité être présent pour présider personnellement les activités. Les trois pays ont examiné la demande et l’ont validée » a-t-il informé. Ousmane Bâ a tenu à rassurer que rien ne change dans le contenu, que la Guinée reste le pays hôte et que toutes les activités prévues sont maintenues.
Vieille de près de cinquante ans, la Tripartite regroupe les départements frontaliers de Kédougou (Sénégal), Kéniéba (Mali) et Maali (Guinée Conakry). Elle vise à renforcer les liens entre les populations à travers des échanges sur des problématiques communes. Pour cette édition, plusieurs enjeux stratégiques seront au cœur des discussions.
« Le thème central porte sur la sécurité transfrontalière et la cohésion sociale. Le Mali abordera la santé et la sécurité, le Sénégal l’environnement et l’économie sous-régionale, et la Guinée l’immigration clandestine et l’intégration », a précisé Ousmane Bâ. Des activités culturelles et sportives viendront également rythmer cette semaine d’échanges entre les trois pays.
Appel urgent à l’État et aux collectivités
Au-delà du report, les responsables de la Tripartite ont saisi l’occasion pour lancer un appel fort aux autorités sénégalaises. « Nous demandons à nos autorités de nous accompagner. La présence de membres du gouvernement donnerait plus de cachet à cette rencontre », a plaidé Ousmane Bâ, évoquant la nécessité d’un appui institutionnel plus visible.
Il a rassuré que toutes les dispositions sont prises. « Les autorités administratives guinéennes ont saisi leurs homologues du Sénégal et du Mali, et des partenaires techniques accompagnent déjà l’événement » a-t-il révélé.
Prenant la parole à son tour, le secrétaire général du BET de Kédougou, Hamady Diallo, a mis en lumière les difficultés structurelles auxquelles fait face cette initiative. « Nous sommes à la 14ᵉ édition en près de cinquante ans, ce qui traduit une certaine léthargie liée au manque de ressources. Pour la seule région de Kédougou, une délégation de 150 personnes est prévue, dont 25 officiels. Cela nécessite des moyens importants» a-t-il indiqué.
Intégration sous-régionale et enjeux clés
Selon Hamady Diallo, la Tripartite constitue un outil stratégique au service des politiques publiques. « Les thématiques abordées, comme la sécurité transfrontalière, l’environnement ou l’immigration, sont des préoccupations majeures pour nos États » a-t-il renchéri.
Dans ce contexte, Hamady Diallo a lancé un appel solennel aux plus hautes autorités. « Nous interpellons le Président de la République, le Premier ministre ainsi que les ministres concernés à s’impliquer pleinement dans cet événement d’une importance capitale » a-t-il plaidé, invitant les collectivités territoriales à jouer un rôle plus actif. « Il est temps d’inscrire la Tripartite dans les budgets locaux. Nous ne pouvons pas continuer chaque année à repartir de zéro pour mobiliser des ressources » a-t-il insisté.
Entre enjeux sécuritaires, environnementaux et culturels, la Tripartite s’impose comme un cadre privilégié de coopération entre les peuples frontaliers. Mais pour ses initiateurs, sa pérennité dépend désormais d’un engagement plus structuré des États et des collectivités. « La Tripartite est un levier essentiel d’intégration sous-régionale. Elle mérite un accompagnement durable », a conclu Hamady Diallo.
Amadou DIOP (Correspondant)


